! /''• ■ wtçrwsêfC» oiNo^ps lowoon hm ANNALES SCIENCES NATURELLES QUATiai-JlK SEItll-: ZOOLOGIE Paris. — Iniptinicrie de L. MAIVONlii , 2, nie Mignon. Z-l). ANNALES DES SCIENCES NATURELLES CO.MPHENANT LA ZOOLOGIE, LA BOTANIQUE L'ANATO.MIK KT LA l'HYSlOLOGIE COMPARÉK DES DEUX HE(;NES El' L'HISTOIRE DES COKl'S ORGAMSÈS FOSSILES l'OlU lA ZOOLOIIII', PAH .M. MILNE EDWARDS NUI H IlOTAMQl'E l'AIÎ .MM. .\D. BKUlNGMART ET J. DECAISNE (juathième 6i:i{iE ZOOLOGIE I.IHM.MHIE DE VICJOK iMASSON l'L.VCIi UK I.'l-;COI.K-IJK-,MKIII CIMi ANNALES DES SCIENCES NATURELLES PARTIE ZOOLOGIQIIE DU GRAND SYMPATHIQUE CHEZ LES ANIMAUX ARTICULÉS, Par M. Emile ULAKCHAa». f)ii sait pombieii soni grandes les (lit'lV'reiiccs onire le système ncrvéïix ries Arti(jiil(Ls et relui des Verlébrés; aussi n'est-du paà juscju'ici couiplélenieiit arrivé à reconnaître sûrement toutes les parties homologues. Aujourd'hui, à la vérité, personne n'hésite plus à voir dans la chaîne ganglionnaire des tj'ustacés et des Insectes la portion qui représente le système céphalo-rachidien des animaux verléiirés; mais lorsqu'il s'agit des autres parties de l'appareil de la sensibilité, le doute, le vague, l'absence même de toute opinion, se manifestent partout. Je ne juge pas utile de tracer ici l'historique, soit des observa- lions nombreuses consignées dans la science par les anatomistes qui se sont occupés du système nerveux des animaux invcrlc'-brés, soit des vues sui' la signification attribuée aux diflV'n'ntes parties par chacun d'eux. Il me suffira en ce moment de rappeler aussi brièvement que possible les idées fpii dniiiinèrciit siii\'ant les épo(|ues. CJuand, il y a deux siècles, le grand Swamnicrdam diVoiivrail 6 É. BI.AIVCBJIBD. DU GRAND SYMPATHIQUE f'Iicz un Insecte le nerf qui descend sur le canal intestinal (1); quand, plus tard, le patient anatomiste Lyonet montrait chez la Chenille du Saule une remarquable complication dans l'ensemble des ganglions et des nerfs dévolus à l'appareil alimentaire (2), le 'temps n'était pas venu de rechercher à quelle portion du système nerveux des Vertébrés correspondait cet ensemble. Depuis une trentaine d'années seulement, presque tous les natu- ralistes, qui ont fail des recherches sur le système nerveux des Articulés, se sont efforcés d'arriver à une identification ttour chaque partie. On avait constaté dans les Insectes et les Crusta- cés (3) un système nerveux de la vie animale et un système ner- veux de la vie végétative on organique. Aucune incertitude ne pouvait subsister ; dès ce moment, les ganglions, groupés autour de l'œsophage et les nerfs qui en dérivent, souvent appelés du nom de stomatogastriques (4), furent compares au grand sympa- thique de l'Homme et de tous les animaux supérieurs. Meekel Treviranus, J. Millier (5), d'autres encore, adoptèrent cette déter- mination. Cependant le grand sympathiipie a des caractères si particu- liers, que la comparaison ici semble, dès le premier abord, peu acceptable; ce qui exphquela réserve de plusieurs naturalistes et (1) Biblia naturœ, lab. 28, fig. 2 (Ocycles nasicornis) . (2) Truite analomique de la Chenille du Saule {Cossus iit/niperda) . (3) On sait que les nerfs de l'estomac furent pour la première fois observés chez les Crustacés par MM. .iudouin et Milne Edwards (Recherches anatomiques sur le système nerveux des Crustacés, \n Ann. des se. mit., 1828, t. XllI, p. 113-123). (4) Cette désignation, qui ne préjuge rien, quant à la signiOcation de cette partie du système nerveux, a été choisie par M. Brandt dans son important tra- vail bien connu : Bemerkung liber die Mundmngcn-oder Eingeiueidenerveii (ner- vns sympathicus seu nervi reproductorii) der Evertebralen. — Mémoires de l'Académie des sciences de Saint-Pélersbourg, 1835, t. III, p. 561, ou liemarques sur les œufs stomatogastriques ou inlestinaux dans les animaux invertébrés [Ann. dessc. nal., 2' série, 1836, t. V, p. 81). (5) Ueber ein eigentliiimliches dem Xervus sympathicus analoges Nervensyslem der Eingeweide bei den Insecten, von D' Johannes Millier [Nova Acia ph.-nml. Academiœ C. L. C. naturœ curiosorum, 1828, Rd. XIV, p, i, p, 71V CHEZ LES ANIMAUX ARTICULÉS. / leur préférence pour une désignation générale, laissant toute lati- tude aux interprétations. Le grand sympathique des Vertébrés accompagnant la moelle épinière dans tonte son étendue, lui est relié par une l'oule d'anastomoses; or il n'y a rien de semblable dans les nerfs stomatogastriques des Articulés. Aussi George Newport, auquel la science est redevable de si brillants travaux, s'atlacha-t-il à établir que ces nerfs représentent non pas le grand sympathique, mais bien les nerfs de la dixième paire, les nerfs vagues ou pneumogastriques (1). En effet, ce système nerveux de la vie organique prenant son origine en arrière des lobes céré- broïdes, fournissant des filets à l'œsophage et à l'estomac, à l'aorte et au cœur, ainsi qu'aux trachées chez les Insectes, se montre évi- demment l'analogue des pneumogastriques des animaux supé- rieurs (2). Les Articulés sont-ils donc dépourvus d'un grand sympathique? ou ce nerf est-il toujours confondu avec la chaine ganglionnaire, comme il a été permis de le supposer? Non. O. nerf existe de la l'açdii la plus reconnaissable chez un grand nombre d'Insectes, particulièrement chez les larves, il a été vu et signalé pour la pre- mière fois par Lyonet (1762) dans la Chenille du Saule Comm* ligniperda), sans que cet anatomistc en appréciât la nature; il appela les petits noyaux et les filets nerveux, qu'il distingua au- dessus de la chaine ganglioimaire, du nom de brides épinières. Plus tard, le grand sympathique fut déc'ril et représenté avec un grand .soin dans quelques Insectes, et principalement dans le Sphinx du Troène {Spliinx ligustri), par Newport, qui le nomma système nerveux surajouté (3), sans établir de comparaison avec une portion quelconque du système nerveux des animaux verté- brés. Moi-même, après l'avoir observé depuisprès d'une quinzaine (1) Cijclojiœdia o[ Analomy and Physiutogy, odited by Todd, vol. II, p. 94S, art. Insecta. (2) Voyez, pour la distribution des ganglions el des nerfs du système nerveux de la vie organique, mon Mémoirf sur le tyiiUme mrvrux des Insectes (Ann. des te.nat., 3" série. 1846, l, V,p. 273, etc.). (3) On Ihe Aeruous System of the Sphinx ligustri, rir (Philnsnpliical Transac- tion!, 1832 et 1834. 8 t:. BI.«!\CHARD. — nu GRAND SYMPATHIOLE d'années chez une Ibiile d'Arliciilés et en avoir donné des fijiures, je demeurai longleinps incertain sur la nature de celte partie de l'appareil de la sensibilité des Crustacés et des Insectes. Aujour- d'hui, après de nouvelles reclierches minutieuses, je ne conserve plus aucun doute, et je crois pouvoir dire avec assurance : les brides épinières tie Lyonet et le système nerveux surajouté de Newport représenteni positivement le '^rand sympathique des Vertébrés cl en l'cuiplisscnl le rôle. Si l'on porte ses investigations sur des Chenilles ou surd'auhTs larves, on voit un nerfijui lire son origine du centre médullaire sous-œsophagien, el s'étend au-dessus de la chaîne ganglionnaire, présentant de distance en distance de petits ganglions, d'où dérivent des fdels qui vont s'anastomoser avec les nerfs naissant de la chaîne ganglionnaire. Il y a un de ces pelils noyaux dans chaque zoonile, mais souvent on cesse de les distinguer vers la partie postérieure du corps-, ces noyaux évidemment se sont con- fondus avec les centres médullaires abdominaux. Et ici je ne suppose rien, car de la larve à l'Inseclc adulte on voit s'opérer cette fusion ; le Ver à soie peut être pris pour exemple, et encore chez cel Insccle (larvenu à l'élat adulte, le grand sympalhique restc-t-il distinct dans toute sa longueur, ainsi (|ue je l'ai montré dans une figure publiée il y a quel(|ues années (1). Chez les Che- nilles, les ganglions du grand sympathique sont d'ordinaire plus isolés, et de la sorte beaucoup plus faciles à apercevoir i'2). A la vérité, ce nerf semble ne pas exister chez le plus grand nombre des Articulés; mais comme i\ a été possible de le voir dans plusieurs types s'unir et se confondre graduellement avec la chaîne gangiiomiairc. par suite des jirogrès de l'âge de l'animal el de la centralisation de son système nerveux , il est certain qu'ail- leurs son absence apparente est due simplement à son union in- time avec la chaîric. Ce l'ail ne peut surprendre, car, si rien de semblable n'a lieu chez les Vertébrés, cela doit être allribué à la (1) Règne animal de Cuvier, édition illustrée, Insectes, pi. 130, fig. 3. (2) Voyez la même planche du Règne animal, fig. 8, /, ;, où les premiers de ces ganglions sont représentés dans la Chenille du grand Paon (.idunis pavonia major) . CHRZ LES ANIMAUX AUTICULKS. 9 colonne vertébrale, (iiii oppose un obstacle absolu à un rapproclie- menf intime entre le grand sympatbi(|ue el la moelle épinière. Remanpioiis encore fpie le granil sy]npallii(|ue des Insectes est toujours impair; néanmoins il me paraît ('videnl cpi'il doit être double primordialeinent connue les autre- parties du système nerveux. Si l'on parvient à l'obserNci' ('liez des embryons, on en acquerra probablement la (ireuve nialerielle. D'ailleurs si les gan- glions se montrent simples dans tous les individus étudiés jusqu'à présent, parfois les cordons sont doubles, et chez des He|itiles le grand sympathique devient impair dans la queue il). Dans mes preuilères l'echerches sur le système nerveux des Insectes, qui datent d'uneeporpie déjà un peu aucienne,j 'avais suivi, au moins en partie, les tiletsriui se disiribueid à l'intestiu et aux organes génitaux; aujourd'hui, api'ès de nuuvclies investigations, je crois être assuré qu'ils [U'ovienuent spécialement du grand sympathique. (Je nerf envoie, en outre, des tllets aux muscles des orifices respiratoires, comme Newport l'avait constaté (2), et connue je l'ai vérifK' depuis. Dans les Articulés, la chaîne ganglionnaire étant tout à fait ven- trale, le grand sympathique se trouve occuper un plan supérieur; dans les N'ertéhrés, au contraire, la moelle épinière étant tout à fait dor.sale, le grand sympathif|uc se trouve occuper au plan infé- rieur. Or cette différence est en harmonie avec la position relative des principaux viscères dans ces deux grands types du règne ani- mal, .le rappelle ce fait, sans toutefois y attacher autant d'impor- tance que certains naturalistes, puisque, dans mon opinion, il ne suffit pas de renverser un Insecte sur le dos pour y découvrir le plan exact der;uiiuial V(!rtébré', par la raison priiu^ipale que, chez tout animal articuh', le cerveau et la chaîne ganglionnaire, qui représente la moelle épinière des Vertébrés, sont situés dans des rajiporls différents. Tous les faits cduuus à pri'seut louchant le système nerveux îles (1) Voyez mon ouvrage inlitulô : L'organismion du rfijiti: animul, Hrpiilex, SiiurietiB. \t\. .38, clr. : Scinciu nceltatus, olc. (2) Oh (/ic He^piraliono[ fnsecm {l'liihni}iihic(il TmiiMctions, paît, ii, 1836). 10 É. BLANCHARD. — M' GRAND SYMPATHIQl'E, ETC. Arliciilés nous conduisent donc ù dire qu'il y a chez les représen- tants de cette division zoologique : des nerfs de sensibilité spécinle naissant du cerveau ; des nerfs mixtes, sensibles et moteurs, pro- venant de l'encéphale et de la chaîne ganglionnaire-, un système nerveux affecté à la portion antérieure du tube digestif, aux organes respiratoires et aux parties principales de l'appareil circtdaloire, remplissant le rôle des nerfs pneumogastriques; et entln un véri- table grand sympathique accompagnant la chaîne ganglionnaire dans toute sa longueur, comme ce nerf accompagne la moelle épinière dans les Vertébrés. NOTICE SDR UN ANNÉLIDE CÉPHALOBRANCHE SANS SOIES, DÉSIGNÉ SOUS LE NOM DE CREPIXA , Par P. J. van BEiVEDEIV. k Nous avons publié [irécédemment une noiiee sur un singulier •.inimal qui vit surot aux dépens des iruts de Homard. Nous pu- blions aujourd'hui une nouvelle notice sur un Annélide aussi remarquable que le premier; il présente moins d'aflinités encore avec les groupes actuellement connus, et vit dans des tubes sur des coquilles ou d'autres corps solides du fond de la mer. (]et animal, entièrement nouveau pour la science, servira sans doute, par la suite, de drapeau autour duquel viendront se sroujjer d'autres fjenres. Nous lui avons donné le nom de Crepina, pour rappeler surtout le singulier panache tentaculaire qui couronne l 'extrémité cépbalirpie, cl (pii ressemble, tout au premier abord • du moins, à la couronne de tentacules des Bryozoaires tluviatiles. Il ne nous a pas été possible de trouver la moindre indication d'une l'orme semblable dans les archives de la science, et c'est bien pour la première l'ois qu'il est f|uestion d'un Annélide véri- table sans soies, et portant une couronne de tentacules en fer à cheval. Cet animal n'ap[iartenant à aucim des groupes naturels de Vers connus, nous ne pouvons jupcr de la structure de ses a|)parcils avant de les avoir étudiés avec soin ; de manière que nous ferons précéder, comme nous l'avons fait |toui' les Histriobdc^lles, le ré- sultat de nos n-chi'rrbcs sur Iciu' analoniie avant de l'air»- connaître li'in-s caractères zoologiques. Ce que nous Irouvou'- de jiius remarquable, indépendamment 12 p. J. VAN BliNEWEK. (les cMi'aolères cxlérieiirs, ce sonl les globules de sang, de couleur rouge, c|ui remplissenl non la cavilé [jérij^astriquc, comme cela s'observe dans les autres Annélides, mais l'inlérieur des vaisseaux eux-mêmes qui parcourent le corps dans toute sa longueur. Ainsi les Ci-ejnna ont du sang rouge ebarrié par des vaisseaux, et cette couleur rouge est due à la présence des globules. C'est la première Ibis, pensons-nous, qu'on signale chez lui Annclide quelconque une semblable disposition dans l'appai-eil d'irrifiation. Description anatomique. — La peau est proportionnellement assez éjiaisse ; on la sépare aisément (>n tierme et en épidémie. Ce dernier montre sa surlace complètement liériss(''e de courts poils roides, tels qu'on en trouve sur les feuilles d'un grand nombre de plantes. Cette peau ne se segmente évidemment pas comme dans les Annélides en général. Quand le Ver est étalé, et que le corps Hotte librement dans l'eau, sa surface est complètement lisse et unie ; on ne se douterait pas que c'est le corps d'un Annélide. Au con- traire, sous le microscope, dans un état de contraction, la peau est ridée sur toute son étendue; on peut même dire qu'elle est très irrégulièrement annelée, sans attacber un sens particulier à ce mol. Il n'y a aucune région distincte, si ce n'est celle qui est formée par les tentacules; le reste du corps consiste dans un cylindre droit parcouru par un tube digestif. On ne voit aucune apparence de soies dans l'épaisseur de la peau ; aussi l'absence de ces organes forme-t-elle l'exception la plus remarquable de ces singuliers Vers. Si, dans d'autres Annélides, on découvre aisément la circula- tion périgastrique, il n'en est pas de même ici. Dans le tube di- gestif, il existe un espace occupé par un liquide ; mais ce liquide, incolore et sans globules, ne montre d'autre mouvement (|ue celui qui est provoqué par les contractions partielles de la peau ou du tube digestif. Nous le répétons, il n'y a pas de globules dans la cavité péri- ANNÉLIDE CÊPHALOBRAiNCHi: SANS SOIES. 13 iiaslriqiie ; mais, conlniiri'iiKMil ;i ce (|uo l'on voit on générai, il y a des j;lobiiles rouf^eàtrcs et même 1res réguliers dans les vais- seaux. Plusieurs naturalistes se sont oecnpés déjà du sang et du liquide périgastriuue des Annélides, et jusqu'ici on paraissait géuéralc- tneul d'accord sur la présence de globules réguliers ilansla cavité périgastrique. Contrairement à ce (\u\ s'observe dans les Vertébrés, les globules ne donnent pas la couleiu' au sang, et ils ne se trou- vent que dans le li(piido épani'lié autour du tube digestif, jamais dans les vaisseaux. Il y a donc deux exceptions lemarquables ipie nous signalons, cl fpii liint tomber une masse de conjectures (pie l'on avait faites sur la véritable nature du sang des Annélides : on ne peut |ilus dire i|ue le sang('pancb(' seid contient 'insaguiri l'iuiiiiii' i|;iii> lc> \ll p. J. VAN BENEDEN. Br\ uzoairt's ; luul le oorps ù la l'ois se relire (huis le lube avec l;i rapidité de l'éelair, aussitôt que l'animal éprouve la moindre in- quiétude. (:;iia(|ue lenlaeule de la circonlérencc mesure environ 2 milli- nièlres de longueur ; les autres sont un peu plus eourls. ils ont à l)eu près tous le même diamètre, qui est de 0""",05. (;ha(]ue globule de sang remplit toute la largeur du vaisseau ten- taeulaire. Le lube digeslif est extraordinairement simple : au milieu de la eouronne des leiilaeules disposés en l'er à eiieval est située la bouelie. On n'y dislingue aucune partie solide, et la seule parlieii- larité iiu'elle nous olTre, c'est qu'elle peut s'oblitérer par la pré- sence d'une grosse lèvre eilié(> qui l'ait l'onclion de valviiie. Il y a, sous ce rapport, encore une grande analogie avec les Bryozoaires. Le tube digestil' est droit et simple, sans aucune apparence de eoinpartimenls, ni pharyngien, ni œsophagien, ni stomacal ; c'est vraiment un tube (|ui traverse le corps dans toute sa longueur. On le reconnaît aisément à travers les parois, aussi bien |)ar son con- tour que par sa couleur jaune. Nous n'avons pu découvrir dans son intérieur (|ue des granu- lations sans aucun caractère particulier. Nous en concluons ipie la nourriture de ces Vers consiste dans tout ce qu'il y a de plus mi- croscopique. Ce (jui montre avec (pielle prudence il faut procéder ([uand il s'agit de généraliser, ce sont les opinions qui ont eu cours succes- sivenieni dans la science au sujet du sang des Vers. Tout le monde sait que les Sangsues ordinaires, ainsi que les Lombrics terrestres, ont du sang rouge. Cuvier crut devoir dési- gner les Vers qui se rangent autour de ces derniers sous le nom de Fers à sang rouge, groupe doni Laniarck a l'ait ensuite ses Annélides. De Blainville exprime du doute au sujet de la couleur rouge dans un des Annélides les plus gros et les plus eonununs, les Aplirodiles; mais Cuvier croit avoir observé le contraire, dit-il, dans V Aphrodita squamala. Pallas avait cependant déjà l'ail l'ob- servation que le sang des Apbrodiles est incolore. ANMËLIDE CÉPHALOBRANCHE SANS SUIES. 15 M. F^dwnnls trouva ensuite du sang d'une couleur verte tirant sur l'olive dans une Sabelle, et celte couleur verle, nous l'avons reconnue personnellement sur une espèce de Serpule, quoique d'autres espèces du niètne genre aient le sang rouge. il paraissait aussi établi (|ue cette couleur n'est jamais due à la pi'ésence de globules réguliers, couane dans les Verlébiés, et que le li(|uide lui-même est rouge ou vert. Nous avons donné dernière- ment un exemple de sang rouge dont la couleiu' provient de la présence de globules, ut qui deviejil incolore ipiaiid les glolmles sont enlevés (le genre Capitella) ; aujourd'liui nous observons un ras semblable dans le nouveau genre Crepina. Enfin il paiaissait positivement acquis que le sang qui cliarrie des globules est du sang péi'iphérique épanché dans la cavité du roi'jis. Nous venons de nouveau de détruire cette règle : le Crepina a non-seulement des globules rouges dans le sang; mais, comme nous venons de le dire, ce sang à globules est logé dans les vais- seau.\ ordinaires. Quand le Ver est liien épanoui sur place, etque l'on a le moyen de biaquer (uie bonne loupe de Briicke sur ses (lancs, on voit de temps en leuqis un filet de (;ouleur rouge paraître et disparaître en se dirigeant vers l'extrémité cépbali(|ue. Quand le lîlet a passé, tout II" corps devient blanc, (!t l'on ne dislingue |)lus aucune trace de vaisseau. On voit (lislinctemenl ce sang se rendre à la base des tenta- cules, puis pénétrer dans leur intérieur, et, peu de temps après, revenir .sur ses pas. 11 y a par moments des oscillations très curieuses, mais (|ui ne se voient bien (pi'à l'aide d'un plus i'ort grossissement. Uu côté opposé du corps, on aperçoit ensuite un autre lilel pré- sentant le même mouvement que h; fdel ascensioimel, mais en .sens inserse, et (pii paiail ft(;nsiblcnieiil plus pâle. Dans le pre- mier, le sang s'élève le long du coips jus(pie dans l'inlérieur des lenlai'uli'S, par une sorte li'iirigalidU l'orciV, cl, par un con- iluil >iUié à l'opposile, il l'clourne ensuite au lieu don il est senu. 16 p. J. VAN BENEUEN. Le |ircinier, (juoi(|iif' ]ilns rouge, est veineux, |niis(|iril va sol- lieiter I oxytrènepiuir l"neeoni|ilissenient du pliénonièiic de l'héniii- lose, hiiidis (|ue l'aulre, :ui retour, lout en paraissant plus pâle, est vcritahiemcnl artériel. Eu plaeani le Ver, légèrement eoinpriuK', entre deux lauies de verre, on voit, le long du eorps de l'animal, un vaisseau propor- liomielleineut ibri large, di'oit iiendant l'extension, replié au eou- Irairc en zigzag pendant la eoulraeliun. Ce vaisseau, parvenu à la eouronnc de tenlaeules, se hirurqne, et pareourt à droite et à gauelie le l'er à elieval l'ormé parées appendiees. A la liaiiteur de eliu(|ue tenlaeule,il envoie une branche simpledaus eliacun d'eux, s'ctendaiit jusqu'au bout, et dont on découvre 1res laeilemeiit les parois dans toute la longueur. Un autre vaisseau, plaeé du eôlé opposé du eorps, l'eroit loul le sang revenu des leulacules, cl le conduit vers rexirémitë posté- rieure du eoriis. .Malgré la ressemblance de cette couronne Icii- faeulée avec les panaches des Bryozoaires iluviatiles, la présence d'un vaisseau disliuel dans l'iulérieiu', et d'un vaisseau dislinefe- ment contractile, doit sullire pour éloigner l'idée de Bryozoaire, ipiaud même ou ne eounaitrail pas les autres parties du corps. Indépendamment de ce tronc [irineipal, il y a une branche anastomoti(iue, une sorte de canal artériel (|ui part aussi de la hase des tentacules, mais i|ui va s'aboucher direclemenl dans le h'onc alTérenl. (Connue on voit régulièrement le sang se diriger dans un des troncs d'arrière en avant, il est à supposer ijuc les deux troncs afférent et efi'érenl sont anastomo.sés en arrière. Nous n'avons pu nous en assurer. Dans un individu incomplètement adulte et isolé, les deux troncs se sont remplis successivement de globules vers l'extrémité caudale ; mais, malgré toute notre attenlion, il nous a été impossible de nous assurer de cette communication. Le sang vient régulièrement par son tronc afférent, pénètre dans les tentacules en passant par les brandies latérales, revient des tentacules dans les mêmes hraucbes, mais jiasse de là dans un rameau afférent jiour ainsi dire collal('ral : c'est la marche oïdi- uaire. C.cpendaul, au lii'u de p('ii(''lrcr dans ce dernier, le saug)ieul ANNÉLIDE CÉl'HALOBliANCIIE SANS SOIKS. 17 iiiissi pénétrer dans une bi-anclie alïércnic supplénjcnlairc <|iii s'anaslomose avec le eanal altèrent. Nous avons longtemps clouté de celle dernière communication supplémentaire, et nous avons attendu pour l'admettre que nous eussions vu les globules du sang pénétrer d'un tronc dans l'autre, et se mêler avec les globules du vaisseau atïéreut. Nous n'avons pas vu non plus celle branche anasiomotique re- cevoir du sang du tronc alitMcnl, mais se remplir exclusivement du sang elïérenl. l.e» vaisseaux sont Ions coniracliles, aussi bien les gros troncs qui passent d'un bout thi corps à l'autre, (pie les vaisseaux lenla- culaircs et circulaires. 11 est fort aisé, (juand même le tentacideest com[ilélement isolé, de voir le vaisseau passer dans l'intérieur de cet appendice. C'est ce (jui explique fort bien le va-et-vient des globules dans l'intérieur de ces organes. I>es globules sont des discjucs à jiarois fort [leu résistantes, et fpii changent constamment de l'orme sous l'inlluence de la pression (|u'ils subissent. Un voit dans chacun d'eux un point oparpie, comme nous en avons signalé déjà dans le sang des Capitella ; mais la tache est sensiblement plus petite. Ces globules, étant mi peu espacés, uni une l'orme assez régu- lière, ovale ou circulaire; mais du moment iju'ils s'enlassent, ils deviennent méconnaissables : on dirait des globules complètement altérés. On ne pourrait mieux s'en faire une idée qu'en supjmsant (|ue ce sont des corps spliéri(pics à parois très minces et fort élas- li(|ues, (pi'on entas.serait dans un étui où nécessairement chacun d'eux se déformerait, selon la pression ([u'il subirait de la part de CCS voisins. Ils mesurent 0"'"',01. N'oici ce que nous avons [lu ob.server sur le développement de CCS Vers : Ayant dû m'absenler pendant les grandes chaleurs du nmis de juin, j'ai placé CCS \ ers dans une cave très fraîche, iXM.'Cvant lui peu de jour seulement pur un soupirail de [wi-te cochère, et, à mon retour, le 18 juin, je les ai de nouveau examinés. 1,'eau au fond du vase montrail un di'-pôl nuiràlrc, cl je craignais 4 sorie. ZooL. T. X. (Cahier ii" I .) - 2 18 p. J. VAIV BEKEnEN. avoir perdu mes' Vers; ils vivaient encore. Je les trouvai étalés, mais presque tous entièrement épanouis; cependant ils avaient perdu leur couronne tentaeulairc. Le Ver entier n'est qu'un fda- ment flexible sans aucune apparence d'appendice. En le touchant, il est aussi vivace que s'il avait encore sa couronne. Il disparaît au moindre mouvement qui l'inquiète. Je parviens à en saisir quelques-uns, et je m'assure que ces couronnes n'ont pas disparu jiar inv.-igination; qu'elles sont, ru contraire, tombées, et sur plusieurs une nouvelle couronne est en voie de développement (1). Dans ces Vers sans couronne, la circulation s'efl'ectue exacte- ment comme chez ceux qui la possèdent encore. Pendant les vacances, ces Vers sont tous morts, malgré les précautions que j'avais prises au moment de mou départ. Jusqu'à présent, lin d'octobre, aucun Ver n'a encore reparu. Je n'ai pas vu d'organes sexuels et encore moins des œui's; je ne puis donc parler de leur embryogénie ; mais, comme je viens de le dire, j'ai vu ces Vers se mutiler par la mauvaise qualité ou la trop petite (]uautité d'eau qui les rcufermail, et, à la suite de ces mutilations, j'ai dû, pour ainsi dire, étudier le développement ouïe mode d'apparition des plus importantes parties de l'orga- nisme. Ainsi, quand la couronne tentaeulairc est tombée, la peau de tout côté se rapproche, et le Ver [iréseutc l'extrémité céphalique tronquée semblable, quoicpi'un plus grosse, aux bouts des tenta- cules. Dans l'intérieur, on distingue deux vaisseaux, l'un allèrent veineux, l'autre efférent artériel, qui s'anastomosent en avant, en passant de l'un dans l'autre, et qui présentent, en outre, des (1) Ce n'est pas un pliénomène isolé que celui de la disparition de la cou- ronne tentaculaire. Les tubulaires. et surtout les tubulaires proprement dits, présentent le même phénomène. Quand on en recueille dans la mer, peu im- porte leur vitalité, on voit les têtes fléchir cl puis tomber, malgré les soins les plus soutenus : on croirait ces polypes perdus. C'est une erreur. Que l'on place ces tubes sans têtes dans un aquarium, et au bout de quelques jours, elles auront toutes reparu . Il y a seulement celle différence que, si les premières portent une progéniture, les successeurs reparaissent seuls et sans postérité. ANNELIUK CÉl'HALUliHANCHIi SANS SOIES. 19 aïKisloiiioses sur Icli-ajct, comme on eu voit elicz iiliisienis autres Amiélides. • L'un de ces vaisseaux est pulsalile, l'autre ne l'est pas : le pre- mier ((irrespondrail (loue au vaisseau dorsal ou au cteur; mais comme il se rend plus tard aux tentacules pour y l'aire subir le contact de l'oxygène au sang qu'il reni'erme, il serait donc artère par un càt('' et veine par l'autre. Il esl ]iar consérpient plus conve- nable de distinguer les vai.sseaux, d'après leur rôle, en alférents, en elférents et en anastomotiiiues. Quand le Ver esl |placé de nouveau dans de bonnes condilions hygiéniques, il se l'orme à l'exlrémité cépliali(pie une légèie dé- pression, du fond de hupirlle s'élève un groupe de lubcreules, el chaque tubercule s'élevaut assez rapidement devient bientôt un tentacule, dont l'ensemble prend l'aspect d'une couroinie lenta- culaire. En même temps (|ue ces tubercules se sont développés, le sang du vaisseau s'est étendu dans chacun d'eux, et l'appareil vascu- laire pré.sente le même aspect que les tentacules qui le logent. Cette croissance a lieu avec une certaine rapidité. Pendant que les tentacules sont en voie de développement, un orilicc ajiparait au milieu d'eux, et re|)résente la bouche. Ils sont réellement privés de cet organe aussi longtemps que l'animal ne s'est pas complété. Caractères dislindifs. — Nous allons réunir ici les caractères les plus .^aillants, surtout ceux qui servent à la disliocliou du genre, et qu'on peut appeler extérieurs. Genbe CREPINA. — Crépine, Van Beneden. Caractères. — Ia'h tentacules loruient une couronne en 1er à cheval coiiimi- chez les Uryozoaircs, mais ils ne ,sonl pas ciliés, el ils logent, dans leur inlé'ricur, un vaisseau disliucl à |)arois con- Iracliles. Les Icnlacnics ont à li'in- base un \aisseau allcrcnl et un \ai.s- 20 p. J- VAN nEKEDKK. seau ct'féront, qui peuvent au besoin ooninumiiincr direclenient par un canal artériel. , Le sang contient des globules roupeâtres à parois flasques et à noyau très distinct. Il est contenu dans des vaisseaux. Il n'y a aucune apparence ilc soies dans l'épaisseur ou à la sur- l'acc de la peau, ni de pièces solides à la bouclic. Il n'y a pas non plus de diapbragmes autour du tube digestif. Les organes .sexuels sont séparés. Le développement est à embryons ciliés. Crepina giucilis. — Crépine gracile. Ce sont des Aunélides tubicoles, mais le corps est propulse si loin hors de la gaine, qu'il semble se mettre entièreineul à nu. Le tube est délicat et nicmbraueux. Ces Vers vivent réunis en grand nondire sur les coquilles d'huîtres (0.?(rea hippopus] avec des Sabcllcs et d'autres genres. Le Ver entier acquiert la longueur de 8 à 10 millimèlres sur 1 millimètre à peu près de diamètre. On ne peut se faire une idée delà rapidité avec laquelle ces Vers disparaissent souvent au plus léger mouvement de l'eau. Cette rapidité est telle, (ju'on a beau regarder des centaines d'individus, avoir la loupe braquée sur eux, et des pinces, au-dessus de leurs tôles, toutes prêtes à les saisir, ils disparaissent complètement au moment où l'on croit sûrement les tenir, et il faut reeonuiicncer l'opération avec le même soin. Enfui, si l'on parvient à eu saisir un, le corps se brise ; on peut porter sur le porte-objet du micros- cn[ie l'extrémité cépbali(|uc et la couronne des tentacules plus ou moins contractée ; mais la [)artie postérieure du corps se cache complètement dans la profondeur du tube. Celle agilité extrême, cette dis[iarilion brusque au moindre attouchement, ajoutent encore à la ressend>lance que ces Vers ont avec les JMollusques bryozoaires. yéffmttés naturelles. — C'est un animal qui a des rcsseml)lances avec les Bryozoaires, mais qui ne possède absolument de ces der- ANN'KLIDE CKPH.VLOBRANCIIE SANS SOIES. 21 niors que ses lentaoules en fer à eheval. En effet, Ions les Bryo- zoaires ont les lentaeiiles ciliés, ceux-ci ne les ont ims ciliés ; les Bryozoaires ont les tentacules creux et sans vaisseaux, ceux-ci ont un vaisseau coulractile dans les tentacules, et la cavité, au lieu de eonimnnif|uer dans la cavité périftastrique, est ici une communi- cation avec un sysièmede vaisseaux clos et rouges. 11 n'y a pas de vaisseaux chez les Bryozoaires. (^Iiez tous les Bryozoaires, la couronne lentaculaire est inva^i- iiéc pendant la contraction; chez l'animal qui nous occujie, la cou- ronne ne s'invafrine pas, mais le corp., entier .se retire .dans son fourreau. i.e tube digestif est toujours replié dans tous les Bryozoaires, tandis (|u'ici il est droit, et l'anus est situé à l'extrémité du corps opposée à celle qui porte la couronne tenlaeulaire. Le tulie dij^eslif est toujours replié sur lui-même chez les Bryozoaires, et l'anus vient s'ouvrir non loin de la houche. Ces |)articulariti''S d'organisation ou de développement suffisent à elles seules pour étaldir (pie ce n'est jias un Bryozoaire. La longueur du corps, la di.s|iosition .symétrique des organes, la présence de vaisseaux contenant du sang de couleur rouge, et d'autres particularités encore in(li(pieiit bien (pie c'est un Ver, et de plus (|ue c'est un Ver voisin des Annélides. Ou |icul même aller |j1us loin, et dire ipie c'est im Annélide céphalobrancbe. Le mot Jnnétides, proposé jiar Lamarck pour désigner le groupe de Vers (|ue (;ii\ ier avait réunis sous le nom de Versa samj rouge, correspond à [jcu près au mot Chétopodes de Khiinville. Blaiu- villc avait fait observer avec raison (pie tous ces Vers .sont loin d'avoir le sang ronge, et nous pouvons dire à notre tour au digne rival (le Ciivier : Tous vos Chétopodes n'ont pas de soies. Blainville ne devait pas s'attendre à une exccplidii à cet égard, et si l'exception ne |)ortail |)as sur un Ver (■('■pbaldbi'anche, il est évident (|ii'(iii le reb'îguerait, malgié la couleur rouge de son sang, dans des rangs bien inf(Tieurs à ceux qu'il oiM^ipe de droit. Le Crepina sérail lui CliéloïKide sans soies pour Blainville, el ce qoi iilii- (•>! im Cliétopo(l(; liéléroiiicrien ; ce ipii le Ici ail 2â p. J. \lk\ REKEltEN. lil:i(?or l'i l:i li''l(' dos Aiiiiùliilos, lundis i|u'il dnil V('ril;ilil(MiiiMil so Iroiivoi' !i In (|iicHio. Blaiiiville a critiqué avec raison (Jivicr d'avoir [ilac('' les Annélides, à cause de la couleur de leur sang, au-dessns des Ar- liculi's ; on |iourrail anjourd'iiui lui adresser la irième ci'i[i(|ue, en disant (|ue ses Ilétéroniériens, au lien d'èlre à la lèle, sont infé- rieurs aux autres (Snbhélérorriériens et Homomériens). Il est assez remarquable (|ne le caractère, considén'' avec raison comme caractère de première imiiortance, depuis les travaux de ]îlainvill§ et de Savigny, fasse complètement défaut ici. Tons les Céplialobranclies sans distinction portent des soies dans l'épais- seur de la |)eau et des appendices sous l'orme de pieds; ils sont plus ou moins distinctement annelés, tandis qu'ici il n'y a aucune trace de ces soies, ni aucune apparence d'anneaux , et si le mot Chétopode a pu convenir [larfaitemciit à ces Vers jusqu'à préseni, il devient aujourd'liiii loul à fait impropre, puisqu'il n'y a aucune apparence ni de soies, ni de pieds, ni de segments. Sous ce rapport, ce Ver l'ait une véritable cxccplion (1). Si tant est que l'on conserve les Céplialobranclies dans lui seul groupe, il est évident (pie le genre Crepina',\ lui seul doit former un groupe à part. En résumé : I. Les tentacules des Crépines forment une couronne en fej- à cheval, comme celle des Bryozoaires lluvialiles. II. La peau est dénuée de pieds et de soies, et le Ver n'est pas Cliélo|iode, d'a|iiès l'étymologie du mot. m. La couli^ur ronge du sang est due à la présence de globules de celle couleur, et ce sang coule dans des vaisseaux clos ipii pé- nètrent même dans les tentacules. IV. Le genre Crepina s'éloigne notablement de tous les Vers (1) Le genre Tomoptéris (Briarée) avait été considéré comme privé aussi de soies, mais iMM. LeucWarl ei Pagenstecher , dans une excursion qu'ils vien- nent de faire à l'île d'Helgoland, se sont assurés qu'elles existent réellement, mais qu'elles sont moins développées que clans les autres Annélides. M. Pagen- stecher a eu la complaisance de me mon lier ses dessins. ANXKr.iriK ClCr'IlALOIÎItANCirF. SAKS SOIES. 23 connus; s'il se r;ii)[)roclieilpsCi''phnlol)riindieR par ses branchies, il s'en éloigne eonsidéralilement par l'abseneo rie soies et de |iip(ls, ainsi ipie par ses globules de sang (|ne charrient les vais- seaux. V. Sa place est à la queue des Céphalobrauches dans un groupe isolé d'Annélides sans soies. EXPLICATION DE LA PLANCHE 5. Genre Cn'pine. Fig. 1. L'animal complélemenl épanoui ou de face, monlranl une grande partie du corps hors du lube ; on voit les tentacules en fer à clieval, le tube digestif et un des vaisseaux longitudinaux qui s'abouche dans le cercle sous- tentaculaire. Fig. i. Un autre, vu de profil avec les appendices branchiaux plus ouverts , Fig. 3. Une couronne tentaculaire isolée pour montrer le mode de distribution du sang aux tentacules et le rapport des vaisseaux avec le lube digestif. On voit u, un tronc afférent; b, cercle sous-lentaculaire ; c, vaisseau tentacu- laire ; d, canal artériel; e, vaisssau efférent. Fig. 4. Ver qui a perdu sa couronne. Fig. 5 Couronne qui repousse. Fig. 6. Couronne plus avancée. Fig. 7. Un vaisseau montrant les globules du .sang entassés dans l'intérieur. (Les autres ligures contenues dans cette planche .se rapportent à la Note île M. Barthélémy, p. 4i.) PUBLICATIONS NOUVELLES. KongJigasvenska Fregallen Engcnies Resa oinkiny jnrdcn. — Voyage t/e la [régale Eugénie, de la marine rnijale suédoise, autour de la terre, sous le commandement de M. C.-A. Vircin, peiidant les années 1851-1853. Partie znologique, in-i". Stockholm, 1857 et 1858. Dans les deux premiers fascicules que nous venons de recevoir, on trouve lo commencement d'un travail très étendu sur les Annélides recueillis sur divers points où la frégate a fait relâche, et le commencement d'une description des Coléoptères nouveaux provenant de la nréme source, par 51. C.-H. Boheman. La partie relative aux Annélides contient la description d'un grand nombre d'espèces nouvelles dont plusieurs forment les genres nouveaux dans la grande famille des Aplirodisiens, et ce travail est accompagné de 8 planches représen- tant les parties caractéristiques de ces animaux et faites avec beaucoup de soin et d'habileté. La partie entomologique contient la description de 237 espèces nouvelles de Coléoptères et est accompagnée d'une planche. Le tout est rédigé en latin. Compendio Sloricn Scuola analomia di Bologna. — Compendium historique de l'Ecole analomique de Bologne depuis la retiaissance des sciences et des lettres, jusqu'à la fin du xviiF siècle, par .Michel Medici. Bologne, 1857. Cet ouvrage, publié par ordre du conseil municipal de la ville de Bologne, contient un grand nombre de renseignements intéressants pour l'histoire de lanatomie et de la physiologie à une époque reculée où l'Italie occupait le pre- mier rang dans le monde scientifique et littéraire. An Essay on Classification. — Essai sur la classification, par M. Agas- siz. 1vol. in-8. Londres, 1850. Ce travail avait été déjà publié dans le premier volume du grand ouvrage de M. Agassiz sur l'histoire naturelle des États-Unis; sous sa forme nouvelle, il sera plus accessible i> la plupart des zoologistes qui ne manqueront pas de l'ac- cueilhr avec grand intérêt. L'auteur y a ajouté un chapitre sur les catégories d'analogies, c'est-à-dire sur la nature des analogies qni existent dans les groupes naturels de divers degrés hiérarchiques. Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations patholo- giques des liquides de Z'or(/«ni'sme, par M. Claude Bernard. 2 vol. in-S". Dans cette intéressante publication, M. Bernard s'occupe d'abord du sang et rend compte de ses recherches sur la production de la chaleur, sur le rôle du svsteme nerveux dans la transformation du sang vermeil en sang noir, sur les rapports qui existent entre la composition de ce liquide et les produits sé- crétés, etc. Dans le second volume, il traite de diverses questions relatives aux sécrétions urinaire, saliv.nre, etc., et fait connaître les ri'svdtals obtenus par ses expériences sur la respiration dans le gaz oxyde de carbone. RECHERCHES LES SUBSTANCES ALBUMINOIDES, Par M. P. S. DEMIS (de Commercj), Méderin en tlief th- l'Iiûpiljl de Toul, correspondant de l'Acadcinic impériale de méderine, olr J'iii publié, en 1856, mes Nouvelles études sur les substances albuminoïdes. J'ai dû, depuis, en revoir une prande parlie des résullats, avant de les uliliser dans un Mémoire sur le sangsue j'ai présenté à l'inslitul, en décembre dernier, et qui est sous presse. En me livrant à ce travail, j'ai pu rectifier bien des laits et en découvrir qui m'avaient éciiappi- autrefois. Aussi aujour- d'Iiiii ai-je acquis une série de données expérimentales chimico- pliysiologiipies sur les sidtsianees albuminoïdes, (\u\ offre, j'ose le croire du moins, quelque intérêt. J'en ai soumis les principales à l'appréciation de MM. Chevreul et Cl. Bernard, en répétant de- vant eux une partie des recherclies que je me propose d'exposer avec détails dans mon Mémoire et dans une Notice qui lui est annexée. Ce que je vais l'aire cormailrc dans le présent article, n'en sera qu'une analyse. J'a|)pelle le moile expérimental auquel j'ai eu recours pour étiidiei- les sid)stauces ailiuniinoïdes, méthode d'expérimentation par les sels; parce qu'il est en effet fondé essentiellement sur l'em- ploi de divers réactifs salins, connue ou pourra en jug(M' dans le cours de mes recbcrclies. 1° Substances albuminoïdes végétales. Je n'ai trouvé dans les végélauv r|u'Mne seule substance albinni- iioïili- il'tjii, selon moi, prnci'di'iil tdules les variétés (pi'ou y a 26 p. s. OICNIS. signalées, .le l'ai nommée gliUine, parce qu'elle eonsliliie essen- lielleniciit le liliileii. Je l'extrais ties amandes, des noix, des noi- selles, de la l'arine de blé, des pois, fèves, lenlilles, ele.. dans lesquels elle existe à l'état d'insoluhilité dans l'eau pure, et do solubilité dans ce liquide. Substance albuminoïde unique. — Pour isoler la gluline qui se trouve à l'étal insoluble, le procédé que j'emploie consiste à réduire en pâte l'une des parties végétales quej'ai citées, en la broyant dans un mortier, excepté bien entendu la farine, et à rendre cette pâle assez claire par l'addition d'une solution de chorure de sodium au dixième ; après quelques heures, on ajoute autant d'eau pure qu'on a employé de solution, et on jette le îoutsur un filtre. On obtient un li(|uidealbumincux (]ui ubaudoune de la glutine dès qu'on l'étend d'eau largement, ou mieux dès qu'on le verse dans une grande niasse de ce liquide. Si l'on s'est servi de parties végétales qui, tri- turées avec de l'eau, donnent une émulsiun, on a dû [iréalahlenicnt les tiéliarrasscr de toute matière émulsive et n'utiliser (pie leur marc. L'érnulsion obtenue des amandes, des noix, ele., peut cire privée de ses corpuscules gras |tar le filtre ; en opérant avec soin, on en vient à bout. 11 suffit d'étendre le liquide albumineux qu'on relire ainsi, de ciiKj parties d'eau, et d'y ré[)andre quelques gouttes d'acide chlorbydri(pie ou acétique affaibli, pour en précipiter de la glutine. Le liquide albumineux est cependant neutre, et l'infi- ninient petite quantité d'acide (|u'on lui ajoute ne lui conniumique aucune réaction, (l'est que ce liquide doit contenir un alcali ou un carbonate alcalin dunt la pn^seuce rend la glutine soluble dans l'eau en toute proportion. On prépare un semblable liquide en xcrsant (|uel(|ucs gouttes d'uu(> solution d'alcali ou de carbonate alcalin dans la solution salée (pii, ayant agi sur le marc d'amandes nu sur (le la l'arine. par exemple, s'est chargée de glutine. Dans ce cas qWp cesse d'abandonner cette substance, quand on l'étend largement d'eau pure, et elle ne ramène jias cependant au bleu le papier rouge de tournesol ; niais, ainsi étendue d'eau, il suffit de fort [leu d'acide pour ipie la glutine ap|iaraissc. Les propriétés de la glutine la rapprochent de la fibrine animale pure. Dissoute dans de l'eau salée et sin-loul en la rendani faible- iiEniinr.CHF.s siu i.iîs si'bstancrs albijminoides. 'J/ iiicnl iiuiile uu r;iildili(iim;iiil d'iiii peu d'nlcali, elle conslitiic; iv i|ii'oiMl(''signe sous le nom d'albumine végétale. Dessécliée, puis humeelée plusieurs Ibis, elle cesse d"(Mre dissoute pnr l'eau salée ; (•"est alors i\\[ gluten. L'eau eliaude la réduit en la caséine végétale de MM. Selieier et Joncs. Kllc se dissout parliellenient dans l'alcool l'aible eliaud; ce qui se dépose après le rclroidisscment est la caséine végétale de ^I. Dumas; ce qui n'a pu être attacpié, représente la fibrine végétale de ce savant. L'évaporation de l'alcool, après son refroidissemcnl, tburnit la gliUine du même rliimisle. l.'amandine et la légumine s'nlitienncnl ('gaiement, en la traitant connue l'amande et les légumes, ipiand on en retire ces matières. 2° Sul)stcinces atljuminoïdps des (luides animaux. L'examen de la glutinc annonce que, dans son état naturel, elle est insoluble dans l'eau pui'e. On a vu qu'elle n'y devieid soluble qu'à l'aide du sel commun; mais tous les sels neutres à base al- caline partagent plus ou moins la ]iro|irii'lé de ce sel En même temps nous avons observé <|ue l'oi't |ieu d'un alcali ou d'im car- bonate a](,'alin rendait la dissolution de «lutine pcrmaiienle dans beaucoup d'eau, et cpie l'on pouvait regarder l'albiunine végétale comme une dissolution de glutine de ce dernier gciure. Si de tels faits cl des con.séqcnccs (|u'on en peut tirer sur l'état de toute substance albuminoïde, on en infère que les fluides organiques, animaux, albumiiicux, sont des solutions de condjinaisons opérées iialur(5llemcnt entre des substances albuminoïdes et des sels neutres joints à un ab-ali ou à un sel alcalin, ainsi que je pense rpi'ils son! constitués, on doit dès ipTon les a largement étendus d'ciiu, en piéci|iiler ces substances en neidralisani leur alcalinit('' avec ww faible quaiilité d'eau, (l'est en agissant conscqucuMucnt à celle liii'orie <|ue je vais procéder, mais je reviendrai l(Jul(lois ;iu\ mosi'us qiii'j';ii indiqui's comme propres ;'i di.ssoudrc les snlislau- ccs albuijiinoides iiisidid>les dans l'i'au pure, quand les lluides de l'organisation :mim:de ('iiiilieiidinnl ili'> liloliules alIniiMiiieiix un déposeroni di'S liiiilieres ronrirle> (le même n;ilini'. ( >|iendi(nl le 2S p. s. ItENIS. préviens à l'avance qu'il est des substances alljiiuiinoïdes nalurel- lenient dissoutes, qui exijieut, pour être si''[iarées de leur dissol- vant, des manipulations particulières dilTérentes de celles que j'ai déjà décrites. Substances albuminoides du sang. — Les f^lobuies du sang sont des solides organiques; aussi, pour les étudier, vais-je cliercher à extraire leurs substances albuminoides à l'aide de l'eau salée, comme je l'ai fait, dans les rechercbes sur la giutine insoluble dans l'eau pure. Un sang de volaille dclibriné à la saignée, mêlé à son volume d'inie solution de cbiorure de sodium au dixième, s'épaissit peu à peu, et, après douze heures, tous ses globules sont soudés les uns aux autres, et ne forment qu'iuie masse eo- liérente. On la lavera partie par partie, el on oiiliendra ainsi, en grande quantité, une matière blanche, molle, fdjrineuse. C'est une variété de fibrine que je nonuoe globuline, mot ijui a servi à Berzelius pour désigner la portion albumineuse des globules (|ui est soluble dans l'eau pure et qu'on appelle aujourd'hui hénialo- crislalline. Je ne m'occuperai pas de celle-ci qui est réfractaire à mes procédés. La globuline est la subslance qui constitue ce qu'on connaît sous les noms de noyaux el d'enveloppes des globules, ce qui forme leur trame eu un mol. Son caractère particulier est d'être mise innnédiatement à un état visqueux remarquable par l'eau salée et par les solutions de tous les sels neutres à base alca- line. Quoique je dise qu'alors elle est en dissolution visqueuse, en demi-dissolution, je n'en recomiais pas moins qu'elle ne subit en ce (?as qu'une expansion considéralilc de sa matière. L'eau pure lui enlève promptement le sel qui, en combinaison faible avec elle, la met à cet état. L'alcool la rend insoluble dans l'eau salée ; aussi quand on a agi sur elle à son aide, celte eau en extrait une substance albuminoïde qui l'accompagne, et que l'alcool ne coa- gule qu'en faible partie ; c'est de la fibrine concrète pure. L'eau chaude la met dans le même état que l'alcool. Elle est dès lors de la globuline modifiée. Celle-ci n'est pas sans importance dans l'étude des substances albuminoides, car on la retrouve au sein de quelques solides organiques; bien qu'elle n'existe nullement dans les globules d'oiseaux, elle forme une partie de la trame des liECHERCHES iUR LES SUBSTA>CES ALBUMINOÏDES. 29 ^'lobules du sang veineux de riiommc , et toiile la (raine do ceux de .sou saug artériel. Aussi cst-il dilïicile d'extraire la globuliue de ce sang veineux et impossible d'avoir celle de ce saug artériel, en employant l'eau salée. Quand on veut agir sur les globules du sang veineux de l'homme, il fiuit prendre du liquide obtenu en pressant dans un linge un caillot bien jinvé de sérum et le mêler à moitié de son volume d'une solution de chlorure de so- dium au dixième, après douze à vingt-quatre heures en été, ou deux à trois heures d'une chaleur de 40 à 50 degrés, en toute saison; quelques gouttes du liquide, alors bien épaissi, étant jetées dans une capsule de verre pleine d'eau, on les promène sur son fond par une légère agitation produite au moyen d'une spatule. Peu à peu on voit l'eau dissoudre la partie colorée des globules qui se sont agrégés entre eux, et leur trame, liée par leur accole- ment, ne forme plus bientôt qu'un canevas feutré unique, mais des plus fragiles; aussi, en l'agitant vivement, on le détruit bien vite. .Si on le laisse sous l'eau, il s'y conserve indissous. La solu- tion de chlorure de sudiuiii, au dixième, met immédiatement cette matière à l'état visqueux, sans cependant en attaquer également toutes les paities. 11 est facile de voir que ce qu'elle contient de globuline pure devient seulement visqueux, et que le reste n'en éprouve aucun effet. Ce reste s'obtient sans peine à part ; on lui reconnaît facilement les piopriétés de la globuline modifiée. Le plasma, de son côté, renferme aussi plusieurs subst-vices albuminoïdcs. Il faut pour les étudier le dégager d'abord des glo- bules (|ui nagent dans son sein. On y parvient aisément en rece- vant le sang à la saignée dans un septième de solution de sulfate de soude saturée. Après (juelques heures de repos, on peut l'enle- vei'; il est tel qu'il circule dans les veines avec le sang, bien (pi'on lui ait ajouté du sidiale de soude, qui ne fait (jue le préseiver de toute décomposition. Il renferme deux substances albuminuïdes : l'iuie i|ue.j'appelli'iai;>/n.vmnie, parce (pi'ellc est la matière la plus Muposante lie ce liquide ; et l'autre ((ue j'ai nonnnée serine, au lieu lie la désigner, comme on lefaitgénéialement, sous le nom d'o/- bnminc, ce qui la fait confondre, à toi't, avec la véritable albumine, celle de l'oul. La preniièic est la fdjiine plasmique de ,\l. Milne 30 p. s. IIENIS. Ertwnrcis. On In regarde comme de la librine ordinaire, simple- ment lirpiidc, on même déjà solide, mais alors en molécules mi- croscopiques ; elle n'a pu jusqu'ici être relirée dn plasma, telle rpi'elle s'y trouve. La seconde, la serine, n'est connue également ipi'à l'élat li(piide. J'espère prouver f|u'il est possible de les extraire toutes deux : la dernière, à l'état solide et insoluble, dans l'eau |iiu'e, non altérée cependant; la première restant soluble dans l'eau, et jouissant de |iropriétés (|ui annoncent qu'elle n'est nulle- ment de la librine proprement dite. Pour isoler la plasmiue, je salure, avec du cblorurc de sodium en poudre, le plasma obtenu i^omme il a été dit. Quand il ne peut plus dissoudre de sel, celle sulislance se précipite en entier. On la recueille facilement sur un fdtre, où elle doit être lavée avec ut\e solution saturée de chlorure de sodium, tant que celle-ci eniraine une matière jaune. Ou l'enlève alors du papier à l'état d'une pàtc blanche, grenue, peu ferme, opaque ; elle se dissout dans l'eau pure, sans doute à l'aide du sel qu'elle retient. I.e caractère le plus remarquable que jirésente la plasmiue est de pouvoir se coaguler spontanément. Pour bien observer ce phéno- mène, il convient de délayer une partie de plasmine encore humide dans dix à vingt parties d'eau ; il en résultera une solution qui, après cinq minutes ou [ilus, se prendra en masse. Le caillot formé, étant pressé dans un linge, donnera un liquide qui contiendra de la fdjrine pure dissoule, et un solide qui consistera eu fdjrine con- crète modifiée. Nous verrons plus loin ce que sont ces deux variélcs de fibrine. En se eoagidanl spontanément, la plasmine se métamorphose ou se transforme donc en de nouvelles substances albnminoïdes. Cela a lieu dans le sang, aussi bien que hors de cette humeur; mais alors les substances produites ne sont pas toujours celles que je viens de signaler. Ainsi quand on bal le sang veineux encore fluide jiour en reti- rei- la fibriiie concrète, (\m apparaît dès que sa plasmine se trans- forme, ou l'obtienl pure. Lavée alors dans plusieurs eaux, puis soumise à l'action de l'eau salée, elle s'unit au chlorure de sodium pour donner lien à une combinaison soluble. On réussit bien à dé- RECHEKCHRS SL'K LES SUBSTANCES ALBUMINOÏDES. 31 leniiinercelto combinaison, ainsi qn'à (iissundrela fibrine concrète pMi'c, on la tenant encore IVaicbe dans trois fois son poids de so- hilion de chlorure de sodium au di.\ième, pendant au moins deux beurch, à liO on 30 degrés, et pendant vingl-cjuatrc à quarantc- liuit heures, même plus, en été, à la chaleur ambiante. Pour opérer ]ilus sûrement, il est bon de broyer d'abord exactement la fibrine avec le tiers de son poids de clilornrc de sodium, puis de verser ensuite sur le niélaufic, peu à pt'u, trois fois son poids d'eau pure. Quand on voit ipie la dissolution n'est point entièrement achevée dans le temps que j'ai lixé, on est obligé d'ajouter un peu d'eau à la préparation, el de l'agiler de temps en temps pour qu'elle se fasse complètement. Si l'on n'a relire la librine du sang veineux qu'après sa coagu- lation accomplie en repos, et en lavant son caillot, la fibrine con- crète pure est mêlée à beaucoup de globniine pure également. En la soumettant ainsi obtenue à la solution de chlorure de sodium an dixième, on voit se produire la combinaison salino-visqncuse qui a été décrite en examinant les globules du sang de volaille. Ici, comme dans ces globules, on peut constater que la globulinc est accompagn(''e d'une faible ([uanlité de librine pure par les moyens que j'ai déjà en l'occasion d'employer. Quand le sang veineux a été re(;n dans une solution de sulfate de soude à la saigni'-e, puis qu'on la l'ait coagider eu IV'lendant d'eau largement après ce traitement, la fibrine concrète qui se montre est modifiée. Klle rehise de se dissoudre dans la solution de chlonirc de sodium, on de s'y convertir en matière vis(jueusc. (Jii trouve qu'elle se comporte avec ces réactifs, comme celle qui a été tenue qiii'lipies instants dans l'eau bouillante. Le sang ai'tériel ne donne, dans toutes les circonstances au milieu desquelles ou peut le placer pi.'udant sa coagulalion, rjue de la fibrine modifiée concrète. Quelle i|ue suit la variété' librineusc ennerèh' oblenue par la li'ausi'iii'malion de la plasuiine dans le s;uig, la fibrine di.tsoule. i\\\\ ap|iarail i-n même temps est lonjoins la vari('li'' que j'appelle pure. An'i\iiu> à la sé-rine du plasma. On peut ICxliaire en sainranl. avec du sull'ale de soude, à /lO ou 50 degrés, ce liquide dont on a 32 p. S.DEKIS. ciilcvc la plasminc; la serine se préci[)ilo ; cm la recueille sur un iillrc, tenu dans un entonnoir, conslaniinent chaufié au degré indiqué, et bien recouvert pour éviter l'évaporation. Cette expé- rience est difficile à terminer avec réussite ; elle exige des soins que je ne puis indicjuer ici. La serine forme alors une pâte blanche, consistante, qui se dissout dans un peu d'eau, et qui se précipite en versant ensuite largement de ce liquide sur elle. Si le trouble occasionné par le précipité est peu prononcé, la serine aura retenu de l'alcali; une goutte d'acide cblorhydri(|ue ou acétique étendu aidera à l'augmenter. L'eau salée dissout ce précipité, etc. Le sérum, qui n'est que le plasma modifié par le lait de la transformation de la itlasmiue eu fibrine, ne consisterait qu'en ce plasma, moins la fibrine concrète produite, s'il n'apparaissait pas en même temps une portion de fibrine pure (jui, refusant de se solidifier, reste dissoute dans le sérum. Le plasma renferme de la plasminc et de la serine pour substances albuminoïdes, avons- nous vu; le sérum, de son côté, contient de la fibrine dissoule et de la serine; celte dernière est la même (jue nous avons trouvée dans le plasma; pour la première, elle résulte de la dissolution d'un des corps nouveaux dus à la décomposition spontanée de la plasminc. Je crois ni'être suffisamment expliqué, pour que l'on ait bien compris ce que je viens d'avancer. On sépare avec facilité la fibrine dissoute dans le sérum, de la serine, avec laquelle elle se trouve. Il suffit pour cela de saturer à IVoid ce liquide avec du sulfate de magnésie pour la précipiter complètement. On passe à travers un linge, afin de relcuir les cristaux du sulfate (pii a refusé de se dissoudre, et le filtre retien- dra la fibrine sous forme d'une pâle blanche grumeleuse. On lui enlèvera le plus possible delà solution magnésienne qu'elle retient, en la pressant entre des feuilles de papier absorbant. Elle se dis- soudra dans peu d'eau, à la faveur d'une faible quantité de la même solution qu'elle ne cède pas ; mais en l'étendant largement de beaucoup d'autre eau, on la [irécipilera pure, et jouissant des pro- ]iriétés que j'ai reconnues dans la fibrine concrète obtenue du sang veineux fouetté pendant la coagulation. Substances albuminoïdes de l'œuf de potde. — Le jaune de cet RECHLRCHES SLR DKS SUBSTAXCKS ALBlSIlNo'lDES. 33 œuf renferme une subslanre albinninoRle qu'on a appelée vilel- line, parce ipioii n'a pu l'isoler des matières qui en déguisent ses propriélés. Je crois i[ue ces faits vont nous eonduirc à reconnaître qu'elle n'est que l'aHjumine, du moins dans sa presque totalité. Un jaune étant agile dans un llncon avecderéther renouvelé tant qu'il se colore, finit par se débarrasser de son corps gras. II reste une substance sokible en entier dans la solution de chlorure de .sodium au dixième. L'eau en précipite cette substance, que la même solu- tion redissout encore. La dissolution saline ainsi préparée est coagulable par la chaleur et par l'alcool, etc. Légèrement alcali- sée, elle ne précipite plus par l'eau. Il est évident qu'elle contient une variété albuminoïde. Tout à l'heure, nous arriverons à l'assi- miler à celle (pii constitue le blanc de l'œuf que nous allons examiner. De ce blanc, bien inuliier ni.}'' i 3/i p. s. DENIlii. puisqup jioiir h\ dislingiior do cullc ilu si'i'iiin, j'iii ii|i|)el(! coIlc-L'i serine, sont ilo donner dos fiiirillos nomliroiisos insolnblos dans l'eau salôo ol dans l'ean pure, ijnand on l'agilo aveo nno spatnlo pendant un certain temps, pnis d'être coayulée en j:rande partie par l'élhor, totalement même (piand sa l'éaelion alealine est dé- truite par une sullisante (pianlil(' d'acide alïailili. Substance albuminoïde du lait. — Du lait (''tant saturé ave»' du sulfate de magnésie, [mis jeté sur un filtre, il se fait une sépara- tion de ses principes constituants en deux groupes. La caséine et le beurre restent sur le papier; le petit-lait, avec un peu de serine, passe en totalité, tenant on dissolution la plus grande partie du sulfate. En délayant dans de l'eau la caséine unie au beurre, la première se dissout: aussi, à l'aide du filtre encore, isole-t-on le beurre, ipie l'on peut ensuite fondre à un feu doux, et l'on a de la caséine solubie. Cette caséine ainsi obtenue n'est nullement eoagn- lable en la traitant à /|0 ou 50 degrés avec de la |irésurc (non acide); maiselle est coagulée en einri à dix minutes, si on l'a mêlée d'abord à partie égale du petit-lait dont on l'a privée par le sulfate de magnésie, t^est là, selon moi, une prouve que c'est à l'acidiii- cation de la lactine, par le fait de la présure, (pi'est due la coagu- lation de la caséine opérée sous son inlluencc. En saturant la caséine solubie avec du sulfate de magnésie, elle est en entier précipitée. Étant reprise par le filtre, si l'on en exprime le plus [lossiblc la solution saline (pj'elJe retient, en la comprimant entre deux feuilles de papier poreux, alors elle se dissout encore dans peu d'eau; mais, en ajoutant ensuite quarante fois autant qu'on a obtenu de dissolution, la caséine se précipite insoluble, en nombreux coriiuscules tellement fins, rpi'ils restent suspendus, et qu'on no peut les rassemlder facilement sur le filtre le temps nécessaire à celte opération, suffisant même en ce cas à les altérer. On l'examine du reste aisément quand elle est en sus- pension ; l'eau salée la dissout, etc. Je mi^ cr'ois en conséquence fondé à admettre que l'état d'insolubilité dans l'eau piac est natu- rel à cette substance, et que ce n'est que, par suite d'une combi- naison faible contractée avec des sels neutres, surtout unis à un peu d'alcali, qu'elle doit l'état de solubilité qu'elle a dans le lait. KliCllKlifiHKS SLlt DliS SLliSTAXCliS ALBL'MINOÏUES. 35 Substance albuminoïdc du suc pancréatique. — Ce sue étendu de /lO ]i:irties d'e:iii, additioiiné ;ilurs dc^ fioiiltes d'acide clilorliy- drique uii aeéliijiie liés allailili, jiis(|irà [irudiiire un nuage assez opaque, abandonne une sulislancc albuniinoiYle insoluble dans l'eau, mais très soluble dans l'eau salée, et qui, retenue sur un filtre, puis dissoute à l'aide d'une fort pelile «luanlilé de solution de chlorure de sodium au dixième, à laquelle on ajoutera un peu d'alcali, reproduira le sue d'où elle provient. Je nie crois donc en droit de penser que j'ai ainsi isolé la pancréatine, et (ju'à son état naturel elle est insoluble dans l'eau. La dissolution de celle pan- cri'aline, faite au mijyen de sels ncuircs d'abord, |iuis d'un alcali, est coagulée par l'alcool; l'eau redissout le coaguluui, cic. Elle jouit bien des pro|iriél(''s spéciales trouvécsdans le suc pancréatique par .M. (11. Bernard. Substances albuminoïdes du pus. — Kn étendant du pus de bonne qualité dans cinq ou six l'ois son volume d'eau, ses globules se précipitent, et l'eau se charge de son sénun. 11 est facile de voir que ce dernier contient beaucoup de fibrine dissoute et de la se- rine; on les en relire en les traitant à froid [lar le sulfate de ma- gnésie, et ensuite à chaud par le sulfate de soude, comme nous l'avons fait pour le sérum du sang. (Juant aux globules, ils devront être reconveris do deux parties de solution de chloriu'cde sodium au dixième, en agitant le tout pour effecluei' un mélange, Hiculôt il se fera une demi-solution visf|ueuse assez opaque, (jui ne sera telle (pri'lledoit èli-e qu'après viiigl-(pMli'c heures. .Malgré la gène qu'appoitenl à son examen des grauiilalions graisseuses (pi'elle contient, et des molécules de glohuliuc mndiliée (|ui s'y recon- naisseul, on peiil y signniei' la composilion (pic nous avons ob- .servéliciier du liasnrd fjui m'a mis sur la voie d'im l'ail nouveau (joiiceruanl la pbysidlogie des llelminlbes, l'ail d(inl j'ai eu à c(cur tic vérilier la généralité. En suivant le dévclo|ipenient de la Limace grise ilans l'ccnf ipom- ma seule instruction per.sonnelle, el sans ]U'('médilalion de laits nouveaux à découvrir, je n'ai |ias été peu étonné do rencon- trer dans lejiremier œuf, soumis à l'investigation microscopi'inleslin est 1res court et musculeux. Les organes géni- taux, formés de deux sacs que l'on voit s'allonger de plus en plus, viennent s'ouviir au milieu du corps (lig. 9). J'ai apeiçu dans ces sacs de petits granules qui devaient être les œufs en voie de forma- lion ; mais je n'ai pu voir l'embryon. Cependant ce que l'on sait sur NK.MATOÏniC l'ARASITK Uli l'oEUF DE LA LIMACE CRISE. /|5 les Nématoïiles en génnal, et qneliiiies 1';mIs (|ue j'exposerai plus loin, m'aiilorisont ;i penser ipie noire \'er est vivipare. Ainsi qu'on le voit, le double reiinemeiitde l'iesopliage semble rapprocber ce Nématoïile (lu genre 6'î(cuWrtHi/s , tandis qne la valvule œso|ibagienne et la tendance de l'estomac à déborder l'œsopliage le placent près de certains .\searis. Aussi ne serais-je pas éloigné d'en (aire un genre intermédiaire sous le nom de ASCAROÏDES. L'espèce que nous considérons porterait alors le nom de Ascaroides limacis. Je ne proiiosc d'ailleurs ces dénominations (pie sous toute ré- serve, et je me consolerais l'acilcment de ma paternité perdue, si un lielmintliologiste plus habile venait à ra|)porter cette espèce à un genre déjà connu. Origine et migralion de cet lieliiiintlie. Kn rencontrant tout à lait à l'intérieur de l'ccul', ilans les enve- loppes et dans le cborion même, un animal étranger, trop faible pour avoir pu s'introduire mécaniquement, j'ai éprouvé tout d'abord un assez grand embarras. Je n'ai jamais cru à la généra- ti(jii s[iontanée, et j'avoue que les expériences de M. Pouclict me laissent encore des doutes nombreux. D'ailleurs l'aHif était ici à son l'iat normal, et rien ne pouv;ut autoriser à penser que l'animal s'était |iroiluit sous riiilliience seule de la décomposition de ses éléments. Quant au développement d'un Ver dans l'albumine il n'y a rien là (pii doive embarrasser, puisque nous vovoiis des Filaires \ivrc dans le Sang du Chien 1), soil du (Jurbeau (2), soit du l'hoquc (3), et cela peut-être unii|uement aux dépens do l'albumine contenue dans ce liquide. On sait déjà (|ue les Filaiivs du (Corbeau subissent de V('iitabli's migrations, ipi'clles deviemicnt sexuées dans la partie abilominiilc de l'oiseau, et ipic les petits repassent ensuite ascxiK's dans le tor- fl) Grutiy cl Delafond (Comptes rendus, IHH-I8S2). (2) Kckcr, dans Mullers Archiv, I8t!j. (3) U. Joly [Cumptei rc/idii», Ibij» el Mi-moiies de l' yicadcmic des sciences de Toulouse, tS'6S). Il6 A. nARTIlÉLEilIY. rent circulaloirc. Il parait en ('li'o ilc inèine de celles de la Gre- nouille; M. de Siebuld nous a raeonli' la eurieusc liisloire des Mermis, et enfin si, d'après les vues de M. N. Joly, la Filaire du Phoque n'est autre chose iiue la Filaria pisciiim devenue sexuée dans un oi'ganisine supérieur, il l'aul aduieltre pour celte Filaire un développement récurrent qui la Iranslbrnie en un vaste sac à re- production. J'aichcrciiéà nie convaincre que l'animal n'avait pas pu péné- trer dans l'œuf après la ponte; la dilficullé qu'il aurait éprouvée à traverser la coque mucoso-cornée de l'œuf qui l'aurait infaillible- ment englué, et à percer le chorion, sans que le coiilenu, qui est très iluide, ne s'échappât au dehors, m'étaient déjà lui argument suffisant. Cependant j'y ai ajouté l'expérience suivante ; J'ai pris du sable (piart/.cux, que j'ai lavé avec de l'eau légèrement acidulée par l'acide clilorhydriipie ; ajirès avoir été dess(''clié avec soin dans un vase clos, ce sable a été |ilacé dans une caisse, dont k^ couver- cle était garni de trous. Je l'arrosais de temps en temps avec de l'eau bouillie. J'ai pris ensuite (|iialre couples de Limaces encore en copulation (pii, après avoir i''t('' nettoyées avec soin, ont été placées sur le sable liumide. dette couveuse d'un nouveau genre a été déposée dans un endroit humide, et arrosée avec de l'eau bouillie. J'avais ainsi autant que possible diminué les chances de présence de notre Némalo'ide sur ce sol artificiel. Au bout de plu- sieurs jours, mes Limaces m'ont serait-CB pas à la présonco dereUc Moniide (|ue scmiont dus les mou- vemenU du vitctius indi(]ués par M. Uujardin dans l'œur do la Limux ùiermis, et que jo n'ai vu décrire nulle part. l\8 A. BARTHÉLI^MY. que de circonstances coniraires ! combien de causes de destruc- tion ! De tant d'Animalcules produits combien peu parviendront à parcourir le cercle entier que nous venons de tracer ! On peut s'apercevoir facilement qu'il existe encore une lacune dans l'histoire de notre Nématoïdc. Lorsque les Limaces ne pro- duisent pas d'œufs, que deviennent les petits représentants de l'espèce privés du milieu nécessaire de leur développement ? Doués de vie latente, attendent-ils dans le sol humide que les temps soient devenus meilleurs? (^'est là l'Iiypotlièse la plus probable, mais ce n'est encore qu'imc hypothèse. La présence de cet Helininihe dans l'nnif pourrait peul-êire expliquer l'introduction de certains parasites dans des cavités closes, comme lieil de la Perche par exemple. Il pourrait se l'aire que le parasite, après avoir pénétré dans I'omU" en voie de déve- loppement, se logeât ensuite dans l'o'il de l'embryon, lors(]ne cet organe n'est pas encore entièrement formé. C'est à l'expérience à décider de la valeur de cette explication. EXPLICATION DES FIGURES. ri.ANCHE 5. Fig. 8. L'Ascaroides timacis, observé dans un œuf récemment pondu, très grossi. Fig. 9. Le même arrivé à l'état parfait : a, bouclie; 6, jabot, r, œsopliage ; d, valvule œsopViagienne ; e, ouverture des organes génitaux ; f, anus. Fig. 10. L'œuf a et l'embryon 6, lorsque le parasite est représenté par la figure 1. L'embryon présenteau cenire une tache. Fig. 11. Le parasite et i'embrijon renfermés tous deux dans l'œuf dépourvu de ses enveloppes, vus à la loupe. Fig. 12. L'embrijon, lorsque le parasite est presque entièrement développé : a, vessie céplialique ; b, bouche; c, coquille qui se développe toujours chez la Limace; d, pied; p, rame caudale. Fig. 13. Œuf conlenant à l'intérieur le parasite. Fig. 1.1. Le parasite dans l'œuf plus grossi. Fig. 15. Le même plus développé et libre. RECHERCHES LA B0NELL1I-: UOSELLIA F IRIDIS) {}). Par n. L\C'AZE-U liTUIEKS. l'iufessciii' à la Fiiciillù dc; scieDces de Lille. I L'aniiiKil qiin Hulamlo étudia le )(reinier, cl iiii'il di'ilia à son L'ollègut; Boiiclli, |iriilesseiir de zooloyie à Turin, est cerlaineuieiil l'un des types les plus singuliers de la l'aune maritime. Quand un l'iibserve vivant dans la mer, il csl impossible de n'èlre jias vive- ment intrigue'' par eello longue partie roiiri'liiie ([ui s'écliappe d'une lissiu'e oud'uii Iroiide rorher. el (pii, allant au loin se reposer sur les objets environnants, se relire et disparaît au iiioindre atlou- eliemenl. Presque tous les naturalistes à (|ui j'ai montn- les dessins qui aeeompagnent ec travail m'ont r('|)été : « (Test un être ([ue nous avions toujoiu's désiré connaître; la dil'liculté que nous avons eue à nous le pro(;m'er nous a seule empêchés de satisfaire notre curio- sité, et de voir quelle pouvaitêtre la nature d'un animal si bizarie- ment constitué. » J'ai rencontré la IJonellie 'Bonellia viridn, Holando) assez fré- ipienuuenl sur les côtes tleCioi'se, dans les golfes d'Ajaccio et de \ alniiji^ à (Jnapo .Moro, à Sagone, à (^ai'gbese ; mais jamais je n'ai pu en obtenir un seul exemplaire, sa tron)|ie fourchue restait seule entre mes mains. Dans mon .séjour à .Malmn, j'ui liientùl l'ceonnu par nmi-niemc [\) Voy. loinc X, |il. 1 et suivantes. 4' série. Zool T. X.iCuliicr n l.j' i oU LA«.tZE-l»lJTUiER$>. et appris do» pculieur.s iiiie la IJonellie était très coninuiiie dans cette localité, où elle est désignée par le nom de Baiias ver- das (cornes vertes) ; toute lu difficulté consistait à se la procurer, .rétais arrivé ee|iendant à une connaissance assez exacte de ses mœurs et de ses habitudes, ainsi quille la l'aune et du fond du port de kl capitale de Minonpie, jiour nie procurer un assez grand nombre d'individus. Aussi ai-je pu en avoir dans mes af|uariimis justprà \inj;t qui ont vécu pendant fort longtt^nps. (Jes conditions m'ont permis de satisfaire cette curiosité qu'é- veille toujours la forme si bizarre et particulière de la Bonellie. 11 Historique. Ou ne trouve guère dans la science ipic trois personnes qui se soient oecu|iées de la Bonellie : Kolando, .M. >lilne Edwards et M. Schmarda. Holando (1) est le premier de tous qui, en faisant connaitrc l'animal, a donné un aperçu de son organisation. Son travail, écrit en Iraiiiais et publié en 1821, se trouve dans les Mémoires de l' A cademie roijale des sciences de Turin. Si je n'avais à ciliu' ipic cet auteur, je lérais l'analyse de son ini'inoire, aliii de montrer eu (pioi diffèrent les résultais (pi'il a\ail oblcnus de ceux que mes reclierclies ni'onl l'om-nis. >Iais comme d'anires auteurs on! (loiiné des figures de la Bonellie, ou écrit des mémoires sur son oiga- nisalion, je m'abstiendrai de celle analyse, ((ui serait superflue. M. Scbmarda a montré, avec raison, ipic llolaiido avait décrit la trompe comme nne queue, [iris par ci'la même la boiielie pour l'anus, et celui-ci pour la bouclic. Oiielle singulière deseriplioii ne serait pas celle de l'homme, si Ion intervertissait ainsi la signili- cation des deux orillees de la digestion ! Rappeler cette erreur est une raison plus (pie suirisante poin s'abstenir. Du travail de M) Uolantlo, Sxiv la Bonellia viridis, dans ilemone délia reale .tcaJemia 'Ivlh- scieiize 'I, Torinu, 1821, t. XXVI. p 'IIO. (ll-,(.Hl.lt<:illiS SLU L\ IlOMilJ.IE. 51 liulyndii, il ne l'uslc ('vicleiiiiiii'iil iin'iinr cliose, la crnilion du ycnre Bonellia. l)iiiis rédifioii iliuslri'e du liègne animal^ S\. Aliliio lùlwaiilsa iluiiiK' des dessins ([iii sont le iésiillat d'oliservatioiis l'ailes siif un jeune animal. Je ne vois point (|iie le savant professeur du .Jardin des plantes ait publié ailleurs des d('lails |ilus étendus i-elatils à son observation; mais, dans l'espllealion des ]ilanehes dont il s'ayil, on trouve un redressement de la position de l'animal, el ee redros- semenl a préeédé évidemment la puliliealion île M. Sclnnanla. Mais, tandis que le savant allemand l'ail remarquer les erreiu's ipii se sont glissées dans les appréeiations de l'auteur Iraneais, il n'indiipie pas que ce dernier avait reeonnu ce i|ui était la IjoucIm' el l'anus, et par eon!-:é(|uent remis bien avant lui l'animal dans sa [losilion naluielle. Les ligures de M. .Milne Kdwards daleni de la publication du liî'fjne animal illustré par .M. Vielnr .Masson cl ; elles sont antérieures au mémoire de .M. Sebmaida, (|ui n'a été imprimé dans les Mémoires des savants étrangei's de l'yicadétnie des sciences de Fîejfne ([n'eu IHâS, ipi(ii(|ue préseiilé' par l'auleiu' en 1851 (2 . Je no veux pdini anaivser ici eonipb'lemenl le travail de l'an- leur allemand ; je crois qu'il est prélérabli^ d'opposer les résultats qu il a l'ail eimnaitrc à ceux qui se IrnuvenI dans mon mémoire, clia(|ue l'ois (pie cela sera nécessaire. Je dirai seulement (pie le syslÎ!menerveii.\ ne me parait pas diM rit comme je l'ai \u : ipie les oi-^ianes de la re)ir(Hlnelioii u'oni pas ('li' iceonnus en grande partie, ou bien ipic les (>lioses \ues soni mal iulerpri''l(''es: eulin que l'une des dispositions si remarquables i\f> pnelirs anales a i''elia|ip('' à l'aulenr. (lependaiil eclleii pii'^enle nu l'ail de la plus fl) Vuy. le HcgiK^ uniintil 'édil. \'ictor Maison), /ooi'hvths, A'cdi/i'K/i'rnit'S smis jjiid». |)l. 21, lig. 3, :tu; .'((/, d'après un liés jcuni' iniliviilu observé ii Mcopeir .M. M lliio Kdwards un 1840. (21 Zur Nalnrgctchkhti: dir Adria, von prof. Ludwij» K. Scliniarda, I. Ilo- lulliii viiidin (laf. IV-VII), vorgL'Icjsun in dor Silzung d(!r M.Ulieriialiscli-iialiir- wisâPMscliariiichcn .\liadoniic (Hcwoires de t'Acinhniic de licniic, Is.ji. i II |i. 119'. 52 LAiAXE-uuriiiER»». Iiaule iiiiporUincciiu puiiit du vue de rorgaiiisiilioiict delà [ili\ bio- logie générales. Le mémoire de ^M. Seiimarda est accompagné de planclies d'une l'orl belle exéculioii, et qui paraissent rendre l'esprit du travail de leur auteur. Cependant elles nous montrent l'animal entier d'une eerlaine l'açon ([ui ne me parait pas donner un portrait très natm-el de l'être vivant ; cela m'engage à publier une tigure de la Bonellie, telle que je l'ai examinée si souvent en Corse et à Mahon, dans la nier ou dans mes aquariums. Je n'ai point trouvé dans les ouvrages d'iiisloire naturelle une figure qui donnât une idée exacte de sa l'orme et de son port; j'aurais même désiré donner la ligure de mes a(piariums remplis de Bonellies. C'est à regret ijue j'y renonce, cai- ou aurait jugé encore bien mieux de la pbysionomie si étrange de l'être dont nous allons nous occuper. III Extérieur de l'animal. il y a peu de chose à dire de l'extérieur du corps. Les auteurs qui ont écrit sur le sujet ont l'ait connaitre à peu [ires tout ce qu'il avait de particulier. Ce n'est donc que pour ceux des lecteurs des annales ipii n'auraient point les traviuix de mes prédécesseurs, que je dirai (]uelques mots de la lornie et de tout ce qui se rapporte à l'ensendjle de l'exlérieur. La Bonellie eliange ineessanmient de forme, et ce n'est que lors(|u'elle est morte qu'on peut reconnaître un autre nionienl, ijuand elles occupent le milieu de la longueur, l'animal se trouve avoir In forme d'un doulile ovoïde. On verra plus loin ipiel est le but de ces cliangements jierpi'luels de l'orme, ils paraissent être la conséquence de la position nouvelle de la Bonellie. Le corps est d'un vert des plus vils et du coloris le |ilus riche; il est difficile de prendre une Bonellie, sans qu'une liqueur d'une lielle teinte verte tache iminédiafemeni les mains. Celle liqueur n'est pas très tenace, et disparait assez hien par les lavages, .le ne puis partager l'opinion de .M. Schmarda, qui la considère comme fort adhérente (I). Il n'y a, par exemple, aucune analogie avec la lénacilé si grande de la couleur de la Poiu'pre, qui reste inalté- rable et ineffaçable indéfiniment. M. Schmarda a fait faire l'analvse de cette enveloppe (Mitani'e, et a cru, d'après les investigalions de M. Gottlieb, son ami, pou- voir considérer la malière colorante comme une matière analogue à la chlorophylle des végétaux. Il me paraît que ces résultats sont peut-être un peu exagérés, et que les caractères comparatifs ne sont |)as suffisamment tranchés et bien connus pour conduire à une semblable conclusion Çl). Il n'est pas m'ccssaire non |ilus d'admettre un appai'eil glandu- laire s|ii'cial dans la (leau pour la production de cette matière veile, qui n'est autre chose qu'un pigment coloré spécial à la Bonellie. La surface de la |ieau est mamelonni'c, et les sortes de tubercules qu'elle porte présenicnt la matière colorante en couche plus éjtai.s.se; aussi, quand l'animal se contracte et se dilate successi- vement, la peau de son corps parait-elle parsemée de points d'un vert foncé plus ou moins éloignés, et ce sont ces petils amas (|ui sont considéiés|iar.M.Selunaiilacomme un appareil .sé'cicleur(;^). fl) Loc. cit., p. < 21 , arlicle Secrelions-Orgaiu-. (2) Loc. cil., p, 121. (3) Loc. cit., p. 121 : B Anilere Secrelionn-Oigane siml i'C nrlixcn welchc tieh nehr ziihlreieh in der Haut befinden. » • Les antres or^'anes lin la sùrrf'tidii sont !(« glanilcs qui »e trouvent en Irt-s grand nomlire il.ins la (icnii. » 5^1 l.itCAZE-DtTHIERS. 1,'c.paissoiir lies tégiimcnis n'est pas tclleinenl lirando et ronsidé- rnlile, <[ne, lnrs(-|M'nn inl(M'|ioso tino lîonellio t\(' pelilo laille oiilre son d'il el In liiiiiiéro (lifliiso ilii ciel, on ne distingue dans la cavilc' giMK'iale les principaux (irganes, lors([irelle est loutefnis dilatée. La pean esl légèrement strii'elongilndinalenienl ; mais les fron- cements qu'elle éprouve par suite desconli'aclions lui donnent une apparence annelée Iransversalement, c'est-à-dire per|)endiciilaire- inent au gi'and axe du corps; alors l'analogie avec la même ap|ia- rence du corps des Anuelés el des Siponclcs devient très grande et très manifeste. L'e\ln'mité antérieure est liien facile à distinguer de la posté- rieure, ipiand on considère que l'iuie porte la trompe, tandis (pie l'aiilre présente un porc (l'amisj entouré de pelils cercles ou nnnelnres dues aux contractions des filires nuisculaires. A la base de l'insertion de la trompe se trouve la houclie: cel orilice est caclié dans le fond du cul-de-sae qui termine, à son point d'imion avec le cor|)S, la gouttière proboscidienne (1 '. I.a trom|ie, aplatie de haut en bas, un peu convexe en dessous el bom- bée en dessus, a ses bords recroquevillés infi-rieurement; c'est de cette disposition que résulte la forme en gouttière. Le reploiemenl des bords se continue dans les branches, qui présentent aussi une légère gouttière, mais seulemcid du côt(! post(''riem'. [,e côté ventral ou infé'rieiu' du corps est ('galenienl facile à distinguer cl à déterminer; c'est lui qui a él('' montri'daus la figure de grandeur naturelle (2). On le reconnaît toujours sur les grands individus, dans cpielque étal ipi'ils soient, d'abord ;"i la présence de la gontlière proboscidieune, dont la cavité' est un peu moins vive- ment colorée que le dos; eusuile à cette [larlicularité que le corps lui-même laisse voir comme une ombre de ligne blanchâtre (pii s'é'Iend de la bouche à l'amis; enfin à ce que l'on aperçoit à un ou deux centimètres, suivant la laille ou l'i-lat de contraction des individus, eu arrière de la bouche et sur les cotés de celte ligne (1) Voy. Ann. dessr. nul , i' si'rie, Znnl., t. X. pi. I. fig. 1, (2) Ihiilem. RECIIF.IICHES .sut l.\ BONELLIK. .Î5 ManuliP qu'on |ieul wommtti' méiliane , un orifiei; Iri-s ilislincl, li;ilii- luelleiniMit ("oiilnicU' coninip r;iiins, oonunp l:i IkhicIip (1;, |iln('(- t.intàl àdroid', (;iiilùt;'i g;inrlio fie l;i ligne uic:liane. 1>;his la lipiirc :i laquelle il vieni irèlre fait des renvois, il est à didile; l'animal esl vu renversé snr le dos, chose qu'il ne laul pas oublier. Kn avant et tout près de ec dei'uier, on remarque deux pointes ou soies qui rappellent des parties analogues dans les Vers, les Hchiu- les , Pte. Ces espèces d'aiguillons, qui sortent de deux petits liMUTeauN [ilaecs l'un près de l'autre de chaque côte de la ligne lilanclie, ne siiul jias [jarallèles à celle-ci; ds convergent un peu liiii vers l'autre, et leur pointe estdirigéedu côté de In bouche(2). .\irisi loiiles ces particularités l'acililent la détermination de la [losilion de la Bonellic, que Ion aui'a toujours à considérer comme étant placée horizontalement, puisque ce doit être la position nor- male; cl par conséquent les expressions en avant, en haut, en bas, en arrière, se rapporteront toujours à \m animal posé comme il vient d'être dil. Revenons à la trompe, dont l'cxtrémiti' est importante à con- naître. .\près nu partiiurs simple, dans une lon^rieur Icllement variable, en raison de l'état d'extension ou de cdotraction, qu'il est impossible d'assigner une mesure quelconcpie ; après im par- cours .souvent l'nrt considi'rable, elle .se bil'unpie, et ses deux branches se dirigent, perpendiculairement à sa direction primitive, à droite et à gauche. f,es mouvemcnis dont jouissent les braricbes, qnoirpic moins étendus que ceux ilu reste de la liouipc. sont assez considé'iabb'spour qu'elless't'panouisscutcn se courbant en arrière, l'I prennent inie disposition arrondie des plus gracieuses. Leur surlace c^l plus grande en largeur ipie celle du corps de la lroin[)e cjlc-mème. Di- leurs bords, l'un, antérieur, est ondulé et comme bouilloruié', très Icgèremenl l'eslonné, et lavé d'une teinte un peu blanche, surtout en des.sous ; l'autre, poslériein-. l'ait suite au bord latéral correspondant du corps de la trompe cpie l'on a vu clie (I) Voy. Ann. dette, nul., 4' suric, X/poI , i \, pi 1 lip. I. (î) Voy. Ibiri.. pH. fie. (. f)('> I.ACAZE-UVTIIIERS. iT(M'()i|Lievillé en deïsous el Ibrriior hi goiillièro; il |)i-éseiile aussi une pctile rainure on goultière qui est la continuation tle l'exea- valion inférieure de la trompe. La gouttière de la trompe n'est donc, si l'on veut maintenant, en parlant de l'avant et allant en arrière, que le r('sullal de la ri'iniion des deux demi-goiitlières des branches de la lourelie. Ainsi que l'on prenne la trompe ou le corps, il sera toujours simple et facile de pouvoir metire en place la Honellie, et de s'orienter ponrrapporler les différents organes, les uns parrapport aux autres, dans leur position res|)eclivcmenl nalurellc. IV Mœurs el linliitnlidii de la Boiielllo, Dans l'exposition des choses (|ue j'ai à faire connaître, je suivrai tout simplement la marche que l'observation m'a l;iil ado|)ler dans mes recherches. Il fallait d'abord apprendre à connaître les moeurs et les condi- lions d'existence, ailnde se proeuriM- des individus en assez grand nombre |)our les éludes; voilà aussi pounpioi cette parlie de l'his- toire se trouve ici en commençant. .l 'ai (lour habitude, dans toutes mes recherches, d'aller moi-même à la chasse ou à la pèche des animaux dont j'ai besoin. Sans doute, c'est en apparence une perte de temps ; mais lorsque l'on a bien Iravaillc toute une journée, quand l'heure permet de se hasarder, dans les pays chauds, sur les grèves et les falaises, on apprend toujours quelque chose, jamais ou ne perd son temps compléle- ment; el dans de pareilles excursions on acquiert des notions toujours beaucoup plus exactes sur les animaux qu'on étudie, que lorsquel'on s'en rapporte exclusivement soit au dire des pêcheurs, soit à l'obscrvaliou seule des animaux tenus en captivité. n'ailleiu's, après un long travail, on a besoin de cet exercice qui repose l'esprit en fatiguant le eor|)s, lorsque le travail de mi- nuliense dissection a faligu('' l'esprîl en l'cp^sant le (^orps. RECIIEHCHF.S Slft l.\ HONELLIK. 5/ Les luils i|ui vont suivre sont ilone le résiillnt de iiomlireiises ol)servalions répétées dans les eonditicms les plus naturelles. La Boneliie vit dans les roeliers du eôté sud du port de Mahoii : e'est là (jue j'allais la cliereher, elle y est assez abondante: seide- nient il faut s'habituer à l'y reeiiiinailre au milieu de la mulliliide des Oursins (|ui tbi'ineul eonniie un i;a/,on, un tapis noir sur tous les roeliers du fond. Elle ne m'a pas paru babiter à de très ^irandes jirofondeurs : bien souvent je l'ai rencontrée à un déeimèlre sous l'eau ; j'en ai vu encore à plus d'un ou deux mètres , mais il m'a semblé (in'elles devenaient plus rares avec l'accroissernent de la prol'ondeur. Les pèelieursmabonais, (pie j'intriguais beaucoup par nies rcclier- clies, et qui m'interrofieaient sur l'utilité et le but de mon travail (ce (jiii me permettait à mon lour de leur demander des renseiiiiie- menls), m'alTirniaieni que las liaiias venlas étaient exirêmemeni nombreuses dans l'biver, et qu'à une certaine profondeur on en voyait en frrand nombre. Quand je me plaiiiiiais (pielquefois de n'avoir pas fait bonne pèclie. ils ne manquaient jamais de me dire qu'en liiver, alors que l'eau est claire, j'en aurais tant que je vou- drais, et (pie le seul obstacle à la réussite de mes recherches était l'étal trouble de l'eau (l). Est-ce la saison, ou bien, comme on me le disait, l'i'lat de l'eau (|ui m'empêchait de voir des Bonel- lies plus profondément? Je n'en sais rien. Toujours est-il que, dans les mois de juillet et d'août, la Honellie m'a paru occuper une zone relativement peu profonde; f|uel(|uefois, quand le temps (•lait beau et les vents favorables, les eaux du port baissaient d'une nianièic très sensible; alors c'est à (picbpies centimètres sous l'eau ipic j'ai pli n'ciK'illir dis individus iii("'iii(' très fii'os. La IJonellie cbcivlic le plus souvent une habitation sure pour son eiirps dans les lidus des rochers; dans ce (^as elh; est fort dillicile à avoir. On ne peut l'obtenir (pi'eu hrisaiil la [lierre où elle s'est fl) (^l élal esl relatif. L'eau mo paraissait parfaitement limpide, et les p6- ( heurs me répc^-laient qu'elle était trouble [hruta) ; que c'était le soleil qui empù- (hait rie voir ; qu en liiver, au conlraire, on pouvait olisorver le fond à do très. ■i.indcs profondeurs. 58 LACAZE-nL'TillERlS. lo°tép : quand celle-oi est assez (lelile pour |ioiivoir être porléo ;'i lerre , on oblienl l'aniinal avec f'aeilili'', mais c'est l'exception. Heureusement, elle se place quelquelois entre les petites pierres (jueles remous de la va^jne enlasseni dans des creux, mais elle ne se loge dans ces points (pi'à la condition d'être à l'abri des pros temps et des grandes vagues : j'avais Uni jiar reconnaître, mais à ne pas m'y tromper, à une certaine distance, les points des berges où jn trouverais presque àcouji sur (pielqiies individus. Quand un éboii- lement avait l'ail descendre du liani des jaiaises de gros blocs (pii formaient comme des digues à la vague, tout en laissant en ;n'rière d'eux un espace où l'eau claire cl bien renouvelée pouvait arri- ver, j'allais cbercber avec conlianceen ce point. On comprend en effet qu'en se plaçant entre de )ictitcs pierres amoncelées, grosses souvent comme des noix, la Honellic eût pu être blessée par les mouvements de celles-ci, car son corps est assez mollasse, et en fin de compte assez peu résistant, (hélait surtout dans ces refuges f|ue j'obtenais avec la moins grande diflieulté des individus sou- vent superbes et de fort belle taille. M. Scbmarda a fait des observations analogues dans l'ile de Lissa (Adriatique), en Dalmatie, mais il ajoute que sni' les côtes de France on la trouve dans le sable fl). .le n'ai point l'ail r'etle dernière observation. LaBonelliene se rencontre dans le pf)rtde Malion que sur l'une des côtes, sinlout sur la rive méridionale. .l'am'ai l'occasion de faire comiaili'c plus en détail la faune cl la constitution géologique de ce port, et l'on verra quels rapporis (MU'ieux existent entre elles. .le ne puis cependani m'cm|icclicr d'indi(|uer quelques traits de celte élude de géographie zoologique ; ils se rapportent à l'iiabilation de l'animal qui nous occupe. L'axe du port est dirigé à peu près de l'est à l'ouest, et un peu du sud an nord ; mais, pour plus de simplicité, on peut dire la rive sud et la rive nord. Dans la [iremière. on ne trouve que du cal- caire très régulièrement stratifié, en couclies borizontales et de formation assez récente ('pliocène'i ; au conli-aire, dans la s(>conde, M) Lnr, cit , p. lî'i, arlirle .-lii/i'i/l/iri// "ih/ \'frhriiiiiii(i. RECHERCHES SIR LA R0NE1.L1K. 59 il \ :i iiiio uraiiilo irréguliirilé, el les l'ormalioiis soiil ancieiinos ( t il'oriîjinc |jliiloniqiie. Co sont donc deux terrains et deux roches (•nni|ilélement dilTércnls f|iii Cornient l'encaissement de ce port. An inilicn, surtout vers la ville, et à l'ouest par consi'quenl, se liouveni di! pelits îlots dont deux nous inli'rcsscnl parli(Milicrc- Nicnl : ce sont Vile du Roi et la bulle Rata. Le pieniier csl i;rand, cl porte aujourd'iiui plus iK'iK'ralement le nom de l'Hôpital. Ce nom vient de ce que notre armée d'Afrique envoyail atilrel'ois ses nialatles à Malion pour y passer le lem|)s de leiu' convalescence. Des raisons politiques ont t'ait abandonner cette station par la France, et il ne reste plus que le bâtiment restauré et le nom. Rata esl un petit mamelon à l'ouest, et 1res près de l'Hôpilal. Ces deux îlots sont calcaires, connue la rive sud. J'ai relativement dragué el péché beaucoup plus souveni sur le côli' nord que sur l'anlrc, et jamais cependant je n'y ai troiiv(' une ?cule Bonellie. Les moyens d'exploration que j'employais étaient fort variés, je suis donc |)orté à croire que lorsqu'elle .se trouve à [M'oximité d'un terrain calcaire, c'est lui qu'elle choisit lie jiréfércnce ; cependant je dois dire (jue les côtes de la Corse, dans les points du moins que j'ai explorés, soni granitiques, et que j'y ai vu souvent la Bonellie. Si la nature du terrain n'était |)0ur rien dans le choix de l'ha- bitation, on pourrait peut-être voir dans les parlicularités (|ue présente le port de ^lahon une raison à cette dislribnlion zoolo- girpic. Plusieurs espèces de Mollusfpies acéphales perforants s'y développent en très grande rpianlilé, el creusent leur gîlc toujours et seulement dans les pii'ri'cs caliairiîs. I.es l.illioildnics (on /)a<- liles), les (îaslrochènes, etc., j)crl'orcnl loiilcs les iiicrres, et la Honellic trouve là d'iimoird)rables Irons ipii lui serveni de refuge, lorsque l'animal qui les a laits est mort (1 i. Quand l'animal veut pénétrer, et cela est très vile fail, toul son (() Voy. Ann, deétc. na(., 4* série, t. X, pi. 1, fig, i. L'animal, Pirl petll (le corps, est placé dans une pierre brisée pour l'aire voir sa position, (lu dmi juKer lie l'énorme allongement i|uc peut prendre la trompe, si, pour un indiviilii aussi petit, elle peut atteindre de si (grandes proportions. (30 I.ACAZIi'DLTIIIERS. corps exécute des mniivcmonts périslalliqiies riv. MU LA mj.NKLLlL. 61 lie son lr;i\;ul. Ce iicst |ias ici cuiiiiiie iJ;iiis les; iiil'Ij qui (hiI ilcs iiiait'es,f est une loiit ;iiilret';i(nii de clierclier (|ifil l'niit einpioyei'. l.;i IkiiiLlIic .se (k'plafc et ne resie pas toujours renl'eriiiée dans le iiiêine trou ; cela ne peut êlre douteux pour moi, après des obser- vations répétées plusieurs l'ois à Rata. Dans un tout petit espace, au sud de cet ilol. entre deux ou trois i:rosses pieri'es, était un creux oùj'ai successivement rcncuniré, à i|Mel(piesjours d'intervalle, cini| ou six individus; le lendemain il n'y en avait pas, puis, ipielipies jours après, j'y en retrouvais. Ils y étaient tionc venus. Je re- marquai aussi, dans les grosses pierres, que ceux (pii avaient été tracassés n'y étaient plus. Dans les aipiaiiums, les IJoncllies taisaient incessamment des mouvements comme pour pénétrer les fonds, et elles se passaient les unes sous les autres avec la plus grande facilite. Une seule est |)arvenue à sortir du vase, mais cela devait être dû à une chute : car si la trompe se portait en rampant dans tous les points, le cor[is restait constamment au fond, etcoumie souvent les trompes s'en- gageaient dans le bec pai' où se déversaient le trop-plein et le cou- rant d'eau, je suis porté à i^roire ipie la sortie a éti' causée en ce cas par lui cnirainement ei: dehors du \a>e, pi'odiiit par le jioidsde la li'ouip;'. Le miide ordinaire de locomotion ne peut expliquer le l'ail autrement, .le n'ai jamais vu ramper l'animal sur les parties laté- rales, et sur le fond il exécutait des mouvements rjui n'étaient rudiement la consécpicnce de la fixation d'un point i|uelconque de son corps, mais du déplaceinetd du lifpiidc inlé'rieur et des mouvements péristaltiqiies indiqués. Us cornes de la trompe semblent seules se fixer et ramper en adhérant sur tout ce qu'elles touchent, connue si elles faisaient l'ollice de ventouses. L'animal les jiorle au loin rpiaud il est imi- fermé en sùreli' diui^ un trou, et il s'en sert couuui' il'un (irganc di! loiiclici' en même temps que, sans aucun ihiulc, il iNiil s'en sei\irdans l'acte di- la piéluinsion des aliments. (,)uand la trompe est allongée, sa lige est très grch;; clic l'est d'aulanl plus i|ue l'allongement est plus giand. Les eiU'ues, au ciintraii'c, paraissent s'i'pMiniuir eu largeur, et relalivciucul l'Irc 02 Lacake-dutiiiers. plus jii'iiiirlcs snns prondre un développenieiil imiporlioniicl eu longueur. Rien n'esl plus singulier(l), sur le fond de la mer, (juc ces longues bandeleltes verdàlres et t'ourehues qui s'étendent sur les roehers, y semblent immobiles, et qui, au moindre atloueliemenl, se re|>lient avec, la [ilus izrande rapidité dans le Iroii d'où elles sortent. Los mouvemenls de la IJouellie u oui rien d'analogue à ceux delà Sangsue, par exemple, et même de beaucoiq) d'autres Auiu';- lides. L'extrémité postérieure du corps ne l'ait point ventouse, aussi ne peut-elle quitter le fond des vases de verre, et l'on voit <|ue sur ces fonds aucune des parties de la peau n'est adiiérente. .le le lé- pète, il n'y a que le bord antérieur des cornes qui se fixe, sans aucune doute : il vient souvent jusqu'à la surface de l'eau après s'être glissé en rampant lentement sur les parois; alors, si la trompe se contracte, on voit le corps attiré vers les cornes, mais néanmoins jamais on ne le voit s'élever beaucoup dans les aqua- riums, et il retoudjc bientôt. Ce doit être à l'aide de cette lixalion de l'extrémité du bord an- térieur des cornes que l'animal se déplace; mais probablemcnl il ne doit atteindre ce liut sùi'cmenl que sur des fonds j)en inclinés et raboteux ; les laijies verticales de verre des aquariums ne lui peruiellaient pas de rester suspendu. 11 ne m'a pas été donné de voir les mouvemenls de nalalioii de l'animal analogues à ceux (}u'e.\écnlent la Sangsue et beaucoup d'autres Annélides par des llexions répétées et ondulatoires, sui- vant la larireur de leur corps on de leur trompe. iM. Sclimarda dit " quelquefois la Honellie nage pai' de vils mouvemenls de la trompe. «Je n'ai point vu cela, et cependant j'ai observé longtemps les mômes individus vivant dans de bonnes (Xtndilions (2). J'ai surloiil lrou\c la lionellie sui' le coté sud de la pclilc Ile Kata, plus rarement sur le même côté de l'Hôpital; jamais je ne l\) Voy. .1/1". ili's .«'. ml., i' série, Zool., l. X, pi. 1, fig. 1 et 2. (2) Loc. cil., p. 124 ; « manchmal sclnoimml jcdoch auch die iiuiiellia aiUer rasclier Hiisselbcicegung . » lîtCHERCHKl? SIK I.A HONLLLIK. 65 I ;iii' Mil' au nord lie ces îles. Cepenihint lecôlé(|iii csl liiiiné(li;i- leinenl en t'aee sur la rive sud du [lort, et où je lai trouvée iVé- i|ueuin)eul les pèclieurs uie disaient ([u'elle est dans l'hiver très abondante dans ce point;, est exposé au nord. Cela doit èlrenoté, parce que la Bonellie parait avoir dei heures lixes dans la journée pour sortir de son trou, et que l'exposition aux rayons du soleil senihlerait devoir jouer un nMe dans leelioix de son hahilalidu : en vain on la chercherait en plein midi, jamais je ne l'ai vue avant (piatre heures; c'était surtout à cini| heures, et presipie toujours dans les endroits déjà dans l'ombre du soleil coiichanl, (pie ji- la trouvais (iela conduit à admettre que cet ani- mal ('■prouve l'impression de la iMiviière, el qu'il la l'uil. ainsi (pie beaucoup de .Mollusipies, el siirlciiil d'Anni'lides. .1 ai lail, à ce sujet, une e\p(Tienre avec mon pécheur; elle inon- lic combic!! il liinl coiiliVilei' les renseignemenls (pi'on obtient des marins, il m'assurai! (|ii"à tontes les heures de la journée on pou- vait la voir. J(^ lui promis récompense |iour le lendemain, s'il me rapportait desHonellies, j'en avais lies liu iioiir la matinée; il savait les trouver el les recueillir peiit-èlre mieux que moi : il revint les mains vides. I.e soir même, dans les lieux où nous ehercliions 1" si-mble , où nous en trou\ mns babiluellement et où il avait cherclK' lui-même en \aiii dans la maliiK'c, nous limes une pi'cbe Ires heureuse, il eonviul alors (|iie las Danas ne sorlaicnl (pie liaiis la soinV. Celle o|iiiiioii, niieiiv (l(''iiionlréc jiar ce l'ail iik'iiic, est, du rôle, en rap|iorl avec les oliservations de M. Scbmai'da, ipii appelle la iionellic un animal iiocliirne I). A\cc les iiidicaliiiii> ipii vii'liueiil dVlre (lomices, il serait lacili' a iiii natiiralislc (pii ex|ilorcrail le pm'l de Malioii de iiiellrc la main tout de siiile sur la l^oiiellie. .l'ajiMilcrai ci'peiidanl eni'ore ipic je l'ai trouM'c sur les berj^es l'sl de la râla Figuera, Tort riche en d'aiilics animaux ; mais (pic, vi'i's rcnlri-edii port, à San-FdipHl^ oii le calcaire réparait, ainsi ipic dau^ la 'l'fiuleni et à la Mola, dans la cala San-lisk'V(tn au (Ij hic. cil., I', 124. Ij/l l.tl'AXK-ltUTUIEK'li. , sinl, je lie l'ai jaiiuiisreiiruiilréo; il faut tlire que je n'ai [las iiiiilli- plié dans ces poiiils mes reclierclies deqiialrc heures à cinq heures du soir. Toutefois, en (ace àeVila-Carlos, ou iiehtc ville militaire, que l'on désigne dans heaueouii de earles [lar le nom de Porl- .Malioii, et dans toutes les berges des points que l'on appelle cala Pedrera, cala Fonts, cala Corps, las FonlaneUas, je ne l'ai point vue aux heures propices à sa reciierche-, c'est donc depuis la partie du rivage sud nommée F/^i/ej-ote, en parcourant successive- ment Poza ciel Rey, Fonduce, Loza et cala Figuera, ijue j'ai l'ail les meilleures pêches. D'après les indications des pêcheurs, elle se trouverait dans toutes les antres )ia!'lies sud du port; mais comme les berges y sont verticales cl(pio le fond est prorond, on y ferait, je crois, mauvaise pêche, par la grande difficulté qu'on au- rait à briser les pierres sous l'eau et à obtenir l'animal. M. Valls, consul français à Alation, m'avait obligeamment procuré un pêcheur intelligent, celui qu'il employait au.x sauve- tages dans les cas de naufrage dciiuelqucsnavires français, .\lonzo, c'est son nom, connaissait parfaitement le port : c'était un maris- cador, c'est-à-dire un chercheur de coijuillages {mariscos); il maniait très bien les différents engins qu'il pouvait être utile d'em- ployer pour les recherches. Je lui ai appris à chercher des Doris, etd'autres Mtillus(jues nus; en général, il en connaissait les noms, et certainement il [wurrait rendre des services au.x naturalistes qui visiteraient Mahon. V Organisation. Occupons-nous maintenant de l'intérieur du corps de la Bonellio, et cherchons les particularités de son organisation. Quand on tend la peau sur un individu vivant, on voit des con- tractions violentes s'accomplir autour de la blessure, qui disparait bien vite. L'irrégularité du corps marque cependant toujours la place de l'endroit lésé, .\ussi, en ouvrant les aniniau.x de "l'aiidc taille vivants, on les voit se réduire à îles |)i'oporlioiis RECHERCHES S.CR LA BONELLIE. 65 si pelitcs, que l'on éprouve beaucoup de difficulté à en faire l'ana- lomie. Bien lucr un animal qu'on veut disséf|uer, est une cliosc des plus importantes; cela m'a coniluit à bien des essais, et j'ai remar- ipié ipie la liqueur saline de R. Owen semble paralyser subite- ment la Ikmeilie. seulement qu'il ne fallait pas la plonger trop longtemps et l'abandonner dans le liquide; qu'il fallait enfin lui l'aire subir des immersions successives. Après un certain temps on peut ouvrir le corps plus facilement, et sans qu'il se contracte trop ; mais comme on le place ensuite le plus ordinairement dans de l'eau pour faire la dissection, peu à peu, si l'on n'a pas suffisam- ment multiplié ces immersions, la vie semble renaître, etavec elle les conlraclions. Du reste, les organes internes ne sont nulle- ment altérés par ces immersions successives, quand elles sont du moins assez rapides : cela se comprend; ils baignent dans une (piaiitité considérable de liquide, celui fpii remplit la cavité du corps, et le réactif ne peut les atteindre (pi'après un très long temps. L'alcool paraît conserver moins bien les Bonellies que la liqueur saline; celle-ci m'a permis de rapporter des individus avec toute leur couleur et fort reconnaissables après six mois. J'en ai déposé, dans les collei:lions de M. Valenciennes, au Muséum d'bistoire naturelle, (pii, à [lait un pende contraction, donnent une idée très exacte de la nalmi'. Onaiid lin Icnd le corps sur le dos et la ligne médiane, depuis l'anus jusqu'à l'origine de la trompe, et ipi'on étale à droite et à gauche les lambeaux de la iicau,onvoit tous les organes llottcr, et. le liquide intérieur très abondant s'échapper des interstices des diffén!nts viscères. l.'inleslin (1) frappe tout d'abord, (j'est un long tube qui paraît, l'être enroulé' en spirale et retenu de tous côtés aux parois du corps par des brides fibreuses, des filaments résistants, qui, du bord de si'S eirconvolutiiMis. se iioiMcnt dans Ions les puiiils de l'enveloppe culantr. (I) Viiy. .l'iii. (((•««c. i:a(., 4' ;ir\t;. Zdol., t .\, |il. i, lig 1 i' tùrie ZuoL. T. X. (( iiliicr ii" 2.) ' 6U LACAXIi-DUTIIIEKS. Au L'eiilni tirs louis (li; celU; spiralu :ic miomIim; un corps long et gros, hiibikielleujcnl un pou jaunâtre. 11 semble lornicr l'axe autour (lu([uel s'enroulent les tours de la spirale; c'est la matrice, dont le rôle n'avait pas été connu, eoninic on le verra plus tard(l). En rejetant de côté ces deux organes , on voit sur la ligne mé- diane , dans toute la longueur du corps et dans la |iartie corres- pondante à cette ligne blanchâtre, indii|uc.e déjà à propos de l'exté- rieur de l'animal, un cordon blanc: c'est le système nerveux cen- tral (2). Enfm dans les deux tiers postérieurs du cordon nerveux, et comme accolée au-dessus de lui, se trouve une petite traînée glan- duleuse blanc jaunâtre : c'est Vovaire (3). On rcmar(|ue enlin, vers le point d'insertion delà matrice aux téguments, connue deux bandelettes un peu mamelonnées, libres et llottaiites, (|ui, de la face ventrale de la peau, viennent à l'intes- tin : ce soiit deux groa vaisseaux (4). Voilà la plupart des organes que l'on peut t'acilemeiil voir sans autre préparation que l'ouverture du corps et l'écartement des gros viscères. Prenons-les isolément et étudions-les plus attentive- ment, afin de voir exactement leurs rapports et les fondions aux- quelles ils se rapportent. VI Organes de la digestion. Ces organes soni fort simples, et il est diflicilc de faire des erreurs à leur égard. Aussi M. Sclmuirda a-t-il vu et fait con- naître à peu près tous les principaux faits qui se rapportent à cette partie de l'organisme. (T) Voy. Anu. des se. mi(., i'^ scrio, Zool., l. X, pi. 2, fig. I (/m) ^î) lbld.,i>\.i,\)s. î. (3) Ibid., pi. 3, fig. 2(o). 14) Ibiil., pi. 4, fig. 3 a'i. lilCCIlERCIIKS SlJli I.A li(l.\KI-l.li:. 67 l.a lidiiclii: csl |il:icéc, cninnio on l'a \ii, sur la l'aco iiilùriciiiv (In la lr(iiii|ic, au l'oiid de la goiillièrc, luiil coiilrc son point il'nnion a\ oc le corps (1 j. Elle est parfois saillanle, mais cela es! dû à un rciivcrseiiienlile la première parlic de IVcsopliage, survenu a|ii'èft la morl. Quelques ligures re|)résentanl ainsi la lionellic n(;(loivi'nl pas è Ire considérées comme donnani une idée exacte des l'ormes et delà disposition naturelles de rorilice antérieur des organes île lu digestion . Il n'y a pas de dents on de pièces cornées (piclconquesà l'orifice buccal. La peau l'orme conjuieun |ielit bourrelet ellifisoïde dont le grand axe est dirigé d'arrièrccn avant, el par conséipieul parallèle- ment à l'axe du corps et de la trompe; rpielques replis rayonnes reriloni'ent, mais ce sont là îles délails de peu d'importance dj. f.e Inbc digestif lui-même s'étend d'une exirémilé à l'autre du corps, en décrivant des circonvolutions spiraloïdes dont les dessins de M. Sclimarda ne donnent aucune idée (3) el que je vais clier- l'iier à bien caractériser. D'abord il est ni'ri'ssaire de diviser l'intestin en trois [larlies ilislincles qu'il l'st luuiours facile de l'econnaili'c à la position el à la couleur. J'appellerai la |ireniière buccale, la deuxième anale, la troisième moyenne ou tiéijatùjue. Les noms des deux |H'eniières, tirés de la position, car elles sont voisines de la bouche et de l'anus, paraissent préférables, cai' il est as.se/, difficile de les comparer à un œsopbage ou au rec- tum; il est mieux de n'enqiloyer qu'une expression vague cpii n'in- dique eu rien l'analogie que di's noms scmblaliles l'ont toujours iiailre dans l'esprit. Un i-esle, ces trois parties sonl fori difl'érenles parla forme, la conleiu'. la posilinll el la manière de s'eiu'ouler. La parlic miiyenne est jaunàlre, et rappelle eoin|ilélemenl la dis- |iosilion bouillnnni'e el boursoulli'e du colon de l'iioninie ou des {<) Voy, .4011. dette, nul., 4' série, Zuul,, t. X, pi. 1, fig. 1. (2) /fc.J., pi. 4, fig. I. (:P (jjinparcz lod (igiiiu.s ilii Ir.iv.jil lie laiileur iillt-'inuiid, lue. cit., pi. ii, li;^. ), vl lapluiiclie 2, li({. 1 , ilii volume X des .■liiii. iletsc, iial., i' série, Zool. 68 L<\CAZE-DIJTillER!!i. ;iiiim;iiiN sii[i(M'iciirs. Elle présente une bandelelledroile i|iii semble la cause des iilissenienis, en déterminant une Iraelion, comme le ferait, par exemple, le cordon passé dans la coulisse d'une étoffe. A ces renflements et gontlemenls, ainsi qu'à la bandelette, on peut reconnaître celle partie qui, du reste, décrit des circonvolulions tout à l'ait différentes et distinctes des autres. C'est elle qui paraît former les tom'sde spire que l'on aperçoit en ouvrant le corps. Voici quelle est sa marche. On la voit en avant connnencer tout près du point d'insertion de la poche génitale, se dégager à sa droite (1), ilescendre dans lin coiirl inlervallc pour faire un crochet ("i), se courber, remon- ter ensuite vers le dos, et former ainsi, en passant à gauche, une première arcade au-dessus de la matrice (3); arriver sur le côté veiilral, marcher un peu à gauche, en arrière et parallèlement à l'axe (lu corps (4 > pour faire, connne précédemment, im crochet, remonter vers le dos en se portant à droite, et former une seconde arcade encore au-dessus de la matrice (5). Là, sur le côté droit, même répétition et troisième arcade allant de droite à gauche (6); ensuite plusieiu'scirconvolulionsetcnlortillements conduisent assez en ari'ière cette portion du tube digestif (7), qui , une dernière fois, se dirige à droite, en faisant non plus une arcade perpen- diculaire à l'axe du corps, mais qui, en s'avançant oblirpiement d'airière en avant, passe alors en dessous de la matrice (8). A mesure que cette dernière anse marche plus à droite sur le coté ventral, les boursouflements s'atténuent; bien que toutefois la bandelette jiersiste toujours ; c'est dans ce point que commence la partie anale, sur laquelle nous allons revenir. De l'ensemble de ces courbes, de ces passages de droite à (1) Voy. Ann. lies se. nat., i" série, Zool., t, X, pi. 2, fig. 1 (a). (2) Ibid., pi. 2, fig. 1 (6). (3) Ibid., pi. i, fig. 1 (c). (i) Ibid., pi. -2, fig. 1 ((/). [H) Ibid , pi. 2, fig. 1 (c). (G) Ibid., pi. 2, fig. t (/). (7) Ibid.. pi. 2, lig. 1 {<]). ,8) Ibid , i>l. 2, fig. 1 (II). nECHERCHKS StU LA BONELl.lE. 69 fiiuiclie el (le gauche à ilroilc, résuUe l'apparenee d'une spirale, (jue l'on croirait exister réellement, si l'on ne déplissait cl dé- hrouillait avec grande attention toutes ces circonvolutions. Cette portion du tube digeslif préseule une couleur d'un beau jaune ; ses parois sont épaisses, et plus charnues que dans le reste de réleiidue. Soumise à l'examen microscopi(]ue, on trouve à l'iidérieiu' nne substance cellulaire l'ormant nne couche épaisse, (pii a la plus grande analogie par sa texture avec la substance hépatique des animaux inférieurs. On sait que, dans quelques espèces de .Molluscoïdes ou Tuni- ciers, dans la plupart des Ascidies, par exemple, le foie n'est pas isolé ou_aecumulé'dans un seul iioiut, et ne forme pas une glande parliculière ; il semble que sa substance soit étalée en couche niiuce à la surface des premières parties du tube digeslif. Eh bien! de même ici, la surface inlerue de celte portion de l'inlesliu esl plissée transversalement, c'est-à-dire perpeniii(nilairement à l'axe du tube, et couverte par le parenchyme hépatique, .l'ai donné les des- sins des bords de trois de ces plis, et l'on voit qu'ils sont cel- lulaires, et couverts d'un épilliélium vibralile très grand (1), •loni les mouvements sont très vifs sur les parties nouvelle- uienl d(''lacliécs d'un animal vivant, comme, du reste, cela se voit diuis IdU^ les ^Inllu.sques et la |iluparl des animaux infé- rieurs. F.es cellules isoh'cs '2) paraisseni Inrmées d'une membrane mince, transparente d d'un coulenu gratiuleux, (pii donue la cou- leur. Dans qiielques-iuies, les granulations inléi'ieures sont assez voluiniucuses, et présentent luie leinle plus foncée, rappelant un peu ces mêmes granulations que l'on \oil dans les cellules hépa- tiques des .Mollusques supérieurs. Tout porte à croire, sui'Iout si l'on observe qu'il n'y a aucune j;lan(le accessoire annexé'c au tube digeslil, et qui versi' un liquide (() Voy. Aiin. île» se. nul , 4' «l'-ric. Ziioj.. I, X. |il. î. (iil. 2. (21 //-.-; |.l 2 lig. 3. 70 l.tCtZE-DL'TlilEKS. dans sa cavilé iligesdvo, (|ii(' eetle paiiio esl i-liargée do sécn''lcr un produit nécessaire à l'accomplissement de la digestion. L'ana- logie, basée sur les l'ails qu'on oiiserve dans d'aulresaniinanx et sur la structure, nous paraît conduire i'orcénienl à cette conclusion. Ces faits et cette opinion sont, du reste, d'accord avec ceux que l'on Irouvedans le mémoire de SI. Schmarda (1). I.a première partie et la dernière du tube digcslil'sont blancbes et lisses ; elles soni d'ailleurs à peu près couchées sur la face abdo- minale du corps, et si elles décrivent des circonvolnlions, c'est dans un mèm(^ plan ; elles ne participent point à la l'ormaliun des lours de spire qui viennent d'èlre décrits. Après la bnn(^lie el à l'origine de la trompe, la cavité du corps est en iid'iHidibnliuu ; c'est dans cet enroncemeni (pie le commencement de la |iremière |iarlie se trouve ]ilacé, et qu'il esl reteiui par une mulliinde de brides fibreuses rayonnantes (2). Immédiatement apiès la bouche, le tube se renfle un peu, et se porte aussi légèrement à droite, en s'inclinant vers la face infé- rieure; puis il diminue de volume, et se courbe, en passant à gauche, au-devant de l'insertion de la matrice, pour se diriger ensuite en arrière (3). Après un trajet assez court, il se courbe brusquemeni, marche directement vers le côté droit, change encore subilemeut de dii'ection, et se porte alors à gauche, parallèlement à lui-même el peipendiculairement à l'axe du corps. Après cela, daiisMM Irajel nouveau, équivalant à peu près au tiers delà longueur lolale du corps, il est parallèle à l'axe du corps. Après s'être dirigé en arrière, il revient directement en avant, en s'accolant à lui- même jusipi'à l'origine de la matrice , et cela deux fois de suite; en sorte que dans la [tartie antérieure, sur la face inférieure, on lriiMV(> trois lubes placés à côté l'un de l'autre, et paiallèles à l'a.xe (lu corps i/i). U\ troisième inflexion est plus irrégulière que les {'!) Loc cil., [). 119. L'auteur appelle celte partie de l'inlestin. Leberdarme (l'inlo^lin fnit). (2) Voy. Ani>. des sr uni., V série, Zool , t. X, pi. 2, fig. 1 . (3) Ibiil.. pi. 2, ng. 1. ,1; Iblil., pi. 2, fig. 1 (/) nECHERClIIÎS Sl'R LA BONF.I.LIK. 71 autres, cl le liilie diseslif, loiijours hlniic, mnis plus llrxnciix, se jMirle à droite, puis revient Ininsversaleinenl ;"i pniirlie ; se dé- liage alors, et à droite de la niatriee eommeiicent les circonvo- lutions de la portion moyenne jaiwie décrites plus loin. Ainsi la poition moyenne se trouve toujours au-dessus de l'organe de la génération, par opposition à la première, qui est au-dessous. Quand nous étudierons les organes de la circulation, nous fixerons d'une manière très nette le point où ces deux portions du tube digeslil' s'unissent, .\joutons cependant que la bandelette longitudinale commence avec le bonrsoullement, là où linil la |iartie antérieure (1). La poi'lion anale est recliligne à partir de l'anus jusqu'au tiers environ de la longueur du corps, et occupe la ligne médiane. .Arrivée au point le plus avancé de sa course, elle se porte à droite, et, après avoir formé deux ou trois anses (2), elle se con- fond avec la partie jaune moyenne. Telle est la dis|iosition générale du tube digestif ; elle m'a paru constante, quand je l'ai observée sur des animaux convenablement morts, \('. veux dire médiocrement contractés et non altérés par décomposition. Cependant il faut le. dire, les contractions font beaucou|i varier toutes ces courbes cl ces anses; mais les trabécules, les brides cbarnues, les maintieuncnt dans une position (pii au fond reste constante. Il est donc mieux de dire que le tube digestif est sus- pendu au milieu du liquide du corps, i\\w, de le présenter connue llottant dans cette cavili'. Quant aux brides ou trabécubis (pii le lixent, leur appai'enc(^ est aussi extrêmement variable avec leur état de contraction ou de relàcliement. Dans quelques parties, elles forment comme des zones parallèles aux arcs de rinteslin, quand cclni-ei est voisin de la ligne m('diane. conune pour la partie; anale par exemple; alors il) Voy. Anu. (/<■» «r. iin(., .'i* ^érie, Zonl., l. X. pi :i., lif!. 1. (2) Ibid., pi. 2, (ig. 1 («J. 72 LACAZE-DVTniEBS. ces brides, placées parallèlement les unes aux autres et assez rap- prochées, forment un véritable mésentère qui unit l'intestin à la paroi du corps. Ce niésenière s'insère à côté du système nerveux, et présente l'apparence d'une membrane interrompue de loin en loin (1). De même poin- la partie antérieure, les arcades de la portion moyenne semblent libres à leur côté ventral ou concave, et adhérentes à la peau du dos par leur bord convexe ; en sorte ipie l'ensemble des brides dorsales de cette partie l'orme comme des replis mésentériques, à peine membraneux dans quelques points, et perpendiculaires à l'axe du corps. Ces l'cplis semblent continuer la spirale décrite par le tube digestifjusqu'à l'enveloppe générale (2). Le tube digestif m'a paru le plus souvent |)eu rempli de matière, en sorte que les aliments de la Bonellie doivent èlre probablement en grande partie de fort petite taille, et peu propres à former, comme on le voit dans les Annéiides, les Siponcles, ces bols eNcrémentiliels énormes. Un Helminthe, que je n'ai pas déterminé, vit en parasite dans le tube digestif de la Bonellie. Il occupe surtout la portion la plus voisine de la bouche, et souvent je l'ai vu entrer, sortir par cet orifice, resterdans les replis de la trompe, mais sans jamais s'éloi- gner de l'animal qui lui donne asile. Presque toutes les Bonellies présentaient ce parasite, et quelques-unes en grand nombre. L'e.xlréniilé anale du tube digestif offre sur ses côtés deux or- ganes glandulaires (3), fpie l 'on a décrits soit comme des organes reproducteurs, soit comme des branchies. Nous reviendrons plus loin sur leur histoire, qui offre véritablement l'un des faits les plus intéressants et les plus importants de l'organisation. (1) Yoy. .•liiii. (kssc. nat., Zool.. 4« série, t. X, pi. 4, fig. 3 (a). (2) Ibid., pi. 2 , fis !■ Les filaments ont élé représentés en nombre bien moins grand que flans la naliiro, afin de ne pas rendre la figure confuse : on y dislinguo néanmoins la dispo.-ition que j'indique. (3) Voy. les planches î, fig. I (;), pi. 3. fig. 2 i s), pi. 4. fig. 3 (;). RECHERCHRS S'.R L.\ BONKLLIE. /O Vil Organes de la reprniluction. Ce qui frappe le plii> apn's l'iiilesliii. iiiiand on ouvre le eorps de la Boiiellic, c'est la iiialrice. Kllciesseiiilileà un lony cylindre, lisse et :"i peine ilexueux, iiaissantdans la partie antérieure, se dirii;eant vers l'anus, f|ii'elle atteint parfois, et occupant la ]iarlic centrale libre de toute trabécule et de toute bride, que limitent les lonrs cl détouis de la portion moyenne du tube digestif. .M. p]d\vards la notait comme clanl un ca^euni dans le Hègne animal; M. Schmarda en a fait l'un des organes fondamentaux di; la rcproduclinn : (lour lui, c'est l'ovaire i), (|ui |)orle sur son eùlé un testicule. Tout cela parait devoir être modifié : le nom qui \ icul d'èli'e donné' fait prcsseulii- la fonction ; mais il faul donner une démonstration (]ui, je l'espèie, ne pourra man(pier d'être positive après les détails qui vont suivre, et qui résultent des éludes faites et répétées sur le vivant. Cette matrice est un lonp; cul-de-sac, à parois assez épaisses, musculaires et fort contractiles, qui s'ouvre en arrière des stylets abdominaux rpic l'on voit à la face ventrale, à peu près à un cen- timètre en arrière de la boncbe, sm- les beaux individus (2). A ce propos, il est diflicile de conqirendre la lifinre de M. Scbmarda, qui montre en dessous, en aiTièn; delà bouche, deux orifices; il doit y avoir sans doute erreur (3) de gravure. Le plus souveni la poi'be est f.'onfli''e par les (iMifs (pi'elle renferme en ;;rand niindire. Ouanil ceux-ci son! en moins grande quantité, ou ipiand ils se sont échappés, par suile d'une blessure ou toute autre cause, on la (I) Lnc. cit. Ekrutock (p. «2?). (î) Voy. Aim ilm te. nul , 4' scTÙ-, ZijoI., I. \, \<\ I, li;.', I, cl pi 4. (.1) Loc. 1,1 . |,l 1 li;;. I. ll\ LACAZE-DVTHIERS. voit se contracter par |iliiccs éloignées, cl alors elle ilcvicnl nio- nililbrme (1). Elle se rétrécit en arrière vers son extrémité on sommet, en Unissant en cnl-de-sac. En avant elle se termine, à son point (l'insertion, et au pourtour de son orifice elle perd un peu de son ampleur. En général, il n'y a qu'une matrice; mais dans un exemple que je conserve, il s'en est trouve deux qui sont laléra- Icuient symétriques. O cas est exceptionnel et fort rare; aussi on |ieut considérer cet organe connue étant sinqilc, et le plus souvent allai'lié à droite du système nerveux, cl en arrière du lacis des muscles des stylets abdominaux (2). Vers l'extrémité antérieure, tout près de l'orifice, ordinairement vers la gauche, on voit, à tout au plus un demi-centimètre du jioint de l'insertion, un petit disque froncé, festonné sur son bord, à rayons conceutriiiues, et ayant le port d'une petite Heur épa- nouie, dont le pédoncule s'implante sur la base de la matrice ( 3) . Qu'est-ce que tout ccla.Mh'i est l'ovaire? Où est le testicule? Voilà les questions que l'on doit se poser, que M. Sclnnarda a voulu résoudre, mais dont il n'a point trouvé la solution. I.'cxamen microscopiipie donne seul, dans ces questions sur la reproduction, des réponses exactes et conduisant à la vérité. Il semble que M. Schmarda a dû les négliger, car il n'aurait point a[ipelé un ovaire ce qui n'est (jucle réceptacle des (cufs, et ainsi ilu reste. Pour faire connaître la structure de l'ovaire, il faut connaître d'aliord celte glande, cl j'avoue que je portai tout nalurcllement en premier lieu mon attention sur la matrice, afin de voir si elle n'était pas un renllement, une énorme distension d'un oviduete (|ui aurait effac(' la glande. (1) Voy. Aim. des se. nal., Zuol., 4° série, t. X, pi. H, lig. -2 (m). Diins toutes les figures, la matrice est facile à reconnaître. (2) Ibid. , pi. 4, fig. 3 : (/) matrice, (p) sacs des stylets et leurs ninscles. (3) Ibiil., pi. 3, fig. 2 ())). Consultez aussi les autn-s plandies oii la ma- trice est représentée. RECHERCHES SUR LA BONELLIE. 75 En cherchant ainsi :"i tourner et ;"i retourner cette poclie sur un aniuKil viviuil, je la vis se conlraeter, et lancer par le centre de cette petite Heur pédoncuiée une série d'oul's. Il y avait donc là un oritice, et je nie demandai si les œut's allaient de la poche dans la cavité générale, ou bien si c'était l'inverse. Xe trouvant rien qui pût me faire considérer la poche comme lui organe producteur des germes, je cherchai entre les replis mésentéril'ormes qui lixent l'intestin snr les parois du corps, et hientùt je reconnus snr la ligne médiane, dans les deux tiers pos- U'rieurs de la longueur du corps, une petite traînée jaunâtre, d'ap- parence glandulaire, que je soumis à l'examen microscopique, et immédiatement je reconnus l'ovaire à ses éléments caractén-is- tiijues(l). Nous verrons plus loin sa structure toute particulière. Pour le moment, établissons un tait physiologique fort curieux dans ces animaux inférieurs, et qui explique celte circonstance que, toutes les lois que l'on ouvre une Bonellic, même avec les plus grands soins, on voit s'échapper des œufs avec le liquide de la cavité générale. D'abord j'avais cru à des blessures et à des rup- tures des organes de la reproduction ; plus taid, la chose devint toute naturelle. Les œufs développés dans un ovaire, sans canal excréteur, tom- bent dans la cavité générale du corps ; ils flottent d'abord dans le liquide de celle cavité, et puis ils sont recueillis par nue Irompe, dnnl II' pa\illiin, lt)iii ;i l';iit semblable à celui (pu; l'on observe dans les animaux su[i(!i-ieurs, est, comme chez ces derniers, con- \ ert de cils vibratiles, et se ti'ouve en couununication avec une ihaudui' d'incubation ou matrice. I,e l'ail ne peut être contesté, puisf|uc l'ovaire est éloigné du sac toujours rempli d'onifs, et (pie ceux-ci sont rencontrés, d'une pail nageant dans le liquide de la cavité générale, de l'autre dans la matrice. .Vinsi, de même qu'il y a, dans la |ilu|)art des Vertébn's, -l'issidii, intcrrupliiin euti'e les organes pniducleurs des gernirs ipii siVreli'iil et la |Mirlinii ipii excri^te, de nii'inc ici l'absence I) V(iy. Atid. iJts w. nul., Zool., 4' scrip, I. X, pi. 3, lig. i (o). 70 LAGAZF.-DVTHIERS. (l'un ovidiiete ne peut luire de doute. J'étais loin de ni';itlendre, je l'avoue, :'i une pareille disposition. Vue au microscope, la surface supérieure du pavillon de la ma- trice paraît couverte de plis radiés hérissés de gros et lonjis cils, (|ui délerminent des courants vers l'orifice central rpie l'on trouve toujours contracté, mais qui, après la mort, permet l'introduction de la lête d'une épingle fine à insectes. .M . Selimarda élevait èli'e embarrassé sans doute, puisqu'il n'avait point connaissance de sa disposition, aussi il appelle eeltc [larlie ce qui doilêlrele. tesiicule{\); il la désigne ainsi dans le Icxie et dans les figures, mais toujours dans ces dernières avec un point d'inter- rogation. Chacun maintenant peut comprendre que celte détermi- nation de la l'onction n'était pas conforme à ce qui existe. M. Sehmarda dit bien n'avoir pas pu voir de filaments sperma- tiques; mais il semble en donner la raison dansée fait, rpie les œufs trouvés dans l'ovaire (la matrice pour nous) étaient tous lort avancés dans leur développement, et par conséquent que ia fécon- dation avait dû avoir lieu précédemment (2). Bien que j'apporte ici une critique sur des travaux antérieurs, je suis loin d'avoir élucidé complètement la question de la repro- duction de la Bonellie ; on le verra par les consitlératioïis qui ter- mineront l'étude de celte partie de l'organisation. L'ovaire est fort petit, et doit sécréter les œufs d'une manière continue. Je ne l'ai trouvé jamais plus épais que d'un demi-milli- mètre, peut-être rarement sur les gros individus, d'un millimètre; quanta sa longueur, elle est des deux tiers environs de la longueur totale du corps. Il est fixé par un petit repli mésenlériforme au-dessus de la gaine névrilématique du système nerveux central. M. Sehmarda l'a vu sans aucun doulc. car il assigne dans cette partie du corps la leirde et l'apparence de l'ovaire à l'enveloppe du cordon gan- (I ) Les pUinclie .'i, fig. I y {ffoilen? leslirule). |ilai]r1ii- 7. fip. 1 , 2 <' {fjndi-ii '' testicule), el 3 [lloticii, icslicule grossi, .'iS) (-2) Voy. lue. lit.. \). I n IIECHËRCHES SLR LA BOlNELLlE. 77 yliulinairc nerveux. Je ne voudrais pas pousser lr(i[i loin la critique de son Iravaii ; eciieiidaiit la liyiue du ganglion nerveux ipiil donne resseudile singulièrement à une parcelle de l'ovaire vue à un laiblc grossissement (1). Le méso-ovaire se prolonge sur la ligne médiane en arrière, en dessus de la partie tout à fait voisine de l'anus, et semble re- monter lui peu vers l'intestin liii, auprès duquel l'ovaire se termine. La surface de cette petite bandelette glanduleuse parait toute mamelonnée; à la loupe on reconnaît très bien les saillies des œufs déjà avancés dans leur développement, après avoir loutei'ois ap[iris:'i les connaître par l'examen niicioscopiqne. La glande |irésente une structure qui parait l'orl curieuse et probablement rare. L'ieulipii se développe, et ipii n'est pas encore tondié dans la cavité générale, n'olTre rien de dilTérent avec ce qu'il présente dans les autres animaux : enveloppe vitelline, vitellus, vésicule germinalivc, tache germinative, tout cela se retrouve; aussi de ce coté rien de particulier. ^lais la masse glandidaire de l'ovaire jiarait l'ormée, dans les points où leso-'ul's ne soid pas encore développés, par de toutes lictites masses cellulaires (pii laissent voir à leur centre un espace obsi'iu' analoLiui' à une caviti'. Ces i>etits amas sont bombés du coté du biird libre de l'ovaire, et c'est à la base de cbacun d'eux que se dévclopi»! un omiI'; tandis (pie celui-ci augmente de vo- lume, celle-là reste .sinon à (leu jirès .■>lalionnaire , du moins ne jirend iclalivement (pi'iin faible dévelo|ppement : aussi, quand l'ieuf est devenu très volumineux, semble-l-il couromié par un mamelon rilluleux creusé d'une cavité. On trouvera dans la |)lancbe '.'> la représentation i,'^) d'un petit (t) Voy. toc. cil., p. 123. Le cordon nerveux, dit-il, contienl daii.s la moilié |>OHU;rieurc, cuire les fibres nerveuses et le névrilème, i]uel(|ues parties li'un pig- ment jaune Ijninâtre ; et pi. C, fig. i, ap|iaronced'un ganglion ii 200 dlaiiione.<. (2) Voy. Aiiii.ilcsK. luil., Zoo!., 4' sOrio, l X, pi. t, fiu'. 2 [mo], et pi 4, U-A. 3 (mo) ,:l; lOni. pi. 3, fi;;. 4. 78 LAC«ZE-DL'TnlER!«. piiqiicl d'd'ul's à différents états de dévoloppcmont, et piiraissanl eiil'cniiés dans une poclio qui est la continualion du nianielon eel- iuiaiie leur point d'origine. La niendjranc vitelline est bien nettement distincte de cette en- veloppe exiérienre, qui persiste encore quelque temps sur des œufs lombes dans la cavité générale du corps. 11 m'est arrivé de pren- di'c, avec une pipette quel(|ues-ims des œufs qui flottaient dans l'eau de mes cuvettes à dissection, el je trouvais souvent au-dessus d'eux le mamelon cellulaire qui, à l'origine, constituait presque tout le grain glandulaire (1). Dans les préparations, après la décliirure de la glande pour rcxamen au microscope, on rencontre souvent des reid's encore peu développés, fort allongés à l'un de leur pôles, et semblables à ces petits ballons oblongs à très long col dont se servent les chimistes (:2). Leur partie effdéc semble sortir de la dépression de la petite masse glandulaire dont il a été déjà (|ueslion, et n'circ qu'un prolongemeni d'une membrane tapissant la cavité. La niasse cellulaire a l'apparence ordinaire; r(cuf lui-même offre une légère teinte jaune clair; sa vésicule Iranspai'cntc, el sa lâche germinalive ne peuvent laisser de doute sur sa nature : il semble dépouillé de la capsule (]ui l'entoure dans l'ovaire el qui descend des bords de la niasse cellulaire vers le point d'insertion. Dans la figure qui représente cette disposition, on croirait que l'œuf s'est échappé de la cavité centrale de la [)etite masse , cependant il ne m'a jamais été possible de le voir naître dans l'inlérieur de celle-ci. En grossissant, les œufs éloignent du point d'insertion la petite masse cellulaire sous laquelle ils se sont développés, et, en se comprimant latéralement les uns les autres, ils s'effileni un peu, mais en restant toujours, par leur capsule, adhérents au mésentère. Cette disposition a été fidèlement représentée dans l'une des figures calquées à la chambre claire (3) et prises à un assez fort grossissement. (1) Voy. Ann.des se. nat., 4' série, Zoûl., l. X, pi. 3, i (2) Ibid., fig. 5. (3) Ibid., fig. 4. liECHERCHES SUR LA BONELLIE. 79 OiiaïKJ lus ii-ul's suiil arrivés à un cerlaiii ttévclo|i|i(Miu'iil ddiit il n'esl \K\ii possible de [jrécisf'r le degré, la ea|isule de l'ovaire se rompl, el ils deviennent libres. Tombés dans la cavité générale, ils prennent bientôt la l'orme eomplélement spbéruïdale; ils devien- nent tout à l'ait ronds et olTrent des proportions énormes : aussi est- il impossible de les examiner dans leur ensemble à un fort gros- sissement (1). Dans la cavité de la matrice ils paraissent absolument de la même taille, et |)i'ivésdu capuchon cellulaire dont il a été question. Le vitellus, quand il est bien développé, est formé de gros globules 1res Iransparenis. isoK's et clair-semés comme des gout- telclles de matière huileuse (2); de plus, lorsqu'on l'examine à un l'orl grossissement, on n'aperçoit entre les gouttelettes, comme lorinant un parenchyme à éléments peu distincts, des apparences de cellules i)àles et peu marquées, empilées les unes sur les autres el légèrement polyédri<|Ui's (3 . Vers le milieu, lanlùt plus ou moins de tel ou tel côté, on voit un nuage jaunâtre d'autant plus foncé, que l'on approche davan- tage du centre '4). C'est au milieu de lui que se trouve la vésicule Iransparente, toujours blanche et claire, qui se fait reionnailrc sans peine quand on comprime légèrement et (pion a|ilalil un peu la sphère vitelline. Cette zone jaunâtre est due à des granula- tions colorées (5) interposées entre les léiières ap|jarences de cellidesdont il a été prccédenmicnl question, et qui occupent toute lelenduc du vitellus. Ces granulations vont en diminuant de nom- bre à mesure que l'on s'i'loigne de la vésicule transparente et qu'on s'appioche davantage de la périphérie. Au contraire, les grosses goullelellcs huileuses semblent être plus nombreuses à la périphérie qu'à l'intérieur. Je n'ai |)as distingué les noyaux mi taches germinativcs de la vésicule transparente, (piand j'ai |)ris (1) Ann. det ne. nal.. 4* série, Zoo!., t. X, pi. 3, tij.-. (i: œuf vu à un très Taiblc grossissement, (î) Ibid.. Bg. 8 ((). (3) Ibid.. fig. 8 (e). (i) Ibid., (i-. C. (6) ibid., 6g, 7. 80 l.llCjtZE-DIJTHIEItS. des iii'iils bien dévclo|)|ié.s dans l;t matrice ou dans la cavité gé- nérale. L'évolution embryonnaire de ces germes ne s'est point pré- sentée à mes observations. M. Sclimarda a été en cela plus heu- reux, car il a donné des ligures qui montrent les jeunes embryons de Bonellies encore enfermés dans l'enveloppe de l'œuf. Si l'on en juge par ses dessins, le développement serait assez simple, et c'est sur des œufs enfermés dans la matrice, qu'il appelle l'ovaire, qu'il a fait ses observations (l). Le nom de matrice est donc juste. Et maintenant voici des questions qu'on peut soulever, mais (|u'il est difllcilc de résoudre : Où sont fécondés les germes? Où est l'organe mâle producteur de la liqueur spermatiquc ? En vain j'ai examiné au microscope toutes les parties, nidie |iart je n'ai rencontré ce spermatozoïde hal)ituellemenl si caracté- ristique, qui ne peut laisser de doute dans l'esfirit. Dans le ])avillon de la trompe, il n'y a pas la moindre appa- rence d'un testicule, d'ailleurs les fondions sont bien évidentes. Ne seraient-ce pas les parois mêmes de la matrice qui .seraient chargées de la sécrétion du lluide fécoridaut? Je les ai examinées au microscope, et j'y ai trouvé des sortes de baguettes assez étran- ges, assez bizarres par leur forme, mais je n'oserais certes point afiirmer qu'elles sont l'élément caractéristique de la liqueur mâle fécondante. Aujourd'hui que les faits de la génération alternante, de la par- thénogenèse surtout, se présentent à l'esprit de quiconque cher- che à résoudre les questions relatives à la reproduction, on doit être fort réservé dans l'appréciation d'un l'ail douteux, et être fort circonspect dans les conclusions que l'on donne. Les mâles seraient-ils infiniment moins nombreux? disparal- traienl-ils à certaines époipics de rauni'c.' \'uilà bieti des questions secondaires qui ne me peiinetleut pas de me prononcer affirma- (l) Voy. hc. cii , p. 124 , el pi. 7, lig. 5, 6, 7, 8 et '■>. KECHERCHËS SLK LA BOlNIiLLlE. 81 tiveineiit. l'eut-il y avoir diez les mâles des organes copulateurs, et celte nialrice est-elle à la fois poche copulatrice et chambre irincubatioii? J'avoue qu'à cet égard, je ne saurais faire que des hypothèses. Je me contente donc de décrire la structure de la paroi interne de ce réservoir des œufs, d'en indiquer les éléments, tout en ni'abstenant de porter un jugement définitif, alin de ne point pré- senter des faits peu cert;iins comme une démonstration rigou- reuse et ipii ne représenteraient peut-être pas l'expression de la vérité. C'est en avançant atïirmativcment des choses douteuses ([ue l'on embrouille la science et que l'on multiplie la bibliographie critique. Ne vaut-il pas cent fois mieux dire : Là s'arrête mon observation, à d'autres de la continuer? Alors les lacunes parais- sent, elles offrent des voies ouvertes aux chercheurs; tandis que ces aperçus hy|)Olhétiqiies, tout en augmentant les comparaisons et les appréciations des travaux antérieurs, enrayent les progrès de la zoologie, déjà si encombrée. Jcilois ajouter que j'ai cherché dans toute l'étendue de la glande femelle si elle ne renfermait en quehpie point des lobules testicu- laires; elle m'a [laru être exclusivement femelle, et par consé(iuent la Bonellie n'est point hermaphrodite par sa glande, à moins toutefois que je ne sois tombé sur des individus dont la partie testiciilaire était au repos et déjà atrophiée : cela me paraît difficile, puisque je rencontrais des reufs au premier degré de développement et qui évidenunent avaient besoin d'être fé- condés. l.a lace iiilcrnc de la matii( c est la[)issce par une couche de cellules assez lâchement unies, rcpriiiaut nue l'ornie assez régu- lièrement sphérique (1) ipiand elles sunl placées dans l'eau, ol'liant cliacuhc un pclil noyau distinct et des gramilations fines foi'niani vitsIimit ri'iilir im pclil iiiiugc. Il .-e Iriinvc, mchingés à celle couche, des liàlonncls siiigii- (I) Voy. Aiin.itesic. nul , l' série, Zool., l. X, pi. :i, (ig. D (uo). 4' siiric. ZouL. T. X. (Cahier ii" 2.) - 6 82 LJtCA%i:-UUTIIIIiR»i. liiTS (Ij, cyliii(lri(|iius, :iy:inl ilrs oxlrôiiiiti^s iiiciiisscs cl une très légère teiiilc jaiiiiiitre. Sans aucun doute ces éléments ne sont |)as d'abord droits; on les rencontre courbés (2), tantôt vers le milieu de leur largeur, tantôt tout près de l'une de leurs extrémités; souvent l'une de celles-ci est renflée en massue, non pas par sa propre substance, mais par celle d'une cellule aux dépens de laquelle elle semble s'être développée (3). Les corpuscules sphériques forment une sorte de parenchyme au milieu duquel s'entrecroisent ces ba- guettes, tantôt droites, tantôt courbes, et tantôt enfin engagées par l'un de leurs bouts dans un corpuscule cellulaire graïuilcux. J'avais cru trouver là une certaine analogie avec le développe- ment des spermatozoïdes, et tout d'abord il m'était venu dans la pensée que la paroi du réceptacle produisait la liqueur fécondante ; mais(piand il s'est agi d'affii'mer, j'ai cberelic et recbercbé s'il n'existait pas un testicule ailleurs, si ces liâtonnets pouvaient bien être considérés comme des spermatozoïdes ; et le doute prenant le dessus, je me suis abstenu de toute opinion définitive, l'immo- bilité absolue de ces baguettes se [iréseulant toujours à l'esprit : carc'est la condition inverse (pie nous offrent en général, à(picl- ques exceptions près, les spermatozoïdes. Voilà ce que j'ai vu ; à d'antres de déterminer exactement l'or- gane mâle. Ne s'est- il pas présenté à M. de Quatrefages, en étudiant l'Échiure, un fait tout à l'ait aiuilogue, mais pour l'autre sexe, pour les femelles? En vain ce savant académicien a clierclié l'ovaire, il n'a jamais rencontré que l'organe mâle, et prudem- ment il s'abstient de porter un jugement définitif sur la disposition des sexes et sur leur action réci[)roque. .le ne puis (|uc renvoyer aux observations dont M. de Quatre- fages a fait suivre la description des organes génitaux de l'Ecliiure; (1) V(iy. -Imi. ries se. nul , 4' .série, ZuoI , l. X, |j1. 3, lig. 9 (riri). (2) m,!., lig. 9 {bj. (:i) Ibii., Cg. 9 (c). i;n;(.iHiHCHiiS mk la «OMaLiE. 80 elles soiil en Iniil ;i|i{ill('iihl('s ;'i l;i ISoiicllii', 011 iiOiililiiiiil |i:is toiilc- l'ois r]iR' ihiiis un cas c'csl du iiii'ilr duiil il c^l i|ut',sliuu, que linns l'aulre c'est de hi rcinclle (1). VIII Système nerveux. !.ors(|ue l'dii :i (>iilevi'' le lube dijjestil' cl r;i|i|i;uvil repi'odui'- leur, il n'y a |ircsi|ue (ilus rien dans la cnvilé générale du corps, et le système nerveux, resté seul, se l'ait alors l'acilentent l'emarquer. La préparation en est peu coûteuse dans la plus jurande partie (le l'étendue; aussi son étude, est-elle plus siui|ile et à la l'ois plus l'aeile que pour les autres organes (pii nous resleni encore à connaître. Le système nerveux central l'orme im louii cordon alidomiual étendu th la houclic à l'anus i"2i; il occupe exactement la ligne iiK'diane, et correspond à celte Irainec lilancliàtre qui parait à l'extérieur du coi-ps S) : c'est le cordon lui-même vu par Iranspa- reiiee au travers des tissus. Comment se l'ait-il que M. Scimiarda ait di'ciil le système ner- veux de la Bonellie en l(^ considéranl ( omme l'orme d'une chaîne de rranglions exlrêinement distincts i7i), dont il fixe le iiomlire, et i|n'il représente (on U' croirait dans certaines de ses ligures] unis entre eux par deux filets longiludinairx. .l'avais fait mes dessins à .Malion, sans avoir sous les yeux le travail du savant allemand, et, dans la crainte d'une erreur, j'ai de nouveau, sur des ('clranlillons iiondirenx et hien conservés, constaté' l'exactitude de mes pre- mières ligures. Kn ilissi'ipiaul encore des individus entiers, j'ai reclicrclii'' si ji' n'avais pas l'ail cireur; il m'a et('' impossible i\r me raiif^er à la manièiv de voii' (b; laideur allemand. (1) Voy. Ann ilvt te. liât., .3'séric 1817, Zool , t Vil, p. 320 : Vayiiy i" Sicile — .l/rmoirc tur l' Ecliiiire Oc Gwriiier. (2) Vny. Ann. des te. liai., i' série, Zool., L \, |il. i, IIl'. I [h). (3) Ibiil., pi i. fiB. 1. (4) Voy. loc. cil , \i. 12 1, cl |j| ;;, fig. 1, |il. (i, liy. 3. 8/| LACjtZE^DUTDIERS. J'iii aussi riisséfjiu" des Sipoiicles, qui otTreiil lu plus grande iina- lugie, etcliez eux j'ai rencontré une absence cuin|)lète de ganglions, du moins dans la cliainc abdominale centrale : quehiues contrac- tions isolées ont peut-être pu donner lieu à des renlleuieuts pris ()0ur des ganglions ; mais dans les animaux morts et relâchés, on ne trouve qu'un long cordon sans ganglions appréciables. On ne peut donc s'expliquer la dilïéreuce des résultats que par des dispositions exceptionnelles qui, je dois le penser, ne se seraient (loiut ollcrtes à mon observation. A droite et à gauclie de ce cordon partent de nombreux fdels nerveux qui se détachent tous iierpendiculairemenl, et vont se perdre dans l'i'paisseur de la peau (1). Ces lilcls sont plus ou moins parallèles entre eux, suivant l'état de contiactiou des tégu- ments du cor|is, et s'étendent aussi à des distances plus on moins grandes, lisse divisent peu, et, (|uand cela arrive, leius branches se séparent à angle très aigu, et semblent rester presque parallèles, car elles ne s'éloignent que peu ;i peu. Ou trouve sur le trajet de ce long cordon abdominal quelques lilcts (pii vont à la matrice (2) ; mais je n'ai pu observer le grand lilet impair qui se bil'm'cpie et se distribue à l'intestin (3;, d'après M. Schiuarda. Cet auteur a cependant bien délini l'espèce de Bo- nellie ([u'il a disséquée, la Bonellia viridis; et comme j'ai craint, d'avoir lait erreur, après avoir vu ses planches, j'ai cherché de nouveau sur des individus bien conservés, qui ]U'éseutaient avec la plus grande évidence des lilcts, même Tort grêles, et je n'ai |ias été plus heureux que la première fois. Eu arrière le cordon nerveux va s'attéuuant et s'eflilani très vile, à mesure (|u'il ap|irochc de l'anus, et deux lilels, variables (lar lein' rapport et leur longueur, cnlouriMil la dcinièrc pai'lic de l'in- testin tout près (le l'anus (k*- Le cordon nerveux central est en rapport inunédial avec l'ori- lice de la matrice et les poches des soies ; il passe entre celles-ci (I) Voy. Aiin liesse, uni., 4' série, Zoo!., t. X, pi. i, lig. 1. (■2) Voy. (oc. ci(., p. 123, et pi. 6, lig. 3. (3) Voy. Ann. des se. luiL, 4" série, Zool., l. X, pi 4, fig, 1 (c). (i) Ibkl , pi. 4, (Ig. 1 [c]. ' nrr.HF.RCHRs sir ia bonei.lie. 85 ni sons lo nnisfli' Iniiisvfrso (|iii ks unit. Hnliitiielloment il se li'diive ;'i ii;uirli(> de l'iiriliee de lu innlriee; eepeiidniil il y a des cxceiilions, mr je l'ai vu i\ droite (1). Il fournil un ou deux fdels assez firos el bien appréciables aux parois de la itoebe des (l'ufs ; mais il m'a élé impossible de les suivre un peu loin. Dans la [larlieanlérieure du corps, la disposition est fort remar- quable , et encore ici je ne puis me trouver d'accord avec !>r. Scbuiarda. Arrivé en arrière de la bouche, tout à fait au-dessous de la pre- mière partie ou origine du tube digestif, le cordon nerveux se bi- furque, et fournil deux branches volumineuses qui restent acco- liVs à la face inférieiu'C des N'gimienls, s'engagent au milieu des brides et fijjres nondjreuses qui rayonnent de la première partie du tube digestif, el gagnent la base de la trompe (2). La différence de direction des brides et des cordons nerveux ne permet |)as de faire erreur, et après une dissection minutieuse, difficile il est vrai, il ne peut exister le moindre doute. Les deux branches de bifur- cation, vues el décrites ou dessinées par .M. Schmarda, ne se rejoignent point en avant de la bouche, comme le priHend cet auteur, et je n'ai jamais pu les voir dans ce point, nou-seulenient se réiuiir, mais encore moins former un ganglion, d'où jiartirait le lilel médian destiné à la trompe (3). Ce filet est décrit et sa position indiquée, soit dans le texte, soit dans reN|)licatiou des planches avec beaucoup de soin ; il se place- rait sous l'artère de la trompe qui occupe direclt;meut la ligne médiane. Les préparations ([ue j'avais laites sur les lieux, el les nombreux individus entiers ipie j'ai rappoités, m'ont servi encore à vérili(M' ma première opinion, il je ne puis la modilicr. Les cordons nés de la biliiivutiuii du Ironc pi'incipal (/|) se; porli'ul à driiiti' et ;'i gauche de la biairlic, en ddiuiaiil en dehors (1) C'cbl le cas du dessin (/liiH. (if.isi-. m/(., r si-rie, Znnl., I. \, pj. l, (if; 2). (2) Voy.lig.l (/). (3) LfK. cit.,\>. 12:». '4) Voy Aiin (leur, uni , i" sd-rie, Ziml. . l. X, |>l l, li^'. I. 80 I.ACitZI!-UIJTIIIi:RS. de nombreuses Itriincliosaiix parlies vdisiiies; à leur ;iiii;le de se- piirnliuii, on voit n:iilre nnssi, tantôl tle l'une, lantùt de l'autre, tantôt du cordon médian, un filet grêle (jui va au tube digestif yi) (il est très grêle, et je n'ai [lu le suivre bien loin] ; elles gagnent, en croisant les fibres musculaires, les bords de la trompe, et par conséquent, après une course peu étendue, elles deviennent pa- lallèles en se logeant sur la face inféiieurede l'appendice probos- eidien, à peu de distance du bord libre, et dans le fond de l'origine lati'ralc de la goiiltici'o qui résulte du reploiement de ces bords en dessous (2). (Juand on les a disséquées une fois, on les distingue par haiisparence en regardant la trompe en dessous ; car sur celte face la matière colorante! pigmenlaire verte est bien moins abon- dante, et le lissu moins épais que du côté du dos. Ces deux bran- dies, en arrivant dans la trompe, ne donnent plusde filets nerveux appréciables à la loiq)e ordinaire. Je dis appréciable, parce qu'il est bien probable (pi'elles Ibnrnissent l'élément scnsitif à cette partie du corps; elles m'ont paru simples et tout à fait reetilignes, comme les bords de la partie qu'elles traversent. Ari'ivées à la iiifm'cation, elles restent parallèles aux bords liosiérieurs des cornes (3), (pii sont eux-mêmes la continuation des bords ialéraux du cor|isd(^ la trompe; elles arrivent à l'extré- mité latérale (/i;, et passent sur le bord aniériein' de celles-ci, qui est, comme il n é'ié' dil plus baul, un peu bouillonné et festonné, un peu blaiicliàli'e, cl non recroquevillé en dessous, ainsi (pje le bord postérieur i5). Les nerl's suivent ce bord parallèlement à IomIcs ses inilexions, et par conséquent arrivent à la rencontre i'iiii lie l'aulrc; ils ne changent pas de volume; alors ils se con- lôndcid, s:ms (ju'il soit possible de dire dans quel [loinl, puisqu'ils oui partout le même volume (6). .Mais, particularité fort imporlanlc, tandis (pic de la base de la ;l) Voy. Ami. dcssc. mil., 4' série, Zool., I. X, pi. 4, fig, 1 (d). (J) ///»;., pi. l, ng. 1 (b). [^) IbnI., pi. 4, lig. 1 (y). ('..; //i»i..pi. i, ng. 1 (,■). (■■i) //.-./.. |.l. Llig I. (D) IbnI., pi. i, fig. I (j\. RECHERCHES SUR LA BONELI.IE. S7 Irompe prî-s de la bouche jusqu'aux angles des cornes, ils ne • lonnenl poinl de filets dans tout le (>ôté exiérieur correspondant à ce bord festonné , ils l'ournissent (1) une immense quantité de petits filets qui atteignant le bord dos cornes, se distribuent à celte partie blanchâtre t'estonnce, la(iuelle peut être maintenant, à bon droit, considérée comme un organe du toucher. Quand on observe la Bonellie, on la voit, en effet, promenant ses cornes sur les objets, les tàter, les palper à l'aide de ce bord blanchâtre. L'abondance des filets nerveux est certainement, avec cette particularité, une démonstration du fait que je signale, .le crois aussi (pie cette partie du bord antérieur de la fourche pro- boscidienne peut jouer le rôle, sinon de ventouse, du moins d'un organe qui se fixe ; car on voit, dans les a(piariums, les Bonellies rester jiar leur corps coiistanniicnt sur le fond, et envoyer nu loin leurs cornes qui se fixent sur les parois souvent près de la sur- face de l'eau, tandis que le corps, fort éloigné, semble pendre par un long cordon vert traversant en sautoir et sans soutien la cuve d'eau. Ainsi le collier o:'sopbagien est singulièrement long; il com- mence derrière le tube digestif, et ne se complète que dans les cornes de la Irompe. Aussi cette partie antérieure du corps poiu*- rait être considérée comme un prolongement céphali(pie exlr(''mc- niciil alloug(''. Dans le Sipoiicle, on trouve une très grande analogie dedislri- liiitioii i)ar les lilelsipii naissent de chaque côté, et immédiatement après la hifurcalioii ; mais ici il y a un ganglion sus-buccal qui ne peut faire aucun doute. ^]. de Qnati'efages a vu aussi une masse nerveuse centrale sus-œsopliagienne (lansl'Ecliim'e. Cela m'a con- duit à reciiercher si les deux cordons latéraux n'étaient pas des branches volumineuses d'un petit centre développées en propor- tion de l'organe (pTelles doivent animer; mais je n'ai pu voir autre cho.sc que ce que je viens de di'crire. Je n'ai pas éléassez heureux pour trouver (|uel(|ue chose de pins, fl) Voy. Ami. tics ne. nul.. 4'' .série, Zool . , l N, |.l. 4, li;;. i Ikjc). 88 LAt'jtZE-UL'THIERS. et qui peut èlre considéré comine un système il(! la vie organique ou un grand sympaliiique. Quant aux organes des sens, à part la propriété évidemment tactile des bords antérieurs des cornes, je n'ai rien trouvé. M. Schmarda a fait la môme observation. IX Organes de la locomotion. Les organes delà locomotion sont fort simples. (Jii a vu de quelle manière la Bonellic se déplace : c'est surtout en s'insi- nuant à reculons, entre les corps ou dans les trous; les [larois contractiles de son corps sont donc, en lin de compte, ses organes locomoteurs eu.\- mêmes. Les soies abdominales peuvent sans doute devenir plus saillantes, puisqu'elles sont en grande partie enfermées dans un petit sac qui fait saillie dans la cavité générale, et dont les parois sont attachées à des bandelettes musculaires dirigées en différents sens (1). Mais leur rôle doit être évidemment assez limilé; peut-être, lorsque l'animal est enfermé dans sa retraite, et qu'il veut s'y cramponner, fait-il saillir ses stylets? Peut-être aussi, lorsqu'il recule et cberciie à pénétrer, les deux soies qui sont dirigées en avant lui permettent- elles de ne pas perdre le terrain, et de rester au point où le corps est parvenu en agissant comme des grappins. Les soies roides, brillantes et dures, ont en effet une direction quileur permet d'agir ainsi qu'il vient d'être dit. Elles sont cou- chées directement d'arrière en avant et de dedans en dehors (2); en sorte que, lorsqu'elles sont saillantes, elles doivent nécessaire- ment s'opposer au glissement du corps, du côté de la trompe. (1) Voy. ce que dit des soies de l'Échiure, M. de Qualrefages, Mémoire sur l'Échiure de Gœrtner {4nn. dex «c nul., 3"' série, 1847, l. Vit, p. 31 fi): cela peut s'appliquer ici. (•2) Vov. Aiin desxc. nul , 'i'' siTio, Zniil., I, X, pi. 4. ilg. 1 (/). RECHERCHES SUR LA RONELLIE. 89 Leur couleur irisée et varinble lient à l;i déeomposiliou île l;i lumière qui les Iraverse; cela est dû à leur texiure inlime f|iii est fibreuse. Un faible comme un fort grossissement n'y font voir rien de plus que des stries longitudinales 1res fuies et très multipliées. Leur nature esl cornée; elles résistent très bien à raction dis- solvante de la liqueur saline alumineuse. M. Schmarda les a bien décrites, et en a donné une figure. Il m'est arrivé d'en rencontrer deux dans un même sac; proba- blement, dans ce cas, il y en avait une seconde île remplacement, comme M. de Quatrefages l'a observé pour lÉcliiurc. Il sulTira de jelci' les yeux sur les plancbes qui arcom|jagnent le Voyaçie. en Sicile de M. de Quatrefages, pour avoir une itiée nette et exacte des soies (1) de la Boncllie, car elles ressemblent beaucoup à celles de l'Échiure. Quant aux fibres musculaires, elles s'entrecroisent et se feu- trent lions toute l'épaisseur de la peau, qui est par cela même émineniment cuntractilc. Dans la trompe, on en trouve de deux ordres : les unes longitudinales, les autres transversales. Les brides qui sns[ieiidenl l'inlcslin paraissent être également contractiles; elles sont, dans les individus revenus sur eux-mêmes, extrêmement raccourcies. Elles sont aussi élastirpuîs ; car, lorsque la distension du corps par le liquide diiiiiniic, elles reviennent ('vi- demmenl sur elles-mêmes. M. Scliinarda a décrit et iiidiqui' au long la disposition de ces courbes diverses (2). X Organes de la ies|iii'iitioii. Nous arrivons iiiainleiiaiil ;i (1rs organes dont la sigiiitication 1 si iiiijjiis farilc à ili'lrriiiiiii'r. I.a limicllir l'iiiii! lin aniinal ai|iialii|iir, un priil siippnseivi priori ()) Voy. /oc. cil., el :iii8si Ifis |ilanrlies du lliiiw iininuil ilhisln-, Zni.riivTi:i! ' l>hiiirr). — Voy. aussi Ami. ilrsxi-, mil., i' série. Zoiil. I. ,\ |il. 1. li;;. 1 f(). (i; Voy. lue. cil. p. 124. 90 LACAZE-DUTBIERS. qu'elle doit avoir des branchies; par ennséfinent, c'est une fdrme pins oit moins modifiée de celle espèce d'organe respiratoire (pic l'on doit s'attendre, à Ironvei-. Or, à la surl'ace du corps, rien d'ana- logue à ces pinceanx et panaches souvent si élégants, dont l'image se présente à noire esprit, rpiandnonsnons figurons une hrancliic. I,cs cornes elles-mêmes n'ont rien qui, au premier aijord, puisse les l'aire regarder comme jouant le rôle d'organe respiratoire. Dans la cavilé générale dn corps, on ne trouve qu'un seul or- gane qui puisse l'aire naître l'idée de la tbnetion de respiration. Je veux parler des poches placées de chaque côté de la dernière partie de l'inleslin, pi'ès de l'anus (1). Elles sont curieuses à hien des égards ; aussi entrerai-je dans quelques détails circonstanciés, qui montreront un l'ail aussi curieux qu'important pour expliquer le rôle que l'on [leut leur attribuer. Ces poches, que nous appellerons désormais jwc/ie« anales, sont formées par une membrane mince et transparenle, presque incolore, qui est, à peu de chose près, pyiirorme f 2), dont l'extré- milé effilée se prolonge en arrière en un canal ou tube très grêle, allant s'ouvrir lout près de l'anus, après avoir couru très obli(pie- ment entre les tuniques de l'intestin (3). Elles s'ouvrent obliquement dans ime [lelile dépression, et leur orifice, caché par un pli extrêmement fin de la muqueuse, est difficile à voir (i). Leur surfoce extérieure est hérissée d'appendices branchns brunâtres, et d'aiiparence glandulaire (5). Dans les Holothuries, M. Milne Edwards a décrit (6), à l'exln'- (1) Voy. Ann. des se. mt., 4* série, Zooi,, t. X, pi. 2, Bg. 1 (;), fig. 4 (.i); pi. 3, fig. 2(3); pi. 4, fig. 3(s, 0). (2) Ibid., pi. 2, fig. 4 (f/). (3) Ibid., (p'). (4) Jbid., (p). (5) Ibid., (u). (6) Voy., édition illustrée du Kùijnc nnimulde Cuvier, les belles planches re- latives à l'anatomie des Holothuries. — Voy. aussi les remarquables planches de M. Carus, Icciie.f zootomicce, partie dos animaux invertébré.». [Gi'jilniriciis]. RECHERCHES SUR LA BOXELLIE. 91 mité du corps etdel'inleslin, des poches aiuilosiics terminées par une miiititiide de cîPCimis très ramifiés. Il les a considérées comme des oriîaiies respiratoires, comme des brancJjies internes. On sait (pie, dans quelques larves aquatiques d'insectes, la [larlie infé- l'ieure du tube di!.;cslil' présente une sorte de cloaque où pénètre l'eau, cl où des Iraciiées nond>reuscs, qui se ramifient dans ses paiois, puisent l'air nécessaire à la respiration. Il y a dans les llolodiurics un cloaque d'où il part, de longs tubes qui vont se ramitier au loin , et qui portent dans l'intérieur du corps l'eau chargée de. l'élément modificateur du sang. Les poches voisines de l'anus, dans les Bonellies, sont-elles les analogues de celles que tout le monde connaît maintenant, dans les Hololburios? C'est l'opinion de M. Scbniarda. tresl sans doute par t'rreur typographique que JI. Milne Edwards, dans le dessin anatomique de la Boncllic,les note, dans l'exfilication des plan- ches du Règne animal de (envier, eonune des ovaires, puisipie dans Ir même atlas il décrit la disposition particulière aux Holo- lliiiries si curieuse qui vient d'être indiquée. La siruiturc intime de ces appendices arborescents et giamlidi- t'ormes montre un fait important i|ue n'ont pas vu les auteurs qui ont (étudié la Concilie. En eidevanl un de ces appendices branchus et le portant sous le niieroscope à im faible grossissement, on a sous les yeux une dis- pdsilidn des plus élégantes et un tableau des plus animés (1). L'cx- lrémit(' libre de chacun des r'amuscnlcs, au lieu de se terminer en cul-dc-sac en s'arrondissant simplement, semble prolongée par une sorte de |jclitc urne é[ianouic (*2), dont l'orifice est libre et opposé à la partie glandulaire. .\près,la mort, cette partie se distin- gue encore facilement jiar sa forme en massue et sa teinte blanche opposée à celle du reste de Torgane, quiest d'un biim ini peu roii- t:i'fitie'.") . Otto boule ou petite massue terminale, ipii si'mbleévasi'e (I) Voy Anu. ilesic. nnt., 4' série, Zoo!., t. X, pi. 2, (ig. .'i. '») Ibiil., (u) (a) (a). -.i] Ihiil.. (if;. 6 (c). 92 LAtAKK-DUTlUEBS. en coupe, et donl on voit 1res nettement les parois, est eonverle de eils vibratiles, torts, puissants et très aelii's, ipii déterminent dans le liquide deseonrants l'apitles. Aussi, (juand on mêle à l'eau de mer, dans laquelle on place la préparation, un pru de bleu d'azur des blanchisseuses ou de carmin ordinaire, on voit tout de suite la plus grande animation dans le champ du micros- cope. On remarque, quand on étudie avec soin cette disposition, que les particules colorantes sont attirées vers le sommet de la massue, et précipitées dans le petit infundibulum (|ui rejjrésente la cavité de la coupe. Naturellement on doit se demander où va ce courant? Kn se contentant de cette explication qui vient tout d'abord à l'esprit, en admettant que les cils vibratiles déterminent à la surface de ces branchies internes des courants pour les besoins et l'accomplissement de la fonction, on n'ain-ait point une idée exacte du fait très remarquable suivant. Avec un grossissement considérable, on voit les particules projetées au fond de la coupe (1) y tournoyer pendant quelques instants, puis passer de temps en temps, tout à coup, par un petit canal (2) fort grêle, dans la cavité de la partie glandulaii-c (pii commuuiipie largement avec la poche anale. Ainsi voilà sans aucun doute un liijuide ([ui peut aller de la cavité générale du corps dans la poche voisine de l'anus ; or celle-ci communique avec l'extérieur par l'intermédiaire de l'intestin. Donc la cavité du corps s'ouvre au ilehors médiatement et successive- ment par cette cupule, la partie glandulaire de la poche anale, l'intestin et l'anus. Je ne vois pas que M. Schmarda ait connu celte disposition très remarquable (3); au contraiic, il dit que ces poches se terminent (1) Voy. Ann. des se. nat., i' série, Zoo!., t. X, pi. 2, fig. 6 (o). (2) Ibid., (d). (3) Voy. toc. cit. : " Les terminaisons des bniiiclies ks plus dvliées soiitijonllées en forme de massue et aoeugles. » >■ Die Endigungen der feiiislcn Zweige sind liolbenfiirmig angesc-liwollen iind liliinl, P 121, pi. -'i, lig. l ''1 i]. Qu'on le remarque : und blind ! nECHERCHES SUR L4 BONEI.LIE. 93 un laa.ssiics aveiif,'le.s; il n'a donc pas vu la coiiiniiinicatioii (|iii existe entre la cavité du corps etrexlérieiu'. Les arborescences sont de nature glandulaire, et ulTrent une structure cellulaire 1res caractérisée (1). (]'est dans clia(|uc cellule i|ue l'on rencunire la matière colorante sous t'ornie d'une [loussière grenue ("2). On ne peut s'einpcclier de trouver une certaine analogie entre celle partie et l'organe (pie, dans les Mollusques, on ap|)elle organe (le Bojaniis. La grandeiu' des cellules, Icin- teinte, le mode de distribution de la matière colorante, tout conduit à faire le ra|i- [irocliemeiit. La coucbe cellulaire qui re|irésente la glande est assez épaisse, et tapissée en dedans de cils vibratiles; les particules qui sont enrerinées dans la cavité éprouvent à tout instant un mouve- ment giratoire, qui ]ieu à peu les entraine au dehors par ce petit canal excréteur dont il a été rpiestion plus haut. Ce canal, difficile à voir, en raison de la irans|iarence de ses parois, est facile cependant à suivre, si l'on se sert, comme matière à injection, de la malien' loloraide mcnie sécrétée par les arbusciiles, et accu- mulée dans la poche, ordinairement en grande quantité. En |!res- sanl doucement la poche, on voit la substance brune remplir toute l'é'li'udue du conduit jusipi'à l'orifice dans l'intestin, et sortir sous un petit |ili (3 I. Le petit manudun craléiifoiine de rexlrémit('- des branches ne présente la texture cellulaire bien évidente, que lorsqu'il est un peu altéré, l'endant la vie, quand les cils vibratiles sont vifs et auimi'S, on voit moins les dil'l'c-rentes cellidcs qui le conqiosenl ; dr nii'Mic qui', plus lard. Inrs'pi'il l'sl un pi'u alli'n'', ou ne dis- lingui' phi> la di'prr»iiiM qui lui iluiuic la loruic d'une urue. Ia'S poches |)ropreiiient dites sont suspendues aux pardis du corps, i.'t lixi'es dans le voisinage de l'inleslin p;u- de unuihi'cuscs (t) Voy. /Iim.d«« «c. iia(., l' série, Zool., 1. X, pi. 2, fig. C (g). (î) Ib.d , {!). (3)/6id.,Dg. i(p,p'). 9!l LACAZE-DVTHIERS. lihres do la même ii;iUirc que colles (jne imns ciiniiMissoiis (léj;"i, et (|iii iinissenl les ]i;irlies iiiilérieures do rinlosliii aux parois de la cavité générale; elles sont conlractiles, et par conséquent de nature musculaire. Quelles sont les fonctions de ces sacs ? M. Sclimarda les considère comme des organes de la respira- tion, et il leur U'ouve l'analogie ([ue j'indi(iuais à |)ropos des Holo- thuries. L'eau pénétrerai! par l'anus dans leur cavité, et les vais- seaux ipii se ramilient à leur surface se trouveraient dans les conditions ordinaires propres aux organes de la respiration. J'ai peut-être été moins lieureux, el surtout moins habile, dans les injections des Bonellies que M. Schmarda, et je n'ai pas vu les veines, les artères et les réseaux capillaires des poches anales; mais cela ne fait rien, je crois, à la question qu'il s'agit de résou- dre maintenant. 11 me semble que la [larlie colorée est une glande, (pii [iroliable- mcnt excrète quelque chose qui est devenu inutile à l'animal, i>uis- que son produit est rejeté au dehors. Cette portion de l'organe serait donc un organe dépurateur. Que le liquide de la cavité générale du corps respire au travers de cette couche glandulaire. cela se peut. On admet bien pour d'autres espèces que l'échange qui constitue le premier ado de la res|)iration s'effeeliio an travers mémo des parois du corps qui sont iiiliniment moins délicates; mais il me semble que cet acte, s'il doit être attribué à l'organe qui nous occupe, et localisé en lui, s'effectue plus profondément, et sopère aux pavillons ou expansion cratériforme des extrémités de chacun des lobules glandulaires. Mais ici une question se présente. Le liquide qui lemplit la cavité générale du corps est-il du sang? .M. de Qiiatrefages a publié dans les Annales des sciences nalw reWe« (1) une note relative au sang des Annélidcs ; il considère comme étant tout à fait distinct du sang proprement dit qui est en- fermé dans les vaisseaux, le liquide que l'on observe dans la (1) Ann. Lies se. ml., 3' série, Zool., t. V, 1846, p. 379. ItECHERCHES SUR LA BONELLIE. 95 cavité géiicnilc diicorps, cti]iiin';iiiiiemiiM'clalioii avoc le premier. D'après ee savani aeadcinicieii, il y a lialaneeineiil orgaiii(pie riilrc les di'iix liipiiilcs. Plus ra[)pareil delà cireiilnlioii propreiiieiil dit |icrd de sou iiiiporlaiiee, pins le liquide g('néral (|ui baigne tous les organes a au eoutiaire uu l'ôle inanpié dans récono- luie. Il y aurail donc deux sortes de sangs : le sang en circula- liiin, le sang en dehors de la circulation, (lelui-ci se meut cepen- dant, et cela pal' les contraclions des [laiois, ou bien aussi ])ar une cause diliicilo à déterminer, et ipii l'entraîne le long des parois, comme cela se voil cliezdcs végélaux iniV'rieui's, clicz les Cliara, par exemple. Dans la Honellie, il y a des vaisseaux clos et bien développés dont il va être bientôt question ; mais il y a aussi le liquide de la cavité générale, et par consé(]uent nous devons nons demander s'il n'en est pas d'elle comme des Aunélides. iMallieureiiseuient deux points sont in(;omplets dans mes ob.ser- valions, cl je le regrette beaucoup. J'ai omis de reclierclier si le rK|uide de la cavité gé-nérale renfermait des globules, comme cela a lieu pour les Annélidcs(l). J(î n'ai pas non plus observé si la iiaroi interne de la cavité du corps était tapissée par un épitliélium vibratile ; toujours est-il que ce liquide, ([ui, en admettant les vues de M. de Quatrefages, est un second sang, doit ici se mouvoir, car il y a à l'extrémité posté- lieure du corps ces nombreuses arborisations, dont les petites coupes terminales .sont cbargécs de cils vibratiles puissants. Si l'oti admet la manière de voir du .savant académicien, on peut expliquer maintenant, d'une iiK.on loule directe, l'acte de la respiiation. Les mouvements vibi'atiles sont cbargés de l'aire comme une élection des parties à rejeter, et, tout en conservant aux pocbcs anides le rôle d'organe glandulaire, on peut assigner exactemenl à l'une de leurs parties la l'onction spéciale (|ui doit l'aire l'écbange, en réservant au reste de l'é'tendue celui d'organe Keerétcui'. Mais aussi il csi pli'in d'inl/'rcl de i'cmarqu(;r ijiic le second (<) De Qualrefages, loc. al. 1)6 LACAZE-DUTHIEBS. sang ijiii n'est pas dans les vaisseaux comnnini(|iic avec l'exté- rieur [lar deux voies : par la matrice en avant, \\av les poches anales en arrière. T.es orifices de ces organes peuvent-ils, en se dilatant, l'aire comme une aspiration intérieure, comme une inspiration qui per- melle à l'eau de pénétrer, d'être ensuite poussée dans le corps par les contractions musculaires, et enfin de se mêler au liquide intérieur? C'est possible; je ne pourrais à cet égard taire ipie des suppositions, sans doute très plausibles, mais qui n'en reste- raient pas moins des suppositions, puisque l'observation directe ne m'aurait point permis de les vérifier. En résun)c, voilà, relativement aux organes de la respiration, un lait qui rend les choses toutes différentes de ce que dans son travail M. Scimiarda a indi(|ué. C'est là aussi une [larticularité ([ui confirme cette disposition extrêmement curieuse et du plus haut intérêt dans l'histoire de la circulation, à savoir : l'ouverture de l'appareil de cette fonction à l'extérieur, par conséquent la possibilité pour un èlre île rejeter directement du sang, et peut-être aussi d'ajouter à ce liquide l'eau dans laquelle il vit. Ce fait vient s'ajouter encore à ceux qui ont aussi démontré cette communication chez les iMollusqucs. Et pour ces animaux la démonstration n'a pas été l'aife, non jilus que pour la Bonellie, avec de ces mots vagues et non compromettants, c|ui disent oui, (pii disent non, véritables portes de retraite par où l'on peut s'écliapper si l'argumentation devient trop pressante, mais bien par l'indicalion d'un orifice spécial anatomiquement fixé, qui permet de déterminer les rapports exacts de l'intérieur avec l'exté- rieur du corps ; ce sont des faits qui ne permettent pas d'incerti- tude. Pour le Dentale (1), les Pleurobranchcs (-2), la démonstra- tion ne peut laisser de doute, non plus seulement pour la cavité (I) Voy. .Iiui. des se. iml., l' série, Zool., t. VI, 18315, VII, 1837, De l'organisalion et du développemeni du Denlalo. [i) Voy. Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1858. Lettre adressée de Malien à M. Milne Edwards. RECHERCHES SLR L\ BONELLIE. 97 générale tla corps, iii;iis [lOiir l'appareil de la circulation propre- ment (lit. Ici on trouve une communication non moins positive; elle est tout autre, il est vrai, et élablie entre des parliesdilTérenles. ilais il n'y en a jias moins une analogie entre la possibilité où est la Bonellie de rejeter le liquide de la cavité générale, et la même possibilité où sont le Dentale et la Pleurobranclie de rejeter une partie du liijuide enfermé dans leurs vaisseaux sanguins. XI Organes de la circulation. Voyons maintenant en quoi consiste l'appareil de la circu- lation . .M. Schmarda a décrit, en ne |irésenlant qu'iuie figure sebéma- liqnc, une circuialion très complète. Il ne m'a pas été donné de pouvoir injecter des réseaux aussi fins que ceux que l'on peut voir dans ses iilancbes (1 k Je ne veux [las l'aire une critique trop sévère des vues qui soni exposées dans son travail ; je préfère ailmctire de ma |iai't une iiiqierfcclion dans lesrecliercbes; cepen- dant j'avoue qui! la Bonellie est si contractile, ou bien qu'elles meurt si dillicilement dans de bonnes conditions pour permettre de réussir des injections aussi lines, que je voudrais encore [lou- voir étudier s,i circulation avant de me prononcer, et admettre délinitivement ces réseaux si ricbes que nous font connaître les planclies du mémoire allemand. J'ai doniK' les ligures des parties rpù m'ont [)arii conslanles et facilement démonirables. Les planclies de .M. Scbuiarda ne reprc'-- seiilant que liiéoriquemeiil les clinses, j'ai cru utile de les mon- trer lellcs (|ii"elles sont. Quand (in l'xamineiini.' lionellie xivantc de pelilc laille dans une eiivelle, lu plaçant sur sa Ironqic, aliii de l'aiilalir lui peu, une (I) Viiy lie ni, (il. 5, (ig. 11. CuUe figure a «lé roprodulle diirs un (;rand ouvrage de M. V. Caïus, Icoiu's zoulomiccc, pi. 8, fig. 2 2 {partie de= Inver- 4' w'ric. ZooL T X. (Caliior ii" 2.) ' 7 0^ LACAZK-UIJTIIIEKM. |)la<|uc (lu verre, on voil, an milieu et chins l'axe, un tnlio clans leuncl passent, en se dirigeant du corps vers la l'ourclie des cormes, des ondées successives de sang. Ce tube se gonfle, se distend cl devient lortucux : on croirait voir une sorte de court serpent cheminant d'arrière en avanl. Les ondes (1) se succèdent à inter- valles assez rapprochés, et ne marchent pas tellenienl vite 'jne, dans la longueui' totale de la trompe, on n'en puisse voir deux ou trois; sans doule, il doit exister des dilïcrences notables r|uand la trompe est très allongée ou extrêmement coinle, et probable- ment aussi quand elle n'est pas comprimée. C'est par ce canal que j'ai poussé, tantôt en avanl, lantôl en arrière, les injections, et voici ce ipie j'ai reconnu : En avant, le vaisseau va lout droit jusqu'à l'angle médian du bord antérieur des cornes ^2); là il trouve le cordon nerveux (;3), et se bil'urque bnisqucment en deux branches, (jui s'accolent im- médiatement au iKM-f, et le suivent à ilroite et à gauche, en restant dans un rapport intime (6) jus(|u'au corps proprement dit, dans lequel ils pénètrent avec lui. Ainsi le courant, arrivé simple par le milieu, se partage en deux, et revient double par les côtés. AI. Schmarda a indiqué les vaisseaux (|ni correspondent à ces deux courants ; mais ce que je n'ai pu réussir à voir comme lui, c'est le réseau capillaire qu'il décrit entre eux, réseau qui établit non-seulement le passage de l'un à l'autre dans les extrémités des cornes, mais qui l'orme encore latéralement dans toute l'étendue de la trompe un lacis fort riche. M. Schmarda appelle veines les deux vaisseaux latéraux, et ar/ère le vaisseau médian. C'est sous cette artère médiane qu'il place le nerf de la trompe. Je n'ai jamais pu réussir à voir un nerf sur la ligne médiane. Pour l'auteur, l'artère se divise en deux à son extrémité antérieure, et va en diminuant de volume jusqu'à (1) Voy. Ami. ile.'i se nul , 4' série, Zool., I. \. pi. l, fg. .3 {fff). (2) ll'Hl. (sf]. m lb, ; puis elles ue forment (pi'iui Ironc, ipn niaicbe d avant en arrière dans le voisinage du eoidon nerveux central. (À' (roue ne reste pas longtemps uni(|ue; il est à peine long d'un millimèlre, (piel(|uefois moins, et se divise en deux branelies (|ui passent sous les muselés, unissant transversalement les deux poches ou sacs des stylets (4 1. Sans injections, on voit très faeilemont celte disposition. Au lieu d'augmenter, le volume sem- ble au contraire avoir diminué par la fusion des deux branches en arrière de la bouche; mais, après la division nouvelle, il croit de plus en plus; les deux branches nouvelles s'écartent un peu, cl passent l'une à droite, l'aulre à gauche de la base d'insertion de la matrice ; [iiùs, en arrière de celles-ci, se cord'ondent de nou- veau (5;, et marchent en décrivant des llexuosités jusipi'au point ipii coirespondà peu |irès à l'extrémité ant(M'ieure de la bandelette glandulairi; de l'ovaii'e; de sorte (|ue la bouche est enfermée dans Hl Ijuc. cil., [,. H 9. (îj Imc. cil., |., 120. (3) Vov. Ann. (iettc. nul., i' :i-i'lu, Zuul., l. X, pi. i, lig, 3 ((<)> (i) Ibi'd , (.1). l^ij lb.d., (t). ^ 00 LACAZE-nU'I'UlEKS. lin anneau Ibrl allongé en avant et fort court en arrière ; que la matrice ellc-nicnie est au centre d'un second cercle, dont les élé- ments sont très flexiieux, et terminée par un tronc uni(|iie. En arrière de la matrice, on trouve deux bandelettes ijui, aban- doiniaut la l'ace ventrale, s'élèvent dans la cavité générale où elles deviennent libres cl llollanles (1); elles sont bosselées, irrégu- lières, assez voliuiiineuses, et rappellent par leur apparence, jus- i|u'à un certain point, certaines Iiandelelles glandulaires, lesglandes salivaircs, par exemple, de ipiebpics Mollusques, de l'Aplysic cuire autres. J'avais d'aJKU'd cru à cette nature; l'examen microscopique m'cmpècba bienlùt de pouvoir leur attribuer de telles fondions, et les injections ni'a[iprirent ensuite plus positivement que ce n'était autre cliosc que de gros vaisseaux qui allaient vers les intestins. I.e tronc uniipie, né en arrière de la matrice, après avoir marclié llexueux sur la face inférieure du corps, jusqu'à l'origine de la glande génitale, se partage en deux branches : l'une semble con- tinuer, parallèlement à l'ovaire et au système nerveux (2), la direction première; l'autre, plus ou moins longue, quelquefois si courte (pfelle ne [tarait pas exister, s'élève (3) dans la cavité générale. ("elle-ci, après un trajet variable, donne deux brandies nouvelles, qui sont cbacune intîniment plus volumineuses que le tronc pri- mitif, ce sont les deux bandelettes que je viens de signaler. L'in- jection en est relativement facile, et le doute n'est pas possible sur leur nature. Ces deux gros vaisseaux flottant dans la cavité, nonl écbappé à aucun des auteurs. On les voit dans la figure donnée par .M. Milne Edwards; mais ils ont pour ce savant zoologiste une antre signification. Ouand on les étudie sans les injecter, ils parais- sent se terminer sur la paroi même de l'intestin, dans un point très net et toujours fixe, lis ne s'abourlieiit pas entre eux, et laissent passer dans leur inlervallc la bandclcllc qui suit toute la longueur ('!) Voy. .Iiiii. des se. i.a(., 4'' série, Zool , l. X, pi. l, fig. 3 (xx']. (2) Ibid., (.s!. (3) mi ,{u). RECIIEIICHES SLR L\ BONKLl.li:. '301 (lu liilio (lijioslif (l;ins 1:1 pnrlion j;uiiio inoyciine ; celle luiiiilclelli'di'- |i;isse lie I un 2 ociiliinèlres leur union fi l'iulcsliii. J'ai donné un dessin de l'apparence et de la disposition avant l'injection (1). Quand on réussit à injecter par les troncs voisins de la matrice les deux gros vaisseaux dont il vient d'être question, on voit i|ue la matière passe dans une grande poclie ipiienloui'e l'inleslin dans le pdini de jonction delà |iarlic moyenne et de la pailic anté- rieure ('"i . (Jette pdclie devient très volumineuse; quand on l'injecte, elle peu! picndre des proportions considérables; alors l'cxtréniilé' anlériein'c de la liandt'lelle de l'intestin disparait sous elle. lin avant, elle donne naissance à un vaisseau (3)qui reçoit la ma- tière à injections assez facilement, elqui, tortueux et irrégulière- ment volumineux, se porte en avant, en se détachant du tube digestif, liasse sur le dos de la première jiartie de l'd'sopliage, arrive exactement sur la ligne médiane, et pénèli'e dans la trompe : c'est lui (pii nous a sei'vi de point dedéparl, et qui nous avait paru a|ipoi'ter les ondes sanguines \ersla biruicalion descmnes. Voilà ce que j'ai vu à l'aide des injections. J'aurais voidii [lou- Vdir c'iudicr cl injecter avec plus de soin d'autres Bonellies, le leuips ne me l'a pas |ierniis, et je ne voudrais aussi m'opposer absoliuiient aux résultats présentés par M. Scinnarda, et émettre des opinions peut-être liypolliétiques. (j'pendantje suis à me demander si, en arrière, il n'y a pas un cercle complet analogue à celui (|ne l'on voit en avant. Si le canal, qui scmlile se conlinuer au voisinage de l'ovaire, ne serait pas, rn airière, dans la partie du iiii'so-nvaire , en rap|ioi't , entre les |ioclii's anales, sur la dernière pnrlion île l'inleslin, avec l'ori- gine lin corilim ou liamli-lellc qu'on a \ ne sur une si grande ('iendue de l'inleslin, l'I qui scrail |ieul-clic un \aisseau sanguin allant s'ouvrir dans la grandr pnrlie sous laquelle nous l'aNoiis \ u S(! (I) Voy. la descripllon produite du lulje digestif, olpl. 3, fig. 1 : a, inlestin ; h, liandeicttes ; c, ihirlic jjmiillotmn; de l'inlostin ; il il, les ()e\\f v:iis>p;iu\ on ((iii'slion. (i) Voy. !>1. i, fin..'! (■/). (:ti //»,/., (./). 102 LACAZIi-nUTIIIlilM. terminer en nvanl. Je n';ii |i;is Ili'iI lu-m'lrer riniccliini (kms son intérieur, et p;ircons(''(|iu'iil je n'ose ;il'lirmer celle c'oinniniiie;ilion ;ivec la grande poclie. Il m'a paru enlin iiarlir du sae pi-ri-inleslinal un pelil vaisseau allant aux parois de l'inleslin (1); mais je suis aussi un peu dans le doute à cet égard. Sans aucune incertitude, il y a ici un cercle de vaisseaux san- guins, et le sang parcoiu't ce cercle de la poche médiane péri- inlestinale à l'extréniité des deux cornes par le vaisseau médian. Ces poches jouent-elles le rôle de centres pulsaliles ? C'est possihle cl mêuie prohable ; mais bien que j'aie ouvert de nombreuses Bonellies vivantes, je n'ai point observé ces mouvemerds; cepen- dant je les ai vus très évidemment dans la trompe. Si l'oti voulait trouver l'analogue d'im cœur, la grande poche [lourrait être considéi'(''e connne un ventricule, d'où partirait une aorle proboscidicnne médiane, et les deux bandelelles (pu',du voi- sinage du système nerveux, viennent à la rencontre de l'intestin comme deux oreillettes. Maintenant l'aiil-il regarder la trompe comme un organe de la respiration? Rien ne s'y oppose; car, dans les animaux inférieurs, les organes de cette l'onction ne sont pas aussi nettement distincts que dans les organismes supérieurs : en ce cas, lecœurserait vei- neux, et les deux vaisseaux latéraux de la trompe seraient chargés d'apporter au corps le sang ayant respiré. Mais on le voit, ici le cercle est simple, et ne peut être comparé au double circuit qui existe dans les animaux su|iérieurs. Eu adniellaiil l'existence de deux sangs, et la cireidalioii telle (jue je viens de rindiijucr, nous trouverions deux points distincts pour raeeomplissement de la roiicliiin de respiration, el deux points c(u'respondanls aux deux parties qui conlieimen I les deux liquides. [.e sang enfermé dans les vaisseaux circule dans un cercle (\u\ s'aiiproclie de l'élément ambiant dans les cornes; le sang de la (I; Voy. Ann. des sr. nul., i' série, Zoo!., t. X, pi. i, (ig. 3 (/). RECHERCHES SUR LA RONELLIE. 103 cavitt^ générale baigne un organe (les poelies anales; f|ui, |>ar sa ili>|)nsilion organi(|ne, |ieiil lui enlever quelques jiarlies, et le rendre' plus propre à raccomplissenient du rôle qu'il doit jouer. Les deux liquides sanguins coniniuniqnent-ils entre eux? Voilà une question qu'il m'est impossible de résoudre. Une fois j'ai trouvé dans la cavité générale de la matière à injections ; mais il y avait eu probablement une rupture. Du reste, il ne peut être douteux qu'il n'y ait écbange par endosmose entre le liquide de la cavité générale et le sang enlermé dans les vaisseaux, et cela au Iravers des parois si minces de ces derniers ; on ne peut donc guère se refuser à croire ipie le sang des vaisseaux n'éprouve une sorte de respiration dans les rapports qu'il doit avoir avec celui-ci, au travers des parois qui le contiennent et f|ui baignent dans la cavité générale. En terminant ce qui a Irait à la circulation et à la respira- lion, je ne puis m'empèclier de signaler un passage du travail de M. Schmarda, dans lequel on voit se reproduire une idée déjà émise de[)uis longtemps pour les .Mollus(pies(l). Après avoir fait l'histoire des organes de la respiration comme il la couqirend, il ajoute qu'il faut très vraisemblablement regarder comme un troi- sième organe de la res[)iration im réseau île vaisseaux aquifères placés sur la couche mitoyenne de la peau, destinés à verser l'eau de la m(!r dans la cavité géni'rale du corps en s'y ouvrant. A celte description, ne recomiail-on pas un système aiiuilère .' Toutefois il f:int remarquer rpi'il ajoute ipi'il ne lui a pas été possible de bien di'Ierminer et mettre en place l'ensemble de ces vaisseaux. On comprend quel'embarras devait être grand pour expliquer la pri';sen(;e du liquide de la cavité générale, ([uand on trouve un appareil circulatoire aussi complet (pie celui qui a été décrit par j'iiuleur, cl siirlout (|uand la cominmiicalion des poches rectales l'Iait passix' ina|ien'ue; mais un embarras n'est pas une raison illisante pour iidmcllrc des vaisseaux sp(Vi;iN\ île la peau, .le ne M) Voy. to iléjii la lluiielliu. 106 LACAZE-DtITHIERS. siens précédentes; sa trompe toujours saillante, qui a cependant de l'analogie de forme avec celle de ces gros Sipoiiculiens ipie l'on trouve sur nos côtes de Bretagne, en est cependant ditïérenlc : l'une est prolraetile et s'enferme dans une cavité, tandis que l'autre reste constamment en dehors et ne peut rentrer. Du reste, ce ne serait qu'en prenant les stylets ou soies abdomi- nales pour point do départ et terme de comparaison, que l'on pour- rail [iroposer de placer la Bonellic entre l'Ecliiure et le Siponclc, car, au point de vue de son organisation, elle doit cire placée avant les Echiures, (^'esl-à-dire en tête des Géphyiuens ipii nous sont aujourd'liui comius. Quoiqu'il en soit, la position ne peut être douteuse, et que le groupe introduit dans la science par M. de Quatrefages soit ou non rejeté par quelques naturalistes, ce qui paraît maintenant dif- ficile, incontcstalilcment la Bonellic devra suivre et de très près les Siponcles et les Echiures, qui restent (Widenunent séparés des Zoophytes pour se rap|)rochcr davantage des Annelés. Caractères résumés ilu genre Bonellie et de la l'amille des Bonellines. Corps ovoïde allongé , fortement contraclile, terminé par une trompe plus ou moins longue, fourchue el non rentrante. Une seule paire de soies, roides, abdominales. Orifice de la génération abdominal, plus près de la bouche que île l'anus. Bouche percée à l'origine de la trompe. Anus placé au pôle opposé du corps. Pas d'appendices extérieurs. — Bords antérieurs des branches de la trompe plus sensibles que le reste des téguments et pouvant adhérer aux objets. 2" Orjranisalioii internL-. Tube digestif simple. — Pas de dents, pas de glandes accessoires particu- lières, isolées. Organes reproducteurs probablement portés par des individus di^lincts ( il n'a été observé que des femelles), prébCiitanl une matrice séparée de l'ovaire. Celui ci impair, formant une bandelette longitudinale occupani les deux tiers postérieurs de la longueur du corps el accolée à la face ventrale. KECHERCHES SIR L\ RONELLIE. 107 Deux espèces de sangs: le sang en rirculation enfermé dans des vaisseaux ; le sang logé dans la cavité abdominale, Deux glandes anales, communiquant avec l'extérieur par l'anus, avec l'inté- rieur et le second sang par l'extrémité cratériforme de leurs ramifications. Système nerveux non ganglionnaire formant un long cordon abdominal étendu d'une extrémité à l'autre du corps. Collier œsophagien 1res long se complétant dans la fourche de la trompe. LES GÉPHYRIEN.S {GEPHYREJ) peuvent se diviser ainsi. Suivant que la trompe /N'est pas rentrante. Qu'il y a deux soies abdomina- les entre la bouche et l'orifice aénital BONELLIENS [BON ELUE A). 'Qu'il y a des soies. Est rentrante. ÉCHIDRIENS {ECHIUREA). [Qu'il n'y a pas de '" soies SIPONCULIENS [SIPUNCVLEA). Tout semble cx)nduire aujourd'hui à celte nouvelle division du groupe des Géphvbiens établi primitivement par M. de Quatrefages pour les deux secondes familles seulement. EXPLI EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE 1. t jg. I . I.a Bonellie verte [BonelHa viridit), dessinée et peinte d'après nature, telle quelle se montre hors des trous où elle se retire, et de grandeur naturelle. Elle c.*l vue par la face inférieure, afin de montrer : I" la gouttière inférieure lie la trompe, qui se continue sur les bords postérieurs des branches de la four- ilie; 2" la traînée blanchâtre qui correspond au système nerveux; 3° l'orifice .:i-nilal; 4" le bord mamelonné ou festonné, un peu lavé de blanc, des branches de la trompe. L'animal est contracté en arrière, et son corps n'est gonflé (|u'à la base de la trompe; mais par les contractions, l'inverse pourrai! parfailemenl existiM-, et la physionomie générale changerait alors complètement. KiK. 2. L'animal enfermé dans un trou de pierre, dont on n supposé une juirlie enlevée. — La trompe est rpcliligoo; c'est une position que Wm observe quand l'animal sort de son trou el que la mer est très tranquille. 108 LACAZE-UUTIIIERS. PLAINCHE 2. Tube digestif et poches anales. Fig. 1. Bonellie ouverte par le dos. Les organes sont dans leur position nalu- relle : (a) commencement de la portion moyenne de l'intestin se dégageant de dessous la matrice (m); (li) premier changement de direction de cette por- tion du tube digestif, et (c) premier arc; (d) deuxième cliangement de direction; (e) deuxième arc ; (/) troisième arc; (g) circonvolution au côté gauche; (s) quatrième arc, oblique; (i) portion anale du tube digestif; (h) partie qui passe sous la matrice et devient droite en [n^; (;) première partie après la bouche, qui se dilate et est placée dans l'infundibulum du corps à l'origine de la trompe ; (/.) parallèle à l'axe du corps ; (/) les autres portions qui se continuent avec la [lortion moyenne en («); (q) trabécules qui fixent l'intestin aux parois du corps. Fig. 2. Lambeau de la couche cellulaire et glandulaire de la portion moyenne bouillonnée. ■ Fig. 3. Cellules isolées de la même. Fig. 4. Partie de l'intestin la plus voisine de l'anus , ouverte pour montrer l'ouverture (p) des poches anales dans son intérieur ; (=) la poche anale; (f/) la membrane de la poche; (c) les parties arborescentes glandulaires qui la couvrent ; (p') le canal qui de la poche va ii l'orifice dans l'intestin. Fig. 5. Une parcelle d'une des arborescences {v) de la figure 4 , pour montrer les calices (a) des urnes; (6) granulations qui Holtent dans le liquide, accusant les courants dont les flèches indiquent la direction (à un faible grossissement). Fig. 6. Extrémité d'un des rameaux de la figure iS à un fort grossissement (400 diamètres environ) ; (b) partie évasée de l'urne, couverte de cils vibra- liles; (c) canal central ; [d) orifice qui fait communiquer ce canal avec la cavité {e) de la partie glandulaire (g) ; son canal (c) est tapissé par des cils vibratiles nombreux et serrés; { j) cellules qui composent la matière glandulaire; elles renferment la substance colorante ii l'état granulaire dans leur intérieur, mais par la rupture de quelques-unes d'entre elles, le contenu cellulaire est resté accolé à leur paroi. ri.ANCIlK 3. Org.incs tie reproiltiction. Fig. 1. Portion do l'intestin intermédiaire à la partie moyenne {(•] et à la partie antérieure (a), pour montrer l'origine {h) de la bandelelli' et ses rapporis avec les deux vaisseaux (('). RECHERCHES SIR L,V BONEI.LIE. 109 Fig. 2. Bonellie ouverte [lar le dos cl dont on a enlevé tous les organes, à lexceplion des parlies génitales : (j) première partie de l'inleslin, ou buc- cale; (r) dernière, ou anale; (;) poche anale; (o) ovaire; (mo) méso-ovaire qui unit l'ovaire à l'intestin et plus profondément à la paroi du corps; (m) ma- trice, contractée par places, devenue moniliforme, et remplie d'œufs; (()) pavil- lon de la trompe; (7) œufs dispersés dans la cavité générale. Fig. 3. Portion de l'ovaire peu développée, où l'on voit les masses (b) qui sem- blent creusées d'une cavité [a], et à la base desquelles se développent des œufs (c) . i-'ig. 4. Portion de l'ovaire plus développée que la précédenle. On y voit des œufs il plusieurs degrés de formation, et leurs rapports avec les masses cellu- laires y sont distinctement visibles. Fig. 0. Un œuf resté suspendu à une niasse cellulaire de l'ovaire. 11 semble sortir de sa cavité. Fig. 6. Un œuf, bien enveloppé, débarrassé de son capuchon cellulaire, et non comprimé. Sa vésicule germinative n'est indiquée que par un nuage cen- tral. Un faible grossissement, 25 diamètres. Fig. 7. Portion voisine de la vésicule germinative (/i) , le vilellus (1) est jau- nâtre et comme cellulaire. Fig. 8. Portion , sur le même œuf de la figure 7, du vitellus vers la circon- férence ; (g) limite e.\térieure ; (e) apparences de cellules peu distinctes ; (/■) grosses gouttelettes évidemment de nature graisseuse. Ces deux dernières figures sont à un fort grossissement de 3'JO à iOO diamè- tres. PLANCHE II. Syslème nerveux. — Appareil do la circiilatiuii. Fig. I . .\niiiial ouvert par le dos : [0] cordon nerveux médian, d'où partent latéralement, à droite et à gauche, de très nombreux filets pour l'enveloppe du corps; (c) lilets déliés qui vont i) la matrice; ((i) filets de la première I partie de l'intestin, lissent très grêles et difficiles ii observer ; (/') branche de bifurcation du cordon central et qui embrasse la bouche ; (y) ((/) cordon nerveux de la tromper parallèle à ses bords ; (tiu) vaisseaux placés au dehors des nerfs et dont on n'a ropré.senté ((u'uno très courte partie, afin d'indiipier le rapport ; [h) portion postérieure du filet des cornes ; (/■) portion antérieure du même, qui fournil une énorme quanlilé de filets aux festons tactiles do co bord; (m) vaisseau médian de la trompe, qui se bifurque et dont les bran- cliBH deviennent parallèles aux cordons nerveux ; une trè;i petite partie des vaisseaux a élé dessinée; (;) le cordon nerveux r|ui paE.se de droite ii gaucho yant chungeuient de volume; (c) filets terminaux qui entourent l'anus ; (m) mu- 110 LACAKË-DUTBIEKS. Irice ; (g) partie de l'intestin après la bouche; (x) partie de l'intestin près de I'edus. Fig. 2. Origine fie la trompe et commencement du corps, grossis pour montrer la bouche (>i) et les stylets (/) dirigé» en avant, dont la pointe est un peu saillante ; (m) orifice génital. Kig. 3. Circulation : (r) dernière partie de l'intestin ; (ss) poches anales ; (o) ovaire; (a) mésentère dont une petite portion a été dessinée ainsi qu'une partie assez peu étendue de l'intestin qu'il soutient; (A) partie moyenne de l'intestin bouillonnée portant la bandelette ; (c) partie antérieure du même; (i) portion du cordon nerveux en face de l'angle antérieur des cornes ; (/■) vaisseau médian de la trompe qui est gonflé de loin en loin par le passage des ondes sanguines ; (g) sa bifurcation à l'angle antérieur des cornes ; (/i) sa continuation à l'extrémité des cornes avec les vaisseaux latéraux paral- lèles aux bords (e) ; [b) union en arrière de la bouche des deux vaisseaux (c); (a) branches de bifurcation du tronc (6) qui passent sous les poches des soies (p) et qui embrassent la matrice (j) ; (() tronc unique né de l'union des bran- ches (a) ; (s) branche du tronc (() vaguement continue sur l'ovaire , (u) bran- che plus ou moins courte du tronc (t) et se divisant bientôt en deux autres branches {xx') plus volumineuses qui vont de l'intestin vers le point d'union de la partie moyenne et de la partie antérieure; (y) poche considérable qui en- toure l'intestin et d'où partent les vaisseaux ((i), qui se continue avec [f] dans la trompe, et peut-être ( l ) qui m'a paru moins distinctement sur l'intestin . MEMOIKE UNE NOnVELLK FONCTION DU PLACENTA, ■>ar n. Clande BERKARD. PREMIÈRE PARTIE. Les fondions du placenta ont clé jus(|u'it'i le sujet de beaucouf) {ri)y|iollièses; (Tiais on ne sait rien eneorc de bien posilil' sur ecs tbnetions. F.n eroyance la plus généralement répandue, est (|ue le |ilacfiilit doil l'emplir cliez le IVelus tm rôle analogue à celui de l'appiireil pulmonaire après la naissanee. (^elle opiriion est fondée sans douli' sur ee fait qu'au nionieni de la naissanee, lors(|ue le mammifère passe de la vie intra-utérine à la vie exira-utérine, les fonelions du piaeeiila ressent, en même teui[)s rpic cellesdu poumon commencent, et ont ainsi l'apparence de leur être substituées. Le travail que je présente ici étant e.\périmental, je n'aurai pas à examiner toutes les fonctions plus ou moins probables que l'in- fluclion a fait attribuer au placenta. L'objet de ma communication est d'établir anatomi(p]ement et pbysiologicpiement que, parmi ses usages qui sont sans doute divers et multiples, le placenta est des- tiné pendant les premiers temps du développement fmial à accom- plir la fonction f:lycog('ni(|uc du foie, avant ipie celui-ci ait aci]uis chez le IVi'Ius le dévelo[)[)emcnt et la structure rpii lui |)ermettent plus lanl de fonctiormer. Déjà en 1854 (^1 ) j'avais cl.c amené à i-cconnaitrc qucla fonction (0 J'ai signalé en 18.54 { Leçons de iiliiisii}ln(iii' exiii'i-imentale, IS.'U, 1855, p. Î30) la |)^é^c■nce d'une sorte de recule animale ou niatiiTo glycofjène dans les muscle» cl le poumon chez le fœtus. Je n'avais pu encore, a cetlo époque, isoler la matière glycogène de ces organes comme je lai fait depuis, (lelto matière a, ilu reste, tous les caractères do la matière glycogène du foie; et, au microscope, 112 CLAUDIi: BERNAKIt. i^lycogciiiquc du (oie ne commence (\\\'îi une période assez avancée delà vie iiilra-iilérine. Dcsledéltiil dcroryjluisalion cependant, les tissus du lU'ius renferment, comme élément qui semble indispen- sable à leur dévelo|ipement, soit du sucre, soit de la iiialicre gly- eogène. D'un autre cùlé, l'expérieiice m'avait montré que clicz les mammifères cette matière glycogènc du foius ne jiouvait pas lirovenir.de la mère, et le fait devenait encore plus indubitable (■liez les oiseaux, dont le fœtus se développe séparément. 11 restait donc à l'origine même de la fonction giycogéniquc une obscurité de localisation qui dès celte époque m'avait porté à penser (juc la production glycogénique., ipii plus tard est rattachée au foie, devait être dans les [)remicrs temps de la vie inira-utcrinc, soit diffuse dans divers organes du corps, soit localisée temporairement dans des organes embryonnaires inconnus, qui disparaîtraient lors- que le foie dclinilif \iciidi'ait plus lartl à prendre S(!s fondions. L'expérience a semblé doiiner raison à cette dernière supposi- tion, cl j'esiièrc moiilrcr (|u'il existi- en effet, avant que le foie fo'fal puisse exéciilcr ses fondions, un véritable organe bépali(iuc pla- centaire ipii prodiiil la matière glycogène. .le ferai voir en outre que cette sorte de foie provisoire disparait plus lard, précisément à l'épofpte de la vie inira-utérine où le foie défmitif a(>complit ses fonctions. J'ai été pendant très longtemps détourné du but auquel ont abouti mes recberclics, parce (pie je faisais mes expériences sur les placentas mulli[)les des ruminants (|u'on se procure le pins facilement dans les abattoirs de Paris. Pendant plusieurs années, j'ai fait infructueusement des observations multipliées sur des veaux el des moulons piis à lous les âges de la vie inIra-utérine, et il me fu4 impossible de trouver jamais aucune ]iarlic du pla- centa de CCS animaux (jui conlinl de la nialicre glycogènc. Malgré ces premiers insuccès si com|ilels, j'eus cependant recours par la suite aux placentas des lapins, des cochons d'Inde, etc. on peut, à l'aide des mêmes réactifs, reconnaître les dispositions qu'elle atrecle dans les muscles etdans les vésicules des poumons du fœtus. Plus lardjediscu- terai la signification de ces faits, et la question de savoir si cotte matière glyco- gène est formée sur place ou transportée dans les divers organes où elle siège. MÉMOIRE SIR UNR NOUVELLE FONCTION DU PLACENTA. 113 Or je trouvai riu'il y avait dans le placenta de ces aiiiiiianx une substance blaiichàtre lorniée jiardes cellules épitliéliales ou glan- dulaires agglomérées. Je constatai de plus que ces cellules, comme celles du foie de l'animal adulte, étaient remplies de matière glyco- gène. Cette niasse de cellules glyeogéniques m'a semblé être située principalement entre la portion maternelle et la portion fœtale du placenta, et, après s'être développée, elle m'a parus'atro- fibicr à mesure que le fœtus approche du moment de sa naissance. J'avais ainsi reconnu rpie le placenta des lapins et des cochons d'Inde est formé de deux portions ayant des fonctions distinctes: l'une vasculaire et permanente jusqu'à la naissance, l'autre glan- dulaire, préparant la matière glycogène et ayant une durée plus restreinte. Cependant il me restait toujours les observations négatives faites en si grand nombre sur les i-umiii;uils, expériences négatives qui étaient poui' moi tout aussi iniiiibitaiiles que celles dans les- quelles j'avais obtenu des résultats positifs. Qu'y avait-il à faire dans ce cas? P'allait-il admettre des conti'adictions dans les ex[ié- riences ou, connue on dit, des exceptions, et croire que le pla- centa des rongeui's avait une fonction que n'aurait pas eue le placenta des ruminants? J'avoue que dans les sciences physiolo- giques le iiuiiexceijtion m'a paru cire le plus ordinairement un mot vide de .sens employé' seulement pour dissiuuder notre ignoiance sur les conditions réelles d'un phénomène. Ici, dans le cas «pii nous occu|ic, je pouvais bien croire à luie variété dans la disposi- tion delà portion glycogénique du |)la(;eiita dans les ruminants, mais nonàsaconq)lète absence, dès qucje l'avais constatée dans les ron- geurs. C'est donc dans celle conviction (juej'ai repris mes expé- riences sur les ruminants, et celle fois le succès le plus complet a cournimé mes efforts. Je suis arrivé à constater luie (lispositi(jn re- marquable qu'on n'aurait certainement pas pu [)révoir, c'est que tlie/. les riuninanls, tandis (|ue la [lorlion vasculain^lu |ilacenta, rcpn'si'ulée |iar les ((jlyli'doiis multiples, accompagne l'allanloïde et s'étale à sa face externe, la portion ^;landulaire du ]ilai(iila .s'en sé- pare et se développe sur la face interne dcl'anuiios pi. 0). D'où il résulte ipji-si, clie/. les rongeurs et les aulres animaux à placenta *• Bério, ZuoL. T. X. (Cahier n* 2.) * 8 Hll clal'de: BEnis'ARn. simple, on (roiivc les parties vnseiilnirc et glandulaire du plaecnla mélangées, on voil au eoniraire eliez les ruminants les portions vaseulaire et slini'lii'^iii"!" de eel organe se développer séparément sur des memhranes distinctes, et pouvoir par eonsérpient être observées chacune isolément dans leur évolution respective. Grâce à cette disposition anatomirpie, nous pourrons prouver clairement que la portion vaseulaire du placenta persiste et s'accroît jusqu'à la naissance, tandis que nous verrons sa portion glycogénif[uc attachée à i'aumios grandir dans les premiers temps de la gesta- tion, et atteindre, vers le troisième ou quatrième mois (1) de la vie intra-utérine, son summum de développement, puis disparaître peu à peu en jiassant par des formes variées d'atrophie et de dégéné- rescence. De telle sorte qu'à la naissance du mammifère il n'exis- tera [ilus de traces de cette [)orlioii Jiépalique temporaire du pla- centa. Mais il faut encore ajouter, pour achever de caractériser ces organes, que pendant tout le temps que s'accroît et fonctionne le placenta hrpatii|uc de I'aumios, on voit le foie du ih'tus ne possé- der encore ni sa slruclurc, in ses IVinctinns, et que c'est précisé- ment au moment où le foie est développé, et que ces cellules, ayant acquis leur forme délinitive, commencent à sécréter la matière glyeogcne. ipie l'organe hépatique de l'amnios tend à disparaître. On pourra donc désormais étudier sur cette membrane, avec la plus grande facilité, l'histnire anatomique et physiologique d'un organe glandulaire ou é|iithélial chargé de sécréter dans des cellules si)éciales la matière glycogène ou amylacée des ani- maux. L'étude de cette évolution anatomirpie, en rattachant la fonction à un élément histologiiiue bien nettement dc'tcrminé, aura l'avantage d 'écarter toutes les causes d'erreur qui peuvent être liées à l'eiMploi de réactions chinii(pics ayant pour objet de faire reconnaiire et de localiser une suli.stanee sucrée cpd circule dans le sang. En un mol, on ne saurait jamais trouver une dis|io- sition plus ccuivcnablc pour étudier le mécanisme de la formation (1) Je ne puis donner ici ces limites que d'une manière approximaUve, en raison de l'impossibitité où Ion est de connaître l'âge dos veaux que l'on se pro- cure dans les abattoirs. MÉMOIRE SLR INE NOUVELLE FONCTION DU PLACENTA. 115 (II- hi nKiliùrc ylycoj^ène iiiiiniiilc. C'est |ioiir([ii(ii, lii(Mi (|iie cet or- gane glycoi^éiiiiiue du phiceiila se rencoulredans d'autres niam- mifores, je vais pour aujourd'hui lue borner à déeriro sucoincle- niont les [ilaques aiiuiiotiiiucs sur les l'uniinants, nie réservant d'ailleurs de revenir |ilus tard sur l'analomie de ces organes, lors- que je les aurai ('tuili('s eouijiarativemcnl sur un |)]us grand nombre rl'aniinaux. Les |ilai|ues liépaliques de l'auniios chez les riuniuaids appa- raissent dès les premiers leuqis de la vie embryonnaire. Klles se (]évelop[ienl peu à peu sur la face inlenie de l'anuiios, en recou- vrant d'abord le i ordon ombilical jusqu'au point où une ligne liien nclle sépare la peau de l'ainiiios fpl. 0). Knsuile ces plaques, ijui sur la portion de membrane qui revêt le cordon affectent plus |i:uticulièrcment la forme de villosilés, s'élendcnt sur les autres |iortioiis de l'amnios à mesure que les vaisseaux sanguins qui les accompagnent se développent eux-mêmes. Elles augmentent peu à peu de volume; l'oruuVs d'abord d'inie matière li'ansparcule, elles devieruienl plus tard plus opaques, surliMil vers leurs bords, qui se relèvent nu peu, et les font parfois resscmblei' pour l'aspect à des plaipies du lichen ( pi. 8, iig. 5 et (3j. lilles ont d'ailleurs des formes aplaties ou tiliformes très variées, el se confondent qiielr|iiefois les unes avec les aulies de manière à devenir con- lluenlcs. Dans leur entier développement, les pla(|ues offrent une épaisseur qui iteul aller quelipiefois àâ ou li millimètres; celles ipii sont liliburues pi'i'sentcnt sdummU une plus grande longueur, el sont iiarfois )-eidl(''es en forme de massue à leur extrémité. Plus lard ces plaipies hi''|iali(pics de l'amnios cessent de se dévc- lop[)er. Dans certains points elles deviemient jaunâtres, d'appa- rence iiraisseuse; dans d'autres endroits elles tombent el llollont dans le liipiiib; amniotique et laissent d'alxu'd sur la ineiidirani> lies espèces de eieatriees (|ui disparaissiail Cii.'-nile eninph'lenient. Les modes de ili;;;éni'i'i'si'ence et de disparition des plaques la'pa- liques de l'amnios m'ont paru êlri' fort xarii'S. Oeaiid la ilisparitioii lait pardesquamalion el ri'sorplion eimiplrii', ou ne hnuve plus .'i la naissance du ficliis aucune tiaec d(! ces |ila(pies sur l'amnios, qui esl lieveiin lisse partout. (.)uaiid la d(''j.'é'ni'ieseeuee gi'aissi'u.se 116 CLAUDE BERNARD. s'empare des |)lafiues restées adbéreiiles, on trouve encore à la naissance ilu l'ictiis des plaques transl'ormées en graisse et parfois considéraiilemcnt épaissies. Il peut arriver, dans ces cas, ijue i]uei- ques-unes de ces masses iiraisseuses se détaclienl de l'amnios et viennent flotter dans le liquide amniotique. On peut constater avec la plus grande facilité la présence de la matière glycogène dans les placjucs hépatiques de l'amnios à toutes les périodes de leur développement. Dès qu'elles apparais- sent, il est facile de reconnaître cette matière sous le mi(M'oscope à l'aide de l'iode. Lorsque les plaques sont complètement déve- loppées, on peut en retirer la matière glycogèue en grande quantité et étudier ses caractères. Pour l'obtenir facilement, le procédé consistera à tremper la membrane anniios dans de l'eau bouillante, ce qui permettra de d(''tacbcr facilement les (ilafpies, alin de les broyer dans un mortier et d'eu extraire la matière par l'ébullitioii, absolinncnt comme pour la matière glycogèue du foie. Ouant à ses caractères, on peut dire que la matière glycogèue des plaques amniotiques offre l'identité la |iius |)arl'aite avec la matière glyco- gèue du foie. Elle se dissout dans l'eau eu lui donnant un as|)ect laiteux, est précipitablc jiar l'alcool et parl'aciile acétique cristal- lisable. L'iode lui donne une couleur rouge vineux intense qui disparaît par la chaleur et l'éapparait par le refroidissement. Cette coloration |iar l'iode de la matière glycogèue des plaques amnioti- ques a lieu, non-seulement lorsque la matière a été extraite des cellules par l'ébuUitiou, mais elle s'observe aussi sur les cellules mêmes de l'organe, ainsi que nous le verrons bientôt. Comme la matière glycogèue du foie, la matière des phKpies amniotiques se change en dextrine et en sucre fermentescible (glycose) avec la plus grande facilité sous l'indueuce des ferments diastatiqucs ani- maux et végétaux , et par l'acMioii de l'cbullition avec, les acides énergiques. Lorsi|u'on ('tudie la structiu'c et le développement iiislologif|ue des plaques hépatiques du fœtus, on suit très nettement la forma- tion des cellules glycogènes, ainsi cpic le développement de la matière dans leur intérieur. La membrane amnios, chez le veau, semble être au début dé- MÉMOIIÎK SUR USE NOLVICLLK FONCTIOM Ul' PLACENTA. 117 jioiirviic (l'épillirliiim liien c;ir;icl(''ris('',cl l'on trouve son tissu con- sliliu' suiluLit par des fibres de tissu élastique avee des noyaux contenus clans des réseaux de cellules d'apparence l'usiforme. Au moment même de l'apparition dos jihupies, on apen;oitau micros- cope, sur la face interne de l'amnios, cl d'ahord sur la partie de cette mendiraiie qui revêt le cordon ombilical (pi. 7, fig. 1), des sortes de taches formées par des cellules épillicliales; puis au centre île ces taclics se voient des groupes de cellules glandulaires d'aliord en très petit nondjre, et même il arrive qu'on voit la pla- que tout à l'ait à Sun début et n'être formée encore que par une ou deux cclhdcsglandidaires. On dislingue très facilement les cellules ;;laiididaircs ou glycogéniipics d'avec les cellules épitliéliales qui les accompagnent, d'abord par leur l'orme, et ensuite par leur réaction avec l'iode. En effet, lorsciuon ajoute à une papille ou à une pla(jue amniotique, sur le purlc-objet du microscope, un peu de teinliu'c d'iode acidulée avec l'acide acétique, on voit bientôt les cellules glycogéniques prendre une couleur rouge vineux, tandis (pic les cellules épitliéliales restent incolores ou deviennent légè- leiuent jaunes. Peu à peu, par le développement, les groupes de cellules glycogcnes augmentent et prcunciit la l'orme de papilles, |particulièreinent sur la partie de la membrane (pu revêt le cordon. Examinées au microscope, ces |iapilles sont constituées par des cellules glycogéniques recouvertes par un épitbéliiun (pi. 7 et 8, lig. 3, Il et 5;. Lorsiiu'on ajoute de la teinlure d'iode acidulée, lui voit les cellules glycog('iiiqucs des papilles se colorer en rouge vineux, surtout à leur base, (pii se sépare nettement du tissu en- vii'onnant. Ees plai|ues liépalii|ues sont composées des mêmes ('•liMucnls (pie les papilles : toutefois il est diflicile de .savoir si dans leur agglomération elles doivent être considérées conune des pa- pilles soudées ou cijiiimc ayant un autre mode d'accroissement. ■|(jut ce <|u'(Mi peut dire , c'est (pi'on les voit s'étendre parleur circouf(''i'ence,(pii oll're des cellules glycogèncs très-bien dévelop- pées, tandis (|uc danslec(;ntre, ces cellules ]iaraissciit (pielquefois ctii; à im degré de d(''velop|M'ment moins avance. I.oixpidn jjiise les plaipics ou les cellules, et (|udn en .sépare iuécuni(|uemenl les cléinuiits bistulogit|uus, un obtient des cellules 118 CLAUDE BERKABD. isolées, pourvues d'un noyau el parfois d'un nucléole, et contenant une substance srannleuse F.a siilislauce grnnuleusc se colore en rouge vineux par l;i teinture d'iode acidul('e; le noyau, dont le volume m'a semblé susceptible de varier avec les réactifs , ne prend pas tonjouis la même colorniion par l'iode. Les cellules des ))laques hépati(|ues de l'amuios offrent d'ailleurs une grande analogie de forme et de réaction avec les cellules du foie en élat de fonction. En effet, ou pont isoler les cellules des plaijues amniotiques et celles du foie, en laissant macérer pendant quelque temps une petite portion du tissu de ces organes dans une solution alcooli- que concentrée de potasse caustique. On voit alors que le contenu des deu.\ ordres de cellules reste insoluble dans ce réactif, et tombe au fond de la liqueur sous forme d'une matière blanchâtre qui offre sous le microscope, soit la forme primitive des cellules conservées, soit des granulations amorphes. Lorsque, sous le microscope , on salure l'excès de potasse par l'acide acétique cristallisable el (pi'on ajoute ensuite de la teinture d'iode, on voit la couleur rouge vineux apparaître, et nièuieavec plus d'intensité que si l'on agissait sur les cellules fraiches. Lorstiue les pla(|ues hépaliipies de l'anmios commencent à jaunir, à tomber, à se résorber ou à dégénérer en matière grasse, on aperçoit des changements dans leur structure microscopique. Les cellules glandulaires perdent en général, d'abord leur noyau (pi. 8, iig. 7) en même temps que la matière glycogène, de sorte qu'en traitant sous le microscope un fragment de ces phKpies altérées avec la teinture d'iode acidulée, on voit un mélange de cellules, dont les unes se sont colorées en rouge vineux, tandis que d'autres sont restées incolores. On constate, en outre, que les cellules qui sont restées incolores, sont dépourvues de noyau et de contenu graïuileux. On aperçoit mêuie (pielipiefois un pas- sage entre ces ileux éials extrêmes, e'esl-à-dire qu'on voit des cellules dans lesquelles le noyau et la matière granuleuse sont presque disparus, et chez lesquelles la couleur rouge vineux est à peine perceptible. Un peu plus tard, lorsque les plaques de l'amnios ne forment MÉMOIRE SIU IXE NOUVELLE FONCTION DU PLACENTA. 119 plus Cille des cicatrices, on trouve seulement des cellules aplnties, toutes dé|iourvues de noyaux, et dans lesquelles il est iniiiossilile de constater la moindre trace de matière glycogènc (|il. 7, tig. 8). Ces cellules Unissent plus tard jinr disparaître elles-mêmes. Lors(pie les phujues, au lieu de tomber et dispai'aitre, dégénèrent en matières graisseuses, on constalc au microscope la présence de la matière grasse, en même temps c|u'on voit mélangés avec elle de très beaux ci'istaux octaédri(|iiCs, cjui offrent les caractères des cristaux d'oxalate de cliaux, en ce sens (\n"\\s sont insolu- bles dans l'eau et dans l'acide acéticjuc (pi. 8, lig. 9). Il est inutile d'ajouter cpi'il y a alors absence complète de matière glycogène dans ces phnpies lié|iati(|ues dégénéri'cs. D'après tout ce qui vient d'être dit, on peut dunr, ainsi (|ue je l'ai annoncé en conuneni ant, suivre avec la plus grande l'acilifé toutes les |)ériodes de l'évolution de ces |ilacpies glycogéiiiipies du fœtus, el constater qu'elles présentent pcndaiit la durée d(; la vie intra-uti'rine une période d'accroissement, puis une [lériode de déeroissemcnt, de telle sorte cpi'à l'époque de la naissance, leur évolution se trouve totalement terminée. Mais, si maiiilcnant nous examiiions, parallèlement à l'évolu- lion des plaipies lié|)atiques de l'amnios, l'organisation et le di';- \eloppement de texture du foie du fd'tus, nous serons fra|)p(''s du rapport constant et inverse (ju'on observe entre le dévelopiiemcul des cellules du foie et celui des cellules des plaipies lié()alii|ues. Dans les premiers leuiiis de la vie euilirvonnaire (1), lorsipie les pla(|ues anuiiotiques sonl biin remplies de malière glycogène, on conslale ipie li; l'oie du l'u'lus, Ires mou, l'st seidem.'nt conslilué parités celliilc.s endiryonnaires, arrondies ou fusil'ormes, se dis- solvant dans la solution alcoolique de potasse, ne eoldraiil pus par l'iode et n'ayant aucini des caractères des cellides glycogt'-nicpies. A cette tipoipie, le tissu du foie ne donne pas les moindres traces de matière gljcogène pi. 7, lig. h IJ et C). (!) Dès le dibul do la vie embryonnaire, sur les embryons de veau de 2 à 3 cenlinfi6lrcs de lung, je n'ai pas pu apercevoir encore les plaques de l'amnios. Pcul-èlre alorg trouverait-on des cellules glycogènes dans la vésicule ombilicale. 120 CLAUDE BCItI\iAKn. A la fin de leur période d'accroissement, lorsque les Cellules glvcogèncs des plaques amniotiques commencent à disparaître ou à dégénérer, on Irouve dans le foie du Aetus des cellules ayant acquis leur forme délinitive de cellules du foie (pi. 7, fig. 8, B), renfermant un ou plusieurs noyaux avec un contenu granuleux, ne se dissolvant pas dans la solution alcoolique de potasse et pre- !iant la couleur rouge vineux par l'iode, après qu'on a saturé l'al- cali par l'acide acétique. C'est à cette époque que l'on commence à pouvoir retirer du lissu du foie du fœtus, (|ui est devenu plus ferme, delà matière glycogène tout à l'ail semblable à celle que produit le l'oie adulte. Plus lard encore, lors(pie les [ilaques sont complète- ment disparues ou (pi'elles sont enlicrement dégénérées en matière grasse, et que le fœtus est près de l'époque de sa naissance, on Irouve que le tissu du l'oie, devenu au.ssi résistant (|uc chez l'ani- mal adulte, est conslilué par des éléments anatomiques qui tous ont pris leur forme définilive; toutes les cellules du foie sont alors l'emplies de malièi'e glycogène, et à celte époque on peut retirer du l'oie du l'a'ius de la malière glycogène en aussi grande abon- dance que chez l'animal adulte le mieux nourri. En résumé, de tous les faits contenus dans ce travail, je crois qu'on peut tirer les conséquences qui suivent: 1° Il existe dans le [ilaceula et dans d'aulres organes tempo- raires du l'œlus des mammifères (1) une fonction qui jusqu'alors était resicc inconnue, cl qui paraît suppléer la fouclion glyeo- génique du foie pendant les premiers Icmps de la vie embryon- naire. Celle fonction esl localisée dans un élément analomique clandulaire ou épilliélial du]ilacenla, (pii,dans certains animaux, se trouve mélange'' avec la portion vasculaire de cet organe, et qui, chez les ruminants, se présente séparé, de manière à former sur l'aumios des plaques d'apparence épithéliale que tout le monde (!) Dans les oiseaux (poulet), j'ai constaté, avant le développement des cel- lules glycogènes du foie, l'existenci! de cellules glycogènes qui se développent dans les parois du sac vitellin ; mais n'ayant pu suivre encoie complètement leurs évolutions, je traiterai ce sujet dans une autre communication, nie bornant aujourd'hui à parler des mammifères. MKMOlItE SUIl UNE NOUVELLE FONCTION DU PLACENTA. 121 avait sans doule pu voir, mais ilonl ou avait ignoré jusqu'ici la signiilculioii. 2° Cet organe iiéiiatiquc temporaire ilii placenta, en permettant d'étudier directement dans un élément anatoini(|ue isolé la pro- duction de la matière glycogène, confirme et complète par un exemple nouveau ce que j'ai dit depuis longtemps, que la forma- lion (le la matière amylacée glycogène est une taculté conunune au règne animal et au règne végétal. Les observations contenues dans ce travail nous Iburnissent encore des analogies nouvelles, puisque nous voyons la matière amylacée glycogène s'accumuler aulour de l'embryon animal, de même que chez les plantes elle s'accmriule dans les graines autour de l'embi'yon végétal. â° La fonction glycogénique chez les animaux commence donc dès le début delà vie fictalc, et avant que l'organe dans lequel cette fonclion est localisée cbez l'adulte soit développé. .Mais alors elle est localisée dans un organe temporaire, appartenant aux annexes du Aetus. 4" Tout ce qui a clé dit dans ce travail se rapporte uniquement à la fonction glycog(''ni(pie du foie; mais actuellement il s'agirait d'examiner si la fonclion bdiaire que le foie i)ossède chez l'adidte est également accomplie par l'organe hépatique placentaire que nous avons décrit. La que.ilion doit être posée en ces termes, à -avoir : si les mêmes cellules glandulaires sont chargées des deux fonctions (|ui dès lors seraient solidaires et connexes, ou bien si, au (•(iniraire, le liiie ne doit pas [ihitot être considéré comme im organe complexe, dans leiiuel se trouveraient mélangés des élé- mciils dislincls, l't deslini's, les uns à la formation de la matière amylacée, les aulrcs à la formation biliaire. Cette question, qui jusqu'ici n'a pu être résolue [)ar les aualoiuistes, malgré les tra- vaux hislologiques nondirciLX dont le foie a é'ié l'objet, me parait .-.useepliblr d'être ('■clairée et même déeid(''c par les n^chcrclies pbysiologiiiues faites, d'uiui part, sur le ilév(Hop|ieuieut embryon- naire (le la fonclioii,cl, d'autre part, sur les animaux iuli'ricuis. .l'iii entrepris à rv, suj(;l des recherches donl je rendrai ciiui|il(' aussitôt (|u'clles bcroiil leriiiinécs. 122 CLAUDE BERNARD. DEUXIÈME PARTIE. J'iii précédemmenl étalili que la matii're glyrogènc animale apparail dès les premiers temps de la vie emliryonnaii-e. et qu'elle se trouve loealisée, avant le développement du l'oie, dans le placenta ou dans d'autres organes annexes et temporaires du fœtus {_l). J'ai ajouté ensuite qu'à cette époque de l'organisalinn, la matière glycogène se trouve encore répandue dans d'autres parties du fœtus, et que, quelle que soit d'aillem's l'idée qu'on se fasse de .sa diffusion, on la rencontre cnnslammcnl dans les tissus embryonnaires pendant un certain temps de leur déve- loppement. Ce fait intéressant m'avait conduit à rapprocher sous ce rapport les animaux des végétaux ; car chez les uns, ainsi (pie chez les autres, les matières glycogène et amylaci'c scmMenl se présenter comme une partie constituante du protoplasma, au sein duquel s'accomplit l'évolution organirpie. Toutefois il est digne de rcmanpie que tous les tissus de l'or- ganisme embryonnaire animal ne sont [las dans le même cas; et les expériences dont je vais aujourd'hui communi(iuer les résultats ont eu pour objet de déterminer (piels sont les éléments liistolo- giques dont le développement est spécialement accompagné par la matière glycogène. Les organes que j'ai examinés peuvent être divisés en deux grands groupes : 1° les organes extérieurs ou limitants, qui sont constitués par les tissus cutanés et muqucux; 2° les organes inté- rieurs ou contciuis, qui comprennent les tissus osseux, musculaire, nerveux etglandulaiie. Or, nous verrons que c'est particulièrement (I) Mes expériences avaient été faites principalement sur des fœtus de veaux et de lapins. Depuis ce temps, j'ai poursuivi mes expériences sur des foetus Imniains et sur des fœtus d'animaux, tels que porc, chien, chat, etc. J'ai trouvé des différences nombreuses, suivant les espèces, dans la disposition de la matière glycogène du placenta, et, même dans certains cas, j'ai rencontré des obslacles pour la mettre en évidence. Je communiquerai ultérieurement mes observations, qui ne sont pas encore terminées, à cause de la difficulté de se procurer un assez srand nombre de fœtus à divers âges et non altérés. JIÉJIOIUE SLR UNE NOUVELLE FONCTION DU l'LACKNTA. 12o dans ri'vohilioii dus tissus liinitanlsqiic In maliôre slycogèiie parait apiK'lûc à jouer ihi rùlo. Tissus limitants. — Surfaces cutanées et muqueuses. — ftpithéliums, 1" Surface cutanée. — Toutes les membranes épithéliales exté- rieures qui constituent, soit les surl'ares cutanées, soit les surfaces muqueuses, peuvent contenir, pendani un certain tenqjs de la vie l'd'lale, de la matière glycogène sous diverses tonnes. La matière se trouve, soit à l'étal d'infiltration dans le tissu même de la peau, soit aussi dans les cellules de répitliéliunH|ni la recouvre. Certains ani- maux présentent ce dernier cas d'une manière beaucoup plus mar- quée que d'autres. Ainsi, chez le porc, le pliéiiomène est très tran- elié, tandis qu'il est plus dilTicile à voir chez le lajiin, le chat et même eh(!z le veau (1;. Pour constater la présence de la matière ylyco- (1) On pourrait regarderies cellules glycogènes de la peau comme une extension des cellules que j'ai signalées précédemment sur l'amnios des rumi- nans, el que j'ai rencontrées également sur l'amnios du porc. Ces cellules glycogènes de l'amnios de porc existent surtout sur le cordon ombilical et sur la portion de l'amnios qui avoisine le cordon. Leur matière glycogcne s'al- tère très vite, et pour la constater, il faut examiner les embryons très frais. Je n'ai jamais rencontré de semblables cellules dan.^ l'amnios de l'homme, du chai, du chien ni du lapin, quoique je les ai cherchées sur des fœlus très frais. Sans doute il est trèsdiflicile de caractériser nettement aujourd'hui les produc- tions épithéliales, et do les distinguer des cléments glandulaires. C'est jjour cela que dans la première partie, en signalant les cellules glycogènes du pla- centa el de l'amnios, je les ai indifféremment dénommées cellules ijlaudu- taire$ ou éiiithéliales. J'ai vu les cellules glycogènes renfermées dans le pla- centa chez dos lapins ; mais aussi j'ai trouvé souvent chez ces mêmes animaux des plaques glycogéniques sur la membrane muqueuse de cornes utérines, il côté des in.serlions placentaires, comme si les cellules glycogènes semblaient être primilivemenl un produit épithélial. Cependant jo serais porté à croire (pion devra distinguer les cellules glycogènes d'avec les épilhéliums: car on voit, pour la peau, les cellule» glycogènes disparaître lorsque cette membrane est il peu près TOmpléloment développco el lorsque se montre son épilhélium normal. On n'éclairerait guère la question physiologique on disant ici qu'il s'agit d'une transformation de l'épithéliuin. .Suivant moi , la fonction, c'esl-iidiro la forma- tion d un produit s[)écial cl détini dans une cellule, est seule suffisante pour diiïérencior lus cellule», et noiis voyons que la production do la matière glycogène i'ik CLAUDE BERKABR. gène dans la peau, il suffit de racler sa surface avec la lame d'un instrument tranchant chez un jeiuie fœtus et de porter sous le microscope les parties détachées. On reconnaît alors des cellules et des produits histologiques de forme variée, offrant au dedans ou au dehors d'eux une matière quelquefois granuleuse qui, par la teiulun^ d'iode acidulée, se colore en rouge vineux. On peut, à l'aide de ce caractère de la coloration, étudier très bien la dispo- sihon de la matière glycogène dans la peau, à toutes les périodes de son développement. Je dois me hâter d'ajouter cependant qu'il ne faut jamais s'en tenir à celte seule réaction, car on pourrait, avec ce seul caraclèrc, croire à la matière glycogène là où elle n'est pas, et la nier là où elle existe (1). J'ai constamment réuni toutes les réactions, c'est-à-dire que, joint à l'examen microscopique, j'ai toujours fait en même temps une décoction i2) du tissu de la peau. Quand elle renferme de la matière glycogène, on obtient ainsi une liqueur opaline colorable en violet ou en rouge vineux répond a une fonction délerminée. Chez le pigeon, au moment de l'éclosion des petits, il apparaît dans le jabot une couche épaisse de cellules t[ui sécrètent de la graisse et une matière analogue à la caséine. Que l'anatomiste admette, en vertu de certains arguments, que c'est l'épithélium du jabot qui s'est trans- formé, le physiologiste doit voir des organes nouveaux dès qu'il y a formation de produits nouveaux. (1) C'est souvent le cas pour le foie. (2) En faisant bouillir dans l'eau le tissu cutané, surtout celui des fœtus, on produit une grande quantité de gélatine, qu'il est ensuite impossible lio séparer de la matière glycogène, parce que j'ai remarqué que le charbon animal, qui a la propriété d'arrêter beaucoup des matières albumino'ides, ne retient pas la gélatine. I^e charbon peut néanmoins enlever la substance apte à devenir géla- tine par l'ébulliliou. Pour cela, il faut broyer finement le tissu animal cru avec le charbon, et faire une sorte de pâte en y ajoutant un peu d'eau, puis laisser en contact pendant quelques heures, afin que le charbon agisse mieux. On fait cuire ensuite en ajoutant un peu d'eau, et l'on obtient une décoction opaline dépourvue de gélatine et renfermant la matière glycogène, sur laquelle on peut faire facilement toutes les réactions convenables pour s'assurer de sa nature. Ce procédé doit être appliqué à tous les autres tissus animaux susceptibles de fournir de la gélatine. On pourrait même donner ce mode opératoire comme procédé général pour l'extraction de la matière glycogène, aussi bien chez le fœtus que chez l'adulte. MÉMOIRE SUR l'NE NOUVELLE FONCTION DU PLACENTA. 125 par l'eau iodée, précipitable par l'alcool ou par l'acide acélique, crislallisable en excès. La matière oITre eu oulre, coiiiuic caraelère essentiel, la propriélé de se changer très facilement en sucre par l'action des acides énergiques et sous l'iiilluence des l'ermeiits diastasiques animaux et végélaux. En un mot, cette malière gly- cogène retirée de la peau dans ces circonstances m'a donné tous les caractères que j"ai indiqués ailleurs jiour la matière glycogène du l'oie et du placenta ii). Comme dépendance des parties épitliéliales de la peau, nous avons encore les productions cornées diverses: cornes, sabots, griffes, etc. Ces organes contiennent en efl'etdes cellules giycogènes, et l'on voit peu à peu cette matière disparaître à mesure ipic l'orga- nisation des parties s'achève. Chez les fœtus de veau, de mouton, de porc, la corne des pieds est molle, jaunâtre, comme macérée dans le liquide amniotique. Quand on fait des coupes très minces, on constate (|ue la partie molle renferme de la matière glycogène, tandis que les parties les plus organisées n'en renferment plus. C'est dans ces cas où il semble ("vident que la matière glycogène entre dans l'organisation des tissus. Visible au réactif iodé et (I) Pour reconnaître facilement les diverses parties de t'embryori qui ren- ferment de la matière glycogène, le procédé le plus convenable consiste à trem- per l'embryon tout frais dans de la teinture alcoolique d'iode, acidulée ou non. On voit aussitôt certaines parties se colorer en rouge vineux ou en brun. On voit en général, chez les veaux de 4 a o centimètres, les extrémités cornées, les ori- fices cutanés, aux naseaux , aux paupières, à I anus, etc., se colorer avec plus d'intensité; les oreilles, l'origine des cornes, etc., se colorent également avec plus d'intensité. On voit aussi les plaques naissantes de l'amnios se colorer, el l'on peut alors très bien en étudier la disposition. On peut encore, de la même manière, étudier la disposition de la matière glycogène sur des coupes du pla- centa. Par cette méthode, j'ai constaté que chez le lapin la matière est très abondante dans le pourtour de la portion maternelle du placenta, et que cette substance s'enfonce ensuite en forme de radiation dans la portion fœtale du placenta. On peut employer aussi le même moyen pour constater la matière gly- cogène sur les surfaces muqueuses internes des fœtus ; les gencives se colorent également avec beaucoup d'intensité. Les embryons préalablement mis dans l'alc'Xil peuvent servir pour cette investigation ; seulement il faut que l'alcool goit concentré, parce que la matière glycogène se détruirait à la longue dans de l'alcool faible. 12() CLAUDE BURIVARD. susceptible d'être extraite pnr tlécoction, eetic matière cesse de se montrer dans les points de la corne qui sont complètement orga- nisés. Pour constater la disposition de la matière glycogène dans la peau et ses d('pcndanccs, on peut dissoudre encore les tissus dans une solution alcoolique de potasse fraîche, cl la matière slvco^èiie insohdjle reste lnnt(M dans des cellules, tantôt sous l'aspect de granulalious miili'culaircs sans forme d('lcriniuée fl). La matière glycogène disparait assez rapidement de la partie épithéliale temporaire de la peau. Dès que l'épithclium définitif se manifeste, et vers le troisième ou quatrième mois de la vie intra- utérine, sur des veaux de 25 à 30 centimètres, on ne la trouve plus. Il n'y a que les parties cornées des extrémités et les orilices qui séparent la peau des muqueuses où la matière glycogène per- siste plus longtemps. Mais lorsrpie la matière glycogène a disparu (I) La matière glycogène est en effet insoluble dans l'alcool potassé, tandis que la plupart des matières albuminoïdes s'y dissolvent ou se désagrègent. Il en résulte qu'on peut, à laidede ce liquide, isoler la matière glycogène, et ren- dre ses caractères sensibles aux réactifs, quand ils se trouvent naturellement masqués par les matières étrangères. Voici comment je prépare la solution alcoolique de potasse : Je mets dans un llacon qui bouche à l'oiiieri do l'alcool à 38 ou 40 degrés, puis j'introduis dans ce flacon de la potasse caustique et de la chaux concassée en petits frag- ments. J'en ajoute suffisamment pour qu'il y en ait un excès et que l'alcool soit saturé de potasse. Cette dissolution se colore en brun plus tard, mais elle peut être conservée pendant quelque temps dans un llacon bouché et à l'abri de la lumière. Pour agir sur les divers tissus qui renferment de la matière glycogène, voici comment on procède. On place dans un tube fermé par un bout quelques fragments du tissu à examiner, et l'on verse ensuite dans ce tube un très grand excès de la dissolution potassique (1.5 ou 20 fois, par exemple, le volume du tissu). Ensuite on bouclie exactement le tube, on le laisse à la température am- biante, en l'agitant de temps à autre .4u bout de vingt-quatre heures, ou plus ou moins, le tissu se trouve désagrégé, et la matière glycogène tombe au fond du tube sous forme d'une matière grenue. A l'aide d'une pipette, on prend de ce dépôt, qu'on place pour l'examiner au microscope, en ajoutant toutefois de l'acide acétique pour saturer l'excès de potasse. On peut encore prendre une suffisante quantité du dépôt, la faire dissoudre dans l'eau, et constater alors tous les ca- ractères de la matière glycogène en dissolulion. MÉMOIRE SUR UNE NOUVELLE FONCTION DU PLACENTA. 127 de l'ôimlermo, on la voit |)ersisler encore loni^leinps dans le tissu cutané, à l'élal (rinfiltration. Si actuellement nous passons de la peau aux membranes mu- queuses, nous trouverons que ces dernières montrent également dans leur évolution des cellules glycogènes pendant un certain temps de la vie enihi-vonnaire. 2° Surface de la muqueuse intestinale. — (>licz de jeunes em- bryons de veau, de inoulon ou de porc, longs de 3 à 6 cenli- inètrcs, on constale des ('ellides glycogènes à la surface de la niembrane de In bouche, de la langue, du pliaryux, dercslomac, de l'intestin grêle et des diverses portions du gros intesliii. Il sutTit, pour cela, de verser sur la muqueuse de la teinture d'iode acidulée, mi de racler avec la lame d'un bistouri un peu de la surface de la membrane miii|ueuse, et d'examiner la portion détacbée au microscope , à l'aide des réaclions indiquées. Les cellules glycogéniques donnent ici toujours les mêmes carac- tères, seulement dans l'intestin elles se jjrésentent sous la forme de papilles, c'esl-à-dirc qu'elles sont dans ré|iil!iélium ipii enloure les villnsilcs. La matière glycogène ne se rencontre jamais, ainsi que nous le dirons bienlôl, dans les glandes qui sont annexées au canal in- Icstiiial. Mais on observe ce fait remar(piable,que l'épilbélium des conduits glandulaires en est cependant pourvu; ce qui prouverait que l'épilbélium de ces conduits glandidaircs est réellement une coiitiniialion de l'épitliélium de la membrane muqueuse. Quand on met cbez un embryon d(! innulon 1res jeune une parotide sous le micro.scope, cl qu'on y ajoule de la Iciiilure iodée acidulée, on voit les conduits en foriiKï d'arboiisalions se colorer en rouge vi- neux, et l'on peut voir très bien eoniincnl se Icrmincnl ces canaux giaiidiiluires. Les conduits biliaires el la vi'sieule sont sans doute lians le même cas. .Mais à aiiiainc époipii; du développemiMil, je n'ai trouve de matière glycogène dans le lissu des glandes sali- vaires,dii|iancréas,ilesglan(l('s inl(!SlinalesdeLieberkiilin,elc.Les iéar;lioiis iiiicio.scopi(iiics, la di-coction du lissu el sa maci'i'alion dans l'ali^ool polassiipie m'ont toujours doiuié des résultats iiéga - tifs. Les celliilc.> glycogènes n'existent à la surface de la mem- 128 CLltUDE BEKIVARU. braie muqueuse du canal intestinal (|iie pendant un certain temps de la vie embryonnaire, et elles disparaissent en procédant de l'extérieur à l'intérieur, c'est-à-dire qu'elles cessent de se montrer d'abord dans la bouche et dans les conduits salivaircs, puis elles ne disparaissent que plus tard dans l'estomac et dans l'intestin. 3° Foies respiratoires. — La membraue muipieuse des voies aériennes nous offre encore la présence de cellules glycogènes. Lorsque sur un très jeune embryon de mouton (long de 1 à o cen- timètres) on place sous le microscope le poumon entier, et qu'on ajoute de la teinture d'iode acidulée, on voit les bronches en forme d'arbre se colorer en rouge vineux, et être entièrement obstruées par de la matière giycogène ; le reste de l'organe pulmonaire a l'aspect d'une sorte de substance gélatineuse qui reste incolore. A cette époque, des cellules glycogènes se rencontrent aussi sur la membrane muqueuse des fosses nasales. Peu à peu, par les progrès de l'évolution, elles disparaissent, ainsi (pie celles des bronches, qui ne durent également que pendant une période assez limitée de la vie embryonnaire. Toutefois la matière giycogène reste infdtrée dans d'autres parties des organes res|)iratoires; car, par la coc- tion, on trouve que cette matière giycogène persiste dans le tissu du poumon jusqu'à la naissance, pour disparaître bientôt a|)rcs (I). 4° Membrane muqueuse des voies géiiito-nr inaires. — Ces mem- branes offrent également cliez l'embryon des cellules glycogènes pendant leur évolution; j'en ai constaté sur la muqueuse delà vessie, de l'uretère, et même dans les canalicules des reins. Là, comme ailleurs, ces cellules glycogènes ne sont (|ue temporaires, et disparaissent lorsque les épithéliums définitifs sont formés. Ainsi, dans le fœtus, toutes les surfaces limitantes extérieures ont ce caractère commun, de présenter une évolution glycogé- (1) Sur un fœtus humain de cinq à six mois de vie intra-utérine, provenant d'unavortemenl survenu à la suited'atlaque d'éclanipsie.j'ai trouvé de la matière giycogène dans les poumons, dans le foie et dans les muscles. Chez un autre fœtus mort-né, ou mort très peu de temps après la naissance, je n'ai point trouvé de matière, ni dans le foie ni dans les poumons (qui étaient engoués, et, comme on dit, hépatisés), mais les muscles renfermaient beaucoup de matière giycogène. e MÉMOlItlC SUR ■•.NB NOUVELLE FONCTION DU PLACENTA. \^2'^ ni(jiio pendant ks prcaiiors leni[>s fie l'organisalinn, au moment où l'é|iilliéluini iléfinitif n'existe pas encore. Les épilhéliums inlé- rieiirs ne sont pas dans le même cas ; je n'ai pas conslalé de cel- hiies glyeogènes dans des membranes séreuses, telles que la plèvre, le péritoine et l'araclmoïde. Tissus intérieurs. — Systèmes osseux, nerveux, musculaire et glandulaire. Si actuellement nous examinons les tissus intérieurs ou conte- nus, savoir, les tissus osseux, nerveux, glandulaire et musculaire, nous verrons tout de suite qu'ils forment im groupe (ont à fait à pari, en ce sens que, sauf les exeeplioiis que je signalerai, ils ne sont pas accompagnés dans leur développement par la matière glycogène. 1° Systèmes osseux el nerveux. — A aucune époque île l'évolu- tion organii|i!e, je n'ai pu constater la malière glycogène dans les tissus nerveux et osseux. J'ai traité, soitpar la coclion, soit parles divers autres moyens précédemment indiqués, le cerveau, la moelle épinièrc et les os dépourvus de leur périoste, les cartilages chez des fœtus d'homme, de veau, de mouton, de lapin, et, à aucun âge, je n'ai pu y constater la moindre trace de malière gly- cogène. Le tissu musculuire parait former une exce|ilion, en ce qu'il Lonlii'iil de la matière glycogène, mais sous une forme générale-- ment dillihi-iite de celle que nous avons précédemment indiijuée pour les tissus limitants. 2" Muscles. — Clie/ les très jeunes embryons de veau et de mouton, longs de 2 à li centimètres pai' exemple, lorsque le tissu musculaire n'a pas encore apparu, on ne trouve dans les membres que des cellules embryonnaires, et je n'ai pas constaté au mici'os- cope, ilans ces cellules, de matière glycogène. Mais un peu pins tard, chez îles embryons longs de 15 à 20 centimètres, quand les cléments liislologiqiiesdu muscle se dessinent, la libre musculaire apparaît sons la forme d'un tube eniilenant des noyaux et une subslance grenue inleiralée,qui n'est autre clinsc que de la malière glycogène. 4' sOrie. Zool, T. .\. (Oïliior n" 3.) ' 9 130 CLAUDE BKICNAR». Kn etïet, si l'on examine au microscope des libres musculaires cmbryoïmaires à cette période de développement, et qu'on y ajoute de la teinture d'iode acidulée (1), on voit aussitôt la matière gra- nuleuse se colorer en rouge veineux, tandis que la gaine du tube devient légèrement jaune, et (jue les noyaux restent incolores. Avec M. le docteur Kiibne, dont j'ai eu l'assistance dans ces recherches d'histologie chimique, nous avons examiné im très grand nombre de l'œtus, et nous avons trouvé cette disposition le plus nettement dans les fibres musculaires des foMus de chat; le tube musculaire contenait des noyaux très régulièrement espacés, et chaque intervalle était exactement rempli par tie la matière glycogène. Plus lard, par les progrès du développement, la paroi du tube, qui était d'abord lisse, présentait peu à peu des stries sur quebpies points de sosi étendue ; puis envoyait les noyaux devenir plus rares et la matière glycogène perdre peu à peu son apparence granuleuse ; puis enfin la fibre musculaire arrivait successivement à revêtir tous les caractères d'une fibre musculaire striée, complè- tement développée. Alors la matière glycogène n'a pas disparu, mais elle paraît être à l'état soluble et d'infillrafion dans la sub- stance de la fibre. Dans aucun cas, la matière glycogène contenue (1) On pré]iarei'a ce réactif en mélangeant, extcmporanément, et à parties égales, de ta teinture alcoolique saturée diode avec de l'acide acétique cristallisabte. On placera ensuite directement cette teinture d'iode acidulée sur la préparation microscopique, sans ajouter de l'eau, parce que l'eau dissout la matière et permet son imbibition dans les parties qui, normalement, n'en ren- ferment pas. Il est plus convenable d'agir sur des tissus de fœtus tout frais; la réaction est alors bien nette, et la matière granuleuse musculaire est seule colo- rée. Si un temps considérable s'est écoulé depuis la mort, la matière semble s être dissoute en partie et imbibée dans les tissus voisins. Les pièces conservées dans l'aliool sont peu favorables à cet examen, parce que le tissu musculaire est crispé, qu'on n'aperçoit plus qu'une coloration informe. En ajoutant préalable- ment de l'eau ou de la glycérine i) la préparation, on peut sans doute faire réapparaître la forme des fibres, mais alors la matière glycogène se dissout et la coloration e?t souvent diffuse. L'alcool qui m'a servi pour préparer la teinture d'iode était de l'alcool à 38 degrés. Il ne faut pas y ajouter de l'iodure de po- . tassium;j'ai cru remarquer que la teinture d'iode iodurée est moins convenable et peut donner lieu à des causes d'erreur, à raison de l'intensité de la coloration qu'elle communique aux tissus. MÉMOIUE SLR LNK NOUVKLLIi l'ONCTION Dl: PLACENTA. 131 dans la lliire musculaire ne semble èlre organisée ou renfermée dans des cellules. Quand ou Iraile les fibres musculaires à divers étais de letn' dévelo|)penient par la solulion alcoolique de potasse, on voit la substance musculaire se dissoudre ou se dissocier, el la matière glycogène se précipiter sous l'orme de granulations amorphes ou arrondies qui n'indiquent aucune organisation spé- ciale. La matière glycogène existe |)endant l'évolution des muscles lisses du cœur et des intestins, aussi bien (juc dans les muscles striés des membres, du tronc et du diaphragme^ Tontcfois, dans les muscles lisses, il est l'orl dilTicilc de constater les caractères de la substance glycogène au microscope: les fibres excessivement fines s'isolent mal ; les réactifs agissent difficilement, et ne mon- trent généralemenl la matière glycogène qu'à l'état d'imbibition et non à l'état de substance granuleuse contenue dans des tubes musculaires. Si les réactions microscopiques de la matière glyco- gène sont difficiles à obtenir dans les muscles lisses, il n'en est plus de même (piand on opère jiar la coction. Elle fournit un liquide ofialin, dans lequel on peut constater avec la i)lus grande évidence tons les caractères de la matière glycogène, qui est très abondante dans ces muscles, aussi bien (|ue dans ceux de la vie animale. Quant à la ipiantilé de matière glycogène renfermée dans les muselcsaux diverses périodes de leur développement, je ne pour- rais doruicr aucune évaluation exacte. Je puis dire seulement que cette matière iJCi-siste dans le tissu musculaire pendant toute la durée de la vie inlra-utcrinc(l), puisqu'elle disparait très rapidi;- menl, après la naissance, sous l'influence des mouvements respi- ratoires cl mus(,'ulaires. J'ai pu constater ces faits sur une poi'ti'e de jeunes chats. .\u moniiMit même de la naissance, sur un chat qui n'avait pas encore eu le temps de tcter, el qui i'l;iii ne seu- Icnient de|)uis quelques ininnies, j'ai constate'' (pm 1rs niuscles (t) En 1854, j'avais pensé que celle malière disparaissait des muscles chez les veaux vers le cimjuiénie ou sixième mois de la vie iiitra-utérino ; cela lienl à ce que jo m'élais fondé sur hi rermonliition Rlycosique du iiiusile, qui, en cHol, disparaît à ce moment, pour no donner lieu plus Uird i|u'a la ruinienliiliori lacti- que. (Voy. Lcronn (/..• plujtiolixjie, t. I.) 1S2 CI.AIDE BERNAR». renfermaient de la matière glycogcne comme pendant la vie intra- utérine. Mais le surlendemain, je sacrifiai un autre petit chat (|ui était né au même momeiil, et je m'assurai (jiie ces muscles ne ren- fermaient plus de matière glycogène, et que leurs fibres, au lieu de se colorer en rouge vineux par la teinture d'iode acidulée, se coloraient simplement en jaune. ô" Système glandulaire. — Le tissu glandulaire, ainsi que les tissus osseux et nerveux, ne renferme pas de matière giyeogène. Sauf l'épithélium des conduits glandulaires, je n'ai jamais trouvé de matière glycogène dans le tissu même des reins et des glandes annexées au canal intestinal, à aucune époque du développement fœlal. J'ai examiné à ce sujet les glandes salivaires, le pancréas, les glandes de Lieberkiilui, la rate et les ganglions lymphatiques. Foie. — Mais un seul organe, classé parmi les organes glandu- laires, fait exception, et celte exception mérite d'être spécialement t>ignalce, car il s'agit de la glande qui, |iar une prédestination parti- culière, va devenir le réceptacle de la matière glycogène chez l'adulte, lorsque tous les organes glycogéni(pies leuqioraires du Hetus auront dis|iaru. Celte glande, nous savons déjà que c'est le foie; or il est remarquable que le foie, comme tous lesautres organes glanduleux, ne soit pas accompagné par In matière glycogène dans son évolution. Ce n'est que vers le milieu de la vie inira-ulérine environ, lorsque son évolution hislologiquc est achevée, que le foie commence à fonelionuer comme organe biliaire et comme organe glycogénique. Je ne pourrais dire cxaclemeut si les deux fonctions débutent en même temps; loulelbis il m'a semblé que la for- mation biliaire commençait avant la formation glycogénique. Mais, à mesure que la fonction glycogénique se développe , on la voit disparaître dans tous les organes temporaires du lielus, cl suc- cessivement (huis les enveloppes placentaires et dans les organes limitants de son corps, et, parmi ces derniers tissus, c'est dans l'éiiilhélium de l'csloniac et de l'intestin grêle que la matière gly- cogène disparaît en dernier lieu ; elle peut y persister encore lorsque le l'oie fonctionne (1). Eidin, à la naissance, toutes les (1) On pourrait jusqu'à un cerlain point consirlérer les cellules glycogéni MÉMOinii si:i! r.NE no'jvelle fonction di plvcenta. 13o fondions passagères de la vie intra-utérine disparaissent, et le t'oie, comme plusieurs antres organes nutritifs, remplira désormais sa Ibnelion déterminée pendant tonte la vie ; mais il ne faut jamais oublier que le foie parait ilifférer d'autres organes glandu- laires, en ce que l,i fonelion glycogénlipic rpi'il accomplit ne s'est pas montrée seulement au moment où elle lui a été dévolue. Cette fonelion glycogénique existait ilcjà auparavant dans d'autres or- ganes temporaires, et elle lui a été transmise pour (pi'il en devînt l'agent chez l'adulte. 11 résulte de là ipie le foie ne fait en quelque .sorte que continuer dans l'adulte une fonction fœtale, qui était [(rimitivement localisée d'une manière plus ou moins diffuse, sui- vant les animaux, soit dans le placenta et d'autres organes tem- poraires qui pi'écèdent la formation des organes définitifs. D'après tout ce qui a été dit, il me semble évident que, chez le fœtus, cette matière glycogène a un rôle important à remplir dans le uéveluppement organique. D'autre part, chez l'adulte (1), ques externes du fœUis et celles de l'intestin comme les analogues de celles du foie, puisque celles-ci ne cessent d'exister que lorsque celles du foie fonction- nent. L'anatomie comparée semblerait confirmer cette vue. J'ai constaté que chez les insectes, par exemple, où il n'y a pas de foie congloméré, il existe des cellules glycogenes dans l'inleslin ; il y aurait là en quelque sorte un état per- manent qui représenterait un état transitoire chez les mammifères. (4) Lesl'ailsque j'ai signalés pour aujourd'hui ne se rapportent qu'a la vie embryonnaire. Chez l'adulte, ainsi que je l'ai dit depuis bien longtemps, la for- mation de la matière glycogène se trouve concentrée dans le foie, ne se trouve plus dans les organes oîi on la rencontre chez le fœtus. Cependant il y a encore deux tissus, le musculaire et le pulmonaire, qui, dans certaines circonstances déterminées, peuvent présenter chez l'adulte de la matière glycogène infiltrée. Chez les animaux hibernants ou engourdis dans la saison froide , on trouve une très grande quantité de matière glycogène accumulée dans le foie et conte- nue dans les cellules hépatiques. Hn outre, on trouve de la matière glycogène non organisée, mais inliltrée dans les tissus musculaire et pulmonaire. Aus.sitùt quelaninjal se réveille, qu'il se meut et respire plus atlivement, la mallore gly- cogène bc trouve conson:niéc et disparaît ûoces tissus pour continuer il se former dans le foio. Chez les mammifères et oiseaux bien nourris, quand on laisse le tissu musculaire au repos, soit spontanément, soit en coupant le nerf d'un muscle, on voit également la matière glycogène s'accumuler (|uelquefois dans les muscles inaclifs pour disparaître par l'exercice. La ipiestion de savoir com- ment celti' inalièio serait déposée dans les muscles cliuz le fœtus ou chez l'a- M!l CLAUltE BKRNARU. la fonction giycogéiiique est liée direclemciit à l'accomplisse- menl physiologique des phénomènes nutritifs ; car nous savons que l;i maliùre glycogèiie cesse de se jiroduire dans le foie aus- sitôt qu'une influence morbide vient arrêter la nutrition. On voit donc ainsi que la substance qui accompagne l'évolution des or- ganes chez le fœtus continue à se inanifcster dans leur nutrition chez l'adulte. Ces faits établissent évidemment une liaison intime entre le développement et les phénomènes nutritifs qui, sous un certain rapport, n'en seraient que la continuation. Il serait inutile de nous livrer sur im sujet si obscur à des considérations tiiéori- ques qui seraient prématurées; il faut attendre [laliemment que de nouvelles expériences viennent éclairer ces questions que nous ne pouvons encore (|u'à peine entrevoir. Pour aujourd'hui, je n'ai voulu que constater des résnlfats d'expériences, et indiquer que les ]ihénomèncs de la nutrition chez l'adulte me semblent sus- ceptibles d'être élucidés par l'élude des phénomènes de l'évolution fœtale. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 6. Fœtus de veau (demi-grandeur environ). Ce fœtus baigne dans le liquide am- niotique; il est vu par transparence à travers l'amnios ; sa surface interne est parsemée de plaques glycogéniques, dont la matière est analogue à une sub- stance de même nature qu'on rencontre dans le placenta des lapins, des cochons d'Inde, etc. a, a, a, o. Plaques glycogéniques de volumes divers, faisant saillie à la face interne de l'amnios et visibles par transparence. dulte me semble difficile à résoudre en ce moment. Je dirai seulement que cliez le fœtus rien n'empêcherait de penser que la matière glycogène de l'intestin, ou celle du placenta, soient absorbées, quand le foie n'agit pas encore. J'ai trouvé chez des veaux des plaques amniotiques dans l'estomac, et j'ai vu que le liquide stomacal de ces animaux dissout la matière glycogène sans donner tou- jours une teinte opaline ii la liqueur. Chez l'adulte, la matière glycogène, en excès dans le foie, pourrait-elle être transportée dans l'organisme a cet état? C'est un pciint qui reste à décider. Je me borne beulement à rappeler que chez l'adulte , pas plus que chez le fœtus, la matière ne paraît être organisée dans les muscles. , JlKMOlIiE SLR LXE XdLVELLE FONCTION DL PLACENTA. 135 Sur le cordon ombilical, les plaques glycogéiiiques piennent la forme de pa- pilles, et se scpareut neUementde la peau par un bord circulaire, près de la base du cordon ombilical. C. Vaisseaux ombilicaux. c, c. Ramificalions des vaisseaux ombilicaux allant sur la face externe de l'am- nios. D. Pédicule de l'allantoïde. E. Un cotylédon placentaire du veau, recevant dos ramifications des vaisseaux ombilicaux 0, et utérins ii. Les deus portions du cotylédon sont en partie sé- parées I une de l'autre. La substance placentaire de ces cotylédons ne renferme pas de matière glyco- gène ; tandis que chez les lapins, les cochons dinde, etc., la matière glycogène est mélangée avec la substance placentaire. PLANCHES 7 ET 8. Kig. 1 . Papille glycogénique naissante, vue à un faible grossissement, sur la poi'tion de l'amnios du veau qui revêt le cordon ombilical : a, amas de cellules glycogéniques colorables par l'iode ; b, épithélium entourant et recouvrant les cellules glycogéniques, et ne se colorant pas par l'iode ; c, lis^u de l'amnios. Kig. 2. Papille glycogénique de veau dans un état de développement plus avancé : a, cellules glycogéniques colorables par l'iode ; b, épithélium non colorable par l'iode; c, tissu de l'amnios. Fig. 3. Papille glycogénique de veau complètement développée : a, papille constituée par des cellules glycogéniques colorables par l'iode et recouverte par un épithélium non colorable ; 6 , tissu de l'amnios présentant des noyaux particuliers cl quelques cellules glycogéniques disséminées à la base de la papille. l'ig. 4. A, papille glycogénique de mouton complètement développée, reiifer- manl des cellules colorables par l'iode, et entourée d'un épithélium non colo- rable: a, 0, a, cellules glycogenes, colorables par l'iode, accumulées en très grande quantité â la base du la papille b ; c, tissu do l'amnios présentant des libres et des no\aux : B, cellules du l'oie du mémo inoulon ; elles ne contiens nenl pas encore de matière glycogène; C, cellules isolées provenant du la papille A, et contenant de la malicre glycogène. Fig. !j. Portion de la membrane amnios révélant l(^ lordnn ombilical chez le veau. Aspect des papilles vues de grandeur naturelle. Fifj. C. Portion de l'uninios du veau, montrant des plaques glycogéniques et ilcs vaisseaux sanguins (grandeur naturelle). Os plaques sunl constituées par dus ci^llulus glycogéniques qui ont absolu- ment les mêmes caractères que liysiologiqite , publii'c pai' .MM. (^barles Hobin et Verdeil. Il sera jiossible de com|iarei' les sidjslances oblenues avec celles qui sont (b'crites dans cet ouvrage unique ; celte comparaison, liréparée pai' une ('luile |in'liminaire des systèmes crislallins et l'i'ludi» des substances extraites de l'économie, deviendra un travail facile après un peu d'Iiabiludc; les erreurs seront fort rares. Dans l'apiilication de ces deux mélliodes, l'emploi d'un excel- lent micros(;opc, (pie je dois à l'iiabiletc tie M. Naebet, a singu- lièrement alli''nu('- les diilieidli's. .le (is ajuster lui seul grossisse- inciil de 500 diamètres environ, diiniM' pai un objcclii' très l'orl et coui'l pour l'vilei' la lumière dilTuse, el par un oculaire l'aible, alin que lima;.'!', plus l'aiblemeul gro.ssii;, ne perdit |ioinl de sa ueltelé. jMalgré la puissance de ce grossissement, les bords îles images se des>iui'nt il'une façon Iranebée; celle dispnsilinn est n(''cessaire pour éviter les illu.sions. Les différents micro.scopes que j'ai eus ■150 s. SIROnOT. liECHERCIlES SIR LES SÉCRÉTIONS oiilrc les m;iiiis, ;"i la Soibonne et à l'Ecole normale supérieure, ne m'ont jamais donné des images aussi pures. Pour n'avoir pas à revenir sur les formes de l'appareil digestif, et iionr préciser la position des glandes annexes, je décrirai rapi- dement la structure de l'appareil digestif des Insectes parf;iils dans un pi'cmier chapitre; dans un second, consacré à décrire la struc- ture de celui de la larve de VOrycles nasicornis, j'essayerai de faire comprendre l'importance de l'anatoniie comparée du même appareil chez la larve et l'Insecte parfait. Le troisième chapitre sera consacré aux glandes salivaires, le cpialrième aux glandes gastriques, le cinquième aux tubes de Malpighi ; enfin le sixième et dernier, au tissu cellulaire sous-eutané et à la structure de la peau. CHAPITRE PREMIER. DE l'appareil digestif EN GÉNÉRAL. — STRUCTURE. La forme générale de l'appareil digestif des Insectes ne pouvait écliapper aux anatomisles ; elle a été fidt'lcment décrite par les premiers qui ont pris soin de le faire llolter dans l'eau. Sa structure intime est encore fort obscure, non pas que les difficultés soient bien sérieuses, mais l'emploi de la loupe est insuffisant, et les premiers bons microscopes achromaliqiies sont sortis des ate- liers de JMiM. Georges et Oberliauser. Il est difficile cependant d'arriver à une connaissance exacte des phénomènes digestifs, sans des données générales sur la structure intime de l'appareil dans lequel ils se passent. Je crois donc qu'il est utile d'en faire une esquisse, si incomplète qu'elle suit. Déjà NewporI, dans un travail qui a pour titre Insecta, a com- mencé une analomie de structure qui complète les descriptions de ftl. Léon Dufour. Celle œuvre n'a pas é'Ic traduite, et je ne la con- nais que par des extraits que j'ai rencontrés à l'article Insectes du Dictionnaire (l'histoire naturelle. J'ai été heureux de trouver dans ces (iuel(jucs mots un acccrd parfait avec mes prc[iaratioiiS(|ui s'y rapportent. Dans la grande majorité des familles, le canal digestif présente trois divisions naturelles bien marquées : la première commence CHEZ LES INSECTES. 1 51 ;i la Ijoiic'lie, et se termine iiu liounelet v;ilviil;iiio qui l'iiil saillie «iaiis le v(!ntriciile eliylifii|ue ; la seconde est formée par le veiilri- eule eliylili(jiie; la troisième comprend l'intestin et le reeliiin. La limite qui séfiare le ventricule cU'intestin n'est pas très précise: ne serait-il pas convenable de ne pas proton^'er le ventricule au delà de l'appareil glandulaire distribué à la surl'aeeou dans l'épais- seur de sa paroi? Cet appareil serait earaetéristique. L'espèce de valvule dont j'ai trouvé la descrifition dans différents travaux de M. Léon Dufour ne me parait pas un fait anatomiqne incontes- table. A la fin du ventricule, lorsque les glandes disparaissent, les libres musculaires transversales se multiidient, deviennent plus serrées ; la muqueuse se plisse longitudinalement, et ces replis se poursuivent souvent assez loin dans l'inlestin. Il est difficile de trouvci' dans ces |ilis de la muqueuse une \alvule ventriculo- inteslinale. La bouciie dans sa partie postérieure présente une cavité en forme d'entonnoir, qu'on peut considérer comme une sorte de pbarvnx ; an n'trécisscment du col correspond l'orij^ine del'teso- |iliage. Depuis ce point jus(|u'à l'étranglement qui précède le ven- tricule cliylifiipie, la disposition générale du canal digestif est celle de celte [)ièce iiu'on emploie dans les laboratoires de chimie sous le nom d'allonije; le lid)e, d'abord filiforme, se renlle progres- sivement, mais s'arrondit ensuite par une diminution ra[iide dans son diamèlre. La iiarlie filiforme correspond à l'cesopbage |iro- premcnl dit ; lesanaloniislesonl dnnn('' le nom i]i' jabol à la |iarhe renlli'e qui lui succède. Telle est la l'orme de celte première partie du canal digestif dans la grande majorité- des groupes; elle se moilifie piinciiialciiient sous linlluence du l'égime. (;'est ainsi (pie, cliez ces Urlho|)liies lirrbivores (pji s'abattent en troupes innombrables sur des contrées qu'ils (li'pouillcnt si rapidement de leiu' verdure, il existe sur le jabot une iioclu; latérale, à la()iielle on a doimé le nom de panse; l'Ile reçoit les aliments engloutis avec une; é-toimanle voracitc'. La iiiaeéralion dans la panse, sons riiilhience ilc la sali\e, m- serait pas suffisante poui' pri'parer ces dé-bris vi'gé'laux à I action îles sucs vcisé-sdans le vciilricidc cliylifiqnc. l n appareil de division ilcve- 152 s. SIROnOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS nnit inJispensaljIe; il se Irouve dans cet organe musculaire muni intérieurement de plusieurs séries de pièces mobiles que l'on a comparées à des dents. I.'aclion du i/ésier aurait élé moins exa- gérée, si l'on avait examiné la nature des résidus de la digestion. Les cellules et les fibres s'y retrouvent avec toule leur charpente solide ; il ne paraît pas (|uo la cellulose ait élé attaquée |iar le suc gastrique, le contenu seulement aurait été digéré. J'ai fait maintes fois de semblables observations sur les détritus de la digestion cliez les Insectes pliyllo|iliagcs. L'elîct du gésier se bornerait à disso- cier les éléments de la trame des tissus végétau.x, et à l'acililer ainsi l'action des sucs actifs sur le contenu des organes élémentaires. Ce fait n'a pas encore été signalé ; il a son importance au point de vue de l'aclion chimique qui s'accomplit dans le ventricule chylifique. N'est-ce pas un fait remarquable de retrouver une disposition analogue chez les Insectes carnassiers bien connus pour l'avidité avec laquelle ils dévorent leur proie: cliez les Carabiipies, s'il n'y a pasde panse à proprement parler, le jabot se distend d'une façon anormale; quant à l'aiipareil de division, il existe, et n'est pas moins l'cmarquable que celui des Ordiopières. Une section per- pendiculaire à la longueur montre la cavité intérieure avec la forme d'une croix de Jérusalem; les parois ainsi rapprochées sont hérissées de poiriles, longues, tlexibles, rameuses, dont les bran- ches s'entrecroisent, et forment un tamis d'un centimètre envi- ron d'épaisseur. Les aliments doivent passer à travers ces tissus à éléments mobiles. Si cet appareil est moins puissant que celui des Orlhoptères, la raison s'en trouve facilement dans la résistance beaucoup moindre des matières sur lesquelles il doit agir. Je ne pouvais exposer ces faits d'anatomie comparée que dans un cha- pitre consacré à décrire la slructiu'c générale de l'appareil di- gestif. Os différences, si nettement caractérisées dans la forme de la première partie du canal digestif, [)rcnnent beaucoup moins d'im- portance quand on a étudié la structurede la jiaroi. Cette structure une fois connue, il m'était impossible d'en distraire la panse et le gésier, pour les considérer comme des organes étrangers à cette CHEZ LES INSECTES. 153 première division. Il faut y voir des modifications du jabot rendues nécessaires par le réjjinie des èircs chez lesquels on les rencontre. La position des bourrelets valvulaires était d'ailleurs un guide qu'il fallait consulter pour cette délimitation. Dans toute son étendue, la première partie du canal digestif est revêtue intérieurement d'une couche chitineuse, tantôt homogène, tantôt formée de lamelles écailleuses, imbriquées comme les tuiles ou les ardoises des toits. Lorsqu'elle est homogène, la surface libre peut être uniforme et lisse comme chez VOrijctes nasicornis, ou hérissée de pointes dirigées en arrière comme chez le Hanne- ton. Dans ce dernier cas, les pointes ne couvrent pas toute l'éten- due de la paroi intérieure ; la murpicuse forme des plis longi- tudinaux suus l'iulluence des libres annulaires de l'enveloppe musculaire; dans les sillons, les surfaces appliquées l'une contre l'autre en sont dépourvues; elles sont lisses, comme lorsque les pointes disparais.>-ent entièrement. L'appareil de division du gésier des (^arabi(jues résulte d'un développement excessif de ces pointes ehilineuses; elles deviennent plus longues, et se ramifient en niènic temps que l'cnvelopiie musculaire devient plus puissante. La couche chitineuse, sous forme de lamelles imbriquées, peut être observée chez les Orthoptères; elle est surtout très earaclé- ri.séc chez le Grillus talpa. Les bords libies des lamelles sont di- rigés en arrière et découpi's en dentehu-es, dont les [luinles font .saillie dans la cavité intérieure. Chez le Grillus lalpa ccunnie chez le Hanneton, la muqueuse œsophagiemie forme des plis longitudinaux, et, sur les surfaces en contact, la couche chitineuse redevient homogène et lisse ; elle pi'end le même caractère encore dans toute l'éteuduede la panse. Passons dans le gésier, et nous trouverons facilement l'origine lie ces lames épaisses distribuées en séries régulières. Dans celte cavili'', la mu(|ueuse fnrnie un ccrlain nomlire de jdis sons l'effort delà contrac'tion de la couche unisrulairi' ; dans les sillons, là où lieux facrs sont appliipié-es l'ime eonire l'anire , les lamelles n'i'NisIcnl pas plM> ipir dans les sillons de i'irsophagc. Sur les crêtes au contraire, elles prennent un \iilunie l'uiirnic; eompara- livemenl, elles .sont plus l'qiaisses par la souihne intime d'un cer- \5ll s. SIRODOT. — RECHKRCHES SUR LES SÉCRÉTIONS hiin nombre d'enlre elles; les pointes marginales se transforment en (lents coniques circulaires ou aplaties; de là cette arnuiip puis- sante que les auteurs ont décrite niinulieuscnieut, et sur laquelle je ne veux pas insister davantage. La couche chitineuse remplace lepitliélium stratifié que l'on rencontre dans les organes analogues des animaux supérieurs; elle est immédiatement appliquée sur la nuupicuse , et doit être considérée comme une sécrétion de celte membrane. La mu(iueusp est le pins souvent une membrane homogène et sans structure; cc|icndant, à l'aide do la macération dans l'eau contenant de petites quantités d'un mélange d'acide nitrique et d'acide chlorhydrique, on parvient quelquefois à saisir les fdjres du tissu conjonctif. Devient-elle plus manifestement fibreuse , elle contient dans son épaisseur des fibres élastiques. On peut s'en assurer en étudiant la structure de la muqueuse du jabot des Carabiques. Toutefois ces fibres élastiques ne paraissent pas identiques avec celles qui concourent à la formation des tissus analogues chez les animaux supérieurs. Chez les Insectes, la colo- ration en jaune par l'acide nitrique est à peine sensible, tandis qu'ailleurs cette coloration est très prononcée. L'enveloppe musculaire est formée par deux plans de fibres. Dans le plus intérieur, les fibres annulaires, serrées les unes contre les autres, s'étalent en couche continue, dont l'épaisseur va croissant depuis le commencement de l'œsophage jusqu'à rélranglement qui précède le ventricule chylifique; elle est sur- tout très développée sur le gésier lorscpiil existe. Dans la couche superficielle, les fibres longitudinales se réunissent par faisceaux plus ou moins écartés. Sur le gésier, le diamètre de ces faisceaux s'est beaucoup accru. Enfin il existe une membrane, mince et délicate, tantôt homo- gène, tantôt granulée, qui paraît destinée à fixer la position des fibres musculaires, en même temjis (pi'ellc forme l'enveloppe la plus extérieure de la |iaroi(]neje viens de décrire. A ces éléments de la paroi il s'en ajoute souvent un autre, dont j'ai différé la description pour rester dans le fait général. Mais entre la muqueuse et le premier plan de libres uuisculaires, l'ob- CHEZ LES INSECTES. 155 scrvalion découvre parfois un (issu île cellules d'apparence glan- dulaire, dont le développement paraîl inverse de celui des glandes salivaires. Préseulent-ellesune grande surl'ace de sécrétion, comme chez les Orllioplères, les Hyniéno])lèrcs, les Diptères, etc., ce tissu n'existe pas; ou s'il apparaît, ce n'est que dans le voisinage du ventricule cliylifique. dans le fond de la panse et sur le gésier (Orllioplèips,. Sur le gésier des Grilloniens, la l'orme des glandes est assez caractérisée; mais j'ai vainement cherché les commu- nications avec la cavité intestinale , mes injections (essence de térébenthine colorée par l'indigoyn'ont jamais [lénétré dans le tissu soiis-muqueux. Sont-elles hypothétiques comme chez les Coléo- ptères , le tissu soiis-muqueux est alors composé de v('rilahles glandes; je les décrirai plus loin à l'article des glandes salivaires. J'insiste seulement sur ce point, qu'elles existent depuis l'origine de l'cesophage jusqu'au ventricule chylifîque. Ces considérations anatomiqucs feront ressortir le rôle pliysiolo- gique de cette |)iemière partie du canal digestif; les alinienls im- bibés, macérés dans la salive, divisés par les appendices ehilineux du gésier, sont i)ré|iarés à subir l'action du suc gastrique. Otte dilatation, de forme ordinairement eylindri(pie, que M. Léon Dufonr désigne sous le nom de venlricule chylifiqiie, a.ssimilant ainsi ses fonctions à celles de la jiremière partie de l'in- testin, ou duodénum, des animaux supérieurs , ne doit-elle pas plutôt être considérée comme un organe gastrique? La nature du [irodnit des glandes, en rajiporl avec celte cavité, conduira à la solution du problème. Si la question est restée douteuse, la raison ne piimrail-elle se trouver dans l'absence d'une limite certaine pour le conunencemeni de l'intestin .^ La valvule anlérieuic du venlricule ne peut trouver son analogui; qu'au début de l'eslomac chez les Vi'rtébrés; elle indiquera aussi le eoinnieiieement de l'esloniac des Insectes. On en trouverait la liu, là où les glandes n'existent plus dans la paroi ; alors les libres musculaires liausvcr- sales de\ieruienl plus serriVs, et proiluiscnt pour le tube inie di- niinnlioM d(; diamètre, brusque ou prcjgressivc, suivani l'iieeiuis- Kcnienl (U; la cotnlie nuiseulaire. Cette contraclion pourrait être iap|iroelii'e de ec Ile (jue iiroduil 156 s. SIRODOT. — nFXHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS le pylore. Mais y a-t-il nécessairement une séparalion enire la cavilé stomacale et la cavité intestinale? Pour observer la valvule à l'entrée de l'estomac, il suffit de l'aire une section à un demi-centimètre environ en arrière de rétrang:lement, ou, comme le conseille M. Léon Dufour, de pro- céder par arracliemenl. La première méthodeest pn'-férable, jiarce qu'il reste une portion de la paroi de l'eslomac; elle se présente alors sous la forme d'un bourrelet annulaire lisse ou lobé. En étudiant au microscope la surface du bourrelet, on y trouve encore la couche cbilincusc cpii disparaît à la suite; il appartenait donc encore à la première partie du tube digestif. Rciigger, dans ses recherches physiologiques sur les Insectes, décrit dans les Melolontha la muqueuse stomacale flotlant dans lui espace annulaire. (]clte particularité de structure m'a trop frappé poiH- ne pas chercher à la vérifier. Lorsqu'on a préparé dans l'eau l'appareil digestif du Hanneton, on aperçoit en effet un canal inclus d'une couleur foncée, qui ne parait avoir aucune adhérence avec la surface de la cavité qui le renferme. Mais introduisons une poinic de ciseaux dans l'épaisseur de la paroi en ménageant le canal inclus, et dirigeons la section vers la partie antérieure. Avant d'arriver au bourrelet valvulaire, nous verrons ce canal .se détacher comme s'il eût été coupé transversalement, et cependant les ciseaux ne l'ont [las atteint. Cette seule observation nous prou- vera que l'enveloppe de ce canal n'est pas constituée par la mu- queuse. Poursuivons son étude, et portons un fragment sur la lame porte-objet : dans la pn''[iaralion, l'aiguille ne saisira rien d'analo- gue à une membrane, doni la résistance est toujours sensible; l'ob- servation microscopique montre son intérieur rempli de la pulpe alimentaire, mais sans trace de cellules épiihéliales. Sous l'action du compresseur, ce tube s'étale en diminuant d'épaisseur. Cette étude suffit pour reconnaître un mucus sécrété en abondance par les parois de l'cstouiac; ce mucus a été coagulé; il a formé une gaîne autour des matières existantes dans les viscères. Par sa structure, l'estomac présente un grand intérêt. La couche cbilincusc s'est arrêtée à la surface de la valvule ; elle est rempla- cée par un véritable épithélium composé de grosses cellules avec S' CHEZ LES INSECTES. 157 un noyau granulé ; la forme sphérique est à peine altérée ; elles étaient donc plutôt adossées que serrées les unes contre les autres. A rexirème moliililé de ces cellules, on doit recoiuiailrc un cpilhéliuni qui se renouvelle souvent, et avec une grande rapidité. Celle ohservalion est tout n l'ait conforme aux remarques d'iui célèbre pliysiologisle de nos jours : .M. Claude Bernard enseigne que répiihélium de l'estomac se renouvelle à chaque digestion, il est presque inutile d'ajouter qu'il est très difficile d'étudier cet épilhélium en place. La muqueuse homogène et transparente éprouve de nombreuses dépressions, où elle deviendra la membrane fondamentale des follicules gastriques. Des deux couches de fibres musculaires qui la recouvrent, une seule est bien développée, la couche de fibres circulaires. Elles se réunissent par faisceaux de six, sept ou huit, dont les contractions d('terminent les jilis transversaux de la sur- face de restomac. Les libres exlrcmes passent souvent d'un fais- ceau à l'autre; il résulte de cette disposition des libres plus ou moins inclinées sur la longueur de l'organe. Quant aux fibres lon- gitudinales, elles sont très lâchement unies, et seulement |iar trois ou quatre par la membrane péritonéale. Les glandes gastriques seront décrites dans un chapitre spécial ; il est donc inutile d'entrer ici dans (|uclques détails qui donne- raient nécessairement lieu à des répétitions. En outre, des folli- cule.» gastriques proprement dits, à la partie antérieure surtoul, il existe au-dessous de la muqueuse un tissu glandulaire doiil la nature sera mieux comprise ajuès l'étude de ra[)pareil digestif des larves. Je me suis d'aboid ap|iliipi('' à faire cnunailre la structure de l'organe dans sa forme assez i(''gulièienicnt cyliiidrii|ue, [larce que cette structure une fois bien connue, il sera facile de .se l'cndre compte des appendices, dont les formes sont décrites dans l(;s tra- vaux de M. L(;on Diifoui'. La structure de la paroi est identi(pie- ment lu même que dans la partie moyenne de l'estomac; ils sont donr: de véritables cœcums. L()rs(|ue ces diverticiihims sont large- inenl en eomiiiunii'alion avec la cavité principale, les aliments y |ii'-iièti'eiil ; sinon ils sont plus spécialement n'servés à la sécrétion 158 s. SIBOUOT. — UECHEliCHES SlUt LES SÉCIIÉTIONS et à l'accimiuhidon des sucs versés [iliis kinl et en (enips convc- iKilile dans l'eslonmc. Il serait, curieux de comparer avec la struc- ture précédente celle de l'appareil si cuniplitpjé des Cigales ; mais je n'ai jamais eu ces Insectes à ma disposition ; je n'ai rien à ajouter aux faits analomicpies publiés par iM. Doyère. L'intestin suit l'estomac sans interruption de communication. J'ai vivement regretté de me trouver en désaccord avec M. Léon Dul'onr au sujet de cette valvule placée immédiatement en arrière de l'caiboucliure des tubes de Mal(iiglii, et dont la conséquence serait de diriger vers l'estomac les produits de la sécrétion de ces organes glandulaires. Parfois, comme chez le Hanneton par exem- | pie, l'intestin offre de chaque côté deux légères dépressions en cul-de-sac, et c'est dans le fond (pic viennent déboucher les tubes ; les bords des dépressions pourraient peut-être présenter l'appa- rence d'une valvule, (le cas particulier ne peut rien avoir de com- mun avec un fait général ; la disposition spéciale trouve une expli- cation trop naturelle pour donner lieu à toute autre interprétation. Afirès le rétrécissement dont j'ai déjà parlé à propos de la détermination de l'estomac, l'intestin prend la forme cylindrique, et, sauf quehpies exceptions d'un diamètre à peu près invariable, jusqu'au renllement conoide constituant une poche stereorale, à laquelle on a donné le nom de rectum. La forme la plus générale du rectum est celle de deux cônes apposés par la base : le pre- mier plus long, le second plus court, et continué par une petite portion cylindrique, en rapport soit avec l'aims, soit avec un cloaipie, lorsque les organes génitaux n'ont pas un orillce exté- rieur spécial. Les exceptions à cette disposition la plus commune |iorlent à la fois sur l'intestin et sur le i-ectum. Siu' l'intestin : par des renflements, dont on trouvera des exemples chez le Grillus campestris, h Hanneton, (!t un cerh\\n}wmhred' Hémiptères; par (les cordons saillants, désignés par Kamdorh sous le nom de cor- dons valvuleux , ils sont particulièrement développés chez quel- ques Hémiptères. Sur le rectum : il affecte parfois, en effet, la forme d'une vessie, dont le col serait la partie postérieure ; l'extrémité borgne est dirigée en avant, et l'intestin débouche la- téralement-, il en résulte une saillie annulaire dans la poche ster- CHEZ LES IINSECTKS. 159 corale : elle a é(é comparce à une valvule iléo-riecale. Les exem- ples sont parliculiers à quelques groupes d'Hémiptères et de Lépidoplères. J'ajouterai que, dans les dilatations intestinales du Grillus campeslris et du Hanneton, il existe des appendices qui méritent d'être décrits avec ([uelques détails. Je n'ai pas l'intention d'entrer dans des détails bien circonsfan- ciéssurla structure de l'intestin, je pourrais être entraîné beau- coup plus loin qu'il n'est nécessaire an but que je me proi)ose; je ne veux dessiner que les traits caractéristiques. A l'entrée du tube intestinal, l'épithélium se distingue par ses cellules plus nettement polygonales, par leur plus grande fixité ; elles s'allongent, sans devenir tout ù fait cylindriques. 11 est rare que cet épithélium pro- |irement dit se prolonge bien loin ; il est bientôt remplacé par une couche cliitincuse, qu'on peut rencontrer souvent jusqu'à la hau- teur des tubes de Alalpighi; la surface n'est pas complètement lisse, elle offre de petits mamelons qu'il est assez difficile de bien caractériser dans la partie moyenne ; mais depuis la seconde moi- tié du rectum jusqu'à l'anus, la couche cbitineuse est hérissée de pointes analogues à celles que j'ai décrites à l'oiigine du tube digestif. La muqueuse iidestinale bomogène ou granulée contient des libres fusiformes avec un contenu apparent. Serait il étrange de supposer que ces fibres jouent (juelquc rôle dans l'absorption, ipiand Virchow considère les fibres du tissu conjonctif dépourvu de vaisseaux comme chargées de la distribution des lluides nourri- ciers dans .son épaisseur. M le n'est (pie fort timidement (jue j'énonce celte manière de voir, sans discuter sa valeur. Entre celte mu- queuse et l'enveloppe muscMdaire se trouve interposée une couche lie cellules polygonales, dont l'aspect |ieut cire eouq)ar(' à cehii iriiti épilbélium en [lavé. (J'est sur celte couche que rcjiose le piemici' |ilan de fibres uinsculaiies. Les élé-nienls amiiijjii'cs cm- lira.ssenl d'abord eompb'tcuKiut le canal intestinal ; plus loin, ils ■ lUt interrompus par (piatii- bandes fibreuses longihidinalcs qui be prolongent jnstpi'à la terminaison de la dilatation reclale. Les fibres alterneront dans leur in.scriion de part et d'autre de chaque cordon fibreux. Celle structure peut être observée dans l'ordre 160 s. «ilROIIOT. RECIJERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS des Coléoptères, oliez le Hanneton, les Carabiqiies; dans l'ordre des Hémiptères, chez les Scutellères. Elle rend compte des quatre renflements demi-cylindriques plus ou moins manpiés sur l'in- testin des Insectes que je viens de citer. Pendant la coniraction, les reuflemenis S(!ront effaces, mais ils reprendront tout leur volume pendant l'état contraire : telle est la natiu-e des cordons valvulaires de MM. Ramdorh et Léon Dufour. Cette disposition appartient à l'inleslin grêle ;donc il est impossible de rapporter ces faits anatomiques à une modilication du ventricule chyliiiquc, et il faudra se résoudre à voir chez les Scutellères les tubes de Mal- piglii s'insérer réellement sur le rectum. Les fibres longitudinales ne présentent rien d'anormal ; quant à l'enveloppe péritonéalc, elle est intimement liée à la paroi de l'intestin grêle; sur le rec- tum, l'adhérence devient si faible, que le plus souvent on peut la séparer sans difficulté. Les extrémités des tubes de Jlalpiglii peu- vent se trouver engagées dans la paroi du rectum; ils rampent entre la couche musculaire et l'enveloppe péritonéale, et il faut enlever cette dernière poiu' les suivre avec succès. Quelques mots encore sur la siruclurc des appendices de la di- latation intestinale du Grilius campeslris et des Melolonlha, appen- dices dont les formes sont décrites dans les mémoires de ^I. Léon Dufouret l'ouvrage de M. Strauss-Durckhcim. Les appendices du _ Grilius sont coniques, à sommet arrondi, à base un peu étranglée; la surface est complètement lecouverlc de lilaments, dont l'extré- mité libre est couronnée par un épanouissement rauieux. Je dis- tingue dans ces filaments la tige et la couronne. La tige, renflée à la base, diminue de diamètre dans toute sa longueur, mais parfois aussi elle se termine par un renflement en massue ; son axe, plus obscur ou plus éclairé, suivant la distance focale, paraît creux. La couronne résulte de l'épanouissement du sommet: les rameaux, terminés en pointe, sont réunis jjar du tissu conjonclif ; je n'y ai pas vu de prolongation de la lumière de la tige. 11 faut recourir à un grossissement de 500 diamètres pour distinguer ces détails. Le cône est creux ; une dépression de la muqueuse fournit la membrane fondamentale, tapissée inlérieurement de petites cellules qu'on rencontre libres dans la cavité. 11 n'est pas nécessaire d'où- ClIIiZ LliS INSECTES. 161 vrir le rnnal pour constnter la |)résen(e de ces organes ; la base circulaire se délachc par sa couleur plus Ibneée sur le gris de la surface intestinale. RI. Léon Duibur sujjpose ces appendices en rapport avec la cavité; ils .seraient des organes sécréteurs; cepen- dant on devrait trouver leurs petites cellules caractéristi(|ues dans les points voisins, et cette observation m'atoujours t'ait défaut. Cliez les Melolimtha, les mêmes organes sont lamellaires, et disposés régulièrement en six rangées, dont les lamelles extrêmes sont plus petites. L'analogie de structure avec les appendices du Grillus ne peut être récusée ; les différences se rapportent à la forme lamel- laire, aux fdaments simples de la surface, empâtés an centre des l'angées dans un tissu fibreux, mais toujours distincts sur les la- melles extrêmes. Ne pouvant accepter l'opinion de M. Strauss, qui considère la dilatation intestinale du Hanneton comme un gésier, j'ai étudié le conlemi des appendices pendant le jeûne et après la digestion. Pendant le jeûne, ils m'ont paru affaissés et complète- ment dépourvus de gouttelettes graisseuses, tanilis qu'après la di- gestion ils étaient turgescents, et les gouttelettes de graisse assez nombreuses pour ne pas laisser de doute sur leur présence. Les appendices du Grillus se prêtent le mieux à ces observations. Ce n'est jias seidement la structure d'un appareil qui doit préoccu|ier l'anatoniisle désii'cux de comprendre son rôle pliysio- logi(|ue, il doit encore son attention à la disposition générale. Cette disposition n'a rien de fortuit; la constance des mêmes cir- convolutions dans l'appai-ed digestif d'une espèce annonce un fait intimement lié à la fonction. Si ce point important avait été moins négligé, les anatomistes n'eussent pas affirmi: aussi p(jsilivement que le jtroduit de la sécrétion des tubes de .Malpigbi suivait une marche rétrograde, cl devait être dirigé dans l'estomac. CII.\PITnE IL APP.VItElL DIGESTIF DE LA LAIIVE DE l'OryClCS nasicoi tlts. .\près cet exposi' rapide sur les formes et la structure de l'ap- pareil digestif tl(;s Insectes parfaits, on ni; |ieut .se livrer à une élude spéciale des organes glandulaires annexes sans (;oin|)ren(lrc i' série Zooi.. T X (Cahier n° 3.) ' 41 1()"2 s. SIROUOr — liliCIIKRCHliS SLIl LES SÉCRÉTIONS la nécessité d'une connaissance générale de rap|)areil digestif des larves dans les groupes soumis à des mélamorplioscs eomplèles. J'en ai sudisainincnl indii)i]é les motifs dans les préliminaires. Non seulement l'analomie comparée de l'appareil digestif des larves et de celui des Insectes [larfails n'a pas été faite, mais les matériaux que possède la science [lour cette ceuvre sont presque insignifiants. Un seul mémoire spécial a élé publié dans les Nou- velles Annales du Muséum. Dans ce travail aussi court que super- ficiel, Jl. llaau passe en revue les formes de l'appareil digestif chez un nombre très restreint de larves de Coléoptères. Ajoutez à cela les chapitres consacrés au même sujet dans les monogra- phies de la Chenille du saule, de celle du Bombyx du mûrier, et ce sera tout. En signalant celte lacune, je ne pouvais la remplir, mais je devais faire coinpreiidre l'importance des transformations qui s'opèrent pendant la nymphose, en les suivant sur une larve convenablement choisie. Celle de ÏOryctes nasicornis m'a paru présenter d'excellentes conditions pour cette étude. Parmi les nombreuses Chenilles (jucj'ai ouvertes dans le but d'étudier le contenu des tubes de Malpiglii, il ne s'en est pas trouvé dont la longuciir du tube digestif surpassât celle du corps lorsi|u'il est étendu. Il n'en est pas de même chez les larves de Coléo|)tères , elle atteint à peu près une fois et demie celle du corps. C'est la dimension assignée dans les descriptions et les dessins donnés par M. Haaii. Chez la larve de VOrycles nasi- cornis (pi. (5, hg. 1), le tube digestif s'étend d'abord en droite ligne depuis la tête jusqu'au dernier segment, il revient ensuite en avant et forme une anse dont le sommet n'atteint pas la hau- teur de l'insertion des tubes de Malpighi. L'intestin est toujours placé dans j'axe du corps, de telle soric (jue dans le dernier quart il existe trois replis superposés (l, m, 71). Les trois divisions de l'appareil digestif de l'insecte jiarfait se reconnaissent parfaitement. \.i\ i)rcniière (a), comprenant l'œso- phage et le jabot, est courte, et pour voir sa terminaison au milieu des boursoullures de la division suivante , il est nécessaire de l'ouvrir dans sa longueur. Dans la figure /i (|ui représente celte partie du tube grossie trois fois en diamètre, cette terminaison se CHIiZ LES IXShXTES. 103 Iroiivc ;iii inilioii de l"('li\iii};leinenl iii(lii|ii(' an [loiiit f. La viilviilc es( 1res iiulleineiit aeciisc-e , ce ii csl que par la rorme (|uVllo dilïèrc de eelle de l'inseete iiaii'ail. (;iiez \'Orycles nasicarnis, elle csl cuiislitiiée |iai' un boiirrelel eiivulaire à s;irl'aee iiniroriiie et lisse, tandis nue ehez la larve elle est déeoupée en lobes arrondis au soinniet et plus ou moins exeavcssur la face tournée vers l'axe du hibe. La figure 5, dans laquelle le canal est ouvert et étalé, est destinée à l'aire comprendre cette dis[iosilion : b représente le jabot; a, rcstoniac; c, l'isllune (pii précède la valvule avec seslobes saillant dans l'estoinae. Le plissement du jabot a donné naissance à des sillons (|ui sont marqués jusf|iic sur les lobes valvulaircs, les crêtes interposées conespoiidenl au l'ond des dentelures. La seconde division, de bcaiicoMp la plus complexe, commence à la valvule que je viens de déciire, elle s'arrête par un repli dans la cavili' d'une sorte d'enlonnoir eorres[Hiiid,iiil à la partie dursale de l'intestin. Elle est partagée dans toute sa longueur en deux lobes latéraux, séjiarés par un sillon médian dans Iccpa-l est logée une corde tendineuse. Sur la longueur se présente une autre di- vision iialurcllc d'où résulteront deux segments, l'un antérieur, l'autre |)Oslérieur. Les limites du segment postérieur sont marquées pai- deux c(jm'onnes de tubes borgnes Le premier segment, d'mi diamcliv un |icu moindre i|ue le corjis principal du second, se distingue tout d'abord par ses stiies transversales également es- pacées. Ku avant de la première de cessiries, la surface csl boiu'- soullée [lar des culs-de-sac peu profonds laballiis sur l'i-traiiglc- meiit du jabot. Sur les sommets des deux plis cuiiqiris entre les trois premières siries sont implanlé'cs des glandes en lidjes en séries r('gulières interrompues sin- les lignes médianes dorsale et ventrale; rinterrnpliimdor.sale correspond au sillon médian, la ven- trale n'est pas autrement distinguée, .seuicniiMil l'inlciviillc libre est un peu filiis large. La symétrie eiMoplèle rchilivciuent au Killon nié'iliaii me perm(U île ne di'crire qui^ les tubes situi-s d'un eùlé. Les tubes glandulaires disliibués sur deux rangs, ne se dislin- guciil pas scuicmciil par leiu' imsiiidu; les lidics du second riiiig, plus longs el iiillécliis en avant, rccouvrrnl cdiMpli'IcioeMl ixuK 164 s. SIROnOT. RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS du premier: cette disposiliou a été ménagée dans la partie gauche de la ligure. Dans la partie droite, le second rang (6') a été rejeté en arrière pour laisser voir le premier (c), dont les éléments aussi dirigés en avant reposent sur les boursoullures antérieures du premier segment. I-a figure 4, dans laquelle se trouve repré- sentée cette portion du canal digestif grossie trois l'ois, est destinée à l'aire ressortir la iiosition des organes précédents; les tubes ont été cou|iés à la base [lour laisser voir leur insertion sur la crête des plis c eid; le pli suivant (i) est indirpié pour fixer la position des deux premiers , dans la figure \ ; enfin les lobes latéraux grossis sont plus apparents. îJaiis les deux rangs les tubes élémen- taires ont une longueur qui va croissant de|Hiis le sillon médian jusque sur les côtés de la l'ace ventrale. A l'aide des figures 2 et 3, on peut comparer les éléments des deux séries; si ceux de la première sont plus courts, les dépres- sions sur les parois sont plus nombreuses, la surface de sécrétion est donc à peu près la même dans les deux. Dans la première série, fig. 2, le premier tube, très court (n), peut être comparé pour la forme à un dé à coudre; les suivants offrent des dépressions plus ou moins sensibles, qu'ils soient droits (6) ou coudés (c) ; ces dépressions peuvent se n'unir en glomérulc à l'extrémité du liibe principal ((/). Sur la fac('l;Uénih'les(ligitatioiis s'cleiident en même temps que la longueur du tube, elles sont le |ilus souvent éparses sans ordre sur la surface du tube (/'.(y), mais parfois aussi insérées sur deux lignes opposées {e,fj; il est rare que le tube se bifurque à rextrémité(3). Dans la seconde série, fig. 3, les tubes, plus longs, sont tous plus ou moins fléchis à l'extrémilé libre ; cette courbure est d'autant plus prononcée, qu'ils s'éloignent davantage du sillon médian dorsal, et ne porte jamais que sur la portion réfléchie sur la première série ; de plus, ce n'est que sur cette partie que se trou- vent les dépressions en doigt de gant. Lorsqu'il n'y a pas de bifur- cation à rextrémit('', les dépressions sont peu profondes; dans le cas contraire, les deux branches sont plus jirononeées et à peu près égales. Ces formes sont caractérisli(pics, et ne laissent pas de doute sur le rôle des organes (pii les affectent. Au delà de ces glandes en tubes, la l'ace dorsale présente encore CHEZ LES INSECTES. 165 deux petiles éminences pédicellées (fig. 1, rf), disposées symélri- quenioiit par rapport au sillon médian. Lorsqu'on examine leur surlace avec un grossissement d'environ 100 diamètres, elle appa- raît toute mamelonnée, comme on peut le voir dans la figure 8 dessinée après réduction. .M. Haan s'est préoccupé du nombre des mamelons; on verra plus loin qu'il est de peu d'importance, qu'il dépend simplement de la structure de la paroi. Sur le .second segment, les sillons transverses ne sont sensibles que près de l'inleslin où il éprouve une très notable diminution de diamètre. Le corpï principal, un peu arrondi à ses exirémités, est aussi légèreujcul étranglé au centre. Cet étranglement est pcnt-èlre exagère sur mon dessin, bien que copié sur nature, parce que la mollesse des tissus est telle, qu'il est difficile de ne pas diMormerle canal pendant la préparation. Les e.xsertions lubi- l'ormes du second segment sont toujours disposées symétriquement par rapport à un plan médian longitudinal ; elles sont coniques. Leur longueur est variable; elle s'accroît depuis la ligne médiane dorsale jusque sur la face ventrale. Leur surfoce paraît lisse à l'œil nu ; mais sous le microscope (fig. 9), elle appai'ait mamelonnée, ixiuune les deux éminences pédicellées que j'ai ih'jà décrites. La li^Mle des insertions est, à très iieu de chose près, dans un même plan incliiK- sur l'axe du tube : en avant, pour la premièie séuie ; en ai'rièie, pour hi seconde. Par l'aspect général, on peut établir iminédiatenuMit ime distinction entre ces culs-de-sac et ceux du [iremier segment ; tandis (pie ces derniers sont d'un blanc grisâtre, la cobuatioii des autres est toujours coulorme à celle des malières contenues dans le tube digestif. Ou doit s'attendre à trouver dans ces organes de véritables ca3cums. L'inleslin dans sa partie dorsale est infiuidibuliforme ; la partie évaser de l'euldiUKiir esl l'(irm(''e par deux re|ili.> conligus : le pi'C- mirr recouMc l'cxli-i'inili' éMrau^ib'i- de l'c^lduiac ; 1(' second est rabattu liés faible ut soi' la suite de ^inle.^lin eiilièreuieid lissiï, jusi|u'à re\lr('-iMih'' du c(U|is. (l'esl sur le scrdiid repli (|ue s'in- serenl les tubes de .M:ilpi;ilii, les deux gros siu' la face doisale, l(,'S deux petits lali'ralemenl. l/iui.se inlesliuale. par ses dinu^nsions, |)ar sa ;^nrface inégale et bonrsoidlée, peut èlre conqiarée à un 166 s. SIRODOT. — RECHERCHES Sl'R LES SÉCRÉTIONS côlon. Les deux biancliesen sont aplaties, et appliquées l'une sur l'aulre; l'iiitërieure est fixée dans sa position par plusieures paires de brides musculaires, dont le jeu doit faciliter la défécation. Sur le côlon ou le rectum sont ap|ilii|uées les extrémités des tubes de llalpighi, repliées en zigzag, de manière à constituer une surface continue par le ra|)proclieinenl des boucles, ctTaddilion de bandes de lissu coMJonclif (|ui les maintiennent. Il y a deux lames dis- tinctes : l'une formée par les deux tubes les plus étroits, et appli- fjuée immédiatement sur la brancbe inférieure du côlon ; l'autre, formée par les deux tubes plus gros, recouvrant la première en arrière et sur la ligne médiane, et relevée sur les côtés contre la brancbe supérieure du côlon. Dans ces deux lames, les deux tubes se contournent isolément, sans former de nœuds de chaque côté delà ligne médiane du corps. L'intérêt attaché à l'iiistologie spéciale de l'appareil que je viens de décrire se rapporte à un triple objet : aux analogies comme aux différences avec les faits établis dans le chapitre précédent; àl'iji- telligence des trausforniations opérées pendant la nymphose; à la distinction entre les glandes eu tubes et les ca'cums. Depuis la cavité buccale jus(|u'à la valvule gastrique, la structure est uni- forme. L'épithéliiim est remplacé par la couche chilineuse à sur- face lisse, très fortement liée à la nuiqueuse; lorsqu'après une section longitudinale on veut l'étendre avec la uuiqueu.se, il n'est pas possil)le de faire disparaître de légers plissements, dus peut- être à l'élasticité de la muqueuse, malgré son homogénéité appa- rente. Le tissu cellulaire sous-jacent prend un développement exceptionnel; il a de ré|Kiisseur, surtout à l'arrière du jabot; la forme des cellules est très nettement accusée; dans ([uelques in- tervalles, il existe des gouttelettes d'un li(iuide visqueux et lllant analogue à celui ((ui se rencontre dans le canal digestif, .le pouvais supposer que le liquide interposé .se trouvait au centre d'un groupe de cellules reposant sur une lame très mince de lissu coiijonctif, disposition d'où serait rcsullé un véritable élément de glandes. Je n'ai pu constater ipie la présence de deux canaux extrêmement lins situés latéralement, et se dirigeant vers la bouche; les orifices même de ces tubes déférents (si telle est leur nature) m'ont CHEZ LES INSECTES. ' 167 écliappé. Ce tissu n'aurait-il pas d'autres communications avec la cavité intérieure? (]omme il faut étendre la membrane avec des aiguilles pour oiiserver pai' transparence, je crains (jue l'C que j'ai pu prendre jiour de» orilices ne soil la trace de la pointe de mes aiguilles ; j'ajoute ce|ien(lïnit que. près d(^ rétranglenienf du jahol, j'ai vu des gouttes d'un li(|uide analogue à la salive se détacher sur cette paioi en des points plus transparents, que je pouvais considérer connue les extrémités de tubes déférenls exirèmement étroits. Je donne ces rapports avec l'intestin connue douteux, parce que je n'ai pas réussi à faire une coupe transversale qui mît enévidence ces communications. Quoi qu'il en soit, après un jeûne prolongé, le liquide du jabot et celui qucj'ai signalé dans des inter- stices de cellules pri'sentent des propriétés physicpies compléte- mnil identiques. (k'tte cduclie cellulaire se continue jus(pie dans l'épaisseur des lobes périplii'riqucs du bourrelet valvulaire ; lorsipi'on a coupé ces lolies, il s'en éeluip|ie un lif|uide aqueux, dans lequel nagent dos cellules. l,a surlace interne de la muqueuse i llg. 6) y reçoit un a.s.sez grand nond)re de filets trachéens ; la surface externe est encore revêtue de la couche chilincuse. C'est après avoir constaté celte (^onchechitineuse que j'ai considéré le tissu interne des lobes de la valvide comme le prolongement de celui du jabot, bien que sur ce dernier les ramincations trachéennes n'atteignent jamais la surface de la muipuMise L'envelo|ipe musculaire n'est si'pan'c du tissu cellulaire que i>nr une très faible l'paisscur de tissu conjonclir, qui sert eu UM'uie temps de moyen d'union enirc les ("léments de la couche profonde formi'-e de libn's transversales. Klles forment une surface conlinne depuis le commencement de r(esophage jusqn':i l'isthme situé entre le jabotet reslomae. .\ ce point, la conclu^ est plus épaisse, et c'est à sa contraction qu'il faut attiibuer l'étranglement local. Les (ibrcs longitudinales sont réunies en faisceaux séparés, re- couvertes par l'enveloppe externi,'. Darisladilalalion stomacale, répilhi'liiim, comi be/, rinse('te parfait, est constitué- par une seule courbe de grosses cellules arrondies, à noyau s|ilié'rique granulé, (^cl épitht'liuui ne rcvcl paB 168 s. SIROnOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS seulement les parois de la poche principale; il se replie dans la cavité des émiiiences pédicellées, dans celles des deux séries de culs-de-sac du dernier segment. N'est-ce pas là déjà une preuve que ces organes ne sont que des diverticulums de la cavité prin- cipale. Il n'en est pas de même dans les tubes borgnes du premier segment; les cellules se distingueront parla présence très fré- quente de goutleleltes graisseu.ses dans le conlenu, par leurs pro- priétés chimiques et phvsiques. Dans l'estomac, la cellule, d'abord transparente, se trouble dans l'eau par la formation d'un [irécipilé lloconneux;dans le noyau, le précipité granulé est plus abondant, el le rend opaque; du reste, jamais de gouttelettes grais.seuses. Dans les tubes borgnes, la cellule est aussi transparente tout d'abord, et son noyau apparaît comuie une taebe circulaire plus éclairée. Dans l'eau, le noyau reste transparent; ce n'est i]u'à la longue qu'il se ti'ouble, et si peu, qu'il faut une très grande atten- tion pour saisir le eliaugement. Cette cellule néanmoins est très riche en matière protéique, préciintable par l'acide acétique et l'alcool. La graisse, lors(|u'elle existe, s'y trouve soit à l'état de gouttelettes, soit à l'état de concrétions. La muqueuse, mince el transparente, est plus particulièrement élastique sur les glandes en tubes, d:)nt elle devient la membrane fondamentale. Là. en effet, elle se plisse pendant la vacuité, et, après l'avoir isolée, elle se rétracte lorsqu'un elierclie à l'étendre siu- le |)urte-objet. Sur la surface générale, cette élasticité est à peu près nulle, mais elle réparait sur les csecums. Au niveau des sillons transverses, elle forme des diaphragmes destinés à prolon- ger l'action des sucs sur les matières alimentaires. Son épaisseur est trop minime pour contenir les follicules gastrirpies; ils se pro- longent dans la couche musculaire; pour les suivre, il faut un grossissement |iuissant. Le développement de ces follicules se trouve parla même attaché à celui de cette couche, ils seront aussi inégalement distribués; on ne les rencontrera pas uniformément à la surface de l'organe. Sur le premier segment, l'enveloppe annulaire est continue, plus serrée aux sillons, plus lâche aux crêtes des stries trans- verses; mais les fibres longitudinales sont éparses; si elles se CHEZ LES INSECTES. 169 réunissent, ce n'est jamais que parirois ou quatre, toujours sépa- rées par un intervalle marqué. Ces deux espèces de fibres ne font <|ue contourner la base des glandes en tubes ; elles sont au con- traire parl'aitement reconnaissables sur les éminences pédicellées. Ici, par leur entre-croisement, les deux ordres de faisceaux don- nent naissance à des mailles occupées par les mamelons. On se fera une idée très exacte de cette structure en supposant une sur- face ballonnée enfermée dans un filet trop étroit ; la membrane, sous l'inlluence de la pression intérieure, fera saillie dans les mailles. Il faut se garder de croire qu'aux mamelons correspon- dent les follicules gastriques ; ils s'y trouvent, mais ne les rem- l)lissent pas complètement. Ce n'est pas non plus une position exclusive; on peut en observer entre les fibres musculaires trans- verses, recouverts ou non par les fibres longitudinales. Sur la partie postérieure et plus élroile du second segment, la distribution des muscles est idenlique avec celle du premier; mais sur le corps |)riii(i|)al, dont la smface est parfaitement lisse, les fibres annu- laires même sont fort rares. Il en est de même des follicules gastriques; il m'a fallu l'aire passer une étendue considérable do celle paroi sous le microscope pour les rencontrer. A la surface de cbacim des cœcums de l'une et de l'autre série, les fibres anmilaires et les fibres longitudinales groupées en faisceaux, (pii .se coupent à angle droit, constiluent un réseau analogue à celui des éminences pédicellées, et le l'ésultat est le même quant à l'aspect général (lig. 9' et quant à la position des follicules. Une différence ccpcndani mérilc d'èlre notée : les libres musculaires n';illci;;Mcnl |ias le sduniirl du cul-dc-sac , mais la surface n'en est pas moins mamcloniK'C. (Jclle paiticularité trouve sa raison d'être dans la mnlliiilication des follicules gastriques, et la nécessité d'une grande surface de sécrétion, l'.idiu tous ces organes à la fois sont enfermés dans une luni(pie externe, liomogcne, Iransfiarente, d'ime épaisseur très appriViable, que l'on peut cumparer à un pi'i'iloiue. Son adlii!- rejice avec le lissu sous-jaeent n'e.sl 1res Inrlequclànù l'enveloppi' nuiseulaiie est bien l'eprésenli'e ; sui' les jilandes en hdies el siu" lexliéunlê' d(;s cu-'eums, les deux membranes, la nniqueuse el le 170 s. SIRODOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS péritoine, semblent appliquées simplementruiie sur l'autre. Ainsi, lorsqu'on examine par transparence les extrémités soit des tubes borgnes, soit des ctecums, l'épaisseur de cliacune des deux mem- branes se dessine très nettement. La mollesse des tissus, même après avoir essayé de les durcir dans l'alcool absolu ou dans l'acide cliromique, ne m'a pas permis de l'aire dcâ coupes par lesquelles j'aurais pu caractériser le tissu sous-muqueux, s'il existe. La stniclure de l'intestin m'a d'autant moins préoccupé, qu'au premier abord je ne vis pas de dil'tèrence bien marquée avec ce qui a été décrit dans le chapitre précédent. L'appareil dificslif des larves de Coli'OjjtèresdécritesparM. Haan dans le mémoire déjà cité, de celles que j'ai pu disséquer nioi- mème, n'offre i|ue des différences purement accessoires avec celui de la larve de VOryctes nasicornis. La disposition j^énérale reste constamment la même; toujours le lube s'étend d'abord en droite ligne depuis la tête à l'extrémité du corps; le côlon présente cette même position et la même configuration ; la dilatation stoma- cale a les mêmes limites et le même aspect : ce qui varie, c'est la forme seulement des glandes et des c*eums. Dans les glandes, les tubes peuvent être remplacés par des lames tiiangulaires plus ou moins profondément lobées sur leurs bords (Lucane), ou par des cxserlions de formes variables, mais toujours lobées à la surface. Pour les caecums, les modilications soni moins sensibles, le plan conlenautla ligne des insertions varie dans sion inclinaison sur l'axe du lube ; ils peuvent se réunir à la base par deux ou par trois pour donner naissance à des appendices digités. Ils seront du reste invariablement caracti'risés par la na- ture deré|)ithélium, parla présence du double système de fibres nuisculaires, par celle des follicules gastriques dont est parsemée la paroi. C'est avec un vif regret que j'ai vu échouer toutes les tentatives que j'ai faites pour assister , pendant la nymphose , aux diffé- rentes époques de la transformation de l'appareil digestif de CHEZ LES INSECTES. 171 l'Onjctes nasicornis. Toutes les nymplies que j'ai pu me procurer étaient sur le point de se débarrasser de leur enveloppe pour entrer dans la dernière période de leur existence. Une seule fois j'ai ]ii! saisir une larve au inonient où la peau comuieneait à se ra- tatiner, je la uiis à [irolil aulanl qu'il était possible. Je devais être lia[ipi'' du progrès ra|iide de la transl'ormation ; la dilatation siastrique s'était allong:ée aux dépens de son diamètre, la tonne cylindrique était mieux marquée, et les stries plus nnitbr- uiémenl répandues à .sa surface. 11 ne restait plus de traces des éminences pédieellées du premier .segment; les cîecums s'étaient réduits dans leur largeur et de plus de la moitié dans la longueur. Lesdeux séries de glandes en tubes, apiès s'èlre considérablement amoindries dans leur volume, se trouvaient en retrait sur leur posi- tion primitive; cette cii'constance est représentée pi. 9, fig. 7. Je liu donnai une atlention d'autant plus sérieuse, que déjà j'avais remarqué cbez le Hamielon, dans le lieu même où ces glandes semblent s'évaniiuir, un anne;iu iliiu tissu cellulaire bien caracté- lisé el dont la nature m'eut écliappi' sans le fait présent. Je re- cbercbai ces mêmes glandes sur l'Insecte ()arl'ait,et jesuisi)arvenu A distinguer leurs ciils-de-sac des follicules gastriques proprement dits. .Ainsi donc dans la paroi de l'eslomac de l'Insecte parfait, il existe un appareil glandulaire distinct des follicules en général miiMix ri'présentés. Enlin j'ai constaté que les follicules, d'abord [lins nombreux sur les caecums, s'étalaient sur la surface générale au furet à mesurede ladisparition de ces derniers. Surlcs nympbes établie.-; (buis leur coque tous les ( ieciuns ont disp:u'u. !.e système de glandes que je décrirai dans le jabot etl'œsopbage de l'insecle parlait n'est [las foruii' cbe/ la larve; se trouvaient- elles eu voie de formalion dans mon sujet? J'ai dissé(pié la coucbe cellidairc sous-mnqueuse de la partie postérieure du jabot, el j'ai reconiMi ries cellules avec des prolongements filiformes dir'igés vers la partie antérieure. Klles représenleul iirobablemenl les glaniles fiilures de l'Insecte parfait. <;'est là que se sont îUTèlées mes recherches sur ce {loiut, je les donne malgré leur |ianvreté. 172 s. SIROOOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS CHAPITRE III. DES GLANDES SALIVAIRES. La bouche des Vertébrés est le siège d'une sécrétion multiple dont les organes actifs sont : ou dans la paroi même, qu'ils soient renfermés dans l'épaisseur de la muqueuse, ou bien recouverts im- médialement par cette membrane, ou bien à une certaine distance, séparés par d'autres organes. Les glandes éloignées sont les plus volumineuses, mais ne diffèrent pas, par la constitution, des plus proches. Toutes sont des glandes acineuses, des glandes en grappe dont les lobes et les lobules [acini) sont parfaitement identi(|ues; la seule différence a[)parail dans le degré de la ramification des derniers rameaux de l'arbre formé par les conduits déférents. On les a divisées en doux groupes : les glandes sublinguales, réunies aux glandes parolidiennes et submaxillaires, foinient les glandes salivaires ; \cs autres ont reçu le nom de glandes mu- queuses. 11 sérail difficile de trouver dans la strucliire de ces deux espèces d'organes des mollis (pii puissent justifier celle distinction. Les arguments tirés de la composition chimique île l'Iiuineiu' sécrétée seraient-ils plus conchianls? Il ne m'apiiarlient pas de pousser plus loin la criliijue de cette division géuéraleuieut admise; je devais poser la question avant de rechenîor ce que sont les glandes salivaires chez les insectes. La bouchedes Insectes est revêtue d'une couche cbilineuse dont la conhnuilé et la transparence, lors uième (|u'elle est doublée par la muqueuse, permettent de préciser les points par lesquels les humeurs arrivent dans sa cavité. Or, on ne renconlre que deux orifices bien évidents ; ils correspondent aux extrémités des canaux déférents des deux glandes symétriques parfaitement représentées dans les planches de M. Léon Dufour. Parleur position, elles se rapprochent des glandes éloignées des animaux siq)érieiu's. Telles ne sont pas peut-être les seules glandes en rapport direct avec la cavilé buccale. On sait (pie les |ialpes maxillaires et labiaux du Grilkis lalpa sont terminés par des tampons dont l'objet me laisse encore des inquiétudes. Je ne sais plus si M. Léon Dufour CHEZ LES INSECTES. 173 s'en est occupé, et dans ce moment je suis en plein désert au point de vue des ressources scientifiques. J'ai trouvé dans chacun de ces palpes une glande en grappe dont la surface est recouverte par la peau ; les canaux sécréteurs se réunissent en un tronc unique che- minant dans l'axe du palpe. Vient-on à couper le palpe transver- salement;! sa base, il s'écoulera un liquidepar la section, lorsqu'on exercera une compression sur l'extrémité renflée. S'il y a bien là une glande, son orifice doit se trouver sur la surface interne du maxillaire; je ne l'ai pas vu. L'œsophage et le jabot des Coléoptères reçoivent un liriuide élaboré |iar de singulières petites glandes comprises entre la mu- (jueuse et l'enveloppe musculaire. Doit-o[ilescom])arer aux glandes mu(iueuses en grappe de l'œsophage des animaux supérieurs ? Uoit-on les ra|)procher des glandes salivaires? D'abord les glandes muqueu.ses en grappe de l'iesophage ont tous les caractères attri- bués aux glanilcs salivaires. Dans le cas dont il s'agit, si je ne nie pas complètement chez les Coléoplères l'existence de glandes salivaires analogues à celles des autres Insectes, je ne trouverai pas du moins des contradi('teuis eu disant qu'elles sont tout à l'ail rudimenlaires, tandis que les glandes de l'œsophage et du jabot sont extrêmement mullipli(''es, et, (juelque |ietites qu'elles .soient, constituent une grande surface de sécrétion. En outre, chez les Insectes dont les glandes salivaires sont imissamment re- présentées, les glaniles de ['(('.sophage n'existent pas. Que résulte- t-il de celle comparaison? KvidenunenI, (|ue chez les Coléoptères les glandes de l'iesopliage et du jabot suppléent à l'exiguïté de la sécrétion de la paire de glandes analogue à celle de la généralité des Insectes. Os gland(;s des (Coléoptères nro(cup(!ront plus spécialement dans ce chapitre; mais avant d'entrer dans les détails de leur des- cription, je veiix('lal)lir ipiehpics rapprochements entre la structure des glandes salivaires bien coiuMies d(,'s Insectes et celb; des mêmes organes chez les aiiiniaux supcMicurs. Dans sa plus grande sim|ili(ili', une glande salivaire se comiiose d'im lidie borgne uniipie; elle .se conqili(pi(! pai' l'apparition de Jépres.sions en cul-de-sae sur la paroi du tube principal, de manière 174 s. SIROOOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS à consliluer un ou plusieurs lobes accompagnés quelquefois d'un renilcnient qui |>araît remiilir le rôle de réservoir. Alors la base de la glande simple se translorine en condiiil déférent cai'actérisé par le prolongement de la couclic cliilinciise buccale. Cliez les Orthoptères, et parliculièrcnienl dans la famille des Grilloniens, on ne peut mécoimailrc de vérilahlcs glandes en grapjie avec des conduits déférents secondaires se réunissant en un tronc commun. ■ Remarquons que les lobules ne sont jamais formés de globules arrondis, mais de dépressions plus ou moins profondes. 11 n'y à pas autre chose dans les glandes salivaires en grappe des animaux supérieurs. M. Kdllikcr, dans ses Éléments d'histologie humaine, a montré que les globules (acini) peuvent être déroulés, et ipi'ils sont formés par des digilalions loi't comles naissani d'un canal principal en rapport avec le cnnalicidc délr'ienl. Il y a donc ciiez les insectes de véritables glandes conglomérées, cl le contraire à été répété bien souvent a[)rès Cuvier. J'arrive aux glandes des Coléoptères. ljirs(]uc sur licsophage ou le jabot de VOrycles nasicornis on a |irali(|ui'' une ('i:ii|)c verli- calc assez mince pour la rendre Iranspareule , on distingue très nettement une couche cellulaire dont la structure doit étonner au premier abord. Cette cou[ie est représentée [il. 11, fig. l,par un grossissement de 150 diamètres environ. Reconnaissons tout do suite la superposition des couchcsindiipiéesau chapitre de la struc- ture. En allant de l'inléricur à re,\térieur, ce sont ; la couche chili- neuseet la muipieusc iulimcmcul unies a; une première couche de cellulesô; un tissu conjonclif lâchée, dans lequel soni engagées les cellules glandulaires d; l'enveloppe musculaire continue de fibres transversales e; les faisceaux éearti's de libres longitudinales f, et cnlin la tunique externe g. L'élude des éléments des deux couches cellulaires e.xige un grossissement plus fort, je les ai figurées par 500 dianxèlres. Sur l'épaisseur de la première série, on peut compter deux ou trois cellules dont les propriétés physiques paraissent éprouver des variationsà mesure qu'on s'éloigne de la muqueusefpl. 11, fig. "2). Celles qui sont en contacl immédiat avec cette membrane se distin- guent par l'homogénéité du conleim eldu noyau ; elles sont aplaties, CHEZ LES INSECTES. 175 de plus elles possèdent une certaine consistance (a). An second rant;, les cellules, plus arrondies (6), ne sont pins liomofîènes que [par le contenu; le noyau est granulé. Enfin les |ilus proron(les(c) ont à la fois le contenu et le noyau granulé. Toutes ces cellules sont très rapidement dissoutes par une solution de soude même fort étendue, et l'acide acétique les rend lellcmenl transparenics, ipron ne peut plus observer le noyau sans difficulté. L'aspect de la coupe, dans sa partie t;landulaire, est signale parla présence de grosses cellules ovoïdes , disposées sur deux rangs, séparées par un lissu coiijdurlir laclie , mais assez é[iais pour les distancer, à ce point qu'elles ne soient jamais en contact immédiat. Ce tissu conjonctif, (lar sa mollesse, est ap|)elé à èlie pénétré par le liquide nourricier (pii baignera continuellement la surface i-xtérieure des cellules enfermées dans ses vacuoles. Au milieu de ces cellules .se' conlournent des tilamenls dont l'autre extriMuilc traverse la muqueuse et atteint la coucbe cbilineuse. Il est rare que sur un liord île la Iranche l'un de ces lilamcnls ne soit compli'lement libi-c (h): on observe alors et son exIn'Miiilé fixe et son exln-mili' libre ciuirbée en arc de cercle. Di'jà on peut comprendre que rextrémit('' libre de rbacun de ses lilanieiils doit se trouvei' dans une cellule. Pour l'i'lablir d'une manière incon- testable, il faut étaler ime partie de la paroi d\i canal, la coucbe chitineuse appliquée sur la lame de verre, et chercher à enlever la couche musculaire, (^ctte opération réussit en saisissant au cro- ch) sur des lambeaux restés adbéi'ents au canal déférent. (>e canal, comparé à la couche chilincuse, ne paraît |)as s'en éloigner (loiir la slnicliire comme pour la eumposilion chimique. (;es eelliiles, ipii, par hîurs rap[)orls avec nu canal siicn-teur débouehiint dans le tube digestif, preimeni le caractère de glandes i' série. ZooL T. X. {(;aliii!r n" 3.) * lî 17S s. SlIlOSlOr. ItECHEUCHES SUR LKS SÉCRÉTIONS n'diiilcs ;'i l;i plus nrande. simplicité, ne soiil |uis parliciilières à VOrijctes nasicoi-nis. Je les avais observées l:i première l'ois en faisant une étude liistologiqne du Iiigc digeslil' du Hanneton; je me snis borné à représenter (fig. 2 et llg. o, pi. 12) les orifiees des canaux exeréteurssurlaeoneliecliitineuse, parcerpieje n'avais plus à ma disposition (pie des individus conservés dans l'alcool. La Cétoine dorée me les a montrées avec des signes d'une par- faite identité; j'en ai dessiné (pi. 12, llg. 1) deux glandules com- plètes avec des débris du tissu conjonclil' interposé. Poiu' généraliser l'existence de cet appareil sécréteiu- cliez les Coléoptères, le travail sera simplifié en s'applirpiant d'abord à mettre en évidence les canaux cxcrétein's, et alors il sul'lît d'en- lever la muqueuse jiar arracliemeni, ces canaux la suivront. Est-il bien niile de l'aire remarquer (|ue iiarl'ois le canal défé- rent se bil'uripie à la sortie de la cellide? Connue celle |iarticnla- rilé se trouve dessinée (pi. 11, lig. 3, c, je devais en dire un mot. l'ar leur position, les glandes pbarvngiennes des Insectes ne peuvcntêtre comparées qu'aux glandes paroliiliennescu submaxil- laires. Or, il existe une différence marquée entre les produits de la sécrétion de ces deux sysièmcs de glandes. La salive paroli- dienne est limpide et lluide, elle ne contient pas de mucus coagn- lable par l'acide acétique. Lorsqu'on a broyé dans l'eau les cellules épitbéliales de la glande, le même réactif ne précipite pas encore de mucus. Au contraire, \a salive des glandes submaxillaires cs[ filante, l'acide acétique y |irécipite une ipiantité «'onsidérable dans un excès du réactif; et, d'après M. Cl. Bernard, ce mucus se retrouve dans les extraits a(pieux qu'on obtient après avoir broyé cette glande. Mes recbercbes comparatives onl éli' laites sur les glandes sali- vaires des Crilloniens, du Grilhts talpa. du Grillus campestris, (\u Crillus doiiiesticus. .l'ai très sonveni trouvé dans les canaux déférents un lif|uide nuiqueiix et filanl; lor.s(|ueje pouvais, par la compression, en l'aire sortir une gonlle, elle était coagulée pai' l'acide acétique, el le coagnlum était strié à la surface. Les extraits a(|uenx obtenus après avoir broyé une portion do la glande entre CHbZ LKS INSECTES. 17!) deux lames de veri-e domiaienl, par l'aride acé(ii|ue, un alioiidan [irécipilé de couleur blancliàlre, assez épais pour ne plus pouvoir à la stiile, observer par transparence. Si l'on rappi'oelie de ces ca- raclères chimiques les caractères liistoloi^iiiues, l'analogie avec les glandes submaxillaires ne peut èlre récusée. Les caractères des glandes de IVesopliage el du jabot des Coléoptères ne peuvent èlre aussi tranchés; j'hésiterais avant d'établir les terme» aussi positifs de cette comparaison. UHAl'ITRE IV. UES GLANDES GASTUIQCIiS. L'agent le plus énergique dans la désagn'galinii et la dissolu- tion des matières alimentaires, le sue gastrique, u'a pas été l'objet d'éludés sérieuses dans la classe des Insecies. A peine trouve-ton quebpies vagues indications sur l'existence des glandes destinées à son élaboration. NewporI, autant (pie je imis en jng(M' d'après les exti'ails de son travail (pii me sont l'onnus, appelle (/landes (jastriqves les organes ipie M. Léon Did'our a comparés aux villo- .silés intestinales; il ne va pas plus loin. La digestion stomacale a vivement préocçup(' l'attention des pliy.siologisles ; la succession de ses phénomènes est anjourd'biii précisée avec une rigueur commandée par .son imporlance. L'es- lomae n'est pas seulement uni" poche dans laquelle les aliments doivent l'aire un séjour limit(', il tant encore mie condition sine ffud non, c'est l'arUiix d'un liipiide dont l'elfet aura piiiir consi''- quence la désagrégation des matières auxquelles il scia mélangé. Tels sont les premi<'rs caractères ipii dans l'appareil compli(pit' des Htnninaiils ont l'ait rccomiailre l'estomac |iroprcinent dit. Tels sont les caraclèrcs que j'ai dû appliquer lorsque j ai \uiihi (vbircr on point cncdi'e fort obscur de la diiicslinn des Insectes, ladig('stion slomaiale. La première portion de l'appareil ih'^^ Insectes où les aliments pendant leur s(''jonr éprouvent des modiliealions imporlantes et ineoiilesl.ables, est la ililatation que.M.L(''on Dnl'oiira désignée sous le nom de renlricuk clnjlifiijue. S ce |ircmier caractère il l'allait 180 s. SIRODOT. nECHERCHlîS Sl'R LES SKCRÉTIOîfS en ajouter un second, reconnaître dans ce ventricule une sécré- tion spéciale et les glandes destinées à la produire. Dans un cer- tain nombre de genres pour lesquels le régime carnassier est bien reconnu, il existe sur le ventricule des appendices villeux consi- dérés primitivement comme des organes d'absorption. Après cette opinion nettement formulée, le ventricule devenait une partie intégrante de l'intestin. Tel est le motif ipii m'a fait abandonner l'expression de ventricule chyli/ique pour celle (Veslomac, plus en rapport avec le^ fonctions de l'organe. C'est déjà dire, avec NewporI, que les appendices villeux sont des glandes gastriques. Pour le démontrer, il ne serait pas suffisant d'établir la com- mmiicalion directe de ces organes avec la cavité digeslive, il fallait de plus examiner leur condition dans le jeune et après une abon- dante digestion. .\Ies recherches ont été faites sur plusieurs espèces de Carabes et sur le Dytique. Pousse-t-on avec ménagement une injection dans l'estomac, elle pénètre dans les appendices et les distend. D'ailleurs il suffit d'observer par Irauspareiice, et avec un faible grossissement, la face iiilerne de la |iaroi, pour distinguer les extrémités des canalicules ; elle offre l'aspect d'une passoire. Mais les li(juides provenant de la digestion pouvaient pénétrer dans ces organes, et passer par absorption dans le sang de la cavité générale du corps. L'expérimentation suivante ne permet pas de s'arrêter plus longtemps sur ce rôle physiologique. En supposant des organes d'absor|)lion, ils devaient être vides et affaissés après un jeûne prolongé. Des Carabes, après avoir été isolés dans des verres pendant au moins huit jours, étaient ouverts et un fragment de la paroi de l'estomac porté rapidement sur une lame de verre. L'œil armé d'une loupe, je fixais une villosité par la base avec la pointe d'une aiguille mousse, tandis que je cher- chais à l'ouvrir dans sa longueur avec une aiguille très fine légèrement courbée en crochet par le frottement contre un corps dur. Avais-je réussi, il s'en échappait aussitôt un liquide pulpeux dans lequel le microscope découvrait des cellules de toutes dimen- sions avec des débris de cellides rompues. Là ne se trouve pas seulement un cas de conformité avec la structure générale des glandes, mais encore les cellules ont de grandes analogies avec CHEZ LES INSECTES. 181 celles de certaines glandes de l'estomac des animaux supérieurs. Donc, les villosilés de la surface extérieure de la dilatation ven- triculairc des Insectes carnassiers sont de véritables glandes gas- triques. La question ainsi entendue, les glandes des carnassiers ne seront |ias un t'ait particulier en rapport avec le régime, il suffira de chercher dans la paroi de l'estomac des Coléoptères herbivores ou |)liyllo[ihagcs i)our être certain d'une plus grande généralité. Le .seul l'ait spécial aux glandes des carnassiers, c'est un dévelop- pement exceptionnel. En les décrivant d'abord, ce sera partir d'un fait connu qui n'avait besoin que d'une juste interprétation. Généralement les glandes gastriques restent engagées dans la paroi de l'estomac; les exceptions n'auront pas été seulement un premier aperçu qui aura guidé dans leurs recherches, elles per- mettront de saisir d'intéressants détails de structure. Les villosités gastri(]ues des Insectes carnassiers hérissent toute la surface cor- respondante du canal digestif sans jamais s'éteniJre jusqu'à l'inser- tion des tubes de Malfiiglii. La partie extérieure, de beaucoup la plus cdusidéi-able, n'est pas régulièrement cylindrique; la base est élargie; un faible étranglement précède la partie moyenne, peu pronoiici'e chez le (Carabe fpl. 12, fig. li), bien sentie chez le Dyti- ipie I lig. 5, a). Chez le Dytique la forme commune est celle d'un doigt renllé à la première articulation des phalanges, rétréci à la seconde et un peu épaté à l'extrémité. L'aspect de la surface leur est fortdillércnt, suivant (|u'on l'examine aussitôt après avoir ouvert laiiimaljOU biiMi a|)rès un certain séjour dans l'eau. Dans ce dernier cas, la glande est gonflée par rciiii et la surface est lisse (fig.iet lig. ft); mais si l'on opère rapideiiiciit, rextrémiti! borgne apparaît toute mamelonnée lig. Ti, h). (;'cst donc une dis|iosition identi(|iie avec celle décrite iionr les extrémités des CDecnms des larves de (jjléoplèrcs. La paroi est formée par une membrane foiiibimriitale, traiispa- renie, homogène, résultant d'une dé-pression de la muipieiise; elle csl recouverte par une tunique extéiieiiie très mince, dont l'adhé- rence avec la membrane fondamentah! est assez faibli;; sur cette paroi serpentent des laiiiusculcs liachécns qui se délaclicnt des 182 s. SIBOnOT. -^ RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS (roiiL's plus gros appliqués sur restoniac. Ces ramuscules remon- lent par conséquent le long des villosilés ; les branches les plus fines pénètrent enire la membrane fondamentale el la tunique extérieure. Les fibres musculaires, loi'squ'elles existent, s'arrêtent à l'étranglement qui limite la partie basilaire; on ne peut en re- connaître chez le Carabe, mais elles deviennent évidentes chez le n\ii<|uç (fig. 5,0). Elles se composent des deux expèces de fibres annulaires et longitudinales; c'est encore une analogie de plus avec les caecums gastriques des larves. Malgré ces points de contact, je ne pourrais assimiler les cteciims gastriques des larves aux glandes du Dviique. En crict, dans la paroi des caecums, on ren- contre des l'olliculcs qui sont les analogues des villosilés des car- nassiers. Les cellules contenues dans la cavité intérieure ne paraissent pas constituer un véritable épithélium en iiavé. L'observation par transparence découvre des cellules de toutes dimensions remplis- .sant parfois complètement l'espace libre, surtout vers l'extrémité en cul-de-sac où sont accumulées les cellules les jilus petites. Par ce fait, de cellules de dimensions variables paraissant à des époques différentes d'une vie propre, il faut conclure à la produc- tion incessante de cellules. Les plus jeunes sont granulées et pourvues d'un très petit noyau qu'on peut reconnailrc par sa transparence au milieu des granules. A mesure (pi'elles se développent, les granules se modifient, le contenu devient plus boniogèno, et n'est plus troublé que par un petit nombre de llucoiis de matière protéique ; le noyau ne se modifie pas sensiblement sous rinlliience prolongée de l'eau; les cellules se contractent sans précipitation plus abondante de la matière flo- conneuse ffig. S, e, f, g), t\m augmente légèrement, si l'on traite les mêmes cellules par l'acide acétique faible (bg. 5, c, d). Les cellules les plus grosses (fig. 5, h), traitées directement par l'acide acétique faible, sont un peu troublées dans le contenu et dans le noyau. Ces glandes sont représentées chez les Coléoptères herbivores par des follicules inclus dans l'épaisseur de la paroi. Je les ai vues d'abord dans le Hanneton, chez des individus conservés dans l'ai- CHEZ LES INSECTES. 18S cool. L'estomno étant ouvert et lu paroi bien lavée, on l':ippiir|ne par la nuicpiciise sur une hune de verre, et Ton examine la surface extérieure avec une loupe grossissant trois ou quatre fois. On aperçoit alors une inlinité de petits points plus obscurs disposés en séries régulières soit annulaires, soit longitudinales; cette cou- leur, plus foncée, est le résultat de la précipitation par l'alcool des cellules des follicules. Avec un grossissement de 500 diamètres, ou les verra contenant encore un snuul nombre de cellules pai'l'ai- teuient conservées. .l'ai choisi VOryctes nasicornis jiour représenter ces follicules, alin de comparer leur disposition et leur structure cbcz la lai've el chez I Insecte parfait. Ici la loupe est impuissante à déceler leur existence dans ré|)aisseur de la paroi, il faut recourir à un gros- sissement d';;n moins 150 diamèlics. Li; fragment pri'jian'' pour l'élude doit être lavé avec de l'eau acidulée par l'acide acétique, pour ajouter à la transparence des tissus et rendre les follicules plus tranchés par le contenu faiblement troublé. H est repré.scnté (pi. 13, lig. 1); la vue est extérieure et donne : la tuniiiue exté- rieure aaa; les fibres longitudinales bbb; les libres annulaires ccc, cl enfin les follicules t/c/. Os follicules sont, comme chez le Hannelon, disposés en séries annulaires régulières; interposés entre les faisceaux de libres musiulaires ccc, ils déliassent dans leur longueur le plan de ces fibres, mais sont toujours recouverts par les fibres longitudinales bbb. Ils paraissent remplis di^ cellules, mais tro|i [letites poni-cln; bien accusées avec ce l'aililc grossisse- ment. En déchirant l'enveloppe musculaire, ou parvicnl, après quelques essais, à isoler un ou plusieurs follicules; l'un deux est if|ii'é.senlé (lig. 2) par 500 diamètres. (Ai follicule est ballonni;; la portion rétrécie clii cul résullc de l'inloivalle plus élroil (iii'il occupe entre les libres aniuilaires. I.'eiivelo|ipe, aussi mince (|uc déli<':ite, est transparente et sans sti'iicturc; elle e>t remplie de eclliilcs de dimensions à peu \)vès égales, el au milieu se trouve une goulle d un h(|nide opalin non pli'i jpil:dile |iar les acides \ (''gétaiix. I.es e'cllules petites et granu- leuses, à nouiu diltieilemeiil pi'reeptibli; ilig. "i, ", bj, sont plus Iroiiblées par les acides végétaux que celles des carnassiers, lien 184 s. SIROnOT. — RECHERCHES SLR LES SÉCRÉTIONS résiilleniil donc, [loiir le contenu de ces cellules, une plus grande quanlilé de ni;ilièies coagulables. L'eau seule ne niodilie pas sen- siblement le contenu. Les mêmes follicules, idenliquemcnt caractérisés, existent chez la larve; mais tandis rjue sur le preuiier segmeut ils sont en séries régulières, ils sont reportés sur le segment postérieur dans l'épais- seur de la paroi des csecums; ils sont très rares sur la portion lisse. Pour généraliser l'oxislence de ces i'ollicules, je les décrirai encore dans une famille d'Orthoptères, les Grilloniens. Chez le Grillus campestrisj;\ \y,\\xn de l'estomac (pi. 13, lig. 3), examinée par transparence, présente dans son épaisseur un réseau formé par des fibres sinueuses. Chaque maille est occupée par un follicule ; un seul est en place, afin de laisser le réseau mieux maniué. Dans ce follicule les cellules sont mélangées avec des gouttelettes d'un liquide opalin qu'on ne peut confondre avec des gouttelettes hui- leuses. Quatre de ces colhdcs, variables par leur aspect et leur dimension, sont grossies 500 fois : a et 6 sont deux cellules jeunes, graïudées, avec un noyau petit et transparent; c est une autre cellule de grandeur moyenne; la parlic liipiide augmente, et les granules soli'les tenticnt à se n'unii' autour du noyau ; enfin d montre une des plus grosses cellules parvenue à maturité, le con- tenu en est translucide. En se bornant à la recherche des glandes de l'estomac cliez l'Insecte parfait, il serait difficile, sinon impossible, de reconnaître des glandes d'une nature différente de celles (pie je viens de dé- crire , d'autant plus que ces dernières sont également distribuées sur toute la surface de la dilatation stomacale. Cependant à la partie antérieure, dans la région thoracique, il existe encore des rudi- ments de glandes qui ne sont bien dévelo|ipées que chez les larves, à l'origine du premier segment, et (pie j'ai décrites avec des détails suffisants, dans le chapitre consacré à faire connaître la disposition et la structure de l'aiipareil digeslif des larves chez un certain nombre de Coléoptères. Ces deux espèces de glandes se distinguent radicalement : par leurs formes, par la nature des cellules tic sécrétion, par leurs CHEZ LES INSECTES. 185 produits. Parleurs formes: les premières sont des follicules simples ol si elles s'éleiidoiil en cul-de-sac extérieiu' à lu paroi, l'extri'iiiilé ijoryiie est mamcloiuiée; les secondes sont toujours l'ormées de tuhes courts extérieurs avec des dépressions sur leurs parois, mais à surface lisse. Par la nature des cellules de sécrétion : là elles sont petites, sphéroïdes, à très petits noyaux dont le contenu ne renfermera jamais de gouttelettes huileuses; déplus, elles rem- plissent parfois toute la lumière de la glande; ici elles sont com- paralivcnienl énormes et le noyau dépasse souvent les dimensions des cclkili's du pi'emier cas; elles renfermenl (larlbis une matière épaisse; cnhn elles m'ont |iarii forn)er un véritable épiihélium en pavé. Par leurs produits : dans les follicules, le conlerui n'est pas précipité par l'eau et à peine piu' l'acide acélique, tandis que dans les autres glandes, l'eau détermine un premier trouble, et le préci- pité devient extrêmemeni abondant par l'addition d'acide acé- tique. Lu excès du réactif ne dissout pas le précipité. Si je n'éprouve pas d'embarras à séparer ces deux sortes de glandes, ces deux espèces de sécrétions, je comprends que ce n'est rju'avec beaucoup de réserve que je puis aborder la déter- mination de la nature de chacune de ces deux sécrétions. La comparaison des follicules avec les glandes î\ pepsine des ilammi- fères ne .sera pas sans conséquence utile. Les cellules à iiepsine sont petites, arrondies, leur noyau n'a que de faibles dimensions; elles sont fréquemment engagées dans de.^ il(''|ircssinns de la mem- brane fnndainenlale, dont la surface exiei'ne devient variqueuse; elles rcmpli.s.sent souvent loutc la lumièic de la glande. Toutes rcs particularités sont au moins indiquées, (|uanil elles ne se i)ré- sentenl |jas avec une identité couqilcle dans les follicules des Insectes. La pepsine est soluble dans l'eau, sm-tout lorsipi'elle est acidulée; l'eau, les acides, ne troublent pas le liquide résidtantde lu sécrélion. Dans l'eau, les cellules des follicules diminiienl de volume avec le tem|)S. L'eau, jiar une ai'lion d'exosuiosc, enlève la pepsine, en supposant (pi'elle existe; la dimiuMlion de volume devient lUKM'on.séquericeacccplablc. Si les acides végétaux jiarais- Sciil augmeiiler le h'oidile inléiieur, ce pom'iail èlre en agissant sur les nialièics prolé'i(|ues dont les cellules ne sont jamais ilé- 186 s. siBOnor. — keciierches sur les sécrétions pourvues. Ce trouble est plus marqué chez les herbivores que chez les carnassiers ; devrait-on s'étonner de rencontrer ces cel- lules plus riches en pepsine dans un cas ipie dans l'aulrc? Enfin le d(''\clo[)penienl plus considérable des l'ullicules des carnassiers serait un l'ait analoinirpie parfailemeni en rafiport avec la nature des aliments pour lesquels l'action de la pepsine est bien prouvée. Par des digestions arlilicielles on irait plus loin, mais je n'ai pas su vaincre toute la diflîculté attachée à une expérimentation sur une aussi petite quanlilé de nialicre. lînireprendre l'cxtraclion de la pepsine n'élail pas une moindi'C dilllculté. La quantité de matière précipitable par l'acide acétique que re- cèlent les autres glandes pourrait conduire à une comparaison avec les glandes muqueuses de l'estomac des Mammifères. Comme toutes les glandes muqueuses, en eUel, elles doimeid un abondant précipité par l'acide acétique; elles se rapprocheraient encore par là même des glandes salivaires. Mais, en outre, un grand nombre de cellules de ces glandes contienneni de la graisse, soit à l'état de globules, soit à l'état de concrétions lamellaires; par places la teinture d'iode les colore en beau vert d'herbe, et en ra|iprocliant cette coloiation de celle produite par la même teinture sur les cellules du foie de VHeliœ pomatia, il y avait une telle identité, (|ue je me suis demandé si ces cellules ne seraient pas des cellules biliaires. Mais à part la couleur de la miirexirle, qui caractérise l'acide urique, une coloration ne peut être qu'mi indice et non un argument sérieux. La matière d'aspect graisseux pouvait con- tenir une sidjstance que son insolubilité permettrait d'apprécier, même en (piantilé très minime, la cholestcrine. .l'ai broyé l'or- gane dans la cavité d'une lame de verre avec une goutte d'am- nioniaiiue, (pii devait dissoudre la graisse et laisser cristalliser la cboleslérine, en supjiosant (prelle existât. La cavité fermée avec une petite lamelle en la faisant glisser sur la lame, j'attendis quel- ques beures. Alors la liqueur l'cnfermail des corpuscules cristallins qui n'existaient pas immédiatement ajirès la préparation. Leur étude exige un fort grossissement. On distingue sans efforts trois espèces cristallines bien accusées. A la surface du liquide on trouve des lamelles d'une épaisseur à CHEZ LES INSECTES. 187 peine appréciable, incolores, transparentes à la lumière directe, li'iHi reflet nacre ;"i la lumière réflécliie. Les formes régulières sont les plus nombreuses: ce sont des lamelles carrées, rectangulaires ou liisiuigiques , isolées ou groupées de différentes manières |p|. 10, lig. -2, a. b, c. d, f, g, /, m, n) ; quelques lamelles irré- gulières (e, h) arcomptigneiil les iirécédentes. Kn substituant i'élbei' à l'aunnoiiiaque, j'ai olilenu un grou[)emcnt dans lequel une lame reclangulaire présente sur ses bords une couronne de lamelles [iluspeliles, rectangulaires ou losangi(pies. Snlubles dans l'alcool et l'élber, ces cristaux [l'éprouvent pas d'allération de la pari des acides énergiques, les acides sulfurique et nitrique. Ces caractères s'appliipieni bien à la cliolestérine, mais la petite quan- tité de matière sur la(jue!le j'opérais doit infirmer les conséquences qu'on pouri'aileu tirer. C'csl donc Sdus bénépce d'inveiitaireque je rapporte ces lamelles à la cholestérine. D'ailleurs je ne pourrais considérer l'organe comme exclusivement bépatirpie, il renfer- merait seulemeni des cellules biliaires. L'éther précipitait en même temps des lames de matière colo- rante distinctes /lig. 5; par leur roulçur rouge brun, leur épais- seur et leur irrégularilé. Le traitement ammoniacal dounail encore quelques rares cris- taux lU'ismatiipjesque jen'ai pu délerminer d'une manière positive, (pie je rapporte au pbospbate amnioniaco-mognésicn. Je les ai représeiilés dig. /i, a, b, c, d, e, f, g,, afui de laisser juger la valeur de mon appréciation, fondée sur les circonstances dans lesquelles ils se snnl foiiués, sur leui's caractères cristallins, sur leur facile sdlidiililé dans les acides faibles. Le liquide coulenn dans les caecums de l'estomac di' l:i huve de VOrydes imsicornis se trouvait en qiianlilé suffisante |)0ur coiisla- ler la pri'scnce de ciTlains sels inorganiques, l'eudanl la digestion, le liquide de la cavité gastrique des animaux supériems est acide. Ii'i Mies essais n'ont pas éii- décisifs jiar l'emploi des réactifs co- liiri's. .Mais en clicrcbanl des[)bospliales dansée liipiidc, la nalui'e de ces sels l'-lait capable' de doiiucr quelipies indices. Les piios- pliales acides sont solubles et acidilirnl leur Mtlulion ; |i;iriiii les pbospliales neutres, les pliiispli:iti'^ alcalins seuls sont solubles 188 s. SIRODOT. — RECHERCHES St'R LES SÉCRÉTIONS dans une li(iueur neutre, les autres exigent une liqueur acide. En supposant des phosphates dans le li(|uide des cgecums, on pourra les faire cristalliser, nuelle que soit d'ailleurs la complexité de ce liquide. Cette cristallisation , j'ai cherché à la déterminer, après avoir étudié les circonstances les plus favorables, dans le travail de MM. Charles Rohin et Yerdeil {Chimie analomique et physio- logique). Le phosphate acide de soude m'a paru exister normalement dans le contenu des caecums. Après les avoir enlevés, j'en exprimais le contenu dans la cavité d'une lame taillée à pic; après addition, d'éther, elle était fermée par une lame mince. Après un intervalle de quelques heuies, il s'était formé des arborisations dcndriliques dont les dispositions s'éloignent assez des arborisations formées par le phosphate ammoniaco-inagnésien. En abandonnant la li- queur jus(]u'au lendemain, les dendrites avaient disparu en grande partie, et la liqueur contenait des cristaux isolés prismatiques dont il m'était difficile de reconnaître les formes. D'après le travail que je viens de citer, ces cristaux pouvaient appartenir au phos- phate acide de soude. Les formes du pliospliale neutre de soude m'ont paru plus faciles à saisir. Dans une seconde expérience, au lieu d'élhcr, j'ajoutai de l'ammoniaque dans le but de neutraliser la lii|ueur. Si j'avais eu affaire à du phosphate amuioniaco-magnésien, le précipité eût été immédiat en raison de son insolubilité. La liqueur, évaporée lentement, abandonna du jour au lendemain, d'autres fois après (juchiues heures seulement, dos cristaux (pi 10, fig. 1) que je vais décrire. Ces cristaux ne sont pas complets; une moitié seulement s'est développée, l'elle opposée à la partie adhérente à la paroi. Néanmoins on ne peut méconnaître leur type, le prisme droit à base rectangulaire. Les uns sont isolés (a, 6, c, rf, e, /", g)^ les autres forment des groupements divers (/i, /, m). Parmi les cris- taux isolés se trouvent des lames d'épaissciu' variable avec des facettes de niodificalion sur les arèles (a, 6, c, <<). L'inclinaison variable de deux facettes atljacenles, vaiialion rendue sensible par l'étendue de cette facétie en largeur, caractérise le type cristallin du prisme droit à base reclangulaire, la régulaiilé n'étant pas CHEZ LES INSECTES. 189 douteuse. Le face libre est souvcut inégale (a), parfois elle est creusée de sillons irrégiiliers (d). Dans les formes/', g, il faut voir une sorte de poinleinent |)yramidal formé par les facettes de modification sur les arêtes, la face primitive persistant toujours au sommet. Les stries bien marquées sur la face de la forme f indiquent que ces pointemenis sont formés de lamelles su()er- posées en retrait les unes sur les autres; dans l'un de ces cristaux dont la formation fut irrégulièic e, l'une des arêtes est remplacée |iar un angle rentrant. Les modilications sur les (piatre arêtes, prolongées d'un côté seulement, conduisent à un prisme hexago- nal avec un poinlemeni semblable : ce cas s'observe sur le côté droit du groupement h. Les deux autres groupements /, m, se comprennent facilement par l'accolement des cristaux isolés ligu- res et décrits. Toutes ces formes, avec toutes leurs particularités, se rap|ior- tent parfaitement aux caracicres crislallins du ])lios|iliale neutre de soude. .Mais ce n'est pas ce phosphate neutre qui existerait comme priiici|ii' irnuiédi;it inorganirpie dans les cœcums gastriques de la larve de VOryctesnasicomis, ce serait le phosphate acide. L'acidité des liquides dans lesquels ce sel se trouve en dissolution est un fait chimique incontestable; ainsi se trouverait démontrée l'acidité du suc gastriqu(\ il résulte donc des faits établis dans ce chapitre : (pie l'estomac des Insectes re(;oit les produits de deux espèces de glandes; que les glandes folliculaires ont beaucoufi d'analogie avec les glandes à pepsine; que le iiroduit des autres glandes, bien développées chez les larves seulemcnl, parait complexe; que des éléments biliaires y seraient mélangés avec des éléments muipieux. (La suile prochaimmcnt.) (.O.MPTE RENDU D'EXPÉRIENCES FAITES A L'ÉCOLE VÉTÉRINAIRE DE TOCLOl'SE SUR L'ORGANISATION ET LA REPRODUCTION DES CESTOIDES DL GENRE T.ENIA, Par n C. BAILLET. (extrait.) Avant que les nouvelles expériences des zoologistes eussent appelé l'attention sur les Cestoïrles du Chien, on n in(liq\uiit chez cet animal que deux espèces du genre Tœnia : le Tœnia serrala de Gœze el de Rudol- phi, et le Tœnia ciicitmeriiiu de Bloch et de Rudolphi, qui est le même que le Tœnia caninci de Linné. On ne connaît point encore le scolex de la dernière espèce. Quant au Trrnia serrala, il est assez probahie que, sous ce nom, on a longtemps confondu des espèces distinctes. Toutefois cette opinion n'est pas celle de tous les zoologistes. M. de Siebold, par exemple, après avoir reconnu, dans l'intestin du Chien, l'existence d'une espèce nouvelle, le Tœnia echinncncctis, qui a pour scolex les Cestoïdes AeV Ëchinococcus velerinorum, pense qu'à l'exception de celte dernière espèce et du Tœnia cwcujncn'na, tous les Vers rubanés que l'on rencontre dans l'intestin du Chien appartiennent à l'espèce Tœnia serrala, et peu- vent avoir indifléremment pour scolex le Cijslicercus pisiformis du Lapin, le Cijsticercus temticdllis des Ruminants, el le Cœuurus ccre- bralis des bêtes à cornes. Il va même plus loin, car il regarde le Tœnia soliumde l'Homme conune identique avec \eTti'nia senala du Chien, et par conséquent place aussi, parmi le scolex de ce dernier, le Cysiicer- cus ceUulosœ du Porc. M. Leuckart, au contraire, pense qu'indépendam- ment du Tœnia cticumerina et du Tœnia ecliinucocrus, il existe chez le Chien trois autres espèces, qui sont : le Tœnia scrrala. produit par le Cysticerctis pisiformis ; \e Tœnia c Cyslicerco lenuicoUi, dont le nom indique assez l'origine; et le Tœnia cœnurus, dont le scolex serait le Cœnurus ecrebraJis. Du reste, il persiste à regarder le Tœnia solium de l'Homme comme une espèce distincte, dont le scolex est le Cijsli- cercus ceUulosœ. EM'ÉRIEXCES SUR DES CESTOÏDES DD GENRE TJSXI.V. 191 Pour arriver à discerner entre ces deux opinions opposées celle qui esl l'expression de la vérité, j'ai fait de nombreuses éludes, et j'ai entre- pris quelques expériences. Jusqu'à présent les résultats que j'ai obtenus, et que je vais faire connaître, militent assez en faveur de l'opinion de M. Leuckart. Si le Cyslicerciis pisiformis, le Cysticercus lenuicoUis, le Cœnurus cerebralis et le (tjsticercu.t cellulosœ sont des scolex d'une seule espèce zoologique, le Ta-nia seriata , ils sont tous aussi de même espèce; et comme ils sont tous à l'état de nourrices ayant produit des scolex, ils doivent aussi offrir des caractères semblables, ou tout au plus présenter quelques différences peu importantes, dues à l'influence des organismes divers sur lesquels ils ont vécu. Sous le double rapport du volume et do la forme, les vésicules mères, dans les Cjsliques que nous venons de nommer, sont bien loin d'être identiques. Dans le Cysticercus pisiformis l'ampoule est à peine un peu plus grosse qu'un pois; elle offre un dia- mètre antéro-poslérieur plus grand que le diamètre transversal, et le cul-de-sac opposé à la tète tend souvent à prendre la forme d'un tone mousse et un peu tronqué. Dans le Cysticercus (■/•lliiliisin , que je n'ai encore étudié que sur un petit nombre d'individus mal conservés, l'am- poule, d'après M. de Siebold, esl le plus souvent elliplique Iransversale- nienl. Celle du Cyslicercus tenuicnllii,, qui est au moins de lu grosseur d'une cerise lorsque le scolex commence à apparaître, peut atteindre et dépasser le volume d'une noix ; elle est le plus souvent elliplique dans le sens de la longueur; toutes trois d'ailleurs ne produise]]! jamais qu'un seul scolex. Il n'en est plus de même de la vésicule mèie d]i Cœnure ; son volume peut atteindre celui d'une orange ; sa fonne peut se modifier suivant les espaces (ju'clle occupe, et sa membrane donne naissance, d'une manière en quelque sorte incessante, à de nombreux Taenioïdes. Voilà, certes, des différences qu'il est facile de saisir. Cependant, comme on les observe sur des êtres dépourvus d'organes sexuels, el ne représenlai]t pas raniii]al adulte, type de l'espèce, on pcul et l'on doit ne leur accorder qu'unu importance secondaire. Il est même bon de faire remarquer que la forme et le volume sui]t probablement un peu en rapport avec l'espace dans lequel se développe le Ver cystique, et (jue, par conséquenl, c'est une raison pour n'en tenir compte qu'avec une certaine réserve, quand on les considère comme des caractères zoolngiques. Mais je ne crois pas que le même raisuniicinent puisse s'appliquer à la lécoiiililé plixoii i]ioii]s grande de la nourrice; et j'éprouverai luujour.' beauioup de répugnance à consi- dérer la vésicule du Cœnure qui produit des centaines de scolex, comme 192 C. BAILLE!'. EXPÉRIENCES n'étant qu'une variélé apparlenanl à la même espèce que certains Cysti- cerques dont l'ampoule ne fait naître jamais qu'un seul Cestoïde. Quoi qu'il en soit de celte dernière observation, la vésicule étant déclarée im- propre à fournir de bons caractères pour distinguer si différents Vers cystiques appartiennent à une seule espèce, c'est seulement dans la com- paraison des scolex entre eux que l'on peut espérer trouver les éléments nécessaires pour résoudre la i|ueslinn qui nous occupe maintenant. M. de Siebold a fait un examen minutieux de la tête cbez les Cyslicercus pisi- forinis, ItnukoUis et cellulosœ, et n'a pu parvenir à trouver entre eux aucune différence assez constante pour les distinguer avec certitude. J'ai répété moi-même celte étude sur les deux premiers, ainsi que sur le Cœnurus cerebralis, et, comme le savant professeur de l'université de Municb, j'ai reconnu qu'il ne faut chercher de caractères dislinctifs ni dans la forme de la tête, ni dai.s l'aspecl, ni dans la disposition des ven- touses, non plus que dans l'ordre suivant lequel sont distribués les cro- chets. Mais si, par leur disposition sur la trompe, les crocbels n'offrent pas des ditférences assez marquées pour qu'on puisse les distinguer, on peut trouver dans leurs dimensions, et peut-être aussi dans quelques légères modifications de formes, de bons caractères. Les dimensions sont en effet constamment les mêmes, à peu de différence près, dans les Cystiques de même espèce, qu'ils aient été recueillis sur un seul animal ou sur des in- dividus dillérents. Il est d'ailleurs bien entendu que l'on ne doit comparer entre eux que des crochets complètement formés, ayant atteint leur maxi- mum de développement. Ceci posé, voici quels sont les caractères con- stants que j'ai constatés : 1° Chez le Cœnurus cerehraUs, les crochets, examinés non-seulement sur les scolex provenant d'une même vésicule, mais encore sur des scolex détachés de vésicules différentes, recueillies sur divers Moutons et même sur le Bœuf, on olfert les caractères suivants : Nombre des erochc(s com- posant la double couronne, 2Zi à 32. — Grands crochets, longs de0"'"',15 à 0"'"',17, à lame large à la base, égalant ou dépassant à peine la lon- gueur de l'apophyse inférieure, à apophyse moyenne assez large à la base, à apophyse inférieure large et à peu près droite. — Petits crochets, longs de 0'""',10 à 0"'"',13, à lame toujours un peu plus longue que l'apophyse inférieure. 2" Sur des Cyslicercus tenuicollis recueillis dans le péritoine de plu- sieurs bêtes ovines, les unes soumises à des expériences particulières, les autres sacriliées ou mortes de maladies, les mêmes études ont fourni les résultats ci-après, savoir : Nombre des crochets composant la double cou- StR DES CESTOÏDES DU GENRE T^NIA. 193 ronne, 30 à 4S. — Grands crochets, longs de 0'"'°,193 à 0""',218, à lame moins large à la base que dans les précédenls, à peine un peu plus courle que l'apopliyse inférieure, à apophyse moyenne à base un peu con- tractée, à apophyse inférieure moins large que les précédents, ayant delà tendance à être un peu bossue sur le dos. — Petits crochets, longs de 0""",I35 à 0""",157, à lame quelquefois égale à l'apophyse inférieure, d'autres fois un peu plus longue ou un peu plus courle. 3° Enfin sur des Cysticcrcus pisiformis trouvés dans le péritoine de divers Lapins employés à des expériences, ou sacrifiés sans avoir été uti- lisés de cette manière, l'examen des crochets a permis de constater les résultats suivants : y ombre des crochets composant la double couronne, 3A à i6. — Grands crochets., longs de 0'"'",225 à 0""",256, à lame large à la base, toujours manifestement plus courte que l'apophyse infé- rieure, à apophyse moyenne à base très large, à apophyse inférieure large et droite. — Petits crochets, longs de 0'""','1 35 à 0™'",162, à lame tou- jours un peu plus longue que l'apophyse inférieure. 11 résulte donc de cette étude que trois des Cystiques auxquels on attri- bue la production des Tœnias du Chien, déjà parfaitement distincts par la forme, le volume et la fécondité des vésicules, le sont encore par les di- mensions des crochets et de leurs diverses parties, et que ces caractères paraissent être aussi constants qu'on peut le désirer. Aussi peut-on con- clure de là que ces trois Cystiques appartiennent sinon à trois espèces du même genre, au moins à lr»is variétés bien tranchées. Ln fait qui parait êlrea- quis à la science parles expériences multipliées auxquelles on s'est livré dans ces dernières années, c'est que le scolex, une fois bien formé, ne varie plus, au moins dans sa partie antérieure, et que, même lorsqu'il est |)orté dans l'intestin du Vertébré favorable à l'en- tretien de sa vie, il conserve toujours, dans la région céphalique, les caractères qui lui sont propres, tout en produisant par sa partie posté- rieure (le nombreux anneaux. S'il en est ainsi, et si, de plus, il est vrai que queli|wcs-uns des Ta;nias du Chien ne sont que les strobiles des Cystiques que nous venons d'examiner, il est certain que dans l'intestin du Carnassier on devra rencontrer des Vers rubanésqui, dérivant d'espèces ou de variétés dillérentes, offiiront aussi, dans les dimensions de leurs crucliels, les mêmes différences que nous avons signalées plus haut pour ceux des scolex du C(i;nure et des Cysticerques du (.apin et des Humi- nanls. Ce raisonnement m'a conduit naturellement à étudier à ce point nias dont il est ici question ne s'étaient point produits sous l'influence des circonstances dans les- quelles se trouve habituellement le Chien ; mais aussi ne manquons pas de constater que nos expériences, ainsi que celles de nos devanciers, dé- montrent l'existence possible dans l'intestin de ce Mammifère d'un slrobile répétant les caractères des scolex du Cœnuriis cerebralis. 2" J'ai été plus heureux pour le ïœnia, que l'on peut considérer comme descendant du Cijsticercus tenuicnllis. En efl'et, j'ai trouvé assez fréquem- ment, soit parmi des Vers conservés depuis quelques années dans l'alcool sous le nom de Tœnia serrata, soit dans l'intestin de quelques Chiens, des individus dont la double couronne, composée de 30 à /|2 crochets, offraient, en outre, les caractères suivants : Grands crochets, longs de 0'""',193 à 0"'"',218, à lame à peine un peu plus courte que l'apophyse inférieure, à apophyse moyenne ayant une base plus ou n)oins contractée, à aiiophyse inférieure un peu bossue, médiocrement large, ainsi que la base de la lame. — Petits crochets, longs de 0"'"',125 à 0'""',lô(5, et à lame tantôt égale à l'apophyse inférieure, et tantôt un peu plus longue ou un peu plus courte. 3° Enlin, plus fréquemment encore, soit sur des Vers conservés dans l'alcool, soit sur des Vers examinés au moment où ils ont été tirés de l'in- testin, j'ai pu reconnaître l'identité des crochets de certains Tainias avec ceux du Cyslicercus pisiformis, puisque chez les uns comme chez les autres, j'ai constaté les caractères suivants : Couronne composée de 3i ) Si:il UliS CESTOÏDES DU GENKE Ï.KMA. I i)5 à 46 ci'ocliels. — ■ Grands ci-ucheis, longs de 0""",'2"25 à 0"'"',2ô*J, à laino manifestement plus courte que ro|)0|iliyse intérieure, e'i apophyse moyenne pourvue d'une liase très larije, i'i apophyse inférieure droite, large, ainsi que la base de la lame. — Pclils (/•oc/ie/s, loni,'s de ,135 à 0""",162, à lame toujours un peu plus longue que l'apophyse inférieure. La conclusion qui découle naturellement de cette étude comparative, c'est que le Chien peut héberger dans son intestin tfois espèces ou tout au moins trois variétés distinctes de Tœnias, correspondant par les carac- tères tirés de la tète aux trois (Mystiques que nous avons étudiés plus haut ; de telle sorte que, sans forcer en rien les conséquences, on peut considérer l'un d'eux comme le strobile du Cœnurus cerebralis, un autre comme le Strobile du Ci/sticcrcus icnuiculUs, et le troisième enfin comme le strobile du Cysliccrciis pisifonnis. Quelque logique que soit la conclusion que nous venons de tirer, elle a besoin d'être appuyée sur de nouveaux faits', et surtout sur des expé- riences. On conçoit, en effet, que si chaque Ver rubané a dû d'abord exister à l'étal de scolex, il doit être facile d'amener dans l'intestin du Cliien la production d'un Tœnia déterminé, en faisant prenilre à ce Mani- mifére un scolex connu; de même aussi qu'il doit être possible de faire naître chez les Herbivores des Vers vésiculaires, en introduisant dans leur organisme des œufs de Ticnias choisis, d'ailleurs, d'après les connaissances que l'on possède déjà relativement aux migrations et aux métamorphoses de certaines espèces. .M. Kuchenmeister est le premier qui ait eu l'heu- reuse idée d'entreprendre des expériences dans ce sens, et d'apporter ainsi la lumière dans la question si obscure alors de la génération des Ccstoïdes. Depuis lors, de semblables expériences ont été fréquemment répétées, et partout, quand elles ont été faites convenablement, elles ont donné des résultats favorables aux théories que nous avons exposées. Il est utile, malgré cela, de rappeler à ceux qui, doutant encore, voudraient contrôler les opérations des premiers expérimentateurs, qu'ils ne doivent point s'allendre à réussir toujours, et que, souvent même, il leur arrivera de n'obtenir que des résultats in'galifs. Des causes diverses, qui sont loin de nou.î être toutes connues, peuvent en eiïet s'cqiposer au succès de semblables expériences. Un scolex imparfait, par exemple, dont les or- ganes de succion ne seraient point encore entièrement formés, serait évi- detnment incapable de vivre dans l'intestin. Des umiI's (|\ii n'auraient point atteint leur njalurité, dans lesquels les endjryons ne seraient point encore sullisaiiiment bien organisés, seraient administrés en vain aux Herbivores; de même aussi qu'ils demeureraient injproductifs si nn les laisait |>rendre 196 C. BAILLRT. EXPÉniENCKS à des animaux d'une espèce autre que celle sur laquelle leurs embryons doivent vivre et se développer. Mais ce n'est pas tout; car si du côté du scolex ou du proscolex il est des causes qui peuvent empêcher la réussite de l'expérience, il en existe aussi chez les sujets dans l'organisme des- quels on veut porter ou faire naître les Parasites. C'est ainsi que M. de Siebold a constaté que les jeunes Chiens atteints de la maladie particulière à leur espèce ne se prêtent point au développement des scolex, et que, dans toutes les espèces, les animaux adultes paraissent opposer plus de résistance que les jeunes à ce que l'on pourrait appeler l'intoxication ver- mineuse. Ksl-il besoin d'ajouter que desanimoux iln même âge, de même taille, de même race, placés dans des conditions hygiéniques semblables, au moins en apparence, ne présentent pas cependant une égale aptitude à favoriser le développement des Helminlhe^, et qu'en raison de ce fait il faut bien se garder d'attacher une trop grande importance aux expériences dont les résultats sont négatifs. Ces principes étant une fois admis, revenons aux expériences dont les Cestoïdes du Chien ont été l'objet. On peut les classer toutes en deux groupes dillérents : dans les unes, on a provoqué le développement de slrohiles chez le Chien, en lui faisant prendre des Vers cysliques lires des organes des Herbivores; dans les autres, on a essayé de faire naître des Cystiques en administrant aux Herbivores des proglotlis ou des œufs mûrs de Ticnia du Chien. M. de Siebold, en donnant à des Chiens des Cijslicercus pisiformis, des Cyslicercus leniiicollis et des scolex du Cœnurus cerebralis, a réussi à faire développer dans l'intestin de ces Carnassiers des Vers qu'il rapporte tous, ainsi que nous l'avons dit plus haut, au Tœnia serrala. Ses expériences, comme celles de MM. Van Beneden, Kuchenmeister et d'autres naturalistes, prouvent que les Cystiques que nous venons de nommer peuvent se développer en Taenias dans l'intestin du Chien; mais elles n'éclairent point la question de la détermination des espèces, qui a son importance non-seulement au point de vue de la zoologie, mais encore, ainsi que j'espère le démontrer plus tard, au point de vue de la médecine vétérinaire pratique. C'est donc surtout dans ce sens que j'ai dirigé la plupart de mes investigations, à l'occasion des expériences dont je vais rendre compte. I. t'3-périences sur le Taenia cœnurus et h Cœnurus cerebralis. — J'ai déjà fait connaître le résultat de deux expériences dans lesquelles SL'R DES CESTOÏDES DU GENUE T/ENIA. 197 nous avions entrepris, M. Lafosse et moi, de faire développer le Tœnia fœnMrui dans l'intestin du Chien, en faisant prendre à cet animal des vési- cules du Cœnure (1). Une seule de ces expériences a clé suivie de succès. Depuis lors, nous avons tenté une fois encore de provoquer de la même manière la lormalion de ce T»nia dont nous voulions utiliser ensuite les oeufs à faire des expériences sur le tournis ; mais le Chien qui avait pris, le J 2 janvier 1857, une portion de la vésicule d'un Cœnure provenant d'un Mouton, a été tué le 3) mars île la même année, et dans son intestin on n'a trouvé aucune trace de Ver ruhané. A partir de ce moment, j'ai dirii;é seul les expériences dont il me reste à parler; cependant, dans une circonstance, M. Lafosse ayant eu l'obli- geance de laisser à ma disposition le cerveau d'un Agneau chez lequel il avait provoqué le tournis, je mettrai à profit les noiea que j'ai prises à cette occasion, pour combler une des nombreuses lacunes qui subsistent encore dans la série de mes observations. De tous les enseignements qui résultent de la connaissance des migra- tions et des métamor|dioses des Cestoïdes, le plus important pour la mé- decine vétérinaire, c'est sans contredit celui qui a rapport à l'étiologie du tournis des Ruminants. Aussi me suis-je attaché, dès le début de mes expériences, à produire le Tœnia ccenwn/*, non-seulement pour en étu- dier les caractères, mais encore, et surtout, dans le but de faire prendre ses œufs à quelques bétes ovines, alin de les placer sous l'inlluence de la cause réelle de la terrible maladie à laquelle ces animaux succombent chaque année en si grand nombie. Malheureusement, les résultats n'ont pas toujours répondu à mes tlésirs ; et, bien qu'à l'exception des deux cas que j'ai rappelés plus haut, il ne me soit jamais arrivé d'administrer à des Chiens des scolex du Cœnure sans provoquer l'apparition de quelques Taiuias, ce n'a été que tout récemment qu'il m'a été permis d'obtenir des œufs suflisamment mûrs pour pouvoir être administrés avec fruil. Je suivrai, dans le Compte rendu de ces expériences, la même marche que j'ai suivie en les acconq)lissanl. .le commencerai donc par celles qui ont été enlrcprises dans le but de provoquer le développement du Tœnia cœnuruf dans l'intestin du Chien. I" Le '28 décembre 1857, quatie Agneaux atteints du tournis sont mis à ma disposition pour faire des expériences. Le 7 janvier suivant, l'un da ()) Voy. Jiiunidl (In vchimuiirt Uu MiJi, 2' série, t. I.X,p. 1 17, 198 C. BAIIXET. EXPÉRIENCES ces Agneaux meurl. Un Cœnure énorme est trouvé dans le ventricule droit du cerveau. Il est administré, au sortir du crâne, à un jeune Chien doijue placé sous la surveillance de M. Larré, élève de la troisième année. Le Chien meurt le 1 A janvier. A l'autopsie, tout l'intestin grêle, à partir de 20 ou 25 centimètres en arrière du pylore jusqu'à une très petite dis- tance du cœcuni, est parsemé d'une innombrable quantité de très petits Ta»nias. Ces Vers sont blancs, opaques, longs de 1 ou 2 millimètres tout au plus, et plus renflés du côté de la tête qu'à l'extrémité opposée. Plon- gés dans l'eau tiède, ils s'allongent peu à peu jusqu'à prendre 3 ou i mil- limètres en longueur, et semblent alors demi-transparents; ils sont d'ail- leurs un peu plus étroits que dans le premier état. A l'œil nu, on distingue facilement la tète, qui est légèrement globuleuse-tétragone, et sur laquelle l'examen microscopique permet de reconnaître tous les caractères qui appartiennent à l'extrémité céphalique des scolex du Cœnure. En arrière de la tête, le corps, qui est criblé d'une multitude de granulations cal- caires, se continue en s'arnincissant peu à peu. et se termine, à sa partie postérieure, par une écliancrure peu profonde, dernier vestige de l'union du Cestoïde avec la membrane du Cœnure dont il fait partie. Dans toute son étendue, il ne présente encore aucune trai e d'anneaux. Trente de ces jeunes Tœnias sont administrés dans du lait à une jeune Chienne dogue, dont nous aurons occasion de parler plus loin. 2° Le 24 janvier 1858, un deuxième Agneau étant sur le point de mourir, on le sacrilie par eflusion de sang. Il existe dans le cerveau un énorme Cœnure, qui est pris immédiatement par un jeune Chien dogue, confié, comme le précédent, aux soins de M. Larré. Le 7 février, ce Chien, qui depuis plusieurs jours était triste et mangeait peu, est pris subitement d'attaques épileptilornies. Le 8, les attaques deviennent plus fréquentes et plus graves; et le 9, le Chien est trouvé mort, le matin, dans sa loge. A l'autopsie, l'intestin grêle, à partir de 30 centimètres en arrière du pylore, jusqu'à 25 ou /lO centimètres en avant du cœcum, est rempli de jeunes Tœnias tellement nombreux, que j'ai pu en compter plus de qiiulrc cents. Ces Vers sont longs de GO à 80 millimètres. Chez tous ceux que j'examine, la tète est exactement semblable à celle des scolex du Cœnure. Le corps se compose d'anneaux, dont les premières traces apparaissent à 2 ou 3 millimètres en arrière de la tète. Tous les anneaux sont quadrilatères, à peine un peu [dus larges au bord postérieur qu'au bord antérieur, et se débordent linenient en dents de scie sur les côtés. Par transparence, on voit dans leur intérieur les tubes que M. Blanchard a décrits sous le nom de canaux gastriques. Au point où les anneaux SLR DES CESTOÏDES DU GEMiE T.-EMA. 109 ilevieniienl distincts, le corps est large de 70 centièmes de millimètre environ ; à 12 millimètres en arrière de la tète, sa largeur est de 95 cen- tièmes de millimètre, et tout n fait à son extrémité postérieure, il mesure à peu près 1 millimètre 1/2. Les anneaux, d'abord trois ou quatre fois plus larges que longs, deviennent bientôt aussi longs que larges, et puis un peu plus longs, de telle sorte que les derniers, qui portent l'écliancrure terminale, sont longs de "2 millimètres environ et larges de 1 milli- mètre 1,2. Sur aucun d'eux , je ne puis voir de traces des organes géni- taux. Le troisième .\gneau est sacrilié le 27 février. On trouve dans le cer- veau un Coenure du volume d'une grosse noix. La vésicule ne porte qu'un petit nombre de scolex ; ceux-ci sont à peine gros comme des grains de millet, et je crains un instant qu'ils ne soient pas murs. Cependant l'exa- men microscopi(|ue de quelques-uns d'entre eux m'ayant démontré que les crocliels et les autres parties de la tète sont bien formés, je fais de ce Ccenure quatre parts à peu près égales, qui sont administrées de la ma- nière suivante : 1" trois d'entre elles à trois jeunes Cliiens de cliasse en- core à la mamelle, tous confiés aux soins de M. Piau, élève de la troisième année ; 2" la quatrième à une jeune Chienne dogue sevrée depuis qneliiue temps, surveillée par M. Larré, et ayant déjà pris, le li janvier, trente Tœtiiu cœniinis très jeunes, recueillis dans l'intestin du Cliieii donlil est question dans la première expérience lapportéc plus liant. Chez ces (pialre animaux, l'expérience fut suivie d'un succès complet. Ils eurent bientôt tous des Tainias dans l'intestin, et ils vécurent assez longtemps pour me fournir des Vers adultes, dont les œufs furent utilisés pour provoquer l'apparition du tournis chez des hètes ovines. J'aurai donc besoin, lorsque je parlerai des expériences faites sur des Agneaux, de rappeler les Chiens qui m'auront donné des anneaux ou des proglottis en étal de maturité. Aussi, afin d'éviter d'être obligé de les désigner plus loin par des périphrases, je vais dès à présent, et dans l'histoire rapide des paiticularilés que j'aurai à noter pour chacun d'eux, leur donner les noms ([u'ils avaient reçus îles élèves chargés de les surveillei-. 3" Le 13 mai 1858, c'est-à-dire le soixante-seizième joui aines le ilébul de l'expérience, une Chienne de ihasse. l'utclira, succinnlie dans la nuit. (Jn trouve dans la partie inojeime de l'intestin grêle ijuatre Tu'iiias longs de (il) à 80 cenlinièlres, accompagnés de quelques fragments détachés, et de vingt-sept proglottis bien vivants. J'ai l'intention de ti'acer plus loin les caractère.-) des trois es|)éces du genre Ta'.nia dont j'ai entrepris l'élude ; je me Uorncrai donc à dire ici que, dans cette expérience connue 200 C. nAlIXET. — EXPÉRIENCES dans loulesles autres, j'ai examiné avec le plus grand soin la lète des Vers obtenus, et que je l'ai toujours trouvée semblable à l'extrémité cépha- lique des scolex du Cœnure. Le jour même de l'autopsie, les dix derniers anneaux de l'un des Tœnias et quelques proglottis recueillis dans l'in- testin sont administrés à un Agneau dont nous aurons à parler plus loin. ll° Le 22 mai, un Chien de cliasse. Misère, meurt le quatre-vingt- cinquième jour de l'expérience. L'intestin grêle renferme dans sa partie moyenne un Tœnia long de 70 centimètres, et de plus un fragment com- posé de dix anneaux et quelques proglottis. Ceux-ci sont très vivants au moment de l'autopsie; ils s'agitent beaucoup, et se modifient sans cesse dans leur forme : tantôt ils sont longs et étroits; tantôt, au contraire, ils deviennent courts et larges ; parfois ils se contractent à cbacune de leurs exlrémilés, restent larges dans le milieu, et ressemblent assez, dans cet état, à un pique de carte à jouer. Ils laissent échapper de leurs corps des œufs en quantité plus ou moins grande. Ces œufs me paraissent miirs, aussi bien que ceux renfermés en beaucoup plus grand nombre dans les dix anneaux du IVagnicnt détaché. Ce fragment est partagé en cinq parts, qui sont données imniédialemenl, ainsi que les Proglottis, à cinqAgneaux, parmi lesquels se trouve celui qui déjà a pris des anneaux et des Pro- glottis recueillis dans l'intestin de la Chienne Pulchra. 5" La troisième Chienne de chasse, Margot, rend, leJ5 mai, un Taenia encore vivant, long de 26/1 millimètres, et comptant plus de cent anneaux, mais parmi lesquels aucun n'a encore atteint la maturité sexuelle. A par- tir de cette époque, ses matières fécales contiennent presque chaque jour des fragments composés de plusieurs anneaux, et parfois même des pro- glottis vivants. Manjnt est sacriliée le lô juillet, cent trente-neuf jours après le début de l'expérience. On rencontre dans l'intestin neuf Taenias, longs de 84 centimètres à 1 mètre 20 centimètres. L'un d'eux oITre cette particularité qu'il est trigone, à trois bords bien marqués, et porte à la tète six ventouses au lieu de quatre, comme l'un des scolex du Cœnure du Boeuf dont j'ai donné autrefois la description (1). Tous ces Vers sont vivants au moment del'autopsie, et ils sont accompagnés de quelques pro- glottis. Les derniers anneaux de l'un d'eux et deux proglottis sont admi- nistrés à un Agneau qui, le 22 mai, a déjà pris des anneaux et des pro- glottis tirés de l'intestin du Chien Misère. 6" Quanta la Chienne dogue du nom de Lionne, elle vit encore arluel- (1) Voy. Jvurnat iles vcti/riimires du Midi, V ;érie. t. X, p. 248. SIR DES CESTOÏDES DU GENRE T.lîNIA. 201 lenienl; mais, malgré cela, il m'a été permis de constater que l'expérience avait réussi chez elle aussi bien que chez les trois animaux dont je viens de rapporter l'histoire. Il ne sera pas inutile, d'ailleurs, d'indiquer les observations auxquelles elle a donné lieu, car, à mon avis, ces observa- tions ont quelque intérêt au point de vue pratique. Ainsi que je l'ai dit plus haut. Lionne a pris, le là janvier, trente Taenias âgés de sept jours, recueillis dans l'intestin du Chien qui avait servi à la première expérience rapportée ci-dessus. De plus, le 27 lévrier, elle a pris le quart de la vési- cule du Cœnure trouvé dans le crâne de l'Agneau sacrifié le même jour. C'est le 31 mars de la même année qu'elle a commencé à rendre des an- neaux de Ticnia au nombre de six, sullisamment formés, pour que j'aie pu étudier et dessiner les organes génitaux, qui se sont montrés en tout sem- blables à ceux que j'ai rencontrés plus tard dans les anneaux de quelques Tœnia cœnurus, surla détermination desquels je ne pouvais avoir aucun doute. Les mêmes anneaux contenaient des œufs qui peut-être n'étaient pas parfaitement murs; mais, dans les jours suivants et jusque dans ces derniers temps, la Chienne a continué d'expulser, presque chaque jour, des proglotlis qui. examinés à diverses reprises, ont laissé voir des œufs bien formés. Souvent, ainsi que je le dirai plus loin, ces anneaux ont été administrés à des animaux en expérience. Enfin, Lionne ayant reçu une autre destination, on lui fitprendre, le 10 août, 15 grammes de cousso, et le même jour elle rendit de nombreux débris de Tœnias(|ui, réunis, pou- vaient avoir le volume du poing, et parmi lesquels je pus eu trouver un dont la tête était encore intacte. L'étude microscopique de celte tète me permit de reconnaître qu'elle avait tous les caractères de celle des scolex du Cœnure, et, par conséquent, je fus convaincu du succès de l'expérience. Ce qui me parait digne d'être noté dans l'histoire de Lionne, c'est la longue durée du temps pendant leriuel cette Chienne a rendu aiis que sou état ait paru s'aggraver. Le 21 mais, bien que je fusse |)ar- iailemenl convaincu de ruxislence du loiiinis ciiei! cet animal, je lui lis 20'2 V BAILLET. — EXPÉRIENCES prendre avec du pain un proglottis d'un Tœnia d'une espèce inconnue. Le 23, il esl devenu plus triste : il reste couché et mange peu ; mais le 25, il se relève, et reprend ses allures habituelles. Le 31 mars, je lui fais prendre de nouveau deux proglottis, choisis parmi les premiers rendus par la Chienne Lionne. Le 5 avril, on le trouve couché sur le côté, fai- sant do vains efl'orts pour se relever, mais continuant cependant à manger toutes les fois que du fourrage est mis à sa portée. A partir de ce mo- ment, la maladie devient chaque jour plus grave, et l'animal meurt dans la nuit du 18 au 19 avril. A l'autopsie, on trouve dans le ventricule droit du cerveau deux énormes Cœnures qui l'ont considérablement distendu. De ces Cœnures, quatre parts sont faites : les trois premières sont don- nées à trois jeunes Chiennes de chasse : Ninie, Ucllone et Rignletle, de la même portée que Pidchra, Misère et Mcirgnl, dont il est question dans les expériences qui précèdent. Quant à la quatrième pari, elle est réservée à l'étude. Du reste, malgré un examen minutieux, je ne trouve dans le cerveau aucune autre vésicule, ni la moindre lésion qui puisse être rapportée à l'administration des proglottis que l'animal a pris le 21 et le 31 mars. 7° Des trois Chiennes mises en expérience, Ninie meurt la pronière, le 31 mai, après avoir rendu, l'avant-veille, de nonjbreux anneaux de Tsania. A l'autopsie, le canal de l'intestin grêle, vers le milieu de cette région du tube digestif, est littéralement obstrué par les Vers rubanés qui s'y sont accumulés. Je puis en compter jusqu'à cent quatre-vingt-cinq parfaitement vivants, et de plus il en existe six autres qui ont été entraînés jusque dans le gros intestin. Ces T;enias, âgés de quarante-trois jours, sont longs de 33 à 62 centimètres. Ils sont entremêlés de frag- ments détachés, toujours composés de plusieurs anneaux, mais il n'y a point de véritables proglottis, et je conserve des doutes quant à l'étal de maturité dans lequel peuvent se trouver les œufs extraits de quelques-uns des derniers anneaux. 8° Le 15 juillet, liellone. qui depuis quelques jours avait expulsé beaucoup d'anneaux de Tœnia. est sacrifiée par efl'usion de sang, quatre- vingt-huit jours après le début de l'expérience. La partie moyenne de l'in- testin grêle est occupée par quatre-vingts T;enias longs de 05 à 90 centi- mètres. Les derniers articles de ces Vers se contractent vivement et se modifient sans cesse dans leur forme. Ils sont souvent longuement étroits dans toute leur étendue, et parfois dilatésen forme de pique de carteà jouer, comme les proglottis que j'ai trouvés dans l'intestin de AJisère. Dans les derniers anneaux, les œufs sont mûrs ; aussi quelques-uns de ces anneaux, Sl'R DES CESTOÏDES DU GENRE TjENlA. 203 avec plusieurs proglottis, sonl-ils administrés i un Agneau qui, le 22 mai, avait déjà été soumis à une semblable expérience à l'aide des Cestoïdes tirés de l'intestin du Chien Misère. 9" La troisième Chienne, Rigohlle, est encore vivante aujourd'hui ; mais depuis plus do deux mois elle a rendu, à différentes reprises, des anneaux rie T;enia, et il est très probable que, comme ses sœurs, elle doit héberirer dans son inleslin des Taïnias produits par la portion de Cœnure qu'on lui a lait prendre. Avant d'aller plus loin, je dois noter un fait de la plus haute impor- tance. Avec les Chiens de chasse, dont j'ai parlé dans les expériences qui précèdent, ont constamment vécu, jusqu'à la (in de leur vie, deux autres Chiens de la même portée, qui ont été soumis exactement aux mêmes conditions hygiéniques, mais qui n'ont point pris de scolex du Cœnure, ni d'aucun autre Cystique. Ces deux Chiens sont morts, l'un le 12 mars, l'autre le 17 mai. Leur autopsie a été faite sous mes yeux, et l'on n'a rencontré aucun iKnia dans leur intestin. Pour terminer ce qui est relatif aux tentatives faites dans le but de provoquer le développement d'un Tsnia chez le Chien, en lui faisant prendre des scolex du Cœnure, il ne me reste plus qu'à signaler un jeune Chien qui, le (3 août dernier, a pris trois vésicules de Cœnure, de la gros- seur d'une cerise environ, trouvées avec trente autres dans le cerveau d'un Agneau soumis à des expériences sur le tournis. Ce Chien est mort letioctobre. etje compléterai ce que j'aiàen dire, lorsque je m'occuperai de l'.Agneau qui a fourni les vésicules qu'on lui a fait prendre. Les expériences faites en sens inverse de celles que je viens de rap- porter, c'est-à-dire dans le but de déterminer la naissance du Cœnurus cerrbralis chez des bétes ovines, en leur faisant prendre des anneaux du Twnia rœnurus. ont été moins nombreuses et moins fréquemment cou- ronnées de succès, .l'ai réussi trois fois cependant cette année à donner le tournis à de jeunes Agneaux. Mais avant de parler de mes propres ex- périences, je dirai un mot de l'examen que j'ai fait du cerveau d'unAgneau chez lequel SI. Lafosse avait fait naître plusieurs Cœnures. li'après les renseignetnents qui m'ont été donnés verbalement par M. Lafosse, l'Agneau dont il est ici question avait pris, dix-sept jours avant celui où il fut sacrilié, plusieurs proglottis de Ta;nia envoyés de Zittau par M. Kuihenmeister. Le 17 mars, cet Agneau, chez l('i|uel les sym- plomcs du tournis étaient très prononcés, fut ouvert, et le cerveau me fut remis aprèsqueTon en eut extrait cinq vésicules. .le l'étudiai avec le plus grand soin dans toutes ses parties, en tn'aidant de la loupe d'abord, puis 204 C. BAILLET. — EXPÉRIENCES du microscope, et je découvris onze autres vésicules dont je vais faire con- naître les caractères. Elles sont de rornie ovoïde ou spliéroïde, offrant un diamètre qui varie depuis60 el72 centièmes de millimètrejusqu'à l,2ou 3 millimètres. La membrane qui forme la vésicule est demi-transparente, finement granuleuse, et présente parfois à sa surface quelques points qui sont très légèrement opaques. Malgré une attention soutenue, je ne puis découvrir en elle aucune espèce de mouvement. Les vésicules sont d'ail- leurs remplies d'un liquide limpide albuminenx. La plupart d'entre elles ont été trouvées plusou moins profondément entre les replis du cerveau; une seule s'est rencontrée dans le ventricule droit, au-dessous du plexus choroïde. La substance du cerveau, coupée dans diverses régions, offre de nombreux points rouges peu étendus, qui paraissent formés par du sang épanché. Souvent, au voisinage de cette sorte d'injection de la substance nerveuse, il me semble voir, à l'aide d'une forte loupe, comme des éro- sions semblables, par leur aspect, aux traces laissées par certaines larves dans les matières organiques qu'elles ont traversées. C'est auprès de l'une de ces érosions que s'est montrée la plus petite des vésicules dont j'ai donné les dimensions. J'arrive maintenant aux expériences que j'ai dirigées. Cinq Agneaux ont reçu à dilîérenles époques, et souvent à plusieurs reprises, des anneaux ou des proglottis de quelques-uns des Tœnias produits dans les expé- riences qui précèdent. Je donnerai à chacun d'eux un numéro d'ordre qui permettra de les distinguer facilement, lorsqu'il me faudra parler d'eux à propos des expériences faites sur les autres Taenias dont nous avons en- core à nous occuper. Agneau n» 1. — Le ■22 mai 1858, cet Agneau prend un fragment de Tœnia et quelques proglottis recueillis dans l'intestin du Chien Misère. Dès le 3 juin, il manifeste quelque peu de tristesse. Le 5, on le trouve seul dans un coin du local qu'il occupe avec quatre autres animaux de son espèce. Il tient la tète base, ses yeux sont chassieux; des matières ali- mentaires s'échappent par la commissure des lèvres, et si on le frappe pour le solliciter à changer de place, il paraît insensible. A deux heures (le l'après-midi, il est couché, tient le cou allongé et la tête légèrement inclinée à droite. Ses conjonctives sont injectées; ses pupilles sont dila- tées, et il ne semble voir que confusément les objets qui l'entourent. On le relève, et presque aussitôt il se met à tourner à droite (le coté droit du corps tourné vers le centre du cercle) avec une assez grande rapidité. Après trois ou quatre tours, il tombe sur la litière, en grinçant des dents SUR DES CESTOÏUES Dl' GENRE T^NIA. 205 et en laissant échapper par la bouche un demi-verre environ de bave mêlée à des débris de fourrage. On le remet sur ses membres, et quel- ques minutes après on voit se reproduire les mêmes symptômes. Enfin, lorsqu'il est debout el qu'il ne tourne pas, il tient les membres écartés, chancelle dès qu'il cherche à faire un mouvement, et s'efforce d'appuyer sa tête sur les murs ou sur les autres corps environnants, a la manière d'un Cheval atteint de vertige. Les jours suivants, les symplômes s'aggra- vent. L'animal semble n'avoir plus conscience de ce qui se passe autour de lui ; lorsqu'on le fait sortir avec les autres pour le conduire dans un endroit où l'on a l'habitude de les faire paître, il ne suit point ses com- pagnons, presque toujours on est obligé de le porter; et dès qu'il est arrivé, il cherche un mur ou un corps quelconque pour appuyer sa tête, et quelquefois même tout un côté de son corps. Il mange peu et en quel- que sorte machinalement, et souvent, lorsqu'on le place dans un espace où il ne peut pas trouver d'appui, il tourne de la même manière que le premier jour. Le 10 juin, l'animal étant tombé sur le coté droit, on ob- serve qu'il se débat avec violence et fait des efforts impuissants pour se relever, tandis qu'il reste à peu près paisible si on le couche sur le côté gauche. Tous ces symptômes s'accompagnent bientôt d'un amaigrissement considérable el d'une grande faiblesse ; l'animal est sans cesse couché, et, dès qu'on le l'elève, il tourne tantôt à droite, tantôt à gauche, fait quel- ques tours seulement, el tombe haletant sur le sol ou sur la litière. Enfin, le 12 juillet, il est trouvé mort à la bergerie. On ouvre le crâne immédia- tement, 'et l'on constate dans l'encéphale la présence de vingt-deux vé- sicules ayant à peu prc.i le volume d'une cerise, et distribuées de la ma- nière suivante : sept dans le lobe droit du cerveau, et particulièrement à la surface; douze dans le lobe gauche, entre les replis, et surtout dans la profondeur de la substance nerveuse; une sur la ligne médiane, entre les deux lobes du cerveau ; une en avant du cervelet, entre celui-ci et le cer- veau; et une enfin dans le Inhe gauche du cervelet. Les vésicules sorties de la substance nerveuse sont ovoïdes ou globu- leuses, el formées par une membrane transparente, finement granuleuse, el contenant du Inpiide à l'intérieur. Celte meiidjraiie est parsemée de points opaques, blancs, peu nombreux, qui correspondent à aniaiil di^ pe- tits corps ou d'agglomérations de petits corps faisant saillie en dedans de la vésicule. Si l'on examine ces petits corps, même avec un faible grossis- sement, on recunnait que chacun d'eux n'est autre chose qu'une dépres- sion, une sorte d'invagination de la membrane de la vésicule, formant à la face inlcrnc de celle-ci conjuie un |ietit sac ovoïde un |ii'u renfié dans son 206 C. BAlIXIiT. — liXl'ÉRlISNCES fond, et n'ayant qu'une très petite ouverture du côlé de la face externe. Souvent on ne voit rien de plus; mais parfois aussi on voit se dessiner au fond de celte invagination les premières traces de la formation de la tète d'un scolex. C'est ainsi que l'on voit apparaître les ventouses, d'abord un peu confuses, puis bientôt assez distinctes. D'autres, parmi ces corps, sont plus avancés, et contiennent les premières ébauches des crochets, puis des crochets de mieux en mieux formés, sans que cependant je puisse trouver une seule couronne dont les crochets aient atteint leur complet développement. Dans la plupart des cas, en elfet, les crochets ne sont en- core représentés que |iar la lame; tout au plus en est-il quelques-uns où l'on puisse distinguer un commencement d'apophyse moyenne et d'apo- physe inférieure, tandis que d'autres sont étroits, courbés et à peine dis- tincts. Aucun de ces crochets n'a plus de 10 à 12 centièmes de milli- mètre en longueur, et il en est qui sont au plus longs de Zj à 5 centièmes de millimètre. Les vésicules dont je viens de signaler la présence dans le crâne ne sont pas les seules lésions qui aient attiré mon attention. Chez le même Agneau, j'ai rencontré, en elfet, dans les parois de l'œsophage, dans l'épaisseur des parois intestinales, et surtout à la snrl'ace ou dans l'épais- seur du tissu musculaire du cœur, de petites tumeurs blanchâtres dont le volume varie entre celui d'une tète d'épingle et celui d'un puis. Ces tu- meurs sont creuscesà l'intérieur d'une cavité à parois blanchâtres, épaisses, libreuses et résistantes, et renfermant une matière pulpeuse, un peu gra- nuleuse au toucher, qui fait elfervescence avec les acides. Ce sont là des proscolex qui se sont égarés, et qui se sont enkystés et dénaturés au sein des tissus dans lesquels ils se sont arrêtés. Agneau n" 2. — Le 22 mai 1858, on fait prendre à un Agneau un fragment de Taenia et un proglottis tirés de l'intestin du Chien Misère. Le i juin, cet Agneau paraît plus triste que de coutume, se tient à l'écart, mange peu, et demeure souvent couché. Cette tristesse se continue le ô et le 6, puis elle se dissipe peu à peu, et rien, dans les allures de l'animal, ne peut faire supposer que des Cœuures soient en voie de formation dans le crâne. Aussi, le 15 juillet, je me décide à lui administrer de nouveau quelques anneaux provenant des T;enias trouvés dans l'intestin de la Chienne Bellonc. Le 28 juillet, l'aninnil manifeste tout à coup des sym- ptômes très prononcés de tournis. Lorsqu'il est debout, il tient les membres écartés, le cou tendu, la tète baissée, le nez près de la terre. 11 chancelle au moindre mouvement qu'il essaye de faire, et. si on l'excile à marcher. SUR UES CESTOÏDES DU GENRE T.ÏM A . 207 il Irolle en quelque sorte sous lui, fait quelques pas mal assurés, el louibe souvent, d'abord sur les genoux et sur le nez, puis sur l'un des cotés di: corps. Là il se débat longtemps sans pouvoir se relever. Par moments, sa démarche étant moins chancelante, on le voit tourner à pas lents, surtout du coté gauche. Il continue néanmoins à manger el à ruminer : mais lors- que l'on va dans la bergerie, on le trouve presque toujours couché sur un côté ou sur l'autre, ne pouvant se relever et paraissant beaucoup souffrir. A partir du 28 Juillet, les symptômes que nous venons de faire connaître ne disparaissent pas un seul instant, el semblent même devenir de plus en plus graves. Le 6 août, l'Agneau est sacrifié. On trouve disséminées dans toute la niasse encéphalique Irenle-irois vésicules de Cœmire de volume variable. Les plus fortes, au nombre de si.v, égalent à peu prés une grosse noix. Les autres ont depuis le volume d'une cerise jusqu'à celui d'une fève ou d'un haricot. Toutes sont globuleuses ou ovoïdes, et formées d'une membrane dont l'aspect ne dillère pas de celui que présentait la vésicule des Cœnures recueillis dans la précédente expérience. La plupart portent des scolex plus ou moins développés ; trois d'entre elles seulement en sont absolument dépourvues. Quant aux scolex étudiés sur diverses vésicules, ils sont encore à des degrés de développement très différents. Les plus forts sont à peu près gros comme un grain de millet, et se détachent diffi- cilement de la membrane mère. Cependant tous, lorsqu'ils ont ce volume, ont une tète bien formée, pourvue de quatre ventouses et d'une double couronne de crochets. Toutefois, aux dunensionsde ces crochets, on peut présumer qu'il n'y a que très peu de scolex qui soient à peu près mûrs, car il en est beaucoup parmi eux dont les grands crochets n'ont pas plus de 121 à 126 millièmes de millimètre en longueur, tandis ijue c'est chez le plus petit nmuhrc seulement que l'un trouve des crochets longs de ili à 15 centièmes de millimètre. Mais à côté de ces scolex du volume d'un grain de millet, il en est beaucoup d'autres tout à lait rudiujentaires, et offrant exactement les mêmes caractères que ceux que nous avons décrits en rendant compte de la précédente expérience. L'autopsie de ce deuxième Agneau m'a permis de retrouver encore dans les parois du co:ur, de ru;S(q)bagc et ilc l'intestin, ainsi que dans l'épaisseur du diapliiagmc, des tumeurs blanchâtres semblables à celles que j'ai signalées déjà comme étant des pro.scolex égaré.s, enkystés et transformés dans leurs kystes en une matière pulpeuse très riche en carbonate de chaux. Les lieux ex|)èriences (|ue je viens de rajiporter donnent lieu à ipiel- qucs observations particulières (|ui, cerlainenient, n'ont pas éclia|j|ié au lecteur. Ei d'abord notons que le nombre des Ca'nures recueillis dans 208 C. BAILLET. EXPÉItlENCES le crâne de chacun des deux Agneaux ne permet point d'élever le moindre doute sur leur origine; car il est rare, lorsque l'on observe le tournis sur des bêtes ovines qui n'ont point pris des anneaux ou des proglottis enliers du Tœnia cœnùrus, de rencontrer plus de deux, trois ou tout au plus quatre Cœnures dans le cerveau. Remarquons encore que chacun de nos deux animaux avait ingéré certainement plusieurs centaines d'œufs de Taenia, et qu'il ne s'est pourtant pas développé plus de vingt-deux ou de trente-trois de ces œufs, nombres qui, tout etfrayants qu'ils soit au point de vue pathologique, n'en sont pas moins bien restreints relative- ment à la quantité prodigieuse de germes que l'on avait introduits dans l'organisme. En présence de ces faits, que l'on ne \ienne donc plus s'é- tonner si des expériences analogues aux nôtres sont quelquefois demeu- rées sans succès; car il eût suffi que les obstacles, qui ont arrêté des centaines de proscolex se fussent rencontrés sur le passage des vingt- deux ou des trente-trois que l'on a trouvés développés dans le crâne, pour que l'expérience ne présentât que des résultats négatifs. Constatons en- core que ces deux expériences ne sont, à proprement parler, que la suite de relies faites sur le Chien Misère et sur la Chienne Bellone, qui ont fourni les œufs de ï?enia administrés aux bètes ovines, et que, par con- séquent , nous avons réussi à faire parcourir aux germes que nous avons emploi/és le cercle complet des migrations et de métamorphoses des Cestoïdcs. Ce sont, en elTet, des scolex de Cœnure qui ont servi de point de départ à nos expériences : ils ont produit des Ttenias dans l'in- testin du Chien; et les œufs mûrs de ces Tœnias, pris par des Moutons, ont à leur tour reproduit des Cœnures. Dans l'expérience à laquelle a été soumis l'Agneau n° 2, le développe- ment de la plupart des vésicules et d'un certain nombre des scolex qu'elles portent ne permet pas d'attribuer leur production aux anneaux et aux proglottis que l'animal a pris le 15 juillet, c'est-à-dire vingt-lrois jours seulement avant sa mort. Tout au plus j)ourrait-on croire que les trois plus petites vésicules, qui n'étaient point garnies de scolex, se sont for- mées à la suite de cette dernière administration. Il faut donc reconnaître que presque tous, sinon tous les Cœnures qui existaient dans le cerveau de l'Agneau sacrifié le (5 août, remontent, par leur origine, jusqu'aux œufs administrés le 22 mai. Et cependant l'animal n'a commencé à ma- nifester des symptômes évidents de tournis que le soixante-huitième jour après le début de l'expérience, après qu'on lui eut fait prendre une seconde fois des œufs de Tœnia, tant on comptait peu sur le succès de la première tentative. Il est bon de rappeler néanmoins que, dès le quator- SIR DES CESTOinRS DL' OENRE T.ENIA. 200 zième jour, et pendant trois lois vingt-quatre heures, l'animal a ili évi- demment triste et soiiirranl, probablement au moment où les proscolex se sont installés dans le rràne. Quoi (|u'jl en soit, celle observalion démontre ipje des l^œnures nombreux peuvent exister dans le cerveau sans que l'animal paraisse en souffrir, au moins pendant quelque temps, et que si, dans la plupart des cas, des symptômes certains de tournis se nianifeslent vers le quinzième ou le dix-septième jour après qu'une bêle ovine a pris des œufs du Tœitia cœiiurus, il peut arriver aussi que ces symptômes soient si peu marqués, qu'ils passent presque inapciçus, et que l'animal vive encore pendant (|uel([ues jours sans que l'on so\ipçoime la maladie dont il est alleinl. Les Cœnures obtenus dans la première expérience, âgés de cinquanle- deux jours, n'ont oU'erl aucun scolex qui fùl en état de se développer, dans le cas où il aurait été transporté dans le lube digestif d'un Cliien. Ceux de la seconde expérience, âgés de soixante-dix-neuf jours, m'ont donné quel- ques scolex sur la maturité desquels j'ai conservé des doutes. J'ai cepen- dant administré à un jeune Chien, le seul dont je pusse disposer au moment de l'autopsie, trois des Cœnures recueillis dans le crâne de l'Agneau n° 2. Ce Chien, qui était devenu d'une maigreur effrayanle, est mort le (> octobre. A l'autopsie, on a trouvé dans l'intestin grêle cinq Ta;nias longs de 55 à 85 centimètres. Mais ces Vers n'élaient point des Tœnia vœniirus, et présentaient au contraire, dans leur extrémilé cé- phalique, dans leurs anneaux et dans leurs organes de reproduction, tous les caractères du Tania c Cijsticerco Icnuicnlli. Je lus surpris de ce résultat : si j'avais été au début de mes expériences, j'aurais pu croire que les scolex du Cccnure pouvaient quelquefois se développer en Taenias identiquement siMublables à ceux que |u'oduil le Cyslicercwi lennicnUis. Mais il m'était arrivé tant de lois déjà de retrouver dans la tête des Vers rubanés obtenus dans mes expériences, les caractères constatés chez les scolex administrés, qu'il m'était impossible d'enrcgislrer ce résultat inal- lendu,sans chercher s'il ne dépemirait pas de quelque circousiance étran- gère à l'expérience. Mes souvenirs, en tout conformes à ceux des élèves qui m'avaient aidé, ne lardèrent pas à m'éclairer. Au moment de quitter l'Kcole, à ri'po(|ue des vacances, je lis sacrilier, le () cl le 7 aoùl, Irois Agneaux soumis à des expériences sur le tournis. Tous trois avaient dans le péritoine des Cysticcrcus icniiicollis, dont (pielques-uns furent même donnés 1\ un Chien, sur l'histoire du(piel nous aurons à revenir un peu plus loin. Après ipie j'eus visitéles intestins de ces Agneaux, on 1rs iloniia, avec Ici lainheau.c ,'. , ,., . / Lionne, Le 2i5 — sept anneaux Le ^0 — vinfil-i'inq anneaux ' Le 3 mai douze anneaux Le 4 — six anneaux Le 5 — quatorze anneaux Le I I — six proglotlis I Le 1 2 — sept proglotlis / Le 13 — dix anneaux et quelques proglotlis recueillis dans linlcstinde la Chienne Pulchra. Le 2 2 — un fragment de Taînia et un proglotlis prove- nant du Chien Misère. Cet animal a fourni un des plus frappants exemples de la résistance que peuvent oflVir certains organismes à l'introduction et à la conservation de quelques Heliiiinllies. Il est toujours demeuré, en ellel, en étal brillant (le santé. Le 3 juillet, on lui a fait prendre quelques anneaux d'un Tœnia produit dans l'intestin du Cliien l'iston, sur lequel j'aurai à revenir plus tard ; enfin, le 3 aoiit, il a reçu un anneau du Tœnia c Cijaticerco leniii- colli. Sacrifié le 7 août, il avait le cerveau parfaitement sain, et ne pré- sentait nulle part de proscolex enkystés. Le foie seul était parsemé à sa surface de petites laclies blanchâtres seinblables à celles ([ue j'ai signalées chez l'Agneau n" 3. Ayneau n° ô. — Cet Agneau va nous oOrir un nouvel exemple du temps assez long qui peut s'écouler entre radmiiiistraliiui des n;ufs du T(pnia cœnurus et l'apparilion des premiers symptômes du tournis. Dès le 2"i mai, il a pris un fragment et un proglotlis de Tœnia recueillis dans l'intcitiii du CliMMi ;W(«c;e,- en outre, de iiiéiiieque celui qui précède, il a reçu encore, le 3 juillet, quelques anneaux des Tœnias trouvés dans l'in- teslin du Cliien l'islon, et le 3 aoiJt un anneau du Tœnia e Cyslicerco linuKdlli. Malgré cela, il est resté jusque vers le milieu du mois de septembre, sans ipi'oii fût averti par le moindre symptôme de la réussite des expériences tentées sur lui. A cette époque, M. Persac, élève de la quatrième année, qui, pendant les vacances, avait bien voulu se charger de ^urvcillcr les quelques animaux en expérience ipie j'avais laissés à riicolc, s'aperçut que l'Agneau dont nous travons ici l'histoire coinmen- 21 "2 C. BAILLET. — EXPÉRIENCES fait à porter la tèle constamment inclinée à ilroile, et l'i loiirner de temps à autre du même côté. A partir de ce moment, les sjuiiilomesse sont peu à peu prononcés davantage, et bientôt l'existence du tournis devint indu- bitable. A mon retour, en effet, le 2 octobre, je trouve l'animal dans l'état suivant : Il tient toujours la tète inclinée à droite, et se met à tourner de ce côté, presque sur lui-même, ou dans un cercle à rayon très court, dès qu'on le sollicite à se mouvoir. Ses pupilles sont dilatées; sa vue est confuse, car il s'effraje du moindre mouvement que Ton fait auprès de lui, tandis qu'autrefois il était assez familier, et se lais;;ait caresser sans diiriculté. L'œil droit, dont la sclérotique est largement apparente en haut et en avant, semble avoir perdu toute sensibilité, et l'on peut menacer de la main l'animal, de ce côté, sans que les paupières fassent aucun mou- vement. L'œil gauche, au contraire, paraît voir encore, car l'animal agile les paupières à plusieurs reprises, dès qu'on fait un geste de menace, même à une certaine distance. Du reste, le malade n'a encore rien perdu de sa vigueur; son appétit est bon, et il rumine comme à l'état normal. Bientôt, cependant, son état s'aggrave. Dès la fin d'octobre, il commence à manger avec moins d'appétit, et souvent on le voit couché sur le côté gauche; mais il n'éprouve pas encore beaucoup de difficulté à se relever. Le 5 novembre, il n'en est plus ainsi : le matin, on le trouve couché comme les jours précédents, et l'on est obligé de le relever. Il se tient alors debout et chancelant pendant un instant; puis, au moment où il essaye de se déplacer, il tombe tout à i;oup comme une masse sur le côté gauche. La même scène se renouvelant toutes les fois que l'on veut le relever, on le laisse sur la litière, et l'on approche de sa bouche une poi- gnée de fouri'age; mais il semble ne pas la voir, ni la sentir; il refuse les aliments, et reste dans cet état jusqu'au 7. Ce jour, au grand étonnenient des élèves, il se relève, et mange un peu de foin ; mais on le voit souvent s'arrêter pendant un temps assez long, et conserver le fourrage entre ses dents et ses lèvres, à la manière de certains (jhevaux immobiles; du reste, il tourne encore comme dans les jours qui ont précédé celui où il est tombé sans pouvoir se remettl'e sur ses membres. Le 8, il est de nou- veau étendu sur la litière, mais il n'essaye pas même de faire des efforts pour se relever, et si on lui soulève la tête, il la laisse retomber pesam- ment dès qu'on l'abandonne. A partir de ce moment, il demeure insen- sible à toute espèce d'excitation; il respire péniblement, et une écume blanchâtre, mêlée de stries sanguinolentes, s'échappe par les narines. A muli, l'animal succombe, et l'on en fait l'aul(qisie à deux heures. Le cer- veau étant débarrassé de ses enveloppes, un Irutive dans k venlricuh SLR DES CESTOÏDES DU GENRE TiENMA. 21S gauche Jeux énormes Cœnures presque du volume d'un œuf de poule chacun, et un troisième à peu près gros connue une cerise. Ces Irois vésicules dislemleut le \enlricule, dont les parois amincies sont réduites, surtout en haut et sur le côté, à la faible épaisseur d'une feuille de papier. Dans le ventricule droit, il existe aussi deux vésictiles; mais elles n'ont guère qu'un volume égal à deux fois celui de la plus petite recueillie dans le ventricule gauche. L'une d'elles, placée presque sur la ligne médiane, semble avoir refoulé à gauche le septum htcidum; l'autre, située à la partie antérieure du ventricule, a déterminé l'amincissement de la partie des parois de celte cavité sur laquelle elle s'appuie. Les cinq vésicules portent toutes des scolex assez nombreux, et parvenus à différents degrés de développement. Les plus gros ont le volume d'un grain de millet, d'autres sont à peine apparents, et tous les intermédiaires existent entre ces deux extrêmes. Je ne décrirai point ces scolex, dont les moins âgés sont d'ailleurs semblables à ceux des Cœnures recueillis dans le crâne des Agneaux n" 1 et n° 2. Quant à ceux qui sont plus avancés dans leur dé- veloppement, leurs grands crochets ont en longueur de 153 à Itii mil- lièmes de millimètre, et les petits de 112 à 117 millièmes de millimètre. Ils me paraissent être sufTisamrnent mûrs, et je regrette de n'avoir point à ma disposition, sur le moment, un ou plusieurs Chiens auxquels je puisse les administrer. Contrairement à ce qui est arrivé pour les deux Agneaux morts du tournis, celui-ci n'offre dans ses tissus que peu de proscolex enkystés. J'en trouve deux cependant à la surface du co'ur, et quelques-uns dans l'épaisseur des parois intestinales. L'expérience tentée à l'aide du Tœnia e Cgstiecrco lenuieulti n'a pas réussi, car on ne trouve dans le péritoine que deux Ci/sticercus lenui- collis. Le foie porte à sa surface quelques taches de la largeur d'une pièce d'un ou deux francs, formées par des points fauves agglomérés, qui se détachent par leur pâleur sur la couleur brune du foie. Le tissu du foie incisé au-dessous de ces taches est coiiiine désagrégé en petites granula- tions molles et séparées; en outre, dans les canaux biliaires voisins, je trouve des Trématu'ous pouvons donc dire que dans toutes celles de ces expériences qui ont été couronnées de suc- cès, on a constamment réussi à produire avec les seolex du Cœnure le Tœnia cœnurus, avec le Cysticercus tenuicollis le Tœnia e Cysticerco lenuicolli, avec le Cysticercus pisiformis le Tœnia serrata, et, récipro- quement, avec les Tœnias que nous venons dénommer, les Cjstiques qui leur correspondent. Si, comme on l'a dit, ces trois Vers ne constituaient que des variétés d'une seule espèce, ne serail-il pas arrivé quelquefois, au moins, que sur le grand nombre des Cestoïdes dont on a déterminé la formation, l'une ou l'autre des variétés serait revenue à la forme type en s'écarlant des caractères par elle contractés; de telle sorte que l'on aurait vu, par exemple, un seolex du (Jœnurc produire un Tœnia serrata. ou un Cyslicercus jiisifurmis faire nailre un Tœnia cœnurus? Si cela n'a pas eu lieu, c'est que probalileiiient il y a entre chacun de ces types et ceux qui l'avoisinenl une limite infranchissable, et que, |)ar conséquent, les caractères différentiels que j'ai signalés chez les Cystiques, aussi peu tranchés qu'ils semblent être, sont cependant suffisants pour être élevés au rang de caractères spécifiques, .\ussi suis-je porté à considérer les expériences dont je viens de rendre compte, non-seulement comme apjior- lant aux théories sur la reproduction des Cestoïdes une confirmation dont elles n'ont plus besoin après les travaux des naturalistes éminents de la Belgiijue cl de l'.Mlemagne, mais encore comme Iburnissant quelques élé- ments pour la solution delà question encore pendante de la détermination des espèces. Il est, d'ailleurs, une autre série d'expériences (|ufi l'on pourrait entre- prendre pour s'assurer si délinitivenienl les trois Vers rubanés dont nous nous occupons sont trois espèces distinctes, ou seulement trois variétés de la iiiéme espèce : ce serait d'adininislrer les œufs de l'un de ces types, noii-seulcmenl à de» animaux de l'esjièce que l'on suit être favorable à 222 V. BAIIXF.T. EXPÉRIENCES leur liéveloppeiiieiit, iiiiiis encore à d'autres sur lesquels naissent ordinai- rement les variétés de Cysliques considérées à tort, suivant nous, comme se rangeant dans le même groupe spécifique. S'il est vrai, par exemple, que le Tœnia serrala ait indifféremment pour scolex le Cyslicerrus pisi- formin, le Cysticei-eus cclltilo.sœ, le Cijsticercus lenuicoUis, et le Coe- nurus cerebrah's, en administrant des œufs d'un seul cl même Tœnia de celle espèce à des bêtes ovines, à des Lapins et à des Porcs, on doit réussir à reproduire en même temps tous les Cystiques que nous avons nommés. Je n'ai encore l'ait, dans ce sens, que trois expériences sur des Lapins, qui ont reçu l'un des anneaux du Tœnia e Cysliccrcu lenuicoiU, les deux autres des anneaux du Tœnia cœnurus, et à l'autopsie desquels on n'a point trouvé de Cystiques correspondants. Il est clair que l'on ne saurait encore rien conclure de faits aussi peu nombreux. De tout ce qui précède relativement aux Trenias du Chien, on peut con- clure : 1° qu'il existe dans l'intestin de cet animal trois espèces ou au moins trois variétés du genre Tœnia, qui ont été confondues jusque dans ces derniers temps sous le nom de Tœnia .terrain, bien qu'on puisse les distinguer par les caractères tirés do la longueur et de la forme des cro- cbets; 2» que ces trois espèces ou variétés correspondent par les mêmes caractères aux Cystiques désignés par les anciens helmintbologisles sous les noms de Cœnurus ccrebralis, Cyslicercus lenuicoUis, et Cysiicer- cus pisifnrmis ; 3° enfin, que dans certaines expériences on est arrivé à produire ces trois espèces ou variétés du genre Tœnia dans l'intestin du Cliien, eu faisant prendre à l'animal les Cystiques correspondants, de même que l'on est parvenu à reproduire deux de ces Cystiques dans le crâne du .Mouton et dans le péritoine du Lapin, en faisant avaler à l'un des progloltis du T(vnia cœnurus , et à l'autre des proglotlis du Tœnia serrala. Si donc nous pouvons réussir maintenant à distinguer par de bons ca- ractères les Vers rubanés les uns des autres, comme nous avons distingué les Cysliques, nous aurons apporté une dernière preuve en faveur de cette opinion, que le Tœnia cœnurus, le Tœnia c Cysliccrco Icnuicolli. et le Tœnia serrala sont trois espèces séparées. Ces trois espèces, bien que ilistincles, sont cependant assez rapprochées pour avoir, indépendamment des caractères génériques, de nombreux ca- raclères communs. Nous nous contenterons donc de décrire minutieuse- ment le Tœnia serrala que nous prendi'ons comme type, cl d'indiquer ensuite, pour cbacnne des deux autres espèces, les diflérenccs essentielles que nous avons constatées. SUR DES CESTOÏDES DU GENRE T,-ENIA. 223 TjEnia sebuata. — Ver de longueur variable suivant son âge, pouvant atteindre et m^nie dépasser un mètre, souvent composé de plus de deux cents anneaux. Tête globuleuse-tétragone, large d'un millimètre à un millimètre et demi, légè- rement renflée sur chacune de ses faces, et débordant un peu la partie du corps qui vient immédiatement après elle. Venlou.ses circulaires ou un peu elliptiques; trompe peu saillante, olîrant dans le nombre, la forme et les dimensions des crochets qui composent la couronne, les caractères que nous avons déjà signalés. Premiers anneaux connnençanl à a}iparu\li'e à 2 ou 3 millimètres en arrière do la Ute, d'abord très grêles, très étroits, peu distincts, quadrilatères, devenant bien- tôt beaucoup mieux dessinés, et présentant alors un bord postérieur plus étendu que le bord antérieur de l'anneau suivant, de telle sorte qu'ils se débordent très finement en dents de scie sur les parties latérales du corps, jusqu'à ce qu'enfin ils aient pris insensiblement une plus grande longueur. Anneaux suivants acqué- rant peu à peu plus de longueur et de largeur , mais restmil plus larges que longs, à une dislance de 2-3 ou 30 centimètres en arriére de la télc où ils sont à peu près carrés, ayant en longueur comme en largeur de -^ à 6 millimètres, devenant ensuite plus longs que larges, les derniers anneaux étant longs de 1 à 12 millimètres, et larges seulement de o à 0. Forme des anneaux toujours qua- drilatère, les derniers cependant étant un peu plus étroits vers les extrémités que vers le milieu, ce qui fait que les bords latéraux sont un peu en ligne courbe. Bord antérieur et bord postérieur des anneaux toujours droits, jamais ondulés ni crénelés. Organes génitaux commençant à apparaître à 12 ou 15 centimètres delà léte, représentés d'abord par un tubercule latéral à peine visible, qui de- vient ensuite de plus en plus saillant, jusqu'à ce que l'on arrive aux derniers anneaux, où les organes sexuels sont entièrement formés, rr tubercule étant creusé dans son centre de l'orifice des organes génitaux. — ■ Orifices génitaux régulièrement alternes, ou plus souvent placés plusieurs du même côté, les uns à la suite des autres. Testicule sous forme d'un tube grêle pelotonné et enroulé dans un espace laissé libre entre deux des ramifications de l'ovaire, et traver- sant par son extrémité terminale une poche de forme olivaire, qui vient s'ouvrir elle-mécne dans la petite cavité dimt se trouve creusé le tubercule de l'orifice géniial. Spicule constitué par l'extrémité libre du testicule, assez long, souvent rétracté ilans l'intérieur de la poche olivaire signalée ci-dessus, mais pouvant aussi faire sadiic par l'orilico du tubercule génital. Ovaire en palmette, composé d'un tube longitudinal médian, portant sur ses côtés de nombreuses branches assez grêles, simples ou ramifiées, toujours terminées en c;i,'cums. Ilranclics taléralts antérieures de l'ovaire simples ou peu ramifiées. Vagin sous forme d'un tube arqué, a convexité antérieure d un diamètre deux ou trois l'ois moindre que celui dos branches de l'ovaire, s'ouvrant d'une part, et sans offrir de dilatation préalable, dans la cavité du tubercule génital, et se terminant de l'autre dans une poche copulatric.p pyriforme. (Eufs elliptiques, aussi larges à un bout qn'a l'autre, d un jaune brun clair par transparence, pourvus de deux enveloppes, longs de 0""",03e à il' ,040, larges de 0' ,031 a 0""",036. T««iA E CïbTicEHCo TEKOicoLLi. — Indépendamment des caractères tirés do l'extrémité céplialique dont nous avons déjà donné le tableau, ce Ver se distin- gue encore du Timia serrata et du Twnia cœiiiirus par les caractères suivants ; Premiers anneaux commençant a ap[iaraltre a une distance de 3 à o millimètres en arrière do la létu. — Anneaux suivants jilus larges et plus courts, .et par con- séquent plus serré» (|U0 ceux du Tainui serrata et du 'l'ienia caiiurns. Anneaux ne devenant aussi larges que longs qu'à 60 ou 80 centimètres en arrière de la Ifdo cl quelquefois plus loin. Le Ver pouvant avoir dans sa plus grande largeur jukquà 12 iiiilliaietrc«. — Uord postérieur du cliaquu anneau ondulé ou légère- 2'2'l C. BAIIXET. EXPÉRIENCES menl crénelé. — Tube du testicule traversant par son exlrémité lerininale une poclio de forme olivaire. — Branches de l'ovaire grêles, allongées, quelquefois ramifiées, se rapprochant assez des bords latéraux des anneaux. — Vagin très sensiblement dilaté avant de s'ouvrir dans la caviié du tubercule génital. T.€>iA cQENuni's. — Premiers anneaux commençant à apparaître à 2 ou 3 mil- limètres en arrière de la tète. — .\nneaux suivants assez semblables à ceux du Tœnia serratn , mais restant généralement plus étroits. — .4iineaux devenant aussi larges que longs, à 1 ■■) ou 20 centimètres en arrière de la tôle, rarement plus loin, le Ver n'ayant guère plus de 4 à 5 millimèlres dans sa plus grande largeur. — Bord postérieur des anneaux toujouis droit, ni ondulé ni crénelé. — Tube du testicule traversant par son extrémité libre une poche dont le fond est la partie la plus dilatée, et dont l'extrémité opposée se rétrécit en une sorte de goulot comme celui d'une cornue. — Branches latérales antérieures de l'ovaire envoyant en avant de nombreuses divisions parallèles ou presque paral- lèles au grand axe de 1 anneau. — Vagin peu ou [loint dilaté lors de son inser- tion dans la cavité du lube génital. Ainsi, les trois Tœnias du Chien, que ron a coiifoiulus jusqu'ici sous le nom (le Tœnia serrata, distincts encore, comme le démonlrent nos. expériences, par les Cysliques qui les prodnisent, ainsi que par ceux auxquels ils donnent naissance, le sont également par des caractères assez tranchés tirés de l'organisation des anneaux, et surtout des organes de la génération. Nous sommes donc autorisé à les considérer comme trois espèces très voisines, il est vrai, mais cependant séparées. Si notre conclusion est exacte, il n'est pas nécessaire d'en discuter l'importance au point de vue zoologique. Mais en est-il de même au point de vue purement vétérinaire? Sans doute il paraîtra fort indilïéreni i\ beaucoup de nos lecteurs d'acquérir la conviction qu'il faut rapporter à trois espèces le Tinnia serrala du Chien. El cependant cette distinc- tion ne laisse pas que d'avoir, pour la pratique, des conséquences qu'il est utile de connaître. Les Tainias appartenant au même type général (|ue le To'nia serrata sont assez communs chez les Chiens. Or, s'ils étaient tous d'une seule espèce, et si cette espèce unique avait indifféremment pour scolex l'un ou l'autre des Cysliques que nous avons étudiés, il faudrait considérer le contact incessant des Chiens comme essentiellement dange- reux pour les grands et pour les petits ruminants domestiques. C'est même là une pensée tjui a été formulée assez clairement, dès que l'on a eu publié les premiers travaux sur les nouvelles théories concernant la génération des Cesloides. Fort heureusement on s'était exagéré le danger, et la pratique, de même que les expériences, a démontré que, dans bien des cas, les Chiens peuvent rendre des anneaux de Tscnia dans le voisinage des bêtes ovines ou bovines, sans (pir celles-ci soient exposées à être atteintes du tournis. La cause en est simplement dans ce l'ait, que le Tœnia SL;R des CESIOÏDES DU GENRE TENIA. 225 cœnurus est bien loin (rètrc l'espèce la plus commune cliez le Chien domestique. Je ne l'ai jamais rencontré que dans l'inlustin des animaux ciiez lesquels j en avais expérimentalement provoqué la l'ormalion. Il est vrai qu'en consultant mes notes, j'ai reconnu que je n'avais pas eu occa- sion de faire l'autopsie d'un seul Cliien de lierger, depuis que je m'occupe de reilierchcs sur les Cesloïdes; mais il n'en faut pas moins observer que le 'J'wnia cwiiurui: ne semble guère habiter que dans l'intestin des Chiens placés dans des conditions spéciales, tandis que le Ti.vnia scn'ala existe indilïéremment chez presque toutes les variétés de ce carnassier. JS'e pourrait-on pas inférer de là que, dans les vues de la nature, le Tœnia serruta est normalement l'espèce particulière au Chien domestique, tan- dis que les deux autres espèces ne se développeraient en quelque sorle qu'accidentellement chez cet animal, et auraient probablement pour Ilote naturel quelque autre mammifère. Ce ne sont là que des conjectures; mais elles sont basées sur la déplorable facilité avec hupicllo l'intestin du Chien semble se prêter à la transformation des dillérents Cysliques en Vers rubanés. Non-seulement cela a lieu pour les trois espèces que nous avons étudiées, mais encore M. de Siebold a réussi à faire nailre des Ténias dans l'inleslin du Chien en lui faisant prendre des Cy»((cc/'fH.v ccllulmu', ou des scolex de V Echinococcus vetcrinoriim. C'est à ceux qui sont dans la nécessité d'entretenir des Chiens au voisinage des herbivores domesti ques, qu'il appartient de se mettre en garde contre celte fatale pro|iriété. ['endanl les vacances de 1858, que j'ai passées au milieu des campagnes du département de l'Aude, j'ai pu me convaincre, en interrogeant des bergers dans les troupeaux desquels avait existé le tournis, que très sou- vent, après avoir sacrifié les bêles malades, on abandonne aux Chiens la tète ainsi (|ue les autres issues. Faire cesser cet usage , ce serait bien cerlamemeiit faire disparaître une des causes essentielles du tournis, en cmpéclianl, ilans lu plupart îles cas, la furmalion du Tainia cœnu- rus, ijui ne peut nailre que du Cœnure, et qui seul auasi peut repro- duire l'hijdatide du cerveau. Cette conclusion, toute pratique, est une conséquence naturelle de la distinction que j'ai essayé de l'aire entre les trois espèces de Tajnias du Chien dont je me suis occupé. S'il était néces- saire, cficlVel, pour restreindre les ravages causés par le tournis, de sous- traire à la dent du Chien les débris infectés de Cysticerques, aussi bien que ceux où réside le Cœnui'e, il faudrait iléses|iérer d'y réussir, tant se- raient minutieuses les recherches à faire pour alleindie ce but, et tant serait grand le nondiie des personnes iiiililférenles auMjnelles on auiait à demander de c;oncuurir à la destruction des Cysti(|ues. Eu limitant, au l' uérie. îiooL. 'I'. .\. (Oaliicr n" 4.) "* l.'i C. BAILLET. EXPERIENCES contraire, à la ilestruclion du Cœnure les précautions à prendre, la plu- part des dillicullés disparaissent, et l'homme de l'art peut donner, dans ce sens, des conseils aux propriétaires de troupeaux, sans avoir à craindre qu'on lui reproche de prescrire des opérations impossibles. Il est probable que, dans un avenir sans doute encore très éloigné, la précaution de ne point laisser manger aux Chiens le cerveau des Moutons morts du tournis deviendra vulgaire parmi les populations des campagnes. Mais aujourd'hui que les notions qui résultent de la connaissance des phénomènes de la reproduction chez les Cestoïdes ont à peine pénétré chez les hommes de science, le tournis, lor-;r|u'il apparaît dans un troupeau, doit reconnaître bien souvent pour cause première la présence du Tcvnia cœnurus dans le tube digestif de l'un des Chiens de l'exploitation rurale où sévit la maladie. Aussi, dans ces cas, le vétérinaire ne saurait-il atta- cher trop d'importance à faire surveiller rigoureusement les animaux de l'espèce canine, et même à leur faire administrer des anihelminthiques, et particulièrement le cousso. Ce serait pour lui un moyen de remonter à l'origine du mal, de l'empêcher de s'étendre, et de débarrasser en même temps les Chiens de parasites qui les épuisent. Il ne faudrait pas négliger de se conformer à cette indication, même lorsque le début de la maladie remonte à une époque assez éloignée ; car, dans ce cas, ont n'est nulle- ment autorisé à croire que les Ta>nias d'où dérive te mal ont disparu des intestins des Chiens. Tout le monde sait que, chez l'homme, le Ver soli- taire peut exister pendant plusieurs années, et ne produire des proglollis que de temps à autre. Il paraît en être de même des Trcnias du Chien, et en particulier du Tienia cœnurus. C'est ainsi que la Chienne Lionne, dont nous avons rapporté l'histoire, a pu rendre presque chaque jour des anneaux de T»uia, depuis le 31 mars jusqu'au 19 août, c'est-à-dire pen- dant cent quarante-deux jours, et expulser encore des Taniias après avoir pris du cousso. Je suis loin d'allirmer, cependant, (ju'en se conformant au préci>pte que je viens d'énoncer, on devra toujours, ou presque toujours, reconnaître la présence de Ta'nias dans les matières fécales des Chiens qui, soupçonnés d'avoir produit le mal, auront reçu des antelminthiques. On conçoit, en effet, que d'autres animaux du voisinage ont pu, même sans être en contact avec le troupeau, déposer des progloltis sur les herbes des pâturages ou sur les autres aliments destinés aux bêtes ovines. Bien plus, rien ne démontre, jusqu'à présent au moins, que le Chien soit le seul mammifère qui ait la propriété d'héberger le Td'nia cœnurus. Je suis même assez porté à croire, mais sans avoir de preuves à donner à l'appui de cette opinion, que le Tnia cœnurus existe aussi chez quelques-uns l Sim DES CESTOÏUES DU GENRE T,-ENI.\. 227 des cîirnassiers, petits ou LTanils, (|iie l'on sait vivre à l'étal sauvage dans nos canipajtnes, et que, par toiiséquent, si tout à coup l'espèce canine venait à être supprimée de la surface de la terre, les ruminants ne seraient point à tout jamais, et à cause de cela, préservés du tournis. 11 est pro- bable qu'il y a dans l'histoire du Cœnure, ainsi que dans celle de la plu- part des autres Cestoïdes, bien des faits qui nous sont encore inconnus. L'expérience suivante, que le hasard m'a mis à même défaire, pour- rait, au besoin, appuyer cette opinion, s'il ne me restait pas quelques doutes sur la détermination spécifique du cestoïde que j'ai eu occasion d'étudier. IV. Expcrieiice faite à l'aide d'un Cijsliqiie polyct'phale indéter- miné. — Le 26 février 1858, M. l'rince nie fait remettre un Cysti(|ue polycéphale extrait la veille du cou il'un Lapin où il formait une Inmeiir énorme sur la parotide et la base de l'oreille. Ce Cystique est du volume d'un œuf de poule. 11 est constitué par une membrane transparente en forme d'ampoule remplie à l'intérieur d'un liqiiiile limpide. La membrane porte à sa surface une foule de scolex qui ont à peu près le volume d'un grain de blé. L'un de ces scolex étant étudié isolement, paraît très sem- blable à ceux du Cœnure, dont il ne diflére que parce qu'il est deux ou trois fois plus gros. La tète, cependant, n'est pas plus volumineuse que celle des scolex du Cœnure, et mesure en largeur un millimètre et demi. Mais ce n'est pas là le seul point de ressemblance que je puisse constater : la tète est, en effet, pourvue de quatre ventouses, d'une troiiqie et d'une double couronne composée de trente crochets. Ceux-ci se rapprochent beaucouji, par leurs dimensions, de ceux des scolex du Cœnure. Les plus grands sont longs de 14 à 10 centièmes de millimètre, et ils ont l'apo- physe inférieure égale ou à i)eu près égale à la lame; les pins petits sont longs de 9 A 12 centièmes de millimètre, et ils ont la lame égale à l'apo- physe inférieure ou un peu plus longue. Le corps est criblé de corpus- cules calcaires, de forme ovale, ayant un diamètre de 9 à )S millièmes de millimètre, et il se termine posléricuremcnt par une échancrurc ijut résulte de »a séparation d'avec la vésicule mère. Par tous ces caractères, le Cysli(pie polycéphale i|ue je \iens de décrire; se rapproche éviilemmeut beaucoup du Cœnure, mais il n'j a pas identité cunqilètc ; et bien qu'au premier abord, et avant d'avoir été averti des circonstances dans les(|uelles il avait été trouvé, je l'eusse pris pour un (>j;nure, aujourd'hui je n'oserais ni conserver ni repousser celte o]iiniun. Quoiipi'il en soit, le 20 février, dix-huit heures environ après son extraction du cuit du Lapin, le 228 C. BAILLET. EXI'ÉRIEMJKS Cyslique polyccpliale, après avoir été plongé penJant douze ou quiuze minutes clans l'eau liède, est divisé en deux paris, qui sont administrées, l'une à un Chien d'un an, nommé Piston, l'autre à \in grand épagneul de chasse beaucoup plusà|jc. Ces deux Chiens, (|ui de|)uis le commencement de mai rendent de temps à antre des anneaux de ï;euia, sont sacrilits le 2 juillet. A l'autopsie, on trouve dans l'inleslin grêle, chez Pisluii, soixante et dix Tœnias, et chez le grand épagneul sept ï;enias seulement. Ces Vers sont étudiés immédiatement, et présentent les caractères suivanls qui, ainsi que l'on pourra le voir, ressemblent beaucoup à ceux du Tœnia cœnurus. Tjîni* •? — Ver long de 4S à 60 ccntimétrei, composé décent cinquante anneaux environ. Tête globnleuse-lélragone, large dj 1 millimélre â 1 mdliniètre et demi. Ventouses circulaires ou nn peu elliptiques: Irompe assez saillanle, pourvue d'une double couronne de 28 à 32 crochets. Grands crochets longs de I l à t(i centièmes de millimélre, a apophyse inférieure égale ou à peu près égale à la lame. Petits crochets longs de !) a 12 cenlièmes de millimètre, a apophyse inférieure, égale à la lame ou un peu plus cnurle qu'elle. Premiers an- neaux commençant à apparaître à 2 ou 3 millimétrés en arrière de la tête, qua- drilatères, à bord postérieur plus étendu que le bord antérieur de l'anneau sui- vant, de telle sorte qu'ils se débordent finement en dents de scie sur les côtés du corps. .4nneaux acquérant insensiblement plus de longueur et de largeur, le corps présentant à .30 centimètres de la tète sa plus grande largeur, qui est de 4 à 5 millimètres. Derniers anneaux longs de 6 à 12 millimètres, larges de 3 à 4 millimètres. Bord postérieur des anneaux toujours droit. Organes génitaux commençant à apparaître â 12 ou 15 centimètres en arrière de la tèle, repré- sentés d'abord par le tubercule saillant qui porte 1 orilice des organes génitaux, et qui devient d'autant plus distinct que l'on se rapproche davantage de l'exlré- mité postérieure. Orilices génitaux irrégulièrement alternes, comme chez les .autres Ta;nias du même type. Testicule sous forme d'un tube grêle enroulé et pelolor.né sur lui-même et traversant par son extrémité terminale une poche renflée dans son fond et s'amincissant ensuite en une sorte de goulot qui vient aboutir dans la cavité creusée dans l'épaisseur du tubercule génital. Spicule semblable a celui des autres Tienias. Ovaire en palrnette longitudinale, formé par un tube qui, du bord antérieur au bord postérieur de l'anneau, suit la ligne médiane, et sur lequel naissent latéralement des rameaux nombreux, irréguliers dans leur forme comme dans leur position, et de même très irrégulièrement rami- fiés. Branches antérieures de l'ovaire envoyant en avant de nombreuses divisions à peu près parallèles au grand axe de l'anneau. Vagin sous forme d'un tube grêle, ne se dilatant pas au n.oment de s'ouvrir dans le tubercule génital, suivant un trajet un peu sinueux au-dessous du testicule, décrivant ensuite une courbe à convexité antérieure, et venant se terminer dans une poche copulalrice pyri- forme. Œufs circulaires ou légèrement ovales, d'un brun foncé très clair par transparence, munis d'une double enveloppe, longs de 0"'"',03o et larges de 0'""',030. Les différences qui exislenl entre ce Tiunia et le Tœnia cœnurus sont si peu tranchées, que, si ce n'était la réserve qui est toujours commandée SLR DES CESTOÏDES DU GENRE TENIA. 229 dans des questions de celle nalare. je serais assez porté à les considérer comme appartenant, l'un et l'autre, à la même espèce. J'aurais voulu, pour éclaircir cette question, pouvoir rapporter d'autres expériences; mais je n'ai pu lirer de celles que j'ai tentées aucune conclusion posilive. Ainsi, deux Agneaux, ceux qui dans les expériences sur le tournis portent les n"' h et 5, ont pris, le 3 juillet, des anneaux provenant des Tœnias recueillis dans l'intestin du Chien Piston. L'un d'eux a élé sacrifié trenle- ciin) jours après, et l'on n'a rien trouvé dans le crâne, ni ailleurs, qui puisse se rapporter à l'expérience entreprise le 3 juillet. L'autre, celui qui avait reçu le n" 5, a succombé le 8 novembre, et dans le crâne on a trouvé cinq Cœnures variables dans leur volume. Mais, ainsi que nous l'avons dit plus haut, cet Agneau avait pris aussi, le 22 mai 1858, un fragment et un proglottis de Tieiiia cœnurus tirés de l'intestin du Chien Misère, et il est impossible de dire d'une manière précise si les Cœnures qui habitaient le cerveau provenaient des œufs administrés le 3 juillet ou de ceux donnés le 22 mai. On ne saurait donc rien conclure de celle expé- rience. Quatre jeunes Lapins ont également pris des anneaux des Tainias qui s'étaient formés dans l'intestin de Piston. Malheureusement ils sonl morts en mon absence, et l'autopsie n'en a pas été faite. La détermination rigoureuse du Cyslique polycéphale trouvé dans le tissu cellulaire du Lapin par M. Prince, et celle des T;enias qu'il a produils dans l'inlestin dn Chien, restent donc indécises. Mais quelle que soit l'opinion que l'on adople sur sa nature, il n'en ressort pas moins pour la pratique des enseignements utiles. Si nous adoptons un moment, par exemple, que les Tœnias sont de l'espèce Tu'nia crnurus, nous sommes amenés à reconuaitre que le Cyslique polycéphale était un Cœnure, et que, par conséquent, le Cœnurus cereliralispeul parfois vivre en dehors des centres nerveux des ruminants. .Si, au contraire, nous repoussons cette idée, nous sommes forcés d'ad- metlrc qu'un Taînia autre que tous ceux que l'on a signalés jusqu'à pré- sent peut se développer dans les voies digeslives du Chien, et ceci vient à l'appui de cette opinion que nous avons formulée plus haut : que l'intestin du filiien parait se prêter, avec une déplorable facilité, à la transformation des Cystiques en Vers rubanés. D'autres enseignements découlent encore de celte expérience. L'un d'eux vient confirmer ce fait déjà constaté par M. de Siebuld, que les jeunes animaux favorisent mieux que les adultes le déveloiqicment des Cystiques en Tœnias. En elfel, deux Chiens reçoivent le même jour à peu près une égale quantité de scolex tirés d'une seule vésicule; tous deux vivent ensuite dans les mêmes conditions hygiéniques, et ce|iendanl, à 230 C. BAILLET. — EXPÉniENCRS l'autopsie, on trouve dans l'intestin du jeune Chien dix fois plus de Trcnias que dans l'intestin du Chien plu? âgé. Enfin, notons encore que celte expérience nous donne une idée du temps pendant lequel les Cys* tiques sont aptes à conserver la vie en dehors des organes au Sein des' quels ils se sont formés. Au moment où j'ai administré les scolex du Cys- ti(]ue polyccphale, j'étais loin d'espérer qu'ils se développeraient, surtout eu aussi grand nondjre, n'ayant été ingér->5 que dix-huit heures après l'extraction de la vésicule du tissu cellulaire. Ce qui est arrivé pour ce Cystique arriverait probahlement pour beaucoup d'autres; et je ne serais nullement étonné que les Vers à vessie, protégés comme ils le sont pour la plupart par le kyste adventif où ils sont renfermés, pussent continuer à vivre pendant plusieurs jours après la mort de l'animal qui les a hé- bergés . V. Expi'rienccs sur le Tœnia crassieollis et le CysticercUs fasciolaris. — Dans les questions de la nature de celles que j'ai essayé de traiter dans ce travail, on ne doit négliger aucune des sources où existent des éléments d'instruction. Je n'ai donc point hésité à faire sur le Tmiia crassieollis du Chat et sur son scolex, le Cysticercus fasciolaris, qui vit ordinairement dans le foie des petits mammifères du genre Mus, (|uel* ques expériences dont je rendrai compte en peu de mots. Le 29 avril 1868, à midi, on fait prendre à deux Rats et à six Souris les derniers anneaux de deux T/rnia crassieollis trouvés dans l'intestin d'un Chat. 1" Le jour même, à six heures du soir, l'un des Rats est tué, Bl dans l'estomac et l'inlestin, que j'examine avec une minutieuse atten- tion, je retrouve les œufs du Tœnia, qui ne sont point encore modifiés d'une manière appréciable. 2" Une Souris, tuée deux heures plus lard, n'a lias donné les mêmes résultais, et soit que les œufs fussent déjà éclos et les embryons engagés dans les tissus, soit pour louie autre cause, je ne trouvai dans le tube digestif aucune trace des anneaux qui avaient été administrés. 3° Le 6 mai, huitième jour de l'expérience, l'une des Souris mcuri; on trouve le foie parsemé à sa surface et dans sa profondeur de petites taches qui tranchent sur le fnnil par une nuance plus claire. Le tissu du fuie se déchire avec la plus grande facilité, et il est criblé d'une innombrable quantité de vésicules infiniment petites, longues de 0""",35 à 0""",/iG et larges de 0"'"',19 à 0"'"',30. Ces vésicules sont le plus sou- vent ovoïdes ou pyriformes, quelquefois presque sphéroïdes, mais pou- vant d'ailleurs affecter des formes très variées. Leur membrane offre le même aspect qtie celle de tous les Cystiques, Je cherche en vain à sa sur- Sun DES CESTOÏDES I)ll GENRE T/ENIA. 231 face des traces ries crochets de l'enibryon. Rien ne peut me faire (irévoir le point où se formera la dépression pour l'organisation de la tête du scolex. 4° Le 10 mai, douzième jour de l'expérience, le deuxième Rat meurt: le foie est en tout semblable à celui de la Souris dont nous venons de parler; seulement les vésicules, un peu plus développées, et toujours assez irrégulières dans leurs formes, sont longues de 0""",5/| à 1""",03 el larges de 0"""7i5 à 0"'"',78. 5" Une antre Souris meurt le 22 mai, vingt-quatrième jour de l'expérience. Ici le foie renferme des vésicules enkystées. Les kystes, très nombreux, de la grosseur d'un très petit pois, apparaissent à la surface et dans la profondeur de l'organe, sous la forme de petites tumeurs arrondies, d'un blanc grisâtre nuancé de rose ou de rouge pâle. Chaque kyste renferme une vésicule ovoïde formée par une membrane transparente, renfermant un liquide limpide, et mesurant en longueur depuis 1"'™, 80 jusqu'à 2""",']0, et en largeur depuis 1""", 35 jusqu'à l'"'",93. W n'y a encore aucun indice de la formation des ven- touses ni des crochets. 6° Enfin, le 28 juillet, quatre-vingt-onzième jour de l'expérience, une Souris étant morte, il existe dans le foie un seul Cytiicercus fasciolaris, pelotonné dans un kyste dont les parois sont d'un vert foncé. Ce Ver, encore vivant au moment de l'autopsie, est long de 205 millimètres. La partie antérieure, large de 5 millimètres, laisse voir un sillon qui indique l'invagination de la tète. Dans sa partie large, qui ne présente point de véritables anneaux, le corps est plissé et ondulé sur ses bords : il est aplati de dessus en dessous, dans la pins grande partie du reste de son étendue, jusqu'à la vésicule qui la termine. On distingue nettement dans toute cette partie des anneaux qui sont qua- drilatères, tons plus courts que larges, et se débordant finement en dents de scie aiguës sur les cùtés; ils sont entièrement dépourvus d'organes gé- nitaux. La vésicule est ovoïde, très petite, et à peine du volume d'un petit pois. Quant à la tète, sortie de son invagination, elle est entièrement sem- blable à celle du Twnla rrassicnllis. Elle est tétragone, assez forte, pourvue de quatre ventouses, et d'une couronne composée de trente-six crochets. Les plus grands, longs ilc 0""",/|2, ont la lame plus courte que l'apophyse inférieure, el l'apophyse moyenne à base large, à sommet sub- aigu, un peu infléchi en bas. Les plus petits, longs de 0""",26, ont égale- ment 1.1 lame un peu plus courte que l'apophyse inférieure. Le corps et les paroi-- de l'ampuulequi le lerminesorit ( riblrs de corpiisrules calcaires, gé- néralement ovales, ctayant un diMmètrc de 0'""',00/i à 0' ,013. 7° Deux Souris, qui n'avaient paru souffrir en aucune façon à la suite de l'inges- tion des icufs du Tirniii crdfsicdllis, restaient à examiner; elles ont été 232 C. RAILI.ET. — EXPÉRIENCES SUn DES CESTOÏDES, ETC. tuées le 5 août, et, comme je l'avais prévu, elles avaient échappé à l'in- toxication vermineuse. On a pu voir, par la description que nous avons donnée du Cijsticer- cus fasciolaris, combien ihlilîère des autres Cystiques. Le peu de volume de sa vésicule, les nombreux anneaux bien distincts dont son corps est formé, la largeur de la partie du corps dans laquelle la tète ept invaginée, pouvaient laisser quelque doute sur son mode de développement. Malgré la lacune qui subsiste dans les expériences rapportées plus haut, on peut croire que ce développement se fait de la môme manière que celui des autres Cystiques. Pour lui, comme pour les autres Cyslicerques, c'est la vésicule qui apparaît la première, et il est probable que la têle du scolex doit se former au fond d'une dépression de la membrane de l'ampoule, ainsi que nous l'avons vu pour le Cysticerciis pisiformis et pour les scolex du Cœnure. Les expériences sur le Cysticcrcns faxciolaris sont les dernières dont nous ayons à parler. L'immense majorité de celles dont nous avons re- tracé l'histoire confirment les belles découvertes des helminthologistes modernes: en effet, sur quarante-trois animaux qui ont été utilisés à faire ces expériences, deux sont encore vivants ; dix n'ont offert, à l'autopsie, que des résultats négatifs, et les trente et un autres ont tous permis de constater, de la manière la plus certaine, la formation des Cystiques ou des Vers rubancs que la théorie avait fait prévoir (1). (I) Le compte rendu dont cet extrait est tiré a été publié en entier dans le Journal vétéfinnii'c du MiJi. DESCRIPTION DE L'APHELOSAURUS LUTEVKNSIS, SAUBIEN FOSSILE DES SCHISTES PEHMIENS DE LODtVE, Par n. Paul UERVAIÏi. Les ardoisières de Lodève sont formées pnr des scliisles per- miens dans lesquels on n'avait encore trouvé d'aulres fossiles que des végétaux dont I\I. Ad. Brongniart a décrit les différenles espèces, en faisant remarquer leur curieuse analogie avec celles des couches supérieures du Icriain liouiller, dont elles semblent, dit-il, être un exlrail. La découverte d'un animal vertébré de l'ordre des Sauriens dans les mêmes schistes est un fait qui mérite d'être signalé. La pièce sur laquelle repose l'indication de ce fait ne laisse d'ailleurs aucun doute sur le gisement dont elle provient, et les caractères zoologiques de l'animal ilonl elle a conservé l'empreinte sont éga- lement très évidents. C'est une doidde phupie d'ardoise, remise par le propriétaire même de la carrière de Lodève à J\L Paul de Rouville, (pii l'a déposée dans les collections de la Faculté des sciences de Mont- pellier. On y voit l'empreinte et la contre-empreinte du squclelte d'un animal quadiupède, (jue la forme de ses membres, celle de son sternum ainsi que de ses côtes, et aussi la disposition de ses vertèbres dorsales et lombaires, ne permelteni pas de placer ailleiu's que parmi les Sauriens. La têle de l'animal n'a point été conser- vée, et l'on ne voit que deux de ses vertèbres coccygiennes, l'une el l'autre un peu séparées de la partie pelvienne du tronc, mais indiquant (ju'il devait y avoir une rjuçue aussi longue que chez la |)lnp;ui des animaux du même groupe que nous connaissons. La forme des membres, qui ('laicnl appropriés à la locomotion ler- reslre, et qui avaient cbacun cinf| dnigls libres el onguiculés, rapprocherait le Sauriende Lodève des gcr)res actuels ou tertiaires !23/i p. SERVAIS. du même ordre, si ses vertèbres, qui sont biplanes au lieu d'être concavo-convexes, ne le rattachaient aux geiu'es jusqu'à présent particuliers aux Ibi'malions jin'assicpies dont nous avons parlé, d'après M. Hermann de Jleyer, sous le nom d'Homéosauridés. A en juger p;ir l'individu que nous décrivons, la taille du Sau- rien fossile de Lodève était analogue il celle de nos plus grands Lézards ocellés du midi de l'Europe ; elle est comparable aussi à celle des Varans et des Iguanes de moyenne dimension. Nous ne connaissons pas le crâne de cette curieuse espèce de Reptile, et sa région cervicale n'est qu'indiquée obscurément sur le fossile trouvé à Lodève. On voit à la partie antérieure du tronc une grande plaque sub- arrondie en avant, bilatéralement éclianorée en arrière, et en rap- port pars es expansions latérales avec la région costale : c'est la phKpie sternale; elle a dû être cartilagineuse. L'os en T qui devait la précéder manque , et l'épaule n'est que très incomplètement indiquée. Au contraire, la série des vertèbres dorsales et la plupart des côtes qui s'y rattachaient sont très apparentes, malgré la diffi- culté avec laquelle les pièces osseuses sont en gi';néral conservées par les dépôts schisteux. II y avait dix-huit ou dix-neuf vertèbres entre la région du cou et le bassin, et ces vertèbres étaient assez larges, égales dans les diamètres antérieur et postérieur de leurs corps et à surfaces d'articulation réciproque biplanes ; ce qui est aussi le cas pour les Homéosauridés appartenant aux genres que l'on connaît dans les assises jurassiques de la Bavière et du dépar- tement de l'Ain. Les premières côtes étaient, comme c'est l'ordinaire chez les Sauriens, incomplètes et purement vertébrales, et il en était de même des dernières, qui sont d'ailleurs tout à lait rudimcntaires. Les côtes intermédiaires étaient au contraire plus larges, et, ainsi que cela se voit également dans nos Sauriens vivants, elles étaient vcrtébro-stcrnales. On aperçoit très bien leur partie vertéitrale, et leur portion sternale, quoique cartilagineuse, a laissé des impres- sions linéaires qui croisent celles que nous venons d'indiquer, et sont surtout apjiarentes sur le côté droit. La région dorso-lombaire était longue de 0,10 environ. SUR UN SAURIEN DU TERRAIN PERMIEN. 235 On distingue les Iraces de deux vertèbres sacrées, et les os coxaux ont élé refoulés un peu en arrière de leur position nalu- relle. Il est impossible de reconnaître exaetenient leur Ibruie, la pression qu'ils ont subie et la transformation en pyrite de leur propre substance en ayant fait ilisparaîtro tous les détails. On voit en arrière du bassin, et à une petite dislance, les deux vertèbres caudales dont il a été question plus liant. Le reste de la ipiene avait disparu. Les membres sont très apparents, et il ceriains égards très bien conservés. On voit les deux droits en entier; ceux de la gauche ne sont représentés que par les parties supérieures de l'humérus cl du f(''mui\ La longueur de l'humérus peut être évahu'e à 0,038, et celle de l'avanl-bras à 0,035. La main, qui est écra.séc comme le rcslc du corps, montre bien ses trois parties carpienne, mêla- oarpienne et digitale; mais le nombre et la forme des os du carpo ne sauraierd être distingués. Le nombre des phalanges est de '2, 3, /|, 5, et k en commençant par le pouce, ce qui est le nombre normal ; les phalanges unguéales étaient toutes onguiculées. Le membre antérieur, envisagé dans son ensemble, parait un peu pins robusicque chez beaucoup d'autres Sauriens, et il en est de même du membre postéi'ieur. Le fémur y mesure 0,0^5, et la jambe 0,0/|3.On dislingue encore lelihia et le péroné; ils sont subéganx eniri' eux. La |ialle se voit aussi; elle élail proiiorlionnellement moins allnng('c que d'habitude. J'en conqile ainsi les phalanges : 'i, (l, /l, n et li, c(! qui reproduit aussi les mêmes nombres que ilans les espèces récentes de l'ordre des Sauriens. Le quatrième doigt élail nioiuK allongé et moins grêle que chez la plupart de ceux-ci. Le Saurieii foHHile dans les schistes permiens de Lodève diffère comme genre de ceux tpi'on a décrils justprà ce jour. J'ai donné\ au gem'c (|u'il formera le nom û'Aphelosaurus, (M j'en ai .ippeb' l'espèce Aphehsanrxtx lutavcmis . J'en donne une ligure sur la planche H/i de ma Zoologie cl paléuiiloloyie franraisn.s (Ij. (() 2' édilion. SUR LES PRETENDUS ORGANES AUDITIFS DES ANTENNES CHEZ LES COLÉOPTÈRES LAMELLICORNES ET AUTRES INSECTES, Par M. Edouard CLAPARÈDE, Docleur en médecine à Genève. Dans un mémoire présenté n l'Académie des sciences de Paris le 30 août 1858. el imprimé depuis lors dans les Jnnales des sciences naturelles (1), .M. (Charles Lespés appelle de nouveau l'attention sur do petits organes déjà indiqués par Diigès, puis dé- crits avec soin par Erichson dans les antennes d'un grand nombre d'Insectes, et il revendique en leur faveur les fonctions d'organes de l'audition. Ces organes paraissant exister, selon Erichson, chez tous les Insectes, et même, suivant M. Lespés, chez d'autres Ar- thropodes (les Myriopodes) , il en résulterait que les organes con- sidérés jusqu'ici comme auditifs chez certains Orthoptères devraient être détrônés du rang (pi'ou leur assigne aujourd'hui dans l'ana- tomie comparée. .le ne veux i)oint affirmer que les organes décrits comme des oreilles chez les Orthoptères par Joliannes Millier, JI. de Siebold et M. Leydig, jouissent bien réellement d'une sensibilité acoustique. .Mais, dans tous les cas, les organes que M. Lespés a décrits dans les antennes des Insectes me paraissent encore bien moins aptes à fonctionner comme organes de l'ouïe. Quelles sont les raisons que Jl. Lespés fait valoir pour assigner des fonctions auditives aux petites fossettes qui ornent les antennes des Insectes? Une seule, à savoir, l'existence, derrière une mem- brane tendue, d'une petite poche renfermant un otolithe. Cette (1) Tome IX, p. 225. StR LES PRÉTENDIS ORGANES AUDITIFS DES INSECTES. 237 raison serait certes à elle seule bien suffisante, car un analomisfc n'a qn'à conslaler, chez un Mollusque ou un Ver rexistencc il'inie pierre calcaire dans une poche tapissée de cils vibraliles, pour qu'il déclare avoir affaire à une oreille. Malheureuscinent, soit la membrane tendue, soit la poche, soit l'otolilhc, sur la pré- sence desquels repose toule rargumentalion de .M. Lespés, font défaut chez les Insectes, comme je vais le montrer, et, ces carae- lères une fois éliminés, il ne subsiste plus aucune raison analo- miqiie jiour laire attribuer aux organes en question une sensibililé acoustique. Mon intention n'est certes point d'infirmer l'exactitude des ob- servations de -M. Lespés. Celui-ci a, en général, bien vu ce qu'il a vu. Ses interprétations seules ont été fautives, connue on s'en convaiiii' immédialement en ayant recours à un procédé d 'investi - galion plus délicat et plus scrupuleux que celui (|u'il a employé. Les observations de ;\L Lespés ont porté essentiellement sur les antennes feuilletées des Lamellicornes pétalocères, dont les feuillets sont criblés des petites fossettes signalées parDiigès et Ericlison. Ericbson décrivait ces organes comme de petites ouvertures de la culiculc (;liilincuse bordées d'un cadre, qui seraient fermées du côté interne par une membrane tendue comme la peau d'un lain- bniir; le (liamèlrc de l'ouverture serait moins grand ilu colé in- tciiic ([III' du côté externe de la cuticule. En un mot, les Ibsselles représentent, suivant lui, des cônes tronqués, dont la Irimcaliire est tournée vers le côlé interne et lériiiée par une membrane. En cela Erichsoii était déjà plus près de la vérité que M. Lespés, car ce dernier admet que c'est sur l'ouverlurc exierne de la l'nssetle ipie la membrane est tendue, ce qui n'a point lien. M. Lespés icmarquc eu outre avec raison que, dans le milieu de la fossette nommée par lui le tympanula, on a[ierçoit chez les Hannetons deux cercles concentriques, et il inlerprèle le premier comme la membiaiie fort (''piiissc d'une capsnlii rcni|ilie par un liquide 1res dense, et le sennid comme li_' conlmir d'un olnliihi'. Supposé même qiu- celle inlerprélalion l'iit cxacU', nous aurions là un otolillic singiilièremenl dilïérenl de lous les ololillics jus- qu'ici connus. En effet, dans toute la série des animaux, lunis Inni- 238 Ë. CLAPARÈDE. VOUS (iiieles ololillies sont, ou bien des crist;mx d'aragonilo |inr- l'ailemont réguliers, ou liien îles eoiierélioiis eiileaires tloiil les élcinenls, à en juger par les |iropriélés oplitiues, sont des piuii- cules de carbonate de ebaiix erislalliséos dans le système de l'aragonile. Jus(prici la Néritine lluvialilo (;sl le seul animal chez lequel on ail signalé des otolillies de nalurc tout orga- nique. Ûr le prétendu otolillio des Mélolonlbides et autres Lamel- licornes pélaloeères ne donne point les réactions de la chaux car- boualée. « Les acides, dit M, Lespés, niên)e coneenirés, sont sans action sur lui ; la potasse le lait un peu augmentei' de volume, mais seulement après une action longtemps prolongée. » Pour ce qui \iie concerne, je trouve ce co?-;)^ (1) inattaquable aux bases caus- tiques et solubles, bien ijue très dilficilemenl dans les acides énergiques très coneenirés. En un mol, cet organe offre les mêmes réaclions que la eulieulc des Insectes, c'esl-à dire les réactions de la chiline lU'oproment dilc, et en effet je vais montrer qu'il est un sim|ilc appendice de la eulieulc. M. Lespés s'est contenté d'observer des « t\ni|ianulcs » de la manière la plus simple et la plus facile ; il s'est borné, comme l'avait fait Erichson, à séparer l'une de l'autre les deux lames de chitine de l'un des leuillels de l'antenne, et de suumcltre au mi- croscope ces lames après les avoir nettoyées des trachées, des rameaux nerveux et autres parties molles qui leur sont adhérentes. Cha(pie lamelle ainsi éludiée do face présente à peu près l'aspect décrit jiar ihi savant. Toutefois, lorsqu'on pi'cnd la précaulion d'éclairer la |iré[taralion à l'aide de la lumière oblique, on aper- çoit des jeux de lumière (pii peuveid déjà l'aire douter de l'cxac- lilude de l'inlerprélalion de M. Les|iés. J'ai représenlé dans la ligure 1 (pi. '21) un fragment d'une lamelle d'iui des feuillets anienuaux du Hanneton ordinaire [Melolonlha indyaris), ainsi éclairé par hi lumière oblique. La disposition des ombres permet déjà de reconnailre que la lamelle est criblée do dépressions très (l) J 'entends par IJi l'ensemble de l'organe, sac auditif etotolilhedeM. Lespés; l'action chimique ne porte même que sur le premier, le second n'étant, comme je le montrerai, qu'un espace vide. SLR LES PRÉTF^NDLS ORGANES AUDITIFS DES INSECTES. '239 proloudes ; les lyin|i;uMilcs de iM. Lespés, larges en moyenne de 0'"'",017, du fond desijtielles s'élève un corps faisnni saillie, le sae audilil' de cet auteur. On reconnaît imniédialement que ce corps ne peut être un sphéroïde plein, mais qu'il ofl're une cavité à son intérieur. Au centre de ce corps, on aperçoit le cercle, que M. Lespés a considéré comme l'otolillie; mais on [leut l'aciiement s'assurer, grâce à l'absence d'ombre du côté opposé à celui d'où vient la lumière , que ce cercle ne peut circonscrire un corps solide. Alin d'arriver à une connaissance |i!us exacte des « lyni- païuiles ", j'ai eu recours à un procédé dont l'ulililé se pré- sente immédiatement à l'esprit, mais qui a niallieuieusement été négligé par M. Lespés. J'ai lait des coupes très minces des Teuil- lets de l'antenne, perpendiculairement à la surl'acede ces feuillets, et ces coupes, examinées au microscope, font comprendre tout de suite l'apparence [irésentéo parles lamelles vues de face. La Iigure2 représente la section d'un feuillet de l'antenne d'un Melolontha vulyaris mâle, l'aile perpendiculaiiement à la surface du feuillet. On y rccomiait trois couches : la médiane représenle l'ensemble des parties molles (trachées, nerfs, lissu conjonclif, etc.), dont j'ai omis h; délail dans le dessin; les deux auhes sont les sections des deux lames cliitineuses de la cuticule, lames qui nous inlércs- seiil parliculièremenl ici. Ces lames présentent sur leur surface externe une sculpture tonte (larliculière. Épaisses dc0""°,03, elles présentent une foule d'excavalions, dont la profondeur est en moyenne de 0"'°',01. La compaiai.son d'un fjraiid nombie de coupes enseigne que ces excavations ou fossettes .sont toujours plus étroites à leur enln'e rpie dau:> le l'oiid. Leur largein- maxi- mum coriespond à peu près à la mi-piolondeui'. Ces excavations sont en cunnnunicalinn parfaitement libre avec le monde oxlériein*, gràre à l'ouvcrlure lai'^cmeul iM'anli' ipii en l'oi'me l'entrée, et dont la p(Mipliérie n'est jias autre cliose ipie le bord du tyuqianule (le .M. Lespés. Toutefois, connne cette ouverture n'est nidlemcnt fenné'C par une membrane tendue, le nom de tympanule n'est |ilus apjilicable à la fossette. On peut d'ailleuis s'assurer déjà de Tnl)- sunce de celle meudjianc en examinant de face les lames du 2/iO É- CLAPARÈDE. feuillet; en elTel, il arrive le plus souvent, surtout lorsqu'on a aft'airc à un Insecte desséché, <|ue les petites fossettes restent pleines d'air au moment où l'on plonge les lames de la cuticule dans le liquide d'observation. On peut alors, dans les instants qui suivent immédiatement, voir sous le microscope les bulles d'air s'écbapper les unes après les autres des petites excavations, ce qui ne pourrait avoir lieu si les ouvertures étaient fermées par une membrane tendue. L'air reste souvent emprisonné pendant un temps assez long dans les préli.'ndus tympaniilcs, grâce à la circonstance ijue l'ouverture est moins large ijue l'excavation spécieuse dans la- (|uelle elle conduit. Du fond de chaque fossette s'élève, chez le Melolontha vvlgaris, un mamelon tantôt légèrement conique, tantôt plutôt cylindrique, tantôt enfin à peu près pyriforme, la |iarlie la plus large étant tour- née vers le haut. Ce mamelon ne s'élève pas en général jusqu'au niveau de l'entrée de la fossette. L'inspection des coupes montre, du reste, déjà à première vue, que ce mamelon est un tube dont la cavité se prolonge au-dessous du niveau du fond de la fossette, jusqu'au point de percer la cuticule de part en pari. En un mot, la cuticule des feuillets dc^ l'antenne est criblée de petits canaux lubnlaires dont le diamètre varie, chez le Melolonlha vutgaris, entre ()""", 003 et 0'""',005, et dont chacun correspond au centre de l'une des fossettes de la surface qu'il perce pour s'élever en saillie au-dessus. Tantôt ces tubes ou canaux sont exactement perpendiculaires à la surface de la lamelle ; tantôt ils sont dirigés plus ou moins obliquement par rapport à elle. Leur diamèlre est peu considérable dans le corps même de la cuticule; mais ilsaug- menlent de calibre en pénétrant dans les mamelons, et ils s'éva- sent aussi quelque peu à l'extrémité opposée. En un mot, ces canaux ont chez le Hanneton ordinaire la forme d'un verre à pied ; mais l'ouverture du verre n'est point béante, elle est fermée par une membrane de chitine très délicate et transparente. Grâce à cette conformation, chacun de ces petits organes, les lympanules de M. Lespés, est donc dans son ensemble comparable à un cratère d'éruption entouré de- son cratère de sonlcvemenl, les parois de ce dernier étant fort abruptes et surplombant même SUH LES PRÉTENDUS ORGAKES ALDITIFS DES INSECTES. 2/l't leur liaso. Le cratère de soulèvement est le bord du lyin|i;M)ule tie .M. Lespés ; le niainelon qui représente un cratère d'éruption est le sae auditif de cet auteur, et enfin le canal central, ([u'on pourrait comparer à la clieminée du volcan, est son ololithe. Le cercle le plus inlcriie qu'on aperçoit lorsqu'on considère l'organe de face, cercle dans lequel .M. Lespés a voulu voir l'expression d'un oto- lilhe, bien loin de limiter un corps solide, n'est donc que le con- tour d'un canal vertical vide. Ce canal n'offrant point partout le même diamètre, il en résulte, lorsqu'on regarde verticalement dans son ouverture, des jeux de lumière (]ui ont fait croire à .M. Lespés que son prétendu otolitlie était formé par l'agrégation de couches conccnlricpies. Dans les intervalles qui séparent les uns des autres les cujiaux tubulaires que je viens de décrire, la coupe des lames du l'euillet de l'anlenne jirésentedes stries, dues à l'existence de petits pores ou canaliculcs [Porenkanœle des Allemands) semblables à ceux ([ue Jobanncs Millier et MM. Kôlliker, Leydig, Ernst Hœckel et d'autres, ont fait connaître durant ces dernières années dans la plupart des formations cuticulaires. Lorsi|u'on considère de face les lames du feuillet anteunal, les petits perluis à l'aide desquels ces canalicidcs communiquent avec l'extérieur donnent à la sur- face une a|p[)aience |ioinlill(''e élégante (iig. 1); en outre, on rc- coimait, en considérant les lames de face, une sculpture rcliculée de la surface libre, sculpture (pii rappelle tout à fait nn épitliéliimi paviuK.'nteux. (]es lames ne sont toutefois point formées |tar une agrégation de cellules, et cha(iue maille du réseau correspond sans doute au champ de .sécrétion d'mie des cellules de la membrane chilinogènc sous-jacenic. J'ai pu me convaincre, en elTcl, de l'exactilnde des ilonnécs de M.M. Kolliker, Scmpei', Ernst llieckcl cl antres, qui font de la cuirasse chifineuse de tous les Arthro- podes une si'cré'lion exlérii'ure à la peau ; et je ne puis me langer à la docti-inc du lissu cunjonclif chUinisé que .soutient .M. Leydig. (Jn obtient aussi des préparations intéressantes en fai.sant des coupes des lames chitincuses de l'antenne |)arallèlement à la sur- face des feuillets. La ligme 3, par exemple, rcpri'seiile une coupe Miince, menée d(; manièi'e à ddiuirr une liiuiclic (pii concspond l série Zooi,, T X. (('aliici ii' 1.) * 16 '2/|2 Ë. CLitPAKÊDE. au niveau (lu tond des fossetles de l'une des lamelles. Le rasoir a enlevé d'une part la couche la [ilus superlicielle de la lamelle, ra- sant même le sommet des mamelons centraux, et d'autre part il a supprimé la plus grande épaisseur de la lamelle au-dessous du niveau du fond des fossettes. Cette coupe, éclairée à l'aide de la lumière oblique (lig. 3), offre une apparence bien différente de celle que nous présentait la lame observée dans son intégrité (fig. 1). En effet, grâce au peu d'épaisseur de la préparation, on reconnaît cette fois, à n'en pas douter, ipie le mamelon est com- plètement creux. La section l'a réduit à l'état d'un simple anneau, dont tout le pourtour extérieur est uni par luie lame fort mince (le fond de la fossette) avec les parois de la fossette. M. Lespés fait remar(|uer déjà dans son travail que ses prétendus otolithes ne se présentent pas avec la même évidence clie^ tous les ÎMélolonthides. Chez plusieurs espèces (il cite le Rhizotrogits œstivus et VJnonuUa Frisckiij, cet ololithe lui a paru mal dis- tinct. Chez les Hhizoirogus (R. œstivus, R. solstitialis, R. thora- cicus), en effet, les deux lames de chaque feuillet de l'antenne, considérées de face, |)résenlent au milieu des l'ossellcs des cercles concentriques bien moins distincts que ceux du Melolonllia vul- garis ou du Polypliylla Tullo, ciunme on peut s'en assurer en comparant un fragment (fig. 4) d'une hune d'un feuillet du Rluzo- trogiis Ihoracicus avec une lame coii'espondante du Melolonlha vulgaris (fig. 1). Des coupes nieni'es perpendiculairement à la surface des feuillets font bientôt reconnaître la cause de cette dif- férence : en effet, chez les Rhizolrogus (lig. 6), le mamelon central de chaque excavation fait défaut, ou s'élève si peu au-dessus du niveau général jlu fond de la fossette, qu'il n'est pour ainsi dire plusap[iréciable. Isn revanche, les canaux sont fort larges. Chez le Rhizolrogus Ihoracicus, les fossettes conservent le même dia- mètre à peu [très depuis le luird jusqu'au fond. Dans VAnomala Julii (llg. 8), le (leu d'évidence du prétendu ololithe s'explique de la même manière. Le tube ne se prolonge point en saillie au-dessus du niveau du fond de cha(]ue fosselICj de manière à former un mamelon au cenire de celle-ci, mais il s'ar- rête au niveau même du fond. Dans cette espèce, les fossettes ont SIR I ES PRÉTENDUS ORGANES AUDITIFS DES INSECTES. 2/13 un (liamètic l)eaucoii|i plus hiryi' près du fond rpie près du bord. L'excavation île la surface et le canal (|ui lui correspond forment ensemble une cavité qui rappelle jilus ou moins par sa l'orme une patère anti(jue. Du reste, les petits organes ipic je viens de décrire ne sont point conformés chez tous les Lamellicornes pétalocères comme chez les Mélolonthides. Il en est beaucoup chez lesquels les fos- settes font défaut, si bien qu'il ne subsiste plus que les canaux tu- bulaires perçant la lame de chitine de part en part. C'est ce qui a lieu, par exemple, chez VOryctes nasicornis (lig. 6 et 7). Chez cet animal , les tubes ont la forme de verres à pied comme chez le Hanneton ordinaire, mais la surface du feuillet ne présente aucune sculpture jiarticulière autour du sommet de ces tubes; en un mot, les fossettes n'existent pas. Du reste, malgré la grosseur de cet Insecte, les lames de ces feuillets antennaux sont relativement minces. Leur épaisseur ne mesure en moyenne que 0""",02, et les tubes n'ont dans leur largeur maximum qu'un diamètre de 0°'"', 009. Ceux-ci m'ont paru parfaitement béants; cefiendant je suppose qu'ils sont fermés [lar une membrane très transparente comme chez les Hannetons. (Jnelle est la signitication de ces organes particuliers? Je n'ose- rais certes rien affirmer sur leur rôle physiologitpie ; mais je crois (|ue, morphologiquement, ils doivent être considérés e entouré d'un cratère de soulèvement, le premier étant percé verticalement de sa cheminée volcanique. Lorsque, à l'aide d'un scalpel, on enlève les poils qui ornent une des lamelles de l'antenne d'un Lucane, et qu'on soumet cette lamelle ainsi préparée au microscope, de manière à l'observer de face, on aperçoit une image qui rappelle assez bien celle fpie doime le feuillet aniennal glabre d'un JMélolonlbide, ou mieux encore d'un Oryctes. M. Lespés y retrouverait des tympanules avec sac auditif (tig. 9). Toutefois l'existence d'un seul cercle au lieu de deux au milieu de chaque lympanule lui ferait classer les Lucanes parmi les Insectes chez lesquels l'otolithe n'est pas bien distinct. De distance en distance, cependant, on aperçoit des « tympanules» plus grands ("fig. 9, a, a', a"), dans les(|uels les cercles concentriques sont multiples et fort distincts, de manière à laisser percevoir tous les éléments de l'oreille d'un Insecte, telle que se la représente .^L Lespés. Ces « tympanules » là répon- dent en effet au lieu d'insertion de gros poils, et l'existence dans les cavités d'insertion de ceux-ci d'une papille ou d'un mamelon perforé (fig. 9, a) donne lieu, dans la préparation vue de face, à un cercle de plus. Il ne sendjle donc point invraisemblable que les excavations qui ornent les lames chitineuses des feuillets antennaiix chez les La- mellicornes pétalocères, doivent être considérées comme des poils riidimenlaires dont il n'existe (pie la base ou plutôt la cavité d'in- M'rtion, le contact des feuillets n'ayant pas laissé au corps du poil la [ilace de .se développer. Il est parfaitement vrai ipie chez cer- tains Lamellicornes, un grand nombre de Mélolonthides jtar exemple, la lame libre des deux feuillets externes de la ma.ssue an- tennalc est dépourvue non-.seulement de petites excavations, mais encore de toute espèce de poils, et (pi'elle ofl're une surface par- faitement unie ou ornée seulement de la sculpture i'éticulaii'(; que j'ai signalée plus haut, car on pouvait s'étonner que les poils n'cus.sent une tendance à se développer que siu" les lames où la 246 Ë. CLAPARËDE. pression exercée par le feuillet voisin s'oppose à leur croissance, tandis qu'il ne s'en forme point sur|celles qui sont libres. Toute- fois je ferai remarquer que c'est bien là ce qu'on observe chez certains Lamellicornes priocères dont les massues peclinées, grâce à l'écartement des feuillets, permettent le développement des poils. En effet, chez les Lucanes, les lamelles internes de la massue sont toutes velues, tandis que la lamelle libre du feuillet externe infé- rieur est seule glabre. La réduction morphologique des petites excavations des antennes des Mélolonthides et autres Lamellicornes pétalocères à de simples poils atrophiés, réduction qui peut paraître au lecteur encore quel- que peu hypothétique, deviend ra d 'une légitimité évidente pour ceux qui éhidieront les fossettes anicnnales de certains autres Insectes. Bien des entomologistes ont signalé sur les articles des antennes dentées en scie des Buprestides, l'existence de petites dépressions ou fossettes analogues à celles des antennes feuilletées des Lamel- licornes, et M. Lacordairc a même fondé sa division en tribus de cette famille sur le mode de distribution de ces fossettes. M. Lcs- pés assimile lui-même ces organes aux prétendus lympanules des Mélolonthides, et il en fait des organes de l'audition. Or, l'élude scrupuleuse de ces fossettes montre qu'il ne peut non plus ici être question ni d'otolilhes, ni de sacs auditifs; en revanche, elle jette, au point de vue morphologique, un jour utile sm- tous les organes analogues des autres Insectes, des Lamellicornes en particulier. La figure 11 représente une coupe, menée perpendiculairement à la surface, d'un fragment de cuticule appartenant au dernier article d'un £McA7'oma ( Btiprestis) (jigantea i\iiBvé?,\\. Le genre Eiichroma rentre dans la tribu des Cbalcopborides, caracté- risée par l'existence des i)ores antennaux diffus, ou fossettes antennales diffuses, c'est-à-dire disséminées uniformément sur toute la surface de chaque article. Cette coupe rappelle immédia- tement celle d'une lame d'un feuillet antennal de Mélolonthides, avec la différence que chaque excavation loge, au lieu du petit mamelon dont M. Lespés faisait son sac auditif, un véritable poil légèrement infléchi ou recourbé en crochet. La largeur et la pro- 2/i7 fondeur des fossedes, L'oinino aussi la longueur du poil que cha- cune d'elles condent, varient beaucoup suivant les légions de l'article que l'on considère. A certaines places assez fréquentes, on rencontre des fossettes qui sont notablement plus grandes que les autres l'fig. 12) et dont chacune renferme cinq, six, huit poils ou même davanlage. L'analogie des fossettes qui ornent les antennes déniées en scie des Bupreslidcs avec celles qui criblent les lames des massues feuilletées cliez les Lamellicornes pélalocères, est si évidente, que personne, je le crois, ne pourra se refuser à voir dans celles-ci, tout aussi bien que dans celles-là, de simples modifications du sysième pileux. Que des poils aussi bizarrement conformés président à une fonction spéciale, qu'ils soient même en connexion intime avec un appareil sensitif quelconque, c'est ce que je ne me permettrai point de révoquer en doute. Jefei'ai remarquer seulement que rien, absolinnent rien, ne peut nous faire localiser dans ces organes le sens de l'ouïe fLespési [iliilôl (|iic celui de l'odorat (Ericlisonj ou quelque autre foiiclion. Bien que persomie ne puisse |)rouver d'une manière positive quelcs organes considérés comme auditifs chez les ,\rridiles, les .Vclu'lides et les Locusiides. depuis les recherches de Johaimes Muller et celles de Jl.M. de Siebold et Leydig, jouissent réellement de propriétés fonctionnelles (pi'on leur su|)pose, je per- siste à penser que ces organes satisfont bien mieux aux conditions anatomiques d'un appareil auditif que les organes quciM. Lespés voudrail leur subsliluer. Les iilijc^clious par lesquelles ce savant veut cduibatln' l'importance qu'on a accordée à l'organe considéré comme lUulililChez les .Vclu'Iides cl les Locusiides ne me parais- senl pas tout à fait fondées. Les singuliers bàlomiels f|ui rcjiosent sui- le ganglion nerveux situé dans cet organe, bâionnels dont il parait révoipier en doute l'existence, existent en particulier bien réellemenl. Peul èlre |ionrra-l-on dblenir quclipie élncidalinn de la (pies- lion par l'élude du mode de leruiinaison des nerfs ilaiis les an- leniies. J'ai déjà, dejiuis longlemps, porté à ce jioinl de vue mon allenlioii sur les Laiiiellicoiiie.s, mais ces observallons ne suni 2â8 t. CLAPAHÊDE. point assez mûres pour être publiées niainlenant. Tout ce que je puis dire, c'est que le mode de terminaison des nerfs que décrit M. Lespés me paraît peu conforme au véritable état de choses. C'est du reste ce que l'on pouvait déjà présumer, l'erreur dans laijuelle ce savant était tombé relativement aux prétendus otolithes étant une fois démontrée. Sans doute le sens de l'ouïe devra bien être localisé quelque part chez les Arthropodes. L'idée d'en placer le siège chez les Insectes dans les antennes n'est point neuve, mais à une époque récente elle a été soutenue de nouveau par le célèbre anatomiste des Arthropodes, Newporl. Toutefois il ne faut point oublier qu'il y a des expériences déjà anciennes qui parlent contre cette manière de voir. Lehmann montrait, il y a déjà cinquante-huit ans, que les Sauterelles continuent à entendre lorsf|u'on les a pri- vées de leurs antennes. D'ailleurs, il existe des Arthropodes dé- pourvus d'antennes, les Arachnides, qui entendent aussi bien que les autres, et chez ceux-là, du moins, il faudrait chercher ailleurs le siège de l'organe de l'ouïe. En résumé, le problème de la loca- lisation des sensations auditives chez la plupart dos .\rlhropodes est une de ces questions auxquelles, dans l'état ad uel de la science, tout homme prudent doit faire l'application du vieil adage -.Dans le doute, abstiens-toi. Remarque. — 11 est un procédé commode auquel on peut avoir recours pour s'assurer que les prétendus otolithes de M. Lespés sont des tubes, et non des corps solides. Ce procédé pourra être utile aux personnes qui voudront se convaincre de l'exactitude des résultats de la note précédente, sans se donner la peine de faire des coupes transversales des feuillets de l'antenne du Hanne- ton. On sait qu'il est toujours facile de distinguer sous le microscope une bulle d'air d'un corps solide. En effet, lorsqu'on a affaire à une bulle d'air ou à un corps moins réfringent que le liquide d'observation, on voit ce corps augmenter vivement de clarté, lorsqu'on abaisse le tube du microscope au-dessous du point où le corps se trouvait au foyer. Cette augmentation de clarté a lieu SIR LES PliRTENDlS ORGANES AUDITIFS DES INSECTES. 249 au contraire lorsqu'on élève le tulie, dans le cas où il s'agit d'nn sphéroïde plus réfringent que le liquide d'observation, comme, par exemple, une gouttelette d'huile suspendue dans de l'eau. M. Welcker a étudié avec soin ce sujet dans deux mémoires tort intéressants (Ij, où il montre que, dans le premier cas, le corps agit comme une lentille biconcave, et dans le second comme une lentille biconvexe. C'est ce dont on peut, du reste, s'assurer l'acile- ment en faisant réfléchir des objets extérieurs, par exemple la croisée d'une IVnêlre, dans le miroir plan du microscope. Dans le cas de la bulle d'air, on trouve à l'aide du microscope une image parfaitement nette de la croisée au-dessous de la bulle ; dans le cas d'un corps plus fortement réfringent que le liquide ambiant, l'image se trouve au-dessus de ce corps. Or je trouve (pie les pe- tits tubes capillaires se comportent de la même manière que les bulles d'air , qu'ils jouent en un mot le rôle de lentilles bicon- caves. Lorsqu'on observe un corps percé de petits conduits tidju- laires, dont le calibre est rempli du même liquide (pie celui qui baigne le corps de tontes parts, on trouve que chacun de ces con- duits, considéré dans le .'^ens de l'axe, joue le rôle d'ime lentille divergente. On li'ouve au-dessous du tube une petite image des objets réfléchis dans le miroir ; c'est un phénomène constant, pourvu que les tubes ne soient ni trop larges, ni trop étroits, ni trop longs. On l'observe en particulier à l'aide des petits tubes que j'ai décrits dans l'antenne du Hanneton, et ceux qui se seront familiarisés avec le phénomène y verront, sans avoir recours à d'autres moyens, une preuve sul'llsnritc ipic le pn'tcudu otolitlie de .M. l-cspés est un tube. Je me contente de signaler ce fait sans en donner ime explica- tion. I.cs deux surfaces qui limitent la couche liquidi^ ('■lanl don- nées par les lames de verre, ces suiiaces sont parallèles; il est donc peu probable qu'il s'agisse ici d'un phénomène de réfraction, à moins tpi'on n'admette que l'attraction exercée sur le lii|ui(lc par (t) llerinann Wciclicr : flemerkuntjcn :uv àfikroijmphir, (liins Henle's und Pfeuffer'» Zeilichrill, N. I''., VI, p. 172, et V|I, p. 22fi. Voyez aussi : Vebrr die Aunmettung dei tenkrechlen Durchmeitert mikroiikopiacher Objecle, |);ir le mime, dans Eckliard's ReHrUiji: :ur Anatomie und Phyaiuloijie, 1859. 250 É. CLAPARÈDE. les parois di: lube n'augmente la densité de celui-ci dans le voisi- nage immédiat de la paroi. Le peu de compressibilité des liquides rend cette hypothèse peu vraisemblable. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 21 . Fig. 1. Fragment d'une des lames chitineuses d'un feuillet anlennal du Melo- lontha vutgariB rf vu de face et éclairé à l'aide du prisme oblique. Fig. 2, Coupe d'un feuillet anlennal du môme Insecte, menée perpendiculaire- ment à la surface du feuillet. Fig. 3. Coupe des lamelles d'un leuillet antennal du mùme Insecte, menée paral- lèlement à la surface et au niveau du fond des fossettes d'Ericlison. Fig. i. Fragment dune des lames d un feuillet antennal du Rhizotrogus tliora- cicus vu de face. Fig. 5. Coupe du même, menée perpendiculairement a la surface. Fig. 6. Coupe perpendiculaire à la surface d'un feuillet antennal de VOnjcles nasicunus. Fig. 7. Fragment d'une des lames chitineuses d'un feuillet antennal dn même, vu un peu obliquement à l:i surface. Fig. 8. Coupe perpendiculaire à la surface d'une des lamelles d'un feuillet an- tennal de VAnomala Julii. Fig. 9. Fragment de la surface d'une lame appartenant à l'un des feuillets de la massue pectinée d'un Lucnnus cervM i'. La préparation a été privée de la plus grande partie de ses poils. Fig. 1 . Coupe menée perpendiculairement à la surface d'une lame d'un feuillet antennal du même Insecte. Fig. 14. Coupe perpendiculaire à la surface de lenveloppe cbitineuse d'un article antennal chez un Euchroma [BupresLis] giganlea. Fig. 12. Coupe identique, menée dans une autre région du même article chez le même Insecte. Noie dd Rédacteur. — M. Claparède m'a adressé diverses préparations, qui montrent très nettement la plupart des dispositions décrites dans sa note. (H. M. H.) RECHERCHES LES SÉCRÉTIONS CHEZ LES INSECTES, Par !M. S. SIRODOT, Professeur de physique et d'histoire naturelle au Lycée de Cahors (1). CHAPITRE V. DES TUBES DE MALPIGBI. § 1". — Analomie. Ce qui l'rappe au preuiier aboril dans rap|)areil de sécrétion dépendant de l'inteslin, c'est son élemlue ; ses tubes longs et flexueux occupent un espace considérable dans l'abdomen, et par- fois leurs leplis s'étendent jusipie dansli^ thorax. Ouvrir dans l'eau une larve ou un Insecte esl la seule contlilion à remplir pour les reconnaître lacilement; ils sont d'ailleurs mis en relief par leur coulcui-. Le UK'iile de leur découvorle devait donc tout naturelle- ment écbdir au prcnni;r cnlomologistc (jui s'aviserait de pratiquer («tte opération. .Malpiglii, pour la première l'ois, les a vus dans la larve ilu liombyx du mûrier; il les décrit sous le nom de vasava- ricosa. La forme variqueuse n'est (|u'une disposition fréi|we.nte chez les (llicnillcs ; ces orjranes, mieux connus, ont élé dési^;nés plus tard sous les noms de tubes de Matpighi, de lubes biliaires, de lubes iirinaires, (]c tubes urino-hiliaires. La nalurc «le la sécré- tion de ces Itibcs n'étant pas encore pariaitemciit élablie, je les désignerai sous le nom de lubes de AJnlpighi, pour ne rien pré- jn(.'er sni' Icims fondions. Pour dissétpiei' ces organes el les l'onnailre dans tous leurs dt'- tails, il fallait non-seiileiiicnt une main habile, mais aussi el sur- (niil la palience (pii ne mesure pas le lemps, el que guide une (I) Voyez ci-dossus page ourt (rajot, se ferminenl en cul-de-sac un peu dilate à l'extrémilé; les deuxpedls ee, e'e , partent de plus haut, se contournent légèrement, et viennent se terminer de la même manière que les gros à la base du rectum. Les extrémités sont raii|)rochécs deux à deux, et dans chaque couple il y a un petit et un gros tube. Les deux extrémités de chaque couple encore sont fixées jiar des brides de tissu conjonctif (fig. 3) qui passent de l'une à l'autre. Les deux culs-de-sac sont parfois si rappro- chés, qu'on pourrait supposer la continuité d'un seul tube avec un étranglement; et cette illusion est d'autant plus facile, qu'en sou- levant une extrémité on entraîne l'autre, i)ar suite de leur réunion par des brides de tissu conjonctif. Dans ce cas, il faudrait couper la partie sur laquelle l'étranglement apparaît, et l'observer avec un grossissement de 150 diamètres environ. Ce grossissement sera plus que suffisant pour faire distinguer, et les deux culs-de- sac, et les ligaments de tissu conjonctif. Ces quatre extrémités une fois mises en évidence, si, comme l'ont pensé avec raison Ramdohr, Léon Dnfour et Sucicow, il n'y a qu'une seule espèce de tube, ils sont au nombre de quatre, deux gros et deux petits, terminés en cul-de-sac. Pour suivre ces quatre tubes dans tout leur trajet, la difficulté est très réelle; elle tient moins à leur finesse qu'à l'enroule- ment du tube digestif sur liii-uième, et à l'adliérenee de la [lociic intestinale avec une iiarlie de l'intestin et du rccliun. Je n'y suis parvenu (pi'après avoir connu la dis|iosilion des tubes de YOrycles nasicornis. Alors j'ai pu m'assurer que sur la dila- tation stomacale (ventricule chylifiquc) les deux anses appartien- nent seulement aux deux gi'os tubes, (pic les deux petits ne remontent pas au delà de la première circonvolution à partir de l'insertion. Il faut éviter avec le plus grand soin de dérouler le canal intesfinal, les tubes seraient cassés et le raccordement im- 11 faut au contraire fixer le canal digestif dans sa position natu- relle, de manière à em[)êcher l'effet d'une traction, si faible qu'elle soit. Avec toutes ces précautions, les tubes pourront se rompre encoie; cet accident m'est toujouis arrivé, mais jcrallendais en (MET. LES INSECTES. 259 liuiiime prévenu, in'atlncliaal à ne jaiiiiiis ]ierdn^ de vue l'eNlrémité iidhcrcnle encore au canal digestil'. .le suis convaincu que chez tous les Lamellicornes il y a (juatre lubes, deux gros et deux petits se terminant par un cul-de-sac. Cette conviction est basée sur des observations identiques répétées sur les genres Oryctes et Cetonia. \c suis [larvenu à préparer d'une manière complète, et sans les rompre, les quatre lubes de VOrydes nasicornis.i'en ai représenté deux (pi. li, fig. 1), en mainlenant autant que possible leurs rap- porls avec le canal digestif. Je reviendrai plus loin sur ces rap- ports, il me suffît d'indiquer ici où sont placées les extrémités borgnes, .le devais les chercher à la partie postérieure et sur la l'ace ventrale du rectum ; c'est là que je les ai trouvées rappro- chées deux par deux. Je dois à la vérité d'ajouter que je les ai vues parfois un peu déplacées ; elles se trouvaient alors toujours sur le rectum, mais sur d(!s points variables, le plus souvent sur la face ventrale, plus haut ou plus bas. Ces faits lieiment |ieul- êlrc à des' circonstances de dissection que je n'aurai pas bien suivies. Dans le genre Cetonia, même disposition générale, même ter- minaison en cul-de-sac. Dans un travail d'anatomie comparée Annales lies sciences naturel les, 'î' sér., l. XVin),M. LéonPufour a ligure les tubes de .Mai[iigiii de la Cétoine dorée : la disposition est celle que j'ai décrite [)Our la larve de Y Oryctes nasicornis; mais après avoir vu, chez la larve, les extrémités libres et borgnes, il décrit chez l'Insecte parfait deux vaisseaux à nnses. Que deux tubes se soient réimis liont à bout pendant la métamorphose, ce n'est guère probable, lors même que l'expérience a établi que chez certains Hyménoptères, la larve n'a que ipiatre lubes, tandis que rinseclc [larfail en a un très grand nombre. Par analogie, je conclus que dans la famille des Lamellicorne.=5 il n'y a pas île vais.scaiix à anses; tous les faits qui viendritut con- tredire ces analogies doivent être discutés, poursuivis même, avec une opiniàlrcti' jusIiliiM! pai' le (htule. Dans les ouvrages élémentaires, l'aiipareil digestif des Carabi- ques est donné mmmti lype, et les lub(;sdi! Malpigbi y sont repié- :260 s. siRODOT. — Ri;cnLiit.iiiis sur lks séciiétions sentes sous la l'orme de deux anses. Je pouvais (rouver dans un l'ait bien élabii, dcsniolil'spuissanls pour ralTennirnia loi ébranlée, relativement à l'existence de vaisseaux à anses. La vérification fut encore un arginnent de plus pour les proscrire. Je n'ai pas trouvé d'anses, mais une disposition particulière (pi. 15, fig. 4), quatre tubes confluents, réunis par une partie conunune, variable dans sa longueur, toujours, en tout cas, de |ieu d'étendue, ("elle partie commune n'est pas seulement du tissu conjonctif, car j'ai suivi répitbélium sur la face intérieure d'une mendjrane fondamenlale. Je ne crois pas ipie celle brandie commune établisse une libre communication entre les (lualre lubes; les quatre extrémités se- raient rapprocbées, comuie elles le sont deux à deux eliez le Hanneton, sans oublier (ju'ici l'intervalle est plus considérable. J'ai répété nombre de fois la préparation; la partie commune fut toujours constanle, et de plus je l'ai toujours trouvée à l'origine du rectum sur la face ventrale. Cette disposition des tubes con- lluenls n'exclut nullement la terminaison en cul-de-sac pour clia- cun des tubes. (^es iails sont trop peu nombreux pour nicrrexislencc des vais- seaux à anses, ils sont suffisants toulefois pour conclure à la res- triction des cas observés. On peut encore prévoir des circon- stances dans les(|uolIes la vérification donnerait un résultat négatif. Ainsi, dans les Coléoptères |)entamèrcs, M. Léon Dufour décrit, dans la famille des liyrrliiens,VAntlirenus avec trois vaisseaux à anses, et le Byrrlms avec six vaisseaux flottants. Il est probable (|ue, dans VAnlhrenus, les exlréinilés libres ontécbappé à l'anato- miste, et ce qui mêle fait croire, ce n'est pas seulement le molif tiré des analogies, mais encore une raison de symétrie. Avec les six tubes indépendants, trois de chaque côté, la syméirie est évi- dente, elle ne l'est plus avec trois vaisseaux à anses. Conduits encore, par cette raison de symétrie, examinons un cas très fré- (picnl, celui de quatre tubes insérés deux à deux latéralcmenl au canal digestif; alors on remarque ordinaireuieul de chaque côlé un gros lube et un pelit. En supposant deux anses, dans l'une entreraient les gros tubes, et dans l'autre les iielils ; pour la syméirie, il faudrait voir le sommet des anses s'ap[)uyant sur CHEZ LES INSECTES. 261 le cnnnl (lijiostif, ot jo crois qui' rolto sorlo dp syméfrio doit être Ibrl rare. Donc, ("oniiiie conehisioii générale, les extrémités des tubes de Malpighi sont ou liljres ou réunies par faisceaux, mais sans que l'indépendance do leur lumière soit jamais altérée. J'ai relégué à la lin de cet article une question que je dois con- sidérer comme très incidente, que je ne puis traiter d'ailleurs qu'avec la plus grande réserve. Dans le cas général, les exlré- niilés borgnes des tubes ne sont prolongées que par des lames très minces et très étroites de tissu conjonctiC comme moyen d'union ou comme attaches. Dans la famille des Grillonicns, les extrémités effilées sont en rapport avec des cellules soit isolées, soit groupées sous une membrane très fragile de tissu conjonelif. .Si ces iiroiongemenls sont constants, la forme est variable : ainsi, à re\lr(''niitéde l'im des tube.sdn (irilluscampeslris (pi. 15, lig. G), il existe un lubc arrondi an sommet, étranslé à la base, sur le(|uei sont inq)lautées trois cellules ballonnées, réunies par un pédicule commun, tandis que sur un autre tube (lig. Ci) ce lobe ne paraît |jas; les cellules, isolées ou par masses de trois ou quatre, sont directement en rapport avec l'extrémité du tube par leur pédicule. Dans les cellules ballonnées du premier tube, l'oeil ne distingue pas de noyaux apparents ; ils sont au contraire très visibles dans les cellules de la ligure 5. Les cellules .sont le plus souvent d'ime parfaite lioniogénéité, ainsi que leur; noyan cependant il est pos- sible d'en voir quelques-unes Iroubli'cs jiar de petits llocons de nature protéitpie; des détails analoniiques de la même nature se reconnaissent cbcz le Cj'rî7/us domesticus, mais aussi j'y ai trouvé (fig. 7), avec îles cellules isolées, des groupes beaucouji [ilus considé'i-ables toujours nettement circonscrits. Je n'ai rien vu d'aussi caractérisé dans la famille des Loeusiaires; cependant à l'intérieur de lobides qui n'avaient rien de commun avec le tissu graisseux, toujours 1res rare, j'ai constali' la pri'senee decrisliuix d'.i\alalede cliatix, et ils existent égalenienl dans les tubes. Esl-ci! là siniplenienl du tissu emijonclif, (lu uu l'Iémi'iil Uduveau dans la slnielnre des tubes de .Maliii;;bi ' .le ne ferai (|u'unc remarqu(! 262 s. SIRODOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS ù ce sujet : dans le cas actuel, l'extrémité du tube est goiidée par un liquide a(]ueux. Ne faut-il pas rapprocher de ces observations un autre fait dont il a été question d(''jù dans les travaux de Newport? Les tubes des larves des Lépidoptères présentent des ap|)endices laté- raux qu'on ne peut confondre avec les dépressions en cul-de- sac. Ces appendices s'eflilent pour se perdre ensuite dans le tissu graisseux ; à la base, ils sont remplis do cellules dont les analogies avec celles que je viens de décrire sont assez marquées. J'ai essayé, sans succès, île déterminer par l'aclioii de la soude étendue le départ des cellules pour la cavité du tube; j'ignore donc si ces ap|iendiccs comniuniiiuent avec lui. J'ajoute que ces appendices ne sont point particuliers aux larves des Lépidoptères; les tubes des larves de Coléoptères en sont également pourvus, avec celle différence qu'à la base il n'y a pas de tissu cellulaire bien apparent. 3° Relalions des tubes entre eux. — 11 résulte déjà de la discus- sion précédente que les tubes peuvent se réunir par l'extrémité fermée en un ou plusieurs faisceaux. Il ne sera pas sans intérêt, pour établir la fonction, d'insister sur leurs relations à l'origine ; peut-être sera-t-il possible de faire ressortir des analogies, si éloi- gnées ((u'elles puissent paraiti'e, avec des organes analogues des Vertébrés : je veux parler des pyramides do Ferrein. Si les lulies sont peu nombreux, ils sont en nombre pair (sauf une ou deux exceptions, cl encore la seconde n'est-ellc pas con- stante), et rapprochés en deux paquets à l'origine. Ces deux |)a- qucls peuvent se rapprocher et se confondre en un seul, si, connue chez le Myrmeleon, le canal digestif est rdifornie. Dans chacun de ces pa(]uels en général, les tubes sont isolés et complètement in- dépendants, non-seulement dans leur trajet, mais encore àl'origine, où ils débouchent séparément dans l'intestin. Le premier pas vers un rapprochement s'observe dans deux peliles boursoullures opposées de l'intestin, lorsqu'il les reçoit ; avec un peu d'attention, ce fait n'échappera pas chez les Coléoiitèrcs à une loupe un peu exercée. Cette disposition devient fort remarquable dans le groufie CHEZ LES INSECTES. 263 des Astemmites île Spinoln ; de ])nrt et d'nnlrc de l'inleslin, il existe deux séries de peliles vésieLdes s'allénnant en un coi étroit ; les deux plus rapprochées du rectum sont plus développées, et reçoivent cliacune deux tulies. Ces deux vésicules, chez la plupart des Hémiptères, se réunissent en une poche unique, sessilc, sur le rectum, dans laquelle s'ouvrent les quatre tuhes. Si l'on remplace les deux vésicules des Astemmites par deux portions de tube, on arrivera à une disposition l'réquente. L'arran- gement que je veux signaler est à peu près général dans l'ordre des Lépidoptères; les tubes, constamment au nomi)re de six, trois de chaque côté, se fixent sur l'intestin par deux troncs de longueur varialjle ; puis chaque tronc se divise en deux branches, et siu' l'une d'elles apparaît encore une dichotomie. Cette forme dicho- lome se retrouve, dans l'ordre des Diptères, chez lesCyrtides. les Lonchoptérides, les Conopsaircs, les OEstridcs et l'immense nation des Jluscidcs ; et, dans l'ordre des Hémiptères, dans quel- ques gem'cs scidcmcnt, chez les Aradites, les C'iaîfwx Quel etïort d'imagination t'audrait-il l'aire pour trouver de l'analogie entre celle disposition dicholome et des pyramides de Ferrcin dé- gradées.' Les tubes nombreux forment autour de l'intestin un verlicillc, dans lei|ucl il n'entre le plus souvent que des tubes isolés, mais quelquefois au.ssi des faisceau.x de tubes, comme dans les familles des .\cridiens et des Locustes. Ces faisceaux vcrticiliés sont un achcmincmi'nl vers le canal sécréteur unique, qui |iarlii'ularise l'appareil dans une famille voisine, les Grilloniens, et en fait un organe impair. In second exemple n'est pas moins remarquable dans une famille de Diptères, les Siraliomydcs. Celte cii'conslaut'c d'un organe impair n'a pas échappé \.\ iM. Léon Dufoiu', lorsqu'il argumente en faveur d'un organe biliaire. Elle est bien exeeption- iiclle jiour lui attribuer une aussi grande im(iorlance. Il' Insertion. — lin traitant des rapporis des luîtes cnlrc cu\, je simpliliaisaussi la question rclalive à l'inserliou; je puis écaricr le niindirc des r'mboucliuics pour ne m'nccupcM' (pic de Iciu' posi- tion, que du lieu où II' |)ruduit est lié'versi'. D'après .M. Léon Dul'oiu', ce, lii-u est invariablciiirnl rcNUi'mili' 20^1 s. SIROnOT. — RECHERCHES SIR LFS SÉCRÉTIONS (lo l;i (lilalalion, à laquelle il a donné le nom de ventricule chyli- fique. Avant d'attaiiuer la Irop i^rande f^énéralilé de celle proposi- lion, je rappellerai : que le veniricule chylifique, par sa structure, par ses glandes annexes, doit être considéré comme un organe gastrique ; que cette structure se modifie un peu en deçà de l'é- Iranglement qui lui succède; qu'il n'y a pas d'interruption de communication bien marquée entre l'estomac et l'intestin ; que, par la structure de son enveloppe musculaire, l'intestin se trouve parfaitement caractérisé. Maintenant il est parfaitement exact de fixer, dans la grande généralité des genres, l'insertion des tubes de Malpighi sur l'ex- trémité du reidlement stomacal, mais aussi sur cette partie dontla structure modifiée indique qu'on est déjà dans l'intestin. Les exceptions ne sont pas rares ; quelques-unes sont telles que l'équi- voque n'est pas possible. C'est déjà sur la partie atténuée que l'on rencontre le canal déférent unique de l'appareil des Grilloniens. Cliez les larves de Lépidoptères, là où il y a une si grande dispro- portion entre le diamètre de la dilatation stomacale et celui de l'in- testin, les deux troncs de leurs tubes dicliotomisés se trouvent au niveau de l'étranglement. Chez le M t/rmeleon formicarhim, le canal intestinal est tellement fin, qu'il faut un effort pour le distinguer dtîs tubes au niveau de l'insertion. (]hez les Lépidoptères, on pourrait douter encore; mais voici, dans un grand nombre d'Hémiptères, les tubes déboucbant soit dans la partie tout à fait contiguë au rectum, soit dans cette poebe elle-même. Faut-il alors prolonger le ventricule jusqu'au rectum? Pour supprimer ainsi l'intestin, il faut avoir quelque cause à dé- fendre. Il est vrai que la forme de l'intestin des Scutellères pouvait conduire à des inductions insidieuses ; cependant Ramdolir en avait indiqué la cause. J'ai expliqué la présence des cordons valvu- leiix comme le résultat de la structure de l'enveloppe musculaire de l'intestin. C'est au delà de ces cordons valvuleux et sur le sillon qui sépare l'intestin grêle du rectum que se trouve la vésicule dans laquelle débouchent les f|uatre tubes, et de plus elle communique directement avec le sac stercoral , cas fort embarrassant pour l'auteur du mémoire sur le foie des Insectes.. Celte vésicule est CHEZ LES INSECTES. 265 cnrore sossile sur le reutum, (hins les genres CoreusQi AHdus. Dans les tribus des Géocorises ol des Aniphibieorises, les iuscr- lions sont ou rectales, ou si rapprochées de celte poche, que la tendance générale est manifeste. Les conditions normales repa- raissent dans la tribu des lljdrocorises. Il n'est pas nécessaire de multiplier davantage ces exemples pour l'aire comprendre que l'insertion des tubes de Malpighi est bien intestinale, et qu'elle peut avoir lieu sur toute la longueur de celte partie de ra|)pareil digestif. Dans la disposition commune des tubes en rapport; avecl'intestin à son origine, le produit de la .sécrétion remonte-l-il dans la dila- tation stomacale? Ce ne sera jamais que dans des conditions anor- males ; en voici la preuve. J'ai dans un jour ouvert soixante-cin(] Orycles nasicornis, dans le but d'extraire le contenu des tubes ; ils étaient le plus souvent gorgés de cette matière pulvérulente que j'étudierai plus loin ; l'intestin contenait une grande quantité de celte jnême matière, et il n'y en avait pas dans la poche stomacale. J'ai cru remarquer aussi que la forme des replis de l'intestin dans la cavité abdominale devait favoriser l'évacuation directe. Il importail de bien établir ces faits anatomicjues; ils seront la source d'indications précieuses dans les reclierches relatives à la fonction des organes qui m'occupent en ce moment. 5" Disposition relativement à l'intestin. — Pour faire l'analomie d'un ap|iareil, il ne suffit pas de le décrire dans tous ses d(''tails avec la plus scrupuleuse exactitude ; il faut de plus faire connaitro ses rap|)orls avec les organes dont il dépend comme avec ceux qui le limitent. Ce point de vue a été complètement négligé par les entomologistes, el c'est regrettable, car, pour marcher dans la voie (|u'ils ont tracée, il faut repasser [lar les mêmes tàtomiemenls, lutter contre les mêmes difficultés. Pour vérifier les faits acipiis à la science, il faut souvent encore les déconsrir. Il n'eu .serait plus de même si, au lieu d(^ dérouler uniquement les tubes de .Malpiglii, on avait cher(;hc à faire ressor- tir la conslance de cerlainivs circonvolutions, à fain; cnnuailrc leiu' position .soit sm' le i^uial digestif, soit dans loiil aiili'i' puinl de l'abdomen. C'est un fait digue d'être i'('niaii|ui'' par ran:ilniiiisle, 260 s. SIRODOT. niîCHERCIIES SUK LES SÉCRÉTIONS (le voir ces tubes, quelle que soit leur longueur, quelle que soill;i complexité des lioucles s'enchevètrant les unes dans les autres, présenter une disposition identique non-seulement dans une espèce, mais encore dans tous les genres d'ime famille naturelle. J'en donnerai quelques exemples. Les lubcs de VOryctes tiasicornis sont au nombre de quatre, deux gros et deux petits insérés latéralement (pi. 14, fig. 1), les deux gros sur la face dorsale, les deux petits un peu au-dessous. Il suffira de suivre les tubes d'un seul côté, la symétrie n'est pas douleuse. Le gros tube remonte seul sur la dilatation, se contourne l'i sa surface on s'y fixant par de nombreuses allacbcs, et atteint son origine. Il revient alors sur lui-même : dans ce retour son trajet est moins sinueux ; puis il se détache du tube digestif pour s'en rapprocher seulement plus bas que le point d'insertion ; alors il se dirige presque en ligne droite jusque sur le rectum; il forme une anse en se repliant sur lui-même : c'est la branche ascendante qui forme la partie de sa marche la plus tortueuse et la plus diffi- cile à suivre. .lusqu'où s'étend celle branche ascendante? Elle n'alteini pas la hauteur de l'insertion; elle donne naissance, par un retour sur le trajet qu'elle vient de parcourir, à une dernière par- lie immédiatement appliquée contre le canal digestif, et se termi- naiil sur la face intérieure du rectum. En négligeant les circonvo- lutions secondaires, on peut distinguer trois parties bien marquées dans la marche de ce lube : une première anse abc, appliquée sur la poche stomacale, dont la naissance correspond au sommet de l'anse; une seconde anse intestinale rfef, dont le sommet con- tourne le rectum ; enfin la branche fg, appliquée sur l'intestin. Le ])etit lube ne s'étend pas en avant de l'inserlion, mais forme tout d'abord un plexus latéral /»/)», et devient ensuite parallèle au gros lube. Il donnera |iar conséquent une anse intestinale mno à som- me! rcclal, et une dernière partie pq, dont la terminaison q est très rapprochée de celle {g) du gros tulie. Cette disposition une fois bien comprise, je suis revenu sur une eulreprise dans laquelle j'avais toujours échoiH' : la préparation des tubes du llanuelon. L'eru'oulemcnl du tubf' digestif et l'adhé- rence de la poche intestinale avec l'inteslin cl le reclimi consli- CHEZ LES INSECTES. 267 tuent i)o nouvelles (lilïiciilli's. 11 tant ('viter do dérouler le cnnal intestinal avant d'avoir uuniplétement détaché les Inbcs ; on doit nn contraire le maintenir, de telle sorte que tout allongement soit lendn impossible. On reconnaît alors que les anses barbulées du ventricule appartiennent aux deux gros tubes, et que les plexus des t\cus petits sont dans l'intérieur du tour de spire du canal digestif le plus rapproclié de l'insertion. On a vu déjà précédemment que dans la préparation destinée à mettre en évidence les extré- niilés des tubes, j'ai dû relever quatre anses, dont les sommets contournaient le rectum : ce sont les quatre anses intestinales îles quatic lulies. Les quiitre branches terminales ont éti' également décrites ; il n'est pas nécessaire d'insister davantage sur leur corn- l-iaraison avec les brandies /Jjr, /"fif des tubes de VOryctes nasicor- nis. Ycut-on préparer ces tubes dans toute leur étendue, il faut redoubler d'attention aux anses intestinales dans la partie appli- (|iiée sui- la poche intestinale, les circonvolutions secondaires en sont pres(pie inextricables. J'aurais à constater les mêmes faits sur la distribution des tubes dans la Cétoine dorée ; j'ai tout lieu de croire qu'il en est de même dans les autres gein-es de ce groupe si naturel. La comparaisfiii de la distribution des tubes chez les larves con- duirait à des ri'sultals idenlirpics |iour les larves entre elles; il y a quelques différences, peu importantes du reste, entre la larve cl rinsecle parfait. Cliez les larves, les rpiatre tubes ont une anse nnlérieure appuyée sur la dilatation stomacale; mais l'anse des gros tubes s'étend seule jusqu'aux glandes en cul-de-sac du pre- mier segment; les anses des petits ne dépa.ssent jamais le second ; de plus, la branche dorsali; de l'irdestin lU la face dorsale du côlou ■•ur laipiclle elle s'appuie sonlcompb'IeuKiMt libres de tubes. Des (piatn- tubes ilcsCarabiques, deux seulement se dirigent en avant, et serpenleul à travers les glandes gasiriipies ipii font saillie sur le Vf'uti'iciile, et l'on peut reconnaili'(! que ce sniit ceux insé'rds sur la face dorsale de l'inleslin ; h.'s autres s'enrduleiil iriibiird i'i la hauteur de leur eiilhouchure, et se léunisseni aux deux autres, à leurretour, poiir furiner un paquet d'assez peu d'i''teudue. l.a partie comiMune'èsl toujours siu' la face \cnlrale en avant du rectum. 208 s. siRonoT. — rfxherches si'r lf.s sécrétions Eiirm, ('liez les GrilloniLMis, le corps de l'organe, pins restreint, est limité par un repli de l'intestin en ter à elieval dans la dernière moitié de l'abdomen. Je m'arrête dans ces considérations, parce que je crois avoir atteint mon but. J'ai voulu montrer que l'étude des rapports est d'une très grande valeur chez les Invertébrés comme chez les Vertébrés pour les progrès de l'anatomie. Si ce point de vue n'eût pas été négligé par les entomologistes, on aurait su s'ils ont conclu à l'existence des vaisseaux en anses, parce qu'ils les ont complè- tement préparés, ou bien parce que les extrémités libres avaient complètement écliappé à leurs recherches. 6» Leur couleur. — La couleur des tubes de iMalpighi devait in- téresser les physiologistes préoccupés de la function de ces orga- nes. Certes, on ne doit attribuer (pi'unc médiocre inqiortanceaux colorations, surtout à celles qui sont variables et fugaces; elles sont capables cependant de donner quelques indices en l'absence de caractère positif. D'après les observations de M. Léon Dufour, la couleur des tubes des Insectes est sujette à des variations extrêmes: ils sont d'un blanc mat ou d'un blanc grisâtre, souvent mélangés de jaune; ils sontjaunes, jaune de soufre ou jaune d'ambre d'une intensité tantôt plus, tantôt moins prononcée; ils sont d'un rouge brun; enfin (piebpiefois ils sont verdàtres. Toutes ces couleurs ne sont pas si' étrangères les unes aux autres qu'elles le paraissent. Lu couleur la plus commune, je dirais [iresque la couleur normale, est le jaune; cette couleur diminue d'intensité, et jiasse au blanc (piand le liquide se charge d'une grande quantité d'une matière pulvérulente très ténue de couleur blanche. L'examen des tubes de VOryctes nasicornis suffit [lour démontrer cette cause de clian- gement de coloration : ils sont jaunes ou blancs, suivant; l'abon- dance de cette matière, on, suivant sa distribution, blancs sur une partie et jaunes sur l'autre. La couleur passe au brun lorsfiu'elle s'accumule sous l'intluence de substances qui la précipitent. Je n'ai jamais observé la couleur verdâtre. Je démo.ntrerai plus loin (jup cette matière colorante a tous les caractères de Vurrosaœie. 1° Histologie. — M. Siebold, dans son nouveau /Wonwe/ d'anU' tomie comparée, résume, d'après H. Meekel (M«//c- '.v A rcli . , 1 S/iG), CHEZ LKS INSECTKS. 569 I:i stniflLirc des tubes de Malpiulii de In mnnicrc suivniite : « Ils se » coiii[)osent d'une tunique uiinee cl homogène remplie de cellules. » Les dernières sont volumineuses et placées plutôt à la file qu'à " côte les unes des autres ; nulle part on ne jieut reconnaître dans M l'intérieur des vaisseaux un canal central limité par un épithé- » liuni. Chaque cellule contient un noyau clair et incolore, ainsi » qu'une multitude de granules extrêmement lins qui, à la lumière » directe, sont noirs, et, à la lumière réiléchie, d'un jaune sale, ou » bruns, ou noirs, rarement verts. » Les tubes de Malpighi sont des glandes, c'est un l'ail irrécusable aujourd'hui; on devait trouver dans leiu' structure une membrane fondamentale, et à l'inlcricur, des cellules, cléments indispensables île toute sécrétion. Dans l'inunenscmajoritédes glandes, les rapports de ces cellules avccla membrane l'ondamentalc sont constants et précis; elles i'orment sur la surface intérieure un revêtement continu formé d'une seule couche, limitant une cavité intérieure; en d'autres termes, ces cellules constituent un épithélium à une seule couche, un épithé- lium on pavé. Dans le cas actuel, cet épithélium ne serait pas évi- dent, puis(iueH. JMeckel ne l'a jioint reconnu. Kii effet, lorsque les tubes ont été préparés dans l'eau et qu'on en coupe un fragment rpie l'on dispose sur le porte-objet , le mi- crosco|)e l'ail voir, à l'intérieur, de grosses cellules sphériques, très distenilues, occupant, avec un liquide riche en granules solides, toute la lumière du tube. M. Kdllikcr, dans ses Éléments d'hislo- loijie humaine^ nous apprend que les mêmes circonstances se rc- |)roduisent en étudiant dans l'eau la structure des tubes des reins. L'eau, par un effet d'endosmose très rapide, traverse la membrane fondamentale, |iénètre les cellules qu'elle gonfle beaucoup, les écarte de la membrane foudamenlalc, ol, si l'action se prolonge, elles se crèvent. .Mors la lumière ne contient |ilus ipi(^ des noyaux llotlanidans le lir(iiiil(; avec des di'brisde cellules. 11 iii'i'iait permis de supjto.scr ipùm phénomène .semblable avait modilié la siructurc de mes tubes. Pour me inetlrc à l'abri des conséquences de l'cn- rlosmo.se, je me suis procuré du sérum de sang de Grenouille; c'est ilans une goutte de ce licpiiile ipie j'ai é-tudié un fragment de hd)e d'un Onjclcs nuaicurnis, e.\li'ait direclcmenl jiar ime fcnic [nali- 270 s. SIRODOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS quée dans l'abdomen. Le liquide exlérieiir, par sa composition el, sa densité, devait changer la marche de l'endosmose; aussi ai-je trouvé dans le tube des cellules polygonales, et par places elles étaient encore adhérentes entre elles et à la membrane fondamen- tale. L'épithélium cependant n'était pas resté intact sur une lon- gueur sulfisantc pour mettre la lumière en évidence. N'était-ce pas encore une conséquence de ma manière d'opérer? Il fallait saisir le tube avec une pince, el l'exposer à une traction capable d'avoir disloqué la continuité des cellules. La quantité de sérum e.\trait du sang de Grenouille ne pouvait suffire pour préparer les tubes, j'ai songé à le remplacer par de l'eau albuminée que je préparais en battant un blanc d'œuf dans l'eau. Après plusieurs fdtrations consécutives, j'avais un liquide très transparent. C'est dans ce liquide que j'ouvrais l'animal et que j'observais le tube détaché avec tous les ménagements possibles. L'épithélium et la cavité intérieure se sont révélés avec une netteté parfaite ; de plus, j'ai déterminé l'écoulement du liquide contenu par une légère compression aidée de courants produits sous la lame de verre par l'addition d'une goutte de la solution albumineuse. L'action d'un acide végétal, en précipitant soit le noyau seul, soit la cellule et le noyau, rendra l'épithélium plus apparent encore. L'acide acétique agit peu sur le contenu de la cellule, mais rend le noyau plus opaque par la formation d'un abondant précipité gra- nuleux ; l'acide oxalique a plus d'effet sur le contenu de la cellule et précipite de même le noyau. La solution albumineuse coagulée deviendra un obstacle qu'on peut anéantir cependant par le dépla- cement de ce coagulum, sous l'inlluenco d'un mouvement de liquide entre les deux lames. L'acide acétique doit èlre extrême- ment étendu, sinon la paroi des cellules serait promptement dé- truite, et l'on verrait s'échapper de la lumière du tube une masse pulpeuse renfermant des vésicules sphériques remplies de matières protéiques précipitées. Ces vésicules sont les noyaux de cellules. Ainsi, l'épithélium des tubes de VOrijcles nasicornisl\)\. 1 i, fig. 2), celui des tubes des Carabiques (pi. 15, fig. 8, a), seront trop bien accusés pour laisser le moindre doute. CHKZ LES INSECTES. ^71 Il faut se gnrder de s'adresser à un Insecte i|uelcon(|Lic pour constater oc premier résultat; l'axe creux doit l'aire ressortir la surface libre intérieure, et ce n'est qu'à la condition d'un certain diamètre pour le tube. Si dans ce cas il existe des granules solides, ou bien ils se trouveront dans la cavité seulement, et alors leur départ sera un auxiliaire de plus; ou bien ils se trouveront à la (ois dans la cavité et dans les cellules, alors la cavité est inasi|uée. Il faut clierclierquebpie porlion plus trausparente, l'ex- Irémitc ellilée chez les Grilloniens, par exemple, et il sera toujours possible de s'assurer de son existence. Lorsque les tubes sont très tins, les cellules ont conservé leur diamètre, et parfois i Hydrophilus piceus) il est énorme ; c'est alors ([u'on peut dire, avec H. Meckel, que ces cellules apparaissent plutôt disposées à la fde les unes des autres que constituant une surface continue en forme d'épitbélium pavimenteux. La lumière du tube peut échapper à tous les moyens d'investigation, mais ce n'est pas une raison pour la nier. Les faits de ce genre apprennent à se défier dos résultats ('lablis d'après un trop petit nombre d'ob- servations. La présence de noyaux dans la lumière du tube serait-elle in- (•om|iatiblc avec un ('jiillH'liiun pavimenteux? Cette espèce d'épi- tbélium est bien démouirée dans les glandes sàlivaires, et ce|)en- lant on rencontre souvent dans les canaux déférents des débris de cellules et des noyaux isolés. Si ce fait était plus fréquent dans les tubes de .Malpiglii, peut-être en trouverait-on quelques raisons dans le grand diamètre des tubes et la filus grande mobilil('' des cellules, .l'ai insisté suffisammenl siula rapidité avec laquelle elles scdi'Iaclieut ioi'Sfpieles tubes sont [ilongi's dans l'eau. Ne [lourrait- OM pas tenir compte encore de ce que ces tubes sont peu protégés par les tissus environnants.' Je précise les faits. Les noyaux libres ne constituent pas une l'irconstancc luirmide et d'iuie ob.servation coustanic. On n'en Irauve pas, en effet, lorscpic la lumière est très étroite; alors les cellules sont miiintcnues iion-seutemcnt par leur adbéi'encc m la niembranc fondamenlale. mais elles se soutiennent par leur pres- sion réciproque, connue les dilfércnles pièces d'une voùlc cyliii- 272 s. SIBOnOT. UEUIlEBCHliS SUR LES SÉCKÉTIONS dri(iue, d'aiilaiit plus solide que le diamètre mesure de moindres dimensions. 11 sera très rare aueontrairede n'en point rencontrer dans les tubes larges, surtout des Coléoptères. Eniîn ces noyaux libres m'ont paru diminuer de nombre, lorsque les ligaments qui les fixent sur l'intestin se multiplient. Les laits dont il vient d'être question sont le résultat d'obser- vations répétées bien souvent cliez des individus appartenant à des genres variés, sur la partie moyenne et extrême des tubes là où l'organe est essentiellement sécréteur. Se rapproche- 1- on davan- tage de rorifice du tube, les noyaux libres, comme je l'ai constaté chezV Oryclesnasicornis, [leuvent se présenter en plus grand nom- bre. Je ne devais pas m 'arrêter uniquement à la possibilité d'une accumulation locale ; cette partie du tube pouvait être appelée à remplir le rôlede réservoir ou de canal déférent, alors la nature de l'épidiélium pouvait aussi se modifier. Dans l'espèce que je viens de citer, l'épitbélium se compose d'abord d'une couche continue de cellules polygonales limitant la cavité intérieure, puis entre cette couche et la membrane londamentale il existe des cellules arrondies plus petites; c'est là un passage à réj)itliélium stratifié. Or, dans cet épitliélium, la couche limitant la cavité intérieure se détruit continuellement; si la paroi des cellules est rompue, les noyaux deviendront lilircs. Ne serait-ce pas là la cause de la multiplication des noyaux libres à l'orifice des tubes de l'espèce signalée? Examinées dans le sériun, les cellules sont sensiblement polyé- driques ; une seule face est nettement arrondie, celle tournée vers la cavité. L'enveloppe est parfois d'une telle délicatesse, qu'il faut un très fort grossissement et de la lumière rélléchie sous un angle très grand pour lui voir de l'épaisseur; le contenu n'est que peu troublé par de petits grumeaux lloconneux; le noyau unique, sphé- rique ou ellipsoïdal, est d'une transparence complète; il n'apparaît dans l'intérieur de la cellule (pie comme un espace plus éclairé. Dans l'eau (pi. 15, lig. 8, 6), la forme polyédrique s'efface rapi- dement, la cellule devient sphérique et se distend juscpi'à ce que ses parois soient rompues; le précipité tloconneux augmente à peine, mais se réunit par [lelites masses; le noyau est précipité et CHtZ LES INSECTES. 273 conlieiil des sn>nules solides, (ranslucides. Dans les aeides végé- laux 1res étendus, le contenu de la ecllulc est troublé par la coa- gulation des substances de nature albumineuse (pi. 15, fig. 8, c, et pi. ll\, lig- '.i); le noyau est rempli d'un précipité granuleux très ténu. Dans l'alcool, les acides nitrique et sull'urique étendus, la cellule est considérablement réduite et le précipité abondant. S'il arrive que la matière colorante ne soit pas tout entière à l'état de solution, ses petits granules, ordinairement irréguliers, sont atta- chés surtout à la paroi de la cellule et du noyau (pi. 15, fig. 8o), quel(iues-uni seulement sont disséminés au milieu du conlcmi. C'est par exce[ilion qu'on trouvera dans quelques espèces [Ilydro- pliilus piceus) les granules de matière colorante (pi. 17, fig. 6) remplissant les cellules. Il ne m'est pas démontré encore qu'alors ces granules soient exclusivement formés par la matière colorante. La membrane l'ondamenlale, transparente, hyaline, n'est pas complélcnient dépourvue d'organisation. Dans son épaisseur fou- jours appréciable, on peut, chez certaines espèces, distinguer deux l'euillels; l'extérieur est alors un revêtement péritouéal (pii [leut être un obstacle quand il devient graisseux : on pourrait rapporter les globules huileux à l'intérieur des tubes. Celte membrane est élastique et conlicnt des fdjresbien accusées sur les tubes fins des Coléoptères; leur surface est inégale, tandis qu'elle est lisse sur les gros lubes. Traitée par la soude très étendue, elle paraît homo- gène, mais, en faisant varier l'inclinaison du faisceau éclairant, la sh'uclure fibreuse n'éebaiipera pas. Près de l'orilice (pi. 16, fig. i) les fibres élastiques s'anastomosent et donnent lieu à un réseau à mailles variables dans leur forme et leur élendne [Cara- biqueH, Jltjdrophilus piceus). Ce changement desti'uclure indique une niodilii;afion dans le rôle physiologi(pie de celle [lorlion de l'organe. Conuiienl se «b'Icndre de comparer celle siruclure avec celb; des tubes éléuienlaircs des reins des verlébrés.' L'analogie est si frap|)ante, que l'entraînement est irrésistible : faire rcssorlii' ces analogies, ce serait me riipélcr; j'insisterai seulemenl sur les dif- férences. L'élat de la matière colorante, son abondance, ne sont que ries parlicularilcs, la seule différence nolablc se trouve dan.'; 4' série. Zuul. T. X. (Cahier ri" !i.) '■' 18 27/l s. SIRODOT. — RECHEKCHES SUR LES SÉCRÉTIONS la slnicliire de la meinijrane fondamentale : elle est liomogène et transparente chez les Vertébrés ; elle est transparente , mais libreiisc, chez les Insectes. Cette structure fibreuse a sa raison d'être : là l'organe est parl'aitement circonscrit, l'écoulenKuit de l'urine est forcé; ici les tubes sont libres et le départ du contenu exige une réaction de la part de l'enveloppe. 8» Contenu. — Lu lumière des tubes de Malpiglii est toujours occupée par unlirjuidedans lequel llottent, outi-e de rares noyaux de cellules, des corpuscules solides, laiil(')t lloconneux, tantôt plus compactes, amorphes ou cristallins. 11 ne m'est jamais arrive de voir s'échap|)er des tubes un liquide qui ne contînt pas (juelqucs particules solides; il ne|)résentera donc jamais la trans- parence d'un fluide homogène. Caractériser ce liquide, recher- cher la nature des principes inunédiats qu'il renferme, tel est mon but. La rcclierche de ces principes immédiats est pour ainsi dire une analomie d'une humeur qui n'a pas moins d'importance que celle des parties solides du corps des êtres organisés. L'examen a|iprofoiidi des sécrétions chez les animaux supé- rieurs a conduit aune distinction capitale, dans la nature des opé- rations exécutées par les organes glandulaires et dans le produit de ces opérations. Les uns créent, aux dépens du plasma du sang, desjirincipos particuliers qui deviennent caractéristiques; les au- tres choisissent dans le sang des principes immédiats tout formés pour les séparer et les éliminer. Les premiers sont les organes sécréteurs proprement dits, les seconds des organes excréteurs. Les produits de ces deux opérations, si profondément distincts, devaient eux-mêmes présenter des différences bien marquées. En 'effet, là où l'organe est créateur, on trouve des matières albumineuses, des matières azotées, sous l'inlluenee desquelles se réalisent les phénomènes de catalyse ou de dédoublement, et qu'on appelle des ferments. Les principes ininiéJials salins y sont fort rares; existent-ils, ce sera toujours en ipianlilé très mi- nime. Là au contraire on l'organe est éliminateur, quand il remplit en quelque sorte le rôle d'un filtre laissant [lasscr certaines ma- tières, tandis qu'il retient les autres, le liquide (pii résulte de celte filtratiou ne contient pas, dans les circonstances normales, de.s ma- I CHEZ LES INSECTES. 275 lières iirotéii|ue.s, mais des [irincipes iniiiiédiats salins, iiiorgani- (|ues ou oi'siaiiiriues, des principes imniédials acides, on iieulres coninic l'urée. Les premiers produits sont généralcmenl désignés sous le nom de sécrétions, ils ont un i oie à jouer dans l'économie; les seconds, inutiles ou nuisibles, doivent être rejetés au dehors, ce sont les excrétions. C'est à ces deux espèces qu'il faut comparer le contenu des tubes de Mal[iii:lii, c'est à l'une ou à l'autre qu'il faut le rattacher. L'é- tudcdeces principes immédiats fournira les termes de la comparai- son; le résultat fera conclure en faveur d'un organe sécréteur ou excréteur. Le seul procédé d'une rigueur absolue, à l'aide duquel on peut déterminer la nature des principes immédiats d'une substance complexe, consiste à les isoler à l'étal de pureté et à en faire ensuite l'analyse élénientaiie. Son application exige (|ue ces (irin- cipes soient en certaines proportions, il en faut au moins quel(jues décigrammes. Celte condition n'est pas réalisable dans l'analyse dont il est ici question ; mais en renonçant à l'emploi des procédés rigoureux, j'ai cru devoir recourir à des moyens qui donneraient une probal)ilité telle que la conviction fût fcu'céc. Ces moyens sont exposés déjà dans une publication récente, mais ils n'ont jamais été îi|)plifpiés sur d'aussi petites qiiaulit(''s de matières. Ij; premier p(jint important dans la recherche des pi'incipes im- niédials, c'est de ne pas lesall('n'i'; ce sera par les dissolvants ou des réactifs affaiblis (pie le liut sera atleiul. Leur action aura pour effet la précipitation des principes immétiials dans des conditions uii ils puissent cristalliser. I,e précipité le plus souvent invisible à rfalpiglii. 1° lÀquide. — La partie bipiide n'est pas toujours également lliiide, é'galement bomogèuc. Le jet provoqu(' par une b'gèrc com- pression des tubes ne se niêlc pas inimédiateiucul à I'imu, il s'é- chappe sous forme de gouttelettes d'im volume variable et d'une leiiitc opaline. Ces goutlelctlcs se gonllent [par un eflél d'endos- 276 s. SIHOUOT. — RECHERCHES SUR LESSÉCRÉTIONS niosc, elles s'étalent, se réunissent par petites masses d'abord, pour donner en définilive un liquide homogène sur le porte-objet. Les tubes sont-ils un peu larges, le mouvement se l'ait dans l'inté- rieur par gouttelettes encore, séparées déjà, sans doute, par suite de l'absorption du liquide environnant parla membrane londamen- taie. Avec le temps le mélange est complet dans le tube lui-même. 11 résulte de là que la partie liquide possède une certaine viscosité, mais qu'elle est néaimioins toujours miscible à l'eau. J'ajouterai qu'on ne peut coni'ondrc ces gouttelettes avec des globules grais- seux dont le contour devient obscur lorsqu'on fait varier la dis- tance locale. Les matières salines, acides ou neutres, en dissolution dans ce liquide, ne paraissent s'y trouver qu'en très faible proportion ; les réactifs n'accusent pas de précipité observable au microscope. Cette remai'que cependant n'a rien d'absolu, car les dépressions latérales des tubes du Hanneton m'ont donné (luekpiel'ois, sous l'iulUiencede l'acide acétique, une abondante cristallisation d'acide uri(iue,soit à l'état bacillaire, soit eu lamelles losangiques, soit un mélange de ces deux formes; fait beaucoup plus rare. 2° Matières solides. — La présence des matières solides parait dépendre de deux conditions attachées à la forme des tubes, un certain diamètre et une grande longueur; alors la seconde moitié devient très riche en pareils produits. Ces conditions sont réalisées dans les tubes gros d'un certain nombre de Coléoptères, dans les tubes des Chenilles. Les tubes fins des Coléoptères sont rarement pourvus de granules solides, si ce n'est tout à fait à l'extrémité borgne. Outre ces conditions de forme, il en est une autre plus féconde dans ses conséiiuences, et sur laquelle j'aurai souvent l'occasion de revenir. Ces matières solides se trouvent surtout en rapport avec les habitudes des Insectes. Ont-ils les mouvements vifs et rapides, elles n'existent pas ou sont fort rares. Sont-ils, au contraire, constamment fixés sur un espace de peu d'étendue, ou bien ne se dé|)lacenl-ils qu'à certaines heures, elles deviennent d'une abondance remanpiablc. Os habitudes opposées sont llagraiites chez les Insectes cré- pusculaires, Mdulonlha, Onjclcs, Pupilluus cicpuscidaircs et noc- Clllî/ I.F.S INSECTES. 277 Uiri)cs; Pl clipz los Insorles ()iiirm's, les r,;iinlii(|iips, los Hymé- nopliMTs. L;'i los granules salins jinlliilenl ; ici, an eontraire, ils l'eronl eomplétcnicnl i^'laul. Les Chenilles ne f|niltenlles Iminclies snr le»(juellcs elles sont nées iiu'après en avoir ilévoré les feuilles. Toutes les Clienilles que j'ai ouveiics m'ont tienne ees matières en aljondanee. Cette eonsiiléralion j)liysiologiqiie m'a guidé clans le choix des e3i)èecs sur les(|uelles devaient porter ntes recliei'- fhes;elle m'a suggéré des expériences destinées à l'aire naître ces mêmes matières lorsqu'elles n'existeraient pas. Alors je sou- mettais à un repos ahsolu desCarabiques, des Grillons ; trois jours suffisaient pour que mes réactions me donnasscul des résultais inespé'rés. Dans cette étude, je grouperai les espèces qui m'ont offert les mêmes principes inmiédials acides on salins, afin d'éviter des n''- p(''titions inutiles et latiganles. Les Lamellicornes, Melolontha, Orydes, Cetonia, renferment à peu près exelnsivenieut ilans leurs tubes des granules s|iliéroïdes i'urales alcalins. Parfois, an milieu de ces granules, on rencontre de très petits fragments anguleux, qu'on pourrait rapporter à l'acide urique. Avant d'établir la composition chimique de ces granules, il est n('cessaire d'entrer dans (pielqnes détails sur les conditions dans les(|uelles on peut les observer. Lorsque je cherchais à d(''ronler les tubes de VOrycles nasicor- nis, du Hanneton, de la Cétoine don'e, je devais reinar(pier ipie la partie des tubes qui, au moment où j'ouvrais l'aniuial dans l'eau, m'a|)paraissail aver la eouleiu' d'un blanc amylacé, chan- geait déteinte avec le temps, et devenait délluilivement transpa- rente, ou ne eon.servait qii'ime teinte jaune liés pâle. Deux ou trois heures d'innncrsion avaient suffi pour faire disparaître entière- ment les granides solides ; le microsco|ie même ne iiouvait plus en saisir aucun. De deux choses l'une, ou bien l'eau les avait dis- sous, ou bien l'eau, introduite par endosmose dans les tubes, avait détermini' leur i''coulcnicnt dans l'inlcstin. L'inlcslin ouvert je Irouvaissans doulc les mêmes granules, niaisen troppelit noudtri! pour justifier la dciiiièrc bvpolbêsc. D'ailleni's, lors(pi'nn tube blanc \icnl:'i >e rnuipic, les uianules, plus lourds ipie l'eau. 278 s. SIRODOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIO^■S tninbeiU an fond du vnso, p( disparaissent hicnlùl apivs. OKp poussière est donc soluble dans l'eau. Il résulte de là (juc, pour l'élude du (-onlenn deslubes, il faut les extraire directement sans immerger l'animal. Alois un frag- ment de tube porté sur une lame de verre y abandonne une telle quantité de granules solides, que le cbamp du microscope en est couvert. Cette manière d'opérer est peu commode, surtout lors- qu'on veut reciMUiaitrc r/'lcnduc des lidies dans laquelle ces granules sont disIriJHK's. l/cau albiimineuse que j';ivais employée pour éviter la rapidité de l'endosmose, quand il s'agissait d'obser- ver l'épitliélium eu place, d(!vai( me rendre un nouveau service. L'absorption rendue plus lente, les granules restaient plus long- temps intacts, et j'ai pu les observer partout où ils se trouvaient. Pour marclier plus sûrement, j'ai voulu encore faire des expé- riences préliminaires directes sur la solubilité des urates alcalins. L'urate de soude est le plus fré(iuent dans l'économie ; il était natu- rellement désigné pour l'objet de cette expérimentation. Dans une dissolution chaude de soude préparée avec de l'eau distillée, j'in- troduisis peu à pc{i de l'acide ui'ii|ue, jusqu'à ce que la li(]ueur fût saturée. Cette liqueur refroidie et filtrée me donna ime solution d'uratc neutre de soude, contenaul une très notable proportion du sel. Sans clierclicr à llxcr sa solubilité par di's uondircs [irécis, j'étais assuré que tout l'iu'aic neutre de soude, qui pouvait se trou- ver à l'i'tal solide dans les tidics, devait se dissoudre dans l'eau de la cuvette à dissection. Dans cette solution, je fis ]iasser pendant longtem|)S un courant d'acide carbonique. L'acide carbonique de- vail-il déplacer l'acide uriqiie? La solution était assez étendue pour retenir le bii^n'boiuilc de soude qui en serait la conséquence. Il s'est produit un dé'pùt grenu qui, examiné, ne présentait pas les propriétés physiques de l'acide urique. Il était naturel de supposer (pic ce d('pùt fût i\r l'urate acide de soude, l'insolubilité d'un acide diminuant la solubilité du s(>l dans lei|ucl il entre en plus grande proportion. Le d<''|iôl s('paré par fdtration fut traité par l'acide cblorhydrique étendu ; il resta au fond de la capsule une matière .solide, lamelleuse, dans laquelle je retrouvai .'i peu jirès kmi l'acide nriqiie employé primitivement. Eidinuue partie de la liqueur éva- CHEZ LES INSECTES. 279 porée jus(jirii siccité hiissa un résidu proporlioniielleinr^nt abon- iliuil. La couclusioii de celle seconde parlie de l'expérience, c'est ipie le dépôt grenu produit par l'acidi! e;u'boni(|ue ('lait un urate acide de soude de beaucoup ])lus insoluble (jue l'uiale neutre. Des eireonslanees analogues ont lieu pour les urales neutres et acides d'amniuniaipie ; d'ailleurs l'urale île potasse est iiotablenieid so- luble, et l'urale acide plu.s insoluble esl Tort rare dans l'économie. 11 résulte de là ipie, si l'on l'ait llotter dans Tcau des lubes de Malpiglii pour liicililer leur élude, les granules solides (ju'ils ren- l'eriuent sedi.ssoudroul rapideaicnt s'ils sont formés d'nrates alca- lins iieulres, qu'ils persisteront davantage s'ils sont formés pardes urales acides. Tel esl le luolif du changemenl de teinte des tubes dans les cas que j'ai cités précédeumieul; telle est probablement aussi la raison pour laquelle .M. f'abre [Etude sur l' instinct et les mœurs des Sphégiens, Ann. des se. ?!ai., séi'ie li^, t. VI. p. 175) n'a jamais trouvé ces granules qu'en (piauliti's insignifiantes. J'aborde maintenant l'étude de ces concrétions ealculeuses, en les prenant d'abord dans les lubes de VOryctes nusicornis., où je les ai l'cnconlrées d'une manière conslante en grande abondance dans les deux gros tubes, sur les trois derniei's quarts de leur lon- gueur, à la partie extrême seulement dans les deux petits. Siu' ti'ois ou quatre intlividus seulement, ces deux petits tubes étaient compléleuieul lemplis. [-a plupart des granules solides (pi. 14, fig. 3) sont régulièrement arrondis et spbéroïdes ; ils ne sont pas i-iimplélement opai|ues, puis(pi'on peut distinguer |)lusieurs cou- rbes concentriques attestant une lormaliuu li'iite et |iriigressive. .Si quelques-uns paraissent plus obscurs, c'est par addition de pe- tites ponclualious dans la masse, les (,'ouelies concentriques dans leui' dépôt (jut englobé les plus petils globules déjà formés. Deux autres espèces de corpuscules plus rares accompagneni les préeé- d(!fils: les uns ilig. 3, 6; sont trans|)arenls , jaunâtres, et ressem- bli-nl à une malièi'c albuniineuse (•(jagulée; les autres, anguleu.x ou liné'aires, prennent une coloration plus foncée. Ce sédiment, recueilli dans une laiiK! de verre taillée à pic, est Irailé- [lar l'acide acc'tique faible ; une seule espèce de c()r|)uscules •'•cliappe à .son a(;tion di>sip|vanle, les cor|)US(idcs anguleux ou 280 s. KiRonor. — rkchrrt.hes srn i.rs sirCRKTinxs linéaires. Les parois de la cavité sont tapissées de cristaux lamel- laires d'un jaune bien prononcé, et le liquide est décoloré. Parmi ces lamelles, les unes sont régulièrement losangiques (pi. i!\, lig. i, «, b,c,d), avec une épaisseur variable; d'autres sont arrondies sur les angles obtus (A), ou peuvent se grouper deux à deux par cet angle {g); enfin on rencontre parfois des lamelles rectangulaires échancrées sur leurs bords (e, /'), et très finement striées sur la l'ace libre. Les formes de ce précipité caractérisent l'acide urique. Les cristaux sont colorés en jaune, et l'on Sait que l'acide urique a une affinité toute spéciale pour la matière colorante de l'urine qu'il précipite pendant sa cristallisation. C'est à cette matière colo- rante que je rapporte les corpuscules (fig. 3, b) jaunes et transpa- rents. Ce mode d'observation est d'une excessive sensibilité : l'eau , en effet, ne dissout qucrîFôde son poids d'acide urique, et la cavité de la lame de verre n'en contient certainement pas i déci- gramme ; donc, en ne supposant que la moitié de ^^ de déci- gramme ou j^ clc milligramme d'acide urique dans ce liquide, une partie serait précipitée. Je doute qu'une portion aussi minime puisse être décelée à l'aide de la murexide. Du reste, sa couleur pourpre violacée est très franche, lorsrpi'on réunit les granules d'un assez long fragment de tube pour cliercher à la produire. Quant aux corpuscules qui n'ont pas été dissous, on peut, après une étude comparative, les rapporter à l'acide urique. La précipitation de l'acide urique par un acide faible |irouve (|u'il était en combinaison avec des bases; que, par conséquent, le sédiment était essentiellement formé d'urates. Quelles sont main- tenant ces bases combinées avec l'acide? Je pourrais répondre, que m'importe ! car ici la ipiestion dominante est de pi'ouver l'existence des urales, de quelque nature que puisse être la base. Cependant je me suis préoccupé de leur détermination, et j'avoue que toutes les difficultés ne sont pas vaincues. Le sédiment est soluble dans l'eau ; donc les urates sont neutres et alcalins. Des urates alcalins, l'un, l'urate de soude, est de beaucoup le plus fré- quent dans l'économie ; il peut être cependant accompagné d'urate d'annnoniaipie et d'urate de potasse, à peine cite-t-on quel(iues I CHEZ LES INSECTES. 281 cas de sédimenis composés presque exclusivemenl d'urate d'ani- moiiiaciuc. (yesidonc à constater la présence de l'ammoniaque ou do la soude, ou bien encore de l'une et de l'autre de ces bases, qu'il faut s'appliquer. M. Fabre (/oc. cit.), pour déterminer la base d'un sédiment recueilli au milieu du tissu graisseux, le broie avec de la cbaux vive, et il se dégage de l'ammoniaque. Mais d'où vient celte ammoniaque? Est-ce du sédiment, est-ce de la matière ani- male dont il n'a pu le débarrasser? La question est insoluble, le procédé n'a donc aucune valeur. L'examen microscopique des granules du sédiment peut donner un premier aperçu ; les grains d'urate neutre de soude sont le plus souvent serrés et compactes, tandis que la structure rayonnée est ordinaire pour l'urate neutre d'ammoniaque. Cette structure rayonnée appartient également aux urates acides de l'une et de l'autre base; or, en observant les granules avec un grossissement de 500 diamètres, je n'ai jamais pu saisir de structure rayonnée. Il est donc probable que mon sédiment est formé presque exclusi- vement d'urate neutre de soude. Le désir d'aller plus loin dans cette recherche, joint à celui d'avoir en ma possession une certaine masse de ce sédiment, m'a décidé à une entreprise assez laborieuse. Des perquisitions suivies dans les dilTérenles tanneries des bords de la Bièvre ont réuni quatre-vingts individus environ. J'ai extrait les tubes de soixante- cinq : tous présentaient sur une partie considérable de leur lon- gueur cette teinte d'un blanc grisâtre qui annonce la |irésence ilu sédiment. Je les ai l'ait bouillir dans de l'eau distillée ; après l'ébul- lilion, il ne restait plus qu'une masse floconneuse composée des débris des tubes, des cellules et des matièi'cs albumineuses coagu- lables; le sédiment s'était dissous. Le lii|iiide liltré a été évaporé, à une basse température, jusqu'à siccité dans une capsule de philine. J'ai réuni la partie pulvérulente du dépôt, qui se détachait l'acile- merit des parois, pour la conservei' ; avec ce qui restait dans la capsule, je me livrai à la recherclu! des bases. Toutes les matières animales n'avaient pu être séparées par la lîllration ; leui' présence était encore niuionc('c |iar une odeur caracli'ristiipic. La capsule, bien nettoyée, donna un i(''sidii ipii l'ut (li\ isc en 282 s. SIROUOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTfONS deux parties ù peu près égales. L'une fui reprise par l'eau distillée, et, après fillration, j'ai précipité la liqueur par le liii^lilorure de platine. Un précipité s'est formé, mais très faible, et peu en rap- port avec les matières salines employées; donc la plus grande partie du sédiment doit être formée d'urate de soude. Quelle était la composition du chlorure double précipité ? Il était si faible, que le reprendre pour le calciner devenait une opération assez dilïicilc; j'ai préléré procéder par comparaison. L'autre moitié de la ma- tière fui d'aiiord traitée par la chaux vive ; de l'ammoniaque, re- comiaissahlc par son odeur, s'est dégagée, mais sa provenance demeure douteuse, puisqu'il reste nécessairement des matières animales dans le résidu. Les vapcui's ammoniacales ayant cessé, je traitai la matière par l'eau distillée; la liqueur lillrée fut encore précipitée par le bichlorure de platine. Ce précipité, comparé au pn-cédent, était à peine plus faible. Co premier pi'('cipit(' est donc essentiellement formé d'un chlorure double de platine et de |io- tassium. Il ne peut donc exister que des traces d'ammoniaque dans le sédiment, et comme l'urate de potasse est une exception dans les sédiments, la potasse doit être rap|iorlcc à d'autres sels en disso- lution dans le liquide des lubes. La conclusion définitive, c'est que les granules sphéroïdes sont formés iViirate neutre de sonde. Cette analyse pourrait être répétée sur le S(''dimcnt qui me reste; en outre, quelques grains suffi.scnt pour donner la couleur de la murexidc. Le même sédiment peut se reconnaître avec la même constance et avec des propriétés identiques dans les tubes du Hanneton et de la Cétoine dorée. Dès l'année 1S28, M. Strauss révélait l'existence de ces calculs cliez le Hanneton ; il les a recueillis et proposés à M. Chevreul pour en faire l'analyse. L'ammonia(|ue fut indiquée comme faisant partie des bases combinées avec l'acide nririue ; je iloute ici comme dans les cas pn'cédenls, parce que je ne sais commeiit on se serait débarrassé des matières animales. L'iu'ate d'ammoniaque doit être heaucou|) moins IVéqiicnl (pi'on ne l'a indiqué. Les corpuscules rouge hnm, si noud)reuN dans les tidies du C.HKZ LES INSECTES. ^83 Dyliiiue, (loivPiil aussi, pour la graiido majorili'. êtro rapportés à lin iiralo, niais à Iiase al(\ilino-t(^iTenso, la chaux. Ils sont si fins, si n''?uli(''rf'nicii( .•s ilil'férenees du plus an moins, on portant encore sur les formes cristallines de l'acide urique. Tontes ces différences sont insigni- fiaiilcs. 11 résulte d'une expérimentation suivie, exécutée sur trois espè- ces de Chenilles, celles de l'Yponomeute du cerisier, du Bom- i)yx du mûrier, et celle d'une autre espèce indéterminée, que le d('pôl serait dans l'humeur biliaire des Insectes que ces produits caractéristiques de l'urine auraient été trouvés pour la première ibis dans les conditions normales, et cette ano- malie ne peut ébranler la foi de l'auteur: c'est une affaire de composition chimique , à laquelle il n'attache pas d'importance. L'analyse constate des urates de l'acide urique de la matière morte; j'accepte l'ex[iression, mais alors cette matière morte doit être éliminée ; elle fait partie des excrétions, et l'organe (pii la sépare est un organe excréteur. Quelles sont les considérations anatomiques d'où se déduisent ici les fonctions organif/ues et vitales? Quelle est Icurimportiince? Les tubes de .Mal|)ighi s'ouvrent, dans la grande généralité des Insectes, à l'extrémité du ventricule chylitiquc : voilà le point ca- pital. Je veux laisser de côté pour un instant les exceptions, aiin de rester dans le cas le |)lus favorable. Donc ce sont des organes hépatiques, et leur produit, la bile, est versé dans l'intestin, pour prendre une part très active à l'acte de la digestion. Jusqu'ici je ne vois qu'un énoncé, mais je poursuis en citant encore : « Or la bile " existe dans les vaisseaux tpii tout le sujet de mes i-cclierclies ; » elle a le plus souvent la couleur jaune, l'amcrluinc ijiii carac- « lériseni celle des grands aiiiuiaux. » Ainsi donc, après avoir repoussé la composition ( liimi(juc comme sans valeur, c'est la âO/l s. MUOUO'I'. ItLCIlKIIUlIEï; sur. LEi, .SlilCKÉTIUNS couleur el l'aiiici-tuino (|tii (icvieniieiil des :irguinen(s sérieux ! La bile existe dans les Uibes de .Malpigiii : c'est précisément ce qu'il faudrait démontrer; la couleur jaune n'est pas ordinaire à la bile des grands animaux. Oue devient l'argument tiré de l'insertion, lors(|ue, chez les Hémiptères, elle est rectale? 11 s'écroule de lui-même : il faut re- noncer à prolonger le ventricule chylillque jusqu'au rectum; la structure intime delà portion iirécédenle du canal digestif cbez les Hémiptères est caracléristi(|ue de l'intestin proprement dit. Je ne vais pas plus loin, d'autres considérations de l'orme et de dis- position s'appliqueraient également à un organe urinaire. Il faut le dire, \e Mémoire sur le foie des Insectes un rien prouvé. En 1856, M. Fabre (/oc. cil.) vient à l'aiipui de l'hypothèse qui attribue aux tubes de .Malpighi des fonctions héiiali(|ues, par la dé- couverte d'un organe chargé de l'élimination d'acide uri(|ue et d'urates abondants au milieu de la masse du tissu adipeux, tandis (pi'ils n'existent que connue traces inappréciables dans les glandes en tubes. J'ai cherclK" à me rendre compte des circonstances dans lesquelles certains li'agmenis d'un tissu ulrieulaire, distribués au milieu de la masse graisseuse, se chargent des sels de l'urine. .Mes observations, je l'espère, parviendront à leur donner une si- gnilicalion loulauhc(iui' cclb^ qnL'jc trouve énoncée dans le pré- sent mémoire. Je réserve la (picsiion pour le chapih-e suivant; je ne veux ici que répondre à deux points qui intéressent les foiic- liuns des tubes de Malpighi. Je cite : « Que signifient ces lares alomes blancs, qu'un (cil '- liatient découvre de temps à autre dans les vaisseaux de Malpi- « ghi. sinon (pie ces tubes, tout en ayant à remplir une fonction » principale, peuvent secondairement, comme le fait le ventricule « cliylifi(jue, servir à l'éliniinalion de l'acide urique, à l'époque où » ce même ventricule fonctionne avant tout comme organe diges- )) lif? » Certes les espèces dont les tubes sont gorgés d'uratc de soude ne sont pas les [ilus nombreuses; mais ce .serait jouer de malheur que d'avoir écarté dans cette recherche les deux Insectes les plus comuuuis : VOrijctes nasicornis et le Melolontha vulyaris, le Hanneton. Ici les granules ne feront pas défaut, puis(iue j'ai pu CHEZ LES INSECTES. 305 en recueillir assez pour les taire distinguer même par l'œil le moins patient. Quand il n'y a pas d'atomes blancs dans les tubes, il peut s'y trouver encore des granules rouge brun d'urale de chaux ou d'acide urique. Il n'est pas nécessaire d'insister davan- tage sur ce point; les expériences que j'ai développées y répondent complètement. Maintenant j'aborde le second point : le ventricule cbylilique, organe éliminateur de l'acide urique. Les expériences décisives ont été laites sur les nymphes du Spliex fluvipennis et du Sitaris humeralis. Je n'ai pas disséqué ces nymphes; je ne puis que discuter à l'aide d'autres faits une argumentation qui ne m'a pas convaincu. J'admets ici que le tissu graisseux des nymphes soit parsemé de granulations d'urates. Quelques jours avant que le Sj)hex détruise la barrière de sa pri- son, des concrétions blanches d'urates apparaissent d'abord dans le ventricule chylifique, et ensuite dans la partie suivante de l'in- testin, tandis que « les nombreux vaisseaux de Malpighi sont tous »el toujours d'une limpidité parl'aile, sans aucune trace de cette » matière, dont la couleur opatiue permet de reconnaître si laeile- » nient la moindre parcelle. « Je iérai d'abord remarquer que les nymphes, surtout dans leur dernière période, conslituent un état transitoire dans la vie de l'Insecte parfait ; qu'alors le ventricule, en raison de sa vacuité, pourrait accum[)lir des actes dont il ne devrait [ilus être question, .quand il fonctionne conune organe di- gestif. En second lieu, des granules d'urate, même assez nom- breux, [tonnaient écha|)pcr à l'observation, surloul si la ]irépara- lion .se fait dans leau, puisque les urales neutres alcalins y sont sullisaimnenl solubles; j'ai discuté déjà les conditions dans les- quelles il faut opérer. .Maintenant, les tubes de .Malpighi l'iisscnl- ils parfaitement transparents, et le ventricule abondamment pourvu d'urates, on ne pourrait encore le eonsidércr connue organe éliminaleiu'. il sullira, pour rendre compte de l'ab-sence des granules dans les tubes, que la lumière des lulxîS .suit assez étroite, i;l, s'ils .sont larges, (pi'ils soient assez courts pour rendre ini|)ussi!jlc à l'intérieur le. séjour du li(|nide séeréti'-. i'our i'-tr(t éliminés, les graïuiles salins disséminés dans le lissii 4 wrie. Zuiji.. 1 .\ (Ciiliier ii' .'> ) * i(> 306 s. SIBODOT. RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS graisseux doivent entrer de nouveau en dissolution dans l'hu- meur générale de la cavité du corps. Ils seront séparés dans cet élat de dissolution par les tubes, sans <|ue ceux-ci en conservent des traces, si le liquide n'y reste pas assez longtemps pour per- mettre un nouveau dépôt. Ce liquide passe dans l'intestin, et, comme tout le canal est vide, il occupe l'espace le plus rapproché de l'ouverture de la glande ; si le séjour est forcé, le dépôt d'urate reparaîtra tout naturellement. Parce que la vessie des animaux supérieurs contient un sédiment d'urate, d'acide uriquc, d'oxalate de chaux, etc., qu'on n'observe pas dans les tubes des reins, faudrait-il conclure que la vessie est l'organe éliminateur? Cette idée bizarre ne mériterait pas même d'être réfutée. Cependant il ne me parait pas impossible que le ventricule, en raison de la structure molle et glandulaire de sa paroi, puisse un instant éliminer du sang les sels de l'urine; mais dans l'état normal, il n'est plus possible de s'arrêter à cette considération. Je n'ai pas ouvert moins de cent cinquante individus de l'espèce Orycles nasicornis ; le sédiment s'est trouvé constamment et en abondance dans les deux gros tubes; l'intestin en était riche éga- lement, mais le ventricule en fut toujours dépourvu, à moins que dans la partie postérieure quclf[ues granules n'eussent rétrogradé au rebours de leur marche régulière. La théorie de M. Fabre, considérée comme un fait anormal et transitoire, me parait une liypothèse qui a besoin d'autres preuves pour être soutenue; considérée comme im fait normal, je la crois impossible. Je résume en quelques mots cet aperçu liistorique sur les fonc- tions attribuées aux tubes de Malpighi. Pour les uns, la bile est considérée comme indispensable à l'accomplissement des phéno- mènes de la digestion ; par leur disposition la plus générale, les tubes des Insectes se prêtent à l'hypothèse qui en fait des organes hépatiques. Pour les partisans de cette hypothèse, la structure in- time des tubes et la composition chimique des matières solides qu'ils renferment étaient des faits analomiques tout à l^iit incon- nus. Pour ceux qui ont été éclairés sur le contenu par les résultats de quelques analyses incomplètes, n'osant plus en faire des or- CHEZ LES INSECTES. 307 gancs exclusivement liéjjatiques, ils ont conclu en faveur d'un organe à (bnclion double. ^I. L. Dufour accuse celle manière de voir d'être antipliysiologique ; c'est aller un peu loin peut-être, car si la bile, comme l'urine, n'était (|u'une excrétion, il ne serait pas étonnant de voir le même organe éliminer à la fois les élé- ments de la bile et ceux de l'urine. Ce qui me frappe dans l'adoption de cette double fonction, c'est que je vois bien quelques raisons qui militent en faveur d'un organe urinaire, et que j'ai vainement cherché celles ijui viendraient à l'appui d'un organe hépa- tique. Si faibles que soient les traces d'urate reconnues par M. Fabre, a-t-il quelque chose d'aussi significatif comme élément de la bile? Il cherche un autre organe éliminateur des sels de l'urine, mais ce ne serait encore qu'une preuve négative. Le pre- mier, Rengger a donné les glandes en tubes des Insectes connue les analogues des reins. M. Siebold {loc. cit.) l'a suivi dans cette voie, après les analyses de Bi'ugnatelli, de Viirzer, d'Audouin et de .M. (^hcvreul. Parmi les physiologistes français, il n'en est point encore qui aient accepté franchement cette manière de voir ; de nouvelles recherches devenaient donc nécessaires. C'est à l'histo- logie de ces organes et à une analyse minutieuse du contenu que je me suis adressé pour recueillir de nouveaux arguments à appor- ter dans la discussion. Les résultats de mes recherches sont connus maintenant ; ils forcent ma conviction ; les tubes de Malpighi sont avant tout des organes urinaires. Avant de développer mes conclusions, j'écarte une question assez naturelle, mais qui ne peut m'arrêler ; Où sera le foie des Insectes ? Les tubes paraissent si étrangers à la sécrétion hépati- que, qu'il faudra le chercher sur il'autres poinis du canal digestif. Peut-être paivii'ndrai-je à déterminer la position v\ la sli iicture de cet organe ; je veux auparavant étudier encore les caractères de la cellule biliaire chez les animaux inférieurs où le foie est parfaitement détermine. Certes, si, en l'absence de preuves positives, on pouvait se li- vrer à des conjectures sur la fonction des glandes en lubcs si déve- lo[ipéci-; chez les Insectes, on devait les rapprocher des organes o08 s. SIBODOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS sécréteurs de l'urine chez les animaux supérieurs. Le grand em- barras, leur point de communication avec l'intestin, devait être un fait tout à fait secondaire, lorsqu'on savait que les parois de l'in- testin se chargent de l'élimination des sels de l'urine après l'abla- tion des reins. Si Malpighi eût osé faire ce rapprochement, ces glandes n'auraient pas été .si longtemps balloflées entre la fonction biliaire et la fonction urinaire. Quelles sont les glandes en tubes bien caractérisées ? Les reins et les testicules. Il n'est pas nécessaire de forcer les analogies pour trouver l'application chez les Insectes. Dans lu forme, connue dans la structure intime, les analogies sont aussi satisfaisantes qu'on peut le désirer. Chez les animaux supérieurs, les tubes élémentaires des reins sont toujours régulièrement cylindriques ; c'est là également la forme la plus fréquente chez les Insectes; les varieosilés, les glandes doublement peclinées des Melolontha^ sont des accidents nécessités par le besoin d'une plus grande surface de sécrétion. Là les tubes, plus nombreux, se groupent par dichotomisation ; ici ils sont isoles pour la plupart des espèces. Des considérations de nombre en rendent comple ; cependant les formes dicholomes sont constantes chez les Lépidoptères, et se retrouvent encore dans quelques genres d'Hémiptères et de Diptères. Les faisceaux des tubes dans certaines familles d'Orthoptères ne sont pas moins remarquables. Chez les Vertébrés, l'organe est circonscril, mais possède une circulation spéciale destinée à baigner la surface de la glande. L'absence d'une circulation bien arrêtée explique comment, chez les Insectes, les tubes llottent au milieu de l'abdomen, et remon- tent parfois jusque dans le (borax. N'y a-t-il pas dans cette dis- position même un caractère précieux, qui indique des organes excréteurs proprement dits, des organes cliargés de purger le li- quide nourricier de toutes les matières inutiles ou nuisibles. Plus la circulation est obscure, pins les organes excréteurs doivent être dispeisés au milieu des organes, l'ne pareille disposition se com- prendrait beaucoup moins pour un organe hépatitfue, dont le rôle aujourd'hui parait plus limité. Je tenais à insister sur celte particu- larité de l'orme. CHEZ LES INSECTES. 309 Dans leur structure intime, les tubes des reins sont constitués par une membrane fondamentale transparente, hyaline, anliiste, d'une épaisseur qu'on ne peut que difficilement mesurer, revêtue intérieurement d'un épilliéliuni pavimenteux à une seule couche, dont les cellules sont les agents essentiels de la sécrétion urinaire. Chez les Insectes, la membrane fondamentale, également transpa- rente, mais plus épaisse, contient des fibres contractiles ; de plus, elle est recouverte par une mince enveloppe péritonéale. La pré- sence de fibres contractiles dans la membrane fondamentale n'est pas une anomalie, mais un fait anatomique dont le but est |)récis. Avec un organe bien circonscrit, l'accumulation du liquide dans les tubes élémentaires n'est pas à craindre, la réaction du tissu conjonctif peut suffire pour son écoulement régulier. Il n'en serait plus de même pour le cas des tubes libres et flottants sur lesquels les organes voisins n'exercent pas une compression sensible. Les libres contractiles de la membrane fondamentale sont destinées à suppléer à ce défaut. Si, dans les tubes de Malpighi, l'épilhélium pavimenteux à une seule couche a été mis en doute, j'espère avoir fait comprendre que cette erreur était due à des difficultés d'obser- vation. C'était un point capital dans la question qui m'occupe; je n'ai rien négligé pour discuter les conditions de l'expérience avec une rigueur qui s'étendait aux moindres détails. Dans cette partie de mon travail, les difficultés et la lenteur de la marche contri- buèrent à me donner des notions circonstanciées sur les cellules de cet ('pilliélium. J'aborde la comparaison des caractères physiques de ces cel- lules, et des modifications qu'elles éprouvent sous l'influence des réactifs. Dans les tubes des reins comme dans ceux de Malpighi, les cellules observées in situ sont polygonales; elles renferment un gros noyau S[ibérique pfde et transparent ; le contenu est un liiiuidc aqueux, pauvre en matières albuminenses précipitiibles; parfois aux parois de la cellule, |)lus rarement à celles du noyau, sont atLncliés des granules d'ime matière colorante. Ce n'est que par excc|ilion que, chez les Insectes, ces granules de matière colo- rante deviennent plus abondants. Sous l'influence de l'eau, elles se gonflent, se détachent de la membrane fondamentale, cl rem- 310 s. SIRODOT. RECHERCHES SDR LES SÉCRÉTIONS plissent la Uiniière des tubes; elles deviennent alors spliériques, et se distendent à tel point que, si la macération continue, elles se crèvent, et le contenu s'échappe avec le noyau. Le contenu delà cclhile n'est que légèrement troublé par la précipitation de la ma- tière protéiquc sous la forme de grumeaux lloconiieux ; le noyau présente des modifications plus sensibles ; il s'y détermine des granulations translucides ou opaques, suivant leur position par rapport à l'objectif. L'acide acétique agit moins sur le contenu de la cellule que sur le noyau, dans lequel il produit un précipité finement granuleux. Par l'ensemble de ces caractères, les cellules urinaires doiventêtre considéi'ées comme jouissant d'une puissance d'absorption très énergique, et comme ne contenant qu'une faible dose de matières azotées. Par ces mêmes caractères, elles se dis- tinguent aussi essentiellement des cellules biliaires : ces dernières sont abondamment précipitées par l'eau; elles résistent à la macé- ration, et le trouble produit par l'eau disparaît sous l'action de l'acide acétique. Les cellules du foie de VHeliœ pomatia m'ont servi de terme de comparaison ; ces dernières d'ailleurs sont pourvues de globules graisseux, que je n'ai jamais observés dans les cellules des tubes des Insectes. La sécrétion urinaire une fois prise en considération, le parallèle que je viens do tracer n'est pas seulement inévitable, il devient partie intégrante de la (]uestion. On ne peut le nier, les points de contact sont nombreux et d'une grande netteté sur le chapitre des cellules, éléments essentiels de la sécrétion. Quel argument plus décisif en faveur d'un organe chargé de séparer du sang une quantité considérable de matière à l'état liquide ipic cette puis- sance endosmotique, contre laquelle il m'a fallu lutter pour éclairer la structure intime des tubes? Les rapports des tubes de Malpighi avec l'intestin, sur lesquels on a si fort appuyé pour faire de ces glandes des organes hépa- tiques, n'ont rien de contradictoire avec une fonction urinaire. J'ai démontré que, suivant les espèces, le point d'insertion pouvait se trouver sur toute la longueur de l'intestin, depuis le recliun jus- (lu'à l'extrémité post(''rieure de l'estomac (ventricule). Lorsque l'insertion est rectale comme dans certains groupes d'Hémiptères, CHEZ LES INSECTES, 311 OU bien très rapprochée de cette poche, on me concédera que ce cas, très défavorable à une fonction hépatique, est au contraire parfaitement conforme à levai'uution d'uue matière excrémen- tilielie; mais je su])posc le cas le plus embarrassant, les tubes s'ouvrant à l'origine de l'intestin. Comment, dans l'intestin, les matières alimentaires vont se trouver mélangées aux matières excrémentitielles ? iMais n'est-ce pas dans l'intestin que se fait la séparation des matières ingérées en deux parties, Tune absorbée, l'autre devant être rejetée par l'anus comme fèces? Et qu'y aurait- il d'étonnant à ce que les matières composant l'urine entrassent dans la composition des fèces au premier inslaiil où elles com- mencent à se séparer? Il n'y a pas d'impossibilité llagranli' à trou- ver les matières urinaircs dans l'inteslin, puisque, d'après l'un de nos premiers physiologistes, M. Claude Bernard, après l'ablation des reins chez les animaux supérieurs, la sécrétion se produit sur la surface interne de l'intestin. On ne peut donc opposer l'inser- tion des tubes à une sécrétion urinaire. Par la lorme, la composition générale et la structure intime d'une glande, on ne peut arriver qu'à des indices sur la nature de la sécrétion, et encore faut-il suivre la voie des analogies. Les caractères spéciaux d'une sccrélion se trouvent dans les propriétés ultérieures de son produit. Or ces propriétés dépendent de sa composition chimique, c'cst-à-din; des principes imniédials simples ou complexes qu'il lenferine, et peut-être aussi de leur association. Ce sont donc les principes immédiats du produit de la sécrétion qu'il faut surtout s'a|t|)liquer à connaître. De plus, de nombreuses analyses opérées sur les excrétions apprennent que ces produits ne eontiennenl pas de ces substances (albumine, librine), qu'on désigne sous le nom de matières orga- nisées; que les |irincipes immédiats multipliés se rap|iorlciii ;'i des substances cristallisables, d'origine oiganique ou inorga- nique. Les notions acquises sur ces principes cristallisables sont sui- fisantcs pour les dr'lei'miner, lors même qu'ils ne se présente- raieril (|u'en quantité très minin)e. 1^8 reconnaîlre, tel ('■lail le problème. J'ai ex|>osé ma méthode et les résultats de son appli- 312 s. SIRttDOT. RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS cation. Ln présence de dépôts notables devait simplifier la ques- tion. Quel temps et quelle patience eût exigés l'extraction des glandes par centaines, dans le but de recueillir nn produit liquide dont les principes immédiats dussent être séparés! L'analyse des sédiments recueillis après la dilacéralion des tubes a prouvé qu'ils contiennent : 1° De l'acide urique, soit à l'cfat anhydre, soit à l'élat hydraté ; 2" Des urates neutres alcalins, parmi lesquels domine l'urate de soude ; 3° Un urate alcalino-terrenx, l'urate de chaux; ti° De l'oxalate de chaux ; 5° Un sel à base de chaux, dont l'acide est indéterminé; 6° Une matière colorante, soit en dissolution, soit en dépôt grenu, dont la couleur est le rouge brim, identique par ses caractères avec l'urrosacine, matière colorante de l'urine; 7° De l'urée, mais si peu, que ce principe immédiat doit rester douteux. Il résulte également de cette analyse : 1° Que les urates peuvent seuls constituer le sédiment ; 2° Que l'acide urique est toujours accompagné d'urates; 3° Que l'oxalate de chaux ne se trouve que dans des dépôts complexes; 4° Que l'un de ces dépôts complexes fut remarquable par son identité avec les calculs muraux ; 5» Que l'urate de chaux est remarquable par sa teinte rouge brun, qu'il doit à la précipitation de la matière colorante pendant la formation du sédiment ; 6° Que la formation d'un sédiment urique, naturel ou artificiel, entraîne la précipitation de la matière colorante ; 7° Que, dans les concrétions les plus abondantes, il ne s'est jamais rencontré aucun des principes immédiats qui concourent à la formation des concrétions biliaires ; 8" Que si les concrétions solides font défaut, on peut provoquer leur dépôt dans des circonstances déterminées. De tous ces faits, la conclusion nécessaire, c'est que les sédi- ments des tubes des Insectes sont identiques avec ceux de la vessie CHEZ LES INSECTES. 313 (les vertébrés, avec ceux plus rares île l'organe séeréiciir, el qu'ils ne renl'erment que des principes immédiats caractéristi(iues de la sécrétion urinaire. Donc, par des caractères de forme et de structure intime de la glande, par la composition chimique du |)roduit de la sécrétion, les tubes de Jlalpighi sont des organes excréteurs , les tubes de Malpighi sont des organes urinaires. CHAPITRE VI. TISSU GBAISSEOX. — TISSU CELLULAIRE SOUS-CUtané DES LARVES. — GLANDES DE LA PEAU DES LARVES. Des recherches récentes ont établi qu'en dehors des tubes de Malpighi, mais pendant certaines périodes .seulement de la vie des Insectes, on pouvait rencontrer des granulations solides, dans la composition desquelles l'acide uriquc est un principe constant. Je me hâte de le dire, ce fait ne constitue pas un argument contre mes conclusions relativement à ces tubes. La discussion ne peut que les corroborer. En suivant le développement des larves des Sphégiens, M.Fabre '/oc. cit.) a observé, dès les premiers jours, des taclics blanches sous la peau. Je cite (i)age 167) : « (^es macules gagnent rapide- » ment en nombre el en volume, et finissent par envahir tout le » corps, les deux ou trois [iremiers segments exceptés. Kn ouvrant » la larve, on reconnaît que ces ponctuations sont une dépendance » de la nappe adipeuse, dont elles forment une bonne partie. » Le tissu graisseux se trouve formé de deux parties : l'une, jau- nâtre, ne renferme que la graisse; l'autre, d'un blanc amylacé, renferme des granules contenant de l'acide urique. Ces observa- tions se présentent avec le même caractère chez les larves des Ainmophiles, clip/, celles du liombex vidua, el enfin cho/. une jeune larve de Scoiies. Tels sont les seuls exemples cités où le corps graisseux des larves contient ces granules. Mais de nom- breuses cxpi'rieiiccs exécutées sur la masse tout enlièrc de la pulpe des nymphes attestent rpi'il s'y trouvait de l'acide uriquc. Poursuivant ces recherches chez des larves d'un volume plus M!i s. SIRODOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCKÉTIONS considérable, cliez des larves de Coléoptères el chez des Chenilles, rien de semblable ne se présente ; seulement, dans la Chenille du Bombyx mori, l'acide apparaît deux ou trois jours avant les pre- miers symptômes de la nymphose. Par cette circonstance, la Chenille ilu Bombyx mori devenait un sujet précieux pour se rendre compte de l'envahissement du tissu graisseux par les gra- nules. Je me suis procuré un certain nombre de Vers à soie très jeunes encore, de dix à douze jours environ ; je les élevai moi-même pour me donner la possibilité de les sacrifier à des époques détermi- nées. Chez les Vers de dix jours, toute la peau est déjà d'un blanc mat, terne, mais bien uniforme. Sur un premier Ver ouvert dans toute sa longueur suivant une ligne latérale, et étalé sur le liège de la cuvette à dissection, j'ai passé en revue toutes les couches du tissu graisseux, depuis celle qui enveloppe immédiatement le tube digestif jusqu'à celle qui se trouve appliquée immédiatement sous le derme. Je me suis assuré, en outre, que, dans toute l'étendue du corps, la disposition restait la même avec des varia- tions toutefois du plus au moins. A la suite de cette première étude générale, je dus distinguer dans l'épaisseur trois couches superposées. Je considérai donc successivement : 1° une première couche plus intérieure, formée parle tissu adijieux splanchnique propre- ment dit, hmitéed'un côté par l'appareil digestif, et de l'autre par la surface intérieure des muscles moteurs de la peau ; 2° une se- conde couche formée de lames minces intercalées entre les fais- ceaux de fibres musculaires, et d'autres lames plus superficielles; 3° enfin, inunédiatement sous la peau, un tissu de cellules distinct du tissu graisseux , pour lequel je propose la dénomination de tissu cellulaire sous-cutané. 1° Tissu adipeux splanchnique. ■ — Le tissu adipeux a été bien décrit par les entomologistes dont le scalpel a fouillé la profon- deur de l'abdomen. Il se compose de lames de tissu conjonctif dont la forme n'est pas arrêtée, anastomosées entre elles, de ma- nière à former un réseau fort irrégulier. C'est dans l'épaisseur de ces lames que se trouvent agglomérées les cellules graisseuses. CHEZ LES INSECTES. 315 Les nombreuses gouttelettes liuileuses ne permettent pas de dis- tinguer, sans préparation préliminaire, la structure intérieure des lames du tissu conjonclil' formant le corps graisseux. Lorsqu'on déchire ces lames, le contenu ne s'en échappe que sur la trace de la pointe de l'aiguille, d'où il faut conclure que les cellules grais- seuses sont enfermées dans des utricules rcsullanl de l'entrecroi- senient des lamelles de tissu conjonclif. En épuisant la masse par l'étlier, il restera une sorte de squelette. Les cellules graisseuses deviennent distinctes; elles sont affaissées, mais ne sont jamais vides ; elles contiennent encore un liquide, dans le(}uel Hottent des flocons de matières protéiques avec un noyau également pré- cipité, il n'est pas rare de rencontrer dans le tissu graisseux des granules jaunâtres translucides, que je ne puis comparer qu'à de la matière colorante. Mais quant aux granules solides d'urates, il n'y en a pas la moindre trace ; je suis d'accord sur ce point avec M. Fabre. 2° Tissu adipeux intermusculaire. — Ce tissu ne se distingue [tas essentiellement du précédent ; ce n'est que par sa physiono- mie (ju'il mérite une attention spéciale; à un faible grossissement se.s éléments musculaires pourraient être confondus avec ceux du tissic sous-cutané. Examiné avec une loupe, dont le pouvoir ampli- liant est de 3 diamètres, il parait formé (pl. 19, fig. 1, a) de lo- bules irréguliers, contractant par des prolongements filiformes de nombreuses adhérences avec les tissus voisins. Ces lobules sont lamrlliformes, avec une si petite épaisseur, que le plus souvent elle ne dépasse pas le diamètre d'une cellule; à la lumière réflé- chie, ils sont finement |)onctués de blanc. Au microscope, par 150 diamètres (fig. \ , 6), il est encore im|)0ssible de découvrir les caractères si tranchés du tissu graisseu.x chez les animaux infé- rieurs. L'aspect d'une lamelle est celui d'un fdet dont les mailles, sans formes |ii'écises, seraient obscures, poncluiies de (loinls noirs serrés, et séparées par un réseau plus éclairé. Les intervalles foncés sont de petites cellules, leurs points opaques de fines goul- lelellcs huileuses, i-l le réseau plus éclairé eoi'respond aux déli- iiiitations des cellules. Tous ces détails ne peuvent être vi-rilii-s ipie par l'intermédiaire d'un fort pouvoir anqililiant d'environ 500 (lia- 310 s. !<>iKODOT. RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS mètres (fig. 1, c). On reconnaît alors que les cellules graisseuses de ce tissu ne différaient de celles du tissu adipeux splanchnique que par leurs dimensions et la division excessive de la matière grasse. Ces cellules renferment bien encore des globules ovoï- des, jaunâtres ; ils peuvent être constitués par une matière colo,- rante à un état spécial ; mais ce qui est certain, c'est qu'ils ne contiennent pas trace d'acide urique. 3° Tissxi cellulaire sous-cutané. — Si l'on voulait procéder méthodiquement et étudier successivement les trois couches sur le même sujet, en marchant, comme je le fais, de l'intérieur vers l'extérieur, on arriverait trop tard |iour saisir les caractères du tissu (|u'il me reste à décrire. Pour s'en faire rapidement une idée exacte, il faut attacher un Ver par ses deux extrémités sur un liège hors de l'eau, et profiter des contractions musculaires pour enlever aux ciseaux la crête d'un pli de la peau. Le fragment, par sa faible épaisseur, restera transparent, et les bords coupés en biseau permettront de voir la structure à des profondeurs variables. Il sera étalé siu' une lame de verre, en évitant toute déchirure, de manière à présenter sa face intérieure : ainsi sur une membrane striée et d'une transparence douteuse, le derme, on trouvera fixées des cellules (pi. 19, fig. 2, a, 6) rendues très opaques par la multi- tude des granulations opaques qu'elles renlèrment. Ces cellules, grossies 150 fois, ne se distingueraient pas nettement de celles du tissu graisseux environnant ; elles seraient également obs(>ures ; toutefois un leil prévenu reconnaîtrait que les points obscurs sont mieux accusés dans les cellules graisseuses. Il est nécessaire de recourir à un pouvoir amplifiant au moins trois fois plus fort; les granules solides sont d'une telle ténuité, que cinq cents placés à la file les uns des autres couvriraient à peine la longueur d'un milli- mètre. Sont-ils en suspension dans l'eau après la rupture des parois des cellules, ils tournoient sur eux-mêmes, animés de ce mouvement rapide que l'on a désigné par l'expression de mouve- ment brownien. Cette poussière impalpable résulte de la précipita- fion d'un urale, car l'acide acétique étendu la décompose, et pro- duit cette abondante cristallisation (fig. li) de lamelles losaiigiques caractéristiques de l'acide urique sortant d'une combinaison saline; I CHEZ LES INSECTES. 317 (le plus, p;ii iiii Iraitemenl connu, elle donne de la miircxide. Après le traitement par l'acide acétique, il reste encore quelques petits globules bruns, qu'un excès du réaclif laisse encore intacts. Bien qu'il soit dilTicile de se prononcer sur leur nature, il est pro- bable (ju'ils sont formés de matière colorante. Ces derniers glo- bules persisteraient .seuls encore, si les cellules restaient longtemps soumises à l'action de l'eau. Par l'action de l'acide taririque étendu, les cristaux (fig. 5, a, b, c, cl, e, f) prennent plus d'épaisseur, et par là des l'ormes plus caractéristiques. Au premier abord, le noyau de ces cellules, remplies de granu- lations solides d'urate, ne se distingue que d'une manière confuse; mais après l'action prolongée de l'eau, ou celle plus active des acides végétaux étendus, il devient bien apparent. Il estoblong ou sjjhérique, et dans ces circonstances toujours granulé. Pour procéder avec méthode dans l'étude de celte couclie de tissu cellulaire sous-cutané, j'étalais la peau d'un Ver sur un liége; je mettais à nu le plan des fibres musculaires motrices des anneaux de rcnvelo[ipe culani'e.el j'enlevais les faisceaux de ces libres sur une certaine étendue d'un anneau, après les avoir incisées à leurs lieux in.seiiions. Cette o|iération ne découvre pas complètement le lissu cellulaire; il reste encore des lamelles de tissu graisseux, mais elles se détaclicul sans difficulté. La surface, d'un blanc [)bis éclatant ijue la teinte du lissu graisseux, est-elle continue? Poui' le reconnaître, et en même temps pour savoir si ces cellules étaient séparées de la cavité iuléiieure du corps par une mem- brane de lissu conjonctif, je promenais sur cette surface une pointe mousse ; elle laissa un sillon tU: pm ilc durée, sans rencon- trer d'obstacles et sans rien détaclier. La (untinuité est donc probable, et cette probabilité deviendra prcs(|ue une certituile par l'examen delà surface au microsi'opc; la iciiile est conslaiile, à l'exception de quelciiics points [iliis trans- |iarenls v.l qui correspondent, soit aux bulbes |)ileux, ,soit à dos glandes prolondes du dernier, .soit cncoïc aux in.sei'lions des fais- ceaus de libres musculaires. Les mêmes expéiiences prouvent l'exislenee de huiiembraiu; de tissu eonjonclil'diiril j'ai parb;. Ces deux faits établis, j'arrachai lui landicau du li.ssu pour Tcxa- 318 s. SIRODOT. — RECHERCHES SUR LES SÉCRÉTIONS miner au microscope ; il s'enroulait si bien sur lui-mcine, qu'il m'était impossible d'en étaler les replis sur le plan d'une lame de verre. Le microscope ne révèle alors (ju'une masse granulée obscure (pi. 19, lig. (>) dans laquelle on ne peut rien reconnaître. Reportant l'examen sur la l'ace correspondante du derme, les cellules avaient été incomplètement enlevées, sur (pichpies points elles avaient persisté. Parleurs formes polygonales et leurs dispo- sitions (fig. 7), elles rappelaient un épilhélium. Ces cellules ont ainsi une cert.iine adhérence au derme, mais à l'état frais seule- ment, sur des Vers conservés dans l'alcool, elles se détachent d'elles-mêmes. L'enroulement du lambeau sur lui-mcme est la preuve d'une grande élasticité dans la membrane du tissu con- jonctif. Ainsi, ces cellules paraissent engagées dans un tissu spécial dont la surface dermique est intimement liée avec l'enve- loppe cutanée pendant la vie, mais qui se sépare après la macé- ration dans l'alcool. Ces cellules forment-elles une nappe interrompue seulement par les insertions des muscles peauciers sur le derme, ou bien e.\iste-l-il de nombreuses séparations inhérentes au tissu super- ficiel? Je crois que la seconde hypothèse est l'expression de la vérité, mais les faits positifs man(juent à l'appui. Quoi fju'il en soit, il ne m'est pas [icrmis de supposer rpie les cellules forment un revêlement épithélial limitant une cavité intérieure, car cette cavité serait occupée par une matière liquide ou solide, et rien de semblable ne s'est jamais présenté à mon observation. Elles n'appartiennent pas au tissu graisseux, parce qu'après l'action de l'eau (fig. 3) elles peuvent encore contenir des granulations brunes, mais jamais de gouttelettes huileuses. Ce tissu sous- cutané est continu sur toute la surface supérieure limitée par les lig'nes des appendices moteurs , en faisant des réserves pour les trois premiers aimeaux, où des solutions sont bien appa- rentes. Toute la série de ces observations fut répétée de quatre jours en quatre jours, jus(prà Icpoque où la peau des Vers à soie, com- mençimt à se plisser, m'avertit des premiers symptômes de la nym- phose. Les résultats furent loujour.s identiques jusqu'à la iin de la CHEZ LES INSECTES. 319 cinquième période de la vie de mes larves. Au moment où ces larves filaient les premiers élémenls de leur cocon, le tissu sous- cutané m'a paru se détacher pour rentrer dans l'intérieur de la cavité abdominale. C'est là probablement l'époque à laquelle M. Fabre a trouvé de l'acide urique dans le tissu graisseu.N. Pour moi, le tissu graisseux proprement dit en était encore complète- ment dépourvu. Ma provision de Vers à soie était épuisée, et comme je n'ai pu m'en procurer d'autres, mes recherches furent par là même arrêtées. Je me propose de les reprendre pour suivre la trans- formation du tissu sous-cutané pendant la nymphose. J'ai donné (pi. 20, tig. 1) la représentation d'une coupe ortho- gonale exécutée dans le derme et le tissu sous-cutané d'un Ver durci dans l'alcool absolu. La membrane limitante du côté du derme fait défaut, parce que sa présence n'a jamais été bien nette. Deux coupes du tissu sous-cutané sont destinées à montrer que les cellules sont distribuées tantôt sur un seul rang, tantôt sur deux. En fai.sant ma provision de Vers à soie, j'avais remarqué chez l'éleveur d'autres Vers remarquables par leur teinte jaune. .Après avoir ouvert l'un d'eux, je fus bientôt assuré que tous les tissus composés de cellules renfermaient un nombre prodigieux de gra- nule.'» ellipsoïdaux présentant les caractères de ceux que j'ai décrits dans le contenu des tubes de .Malpighi sous le nom de cellules piguienlaires. Ils se trouvaient dans le tis.su sous-cutané comme dans le tissu graisseux, dans les tubes urinaires comme dans les tubes sétifèrcs. Ces granules (fig. 2; , vus dans l'eau (a), sont colorés en jaune et leurs bords sont foncés; l'oxalate d'ammo- niai|uc 'b) les rend plus Irausparenis, et l'atiide nitrique y déter- mine un précipité autour d'un corpuscule intérieur (c> Depuis, j'ai observé ces granules en même abondance chez des Vers à soie malades conservés dans l'alcool. Dans cette circonstance le tissu cellulaire .sous-cutané est beaucoup moins chargé de gra- nules solides d'urate. Le tissu cellulaiie sous-cutané du Ver à soie une fois connu, je l'ai retrouvé dans toutes les (Jlienillcs A peau unie qui me son! 320 s. SIRODOT. KECHEllCHES SUR LES SÉCRÉTIONS tombées sous la main; je citerai encore celle de l'Yponomeule du cerisier comme sujet d'étude. Les granules d'urate ne sont pas moins multipliés que chez le Ver à soie. Je me suis d'abord attaché aux Chenilles nues, parce (]u'à la seule inspection de la peau je pouvais prendre ([ueUpic connais- sance générale sur l'existence du dépôt d'urate, sur sa quantité et sa régularité. Les Chenilles velues ou épineuses, ou bien celles dont la peau rugueuse est marquée de nombreuses taches de dif- férentes couleurs, vont être l'objet de remarques d'un grand in- térêt pour apprécier les circonstances dans les(jucllcs se présente le dépôt des granulations. Dans toutes ces Chenilles, le même tissu sous-cutané est par- faitement représenté, mais ici les granules d'urate manquent com- plètement. Toute espèce de matière solide ne s'est pas évanouie, ce ipi'il en reste n'est plus que de la matière colorante, mes pro- cédés ordinaires n'ayant plus accusé d'acide uriquc. Ue plus cette matière colorante n'est pas uniformément répandue , elle varie d'un point à un autre par sa couleur, de telle sorte ipi'il en résulte des dessins correspondant par la position, par la forme et la teinte, à ceux de la surface extérieure de la ]ieau. Placé en face de ces deux conditions du tissu cellulaire sous- cutané chez les Chenilles, j'ai dû songer à les inlerpréicr. Dans le cas d'une peau nue, souple, perméable par conséquent, elle doit être, soit directement, soit par l'intermédiaire de glandes dont l'existence sera démontrée, le siège d'une évaporation rapide aux dépens de l'eau du sang. Les sels tenus en dissolution dans le sang sont-ils peu solubles, il n'est pas impossible (ju'ils puissent se déposer dans des organes cellulaires aussi voisins de la peau que le tissu que j'ai fait counaitre. Supposons au contraire la peau dure, cornée, protégée par des poils ou des épines, l 'évaporation superficielle ne sera plus que fort lente, et le dépôt des sels peu solubles n'a plus de raison d'être. Ainsi s'expliquerait la pré.sence des urates dans un cas, son absence dans l'autre. Un remaniement du (issu celUilaire sous-cutané pendant la nymphose conduirait à une autre interprétation des faits signales par M. Fabrc, c'est-à-dire des sédiments composés d'urate dans CHEZ LES INSECTES. .'^21 iiiiL' [lailie (lu tissu yraissciix. Oi", voici les lails aiialoirii(|iies on rapport avec ce remaniement. Dans les Chenilles, le tissu adipeux splanclmique est d'mie homogénéilé incontestable; le contraire a lien chez les Papillons. Ce tissu est complexe; il est formé de deux réseaux en général enchevêtrés: l'un, très lâche, composé de filaments étroits dont la couleur se rapproche beaucoup de celle des tubes de Malpighi, plus abondant dans le voisinage du squelette dermique; l'autre, plus serré, foruié de lamelles irrégulières, occupant tout l'abdo- men, sulTisamment caractérisé par la masse de gouttelettes huileuses accumulées dans son i'paisseiu\ La |jréparation du |iremier ré- seau est délicate; ses niamenls fragiles sont attachés, soit aux lameaux trachéens, soit aux lobules du tissu adipeux proprement (lit. La .structure en est fort simple : l'espace circonscrit par la membrane d'enveloppe est complètement rempli de cellules. Si le filament est étroit, elles sont à la suite les unes des autres, ou bien encore sur plusieurs rangs sans sortir d'un plan uni(|ue; avec plus de largeur, répais.seur peut s'accroître par la superposition de âcu\ plans de cellules, ce n'est ([ue tout à l'ait exceplionn(;llement (|ue les cellules sont agglomérées. Sous l'influence de l'acide acé- ti(|ue, les cellules .se gonflent et s'échappent de l'enveloppe, il faut saisir ce mumcnl pour bien se rendre compte de leur disposi- tion. Je n'ai jamais observé de mouvements aussi considérables dans les lamelles du lissii adipeux. Les cellules conliciment fie noudjreux flocons de matières azotées ; les globules graisseux y sont très rares, et remplacés par des granulations d'une matière alliumincuse translucide; les noyaux ont des formes très variables. Kntre ces ctdlules et les cellules adipeuses des lobules voisins, il y a une telle différence, qu'on ne peut guère leur assigner le même rôle. Ces deux sortes de réseaux de la masse adipeuse sont aussi neltement différenciés dans les insectes parfaits de l'oidre des (>oléijptèrcs. (Quelle est l'origine de ce tissu iju'on ne trouve pas à l'étal de larve.' Le lissu cellulaire sous-cutam; n'a jias laissé la moindre traie. Ne se serait-il pas déplacé et Iransfoiiiié ? .\insi s'expliquerait l'appaiition des urates dans la pulpe adi- pfMisc des nymphes. D'ailleurs le fait peut être compris en parlant k- série Zooi T X (Caliier n» fi ) ' 2t 322 s. SIKOUOT. — llbCHERCHlES SUR LES SÉCIIÉTIONS d'autres eonsidéralions: pendant ce liavail étonnant qui s'opère dans la eoquc de la nymphe, les iirates peuvent abonder comme résultats de transformations organiques, et s'accumuler dans les tissus aréolaires sans qu'il soit nécessaire de concevoir pour ces derniers une nouvelle fonction, puisque, aussitôt la fonction de nutrition redevenue régulière, le sel disparait sans retour. En quittant ce sujet, j'ajouterai qu'ayant en souvent l'occasion d'épuiser par l'éthcr le tissu adipeux, soit des larves, soit des In- sectes parfaits, j'ai profite de l'extrait pour prendre une idée gé- nérale de la composition de la graisse liquide. L'extrait, abandonné à une évaporalion lente dans un tube à expérience fermé par un bouchon traversé d'un tube long et étroit, a laissé déposer des granules blancs. Le microscope est indispensable pour recon- naître dans ces granules une structure cristalline ; ils sont formés d'aiguilles roides, irradiées autour d'une petite masse centrale amorphe. Ces granulations sont de la stéarine proportionnellement abondante. Les dernières gouttes de la liqueur mère sont assez fortement colorées; la couleur varie avec celle du tissu adi- peux. On doit remarquer que la matière colorante de ce tissu est toujours liée à la couleur du sang comme à celle des appendices extérieurs. Ne pourrait-on supposer que le tissu adipeux est le lieu de formation de cette matière colorante? Structure de la peau du Ver à soie. — Glandes de la peau. — L'interprétation que j'ai donnée pour le dépôt d'urale dans le tissu cellulaire sous-cutané serait appuyée par la preuve que le même dépôt occupe les glandes de la peau : tel est le but de l'anatomie de struclm'c que je veux encore faire connaître. La structure de la peau du Ver à soie n'offre rien d'exccption- neL L'organe se compose d'une couche membraneuse épaisse, dont la surface extérieure est le siège d'une production incessante de cellules. Ces dernières se recouvrent sur deux ou trois rangs , elles constituent l'épiderme; la membrane sous-jacente est le derme. Dans sa couche superficielle, l'épiderme est composé de lamelles solides amincies sur les bords, les unes régulièrement aplaties, les autres pourvues d'une saillie extérieure en forme d'épine mousse ; toutes sont homogènes, si ce n'est (|ue parfois le CHEZ LES INSECTES. 323 centre est occujié par une pelile lâche plus sombre ; leurs ciirac- tèrcs chimiques les piiicenl dans le lissu corne. Dans la seconde couche, les cellules ont plus d'épaisseur et le noyau est distinct; les acides végétaux ne produisent pas de précipités floconneux ; le contenu est en partie solidifié. Enfin d'antres cellules intérieures plus petites, arrondies, dont le contenu et le noyau sont granulés, s'observent surtout dans les parties concaves de légères ondula- lions du derme. Le derme, d'une transparence opaline, ne se dis- lingue, comme tissu fibreux, que par des lignes plus obscures, parallèles et ondulées. Tous ces détails (pi. 20, tig. 1) résultent de coupes orthogo- nales exécutées dans la peau de Vers durcis dans l'alcool Pour me donner une idée générale à la lois sur la distribution des glandes de la jieau et sur la nature du produit qu'elles trans- sudenl : un Ver, parliiitement sain, était encore fixé sur un liège. Après des contractions désordonnées, j'examiuai la peau, de ma- nière à recevoir des rayons réfléchis sous l'incidence rasante. Sur la surface terne scintillaient de nombreuses ponctuations, surtout accumulées dans l'intervalle de deux anneaux. Profitant des con- tractions, j'enlevai de petits fragments, étendus ensuite sur le porte-objet, en évitant toute altération surla surface externe. 11 est alors facile de reconnaître, même à un faible grossissement de l.ÔO diamètres, qne les rugosités de la peau, toujours régulière- ment distribuées, disparaissent sur de [)etits espaces circulaires ou elliptiques. Os es|)aces où l'épiderme est modifié correspondent à des déprcssidus plus fréquentes sur les bantics marginales qu'au ccntriMle l'anneau : dans les unes, il n'existe que de petites m!is.ses d'une m.'itièrc snjjdc, qu'on peut comparer à de la matière sébacée; dans d'autres, on reconnaît des gouttelettes d'un liipiide visqueux avec de nombreuses granulations à peine perceptibles; enfin ces prarmlations sont fpl. 20, fig. 3j sc^ulement neeompagnccs de cor- puseiiles tiausiMcides irréguliers. Hn foirant le grossissement jii.squ';'i OOU diamètres, les goutleleites liquides et les gianulalions (lig. 4), les petites (cellules ellipsoïdales même (fig. 5), (|ii;iii(| elles ont envahi tous les tissus, se dessiiieiil avec la plus grande nellelé. lin redoublant d'allcntion, on trouvera au fond de ces 32Zl s. SIROnOT. — recherches sur LKS SKCRIiTIUNS dernières dépressions des indices d'un ciiiiidieMle eoniinimiquanl avec nne glande plus profonde. Il résulte de ces l'ails que la peau du Ver à soie présente des cryptes en yrand nombre, et que, parmi eux, il s'en trouve qui reçoivent l'extrémité d'un caualicule détérent. Pour éviter toute conl'usion. il faut bien distinguer ces cryptes d'autres points où la nature cornée de la couche épider- mique se modifie également, mais alors pour donner à la peau plus de souplesse, comme aux |)oints d'insertion des muscles ou sur la limite de sépaialion de deux anneaux. Les glandes dont les orifices débouchent dans le fond des cryptes de la peau sont placées, soit dans l'épaisseur du derme , soit dans les couches sous-jacentes. (belles incluses dans le derme se manifestent sur la face interne par des gibbosités, que leur teinte jaunâtre rend plus apparentes encore. Pour les représen- ter, j'ai employé des ligures schématiques (fig. 7 et lig. 8) re- présentant des coupes passant par le centre de la glande et de l'orifice. Les autres affectent des formes variables, ce sont tantôt des glandes simples pyriformes (fig. 6), tantôt des glandes com- posées de lobules échelonnés sur le canal déférent (fig. 9). Dans les unes et les autres, la cavité intérieure est limitée par un épithé- lium pavimentCMx à une seule couche ; elle est remplie, dans les glandes représentées sur les ligures 6, 7, 8, par imc maticic vis- queuse, coagulable par l'alcool cl l'acide acétique. Au milieu de celte matière, mais non pas d'une manière conslante, se trouvent des granules identiques avec ceux du tissu cellulaire sous-cntané, urate" ou matière colorante. La glande pyriforme (fig. 6) a été prise sur un individu conservé dans l'alcool ; aussi la cavité esl- elle occupée par une masse solide provenant du mucus coagulé. La glande composée de la figure 9, observée dans le voisinage d'un sfigmate, pénètre assez profondément dans le tissu adipeux ; son contenu se distingue jiar le peu de mucus coagulable ; sa nature s'écarterait par là de celle des glandes du derme. Pour être complet, j'ajouterai que le derme contient encore dans sa couche profonde des follicuh'S pileux. J'ai donc atteiutmon but; comme jemc proposais de le démon- trer, les glandes de la peau contiennent des granules identiques CHEZ LES INSECTES. 325 avec ceux du lissu cellulaire sous-ciilaiié. L'analyse de la sueur a prouvé qu'elle renferme parfois les éléments de l'urine; c'est un fait aiialoçrue cpie je rencontre cliez les larves, avec cet autre fait pai-licuiicr que les mêmes élémenis se trouvent aussi au milieu d'iui lissu cellulaire contigu, dans le cas d'une (leau nue, souple et peruK'able. Résumant les laits exposés dans ce chapitre, je puis dire que, dans l'ordre des Lépidoptères : 1° Le lissu adipeux des larves est homogène, el ne renferme pas d'iu-ale. 2. Il existe sous la peau des larves un tissu cellidaire, que j'ai désifiné sous le nom de tissu cellulaire sous-cutané , chargé de granulations solides d'urate, dans le cas d'un peau nue et per- niéalile. ;> Le lissu adipeux de l'Insecte parfait n'est plus homogène, mais composé de deux réseaux enchevêtrés : l'un étant considéré liypolliéliqucment comme le résultat d'iui déplacement et d'une transformation du tissu sous-cutané ipii a disparu. 4" Ce double réseau ne contient |)as d'iu'ate. 5° Les urates supposés dans le tissu adipeux des nymphes con- stituent un l'ail parliculier à une période de Iraasilion, et peuvent provenir d'im déplacement du tissu cellulaire sous-cutané. 6° Le (issu graisseux ne remplit pas les fonctions d'un organe urinaire. Pour devenir générales, ces conclusions exigent des expériences conqiaralives dans les différents ordres qui composent la classe des insectes. Je termine par quelques mois sur la slructme des taches des N'ers à soie malades. I,es \'ers que j'ai exan)inés proviennent d'un envoi fait à M. Dumas [)endanl la saison de 1857 ; ils avaient en- viron quatorze mois de séjour dans l'alcool. Pour les Vers conservés dans l'alcool, la couleur des lâches est variahir, suivant (pi'on les observe à la lumière ri'lli'chie ou à la lumière hansmise : l'i la liuuière rc'flécbie, elle est brune poiu' une tache nais.sanle, noire pour une auli'c plus développée; à la lu- mière Iransmisc, le rouge biim est ;j(''néral, avec îles variations 326 s. siRonoT. — rkcherches sur les sécrétions d'intensité seulement. Je les diviserai en trois catégories suivant leur position : 1" les taches su|»erlicieilcs n'atteignant que l'épi- derme ; 2° les taches incluses tians ré|)aisseur du derme ; 3° enfin les lâches pénétrant dans les tissus plus profonds. 1° Taches épicier miques. — Je distinguerai encore dans les lâches épiderniiques celles (|ui occupent les cryptes on des points quel- conques. Ces dernières, qui forment les taches de l'épiderme pro- prement dit, sont-elles peu prononcées, la coloration n'existe que dans les cellules granulées adjacentes au derme ; sont-elles plus manpices, tontes les couches sont atteintes; déplus, le derme a subi une dépression, et la surface extérieure de l'épiderme a pris une certaine convexité : il y a donc alors en même temps un gon- llemenl (le l'épiderme. Au dernier degré, le gonllement est très sensible; il s'est épanché enire les cellules une matière tellement durcie par l'alcool, qu'elle est devenue cassante. Autant qu'on peut en juger, à cause do la teinte foncée, les cellules épiderniiques se sont multipliées, et renferment de fortes granulations d'un rouge brun ; le derme correspondant est coloré dans presque toute son épaisseur. Je donne, fig. 10, la coupe de l'une de ces taches, et, llg. 13, trois cellules prises à Vlifférentes épaisseurs. Dans les dépressions de la i)eau, la couleur est toujours plus foncée; pour une tache encore limitée par les bords de la cavité, les parois lat(',rales sont peu colorées , mais le fond est occupé par un disque complètement opaque d'une matière dure et cassante. Ces taches s'étendent (fig. 12j par une altération progressive des cellules granulées de l'épiderme, et il suffit que leur diamètre mesure un demi-millimètre pour qu'il soit difficile de reconnaître la dépression centrale autrement que par la présence du disque solide et cassanl. 2° Taches dermiques. — En pratiquant un grand nombre de cou- pes dans l'épaisseur des taches les plus considérables, j'ai réussi plusieurs fois à metire en évidence la disposition représentée dans la ligure 11 ; on y voit i]eus. taches superposées, l'une épidermiqiie et l'autre tout à fait engagée dans le derme à peine coloré, tandis que la tache est d'un rouge brun intense, f.a cavité dermique est remplie de cellules, et dans leurs intestins de lamelles opaques et CHEZ LES INSECTES. 327 de granulalions ellipsoïdales d'un lirim foncé. Les cellules sphé- riqups ou polygonales renfermenl elles-mêmes ces graïuilalions en abondance (llg. \lx et 15). Si maintenant on rcconnait que la section de la ligure 11 ne passe pas par le centre d'une tache; que la section centiale est difficile à réaliser, parce que les lames des l'iseauN rencontrent un corps ilur et cassant dont les éclats les font dévier; qu'au centre de certaines taches il existe un axe solide dur et cassant; que la section désignée s'appliquerait à une section laléi'nle sur les glandes intérieures du derme (fig. 7 et 8) , la taclie épidermiijue résultant d'une altération progressive autour de la dépression de la peau , la tache profonde d'une altération de la glande ; enfin que les cellules ellipsoïdales peuvent se trouver dans les glandes intérieures du derme, comme le montre la ligure 5, il deviendra probable que les taches dermiques cuïnci- dent avec les glandes intérieures du derme. Ce ne serait pas là la seule origine des taches dermiques; on peut en observer, en effet, aux lieu et pi;ice de pdils mortifiés. 3» Taches sous-dermiques. — Les lâches dans les tissus inf(''- rieurs au di'rmc sont rares, et résultent d'ime simple coloration. Kxistcnl-cllcs , elles accompagnent les lâches dermiques dont elles sont un prolongement. il résulte de ces faits que les taches des Vers à soie provien- nent d'altérations organiques dans les tissus glandulaires de la peau. Une seule fois, j'ai ob-servé à côté d'une tache des fdaments noirs enchevêtrés reposant sur un lobule graisseu.x ; l'aspect était comparable au mycélium des moisissures. Dans tous les Vers malades, les tissus cellulaires claient remplis [de petites cellules ellipso'idales décrites dans un Ver follement Lcoloré en jaune. CONCLUSIONS. La jibipart l\ s, SIROBOT. - - SÉCRÉTIONS CHEZ LES INSECTES. Fig. 3, 4 et 5. Cryptes de la peau du Ver à soie. Au fond viennent s'ouvrir des j,'landes profondes du derme. Fig, 6 et 9. Glandes faisant saillie dans l'abdomen. Fig. 7, 8. Figures schématiques destinées à faire comprendre la disposition des glandes contenues dans l'épaisseur du derme. Fig. 10. Coupe faite dans une tache superficielle Fig. 1 i . Une tache dans l'épaisseur du derme, Fig. 12. Tache qui se développe dans un crypte. Fig. 13. Trois cellules de l'épiderme prises dans une tache. Kig. 14. Une cellule de cette tache remplie de cellules de pigment. Fig. 1 5. Trois de ces cellule» devenues noires ou brunes. RECHERCHES SUR LES CONDITIOiNS L'EXISTENCE OU DE LA NON-EXISTENCE DE LA REVIVISCENCE CHEZ DES ESPÈCES APPARTENANT AU MÊME GENRE, Par m. C. DAVAIME. Depuis plusieurs années, j'ai commencé des recherciies sur la prnprii'lé (jue possèilent certains êtres de retrouver, par l'Iiunii- dilé, les manifestations de la vie (ju'ils ont perdues par une dessic- cation plus ou moins absolue (1). Je me serais abstenu, jusqu'à ce (pic mon travail fût plus complet, d'en l'aire l'objet d'une eoinmu- nieation à l'Académie, si de récentes publications sur ce sujet ne m'y avaient déterminé. Les êtres sur lesquels ont porté mes expériences appartiennent aux Hotifères, aux Tardigrades, aux Nématoïdes, aux Inliisoires et à (juelfpies espèces véjj;étales. L'objet de ma communication n'est point de déterminer le degré de dessiccation que ces êtres pour- raient supporter sans périr, mais de constater l'existence ou la non-existence de la léviviseence cbez ces êtres dessécbés à l'air libre et dans des conditions semblables. Ayant examiné à ce point de vue diverses espèces de Rolilèi'cs, j'ai constaté, comme plusieurs observateurs, que celles ()ui habi- tent les mousses et le sable des gouttières jouissent de la propriété de se révivilier a|)rès avoir été desséchées; mais cette propriété, je no l'ai retrouvée chez aucun Rotilère vivant dans les eaux des rivières ou des étangs, et c'est à ce l'ait surtout, sans doute, que lu divergence d'opinion des contradicteurs de Spallanzani doit être im|)Ulée. ()) Davaime, Recherclum sur lu vie lalenlc chez quelques animaux et quelques plantes [Comptes rendus de la Société de biologie, année ISiiG, p. iiô). 336 C. DAVAINE. EXISTENCE OU NON-EXISTENCE On s:iil (juc plusieurs espèces de Tardigrades qui vivent parn!i les mousses avec les Rolit'ères se dessèclieiil et se revivifient comme ceux-ci ; j'ai constaté l'absence complète de cette propriété chez une espèce de Tardigrade dont j'ai Irotivé un grand nombre d'individus à la surface de piaules constamment submergées. Des reclierclies semblables entreprises sur plusieurs Vers né- matoïdcs microscopi(iues m'oiil donné des résultais idcnliques : l'Anguillule du vinaigre, celle des ruisseaux [Anguillula fluviali- lis), périssent par une dessiccation d'une très courte durée ; celles qui se trouvent parmi les mousses, dans le sable des gouttières, celle du blé niellé, résistent à une dessiccation prolongée : cette dernière se révivifie même après plusieurs années ; en outre, maintenue pendant eini] jours sous le récipient de la macliiiie pneumatique, dans le vide desséché par l'acide sull'urique concen- tré, je l'ai vue reirouver les manifestations vitales après trois heures de séjour dans l'eau (1). Enfin, parmi les végétaux (mousses, lichens ou conferves) qui croissent à la surface du sol, dans des lieux souvent desséches, vivent plusieurs espèces d'Infusoires. J'ai soumis à une dessicca- tion lente ces hifusoires placés sur une lame de verre, et, sur la même lame de verre, j'ai traité comparativement de la même manière des Infusoires d'espèces très voisines pris dans l'eau d'un étang : les premiers se révivifient, même après plusieurs jours de dessiccation ; les seconds, au contraire, périssent rapidement et eonstammenl. Des expériences semblables ont été faites sur diverses plantes mieroseopirpics, cl parliculièremeut sur celles qui sont douées de mouvements spontanés: des Uscillaires prises à la surliice du sol se sont révivifiées après plusieurs semaines de dessiccation ; des (Conferves d'espèces très voisines, douées aussi de mouvcmenis spontanés, mais recueillies dans un étang, n'ont point retrouvé le mouvement, même après une dessiccation de quelques heures. Enfin parmi les mousses "se trouvent plusieurs espèces de Dialo • (1) I.UVAINE, Recherches sur l'Àngwtlnle du blé niellé, mémoire couronné par rin^lilul, p. 40. Pari?. 1817. UK LA lïtMMSCliMiL (Ht/. CKIilALNfc.i liSl'Klil.J., o37 niées, cliez lesquelles j'ai consUilé ([lie le inoiiveinciU reparait ;iprès une dessieeulioii de plusieurs senuiiiies. Kieii de sembhihle ne s'est otVert A mou observation pour eelies cpie j'ai recueillies à la surface des plantes coiistauimenl submergées. D'après les expériences i)récé(lentes, je crois pouvoir conclure ([ue les animaux et les végétaux appartenant aux familles dont j'ai parlé doivent cire divisés en deux groupes sous le ra[i[iort de la reviviscence : 1° Les espèces qui vivent couslamment submergées ne possè- tlenl pas la propriété de reprendre les manifestations de la vie a[)rès avoir été desséchées, même pendant un court espace de temps. 2" Les espèces qui vivent dans les lieux exposés aux alternatives de sécheresse et d'humidité possèdent au contraire cette propriété, même lorsque la dessiccation a été prolongée pendant un es()ace de temps relalixement très long. 'NOTES UN SECOND CENTRE SPINAL DU NERF GRAND SYMPATHIQUE, Par m. J. BUDGE, l'iofcsst'iii' à l'univcrsilé de Oreifswalil, Ailrc'sées à rAcndéniic des sciences le 11 octobre 1858 et le 28 février IS'M. Si- Par des expériences décisives el irréliitables, il est d('Ui(iiili('' (1) que la partie cervicale du nerf grand sympathiipie prend sa soiu'ce dans la moelle c|iinièn', et que tous les pliénomèn(\s rpii conduils d(''ierents. [\) Il esta remarquer que clans celle région la peau et les vertèbres se signa- lent par leur sensibilité dans beaucoup de maladies chroniques. NOTE SUR L EXISTENCE D UN POISSON FOSSILE IJANS LA CUlCilE INFÉRIELRE DES ROCHES UE LIDI.OW, Par n. 8ALTER (I). Jusquici l'existence de Poissons dans la Kaime silurienne n'avait été bien constatée que dans les couches les plus récentes des roches de Ludlow. car les fossiles qu'on avait considérés comme appartenant à des animaux de celte classe, et provenant de forma- lions plus anciennes, paraissent être, en réalité, ou des fossiles des terrains carbonilères. ou des débris de Crustacés ou de quelques autres Invertébrés. L'é'chantillon (jue M. Salter vienl de faire connaitre provient indubitablement d'une couche beaucoup plus ancienne, et ne laisse aucune incertitude quant à sa nature. C'est une plaque osseuse qui offre tous les caractères orp;ani(|ues des lames cervicales du IHemspis, et (pii a été trouvée dans le dépôt :i[)pelé Mud-stone, du groupe inférieur des roches de Ludlow. Ce serait donc le plus ancien Vcriéhré connu, avc(^ quebjues degrés de certitude. (1) Annals and Magazine of Nitlural History, 3' sér., t. IV. p. 44. RECHERCHES ANATOMIQUES ET CONSIDÉRATIONS ENTOMOLOGIQDES SIR I.RS HKMIPTKRES DU GENRE LEPTOPVS, Par M Léon Dl'FOVII. Rerum natura nusqu.iin inaps quam ia minimis tota est. (PUNE, Xal. /lisf.Jili, XI, cap. i.) CHAPITRE PREMIER. CONSIDÉn.\TIONS ENTQMOLOGIQUES. J';ii (111 (1('\ oir coinmenoer l'étude des Leplopus par l'exposition piiri'incril eiiloiiKilogiqiKMles formes el de la siriiclure extérieures, ainsi que du gein-e de vie, aiin de fournir à l'aiialomic et à la pliysioiopie les doeuments propres ii éclairer l'histoire naturelle de ees petits inseetes. Parmi les Hémiptères liétéro|)lères, il existe un groupe de ceux- ci (jui fréquenlent les rivages, sont cliasseurs et se nourrissent de proie vivante, ou mieux sont insectivores ; ils appartiennent prin- cipalement aux gemrs Pelofionus, Salda el Lcptopus. .Mais la si- militude des lialiitudes et du genre de vie sont loin d'enirainei- l'identité des traits et des caractères extérieurs. Or ce sont ees derniers dont la classincalion s'est servie, avec jiisl(! laisnn.pour la loiidalion des coiipes gi'uérifpies. Dans mou AiuUomie des Hémiptères, ddiil la pui)!icalion n"a pas moins de vingl-cinf| années de date, j'ai (li'cril e| ligure le Pelo- ijonus tant sous le rapport du genre el de l'espèce que sous celui de l'organisation intérieure, h', n'y reviendrai plus qu'à titre de type com[iaralif. .l'aïu'ai aussi à dire, nuiis incidemmcnl, (pi<'l(pie elinscsui' nu Salda, diini je n'ai ei| à di.s.siMpier ipi'nn individu. I.e geiu'e lAiplopus fulfondé par l.atreille siu' une espèce que je o/|/| i.i;o;\ niFom. lui ('nniinMnii|ii;n iivec l'i'iiillirl»^ (|(^ Utlorcilis^cn 1807, c'osl-i'l-ilirp il \ ;i |)liis (11' ciiiiinank' ;iiis. Ndirr It'gislalcm' ili^ la science ne so iloulait puini alors, imii plus que moi, ijuc cet Hémiplèrp, ainsi iiu'on le verra liicnlôl, avait été connu de Geoiïroy, et nommé Cimcx boopis par Kourcroy. En 1833 et 183Ù, je publiai les trois es[ièces de Leptopus ijui, encore aujourd'hui, constituent seules ce genre, et j'en revisai les caraclèi'es génériques (1). Dans cette même année 183û, M. 'Westwood (2'j daigna porter sur mes Leptopus un contrôle dont j'ai a[iprécié toute la justesse. Mais de nouvelles investigations, l'avorisécs smMout par des dis- sections fort multipliées, m'ont mis à même de recueillir des faits ina[)erçus par le savant entomologiste anglais. La science est comme le fleuve , crescil eundo. Des modifications au signalement générique ont surgi de mon scali>cl, et je fornuderai ainsi qu'il suit la diagnose du genre Leptopus. Cemis lEPTOI'l S Lalr. - Famille des lEPTOPODI ENSJiuû. Rostrum arcualum, brève, vix trochantera prima attingens, quadriarticiilatwn . articvlo secundo utrinque setii rigidis binis armato, inter ditas apophyses val vuli formes basi arcte receptutn. Chjpeus rotimdatus. Labrum oblongum. Antennœ gracillima', sub capitis margine lateraii ad basim clypei ùisertœ^ quadriarliculatœ, corporis longitmline. Oculi magni, crnssi. valde prominenles , ocelli tubcrculo pediin- ndifarmi insidentes. l'edes graciles; femora antica crassiora spinvlosa; tarsi tri- ariiculati. A lœ amplœ. Corpus depressiusculum, ovato-ellipticum. Aucun auteur n'a fait mention des deux apophyses légumen- (I) Annales de la Sociélé enlomniogique, l, II et lit. (i) IbUl , t. lit. I I AN MOMIE DES IIKMIPTKRF.S I)L' f.F.NRr LKPTOPIS. S/l') lyiros (|ni twislont sur les côtés de la hase du rostre, et ciui ont iii forme de valves arrondies et immobiles. Le premier article du rostre se trouve étroitement enclavé entre ces deux valves, et, ipour le mettre en évidence, il faut, sur l'animal récemment mort, luxer de bas en haut, avec une heureuse habileté, le rostre de manière à le désarticuler. C'est par cette même oiiérationque l'on peut facilement reconnaître, et les valves, et le chaperon, et le labre ijui lecouvre h; premier article du rostre. Ce labre a été siynalé et représenté par M. Westwood [loc. cil.), ainsi (pie par M. de Laporte (1); mais il n'a fait aucune mention des autres pièces que je viens de nommer. Les deux paires de piquants sétiformes, roides et droits du se- cond article du rostre, constituent une arme fort remarquable, commune aux trois espèces de Leplopus. Une forte loupe constate que chacun de ces |)iquants est articulé sur une petite saillie ou fort léiièie apophyse. Mais quelle qu'ait été ma persévérance à braquei' la loupe pour y saisir un mouvement, même en tourmen- tant avec intention l'insecte, je ne suis point parvenu à obtenir le moindre de ces mouvements. Le mode d'insertion des antennes à la tète a été mal saisi par M. Westwood, el il ne l'a pas été mieux jinur les autres au- teurs. Ce n'est point du tout sur le plan supéiicur du t(''sument facial (ju'a lieu celte insertion, comme la représente la ligure de JL Westwood, mais bien au-dessous du bord latéral de la tète, ainsi qu'on le voit dans mes figures actuelles el dans celles de 1833 et 18;^i. (xtte insertion est donc infère, et non supère. Prescpie aussi longue (|ue le corps de l'insecte, ces antennes se font re- niarquci' par la ti;nuil('' [ilus que capillaire des articles ipii suivent soit le premier, soit les deux premiers basilaires. Ces traits génériques, dont il serait superllu de Anre une ana- lyse comparative avec ceux des Salila et y'e/o^onwi- , justifient pleinement l'i-tablissement de la familli; des Leplopodieiis fondée par .M. Krullé. J'ai déjà fait coiinailre ilans mes anciens travaux prcVilé's les (4) Htmi cluttij. illlfimiil., 1S33. — G'ihjiilun, de. 3A6 LÉON DUFOUR. hnbitiicles et le mode d'existenoe des Leptopm; mnis comme de- puis deux ans j'ai oijservé une quantité considérable des deux espèces qui fréquentent les rives de l'Adour près Saint-Sever, j'ai pu compléter cette étude, et je vais la résumer. Les piquants roides, dont le ro>tre, souvent la tète et même les yeux, ainsi que les cuisses et les tibias des [lattes antérieures, sont armés ; la légèreté du corps, la gracilité des deux dernières paires de pattes, l'ampleur des ailes : tous ces traits dénotent évidem- ment un insecte armé en guerre, agile à la course et d'un vol longtemps soutenu, un insecte carnassier. A ce mot, on croirait qu'il s'agit d'un animal pourvu de mâ- eboires et de dénis propres à décbirer, à broyer une victime. Mais l'entomologiste pratique, celui fpii est initié à la structure, aux mœurs et aux diverses manonivre^ des insectes, sait bien que, jiarmi ceux-ci, il en est qui niàcbent et avalent la cbair, tandis que d'autres, suceurs par destination, ne t'ont que pomper les bumeurs li(]uides des |)lantes ou dos animaux. Le Leptopus est dans cette catégorie, ainsi que l'orilre entier des Hémi|itères. Disons à cette occasion ipiel(|uc cbose sur la composition et la structure de la boucbc de nuire Leptopus; elle est formée sur le même plan que celle des Hémi|ilères en général. Le rostre, dont 1(^ nom est consacré par l'usage, n'est en dclinitive qu'un étui, une demi-gaîne articulée, dont l'article terminal, cono'ido et pointu, es! un instrument vidiicranl, percé à son bout d'un pore imper- ceptible (jui .sert à la suciuon. Les (juatre articulations de ce rostre ont pour but final d'exercer des mouvements variés, alln de fixer la victime pour favoriser la fonction de l'arlicle terminal. Mais In véritable organe qui opère la succion, le stwoir en un mot. qui transmet directement l'aliment à la boucbe, est un iilet tubulcux corné, mais souple, bien plus tin (ju'un brin de la soie d'un cocon. Il est logé dans une rainure sous-rosirale, ce qui confirme ma dé- nomination de denii-gaîne, et invaiiiné par son bout dans l'article terminal du roslrequi, lui, est en cornet percé au bout. Malgré la petitesse des sujets, j'ai pu constater ce suçoir tantôt éi>bappé de sa rainure, mais encore engage par son bout, lanlùt cnlièreinenf libre. ANATOMIE DES HÉMIPTfîRES DV GF.NP.F, LEPTOPLS. 3/|7 Les deux ocelles, siltiés, comme je l'ai dit, an boni d'un tuber- cule |iédonculiforme. sont latéraux, ovalaires, d'un brun sanguin sur i'aiiiuial vivant, sqiarcs l'un de Taulrc par un espace intermé- diaire assez large. Le microscope décèle au pourtour de ce bout ocelliforme six ou sc|it spinules courtes et roides. (a's traits, ainsi ijuc la ligure qui les représente, ont été pris sur le lanosus. Quand le ciel est serein et le soleil ardent, les Leptopus sont constamment en eliasse ou terrestre, ou aérienne; aussi, malgré racliviti- de mon filet sur le Ibéàtre de leurs évolutions, ne les ai-je jamais capturés en plein jour. C'est au coucber du soleil, au cré- puscule, ou mieux avant le lever de l'aurore, ou dans les journées sombres, qu'il laut se jeter à plat ventre sur la rive graveleuse du Heuve, et soulever attentivement les galets pour y découvrir le lamsus. Le Boopis et VEcInnops se réfugient sous les pierres, souvent loin de la rive. Les Leptopus ii'exlialent aucune mauvaise odeiu'. j'ai eu beau les exciter, les irriter, les inciser pour les dissections, et les flairer attentivement, je n'ai jamais jai saisir le moindre effluve odorifi-- rant. Jamais je n'ai aperçu dans l'eau où je les disséquais la plus petite de ces gouttelettes buileuses qui surnagent en pareil cas dans le plus grand nombre des Cimex. Lue investigation scrupuleuse peut distinguer les sexes des leptopus par des caraitères extérieurs. Le dernier segment dorsal du mâle a, à sa base, trois lobes té- guuientaires subtrianu:idaires coutigus entre eux, continus uii-me à l('ur base, et au-dessous du lobe iMterm(''diaire s'insère de cliaque coté un appendice palpiforme d'un si'ui article en légère massue un peu arquée et pileuse. La figure f|ue j'en iloiine dispense d'autres détails. La femelle a aussi à ce même segment terminal trois lobes, mais plus courts, et les a|)pi>ndices palpii'(M'mes matirpient absolu- menl. On voit souvent saillir sous le bord |iosl(''rieur de ce seg- ment une pièce velue et courte qui apparlieni à l'oviseaple. On trouve les larves bien développées en août, ce qui lait pré- sumer que les reufs, au moins ceux de la [U'emière couvi'e. sont pondus en juin. 3/(8 I.ÉOIV niFOLR. Aviinl dn pass(^r ;'i la (lesori|ilion sucrincle des Irnis osp^ees roiinues de Leptopus , jo vais oxposer dans (in petit laMoan leurs diagnoses différentielles. / ayticulo iertio inenni I.anosus. Hostri 1 I Antennœarticuloprimo J 1 crassiore Boopis. ! arliculo tertio subliis iiiiadriseloso.', , , ,■ , , ^ ' \Antennœarttculisduo- f bus primis crassiori- \ bus EcHiNors. De semblables Iraits el d'autres de moindre valeur ont suffi, à l'auteur de la /Wono/ij/Hu'e des Hémiptères, pour transformer eu trois genres ces trois espèces. On s'afflige qu'un esprit doué d'une instruction eiitoinologi(|ue si supérieure se soit laissé entraîner ù des idées si subversives pour notre aimable science. 1 . Leptopus lanosus Diif. Duf. ^nn. de la Soc. entom., t. III, fig. 1 l-l'i, Griseo-cinereus, pubescens ; thorace molliler villoso-lanoso, au- lice série transversa pimclortim impressorum nolato, liemelytro- rum corio ad Iticem minutissime punclato, margine externo ma- cuUulisque discoidalibits 3-/i pedibitsque albidis; abdominenilido, glabro, segmenlis ventralibus albido tenui miirfiinalis. — Lotig, 2 Un. Hab. œslate et autumno ripas Atari in Gallia meridionali- occidentali, Saint-Sever, nec non in /Nigeria (Luc.). Le troisième article du rostre est cylindrique, et non dilaté à son bord inférieur, comme dans les deux autres espèces. 11 est dé- pourvu de spinules ou soies roides, et est simplement velu. Cet article et le dernier sont noirâtres. Il existe tout près du bord antérieur de la face, avant le cbape- ron, deux très petits tubercules, peut-être conlluents, très difficiles :i constater, terminés chacun par une imperceptible spinule, qui a sans doute une attribution fonctionnelle. .le la représentai jadis dans la figure de cet insecte, mais mal ; mon dessin actuel est plus conforme à la vérité. ANAIOMIb, DES HÉMU-TÉKIiS DL GENKli LEl'TOPLS. o/lU 2. LcPToris uoons. Lu Punaise marbrcc uux gros yeux, Geoffr., Hist. liisecl. l'iir., vol. I, p. i'iii. t'imt'i fcoopis Fourcr., Enlom. par., p. 107. Leptopus tittoralis Latr., Nouv. Vicl. Iiisl. iiat., i' édil. — Uuf., Aim.Soc. enlom., t. 11, p. 109, pi. B, lig. :'. Lept. lapidicold, De lap. HcmipI , p 13. Lept. liltoralis Weslw.. Aim.Soc. eiilom., t. 111, p. I4i, pi. B, llg. i. Crùeus, nùjro villosus jjilosusque, capite subliis idrinque spinu- loso, capilis Ihoracisque dorso punctis rufescentibus suhoblileralis ; thorace Iransversim impresso-coarctato; liemelijlronini corioma- cullulis nigris subfasciatis ; femoribus apice obscuro biannulalis. — Long. 1 1/2 lin. Hab. in variis Galliœ, Ilispaniœ Àlgericeque regionibus, sub lapidibus. Jiisiiii'ii M. .\iiiyot (1), un iivait coiiiiili-tompiil ignore ipie (icolTroy, noiro plu.s iuicien entoiiiologisle, ;ivait découvert aux environs de Paris et ijarlaitenient déci'it eetic espèce, à laquelle Fourcroy donna son nom spéciti(]ue. Les segments ventraux de l'alidomen !^nllt lanlùl tout à l'ail noirs, tantôt avec un très lin liséré |tàle. 3. Lkpioi'L's F.cuiNOPS Uul. , .1)1». Soc. entom., l. 11, p. I I:!. — A. Costa, Ciitik. napol., cent. 2', p. 2. — Luc, Hémipt. Alger., p. .i5, pi. 1, fig. 4. Oenus t'cliinops Am., Aiui. Soc. entom., 2' sér. , 1. IV, p. 399. (irisco-nigrescens, capite, oculi-i, ocdlis, thorace, sculello henie- Iglri.sque vahie echinalis ; hemehjlrorum basi laie ntaculisque dua- bu.i marginalibus albidis ; Ihorace anle médium coarclato, abdo- mine nigro nitido. — Long. 1 1/-2 /;/;. Hab. in rupibus sahlusque InpiJibus Ilispaniœ, llaliœ et Al- ger iw. Il a la taille, la Innnr cl la paiiariiMit; di'.N li(''iin''lyln.'^ du IJoupis, I; llemipl., p 271;. 3S0 LÉON DU FOUR. doiil il diffère organiquement par la forme des articli'S aiilennaires et les pii|iiants oeiilaircs. Les deiiN premiers de ces articles, plus gros, oblongs cl coiioides, sont à [)eu près égaux entre eux ; le troisième, au contraire, d'une finesse capillaire, a une longueur (jui dépasse environ li'ois fois celle des deux précédents. C'est en autonnic qu'en 1808 je découvris VEchinops en Espagne, ùTafallactTudela en Navarre. M. Lucas le dit très com- mun en hiver et au iirinlcmps, sous les pierres, en Algérie. Mon ami !\f . Leprieur me l'a envoyé des environs de Bonc. M. Achille Costa {loc. cil.]^ qui l'a très bien décrit, l'a trouvé à Naples sous l'écorce des arbres , localité exceptionnelle , et Gêné l'avait ren- contré dans la Sardaigiie. Je ne saurais m'exi)liquer l'usage des piquants dont les yeux sont si singulièrement hérissés. Ces piquants, roides, conoïdes et divergents, occupent, jiar leur base rcnlléc, au moins trois aréoles ou facettes oculaires, de manière qu'il semble (|ue la vision doit être notablement obscurcie. 11 y a certainement là une raison d'être, car toute création a un bul il'utilité ou privée, ou générale. Ces piipiants sont-ils des instruments vulnérants ou préhensifs, comme tout porte à le croire? Ce Leplopus a-t-il donc besoin d'une semblable armure contre une proie d'une nature inconnue i|lji lui offre plus de résistance qu'aux autres es|)èces ? Quel lialiile obser- vateur sera; assez patient, assez heureux, pour nous révéler le genre de vie et les mameuvrcs de VEchimps? Nota. — Le [leintre qui a donné dans V Allas entomologique de l'Algérie un délicieux portrait du L. echinops n'a point été aussi heureux pour les détails. La figure 4 c représente avec vérité une antenne détachée ; mais, à la figure 1 b, le dessinateur a gratuitement donné un ar- ticle de plus aux antennes, et il a mal saisi le mode d'insertion de celles-ci. Le silence absolu de ]\L Lucas, dans son texte, sur ces détails, est fort regrettable. L'iconographie n'est pas toujours de la science, et elle a souvent besoin d'être surveillée, quand on n'en est pas soi-même l'auteur. ANATOJIIE DES HÉMIPÎÈRES DU GENKE LHl'JOI'LS. 351 CHAPITRE II. RECHERCHES ANATOMIQUES. Les Leplopus. vu h?iir petite taille, qui mesiiri' n |ieiiie une lii^ne f'I (lemio à deiix li.uncs de loii^'tieiir, se reriisenl, pur la délicali-ssc, la Iragililé de leur texture, à l'emploi du scalpel, de la |iii)ee et des ciseaux. Il laut recourir presque exclusivement à la pointe acérée, droite ou tléchie en liaineçon, de iiiies épingles. Cette dissection par déchirement, opérée dans l'eau d'un veiTc de montre, exige le sacrifice d'un tort grand nondjre de sujets, .\ussi a-t-il fallu, [lour arriver A un résultat positif, s'armer de cette tenace patience indispensable à tout microtomisie passionné pour i'econiposer, rajuster tous les huubeaux organiques, afin de recousliluer l'c-lal normal. L'nulomiic de 1858, remarquable jiar sa longue séche- resse, fut lieureuseuipul favorable aiix cbasses de cet insecle, et j'ai pu disséquer plus de quarante Leptoptis pour ranaloniie que je présente aujourd'hui. Articlf.s I"^'' el If. — Appareils seiisitif et respiratoire. iJans mes diverses publications entomniomiques, j'ai exposé dans deux articles séparés chacun de ces appareils; mais vu l'exi- ginlé des sujets du Leptopiis, je me vois forcé d'avOuer mou iu- siiflLsance [poiu' traiter à fond celle double anatomic, cl je me bor- nerai à un bref aperçu collectif. Tout en constatant l'exisieuce des branches et des rameaux nerveux se distribuant dans les organes el les tissus, j'ai vaine- luenl cherelié les ganglions. Or, comuM! ce sysièmc est peu va- riable- dans les familles d'une luèuie division naturelle, je me crois autorisé, malgré ma sobriété sur ce point, à iuvoipier les lois de l'analogie, .\insi que dans les familles eonsliluées aux dé|iens de l'aneicii genre ^'imeaj de Linné, l'appareil sensilif des />e/)fe/)MA- doit consister en un cerueau bilobé et en deux ganglions thora- cifjues, rpii émettent les iimombraijles neil's qui vont porlei' par- tout la mobilili' el la vie. (Voyez men À natomie des Hémiptères.) o5'2 LEOK DUFOUR. Par les uiêines misons alléguées plus liaul, je iiai |iu ((nislalor positiveuienl que les stigmates abdominaux du Leptopiis, ri en- core avec d'exli'èmes diflicullés. Les stigmates thoraci(]ues ont complètement éludé mes recherches. Les orifices respiratoires de l'abdouicu, au lieu d'être places, enchalonnés sur l'aire des segmeiils de la région ventrale, ainsi (|u'on le voit ilans les Pentalomes et beaucoup d'autres Cimea?, ont leur siège sur cette lisière fibro-menibraneuse blanchàire, qui sé- pare latéralement les segments dorsaux d'avec les ventraux. Ou ' aperçoit sur celte lisière un ruban longitudinal médian, noiràiro, qui, par une élude plus scrupuleuse, se divise en taches quadri- latères, d'une texture subcoriacée, au nombie de cinq ou six puni' chaque ruban. Au ccnire de ces taches, une puissante loupe, ou une lentille microscopique convenablement dirigée, constatent un sligmale orbicnlaire, dont le pourtour est en léger bourrelet avec un osléole central. Il se rapporte aux sligmata simpUcissima ik' !>prengel. Quoique, d'après le nombre de ces laciies, on ne diil comiiter que eini[ stigmales pour chaque côté, il est présuniabic (lu'il y en existe six, connue dans la plupart des Cimex. Le pi'c- mier, ou le stigmate Iwsilairc, est sans doute caché j)ar l'avance du métalhorax. Ouaut aux trachées, elles appartiennent toutes à l'ordre des tvhidaires ou élastiques, et sont d'iuic linesse insaisissable. Je n'ai pas rencontré la plus pelitc trachée vésiculaire ou membraneuse. Article III". — Appareil digestif. Dans l'intérêt des induclions physiologiques, il est bon de laji- pcler que les Leplopus sont des liémiplères chasseurs et iusccli- vores. J'ai pris le lanosus snr le fait, dévorant une petite Tipulaire vivaule, retenue entre les piquanis de ses cuisses anléiicures et ceux des tibias correspondanis. Nousavons à examiner dans l'appareil digcsiitdu Leplopus: \và (jlandes salivaircs, le canal digestif ci\cii vaisseaux hépatiques. A.NAIOMIE DES IIEJIII'XÈUKS I)L" UENllli LEITOl'lb. 353 § I. — Glandes salivaires. Au lieu de ces élégantes glandes frangées fjuej'ai jadis décrites et figurées dans mon Anatomiedes Ilémiplères, à l'occasion des Cimicides des genres Pentatoina, Corcus, Lygœus, elc, on ne trouve dans les Leplopus qu'un seul boyau simple, d'une ténuité plus (pie capillaire, traversant à peine le thorax, ayant par con- séqueul moins de o millimètres de long, tantôt replié sur lui- niémc, laulôt étendu ou simplement flexueux. Son exiguïté, sa iléiicatesse, sa pellucidilé, rendent cette dis- section d'une dil'ficullé extrême. Ce n'est que par des évulsions multipliées cl lieurcuses de la tête que je suis parvenu à dûment constater cette microscopique glande. Celle-ci, un peu avant de [lénélrer dans la tête, s'atténue en un col imperceptil)lc, qui |içul, qui doit être considéré comme le conduit excréteur de la glande, tandis i)uc le reste du boyau est le véritable organe sécréteur et conservateur {\(i\i{ salive. Mais pourquoi ce mirmidon d'Hémiptère, qui ne vit, ainsi que ses congénères, que d'un aliment liquide en quelque sorte distillé, a-t-il besoin de glandes salivaires pour le premier acte de la di- L'cstion, tandis (pie les CoK-optères essentiellement carnassiers. Carabes et Dtjliques, géants par comparaison, qui broient, qui mangent la chair, sont (l('|iourvus de ces glandes? Que de pro- blèmes physiologiipies nous restent à résoudre! Que de mystères encore ! La glande salivaire du Salda, aussi simple, mais moins déliée (pie celle du Leptoims, uonsisli' en un boyau nblong, biusitbrmc, ipii, en avant, dégénèie en un col ou conduit excréteur plus lin (pi'uii elieveu. .Mais celle du /'e/o(/onM5 a une complication (jui la rend plus parfaite, et (pii le place, dans r(Tlicllc des ll(''ini|ilères, plus liant ipic les deux frenres pn-cédenls pour le lapproi'lier des (ierris et d'autres .Vmpliibi(;oriscs. On y distingue iielt(!ineul un organe sécréteur formé par quelques utricules arroinlies, un con- duit e.rcréteur distinct et uii réservoir mw\\ d'un cdl lies lin. i SLTie ZouL. T .V. ((:aliiern''6.) •'' 23 obk LÉON nUFOUR. Il a près de deux l'ois la longueur du corps de l'insecie, cl cette longueur est |irincipalenieiit due au ventricule clniiliquc. V œsophage, de la llnesse d'un brin de soie, se porte directe- ment de la tête à la base de l'abdomen, où il s'abouche au ventri- cule cbylifique. Dans ce trajet, tantôt il conserve un calibre capil- laire uniforme, tantôt il se dilate en arrière en un renflement ovoïde, que je n'hésite point à appeler un jabot. Cette dissemblance de configurations, que j'ai souvent constatée dans les deux espèces de Leptopus, n'est pas purement accidentelle; elle tient à des conditions digeslives peu faciles à bien apprécier et à préciser. En consultant les procès-verbaux de mes autopsies, je trouve que, dans le Boopis qui, sans doute peu avant le sacrilice, avait sucé sa proie, on voyait à travers la pcUucidité des parois du jabot un liquide alimentaire de teinte roussâtre. Un semblable liquide s'apercevait aussi dans l'intérieur du ventricule cbylifique. Il existait positivement entre celui-ci et le jabot un espace linéaire blanchâtre, transversal quand on ne l'examinait que par la face supérieure de l'organe, mais annulaire quand on en [loursuivait la continuité en dessous. A mes yeux pratiques de la mierotomie, ce trait annulaire est l'indice d'iuic valvule pylorique. Dans la forme toute capillaire de l'œsophage, je ne doute point que cette valvule n'existe aussi ; mais dans l'état de vacuité ou de repos fonctionnel, l'ensemble du tube irsophagien et du jabot étant uni- formément contracté, ce dernier estomac est insensible. Le ventricule clujliliqueii&l très long, comme je l'ai déjà insinué, et fort gros, vu la taille de l'insecte. Il est diversement boursouflé et flexucux. Lors(|u'au temps de la canicule, l'animal est dans le feu delà chasse et des amours, il n'est pas rare que le ventricule chvlifique débute par une dilatation sphéroïdale considérable suivie de plusieurs boursouflures, ainsi ipic les reiiréscnte une de mes fi"ures. Au contraire, dans l'arrièrc-saison, (juand il y a absence de "ibier et repos obligé, l'animal vit aux dépens de sa propre graisse (dont je parlerai plus bas) ; les parois du ventricule pren- nent plus d'épaisseur en même temps que sa cavité semble presque AN.nOMlE DES HÉMIPTÈRES DL' GEMIE LEPTOPLS. 355 oblitérée; alors l'organe esl cyliiidrokle cl d'un blanc mal. Dans tous les cas, le ventricule cliylifiquc se termine en arrière par un léger bourrelet, siège des vaisseaux liépaliques. L'intestin est d'une extrême brièveté, relégué au boul de l'abdo- men, d'où il est fort difficile de l'exhumer dans son intégrité. Quelques dissections lieui'cuses m'ont permis de mellrc en évi- dence une légère dilatation latérale du cœcum ou rectum rempli d'une pulpe excrémentilielle liomogènc, jaunâtre. Le canal digestif du 5oWa et du Pelogonus a la même longueur respective que celui du Leptopiis. Le ventricule cliylifiquc res- .semble aussi à celui de ce dernier, tant par sa longueur (jue par la variabilité de ses dilatations, et cette conformité dans des Hémi- ptères qui ont le même genre de vie csl consolante pour la science. .^^^is il y a dans le SalJa et le Pelogonus un ciecum latéral à cul- de-sac bien prononcé, qui reçoit sur un côté l'intestin, tandis qu'il n'existe dans le Leplopus qu'un vestige, un simulacre d'un sem- blable caecum. (J'esl là un exenqjle de ces organisations graduelles que j'ai si souvent signalées dans le coursde mes reelicrcbesd'anato- mie entomologiquc, et que je ne me lasse point de mettre en relief § 3. — Vaisseaux liépaliques. Dans notre chétif Leplopus, comme dans les plus grands in- sectes, ces vaisseaux sécrètent la bile pour la transmetirc à l'or- gane oià se forme le cbyle. Ils représenl(!nl donc sous une forme loul exceptionnelle le foie des animaux supérieurs. Aiusi que ceux des Hydrocoriscs, des Ampbibicorises et de beaucoup de Cimiciiles, ils s'implantent un peu (;u avant du bout postérieur du ventricule cbyliliiiue par (piatrc inscilions dislinclts, qui corres- pondent à deux anses conliuiies plus ou moins ilexueuses. Ils sont courts, mais assez, gros, vu la peliles.se de l'inseele. Malgré le nombre considi'rable de mes autopsies, je les ai loirjours vus dia- piianes et peu ou iminl variqueux. La plus lorle lentille de mon microscope di''eèle dans leur inté'ri(;ur un poiiiliiié binnebâire, évi- demment l'ormi' par une coagulation de la bile. (]elle-ci serait donc à |)eu près incolore, tandis que, dans la [)luparl des insectes, elle csl ou jaune, on vi'rdàlrc, ou brune. o56 LÉON IIUFOUR. APPENDICE A l'appareil DIGESTIF. Tissu adipeux splanchnique. Dans mes études cn(omo(omi(iLies, j'ai toujours considéré les sachets adipeux des grandes cavités du corps comme remplissant un rôle important dans la nutrition. Cette réserve graisseuse est remarquable par son abondance dans les deux espèces disséquées de nos si légers Leptopus, surtout dans l'arrière-saison où l'ani- mal, faute de gibier, se prépare à riiibernation. Elle occupe prin- cipalement les flancs de la cavité abdominale, ou cette lisière fibro-membrancusc qui sépare et unit les segments dorsaux et ventraux de celte partie du corps. Elle est constituée par une traî- née de sachets d'une l'orme irrégulière, confluents ou anastomo- sés, ou superposés entre eux. et renfermant une graisse d'un jaune bien prononcé. Cette abondance de graisse dans ce petit et frêle insecte a sa rai- son physiologique d'être, ainsi que je l'ai souvent avancé dans mes écrits. Elle est, sans nul doute, destinée à la subsistance de l'ani- mal, par intussusception, dans les temps de disette. La nature fait éclater par tout sa vigilance, ses sollicitudes, l'immensité de ses ressources pour la conservation des types. J'exposerai bientôt, à l'article des organes génitaux, les raisons qui me portent à croire (pie les Leptopus, du moins ceux de l'arrière-saison, doivent sur- vivre aux frimas de l'hiver, en .se nourrissant de leur jiropre sub- stance, à la faveur des réserves adi^)euses qui s'absorbent durant celte hibernation. Akticle IV». — Appareil génital. Après avoir exposé les organes qui maintiennent la vie de l'in- dividu, je vais faire connaître ceux qui sont propres à res[)ècc, ceux qui concernent le grand mystcrede la génération. Il était réservé à mon vieux scalpel de me révéler dans l'anato- inie de ce pygmée un fait curieux, un fait nouveau, d'un saisissant intérêt. J'avais signalé, il y u plus de trente ans, dans l'iuiatomic des Coléoptères, notamment des Carabes, une partie de ce fait. ANATOMIE DES HÉMIPTÈRES DU GENRE LEPTOPl'S. 357 qu'aujourd'luii j'ai constaté d'une manière plus complèle, plus aiiliienlirjiie, par l'étude de la spianeliiiologic. Avant d'exposer ce fait, il est essentiel de iirévenir le lecteiu' qu'il ne s'observe que dans l'arrière-saison, c'est-à-dire dans la dernière (jiiinzainc d'octobre et dans la première de novembre, sur des Z.ey;/o7Ji appartenant sans doute à la seconde couvée ou ponte. Il importe que cette condition soit bien connue, car elle a sa signi- fication. A la mi- automne, les Le;)to;)W5 soumis à mes dissections pn'- sentaient à l'extérieur les signes de la métamorpbose accomplie, de cet état qu'on appelle parfait. Ils jouissaient d'une locomobililé des plus actives tant sur la terre que dans les airs. Et cependant les autopsies les plus multipliées, les plus attentives, me démon- traient positivement qu'ils n'avaient point subi l'évolution de la puberté; que les organes génitaux dans les deux sexes étaient dans un état en quelque sorte embryonnaire, dans une inaction lonc- tionnelle complète. Ces insectes avaient toute la vivacité, toute la mobilité de Venfance; mais l'appareil de la reproduction n'était ni éveillé, ni dévclojtpé ; l'acte copulatif ne saurait avoir lieu. Je prouverai bientôt celte imperfection pbysiologique en parlant de l'état de ces organes. Cet âge de l'enfance du Leptopus est destiné à se prolonger une demi-année, et, comme il coïncide avec l'approvisionnement adi- peux dans les cavités splancbniques, il devient évident, ainsi (jue je l'ai insinué à l'article du tissu adipevx, que ce petit in.sccte passe l'biver dans la léMliargie de la Marmotte, en maintenant son existence aux dépens de sa réserve de grai.sse. Cetbivcrnagc, ce long sommeil dcsorgimcs, d(''jà pressenti par l'étal de l'appareil génital et par rahnndaiicc des réserves adi- peu.se.s, se convertit plus taiil en un l'ait positif, ,1e constatai celui-ci avec une satisfaction, un bonheur (pi'a|ipr('cieront seuls les ento- motoniistes enil)ra.>(,'S du feu sacré. Kn effet, mes autopsies ayant ' été faites en aulonnie 1858, ce fut au commencement de jan- vier 1859, |)ar une température à la glace et à la fin de février suivant, que je rencontrai, abrités sous des débris calcaires, une vingtaine de lloopis. les uns tapis, engourdis, dans les fossettes de 358 LÉON llt'FOUR. lii pierre; les autres se prennnl à roiirir, dès qu'ils élaienl flénii'li('s el rL'cluiMiïés par les rayons du soleil. IMais au réveil de la nature, au retour de la température élevée, tout l'organisme se réveille, toutes les l'onclions sont provorpiées à urîexereiee actif"; de nouveaux l'iénients nutritifs pénètrent, ani- ment tous les tissus; les orijanes reprodueteurs se déroulent, se développent jusfpi'au degré de la turgescence ; la vie s'exalte, et le voHi de la nature s'accom|ilil. C'est toujours avec un nouveau sentiment d'admiration fpie je suis appelé à constater dans ces êtres si inaperçus, à l'étude des- quels j'ai voué les loisirs de ma longue vie, cette égalité législa- tive qu'ils partagent avec les plus grands animaux. Rentrons dans l'étude anatomique de l'appareil génital. § I. — Appareil génital mule. Dans mon Analomie des Hémiptères, j"ai fait connaître dans plusieurs genres cet appareil fort i'omi)liqué et parfois d'une re- marquable élégance. Il offrait les mêmes parties, les mêmes déno- minations que dans les animaux vertèbres. Il eu est bien autre- ment dans les Leplopus. où c(? même appareil est d'une grande simplicité, et je me vois obligé de me borner à l'exposition des testicules et de quelques aimexes d'une uomenelalure incertaine. Je n"ai aperçu ni vésicules semj'na/esdisliucles, ni canal éjacula- teitr, ni armure coputatrice, ni verge. Testicules. Ces glandes spermagènes sont binaires dans les Leplopus comme dans la géuéralit(' des insectes ; elles peuvent occuper dans la ca- vité abdominale nue région diflércnle, suivant l'époque oii cm les étudie el suivant cerlaiues conditions pliysiologi(pies. .Ainsi dans l'été, saison présumée des amours de ces Hi'miplères, à en juger par la turgescence séminale, les testicules sont avancés jusqu'à la base de l'abdomen, rapproebés l'un de l'autre, entièrement à nu, c'esl-à-dire dépourvus de toute enveloppe. A la mi-novembre, ces mêmes organes sont, au contraire, tout A?iATOMlK DES lIÉMIPTÈnES DV GENRE LEPTOPIS. 359 ;'i l'iiil rolt'oiips nii hniil (lo rnlulomcn, rapelissrs, iiiprtps on qnel- (|uc soric, et iihsnliiment im|ii'(i|ires à hi lonclion fiéiiéralricc. Mais un lait iMuiriix qiip j'ai l)ien des fois constaté, n'est que, dans celte arrière-saison, eliaiiiie tesli(,'ule se trouve enveloppé dune très liiie tunique adipo-nienibraneusc où rampent de nom- breuses trachéoles. La peilncidité de celle tunique permet à une loupe exercée d'entrevoir les capsules spermifiqnes incluses. C'est là une sorte de icro^uTO, mais un scrotum uniteslictilaire. Dans mes reclierclies analomiques de divers ordres d'insecles, j'ai décrit et figuré, particulièrement dans les Hyménoptères, des scrotums renfermant les deux testicules ensemble; mais j'ai aussi fait connaiire dans ce dernier ordre, et dans les Orllioplères, les Coléoptères, etc., des bourses unitesliculaires. De celle douille piiase de silualion et de lexlure des teslicules du Leptopus, je conclus ipi'an temps des amours, ces organes, par leur développement, leiu' tm'gescence, déterminent l'expansion excessive, le d(''cliiremenl, la desiruclion de la tunique scrolale, de manière ()ue les hunbeaux de celle-ci deviennent insaisissables aux yeux le plus pui.ssanmient servis par les lentilles optiques; c'est alors que les testicules sont à nu, ainsi que je l'ai dit. Chaque leslicule, dans l'une comme dans l'autre des pbasesdont je viens de [)aiier, est essenliellcmenl formé par Irois capsules sperini/iques [ri'n simples, oblongues, cylindro'ides, obtuses à leur boni liiirc. placéi's à ccpIi'! l'une de l'autre sin' un même plan. A ré|io(pie de la turgescence S(''minale, ces ca|isuies biissenl aper- cevoir les llocons coagub's du sperme dans joui leiu' inh'iiein'. Dans la condiiion coniraire, c'est-à-dire vers la lin de i'anlomne, elles n'offrent qu'à leur base une matière d'un blanc mal, tandis .. que le reste di^ la capsule est tout à l'ait incolore ou dia|ibane. Les Irois capsules spermiliipies conilueni à leur base en un sinus connnun qui mérite le !iom dccn/tce. Dans (pielipu's aulopsies du floopis, j'ai trouvé une disposition parliculièie, je dirais pi'csque accidentelle, de ces capsules sur le calice. Celui-ci, di'ji'lé pai' je ne sais quelle cause, foruii' un coude IransviMSid l'Iroil, au l)or(l anU'ricur duipiel elles s'in.sèrenl. ."Mais, je le répèle, celle dispo- silidii ne s'obseï \e que de liiin en loin. 3ti0 I.1ËOIV DliFOL'R. Le conduit déférent du Icsiiciile, \\h\> lin (in'un biin i)e soie, luiit (lu inilii'ii (lu ciilice, el il ii trois fois environ la longueur des capsules. Il a un luisant nacré et une consistance comme élastique ; c'est là une contexlurcquc je ne me rappclio pas avoir rencontrée dans aucun conduit déférent des nomjjrcux insectes soumis à mon scalpel. Ce conduit offre à soir origine, dans les deux espèces de Leplo- piis, un renllen)entulriculaire spliénndal ipie, sans violer la loi de l'analogie, on peut considérer comme un épididyme. En arrière, ce même conduit présente nnesomiiialtle ulricule rpii, à mes yeux, remplace les vésicules séminales. C'est certainement là un réser- voir où l'Ijumeur prolifniue séjourne, soit pour s'y élaborer, soit pour y attendre son émission par le canal éjaculateur. § 2. — Appareil génital femelle. Dans le paragraplie prétîédent des organes générateurs mâles, je n'ai mentionné (jne les testicules. Dans celui-ci, je me bornerai à la seule exposition des ovaires avec leurs annexes. Ovaires. L'étude des ovaires du Lcjdopiis va nous offrir une saisissante analogie avec ce que j'ai dit sur les testicules de cet insecte. Elle établit une conformité réciproque de virginité et d'hivernation des individus des deux sexes dans l'arrière-saison. Ainsi les ovaires présentent diverses morpboses ou des degrés dilïérents de dévelop|)ement, soit sous la dépendance de certaines conditions [iliysiologiques, soit sous rinllnence des saisons. En septembre, je disséquais des femelles dans un état de gesta- tion avancée; les deux ovaires envabissaicnt toute la cavité abdo- minale. Les gaines ovigères, au nondjrc de cinq seulement, étaient allongées, et au moins triloculaires, avec des œufs oblongs, blan- châtres, qui n'étaient point encore à terme. A la fin d'octobre et en novembre, je ne trouvais plus (juedes femelles infécondées ou vierges, dont les ovaires, d'une petitesse extrême, étaient confinés sous les derniers segments abdominaux. ANATOMIE r.F.S HÉMIPTÈRES «U GENRE LEPTOPIS. 361 . Mais ce qui m'en imposa tout d'abord sur le sexe, lorsque je n'avais pas encore établi les caractères extérieurs qui distinguent les mâles des femelles, ce fut de rencontrer là deux bourses adipo- membraneuses et ovoïdes, en tout semblables aux scrotums des testicules dans cette même saison. Ces bourses, dont la finesse cède au moindre contact de la pointe de l'épingle, sont aussi en- tourées d'un treillis de tracbéoles se ralliant à une branche qui forme à leur pointe comme une espèce de ligament suspenseur. jMais toute illusion cesse lorsqu'on décliirant cette enveloppe aranéeuse, on y trouve incluses les cinq gaines ovigères qui con- stituent essentiellement l'ovaire. Ces gaines, bien jilus faciles à compter cl à mettre en évidence que dans ime gestation avancée, .sont diaphanes et sans aucune trace de locules, ce qui confirme la virginité. Elles sont simplement oblongues, très obtuses à leur bout libre, où la plus forte lentille microscopi(]ue ne constate pas de ligament. Le bout ojiposé, par lequel les cinq gaines confluent pour la l'orinalion du calice, présente un léger étranglement laté- ral, indice d'une sorte d'arlicle. Celui-ci a une texture plus serrée, plus compacte et d'un blanc mat, qui tranche avec la pellucidité du reste de la gaine. Dans cette double phase organique des testicules et des ovaires, dont le mécanisme s'expli(|ue de la même manière, on voit com- bien sont décevantes les formes et la structm-e apparente de ces mêmes organes, suivant qu'ils sont dans un repos obligatoire, ou dafis un exercice actif provoqué par les exigences de la fonction g(''nératricc. Ces |ihi''nomèn(!s physiologiques sont, du reste, com- UHJUs -M ircle Leptopus et aux plus grands animaux. Le calice de l'ovaire di; noire Ib-miiitère est formé, je le répète, par la conilucnce des cinq gaines ovigères. Quand il est a|ile à re- cevoir les œufs à terme, il est eupuliforme et expansible. Suivant moi, il re|jr('sente fon(;tionnellement ïulérus des animaux supé- rieurs; il admet et conserve ju.squ'à leur maturité les produits de la fécondation. Ce calice est suivi d'un col court et étroit, ipii tout aussitôt .se dilate en un renflement utriculaire s[ihéroïdal, ((ui re.-^semble à celui de. l'origine du conduit d('lcrent du testicule. Les deux utricules ovariennes s'atténuent en arrière |ioin" con- 362 LÉON nUFOUR. lluer ;'i un ovid\ictei\\\\, ilès son origine, présonto une prandc vp- siciile ovo'klo ou gloluilcuse. Celle-ci s'ciréeil en arrière en un conduit lubuleux qui, avant de se terminer à Voviscapte, reçoit sur un côté, le gaudie, la poche copulatrice . Cette dernière, i|ue j'ai vue plusieurs lois bien d(;veioppée dans le lanosus à l'époipie du rut, est assez grande, vu la petitesse de l'insecte, oblongue, irrégnlièremont boursouflée, et terminée par un petit rapîlus d'aide; le pe'rone est un os enlièicmcnt lihrc, que rien ne coniraini, que rien ne gêne. Cependant il se reproduit, cl, ce ()ui est, à ce moment, tout ce que je cherclie, il l'cprodnit sa forme; il fait liicn plus, il fait ce à (I ; Sur (les cubilim de chien. [ïj Lupins ol chiens. Je ne représente ici que la série de mes expériences sur les rliiens. Celle sur les lapins n cal pas moins complète. i' série. Zool T. X. ^Cahier n" C.) * Si 870 rLOtIBENB. quoi je n'aurais jamais osé m'attendre, il reproduit jusqu'à son épiphyse. C'est donc en lui, en lui-même, en \m péroné, ou plutôt c'est dans l'organe qui produit le péroné, c'est dans le périosle que se trouve et réside h force de reproduction. C'est celte force individuelle et propre, cette force qui reproduit h forme, que j'appelle force morpho-plastique (1). §11 De la mutation continuelle de la matière et delà force métaplastique J'ai fait voir, par les expériences précédentes, qu'il y a, dans les corps vivants, une force qui régit la forme, et que j'appelle force morphoplastique. Je nie propose de faire voir, par celles qui suivent, qu'il y a, dans ces mêmes corps vivants, une force qui régit la matière, et que j'appelle force métaplastique. Dans mon livre intitulé Théorie expérimentale de la formation des os (2), je m'exprime ainsi : '< J'ai onlonré d'un anneau de fil de platine divers os longs sur différents animaux, sur des chiens, sur des lapins, sur des cochons d'Inde, etc. Au hout de quelque temps, l'anneau de fil de platine, qui d'abord entourait l'os, s'est trouvé entouré par l'os, et contenu dans le canal médullaire...... Ainsi l'anneau qui était d'abord sur l'os, est maintenant dans l'os; l'os recouvre l'anneau qui recouvrait l'os ; en un seid mot, l'anneau était extérieur, et il est intérieur. Comment ce changement s'est-il fait ? Comment a-t-il pu se faire? (1) « Il y a donc des forces qui reproduisent les parties retranchées , et qui • les reproduisent avec leurs formes. Les forces reproductrices sont donc non- » seulement des forces iilastiques, comme les appelaient les anciens ; ce sont des . forces morpli'>-i>la$liriun. >■ (Voy. mon livre intitulé: Dr In rie et de l'intelli- gence, p. 22.) (2) Paris, 1847, p. 4 2, NOTE SUR LA FOKMAïlOJ( DliS OS. 371 1! n'a pu se l'aire que parce (jue, tandis que, d'un eôtc, l'os acquérait les couches externes qui ont recouvert l'anneau, il per- dait, de l'autre, ses couches internes qui étaient résorbées (1).-.. Pour varier le mode de mes expériences, au lieu d'un anneau, j'ai employé une très mince lame de plaliuc placi'c sous le pé- rioste ; et, au bout de quelque lemps, la petite lame de platine, qui d'abord était sur l'os, s'esl Irouvée dans l'intérieur de l'os (5) Ceipii arrive à l'anneau arrive donc aussi à la lame. La lame est, comme l'anneau, successivement recouverte par le périoste, [lar des coudies d'os, par des couches d'os de plus en plus nombreuses; ou la trouve enfin dansle canal médullaire. L'os, qui primitivement était sous la lame, est maintenant sur la lame. Que s'est-il donc passé? C'est qu'un os ancien a disparu, et qu'il s'est formé un os nouveau. L'os qui existe aujourd'iuii n'est pas celui qui existait quand on a mis la lame ; il s'est formé depiiis, et l'os qui existait alors n'est plus, il a été résorié (3) L'os change donc continuellement de matière pendant qu'il s'accroit; et celle rénovation continue est, de plus, très rapide. Il faut quelques semaines à peine pour la rénovation entière du cor[)s de l'os. L'expérience, en ce genre, la plus longue a duré trente-six jours (ly » Voilà ce que je disais en 1847. Depuis cette année 1847, j'ai beaucoup multiplié mes expé- riences ; et, en les mettant toutes ensemble, je trouve que la durée de trente-six jours n'est pas la durée extrême, comme je le disais alors, mais seulement la durée moyenne. La plus comie de mes ex[K;rienccs a duré trente jours et la plus longue quarante-trois. C'est donc à peu près trente-six joui's pour moije)mc. Au reste, je sens |ilus que personne combien il me reste encore d'expériences à faire pour arriver, sur ce point, à un r(;sultat tout à fait précis ; et la preuve que je le sens, c'est que je les fais. fi) Théorie expérimeulale (le la formation des oa. Paris, 1847, p. 22 (2) Ibid.. p. 23. 3J Ibid., p. 25. (4) Ibid., p. 31. 372 FLOUBEIVS. Néanmoins il est facile de voir que la rénovation de la matière se fait plusieurs fois durant raccroissement d'un animal, et, à plus forte raison, durantsa vie entière. Le chien est deux ans àeroître; il en vit jusqu'à dix ou douze de vie normale, et jusqu'à vingt- deux, jusqu'à vingt-trois de vie extrême (1). J'ajoute (|ue mes expériences ont cté faites sur de jeimcs chiens, d'un mois à six semaines. J'ajoute encore ipie, d'a|)rès mes expé- riences, le mouvement de rénovation se ralentit de plus en fiius : de mois en mois, à mesure que k jeune animal approciie du terme de son accroissement; et d'année en année, à mesure que Y ani- mal adulte approche du terme de sa vie. En m'en tenant donc ici au temps de V accroissement, le seul pour lequel mes expériences soient assez nombreuses, je crois ne pas m'éloigner beaucoup de la vérité en disant que la rénovation de la matière se fait de cinq à six fois au moins pendant la durée de l'accroissement. Quoi qu'il en soit, au reste, de sa durée précise, elle se fait; elle se fait plusieurs lois, et cela sufllt pour [irouver ce que je veux actuellement [)rouver, savoir, que, dans les corps vivants, il y a une force qui régit la matière, tout conuric il y en a une qui régit la forme. J'ai a[)pelé la force qui régit la l'orme force morpho-plastique ; j'appelle celle qui régit la matière, ou plutôt le changement conti- nuel de la matière, force mélaplastique 1 2). (1) Voy. mon livre inUlulé : De la tongévilc Inimaitie et de la quantilé de vie sur le globe. (2) " Les follicules du lliymiis périssent et lenaissent continuellement. » C'est ici encore que so iiionlre ce renouvellement constant, ce luurbiUon vital, . si Liicn défini par M. Flourcns dans ses Itccherches sur la iwtrilioii des os. " (Friedleben, Phjsiologie du thymus : Comptes rendus, séance du 1 8 avril der- nier, p. 800.) DE LA PRODUCTION ARTIFICIELLE DES OS *n MOYEU DU DÉPLACliMENT ET DE LA TRANSPLANTATION DU PÉRIOSTK, Par in. L. OLMER. Les reflierclies de Diiliainel (1 ), celles plus récentes de Heine et de M. Fioiirens, ont démontré l'importance du périoste pour l;i réparation et la reproduction des os. Nos propres expériences nous ont couduit à des résultats analogues, et nous avons voulu pousser plus loin la démonstration de cette vérité. Nous avons disséqué des lambeaux de périoste, nous les avons transplantes au milieu des tissus normalement éli'angers à l'ossi- licalion, et partout où nous avons pu les greffer, nous avons vu se produire et se développer des os nouveaux. Nous avons fait trois séries d'expériences. Dans la première série nous avons disséipié sur le tibia de lon- gues bandelettes de périoste que nous laissions adbérentes à l'os par un pédoncule plus ou moins large. Nous les avons enroulées d(! difl'éientes manières autour des muscles de la jambe, et nous avons obtenu des os circulaires, en huit de chiffre, en spirale, etc. Dans une deuxième série, nous avons e.vcisé le pédicule du lam- beau trois et quatre jours après l'opération, et, malgré cette in- lerruption dans sa source priiuilive de vascularisalion, le périoste lrar)S|il:iuti' a continué de produire de l'os. Dans iiue troisième série, nous avons détaché couiph'-lemcut le périoste de l'os au moment de rop(';ralion, et nous l'aNiius transplanté immédiatement dans des régions voisines ou ('Ini- giiées, sous la peau de l'aiue, du dos, etc., et dans l'cs cas-là encore nous avons obtenu des sécrétions ossiliahles et du véritable tissu OS.SCUX.. (4) Nolo prwenléeil l'Aradémie des science? le 6 décomliro 18ii8. 37/i • L. OLLIBB. Ces PX|iériences ont étt' faites sur des lapins de divers âges. L'âge avanet' diminue, mais ne supprime pas enm|ilétement celle propriété du périoste. Le lissu osseux ainsi oblenu constitue de véritables os. La structure est la même. L'élément fondamental consiste en corpuscules osseux tout à fait semblables à ceux de l'os normal. A la péripbérie, il y a une couclie de substance compacte par- courue par des canau.x de Havers. \ l'intérieur, se forme au bout d'un certain temps une cavité médullaire contenant une substance rougeâtre caractérisée par les éléments anatomiques que le microscope révèle dans la moelle normale. Un ou plusieurs trous nourriciers y donnent accès aux vais- seau.x. Ce nouvel os lire son origine du blastème sous-périostal qui existe normalement sous le périoste, et qui est entraîné en partie par cette membrane lorsqu'on la détaclie de l'os. Nos expériences démontrent qu'on pourra obtenir de l'os par- tout où l'on parviendra à greffer le luîrioste. Elles prouvent qu'une membrane peut conserver ses propriétés essentielles malgré son déplacement et sa transplantation au milieu de tissus étrangers. Comme conséquence pratique, elles étendent le champ d'appli- cation de l'anaplastie. § n (1). Nouvelles rechercties expérimentales sur la production artificielle des os et sur les greffes osseuses. Dans la communication précédente, nous avons t;\it connaître les pro|)riétés du périoste transplanté au milieu des tissus étran- gers à l'ossillcalion normale. Nous avons alors démontré qu'il conservait le pouvoir de produire de l'os partout où il était sus- ceptible (l'être greflV'. Nous avons à ajouter aujourd'luii les ré- (I] Note présentée à l'Acatlémie des sciences, le 28 mars 1859. DE LA PRODUCTION ARTIFICIELLE BiES OS. i^'.") sultats de nos expérienres qui étaient à celte époque en cours il'exéciilion. Nous avons vérifié sur plusieurs espèces animales, ciiien, cabiai, poulet, pigeon, le fait fondamental que nous avons d'abord dé- couvert sur le lapin. Sur ces différentes espèces nous avons ob- tenu des os nouveaux dans les diverses régions où nous avons greffe du périoste. Dans la crête des coqs, sous la peau du crâne, de l'aine des lapins, nous avons obtenu des os de 15, 20 et 30 milli mètres en transplantant des lambeaux de périoste pris sur le tibia. Mais ce résultat ne s'obtient pas seulement en transplantant sous la peau d'un animal des lambeaux de son propre périoste. Nous l'avons également obtenu en grelfant sur un animal des bandelettes de périoste empruntées à un animal de la même es- pèce. Dans ces dernières expériences, la sinjililude du milieu fait parfaitement comprendre le succès de nos opérations, les lambeaux de |iérioste se retrouvant sur un terrain organique exactement semblable. ;\Fais nous devions ensuite recbercher si le périoiîte ne conserverait pas ses propriétés ostéogéniqucs sur un terrain dif- férent, au milieu des tissus d'un animal d'une autre espèce; or ici encore nous avons vu se continuer son action caracléristique. Nous avons ainsi obtenu un noyau parfaitement ossifié au moyen d'un fragment de périoste de chien greffé .sous la peau du dos d'un lapin. Ce résultat est beaucoup plus difficile à obtenir que les précé- dents, et celte difficulté paraît même se changer en impossibilité lors(|uc l'animal qui fournit le périoste et celui qui le reçoit ap- parlienneiit à des espèces éloignées l'une de l'aulre. I.e périoste s'enkyste et .se gangrène souvent; il est eiilièreinenl résorbé dans ceiiains cas; mais, malgré la difliculté du succès de l'expérience, nous ne pouvons pins aujourd'hui douter de la réalité du résultat qiK' nous annoneons. De sorte que le fait de la continuation des prodiK'tions ossifiables à la face profonde du périost(^ transplanté es! susiieptible des démonstrations les plus rigoui'cuses et les plus varii'-es (|iie puisse recevoir un l'ail physiologique. Pour compléter cette série de reelierches expérimentales et pour étudier toutes les l'onililions de l'osliioplaslie, nous avons prali- i|iié des greffes osseuses, et nous avons échangé des os entre des ft7G L. OLLIRR. DE l.\ PRODUCTION ARTIFICIELLK DES OS. animaux de même espèce ou d'espèces différentes. Nos greffes ont parfaitement réussi dans eerlaines conditions. Après avoir transplanté des os d'un lapin sur un autre elles avoir logés sons la peau, ou bien à la place de l'os analogue préalablement enlevé, nous les avons vus contracter des adhérences sur ce terrain nou- veau et continuer d'y vivre. Leur vascularisation s'est rétablie, et ils ont continué de s'accroître. Cet accroissement s'est opéré sur- tout en épaisseur et par le même mécanisme qu'à l'état normal, c'est-à-dire par l'ossification successive des diverses couches de blastème sous-périostal. Ce mode d'accroissement est très évident sur certaines espèces que nous possédons. L'os est entouré d'une couche de nouvelle fornialion qui correspond au périoste, cl (pii manque partout où cette membrane avait éprouvé une perle de substance au moment de l'opération. Cette couche, produite depuis la transplantation, se dislingiie neltemenf du tissu osseux ancien qu'elle recouvre par le relief qu'elle forme et par sa couleur, (|ui est généralement plus blanche. Si c'est par leur périoste que ces os continuent de s'accroître, c'est aussi au moyeu de cette membrane qu'ils ont pu reprendre vie au milieu des tissus où on les a logés. Quand ils ont été dé- pouillés, la greffe est impossible, ou du moins très incertaine, même dans les conditions d'âge et d'espèce les plus favorables. Quand nous opérions d'un animal à un autre d'une espèce diffé- rente, et surtout d'une espèce éloignée, l'os transplanté ne repre- nait pas vie: il s'enkystait, devenait noir ou jaunâtre, et ne lardait pas à subir un commencement de résorption ; souvent il élait le centre d un abcès. Malgré la dislance qui sépare ces résultats de ceux qu'on peut espérer cher, l'homme, les faits que nous venons d'exposer, joints à ceux ((ue nous avons déjà fait connaître, consliliicnt des bases scientifiques a Vosléoplaslie chhwvgicMc. S'il est plusieurs tenta- tives opératoires qu'ils inspirent et légitiment, il en est d'autres dont ils font présager l'inutilité et le danger. Cette note est renvoyée, comme l'avait été la précédente com- munication de l'auteur sur le même sujet, à la Commission du prix de physiologie expérimentale. NOTE SUR LES MOEURS DE L'AYE-AYE DE MADAGASCAR, Par M. n. SAKDWIt'U. Adressée à la Société des arts et sciences de l'île Maurice (1). Il y a déjà quelque temps que le grand naturaliste Owen m'a écrit pour me prier de lui procurer un spécimen de cet animal, si cela m'était pos- sible, car le Musée Britannique n'en possède ni les os ni In peau. Le Musée du Port-Louis, tout petit et insignifiant qu'il est par le nombre de ses spécimens, se trouve sous ce rapport plus riche que l'immense collection de curiosités du Musée Britannique, puisqu'il possède un Aye-aye em- paillé, qui, par sa'pose et le soin qu'on a pris pour le conserver, fait beau- coup d'honneur à l'empailleur qui l'a préparé (2). Maintenant, messieurs, lorsqu'on examine cette petite créature, on se demande naturellement dans quelle classe du régne animal on doit la placer. C'est un Maki, ou en d'autres termes un iJmur, et certes je ne pense pas qu'il soit bien éloigné de la vérité, quoique Guvier l'ait rangé, comme il doit l'être, dans la famille des Rongeurs, et l'ait classé avec l'Écu- reuil et le Rat. Il y a sans doute de bonnes raisons pour le ranger avec le Maki, autrement dit le Lémur, puisque en premier lien, il nous vient du seul pays où se trouve le Lémur ; ensuite aucun rongeur ne possède la ro- tation des os de l'avant-bras, et ne peut, comme l'homme, mouvoir ses membres séparément et s'en servir comme d'instruments pour prendre les objets, particularité que l'on remarque chez les Quadrumanes; et certes aucun rongeur n'a les quatre pouces, ceux des pieds de. derrière même, libres et opposables aux autres doigts : ce fait donne encore à cet animal (! ) Proceeiiinip o[ llte Zoiil. Suc. of LoiiJou, 1 859, p. tl 1 . (2) Deux individus de ce singulier animal se trouvent dans la colleclion du Muséum d'histoire nalnreile de l'aiis : l'im a été dcmné a cet élahlis-emenl |iar Sonnerai, en 1782, l'autre a été rapporté en 18ii p:ir M. de Lastolle. Ilans le CaUiloijue mélhoiliquc lien mammifèreH du Muséum, par M. Isid. Geoffroy Saint- Hijaire, l'Aye-ayo est placé dans l'ordre dos Primates , à coté des Tarsiers, circonRlance dont fauteur de relie note ne p;irall pas avoir en connaissance. (M, E.) 378 B. BANDWICB. du rapport avec le Singe et le Maki, et prouve qu'il est destiné à grimper sur les arbres. D'après ce que je viens de vous dire, il doit être placé dans la classe des Lémurs, surtout puisqu'il nous arrive de Madagascar; mais nous pour- rions bien changer d'opinion après lui avoir examiné la bouche. Or, je vous ferai observer qu'il ressemble au Lémur autant par les mou- vements et la forme du corps que par la queue et les pieds ; cependant, si vous l'examinez attentivement, vous verrez qu'il existe une bien grande différence entre ses pieds et ceux du Lémur. Les doigts que l'on pourrait appeler les index du Maki sont pourvus d'une griffe , tandis que les autres doigts ont les ongles plats comme ceux d'un être humain ou d'un Singe. Vous vojez ici des griffes très bizarres qui ne peuvent être comparées à celles d'aucun autre animal: elles conviennent éminemment aux habitudes s glycogéniques dans la membrane ombilicale des Oiseaux, par M. Sebkes 137 Note sur un second centre spinal du grand sympathique, par M. Budck . 337 Recherches sur les substances albuniinoïde.>;,par M. P. -S. Denis (de Com- mercy) 25 Noie sur la formation des os, par M. Flobbens 365 De la production artificielle des os au moyen du déplacement et de la trans- plantation du périoste, par M. Ollier 373 Note sur les mœurs de l'Àye-aye de Madagascar, par M, Sandwich. . 377 Description de V Aphelosaurus luli'vensis, Saurien fossile des schistes per- miens de Lodève, (lar .M, Paul Gebvais 233 Note sur l'existence d'un Poisson fossile dans la couche inférieure des ro- ches de Ludlow, par M. Salter ' 342 ANIMAUX INVERTÉBRÉS. Du grand sympathique chez les animaux articulés, par M. Blanceiabd. 5 Sur les prétendus organes auditifs des antennes chez les Coléoptères lamel- licornes et autres insectes, par M. Edouard Claparède 236 Recherches sur les sécrétions chez les Insectes, par M. Sirodot 14t. 251 Recherches analomiques et considérations entoniologiques sur les Hémi- ptères du genre Lrptof)iis, par M. Léon Dufodr 342 Note sur un Annélide céphalobranche sans soies, désigné sous le nom /ii-//fit ('//•tJt.i '. ftftnamJ imf.r-F.WUrf.-Jf.t/uf'f'-li Atrt-t. jJri/i liv-î .li'ivïi' «.(/. y .■ // / /' .,J ,..,f .M ^4(. H\ ^nx. aj JMJ- t^ jf/ut^mitAr j'f ^^r-t/a/fesf/^ /il re/^ro(/t^f'fyo/i t/e //^ ^/*/?r//fr tn^ r STnTlr gftn^-/r.t.f. P^j- A/tn /f >/f // /h/i'-//ff . J ^'^^^It J 4nn Jej' Sei&ic . nae . 4 -'''^f iCoi'i ï'ottte lo /V ■ .im, y.v Sit^^é- n.tt ^'.\'èrt 2.H>r 7on.ru, ri i fK-t/u/it'j- t//{/,oi/e/f.7t/iff.v (/u yf//,/tf///tf "it^m^aJ IH^ r {■^'//^•■f^Jtf^M-ff. if. tUr. ,4iu>. >fe^ Srtenc tt^U 4' Sérte Z^ol. Tcm^i». PL y. Fitl I „..y .0 w'i'm (&0 ^ - ;i'°o -, ■■; . j»^ * -^ A f,^ . Ai^n //(V ScifJtf n,jf. ^ 'Se'ne . ZooL Tome t^ P/ ^^■7- '^ f,.,„ /^E ^ ^^^ O M.y ^ /^iiin y^/f/fureU di^eséi/Je /a /urve yfh/t ^es Seirnc. ruU ^*St^ ^.:,f 7:.„,^ ,., /•/ , N I rfii i [=3 N=^ 3odm'fyf/e /a se,rr'à\m ,/:.- on/rmes ^/e.và^^- Je /a Airfx- ,. ^/e /t>ri/rte y/r/f'j- /ias/rorms . Jf At»,-™/ ,mf. f f,„//^ ^^/>,y,,w!r ,5 /:,, ^un i/at tUt'ent: . niié- ^'J'én'er. z.-o/ r.,m^ lo n . /r//f/it^f,T saù'ixTire.r ^f /'ori/r^ej- misicor/ie^c I?. /fmiun./ inif. r Ft<-t//r £ftr,!f.i,U iS. JUrir .4nn i/fj S,ir-nc. n.it 4' d'cr-t Z<>0i r.'Tnf lO /Y i / 1ni> Jf^ Sei^n^r . n.U 4'S^if \^^ \: 1 ' m \. j \^-y /o//ii 7//l\? ^ t/a.r/^f^/e,r t/e i 'orst/r/ej- ntu^/cof-mj- ^/ ^/k)- {^iZ/as ('(/7nm'^'^f's . if ^.inifn,/ atfi r /TrtZfc Sjtntp^e i5 Air. il .■Irin i/f.r ,l'fteV7c. n-i/. A' Se'ri'r ■ Zoo/, -/lime „• fl- Z7 ^/^z>a^^ez7 t/^i/e.^///^ {/r / oryrA'j- /u/.ricor/ns. N /ffinum./ in-f r f^/iff.- £str^^uU. i,'ij'm^ fo PI. ,S ^djirt ,ie^ . feigne . nti/ . 4'^''^^'e- I . .V- '1 ! ,. ® . ° •®.°.o ./•/" L. jy tU/n^nJ imp r l^filfe £f/r„/«iJf /.' /\m-r • i I 9 D ' k .■ùui-d^J Scje7,c n.te ^'Sf'rf Zool Tom^ io ^t V n 'i V ^ (i) > UD § i ^ O ^<-^,A «-^^/^^ ^-^ a^,/,:-^ /.roJ,„i,- se^rMj: ■Z7 ' fi^Jnon'l -'"/' '^ '&»'''''-JÎ'-*Y"''* '•* '^*^"' 1 ^nn Jr.r .frirai- . riitf z.u,i romf ti> ri 'S I \) I §' 7 / 7 :i V^ L 7 o ^' .■Inn i^i-j JWcni- /lat ^ '.!(->•/ ' Tissti tWùt/tiù\'. €fl^tm/e^- de /,i /^e^ia >//. .V /ifinonj i«^^^^'^ \^fT Zaol Tome la /y L Zo.,/ r.>m.- i,' rf-\ IV /{fin^nJ tmf r ffo//r £.r/r,i/^ir.ii P.i ^MMHi-: \y-' nvr.ti-Z'i' • 'r:::--: v;H=r;: t;i^^*:': rr'jj i."-r.':,:;r: ;X:;::t