^.l'T/^ s^ ANNALES DES SCIENCES NATURELLES â o '^>1^. DE L'IMPRIMERIE DE FEUGUERAY', EUE DD CLOÎTRE SAINT-BENOIT, W" 4» ANNALES DES SCIENCES NATURELLES, ?. \\t w- 2. MÛ t^f- l^% \.o ^'' , ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES IN-^". A PARIS CHEZ BÉCHET JEUNE, LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE, >'l.ACE DE l'ÉcOtE-DB-MÉDECINB, HO / 1825. .' 4^-t>v ^^^S^o DE L. imr il RUE DU cloIthe saint-benoît, N° 4' ANNULES x ■■':■;''.,■■■■, DE^ SCIENCES NATURELLES, PA.K MM. AUDOUIN, AD. BRONGNIART et DUMAS, COMPRENANT LÀ PHYSIOLOGIE ANIMALE ET VEGETALE , L ANATOMIE COMPARÉE DES DEUX RÈGNES , LA ZOOLOGIE , LA BOTA- MIQUK, LA MINÉRALOGIE ET LA GÉOLOGIE. TOME SIXIÈME, ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES IN-4"- A PARIS CHEZ BÉCHET JEUNE, LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE, VLACE DE l'ÉCOLE-DE-MBDECIMB, K" 4» 1825. ■ / s'--'*^' > v^• •v^^ -■% ANNALES DES SCIENCES NATURELLES Rapport sur la partie zoologique de U Expédition Duperrej; Par M. le Baron G. Cuvier. ( Fait à l'Académie des Sciences , séance du juillet iSaS. ) X^'AcADÉMiE nous ayant chargés, M. Latreille et moi, de concourir , pour la partie zoologique , à l'examen des résultats de l'expédition autour du monde qui vient d'être exécutée sous les oi'dres de M. le capitaine Du- perrey ; M. Durville , commandant en second , et MM. Lesson et Garuot, officiers de santé, qui s'étaient particulièrement occupés des recherches de ce genre pendant le voyage, se sont empressés de mettre sous nos yeux tous les objets qu'ils ont recueillis , ainsi que les journaux et les registres où ils ont consigné leurs ob- servations. Plusieurs de nos collègues du Muséum d'his- toire naturelle ont examiné avec nous ces belles collec- tions ^ M. Valenciennes, aide-naturaliste de cet établis- sement, a dressé un catalogue des Animaux vertébrés , des Mollusques et des Zoophytes qui en font partie , et (6) f^, Latreille s'est chargé personnellement de la partie des Insectes , des Crustacés et des Arachnides, C'est d'a- près ces matériaux qu'a été rédigé le compte que nous allons rendre ; il était naturel que nous le déclarassions, non -seulement pour marquer notre reconnaissance à ceux qui nous ont secondé , mais encore pour invoquer à l'appui de notre jugement l'autorité qui leur appar- tient. Nous devons parler, avant tout, du bon état de con- servation dans lequel ces collections sont arrivées ; c'est, pn histoire naturelle , un mérite de la plus haute im- portance , et qui élève les expéditions de ces derniers temps infiniment au-dessus de celles qui les ont pré- cédées. Les naturalistes expérimentés savent que des obser- vations répétées et des comparaisons scrupuleuses peu- vent seules constater l'espèce d'un être organisé , et quand on n'a point commencé par là , tout ce que l'on peut dire de cet être, de ses mœurs, de son utilité ou des particularités de son organisation, demeure sans base: aussi les ouvrages qui donnent aujourd'hui le plus de tourment aux naturalistes , ceux qui les mettent quel- quefois à une sorte de torture , sont ceux des voyageurs qui ont été obligés , par les circonstances où ils se trou- vaient, de faire toutes leurs observations pendant la route , sans rapporter ni déposer dans un cabinet connu les objets qu'ils avaient observés. Les descriptions les plus soignées , les figures en apparence les mieux faites , lorsque les objets mêmes ne les accompagnent pas, sont loin d'être toujours en état de satisfaire à ce premier besoin de la science. Il arrive sans cesse qti'à la suite (7 ) d'une espèce que l'on croyait bien définie par un cer- tain nombre de caractères , vient s'en placer une autre qui a les mêmes caractères que la première, et qui s'en distingue seulement par quelques traits peu apparens que le descripteur, isolé de l'une et de l'autre, n'a pas songé à noter. Si le naturaliste ne peut les voir en- semble et les comparer point à point avec les yeux les plus attentifs, il ne parviendra jamais à en saisir les différences , et cependant c'est trop souvent sur des données aussi insuffisantes que l'on hasarde les doctrines les plus générales et les plus importantes, telles que la géographie des animaux, les limites de leur exten- sion, et toutes les conséquences qui se rattachent à cet ordre de faits. Les botanistes tombent moins souvent dans ces in- couvéniens , parce que la facilité avec laquelle les végé- taux se conservent en herbier leur a procuré de tout temps des moyens de comparer immédiatement les ob- jets de leurs études; mais il n'en est pas de même en zoologie , où , les insectes et les coquilles exceptés , on ne peut former de collections durables sans de grands frais , des soins minutieux et une patience à toute épreuve. On ne peut donc exprimer trop vivement la recon- naissance que l'on doit au ministère de la Marine , qui , depuis ces derniers temps , n'a ordonné aucun voyage scientifique sans y admettre des personnes exercées à la préparation des animaux, et qui leur a donné l'ordre, non-seulement de faire sur tous les points la récolte gé- nérale de ceux qui se présenteraient , mais encore de les déposer aussitôt après leur retour au cabinet du Roi , où l'Administration prend.de son côté les mesures né- ccssaires pour leur conservation , et où , placés au mi- lieu de tous les objets des mêmes genres , ils offrent au naturaliste des moyens assurés d'en fixer positivement et dans tout le détail nécessaire les caractères comparatifs. Le ministère de la Marine a fait plus encore : afin de ne jamais manquer de sujets capables de remplir ce geni'e de mission , il a clierché à en former dans le corps même qu'il régit. Des cabinets créés dans les ports, des encouragemens donnés aux officiers de sauté atta- chés à l'armée navale , les portent à ce genre d'étude 5 ils s'y préparent de longue main 5 les instructions qu'ils reçoivent du Muséum d'histoire naturelle complètent çn eux ce genre particulier d'éducation , et pour peu que la reconnaissance des amis des sciences encourage leurs efforts , on verra avec le temps les médecins et les chirurgiens de la marine recueillir des faits et des ma- tériaux pour l'histoire naturelle , comme les officiers militaires en recueillent pour l'astronomie et pour la géographie , et toutes les branches des sciences physi- ques cultivées dans ce corps illustre, produiront des fruits également abondans. Ce plan a été d'autant plus heureusement conçu que, d'une part , il multipliera presque à l'infini ces sortes de récoltes , puisqu'il n'y aura , pour ainsi dire , point de vaisseau sans naturaliste , et que , de l'autre , il pré- viendra les désagrémens que des personnes non com- prises dans les cadres de l'armée n'ont presque jamais manqué d'éprouver sur un bâtiment , où la nécessité com- inande un régime auquel elles sont peu faites , et au mi- lieu d'hommes qui , généralement , ne considèrent pas un habit civil du même œil que leur uniforme. (9) Des avantages auxquels nous - mêmes nous ne nous serions peut-être pas attendu si l'expérience n'en avait fourni la preuve , nous paraissent bien justifiés par les deux dernières expéditions , celle de M. Freycinet et celle de M. Duperrey. MM. Quoy et Gaimard , sur la pre- mière , et MM. Lesson et Garnot , sur la seconde , ont répondu à tout ce que les naturalistes les plus exigeans pouvaient attendre de voyageurs actifs et instruits. M. Durville s'est joint volontairement à MM. Lesson et Garnot , et son zèle a fort multiplié les fruits de leurs efforts communs ; en sorte que l'on peut même avancer sans crainte d'être contredits, que leurs recherches auront été plus complètement utiles que celles de beaucoup de leurs devanciers , que des études plus exclusives pouvaient faire supposer mieux préparés à ce genre de travaux. A la vérité , il serait injuste de mettre en comparais son les deux expéditions malheureuses de La Pérouseet deDentrecasteaux , dont presque tous les produits ont été perdus pour la science , à l'exception de ce que notre collègue, M. de Labillardière, est parvenu à sauver de la seconde ; mais celle même de Baudin à la Nouvelle-Hol- lande , où MM. Peron et Lesueur ont fait des collec- tions si immenses , et qui a plus enrichi le cabinet du Roi qu'aucune de celles qui l'avaient précédée, ne don- nera pas , pour la science proprement dite, des fruits proportionnés aux richesses matérielles qu'elle a pro- cui-ées , et cela par une cause qui n'est point étrangère au sujet de nos réflexions : c'est que les naturalistes et les artistes qui y étaient employés n'y tenaient point par des liens assez fixes, et n'avaient point contracté d'engagé- ( lO mens assez déterminés. FeuPéron , homme d'une vaste capacité et d'une activité si étonnante dans un corps dé- bile , avait fait une infinité d'observations curieuses , et avait recueilli les notes les plus précises et les plus suivies 5 des catalogues détaillés correspondaient aux nu- méros qu'il avait inscrits sur les objets ; mais dans le désir fort naturel de s'assurer à lui seul la gloire de ses découvertes , désir auquel l'Administration laissa la plus entière latitude , il garda soigneusement par devers lui tous ses manuscrits , et même toutes les figures qui les accompagnaient, quoique, pour celles-ci , il n'eût pas même à alléguer qu'elles fussent son ouvrage , et depuis sa mort on ne sait ce que tous cqs précieux recueils sont devenus ; en sorte qu'à l'exception de ce qu'il a publié lui-môme , il ne reste de ses travaux que les objets ma- tériels qu'il avait recueillis , mais sans documens sur l'origine particulière de chaque chose , ni sur rien de ce que les objets ne portent pas en eux - mêmes. D'au- tres hommes dont les observations n'auraient peut-être été ni moins riches ni moins neuves que celles de Péron, Havet , Godefroy , partis seuls et abandonnés à eux-mê- mes sur des plages lointaines , ont péri victimes des climats terribles où leur zèU les avait portés-, rien n'est revenu des notes qu'ils avaient prises , et si Duvau- cel à lui seul , par les moyens industrieux dont il a su faire usage pour faire parvenir à bon port ses nom- breux envois , nous a autant enrichis des produits de la terre ferme , que Pérou et ses compagnons de ceux de la mer et des îles , il est bien à craindre , d'après les renseiguemens qui nous sont parvenus , que ses papiers n'aient été aussi dispersés , et que les observations de ( ") cet ingénieux et spirituel officier n'aient , cjuoique par une autre cause , le même sort que celles de l'ardent naturaliste. D'ailleurs, il faut le dire, ce n'aurait été ni des Pé- ron ni des Duvaucel que MM. Freycinet et Duperrey auraient pu emmener ; et s'il est vrai que de simples pré- parateurs auraient pu conserver autant d'objets que les officiers de santé dont nous avons aujourd'hui à appré- cier les travaux , et que la force de leur tempérament les aurait fait résister mieux que des savans de profes- sion aux fatigues inséparables d'un tel voyage , toujours n'auraient-ils pas eu les lumières nécessaii-es pour fournir à la science autre chose que le travail de leurs mains, ou quelques remarques faites en poursuivant les ani- maux qu'ils auraient recueillis. C'est ainsi que plusieurs collecteurs heureux et actifs ont enrichi nos collections d'objets bien conservés , mais qu'aucun renseignement écrit n'accompagnait et n'éclaircissait. Nous devons surtout déplorer , sous ce rapport , la perte prématurée de feu Lalande. Ce jeune homme , doué d'une grande sagacité naturelle et d'une ardeur in- fatigable, en préparant des collections étonnantes par leur belle conservation , avait aussi été témoin de nom- bre de faits pleins d'inlérèt , qu'on aurait aisément ap- pris de sa bouche et consigné par écrit , si l'on eût prévu que l'on serait privé sitôt du pouvoir de l'interroger , mais sur lesquels il n'a pas laissé la moindre note. Aucune de ces causes de regrets n'est à redouter avec des officiers de santé attachés à un grand corps militaire, participant à tous les avantages de cette position , as- treins à tous ses devoirs , et léunissant à l'exercice spé- ( 12 ) k\h\ des préparations d'iiistoire naturelle , les idées va- riées et élevées qu'une éducation littéraire et philoso- phique en même temps que médicale, n'a pu manquer de leur donner. Un médecin , quel qu'il soit , est toujours un homme éclairé, et s'il n'égale point un vrai naturaliste dans sa science spéciale, toujours sera-t-il infiniment supérieur à un préparateur de laboratoire ; un médecin militaire saura mieux qu'un préparateur et qu'un natui'aliste s'ac- commoder à toutes les exigences de la vie de mer ; ac- coutumé qu'il est à servir pour l'iionneur de servir , il saura faire abnégation de son amour-propre , et n'em- ploiera point , pour se réserver la propriété exclusive de ses observations , tous ces petits subterfuges qui n'abou- tissent le plus souvent qu'à faire détruire dans quelque recoin d'un domicile particulier les objets les plus pré- cieux rassemblés à grands frais , et souvent même des Mémoires pleins d'intérêt, dont une fois l'auteur mort, Ses ignorans héritiers ne connaissent pas le mérite. Tout sera remis au retour dans son dépôt scientifique, comm on remet dans le dépôt nautique les cartes et les pa- piers relatifs à la navigation. Enfin si c'est pend ) rapporJiei' sa tnicliée -artère. Un des motifs qui avaient fait choisir la Nouvelle-Guinée pour un des principaux buis du voyage, était d'y observer les oiseaux de pa- radis dans leur climat natal et dans leur état naturel. Ces Messieurs en ont en effet tué sur le sommet des arbres élevés où ils se tiennent , et les ont rapportés dans un état parfait d'intégrité. Ils en ont , entr'autres, ime femelle dont on ne connaissait auparavant qu'un individu incomplet dans un cabinet de Hollande. Le Prion de M. deLacépède, la Vaginale de Latbam sont aussi de ces genres rares dont on n'avait que très-peu d'individus en Europe, et dont nous devrons une belle suite à cette expédition. Le nombre des espèces de reptiles est de 63 , dont quinze ou vingt au moins seront probablement nou- veaux, et dont près du quart manquait au Muséum. Il s'y trouve , entre autres , un Python de la Nouvelle- Hollande , long de près de sept pieds. Mais c'est surtout dans la classe des poissons que la récolte de MM. Lesson et Garnot a été abondante. Ils en ont rapporté dans la liqueur 288 espèces , presque toutes en nombre, dans un état de conservation très- remarquable , quoiqu'ils n'aient point enlevé les intes- tins , ce qui les rend doublement précieuses. Plus de quatre-vingts dans le nombre seront certainement nou- velles , et à mesure qu'on les étudiera, on en trouvera probablement d'autres dans ce cas. On conçoit que ce n'est pas après une première revue qu'il est possible de prononcer sur une classe dont la nomenclature est si dif- ticile. Mais ce qu<; M. Lesson a fait de parliculièremefnt (17) uiéi-itoire pour l'ichthyologie, c'est d'avoir dessiné plus de soixante-dix de ces poissons avec leurs couleurs na- turelles. C'est un service rxjndu à la science, même par rapport aux espèces connues, qui, le plus souvent, n'ont été décrites en Europe que sur des individus dé- colorés par le dessèchement ou par la liqueur spiri- tueuse dans laquelle on les avait apportés. Beaucoup de ces figures sont faites pour nous surprendre, par la dif- férence qu'elles nous montrent entre des couleurs que l'on supposait et celles de la nature. En les faisant gra- ver en couleur comme il l'a fait pour celles des peintres de l'expédition de M. Freycinet, le ministère continuera de fournir à l'ichthyologie un genre de matériaux dont elle a trop manqué jusqu'ici -, car on sait que même dans le fameux ouvrage de Bloch, les figures des poissons étrangei's sont presque toutes coloriées à faux. Nous fe- rons remarquer, parmi les plus remarquables des pois- sons que nos zoologistes ont rapportés , le squalus phi- lippi, dont on n'avait que les mâchoires , extraordinaires par leurs dents disposées en spirale •, un genre nouveau de la famille des anguilles , voisin des sphage branches ; le Macolor, poisson singulier, que l'on ne connaissait que par l'ouvrage de Renard, et qui est du genre des Diacopes. Leur collection aura surtout le mérite d'é- claircir l'histoire de plusieurs poissons dont on n'avait que des descriptions sans figures dans les manuscrits de Commerson et de Forster. M. Lesson n'a pas montré moins de discernement en s'attachant à peindre les mollusques d'après le vivant. Ses figures formeront une suite précieuse à celles qu'a- vait données Péron , et à celles que MM. Quoy et Gai- VI. 2 ( i8) niard commencent à publier. Elles repiésentcul plus de cent cinquante de ces mollusques ou zoophytes dont un grand nombre sont de la plus grande beauté , sort par les tentacules diversement ramifiés qu'ils étalent, soit par l'éclat et la variété des couleurs dont ils brillent. Cependant nos naturalistes n'ont point négligé de conserver, autant qu'ils l'ont pu , ces mollusques et ces zoopliytes. Si les contractions et la décoloration qu'ils subissent ne nous permettent pas de les contempler dans toutes leurs beautés, nous avons du moins la facilité de prendre connaissance des principaux traits de leur struc- ture, et à-peu-près de tout ce qu'il importe de connaître sur leur organisation intérieure. Les espèces ainsi con- servées dans la liqueur vont à plus de cinquante, dont une vingtaine au moins sont entièrement nouvelles pour nous : tels sont le Glaucus , l'animal du Con- cholepas, une Anatife presque sans coquille, qui fera | un nouveau genre voisin des Olions. Les coquilles vont environ à 120 espèces dont cinquante sont des univalves. 11 y a entr'autres un Monocéros remarquable par sa grande taille et sa forme allongée. Parmi les zoo- pliytes conservés dans la liqueur , un grand nombre d'Holoturies se font remarquer par leur grandeur et la belle conservation de leurs couleurs. Il y a aussi plu- sieurs Oursins et plusieurs Astéries , et un Isis hippuris encore enduit de sa croûte à polypes , qui prouve à quel point ce corail est voisin des gorgones. Comme nous l'avons déjà dit, c'est principalement à M. Durville que l'on devra la riche collection d'in- sectes qui fait partie des résultats de cette expédition. Cet habile marin s'était chargé en quelque sorte de ce ( ^9) travail par surérogation , et ne s'y Jivrait que dans les momens de loisir que lui laissaient ses fonctions prin- cipales. Aussi le présent qu'il a fait de ces insectes au Muséum peut-il être regardé comme un acte dépure gér nérosité. Déjà , lors de sa revue de la Mer Noire avec le capitaine Gautier , il avait soigné les intérêts du Mu- séum 5 mais dans ce voyage-ci , il s'est vu à même de lui prouver encore mieux son zèle et son désintéressement. Les insectes qu'il y a déposés montent à près de i ,200 , formant environ 1,100 espèces; savoir : 36 1 coléop- tères, 428 lépidoptères, et le reste pris dans les autres ordres. M. Latreille estime que sur ce nombre, 45o es- pèces au moins manquaient au Muséum d'histoire na- turelle , et que 3oo environ ne sont point encore décrites dans des ouvrages publiés. Elles viennent du Chili, de Lima et Payta dans le Pérou, et plus spécialement, du port Praslin , dans la Nouvelle - Irlande , d'Offak à la terre des Papous, de Dory à la Nouvelle -Guinée, de Boui-ou dans les Moluques , d'Otaïti et des Malouines. Quoique le Muséum possédât déjà un très-grand nombre de ces animaux de la Nouvelle -Hollande et du Brésil, il ne laisse pas que d'en acquérir, par ce voyage, plu- sieurs espèces dont il était dépourvu et qui habitent ex- clusivement ces contrées. M. Lesson avait aussi formé une collection d'insectes dans laquelle M. Durville a choisi tous ceux qui avaient échappé à ses investigations. C'est encore au zèle de M. Lesson, secondé par M. Garnot, que le Muséum sera redevable d'une soixantaine de crustacés propres aux mers qu'ils ont parcourues , et dont quelques-ujies sont nouvelles. ( ^-0 ) Une louange particulière que nous devons aux offi- ciers dont nous venons d'exposer les travaux , c'est cjuVn véritables naturalistes, ils ont tout recueilli jusqu'aux plus petites espèces, jusqu'à celles qu'ils auraient pu soupçonner d'être communes même sur nos côtes. Ils n'ont point imité tant de voyageurs , qui , ayant la pi'é- tention de faire un choix et de n'j^porter que ce qui leur paraît remarquable , négligent précisément ce qui aurait été intéressant. Nous le répétons , parce qu'on ne peut trop le redire aux voyageurs , le plus savant natu- raliste, quand il voit une espèce isolée, est hoi's d'état de dire si elle n'est pas nouvelle ; ce n'est qu'en ayant sous les yeux la série des espèces voisines qu'il peut s'assurer de ses caractères. Ainsi ceux-là sont dans une grande erreur qui, en voyage, s'occupent d'aulre chose que de rassembler des moyens d'études soit par la pré- paration , soit par le dessin des choses que la prépara- tion ne peut préserver, soit enfin en écrivant toutes les circonstances fugitives que l'objet ne porte pas avec soi , et qui perdent leur temps à faire des descriptions ou des recherches de nomenclature qu'il faudra toujours recommencer quand on sera arrivé à son cabinet. C'est d'après ces vues que les voyageurs des dernières expédi- tions ont dirigé et ménagé leur activité : aussi ne leur reste-t-il pour avoir rempli, autant qu'il était en eux, les voeux des naturalistes , que d'obtenir du gouverne- ment du Roi les moyens de publier leurs découvertes avec promptitude et d'une manière digne de la nation pour l'honneur de laquelle ils ont travaillé. ( ^I ) Stiiucture des Articulations ou Nœuds vitaux dans les Graminées et les Cypéracées. Pav M. De la Harpe. Le rhizome , comme le pensent la plupai"tdes botanis- tes , est une lige souterraine, souvent munie de feuilles et garnie de racines , s'avançant hoi'izontalemenl au-des- sous de la surface du sol , émettant par une de ses extré- mités des bourgeons ou turions qui se développent en tiges chaque année , et périssent aussi chaque année par l'autre extrémité. Dans les graminées , cypéracées , joncées , etc. , il oft're toujours Tune ou l'autre de ces deux formes , ou bien il est composé d'articles allongés- et séparés les uns des autres par des nœuds ou articulations d'où partent une feuille squammiforme , un bourgeon axil- laire et des racines 5 ou bien les nœuds ou articulations sont tellement rapprochés que l'entre -nœud ou article s'évanouit. Les feuilles , dans ce dernier cas , sont em- briquées , des bourgeons culméaires contigus les uns aux auties naissent du rhizome, conime les dents d'un, peigne de sa branche. Dans les rhizomes dont les entre-nœuds sont nuls ou- presque nuls , les racines semblent sortir indistincte- ment de tous les points de la surface de ces tiges sou- terraines , tandis qu'elles s'échappent le plus souvent au-dessous de chaque articulation , dans celles où les articles sont allongés et les nœuds éloignés , paraissant ainsi infra-axillaires ; disposition singulière , qui , sL ( :^^- ) elle élail réelle , serait en contradiclion avec la théorie de la reproduction par bourgeons ou par racines : c'est l'examen de ce dernier fait qui m'a conduit à étudier la formation du nœud dans le rhizome , et par là même dans le chaume ; car nous verrons qu'il est im- possible de distinguer nettement ces deux organes l'un de l'autre. Si l'on prend un rhizome dont les entre -nœuds soient allongés , et qu'on le coupe perpendiculairement à son axe dans l'espace compris entre deux articulations , on verra qu'il est formé de deux parties irès-distînctes , dont l'une est externe , blanche , celluleuse , imbibée de liquides qui en sortent par la pression, creusée de lacunes irrégulières plus ou moins nombreuses , résultant du déchirement du tissu cellulaire , épaisse et très-spon- gieuse lorsque le rhizome a cru dans l'eau , mince et plus dense si la plante habite un terrain sec. (Cette couche paraît séparée de l'interne par une petite mem- brane ordinairement colorée et formée , à ce que je crois, par des vaisseaux extrêmement déliés). L'autre portion du rhizome ou partie centrale , essentiellement vascu- laire , dense et serrée, ofl're , examinée à la loupe , les ouvertures d'une infinité de petits vaisseaux réunis en tubes d'autant plus nombreux et plus grands qu'ils sont plus près de la circonférence 5 au milieu de ces tubes sont encore d'autres lacunes irrégulières et varia- bles , pénétrées de fluides incolores : c'est au centi'e de cette couche vasculaire que se développe , dans la plu- part des chaumes et dans quelques rhizomes , le canal central des graminées , des cypéracées , qui . tantôt vide , tantôt rempli d'un tissu cellulaire très -lâche et très- ( ^3 ) fin , esl iiuerronipii dans sa continuité par les nœuds vitaux ou articulations. De ce cylindre vasrulaire et central sortent (dans le rhizome) les faisceaux fibi'eux qui doivent donuer naissance à la feuille , au bourgeon et aux racines ; voici comment : arrivés près d'une articulation , les filets vas- culaires les plus gros et les plus excentriques de l'en- tre -nreud percent très-obliquement la petite membrane qui les sépare du tissu cellulaire extérieur ou cortical , s'éloignent peu à peu du centre du rhizome , arrivent , en suivant loujoTus la même direction oblique .. à la circon- férence de cet organe , et en sortent enfin pour former la feuille : celle-ci , en effet , est composée de trois couches , une externe et une interne, cellulaires et très-minces, continues avec la grande masse de tissu cellulaire cortical que nous avons vu dans le rhizome 5 et vme troisième, moyenne , formée par l'épanouissement des filets vas- culaires sortis de la couche centrale. La feuille naît donc la première par une ranejée de filets vasculaires , dont les plus nombreux et les plus gi'os répondent à son limbe ou au bourgeon axillaire , et les plus petits au côté opposé , lieu où la gaine est fort mince et fendue dans les graminées. Viennent en- suite les filets qui doivent former les bourgeons : ceux- ci se séparent en suivant la même direction que les pré- cédens , formant un seul faisceau situé du côté de l'aisselle de la feuille, el venant percer le ti-^^su cellulaire périphérique entre elle et la tige. Jusqu'à la hauteur où naissent les vaisseaux du bour- geon , la partie centrale ou vasculaire du rhizome a conservé sa forme et ses dimensions ; au-dessus de ce ( .4 ) point elle se rétrécit, s'étrangle en quelque sorte, et sa cavité centrale (lorsqu'elle existe) se trouve complète- ment oblitérée : c'est dans le lieu de cet étranglement que naissent les tilets vasculaires qui doivent donner naissance aux racines ; c'est donc réellement au-dessus de l'origine de la feuille et du bourgeon que se déta- chent les fibres radicales ; mais les vaisseaux qui les forment, au lieu de se diriger obliquement vers la pé- riphérie du rhizome , comme l'ont fait les filets foliai- res et gemmaires, s'écartent brusquement et à angle droit du corps vasculaire central , atteignent la couche celluleuse périphérique , la traversent en croisant la di- rection des vaisseaux qui vont à la feuille , se trouvent dégagés avant que celle-ci soit formée , et paraissent ainsi infra-axillaires. Il n'est pas rare cependant de voir ces mêmes vaisseaux radicellaires percer la base de la feuille , soit parce que leur direction est un peu obli- que , soit parce que la couche extérieure celluleuse étant fort mince, la gaine se trouve formée avant qu'ils soient venus au jour. Les filets vasculaires de la feuille et du bouigeon sont formés , avons-nous dit , par les vaisseaux les plus excentriques de l'enlre-nœud ; il n'en est pas de même de ceux qui se distribuent aux racines ; ceux-ci semblent sortir du centre du corps vasculaire ; dans le lieu de leur origine existe un entre- croisement remarquable , où l'on distingue : i°. un grand nombre de vaisseaux se dirigeant dans le sens du rhizome et concoui'ant à for- mer l'entre- nœud suivant^ 2*. plusieurs autres trans- versaux qui donnent naissance aux racines: c'est de cet enlrç-croisement que résulte surtout l'occlusion du ca- ( 25 ) îial central (lorsqu'il existe) , les vaisseaux du côté gauche se portant à droite et réciproquement 5 c'est aussi de lui que dépend la dureté plus considérable de celte partie de la tige. En perçant la couche celluleuse extérieure, les vais- seaux radicellaires se revêtent d'un prolongement de cette même couche qui les suit dans toutes leurs rami- fications, et forme, dans le lieu de leur sortie, à la surface du rhizome, une espèce de bourrelet ou de ma- melon , bourrelet qui se remarque aussi à la base de la feuille dans la plupart des graminées, où il comprime la tige comme le forait un anneau, et la rend très-fra- gile. Ce renllement celluleux n'est point situé sur le chaume : car , en examinant le point où se fait la rup- ture , on remarquera qu'elle divise la base de la feuille et de l'entre-nœud que celle - ci embrasse un peu au- dessus du véritable nœud (i). Telle est , dans un rhizome à longs articles , la dis- position relative de la feuille , du bourgeon et des ra- cijies, à l'iustani de la séparation des filets vasculaires concourant à former ces trois organes. Dans celui dont les nœuds sont rapprochés et les entre-nœuds nuls ou presque nuls , la même chose a lieu 5 mais les feuilles et les bourgeons naissant fort près les uns des autres , les racines semblent sortir indistinctement de tous les points du rhizome , quoiqu'elles ne s'échappent réel- Ci) Cette rupture en a imposé à plusieurs botanistes, qui y ont vu une vraie articulation , parce qu'ils croyaient qu'elle avait heu dans le centre même du nœud , ce qui n'est pas. ( -^fi ) lenieiit qu'au-dessus de la feuille. l'ouis'tMi convaincre, il suffil d'examiner un certain nombre de rhizomes, et l'on trouvera facilement des passages de ceux où les ar- ticulations sont très-éloignées à ceux où elles sont très- rapprochées , et de ces dernières à ceux dont l'enire- nœud est nul {cjpéracées , joncées , etc.). La tige et le rhizome sont deux organes identiques , puisque celle-là, plongée en terre, revêt la forme, la structure et les usages de ce dernier, et que celui-ci, exposé à l'air , se couvre de feuilles parfaites. Cepen- dant, dira-t-on, le rhizome ne porte jamais immédiate- ment les fleurs. Mais la tige, changée en rhizome, ne les porte pas non plus. Dans plusieurs plantes , celle-ci est toujours cachée sous terre, sans que l'on puisse la distinguer du rhizome (i). Elle n'est d'ailleurs, dans tous les cas , qu'un bourgeon développé à l'aisselle d'une feuille radicale; il n'y a donc pas plus de différence entre le rhizome et la tige qu'entre le tronc d'un arbie el son rameau, et tout ce que nous avons dit jusqu'à présent sur les rhizomes peut s'appliquer aux chaiimes des (i) Ces [liantes herbacées vivaces , dont la tige périt chaque année, ne se perpétuent , selon moi, que par un rhizome d'ailleurs variable dans sa forme et si structure. Ce rhizome, tantôt court, épais et ramassé , forme certains tubercules; tantôt composé de bourgeons |irodigieusement développés , il reste enseveli sous les écailles des bu'bes ; tantôt sa portion correspondante à la tige actuellement vivante périt avec elle chaque hiver; tantôt cette même portion vit et travaille à la nutrition de la plante entière pendant deux ou plusieurs années. ( ^7 ) graminées, des cypéracées, des jon«;ées, le nœud cul- mëaire , dans ces plantes , ne différant pas du nœud sou- terrain . EXPLICATION DE LA PLAUCHE 3 , TOME VI. Fig. I. Section longitudinale d'un rhizome articulé. aa, tissu cellulaire périphérique; bb , corps vascu- laire central-, c, canal central vide ( rare dans le rhi- zome).; d, lacunes irrégulières du tissu cellulaire; ee , filets vasculaires de la feuille; F, feuille; g , filet vasculaire du bourgeon ; G' , bourgeon ; h , racines. Fig. -2. Section longitudinale d'un rhizome inarti- cule. aa, tissu cellulaire; bb , tissu vasculaire ; c, canal central rempli d'un tissu cellulaire lâche et très -fin; d, lacunes du tissu cellulaire; ee , filets vasculaires des feuilles radicales à l'aisselle desquelles se développent souvent des bourgeons; e e', filets vasculaires des feuilles du rhizome; FF, feuilles ; h , racines. Fig. 3. Section transversale d'un rhizome articulé , à la hauteur où naissent les racines. aa , tissu cellulaire; bb, tissu vasculaire; e , dont nous ne pouvions quel- quefois pas mesurer la longueur. Quelques personnes | supposèrent d'abord que ce pouvait être du frai de pois- sons (i)-, mais ayant traversé plusieurs de ces bandes, le filet destiné à recueillir les animaux pélagiens nous ddnna la facilité dé reconnaître qu'elles étaient compo- sées de myriades de petits Biphoi-es de deux à trois lignés . de longueur, vivant et voyageant en compagnie. Il fal- lait qu'ils fussent bien nombreux pour réfléchir une couleiu- aussi marquée^ car leur nucléus n'était pas plus gros qu'un grain de millet. Ce qui nous surprit le plus , ce fut de voir , malgré l'agitation des ondes , les rapports qu'ils conservaient entre eux , au point que (i) En général , il arrive souvent que les marins prennent pour du frai de poissons tous les petits globules qui flottent à la superficie de la mer. Nous avouons n'en avoir jamais rencontré, et nous doutons fort que ces animaux exposent ainsi leurs œufs sur l'Océan , quand on sait surtout que le plus grand nombre recherchent pour cette opération les lieux les plus paisibles et les moins profonds ; souvent nous avons reconnu pour être des animalcules ce que les matelots prenaient pour du frai. Les Bacillaires rendent aussi la mer sale et grisâtre, au point qu'une fois, près de la Nouvelle- Guinée , le capitaine Cook en fut effrayé , et crut être sur des hauts-fonds. Dans le voisinage des îles Moluques , nous avons eu occasion d'observer ce phénomène. (35) î«s lignes qu'ils formaient étaient parfaitement tran- chées. Une autre fois ce même phénomène se reproduisit à l'opposé du méridien de Paris, en allant des îles Ma- riannes aux Sandwich. Ce ne peuvent être que des amas de petits Biphores à nucléus très-rouges que M. Sait a eu occasion d'obser- ver dans la mer Rouge 5 mais cette couleur était si intense que tout l'équipage du vaisseau en fut étonné. « C'est )) vraiment la mer Rouge , disaient les matelots ; c'est M absolument comme le sang qui coule dans une bou- » chérie : si nous disions cela en Angleterre , on ne » nous croirait pas. » (Salt , deuxième f^oyage en Abyssinie , tom. i, pag. 2 Sa.) Ces animaux sont très-nombreux en espèces. Nous en avons beaucoup vu et recueilli : un gpand nombre ont été perdus sans être figurés , et la plupart de ceux que nous donnons ont été dessinés par notre collègue M. Gau- dichaud. Si , dans tous , on distingue bien le nucléus , il n'eu est pas de même de la branchie , et encore moins du cœur, qui sont souvent d'une transparence telle qu'on ne peut pas les apercevoir. Nous pensons que lorsque de plus gi-andes recherches auront à-peu-près fait connaître l'ensemble des individus , on pourra les diviser en plu- sieurs sections , dont les caractères bien tranchés repo- seront sur la présence ou l'absence des appendices qui ne servent point de moyen d'union entre eux. Ainsi , par exemple , ou aurait les C/2 ( 36) IA. Un appendice à chaque extrémité. B, Deux appendices à l'extrémité posté- rieure. C. Plus de deux appendices à l'extrémité postérieure. D. Un seul appendice à l'une des deux extrémités. PQ I o« SFn'TON ( •^' ^^^ deux extrémités urnes et commo J tronquées , ou bien inégales et sans appendices, j rugueuses. PREMIÈRE SECTION. ji. Un seul appendice à chaque extrémité. B1ÏHOT.E isUiOSTRÉ. Salpa maxima. Forskal. Salpa , corpore utroque apice appendiculato , rostrato. Lamk. Lorsque Forslcal , un des premiers , fît connaître les Biphores , il donna une assez bonne figure de celui- ci , qui depuis a été copiée par la plupart de ceux qui ont parlé de ces animaux. Nous ne la reproduirons dans notre Allas zoologique que pour montrer leur mode d'agréga- tion lorsqu'ils nagent par bandes. Il faut que cette union soit bien forte pour résister aux chocs divers qu'ils sont susceptibles d'éprouver depuis l'instant où , très-petits, ils sortent de l'ovaire , jusqu'à ce qu'ils aient acquis trois ^ ou quatre pouces de dimension. Quoi que nous ayons pu faire , nous n'avons rien aperçu dans ceux - ci qui pût servir à les réunir. ( 37 ) Ils sont de la Méditerranée, et M. Arago les a dessinés de grandeur naturelle , ayant leur ouverture antérieure presque verticale , placée du même côté , et l'opposée offrant sur une seule ligne leurs nucléus d'un jaune orangé. Forskal a figuré une chaîne des mêmes individus, se tenant seulement par leurs extrémités ^ et nageant horizontalement. Tout autour de nous se trouvaient les adultes de ces mêmes anjmaux , dont quelques-uns avaient jusqu'à sept pouces de longueur. B. Deux appendices à rextrémitë postérieure. BiPHORE A CÔTES. Sulpa costata. Quoy et Gaim. Salpa postice bicaudata^ transversb costata^ oribus ter— minalibus ; appendicibus apice viridibus. Cette espèce , la plus grande de toutes celles que nous ayons vues, acquiert des dimensions de six à huit pouces. Son extrémité antérieure , munie d'une large ouverture à rebords épais avec de petites verrues , est plus dévelop- pée que la postérieure , qui se termine par deux cornes aplaties, consistantes et verdàtres à leur extrémité : l'ou- vertui'e fait 'saillie entre ces deux appendices. Le nu- cléus , formé par les viscères digestifs , est d'un rouge orangé-, la partie qu'il occupe, creusée en dedans , est bombée en dehors , comme gibbeuse , d'une consistance demi-cartilagineuse et transparente comme tout l'animal. Une ligne légèrement proéminente occupe la plus grande partie de la longueur de corps , et dix - huit côtes en saillie d'un côté , quatorze de l'autre , viennent y aboutir. (38) Ce Biphore est probablement une variété d'une espèce tout-'à-fait semblable, excepté qu'elle n'oflre point de stries transversales. Nous avons plus souvent encore ren- contré celle-ci -, mais elle a été perdue avant d'être des- sinée. Cet individu a été pris en allant de l'Ile-de-France à la Nouvelle-Hollande. Nous l'avons aussi retrouvé dans l'hémisphère Nord, par 36° de latitude , entre les ilcs Mariannes et les îles Sandwich. Biphore double-bosse. Salpa bigibbosa. Quoy et Gaim. Salpa, posticè bicaudata, injrà et siiprà verrucosa, gibbosa; orificiis terminalibiis ; appendicibus apice viridibus. Cette espèce a , comme la précédente , deux appendices à extrémités verdàtres , du côté de l'ouverture postérieure. Mais ce qui la distingue , c'est une bosse très-saillante et dure près du nucléus , lequel est d'un vert un peu jau- nâtre sur le bord , chose très-rare. A la partie opposée est une autre gibbosité arrondie qui donne au Mollusque un plus grand développement dans celte partie de son corps. L'ouverture antérieure , au lieu d'offrir , comme de coutume , deux lèvres épaisses , est plus amincie et peu consistante. Tout le corps est couvert de petites ru- îçosités comme épineuses. Nous avons trouvé ce Biphore par 38° de latitude jiord , en allant des îles Mariannes aux Sandwich. (%) BiPuoiiE HEXAGONF. Scilpa liexagOTia. Quoy et Gaim. (PUnclie I, ligure 4-) Sj/;Kpartageait,aunioinsen par- tie , cette ophiion , lorsqu'il s'exprime ainsi en parlant des mousses : Colligunt e.tiam pro dominorum peculio humum dœdaleam • et au sujet des fougères , hï préparant pos" ieris terram. (57 ) les conséquences qui paraissent en découler naturelle- ment. Le nombre des fougères que j'ai recueillies dans notre circum-navigation s'élève environ à 200 espèces dissé- minées dans presque tous les genres adoptés par les bota- nistes du jour. Évaluant à 2400 le nombre total des plantes que j'ai rapportées , il s'ensuit que la tribu des fougères à elle seule en occupe à-peu-près la douzième partie. Maintenant reprenons successivement chacune de nos stations, et voyons comment ce rapport s'y modifie. Ma première relâche à Sainte-Catherine du Brésil offrit à mes recheixhes environ 890 plantes et 38 fou- gères, environ un dixième 5 mais ce rapport est inexact et relatif seulement au temps que j'y ai passé et à la saison où je m'y suis trouvé. Un plus long séjour eût augmenté considérablement la collection des phanérogames, et celle des autres se fût beaucoup moins eni'ichie proportion- nellement. Les fougères y aflectent toutes sortes de formes 5 quelques-unes deviennent arborescentes , ou au moins ligneuses ; plusieurs s'élèvent en grimpant le long des troncs d'arbres , et d'autres tapissent les murs et les rochers frais et humides. Ces faits , du reste , s'observent dans toute l'étendue delà zone intertropicale. Aux Malouines^ sur une moisson de iio espèces environ , six fougères seulement s'offrent à mes yeux , et le rapport se réduit à -^ 5 pour le rendre plus exact, ajoutons-y les 12 plantes observées par M. Gau- dichaud , qui échappèrent à mes recherches , parmi les- quelles deux sont des fougères : alors nous aurons la re- lation de 8 à [20 ou -^. Conformément au principe que nous avons établi , on voit que sur ces lies , nonobstant (58) leur latitude élevée, les fougères conservent une forte expression dans la végétation entière , parce que cette vé- gétation ne parait pas y dater d'une époque très-reculée. On remarque encore que les genres Lycopodium , Lo- fnaria et Hymenophjllum (i) en comptent chacun deux espèces ; qu'une des deux premières , comme nous l'a- vons déjà dit , occupe seule les lieux inhabitables à toutes les autres plantes , et qu'elle forme la grande vé- gétation de ces îles antarctiques , de concert avec quel- ques graminées et glumacées , deux ou trois composées et deux éricinées. Nous nous éloignons de ces climats glacés, séjour ha- bituel des vents impétueux , et lieux dédaignés de Flore j nous abordons sur les côtes du Chili, et le règne végétal se représente à nous avec tout le luxe de l'Europe mé- ridionale , même avec des rapports surprenans , et qui pour nous fei'ont l'objet d'un mémoire particulier. 3oo plantes et plus viennent accroître notre herbier 5 mais i5 degrés nous séparent encore des limiles de la zone équatoriale : aussi 1 5 fougères seulement se présentera à nos observations , environ -^ de la végétation entière , et pas une n'acquiert la forme arborescente. Transporté sur les rives du Pérou , éloigné seulement de quelques degrés de l'équatcur, la flore change d'aspect : cependant le nombre des fougères n'augmente point. A (i) Une des ces deux dernières avait d'abord été con- fondue par M. Bory avec son H. sibtliorpioïdes de Bourbon ; . mais depuis il l'a reconnue pour une nouvelle espèce de Trichomanes à laquelle il a donné le nom de Flabella- tum. Elle est aussi exiguë que VH. cespitosum , Gaud. (59 ) Lima , sur i lO plantes, je n'en compte que 3 , et à Pajta je n'en observe pas une seule; mais on ne doit rien con- clure de ces données. En ces parages , les bords de la mer sont sujets à des lois particulières; le sol parait avoir éprouvé de grandes révolutions ; les plantes n'y semblent croître qu'à regret, et kPayta surtout, les rivages, jus- qu'à une grande étendue dans les terres, sont frappés de la plus affreuse stérilité. En pénétrant vers l'intérieur , la scène , dit-on , ne tarde pas à changer, et la nature y prodigue de nouveau les trésors les plus précieux. Les travaux immenses de M. de Humboldt les ont fait con- naître aux savans , et après lui on ne trouvera plus que quelques espèces à glaner dans le vaste champ qu'il a si bien moissonné. Quoi qu'il en soit, il existe une dif- férence notable entre le ton généi'al et l'expression de la végétation américaine sur les côtes orientales et occiden- tales, à des latitudes d'ailleurs semblables et à des hau- teurs correspondantes. Enfin nous abandonnons l'Amérique, et nous touchons successivement aux rives fortunées de Taïti et de Bora- bora. Leurs vallées délicieuses, leurs riantes forêts, leurs paysages enchanteurs répondent toujours aux des- criptions qu'en ont tracées ceux qui en firent la dé- couverte. Seule appauvrie , dégradée , la race humaine n'est plus reconnaissable , et n'a conservé de son em- preinte originelle qu'un reste de cette hospitalité tou- chante , de cette aimable gaîté qui rendit ce peuple si cher à ses premiers hôtes. Mais les végétaux qu'y observa Commerson , qu'y recueillit Banks , qu'y décrivit Forster, continuent de couvrir ces îles d'un immense tapis de ver- dure. Seulement quelques espèces naturalisées commen- ( ^^o) cent à se mêler aux races primitives , et l'on s'aperçoit bientôt que le Basilic , le Tabac et le Physale du Pérou n'y piccédcrent point l'apparition des Européens. J'explorai soigneusement ces contrées intéressantes , et nonobstant les obstacles contre lesquels j'eus à lutter, je crois avoir recueilli une bonne partie des plantes qui lui sont pro- pres. Plus de 160 espèces vinrent se ranger dans ma col- lection , et près d'un quart sont des fougères plus ou moins remarquables par leur taille, leur forme et leurs caractères*, et de plus, distribuées en ai genres, depuis les modestes Trichomanes jusqu'aux superbes Cy athées, l'orgueil de celte tribu. Dans leur civilisation naissante, habiles à tirer parti de tous les végétaux qui croissaient autour d'eux, les Taïtiens utilisèrent aussi quelques-unes de ces fougères. Dans les temps de disette, ils mangeaient les rejetons et les côtes encore tendres de l'élégante Nehai {/4.ng iopteris evectd) 5 ils avaient en outre remarqué que ses folioles broyées exhalaient une odeur agréable, et ils s'en servaient pour parfumer l'huile de coco , dont ils avaient coutume de se frotter. Les plus jeunes feuilles du Poljpodium phyniatodes remplissaient le même but, et en outre jouaient un rôle important dans toutes levu^s cé- rémonies religieuses, ce qui leur avait fait donner le nom même de Oro , la plus puissante de leurs divinités. Des liges sarmenteuses du tafifi-hieie (Lfgodium semi-bi- pinnaturn) , ils aimaient à se couronner la tête. Enfin , les frondes finement découpées du titi ( Filix rugulosa, La Billardièrej, trempées dans la teinture de matai {Ficus mate), et appliquées sur leurs éioffes , formaient ces jolies dessins qui en font l'ornement. La Coquille franchit 60 degrés de longitude , environ ( 61 ) i5oo lieues terrestres , et mouille sur les côtes de la Nou- velle-Irlande : végétation semblable , rapport à-peu-près identique de i3 à 60 ou de ^ : seulement la flore en est plus bornée , et cela lient sans doute au peu d'espace que j'ai pu y parcourir , et à ce que le sol y est partout om- bragé d'arbres immenses qui arrêtent le développement des plantes moins robustes, en y maintenant une humi- dité continuelle. Nous prolongeons toute la Nouvelle-Guinée , et pré- cisément sous l'équateur , nous entrons dans le havre spacieux de Fofahak chez les Papoux : 65 o lieues sé- parent ce point de la Nouvelle-Irlande. Cependant au- cune différence notable; le rapport en question est celui de 28 à 122 , toujours de ^ environ 5 les mêmes espèces s'y l'eproduisent , et l'on observe seulement que le genre lÀndsœa, jusqu'alors peu ou point répandu dans les îles que nous venons de parcourir, offre déjà ici 4 espèces distinctes. Dans les vraies Moluques , à Bourou, à Am- boyne , le nombre des phanérogames augmente considé- rablement , et celui des fougères semble au contraire diminuer : ainsi ce rapport est représenté dans la pre- mière par la fraction-^, et sur la deuxième par 7^, c'est-à-dire par 7^ pour Bourou et 7^ pour Amboyne: con- séquence qui parait découler naturellement du rappro- chement des Moluques des conlinens de l'Asie et de l'Aus- li'alasie. Après avoir entièrement contourné les côtes de ce der- nier, nous passons deux mois à Sydney, dans ]a Nouvelle- Galle du Sud ; j'explore les plaines et les forêts qui avoisi- nentlesboi'dsduPort-Jakson , etjeproGtede la bonne vo- lonté du gouverneur Brisbanc pour traverser la chaîne des ( ^^ ) Montagnes-Bleues, et étendre mes observations jusqu'au- delà des plaines de Batliurst. Sur 36o plantes qui de- viennent le fruit de mes recherches, 24 seulement appar- tiennent à la famille des fougères , qui se trouve ainsi re- présentée par la fraction ~. Ce l'ésultat se rapproche déjà de celui que j'ai obtenu pour le Chili , et il en devien- drait encore plus voisin si je fusse arrivé deux mois au- paravant, à la lin du printemps de ces régions 5 car alors un nombre plus considérable de fleurs se fût présenté à mes regards , et les fougères eussent été à-peu-près les mêmes. A la Nouvelle-Zélande , sur 18 plantes, 5 sont des fou- gères; mais ces nombres ne peuvent indiquer rien de po- sitif. L'hiver régnait déjà dans ces climats , et dégoûté de voir mes espérances , à l'égard du point le plus inter- ressant delà campagne, totalement renversées sous le rap- port de la botanique , je m'en occupai à peine et me livrai à des observations d'un autre genre. Avant de quitter ces parages , rappelons seulement que dans ces régions aus- trales, à la Nouvelle-Zélande comme à la Nouvelle-Hol- lande , aussi avare pour l'espèce humaine qu'il paraît prodigue partout ailleurs , le règne végétal lui avait à la fois refusé les utiles céréales , les palmiers féconds et les racines nourrissantes. C'était dans la tribu des fougères que leurs malheureux habitans avaient été réduits à cher- cher leur principale ressource , et la racine torréfiée du Pteris esaiïenta (Dm^aorw pour l'Australien, 7?oipour le Zélandais) était devenue chez eux l'équivalent du pain pour les Européens. De ces parsgcs voisins des antipodes de la France, la Coquille s'est dirigée vers le nord • elle a traversé la ( ^>3 ) ligne, et à quelques degrés au-delà , elle a repris sou cours directement à l'ouest. La petite île d'Ualan (I. Strong des Américains) est devenue pour quelques jours l'objet de nos travaux. Tout se réunit pour nous convaincre qu'avant nous jamais Européen ne s'était présenté aux regards et à l'admiration de ses paisibles habitans. Sou» ce point de vue , sa Flore devenait un objet digne de toute mon attention; elle me procura io5 plantes, dont 24 étaientdes fougères. Comme àTaïli , le rapport est à peu- près d'un quart , et les espèces rappellent à la fois celles des îles de la Société , de la Nouvelle-Irlande et de la terre des Papoux, Une relâche de dix jours seulement, et sur le point le plus défavorable aux recherches du naturaliste , nous permet enfin de jeter un regard furtif sur la Nouvelle- Guinée , cette terre si peu connue et si digne cependant d'être mieux observée. Sur ^4 plantes que je puis y ré- colter , 1 5 sont dans la famille des fougères , et le rapport de ^, commun à presque toute la polynésie, se reproduit encore sur cette île immense. Mais s'il eût été possible de pénétrer tant soit peu dans l'intérieur , et surtout de s'approcher des sommets sourcilleux de la chaîne d'Ar- faki , au lieu d'errer péniblement sur les plages madré- poriques, ou sous les forêts impénétrables du rivage de Dory, nul doute que nous n'eussions obtenu d'autres ré- sultats , et les différens règnes de la nature auraient accru nos richesses en tous genres. A Maurice , 36 fougères font partie de l'herbier de 270 plantes que j'y ai amassé, et leur rapport est ainsi représenté par ;. Ce résultat , je pense, est à-peu- près conforme à celui qui résulte des savantes et labo- (64) irîeuses recherches de MM. Bory et Dupetit-Thouars sur cette île enchanteresse. La Coquille est rentrée dans l'Océaii atlantique et a laissé tomber l'ancre sur la côte de Sainte-Hélène. Dis- tante de près de 4oo lieues du continent le plus voisin , isolée et pour ainsi dire perdue au milieu des flots , cette île annonce de toutes parts son origine volcanique , et pourtant elle produit des plantes qui n'ont encore été retrouvées nulle part ailleurs , telles que le Solidago li- gneux, le Beatsonia, Y Aster glutinosus, le Conjza gum" mifera,etc., et diverses fougères. Le célèbre Rofxburgh a donné le catalogue des plantes qu'il y croit indigènes , et je tenais beaucoup à les revoir après lui : malheureuse- ment , les précautions que la compagnie anglaise des Indes orientales juge nécessaires à la sûreté de son commerce , s'opposent aux recherches du naturaliste , et je fus obligé de me contenter des facilités que m'of- frit l'aimable et obligeant gouverneur Wallcer. Mes ob- servations se bornèrent à deux courses fsiles à la hcàte, et qui ne me présentèrent que la moitié environ des espèces désignées par Roxburgh : sur 38, 19 seulement sontdes phanérogames 5 1 3 appartiennent à la famille des fou- gères , et ce que l'on doit remarquer , c'est que ce rap- port de un tiers est à-peu-près conforme à celui de ce botaniste, de 26 à 61 , surtout s'il eût ajouté comme moi à sa liste les mousses et les lichens les plus remar- quables. Enfin à l'Ascension , où tout porte l'empreinte plus ré- cente encore des volcans , où vingt cratères à peine éteints déploient leurs bouches bien dessinées, et dont le rivage '^ ii'olïre partout qu'un lugubre amas de scories enfumées. {65) le noyau de l'île, à cause de sa formation antérieure et «le l'humidité qu'il doit aux nuages dont il est habituel- lement enveloppé , offre seul aux recherches du bo(laniste quelques végétaux plus complets que les lichens blan- châtres qui couvrent quelquefois les scories de la plaine : aussi , le rapport qui nous occupe subit sur ce point une modification sui'prenante. Sur seize plantes seule- ment que je crois vraiment propres à ce rocher, neuf sont des lichens et des mousses , quatre des fougères , et trois seulement des phanérogames. Il en est un grand nombre d'autres qui, de jour en joui", envahissent la « ime , les flancs et la croupe de ce noyau , que les An- glais ont nommé Green-mountain (Montagne verte) , telles que le Physalis periiviana , Asclepias Curassa- vica, Fortulaca oleracea, Hedjsarum gjrans, Sonchus oleraceus , Senecio uulgaris, Solanum nigrum , Pani- L'um dacljlon , etc. , et diverses graminées. Mais leut; port et leurs formes décèlent bientôt leur oi^igine étran- gère , et peut-être , après un examen plus approfondi , en faudra-t-il revenir à regarder les lichens et les mousses comme les seules indigènes , et les fougères qui les ont bientôt accompagnées seraient elles-mêmes provenues oA de Sainte - Hélène ou des côtes voisines sur le continent Africain. Maintenant , si nous résumons les observations re- cueillies sur les difTérens points du globe que nous avons visités , il en résultera que , sur les continens de l'A- mérique et de l'Australasie , le rapport s'est trouvé compris entre les limites de 7^ et de ^. Sur les îles plus considérables ou plus rapprochées des continens , comme Bourou , Amboyne et Maurice , il a varié de ^ à 7^^. Dans VI. 5 (66) presque loiilc la Polynésie, il s'est maintenu entre \ et ^ 5 à Sainte-Hélène, il s'est accru jusqu'à ~ et plus , et à l'Ascension , le nombre des fougères a presque égalé jusqu'à présent celui des phanérogames , quoique bien inférieur à celui des lichens et des mousses d'une certaine dimension. On ne doit jamais perdre de vue que ces rapports ne sont point d'une vérité absolue , mais seulement relatifs aux époques où j'ai visité ces divers lieux. Pour compter sur un résultat plus positif, nous allons considérer les flores de quelques contrées mieux connues , telles que la Nouvelle - Hollande et l'Amérique équinoxiale. Suivant INI. Robert Brown , la première offrirait quatre mille espèces environ , et les fougères en occuperaient cent sept , environ ~ 5 l'auti'e , d'après M. de Humboldt , compte également près de 4,000 espèces , dont 1 lo fougères, ou ~ (i). Ainsi fon- dés sur des observations plus exactes, nos rapports pour le Chili et Port-Jackson se réduiraient aussi sans doute à cette fraction — . Eu égard au petit nombre des plantes (i) D'après ce que M. Kunth a eu la bonté de me faire observer , ce rapport de — varie lui - même entre des li- mites très - étendues , suivant les diverses stations que M. de Humboldt a explorées. Le nombre des fougères qu'il a recueillies sur la côte occidentale est très-petit relative- ment à celui qu'il a observé sur la côte orientale , et ce fait se ti'ouve d'accord avec ce que je viens d'énoncer à l'égard des flores du Brésil et du Pérou: néanmoins, le rapport moyen pour toute cette bande équinoxiale est toujours de -j^ , et c'est celui auquel je me bornerai pour les résul- tats généraux que je cherche à obtenir. (67 ) qui composent leurs Flores, les autres rapportssubiraiem des modifications moins grandes , et sans erreur gros- sière, je pense qu'on peut avancer que, dans la Polynésie, les fougères forment (en espèces) ^ de la grande végé- tation , et seulement -^ sur les grandes iles. Quant à Maurice , Sainte - Hélène et l'Ascension , les rapports que nous avons trouvés doivent être conservés, et sur ces deux dernières , le nombre des fougères égale à-peu-près celui des plianérogames. De nombreux exemples semblent appuyer la vérité du rapport -^ ou environ, tel que nous venons de l'indi- quer. En effet, l'Amérique septentrionale, d'après Pursh, nous présente 3,ooo plantes et 85 fougères , —, Dan9 sa Flore Cochincliinoise , ZoureiVo fait connaître i,4oq espèces dont 34 fougères , ^ ; celle du Japon , par Thun- l>erg , en cite i,8oo et 47 fougères , ~-^. En i8o6, tandis que Persoon , dans son Sjnopsis plantaium, mention- nait environ 22,000 plantes , Swartz , dans son Sjnopsis Jilicum , décrivait près de 700 fougères , et le rapport était alors àe-^. Enfin , si , de concert avec M. Decan- dolle ( Essai de Géographie Botanique ) , nous éva- luons à 45,000 le nombre des végétaux vasculaires au- jourd'hui connus-, et avec M. Bory de Saint -Vincent (Dict. class. Hist. 7iat. , art. Fougèue), à t,4oo les espèces de cette famille aujourd'hui disséminées dans les herbiers , le rapport définitif des fougères sur la masse totale des plantes connues sera encore de ^. Toutefois , ce rapport -^ , qui convient encore à l'Eu- rope centrale , diminue considérablement vers sa partie méridionale , et surtout sur les bords de la Méditerranée. Pour la France on îe trouve de ê'- ( Dec. , FI. fr.) \ pour ( 68 ) Paris, V„^M^.R\T, Flor. par.)-^ pour le Piémont, ^ (Allioni, fi. ped.); pour Naples , — (Tenore) j pour l'Allanlique, „V , d'après M, Desfontaines ; enfin dans les 900 plantes que j'ai récoltées au Levant, eu 1819 et 1820, je n'ai eu occasion de citer que 4 fou- gères : vers le pôle , au contraire , ce rapport augmente de nouveau ; et dans la Flore Laponienne de Linné , sur 389 plantes ,10 sont des fougères , ^, rapport presque semblable à celui qui convient aux principaux contiuens du globe. En Islande , il devient -^ (M. Hooker), et au Groenland, -^ (M. Giesecke). D'un autre côté, dans le même hémispUèi^e boréal , dès que nous nous rappro- chons de l'équateur, ce rappoi't augmente encore par degrés : ainsi, aux îles Canaries , M. Bory de Saint-Vin- cent, sur 387 végétaux , cite jusqu'à 27 fougères , envi- ron 7^ , et à la Jamaïque , Sw^arlz , sur 900 espèces, men- tionne jusqu'à 104 fougères ^ , d'où l'on paraît en droit de conclure que l'éloignement des continens , plus encore que le rapprochement de la ligne , détermine l'accrois- sement de cette fraction. Enfin, le rapport général de 3^, qui semble d'abord im- pliquer contradiction, enraisondu grand nombredes fou- gères propres à la zone torride , cessera d'étonner quand on observera que ces espèces si nombreuses , il est vrai , par rapport à celles qui composent le l'esle du règne vé- gétal , sont moins variables, et se représentent sur des espaces bien plus étendus et à des distances étonnantes. C'est sous ce dernier point de vue que nous allons con- sidérer cette famille élégante. Nous obs-erverons d'abord que le genre qui paraît le plus universellement répandu sur toute la surface du C 69 ) globe est celui qui a servi de type à la famille , le genre même Pteris , dont les espèces aliectent au reste des formes et des aspects très-variés. Cependant , par un ha- sard assez singulier^ c'est dans les contrées les plus op- posées à l'Europe , c'est à la Nouvelle - Hollande, à la Nouvelle-Zélande , qu'on retrouve l'espèce la plus ana- logue à celle de nos bruyères , le Pteris esculenta ^ qui , au premier aboid , parait à peine diflerer de notre fou- gère commune. Nous eu dirons autant du genre ylsple- nium , et nous ajouterons que les Malouines seules nous ont semblé n'en posséder aucune espèce , non plus que du précédent. IjCs genres Poljpodium , Aspidiuni et Tri- chomanes, sont ensuite ceux dont les représentans nous ont semblé les plus fréquens , et cela paraîtra assez na- turel eu égard aux espèces nombreuses que chacun d'eux renferme. Il est peu de stations qui ne nous aient présenté de Blechnum ou de Lomaria. 1.6 genre Adianthuni est encore répandu à toutes les latitudes , tandis que les Davallia , Mertensia et Schizœa paraissent plus confi- nés à la zone intertropicale , ou au moins à l'hémisphèie austral. Je n'ai rencontré ni T^ittaria , ni Lj godium, ni Angiopteris, hors des tropiques, et je u'ai trouvé de J/a- rattia qu'à Maurice , à^ Anémia et de Didymochlœna qu'au Brésil, de Gleichenia qu'à la Nouvelle-Hollande, et de Grammitis qu'à Sainte-Hélène. Quant aux espèces , le Pteris pedata est la seule dont nous puissions garantir l'existence au Brésil , comme aux îles de la Société. Les fougères des Malouines ne quit- tent point les terres magellaniques , et le Chili possède des espèces qui lui sont piopres et qu'on ne retrouve, point dans les iles de l'Océan pacifique 5 mais à Taïti ( 70 ) commencent à paraître une foule de fougères qui sem- blent habiter cette zone à partir de cet Archipel et même des Marquises jusqu'aux Moluques, et plusieurs jusqu'à l'Ile-de-France. Tels sont le Lycopodium phlegmaria ^ Bernhardia dichotoma, Hemtonitis pîantaginea , Mer- tensia dichotoma, Polypodiumphymatodes, Asplenium nidus , Pteris vespertilionis , Lygodium semi-bipinna- tum , Angiopieris e{>ecta, Blechnum orientale, Da- vallia epiphylla , id. tenuifolia , Schizœa cristata, Acrostichuni aureum , J^ittaria elongata, et quelques Cjathea, sans compter plusieurs autres dont je ne pnis prononcer l'identité sans un examen plus attentif. D'au- tres fougères , sans être précisément communes à di- verses localités, semblent offrir dans chacune d'elles des espèces analogues 5 ainsi Y Asplenium salicifolium du Brésil semble correspondre kYA. linealum de Maurice, et à \ A. falcatum, de Sainte - Hélène. Diverses espèces de Diplazium se partagent les îles océaniennes; le Doo-^ dia aspera croit à Port- Jackson , tandis que son ana-. logue, le Woodwardia caudata, vient à la Nouvelle-* Zélande. Au Blechnum occidentale de Sainte-Catlierine répond parfaitement le B. orientale de la Polynésie ; les Lomaria magellanica et Aspidium mohrioïdes (Nob.) des Malouines aux L. lineafa et Aspidium fenxtgineum de la Conception. Le Vittaria lineata du Brésil a pour représentant le J^. elongata dans tout l'Océan pacifique. On trouve à Sainte -Catherine le Schizœa penicillata; aux Malouines, le Schizœa pumila; dans toute l'Océa- nie , le Schizœa cristata, et à Port-Jaclsson, le Schizœa bifida ,• enfin > leà genres Poljpodium, Aspidium , As- plenium , Pteris, Adianthum, Trichomanes et ffymc- ( 70 nophjllum^ sur la plus grande partie du globe sonl repré- sentés par des espèces qui ont entre elles la plus grande ressemblance. Sans doute, il y aurait une foule de rapproche- mens semblables à faire si l'on passait en revue la cohorte entière des fougères , eu comparant à la fois les diverses localités où elles croissent : ici je me suis con- tenté d'exposer les principaux feits résultant de mes ob- servations particulières , et elles doivent suffii'e pour faire sentir le rôle important G[ue jouent ces plantes sur tous les points du globe. On doit surtout remarquer que, bien différentes sous ce rapport de la plupart des autres familles du règne végétal , leur existence est bien mcins subordonnée aux influences spéciales du climat , de la latitude et même des différences de niveau. Des régions les plus boréales aux paragos les plus avancés vers le pôle antarctique , sur toute l'étendue de la zone inter- tropicale , dajis les plaines comme sur les montagnes les plus élevées , sur les iles encore plus que sur les (X)u- tinens , il existe des types de cette famille , et je crois que les deux qui la suivent de près dans l'ordre naturel , savoir, les graminées et les cypéracées , peuvent seules partager avec elle ce privilège , quoique avec un désa- vantage marqué ^ d'autre part , elle doit à cet égard céder la palme aux mousses et aux lichens : aux lieux où cesse toute autre végétation , ceux - ci peuvent encore exis- ter. Les Phjscia islandica et P. nwalis recouvrent les rochers nus du Groenland, et ceux des îles antarctiques de la INouvelle-Schetland le sont pari Usnea me laxantha. Sur les sommités des monts les plus élevés , les mousses el les lichens croissent là où cesse de végéter toute ( 70 autre espèce de plante , et ce sont encore eux seuls qui ne craignent point de s'enfoncer sous terre et de tapisser les parois des puits et des fontaines et les murailles de plusieurs grottes où n'ont jamais pénétré les rayons du soleil . Considérée dans un ordre rétrograde , cette marche ne semble - 1 - elle pas celle qu'a suivie la natïire , et munis des preuves que nous venons de recueillir, ne pou- vons-nous pas concluze avec quelque vraisemblance que les lichens et les mousses furent le premier anneau de la chaîne des végétaux? Les fougères , presque aussi diflë- rentes de ceux - ci que des phanérogames , remplirent l'intervalle que laissaient entre eux ces deux grands ordres , et formèrent la grande végétation du globe jusqu'à ce qu'enfin les plantes douées d'organes plus par- faits vinrent se présenter à leur tour et en occuper défi- nitivement la plus grande étendue (i). (i) Le tableau ci-joint est destiné à montrer d'un seul coup-d'oeil suivant quelles lois le rapport îles fougères à la masse totale des végé- taux vasculaires se modifie sur les diverses parties du globe. Les cinq premières Flores indiquent que , sur les continens de l'Amérique , de l'Asie et de l'Australasie , il paraît être de ^ environ, Dans la sixième , qui appartient à une île voisine de l'équateur , il augmente considérable- ment. Ensuite nous arrivons en Europe , et nous voyons qu'à partir de l'Angleterre , de la Suède et de la Prusse , qui occupent le nord des régions moyennes de l'Europe , et où ce rapport est encore à-pcu-près le même , il diminue progressivement à mesure que nous avançons vers le midi , par-dessus l'Allemagne , la Suisse , la Frauce , le Piémont , etc., et sur les bords de la |V1 éditeiranée , en Provence, à JS aples, sur les plages de l'Atlantique, dans l'Archipel grec, et surtout en Egypte, il est le plus petit possible. A la Jamaïque et aux Canaries, îles voisines de l'équa- teur, il est très-fort ; sur les terres rapprochées du pôle boréal , co uirae sur celles qui ont une haute latitude australe, savoir, en Irlande, au Groenland et au détroit de Magellan , il est encore assez cousidérable. Enfin , deux recensemeiis de la masse totale des végétaux , à quinze ou vingt ans de distance, s'accordent à indiquer la fraction j.j comme celle qui°doit exprimer Je rapport général des fougères à la masse des végétaux vasculaires. , _ _, Du reste, tous ces rapports ne sont qu'approximatifs ; iis ne pourront devenir définitifs que lorsqu'on possédera des données exactes sur lu végétation du globe entier. (73)' ABLEAu indiquant la répartition des Fougères sur les divers ■points du globe , plus ou moins parfaitement explorés jusqu'à ce jour. VÉGÉT. > FLORES. AUTEURS. Tucni,. FOUGÈRES. 13 6 H Amérique équinox. HniIEOLDT, BONPLAND et KtJNTH. 4iOOO ITO J5 Amérique septentr. Pnnsn. 3,000 85 Tï Nouvelle-Hollande. Robert-Browk. 4,000 107 TT jHpon. TuUMBERG. 1,800 il Jâ Cocliincliine. LoCREIRO. 1,400 34 V Ceylan (île;. Hermakn. 388 16 Ï4 Ecosse. LlGTHPOOT. 800 26 TT Bretagne (grande). Smith. 1,485 42 î? Suède. LlKNÉ. 943 II IT Spa. Lejeuke. 900 Î6 Herborn. Leers. 800 21 TS Fridichsdal. MnLLER. 83o 20 "*,' Berlin. WiLLDENOW. 880 20 44 Helvétie. Haller. 1,713 39 Ï4 Carniole. SCOPOLI. 1,283 28 ïT Paris. Mérat. i,55o 3i Tô Orléans. Ddbois. i,o5o 20 17 Pyrénées. Picot-Lapetbouse. 2,5oo 45 sT i France. Decandolle. 3,795 60 b7 j'iPiémont. Alliowi. 2,4-27 40 ëV Provence. Girard. i,5oo 22 ¥ Toulon. D'Urville ( inédit ). i,5oo 20 Ts Naples. Tenore. 1,93 1 26 T4 Grèce. Sibthorp. 2,363 a8 Ï4 Atlantique. Desfontaines. 1,600 18 Ù Portugal. Brotero. 2,200 •'9 7T6 Arcliipel grec. D'Urville. 907 4 TT? Egypte. Delisle. 97' I sTT Jamaïque. SwARTZ. is? T04 1? Iles Canaries. Sort de Saint-Vincekt. 27 Tî Magellan (détroit). CoMMERSOK ( Herb. Jussieu ). i58 II r; Islande. Hooker. 354 20 Tî GroL'nland. Giesecke ( Edimh. Encycl.). 200 20 TS Cap-Nord. Sabine. 26 4 700 ■ i Le globe entier. Persoon etSwARTZ, en 1806. 22,000 T3 Idem. Decandolli: et Bort, eu 182^. 45'ooo 1 , 4oo Tî ( 74 ) Description de cinq genres de Mollusques, et de quatre genres de Zooph\tes , découverts pendant le Voyage autour du Monde commandé par M. L. DE Freycinet; Par MM. Quoy et Gaimard. DES MOLLUSQUES. Genre CLIODITE. Cliodiia. Quoy et Gaim. Corps oblong , membraneux , turbiné , rétractile , sur- monté d'une tête saillante sans tentacules apparens , portée sur un cou gros et assez long , offrant deux petits points noirs , qui sont probablement des yeux. Deux nageoires subtriangulaii'es insérées de cliaque côté du cou. Ces Mollusques ont , avec les Clios , de très-grands rapports 5 mais comme ils s'en éloignent aussi sous d'autres , nous avons cru devoir en former un genre par- ticulier. Cliodite caducée. Cliodiia caduceus. Quoy et Gaim. (Planche II , figure 2.) Cliodiia carnosa , nigricans • alis subtriangularih us , claris , procumbentibus , ciicullo ligalis ; extrenutate inferiore rotundiî. Les particularités que présente ce nouveau Pléropode sont , une tête obtuse, allongée , avec un léger enfonce- ( 75 ) ment au milieu , et deux points noirs , un de chaque côté , qui sont probablement des yeux. Au-dessous de la lêle se voit une sorte de capuchon d'où partent les deux nageoires , subtriangulaires , inclinées en forme de caducée. Elles sont translucides , revêtues d'un ré- seau à mailles quadrilatères. Plus bas est un cou gros, allongé, rétréci inférieurement à l'endroit où il s'insère au corps proprement dit , lequel est plus volumineux et arrondi par le bas. La couleur de ce Mollusque est noirâtre. Il se meut avec beaucoup de rapidité à l'aide de ses deux nageoires, qu'il tient un peu plus relevées qu'elles ne le sont dans le dessin. Dans le repos, elles sont tout-à-fait abattues le long du cou. Cliodite en fuseau. Cliodita fusiformis. Quoy et Gaim. (Planche II, figutes 3 et 40 Cliodita fusiformis , carno&a, nigricans } alis subtriangu- laribus , claris , extensis ; extremitate inferiore acutâ. Celte Cliodite a , comme la précédente , une tête ob- tuse avec deux points noirs •, mais elle manque de ca- puchon , et les nageoires partent immédiatement du cou, qui est aussi moins long et moins gros ; elles sont pres- que triangulaires , translucides , réticulées , étendues de manière à former un angle droit avec le corps , qui est gros , conique et terminé en pointe par le bas. Ayant aussi pris ce Mollusque vivant, nous pûmes, après l'avoir placé dans un vase , observer la rapidité (7^) des mouvemens qu'il se donne à l'aide de ses nageoires. Dans le repos, il tombait au fond de l'eau , et s'élevait dès qu'on l'excitait. Un peu avant de mourir, il plia ses petites nageoires et se retira sur lui-même , comme il est représenté yïg"«re 4- Ces deu.x espèces ont été recueillies dans l'iiémisphère austral, plus près du Cap de Bonne -Espérance que de l'ile - de - France , où nous allions , et dessinées par M. Arago. Les détails et la symétrie de ces animaux ne sont peut-être pas assez bien exprimés ; mais pris dans une mer assez agitée, et ayant par eux-mêmes des mou- vemens très-rapides, il était difficile de mieux faire. Genre TRIPTÈRE. Triplera. Quoy et Gaim. Corps oblong , charnu , contractile , à extrémité in- férieure ari"ondie, la supérieure présentant une ouverture large , dentelée sur ses bords , munie de deux petites nageoires latérales insérées en dedans du limbe , et sur- montées d'un voile membraneux de même forme et de même grandeur qu'elles. Point d'appai'ence de tète ni d'yeux. Triptère eose. Triplera rosea. Quoy et Gaim. ( Planche II , figure 5. ) Triplera oblongiila, rosea- extremitate oblusâ; orificuy crenalo ; alis sitbr'Otiindis . Nous établissons le genre Tripière d'après ce singulier Ptéropode, trouvé sur les côtes de la Nouvelle-Hollande, près du Port- Jackson, (77 ) Il était vivant , engagé dans les longs tentacules d'une belle Méduse. Sa longueur est d'un d-emi- pouce; son corps est charnu , terminé en cul-de-sac arrondi , avec des fibres transversales , plus apparentes quand l'animal se contracte. L'ouverture unique est denticulée , et pré- sente à son milieu un petit voile mobile , de chaque côté duquel sont deux nageoires arrondies , translucides et d'une couleur i^osée moins foncée que le reste du corps 5 elles s'insèrent un peu en dedans du limbe et se meuvent avec beaucoup de rapidité ; dans le repos , elles se res- serrent sur elles-mêmes et ferment l'ouverture au fond de laquelle se trouve l'ensemble des viscères. Ce petit Mollusque a été perdu avant que nous eussions pu examiner son organisation avec détail ; mais le dessin rend parfaitement ses formes extérieures. Genre TIMORIENNE. Timoriena. Quoy et Gaim. Corps libre, allongé, gélatineux, cylindrique anté- rieurement , triangulaire et pointu postérieurement ; muni d'un appendice labial , et d'un tube digestif à deux ouvei'tures. Point de nageoires ni de branchies. Peut- être des yeux. TiMORiENNE TRIANGULAIRE. Tiuioriena triangularis . Quoy et Gaim. (Planche I , figure 11. ) Timoriena , corpore gelatinoso , cjlindraceo , aspero ; appendice carnosâ antice • branchiis et pinnis nullis ; caudâ acutd , triangitlari , rubrâ. Ce nouveau genre de Mollusques tire son nom de l'île Timor , près de laquelle nous l'avons trouvé. Avant de ( 78) Je décrire, nous dirons qu'il a quelques rapports avec une Firole privée de sa nageoire supérieure et trouquée dans sa trompe. Nos observations à cet égard doivent lever tous les doutes. Nous avons pris plusieurs indivi- dus de la même espèce 5 et ce n'est qu'après avoir reconnu que tous étaient sains et parfaitement entiers dans toutes leurs parties , que nous les décrivîmes , comme devant faire partie d'un genre séparé. Les Timoriennes que nous avons vues avaient un pied de longueur, quelquefois davantage. Elles nageaient ho- rizontalement à la surface des flots, où elles se faisaient remarquer par la couleur rougeâtre de leur queue. Celle qui est figurée ici a environ sept pouces de long, La moitié antérieure de son corps est transparente , molle , arrondie , et comme renflée par des ligues mus- culaires. La postérieure va en s'amincissant, et se termine par une pointe déliée , triangulaire , très-coriace , ru- gueuse , d'une couleur rougeâtre très-vive. La partie antérieure présente une ouverture large , qui est la bouche , fermée en a par un appendice vermi- forme, aplati, musculeux, strié longitudiualement et de couleur violacée 5 de sorte que lorsque l'animal veut prendre des alimens, il est obligé d'abaisser ou d'élever cette espèce de lèvre , selon la position dans laquelle il se trouve placé. Un peu après celte ouverture , de chaque côté du canal alimentaire , sont deux grands points noirs, quadrilatères, logés dans la substance gélatineuse - chlorate d'étain , firent recon- naître qu'il contenait une quantité considérable de sélé- nium , et confirmèrent par là complètement la pensée , . qui déjà était devenue extrêmement probable par les recherches précédentes sur ce minet-ai , que c'est ual combinaison naturelle du sélénium avec le ploml Comme la circonstance que ce minerai contenait du ce balt faisait conjecturer que ce métal s'y trouvait peut être à l'état de combinaison ou d'alliage analogue speiss , l'on chercha encore plus particulièrement s'il ni s'y trouvait point quelque quantité d'arsenic ; mais Vi ( ïo? ) n'en a pu découvrir aucune trace , ni par raction du chalumeau, ni en traitant la dissolution par l'acide hydro-sulfurique , après l'avoir dégagée du plomb et du sélénium. Quant à l'estimation des quantités des principes de ce minerai , comme il était impossible de le séparer com- plètement du calcaire brunissant et du quartz auxquels il était joint , on commença par y verser un excès d'acide nitrique très-étendu , qu'on maintint en contact, à froid, jusqu'à ce que tout le calcaire brunissant qui y était mé- langé fût enlevé , ce qui était facile à reconnaître par la cessation de la vive effervescence qui se manifestait pendant la dissolution du calcaire brunissant , après quoi, le minerai restant ayant été séparé avec soin de la première dissolution par des lavages répétés , a été dissous dans de l'acide nitrique un peu plus concentré , et à l'aide de la chaleur. Après la séparation du quartz , le plomb fut précipité le premier de cette dissolution , au moyen de l'acide sulfurique» Pour qu'il Ue se précipitât aucune portion de séléniate de plomb , cette séparation fut en- treprise , non-seulement à chaud , mais le précipité fut tenu long - temps dans la liqueur en ébullition avant d'êlre rassemblé sur un fdtre. Après la séparation du plomb, la dissolution fut rapprochée, et le sélénium eu fut précipité par le sulfite d'ammoniaque et l'acide sul- fureux. Enfin, après que cette matière fut entièrement précipitée et complètement séparée par la filtralion , le cobalt fut en dernier lieu séparé de la liqueur restante , au moyen de l'hydro-sulfate d'ammoniaque. Enfin , le plomb dissous à froid par l'acide nitrique étendu ayant été précipité par l'acide sulfiuique , on se ( io8 ) servit de la dissolution pour découvrir la quantité de calcaire brunissant qui était mélangé au minerai 5 pour cela, on a séparé et déterminé ce qu'elle contenait de chaux, de magnésie, d'oxides de fer et de manganèse. De cette manière , on a retiré de i,8i4 gram. de ce minerai, auxquels étaient mélangés o,oi3 gram. de* quartz et 0,161 gram. de spath Lrun , en sorte qu'on n'avait que i ,64o gram . de minerai pur, ■■' Sulfate de plomb , 15703 gram. ^ Sélénium, 0,4^95 Per-sulfure de cobalt , 0,0 38. Dans un autre essai , sur i ,364 gram. de minerai, dans lesquels se trouvaient 0,0 laS gr, de quartz et 0,0795 gr. de spath brun , on obtint : Sulfate de plomb, 1,3275 gram. j Sélénium, o,3545 Per-sulfure de cobalt , 0,019. Dans une nouvelle répétition de cette analyse, faite sur i,4o5 gram. de minerai, mais dont on n'avait pas déterminé le mélange de quartz et de spath brun , et où cette fois le sélénium fut précipité par l'hydrogène sul- furé , on obtint : Sulfate de plomb , i ,3 1 3 gram. ; Sulfure de sélénium, o,653 ; Per-sulfui'e de cobalt , 0,0 1 8. Prenons maintenant la composition du sulfate de plomb comme donnant 68,285 parties de plomb pour ( log ) loo parties de sulfate; celle du per - sulfure de cobalt comme donnant ^S,o parties de cobalt pour loo de sulfure 5 et enfin , regardons le sulfure de sélénium comme contenant 55,3 parties de sélénium pour loo de sulfure ; si , de plus ;, l'on a égard à ce que , dans la der- nièi-e analyse , on n'a pas noté les quantités de quartz et. de spath brun , on aura ci - dessous les mêmes analyses calculées pour loo parties de minerai. Analyses. !>•«. 2«. 3=. Plomb , 7o,85i 71,265 70,8l3; Cobalt , ''O97 0,708 0,672; Sélénimn , 27,988 99^939 27,880 28,5i5. 99,8o3 100,000. Ou bien , le minerai étant pris encore pour 100 parties, on obtient , pour moyenne entre les trois analyses qui s'accordent très-bien entre elles , le résultat suivant : Plomb, 70,98; Cobalt, o,83; Sélénium, 28,11. 99'92- Les principes de ce minéral sont enfin tout-à-fait unis entre eux dans le rapport de leurs nombi'es équivalens , et la quantité du sélénium qui s'y trouve s'accorde non- seulement avec celle du plomb , mais aussi avec celle du cobalt , et ce métal est par conséquent aussi contenu dans le minerai à l'état de séléniure ; le sélénium se trouve aussi dans ce min'erai uni au plomb , exactement dans le même rapport que le soufre l'est avec ce dernier métal dans le sulfure de plomb , c'est-à-dire que la com- ( ï»o ) position de ce séléniure de plomb naturel est telle que , si ses deux principes venaient à se brûler et à se transfor- mer, l'un en oxide de plomb , l'autre en acide sélénique, ils se combineraient et produiraient un séléniate de plomb neutre 5 et tout comme il arrive quelquefois que ,du sulfate de plomb soit formé par l'altération du sulfure de plomb , de même il pourrait arriver qu'on obtint de la même manière du séléniate de plomb par le séléniure de plomb. Dans tous les lieux où se trouve du séléniure naturel de plomb , on aura soin d'examiner si une pareille combinaison se rencontre. {Zeitschriftfûr Minéralogie, von Leonhard. Juni 1825. ) M. Henry Rose vient de publier l'analyse de quel- ques séléniures du Harz fort curieux , pour laquelle il a fait usage de la méthode imaginée par M. Berzélius pour l'analyse des mines de nickel. Elle consiste à faire passer à l'état de chlorure les corps renfermés dans le minéral au moyen d'un courant de ce gaz et d'une température élevée. Il a soumis à ces expériences : 1°. Un séléniure de plomb , en masse implantée dans la chaux carbonatée magnésifère , dont les carac- tères sont les mêmes que ceux du séléniure de MM. Stro- meyer et Haussmann , et dont la composition consiste en : ■jijSi plomb, 27,5g sélénium . 99,4o séléniure de plomb , ce qui donne évidemment la foimule Pb Se"^. 2°. Un séléniure de plomb cobaltifère , qui ne diffèn? ( III ) du précédent que par les réactions qu'il donue au cha- lumeau avec les fondans. Sa composition dillère sensi- blement de celui de MM. Stromeyer et Haussmann , pour la proportion de cobalt; elle est, pour loo, de : G3i,92 plomb ; 3,1 4 cobalt; 3 1,0 2 sélénium ; 0,45 fer ; 1,07 perte. 100, » . Celle composition se laisse représenler par la formule CoSei-{-6PbSe^. 3°. Séléniure de plomb cuprifère. La composition de ce minéral est plus compliquée; il renferme : 59,67 plomb ; 7,86 cuivre ; 29,96 sélénium; 0,77 fer avec traces de plomb; i,oo minéral iudécomposé; 0,74 perte. et , bien que sa composition générale le rapproche du précédent , il présente celle difficulté , que , si on sup- pose le plomb à l'état de Pb Se"^ , il restera ti-op de sélé- nium pour transformer le cuivre en CuSe, et pas assez pour le faire passer à l'état de Cu Se^. M. Rose pense qu'il contient ces deux combinaisons en même temps. Le caraclèi'e essentiel de ce minéral , outre les caractères généraux des séléniures, consiste en une fusibilité ana- logue à celle du sulfure d'antimoine, et dans la faculté qu'il possède de fondre dans le matras sans donner de sublimé de sélénium. M. Rose s'est assuré qu'un mé- lange de Pb Sei, CiiSe, auquel on ajoute du sélénium, devient d'autant plus fusible qu'il renferme plus de se- ( iiO lénium , et que ce dernier corps n'en est pas séparé par l'action de la chaleur. Toutes ces réflexions s'appliquent également à une variété de plomb sélénié cuprifère de couleur violette, plus fusible , et souillée de séléniure de mercure , qui n'en fait pourtant pas toujours partie. Loi-sque le nii- néi'al en est privé , il consiste en : 47,43 plomb ; i5,45 cuivre; 34,26 sélénium ; 1,29 argent, 2,08 oxides de plomb et de fer. 1 00, 5i , 4*^. Séléniure de plomb hjdrargiré. C'est probable- ment un mélange variable de H g Se'^ et Pb Se"^ : au moins deux analyses faites avec des échantillons diffé- rens ont donné : Plomb, 55,84 27,33 j Mercure, 16,94 44j69; Sélénium, 24^97 27,98; Perte, 2,25 0,0. Cette combinaison ou ce mélange diffère peu ou point du séléniure de plomb 5 mais elle se reconnaît aisément à ce que, chauffée dans le ma Iras , elle donne un sublimé cristallin de séléniui^e de mercure. Tous ces minéraux sélénifères ont été découverts par M. Zinken, dans la partie orientale du Harz , en deux endroits peu éloignés l'un de l'autre. L'un est près de Zorge , dans des filons de fer qui traversent le schiste argileux et la diorite 5 les séléniures y sont disséminés dans la chaux carbonatée maguésifère.' L'autre est près de Tilzerode, dans des filons 5 les séléniures s'y trou- vent en plus grande quantité , dispersés de la même ma- nière dans la cliaux carbonatée maguésifère, et souvent accompagnés d'or natif en petite quantité. ( "3) Rapport sur un Mémoire de M. le docteur Barry , intitulé : Recherches sur le Mouvement du sang dans les veines. (Lu à l'Académie loyale des Sciences, le 29 août iSaS.) Par MM. Cuvier, et Duméril, Rapporteur. Li. circulation dans les animaux vertébrés est l'une des parties de la physiologie sur laquelle nous avons ac- quis le plus de connaissances positives. Ces notions exactes ne datent cependant que du commencement du seizième siècle , époque à laquelle Harvey démontra le véritable mécanisme qui met en mouvement et qui favo- rise le transport continuel du sang. On sait que les canaux qui partent du cœur, et par lesquels le sang est poussé, dirigé vers toutes les parties du corps, s'appellent des artères , et que ceux qui conduisent le sang , le chyle , ou la lymphe au cœur, ont reçu le nom de 'veines; enfin , que le cœur ou l'organe qui détermine , jus(Ju'à un certain point , le mode de circulation , varie par sa position, par sa structure, suivant beaucoup de circon- stances qu'on est parvenu à apprécier, quoique le véi^i- table mécanisme par lequel son action s'exécute reste à- peu-près le même. La direction suivant laquelle le sang veineux est con- stamment entraîné vers le cœur avait été reconnue par Michel Servet , plus de cinquante ans avant les expé- riences positives qui firent découvrir à Harvey le véri- table niécanisme de la circulation. Cependant, depuis cette importante et mémorable découverte , il s'est élevé VI. 8 C "4) \m grand nombi'e de dlscvissions sur les véritables causes delà progression du sang dans les veines. Sans présenter ici une histoire chronologique des di- verses opinions émises à ce sujet , il est important pour la question que nous allons avoir à examiner, de rappor- ter brièvement les principales. Nous mettrons au pre- mier rang i'aclion impulsive du cœur et des artères , qui se continuerait par la pression qu'elle est censée exercer sur les radicules des veines , avec lesquelles les i artères s'abouchent dans leur terminaison. Telle était l'idée d'Harvey. Suivant Bichat , la puissance absorbante du système capillaire veineux suffirait pour faire com- mencer d'abord et continuer ensuite cette progression , à l'aide de l'action des parois des veines elles-mêmes. Enfin , suivant l'opinion de divers auteurs , un grand nombre de causes accessoires faciliteraient cette action des veines : tels sont le mouvement des gros troncs ar- tériels placés le plus souvent entre deux veines : la pres- sion exercée à l'extérieur et au dedans de tous les organes par la peau , par les muscles , par les viscères qui s'af- faissent allernalivement après avoir été distendus ; mais c'est surtout l'action de la respiration, dont la coïncidence a été observée d'une manière très-évidente , comme cor- respondant au letour mécanique du sang par les veines. Pour expliquer cet effet , les uns ont supposé que le sang était appelé avec d'autant plus de vitesse que les poumons étaient plus vides (Rudigfr), ou qu'une ins- pii-alion plus forte et plus rapide permettait au sang un cours plus libre dans les poumons ( Santorini ). Haller, Plijsiologie ^ t. ii , page 333 , cite un grand nombre d'expériences qu'il a répétées sur les animaux I (ii5) vivans , d'après celles de Valsalva et de Morgagni , par lesquelles il a reconnu qu'en mettant à nu les grosses veines , telles que les caves supérieures et inférieures , les jugulaires, les sous-clavières , c'était au moment où l'animal faisait une forte inspiration que le sang veineux parvenait au cœur ^ que dans cet instant , toutes ces veines se désemplissaient, pâlissaient, s'aplatissaient, se vidaient du sang qu'elles contenaient , et que , dans l'expiration qui suivait immédiatement , les mêmes veines se gonflaient , devenaient bleues , cylindriques , et que , plus les deux temps de la respiration étaieni marqués , plus ces phénomènes devenaient apparens. Morgagni avait même dit (Z>e Caus. et Sedib. Morb. , lib. XIX, art. 33 et 34) qu'en considérant attentive- ment la veine jugulaire mise à découvert sur un chien vivant , et ea appuyant la main sur l'abdomen de l'ani- mal , il avait évidemment reconnu que toutes les fois que , par l'air de l'inspiration , le ventre s'élevait , dans le même moment la veine s'affaissait pour se regonfler aussitôt que , par l'air de l'expiration , les parois de l'ab- domen retombaient sur elles-mêmes. Depuis , un grand nombre d'auteurs , en particulier notre habile confrère M. Magendie (Phjsiol. , 2* édit. , page 4i8), ont vérifié ces circonstances, et ont apporté en preuve de cette concoi-dance de Tinspiralion avec l'accélération du mouvement dans les gros troncs vei- neux , des expériences nouvelles et ingénieuses qui ont confirmé la réalité constante de ce phénomène , mais en le regardant comme un moyen accessoire qui facilite l'abord du sang veineux. Enfin, quoique la plupart des physiologistes aient J ( "6 ) attribué uniquement au vide qui s'opère dans le cœur la progression du sang veineux dans cet organe , Bichat {Anat. génér. , tom. i, pag. 4^9) a dit avec raison que ce mouvement éprouvé par le sang dans les veines exigeait- encore beaucoup de recherches-, car, ajoute-t-il, malgré tout ce qu'ont écrit les auteurs sur cette ques- tion , elle offre une obscurité où on n'entrevoit encore * que quelques traits de lumière. Nous avons cru devoir entrer dans ces détails pour mettre l'Académie dans le cas de juger le Mémoire , pour l'examen duquel M. le baron Cuvier et moi avons , eu l'honneur d'être désignés commissaires. Dans ce travail , M. le docteur Barry expose ses idées particulières sur le mouvement du sang dans les veines. Il décrit avec beaucoup de détails les procédés qu'il a imaginés, nous pouvons le dire, avec sagacité, qu'il a exécutés tiès - adroitement sur les animaux , et qu'il a répétés avec la plus grande complaisance , et à plusieurs reprises , sous les yeux de vos commissaires. Son Mémoii"e présente trois points de recherches prin- cipaux. 1°. De déterminer, par des expériences positives, quelle est la puissance qui force le sang veineux de se ' diriger des plus petites ramifications, où il est puisé, jusqu'au coeur^ où il aboutit; 2°. D'apprécier et de comparer la vitesse avec laquelle le sang se meut dans les veines et dans les artères ; 3°. D'établir que l'abord continuel du sang veineux au cœur ne peut être assigné uniquement aux causes auxquelles il a été attribué jusqu'à présent. Sous le premier point de vue, en étudiant le phéno- ( "7) mène delà circulalion veineuse , M. Barry a été conduit à reconnaître que , par l'acte de l'inspiraliou , il se fait un vide dans la cavité de la poitrine , laquelle tend à se dilater, et que tout liquide en communication avec l'in- térieur du thorax devait y être attiré, comme forcé par la pression atmosphérique . Tous les faits connus trou- vent , il faut l'avouer , leur explication dans cet effet physique : tels sont , en particulier, le gonflement des veines jugulaires dans l'expiration , et leur affaissement dans le mouvement inverse; la cessation de certaines hé- morrhagies par des inspirations forcées ; l'absorption de l'air par les veines , et les accidens qui en ont été la suite lors de l'ouverture ou de la section de quelques-uns de ces grands canaux voisins du coeur. L'auteur ne s'est pas contenté de rapprocher les faits qui viennent à l'appui de son opinion , il a voulu la cor- roborer par des expériences directes dont voici les prin- cipales. Ayant ajusté sur l'une des grosses veines , comme sur la jugulaire d'un animal vivant, le bout d'un tube de verre garni d'un robinet , et ayant placé l'autre extré- mité libre de ce tube dans une liqueur colorée , il a re- connu , après avoir ouvert le robinet , que toutes les fois que l'animal faisait une forte inspiration , le liquide était vivement absorbé , et que dans l'expiration , au cou- traii-e , il restait stationnaire s'il ne refluait pas. Nous pouvons annoncer de suite que le même phénomène se reproduisait toutes les fois que l'expérimentateur avait introduit le même tube, disposé très -artistement dans «ne des cavités du thorax et même du péricarde. Afin de rendre ce mouvement du liquide absorbé par (ii8) le tube plus sensible à la vue , M. Barry s'est servi de ca»-iaixx contournés eu spirale , afin que l'espace à par- courir étant plus long , le mouvement devînt plus évi- dent, et, pour rendre leur ascension plus distincte , il a mêlé ou introduit dans les liquides colorés quelques gouttes d'huile ou des bulles d'air, qui servaient à faire mieux distinguer leur progression. Dans toutes ces expériences, exécutées avec la plus gi'ande adresse et avec des précautions bien satisfaisantes contre toutes les objections qu'on pourrait leur opposer, l'auteur du Mémoire dont nous désirons faire connaître les conséquences s'est assuré que le mouvement aspira- teur delà grosse veine était coïncidant avec l'instant où l'animal tendait à opérer le vide dans la poitrine ; que le sang noir ne traverse les veines que pendant l'acte et le temps de l'inspiration , et que ce mouvement veineux est toujours placé sous l'influence de l'air ou de la pres- sion atmosphérique. M. Barry est tellement convaincu de celte action de l'atmosphèi'e sur l'absorption veineuse , qu'il regarde comme un moyen assuré d'empccher l'absorption d'une matière vénéneuse l'application d'une ventouse sur une plaie récemment empoisonnée, ou dans l'intérieur de laquelle on aurait introduit une substance délétère. M. le docteur Barry attribue également à la pression atmosphérique l'action absorbante du svstème pulmo- naire vénoso - artériel ou de la petite circulation ; mais ici l'auteur offre plutôt des raisonnemens établis sur des dispositions anatomiques que sur des observations po- sitives , et quelques faits d'an.Uomie comparée pourraient (èll-e objectés avec succès à cette opinion, que l'auteur ("9) n'a pas présentée avec des expériences aussi concluantes que celles dont il s'est appuyé pour démontrer l'action de la pression de l'atmosphère sur la grande circulation veineuse. Quanta l'appréciation de la vitesse comparée du sang dans les deux ordres de vaisseaux qu'il parcourt, l'au- teur l'a fait d'apiès l'idée que la pression de l'atmo- sphère étant la principale puissance qui pousse le sang veineux dans le cœur pendant l'inspiration , ce sang doit nécessairement se mouvoir avec vme rapidité qui est à celle du sang artériel comme le temps employé à une respiration entière est à celui d'une seule et unique inspiration , et que la fréquence du pouls ne peut être prise comme la mesure de la vélocité du sang qui revient au cœur, puisque, dans la première hypothèse, ce serait la l'épétilion du mouvement inspirateur qui réglerait cette vélocité. Celte partie du Mémoire est entièrement fondée sur le raisonnement et n'est pas appuyée de preuves et d'observations qui nous permettent de manifester luie opinion sur ce sujet. Enfin , quant à la dernière conséquence que l'auteur paraît devoir tirer de son Mémoire , que l'abord du sang veineux au cœur ne peut être uniquement attribué aux causes indiquées jusqu'k présent, nous avouerons que cette idée de la pression de l'atmosphère , comme cause principale n'a pas été primitivement reconnue par lui. Plusieurs auteurs l'avaient indiquée, même avant M. le docteur Zugenbuhler, qui a cru devoir faire une récla- mation à l'Académie , en lui envoyant une Dissertation de Motu sanguinis per venus , publiée en i8i5. Mais Vauteur, tout en reconnaissant l'action très-évidente d« ( 120 ) la pression de ralmosphère , regarde le cœur comme la cause première du vide qui s'opère dans le système , tandis que M. Bariy attribue la dilatation du cœur lui- niôme et de ses oreillettes à la tendcince au vide qui s'o- père dans toute la cavité de la poitrine dans l'acte de l'in- spiration , en démontrant cette action par des expérien- ces positives, tandis que M. Zugenbubler ne présente que des raisonnemens à l'appui de ses opinions. En terminant ce rapport sur le Mémoire intéres- sant de M. Barry , nous nous faisons un devoir de dé- clarer que les expériences décrites avec beaucoup de détail par l'auteur, ont été faites et répétées plus de vingt fois sur des cbiens, sur des brebis, sur des cbevaux; qu'elles ont constamment i^éussi toutes les fois qu'il a pu exécuter cornme il le désirait les procédés ingénieux qu'il a imaginés dans ce but, et que ces recherches expé- rimentales ont eu lieu sous nos yeux , à la Faculté de. Médecine, au Jardin du Roi, à l'Ecole d'Alfort, devant M. Girard , et aux abattoirs de Montfaucon. Vos commissaires jugent ces recherches faites dans un très-bon esprit et très-propres à éclairer l'histoire physiologique de la circulation veineuse dans les mam- mifères. Sous ce rapport , ils ont l'honneur de proposer à l'Académie d'inviter l'auteur à poursuivre ses recher- ches sur les causes de l'absorption , qiii peuvent offrir un grand intérêt et des applications très-utiles à l'éco- nomie animale ; de décider que le Mémoire de M. Barry sera inséré parmi ceux des savans étrangers. Cependant ils ne doivent pas laisser ignorer que, dans leur opinion particulière, l'acte de l'inspiration qui peut produii'e le vide , et par suite l'appel du sang veineux dans la ca- ( 121 ) vite du thorax chez les animaux à poumons, tels que les mammifères et les oiseaux , ne suffit pas pour expliquer le mouvement du sang dans les veines chez quelques reptiles et chez les poissons , qui ont un autre mode de respiration ; la même coïncidence d'action ne pouvant se trouver entre l'inspiration qui s'opère chez ces animaux par une véritable déglutition et l'abord du sang veineux dans la cavité de leur cœur. Observations sur la Méthode générale du Rév. W. Wheweli pour calculer les angles des cris- taux; Par M. De Lafosse. Le problème qui a pour objet de déterminer les rapports de position des plans, appartenant à un même système de cristallisation, a exercé la sagacité de plu- sieurs naturalistes géomètres , et différentes méthodes ont été proposées dans le but de simpliGer et de géné- raliser la marche de ce calcul. Chacune de ces méthodes est en rapport avec le point de vue particulier sous le- quel son auteur envisage la génération des formes se- condaires. La première est celle qui a été suivie par Haiiy et les minéralogistes de son école. Cet illustre cristallographe , admettant que la forme primitive se modifie en général par une addition de lames décrois- santes empilées sur ses faces , était naturellement porté à considérer à part chacun des modes de décroissement, dont il faisait dériver les diverses espèces de formes secondaires, et à construire des formules algébriques variables pour chaque espèce de forme, selon la relation ( 122 ) différente qu'elle avait avec son noyau. De pareilles formules ue pouvaient comporter qu'un degré de géné- ralité très-restreint. Une autre méthode beaucoup plus générale est celle à laquelle on est conduit en imaginant avec quelques minéralogistes que la forme primitive, au lieu de s'ac- croître pour donner naissance à une forme secondaire , diminue au contraire par une soustraction de lames cristallines , dont l'effet est de tronquer ses arêtes ou ses angles solides et de les remplacer par de nouveaux plans. Ceux-ci détachent du solide primitif de petites pyramides ou des espèces de coins , dont les dimensions sont en rappcfi't avec les nombres d'arêtes de molécules soustraites sur les côtés de cette forme primitive , et l'on peut déterminer la position de chaque plan par le cal- cul des angles du petit solide détaché. Comme ces plans forment toujours des angles irièdres, soit entie eux, soit avec les faces primitives , on fait usage pour ce calcul de la relation générale qui existe entre les angles plans et dièdres d'un tel angle solide. Cette méthode , suivie ' par le plus grand nombre des minéralogistes , a sur la première cet avantage, qu'elle fait dépendre tous les problèmes dune seule formule empruntée à la trigo- nométrie sphérique. Mais cette formule n'est point d'une application immédiate à la solution de ces problèmes ; elle exige encore dans chaque cas particulier des con- structions et des calculs assez compliqués. C'est ce qui a engagé les cristallographes à construire une autre for- mule qui donnât immédiatement, par de simples sub- stitutions de nombres, l'angle de deux faces quelconques, en fcnclion de ceux de la forme primitive , et des quan-j ( 123 ) lités qui mesurent les décroissemens. On y parvient en, considérant la génération des formes cristallines sous un point de vue purement géométrique, qui la rend susceptible d'une expression analytique fort simple. Par un point donné dans Tespace , menons trois axes indéfinis , faisant entre eux des angles quelconques , et concevons-les divisés de part et d'autre de leur origine commune en parties dont les longueurs soient égaJes pour le même axe , mais variables d'un axe à l'autre. Trois des points de division , pris arbitrairement sur les diflerens axes , détermineront un plan ; et l'on aura de celte manière une infinité de plans soumis à une même loi de dérivation. Un ensemble de pareils plans , coordonnés symétriquement entre eux à l'entour de l'origine des axes , donnera naissance à une certaine forme polyédrique 5 et la série de toutes les formes que l'on pourra obtenir par ce procédé représentera ce que les cristallographes appellent un système de cristal- lisation. Si l'on désigne par a, è, c les trois longueurs, ou portions d'axes qui , avec les angles que ces axes font .entre eux , déterminent le système , les distances de l'origine aux points où chaque plan rencontre les axes, seront des multiples ma, nb , pc de ces quantités li- néaires , et la position de ce même plan sera fixée ou par son équation ^ i.y , ^ 1 T-T =»; ma no pc ■OU par le signe technique (ma, nb, pc), ( 1^4 ) m , n , p ayant des valeurs entières , positives ou né- gatives. Le parallélipipède dont les côtés sont a, b, c est la forme primitive ou fondamentale du système. On dé- montre aisément et d'une manière générale , que lors- qu'un système de plans cristallins est ainsi donné par trois axes , il existe nne infinité d'autres systèmes d'axes qui peuvent le reproduire par la sous-division de chacun des nouveaux axes en paramètres égaux. On' les obtient en prenant successivement pour formes fondamentales toutes celles des formes secondaires qui sont des pa- rallélipipèdes. L'idée de rapporter les faces des cristaux à des axes , et de faire servir l'analyse de Descaries à la détermination de leurs angles , a dû se présenter naturellement à l'es- prit des géomètres qui se sont proposé de réduire à une expression générale la solution des problèmes cris- lallograpliiques. M. Weiss est le premier minéralogiste qui ait fondé sur la considération des axes la distinction des différons systèmes de cristallisation , et qui ait fait usage pour la notation des faces du symbole dont nous avons parlé plus haut. Mais il n'a point tiré de cette considération tout le parti possible pour la généralisa- tion du calcul des angles, auquel il continue d'appliquer les formules trigonométriques. M. Lamé a fait voir, dans un des numéros des Annales des Mines (tome iv, p. 69), comment ce calcul pouvait être ramené à une seule formule analytique, qui donne immédiatement l'inclinaison de deux plans dont on connaît les équa-' lions , ou , ce qui revient au même, les signes cristallo- graphiques. Celte formule peut èlre regardée comme,^ ( 125 ) l'expression générale de la loi des changemens que peut éprouver une même espèce de forme dans rassortiment de ses faces 5 elle fournit la solution de deux problèmes inverses l'un de l'autre, dont le premier a pour but de calculer toutes les formes secondaires possibles d'une substance, d'après la forme pinmitive supposée connue 5 et le second consiste à retrouver les dimensions de celte forme primitive , en partant des formes secondaires données par l'expérience. On sent de quelle importance serait une telle formule en cristallographie, si au mérite de la généralité elle réunissait l'avantage d'être simple et facilement applicable. Malheureusement la formule de M. Lamé est d'une assez grande complication; et c'est sans doute la raison pour laquelle elle n'a point été adoptée parles minéralogistes. Le docteur Whewell {Trans. phil, de la Soc. roj. de Londres, i^^ partie, l'èiS , p. 87) ne paraît pas avoir eu connaissance du travail de M. Lamé ; car il vient d'en reproduire à-peu- près la substance dans lui mémoire très-développé, qui, sans présenter la question sous une forme beaucoup plus simple, est cependant digne à plusieurs égards de l'attention des minéralo- gistes. On ne lira pas sans intérêt les détails dans les- quels il entre sur la notation des faces cristallines , sur la manière de représenter par un seul symbole toutes celles qui coexistent dans une même forme secondaire , et sur le moyeu ingénieux qu'il propose pour connaître à l'aide du même signe l'ordre dans lequel elles se ren- contrent sur le cristal. Malgré l'élégance de ses formules, et les heureuses applications qu'il en fait à diiïerens pro_ blêmes , sa méthode analytique ne nous paraît pas encore ( 126 ) assez simple pour devenir d'un usage habituel parmi les minéralogistes. Cependant ils ne doivent pas renoncer enlièrement aux avantages que l'analyse de Descartes semblait leur promettre. Il est des cas nombreux dans lesquels le système de cristallisation peut être rapporté à des axes rectangulaires. Alors la formule de l'incli- naison des faces prend celte forme très-simple : COS I =z ,y^( 3 [p+1-h'- j\p' -\-q' +r' j I élanl l'angle de deux plans dont les signes cristallo- graphiques sont \p, q, rjj ^^ {//, q', /■', > Parmi les systèmes de cristallisation connus, et qui sont au nombre de six , il en est trois à l'égard desquels cette formule est d'une application immédiate , et ils comprennent à-peu-près les deux tiers des espèces mi- nérales. Les autres substances, à l'exception d'un très- petit nombre , peuvent se ramener à un système en partie rectangulaire , tel que celui du prisme rectangle à base oblique, dans lequel deux des trois axes sont déterminés par la nature du solide primitif. On peut encore faire usage de la formule dans ce cas , après avoir substitué une forme hypothétique entièrement rectangulaire à la véritable forme primitive, ce :jui revient à opérer ce que les géomètres appellent un changement de coordonnées. ( 127 ) Notice sur V Iguanodon, reptile Jossile nouvelle- ment découvert dans le grès de la forêt de Tilgate, dans le comté de Sussex ; Par M. GîDEON Mantell. (Extrait des Transactions philosophiques , et lu devant la Société royale , le lo février iSsS. ) Je profite de votre offre obligeante pour présenter à la Société royale une Notice sur la découverte de dents et d'os d'un reptile herbivore fossile , trouvé dans le grès de la forêt de Tilgale. J'espèi'e que quclqu'imparfaits que soient les matériaux réunis jusqu'à présent , ils se- ront encore d'un assez grand intérêt pour exciter à faire des recherches plus étendues , qui pourront suppléer aux déficits qui existent dans nos connaissances sur l'ostéolo- giede cet animal extraordinaire. Le grès de la forêt de Tilgate est uue portion de cette série de couches arénacées qui constitue la formation du sable ferrugineux ( Iron-sand ) et forme dans le comté de Sussex une chaîne de collines qui s'étend à travers le comté, dans une direction ouest nord-ouest, depuis Hastings jus- qu'à Horsham. Dans divers points de celte étendue , mais surtout aux environs des forêts de Tilgate et de Saint- Léonard, le grès contientdes débris d'animaux sauriens , de tortues , d'oiseaux , de poissons , de coquilles et de végétaux. On connaît trois ou quatre espèces de Sauriens appartenant à autant de genres ; savoir : le Crocodile, le Mégalosaurus , le Plésiosaurus et l'Iguanodon , qui est l'animal dont les dents forment le sujet de cette Notice. ( 128) L'existence d'une espèce gigantesque de crocodile dans les eaux qui déposaient le grès est prouvée d'une ma- nière satisfaisante par la découverte de nombreuses dents coniques et striées , et d'os ayant les caractères ostéolo- giques particuliers aux animaux de ce genre. Celle du Mégalosaurus, par les dents et les os , qui ressemblent à ceux qui ont été découverts par le professeur Buckland dans la pierre fissile de Stonesfield ; et celle du Plésio- saurus , par les vertèbres et les dents , analogues à ceux de cet animal. Les dents du Ci'ocodile , du Mégalosau- rus et du Plésiosaurus dilïèrent tellement les unes des autres et de celles des autres sauriens , qu'elles peuvent être distinguées sans difficulté. Mais dans le courant de l'été de 1822, ou en découvrit d'autres dans la mémo couclie qui, quoique devant être évidemment attribuées à quelque reptile herbivore , possédaient des caractère? si remarquables , que l'observateur le moins accoutume y aurait fait attention , comme indiquant quelque chose de nouveau et d'intéressant. Comme ces dents étaient différentes de toutes celles que j'avais jusque là obser- vées , je désirai les faire examiner par des personnes dont les connaissances et les moyens d'observation étaient plus étendus que les miens : j'en donnai donc quelques échan- tillons à quelques-uns des naturalistes les plus instruits de ce pays et du continent. Pourtant, malgré quemescom- municalions fussent reçues avec cette bienveillance qui caractérise toujours les rapports des savans entre eux , cependant aucun éclaircissement ne me fut donné sur d fait , si ce n'est par le célèbre baron Cuvier , dont les idées à ce sujet seront mieux connues par l'extrait sui- vant tiré de la correspondance dont il m'a honoré. 1 ( Ï29 ) « Ces dents me sont certainement inconnues ; elles ne » sont point d'un animal carnassier , et cependantje crois » qu'elles appartiennent , vu leur peu de complication , » leur dentelure sur les bords , et la couche mince d'é- )) mail qui les revêt , à l'ordre des reptiles. A l'apparence » extérieure on pourrait aussi les prendre pour des dents » de poissons analogues aux Tétrodons ou aux Diodons 5 » mais leur structure intérieure est fort différente de » celles-là. N'aurioris-nous pas ici un animal nouveau , » un reptile herbivore ? Et de même qu'actuellement chez » les mammifères terrestres , c'est parmi les herbivores » que Ton trouve les espèces à plus grande taille , de » même aussi chez les reptiles d'autres fois , alors qu'ils » étaient les seuls animaux terrestres , les plus grands )) d'entre eux ne se seraient-ils point nourris de végé- » taux? Une partie des grands os que vous possédez ap- )) partiendraient à cet animal unique jusqu'à présent dans » son genre. Le temps confirmera ou infirmera cette idée, )) puisqu'il est impossible qu'on ne trouve pas un jour » une partie du squelette réunie à des portions de mà- » choires poi'tant des dents. C'est ce dernier objet sur- )) tout qu'il s'agit de rechercher avec le plus de persé- » vérance. » Ces observations me conduisirent à poursuivre mes re- cherches avec une double assiduité; mais jusqu'à présent elles n'ont point été accompagnées du succès désiré, au- cune portion de squelette n'ayant été découverte. Parmi les échantillons trouvés dernièrement , quelques-uns pourtant étaient si parfaits que je résolus de profiler de l'offre ebli géante de M. Clift, qui m'aida à comparer ces dents fossiles avec celles d'un saurien vivant dans VK 9 Je Muséum du collège royal des chirurgiens. Le résultai de ce rapprochemenl fut Irès-salisfaisanl ; car, dans un Iguane que M. Stulchbury avait préparé pour présenter au collège , nous découvrîmes des dents ayant la forme et la structure des échantillons fossiles. La figure t3, planche lo, représente une portion de la mâchoire supérieure de l'Iguane vue de l'intérieur ; elle est grossie de «juatre fois en diamètre. Fig. i/^ montre l'intérieur, et Fig. i5 la surface extérieure d'une dent du même fortement grossie. Il peut être à propos de remarquer que les dents diffèrent considéra- blement dans le nombre des dentelures , et que l'émî- nencey, dans la fig. i^, est quelquefois la première ou la seconde de la série , au lieu d'être la troisième, comme dans la figure. Dans quelques dents , les pointes ne va- rient que peu en grosseur ; elles sont plus distinctes sur les bords des dents qui occupent le centre de la mâ- choire que sur celles antérieures ou postérieures. Le squelette d'après lequel les dessins ont été faits a trois pieds six pouces de longueur. On dit que c'est llguane commun que l'on mange dans les Indes orientales ; mais je n'ai pu m'assurer de l'espèce avec certitude. Les autres figures représentent divers exemples de dents fossiles. , La fig. i représente la surface exté- rieure , et la fig. 2 la surface intérieure d'un des échan- tillons les plus grands et les plus parfaits des dents de l'Iguanodon. Comme les lettres de renvois de chaque figure indiquent les mêmes parties , elles sont expli- quées ici afin d'éviter de les répéter, a , surface usée par la mastication 5 A , les bords dentelés ; c , base rom- pue 5 la cavité remplie de grès j d , cavité ou comprcs- ( i3i ) sion dans la base de la dent, effet de l'absorption cau- sée pai" la pression d'une dent secondaire. La cavité dé- crite ici se trouve si constamment, qu'elle ne peut être accidentelle. Par la ressemblance parfaite qu'elle a avec la cavité formée à la base des dents de l'Iguane actuel par la dent secondaire (voy. d,Gg. i3), on peut présu- mer que c'est l'effet d'une cause semblable. — e , can- nelure qui s'étend depuis le bas à la partie antérieure de la dent. Figure 3. Cette dent appartient évidemment à un jeune animal : cependant , même dans cet échantillon , le som- met est usé (a, fig. 5). La cannelure qui s'étend depuis le bas en devant (e, fig. 3 et 4) est plus ou moins dis- tincte dans chaque écliantillon. — Figures 6 et •] , un» dent très-usée par la mastication. Les bords dentelés et les autres caractères sont effacés. La dent étant usée en bas au point marqué par la ligne g , fig. i, sa base a été creusée par l'absorption , et la cavité formée par la pression de la nouvelle dent est très-profonde. — Fig. 8 et 9. Dans cet échantillon , la pointe est parfaite , et elle ressemble par conséquent plus à la dent récente ( fig. 1 3 ) qu'à celles ci-dessus décrites. — Fig. 10, un autre échantillon où la pointe n'est que peu usée. — Fig. 11, grande dent forte , moins courbée que celle de la fig. 2 et 3. Elle occupait probablement la partie postérieure de la mâchoire. — Fig. 12. Dans cette figure, la cavité de la base pour la réception de la nouvelle dent est re- marquablement distincte. Les dents décrites ici , quoique différentes lés unes des autres par quelques particularités , ne présentent pas une plus grande différence que celle qui peut résulter ( ï^^^ ) (les divers âges et de la position respective qu elles avaient dans la mâchoire ; de même que dans les dents de l'Iguane actuel la couronne de la dent est pointue , les bords sont fortement dentelés ou en scie , la surface extérieure est cannelée , la surface intérieure polie et convexe j et, comme dans cet animal, les dents secondaires paraissent avoir été formées dans un creux à la base des dents primaires , qu'elles expulsèrent à mesure qu'elles devinrent plus grosses. Par l'apparence de la base dans les dents fossiles bien conservées , il semble probable qu'elles étaient adhérentes au côté extérieur des mâ- choires, comme dans l'Iguane , et n'étaient pas placées dans un alvéole séparé , comme dans le Crocodile. Les dents paraissent avoir été creuses dans les jeunes ani- maux, et être devenues solides dans les adultes. Les dents courbées {fig. 1,3) occupaient probablement le devant de la mâchoire , et celles qui sont presque droites {Jig. (J, 7) la partie postérieure. Il n>e semble inutile de peser plus long-temps sur la ressemblance qui existe entre les dents récentes et les dents fossiles. Nous ne pouvons à présent déterminer si l'animal auquel les dernières appartiennent doit être considéré comme faisant partie du genre existant et dif- férant seulement dans les caractères spécifiques , ou s'il doit être placé dans la division des Enalio-sauriens de M. Conybeare , qui renferme seulement les genres ma- rins. Si pourtant quelques inductions peuvent être tirées de la nature des fossiles avec lesquels ces débris sont as- sociés , nous pouvons conclure que si les animaux dont ils proviennent sont ampbibies , ils ne sont pas ma- rins , mais habitent des rivières ou des lacs d'eau douce. ( i33 ) Dans l'un ou l'autre cas le nom d'Iguanodon , tiré de la forme des dents , et que j'ai adopté d'après l'idée de M. Conybeare , ne sera pas , je pense , sujet à aucune ob. jection (i). Il a déjà été dit que , parmi les os de reptiles trou- vés dans le grès de la forêt de Tilgate , quelques - uns appartiennent décidément aux Crocodiles , et les autres aux Mégalosaurus et aux Iguanodons; mais nos con- naissances sur l'ostéologie de ce dernier sont à pi^ésent si limitées , que jusqu'à ce que l'on découvre quelque portion de squelette réunie, il est impossible de dis- tinguer les os des uns de ceux des autres. Puisque pour- tant on ne remarque pas que les dents des Iguanodons se trouvent dans le schiste de Stoncsfield , peut - être ceux des os de la forêt de Tilgate, qui ressemblent à ceux que M. le professeur Bucklaud a figurés et décrits dans le vol. I des Transactions Géologiques , peuvent être attribués aux Mégalosaurus; tandis que les autres, non moins gigantesques, peuvent appartenir aux Iguanodons. Il paraît extrêmement probable que le dernier égale, s'il ne surpasse , le premier eu grandeur 5 car , si les animaux récens et les animaux fossiles ont les mêmes proportions relatives , la dent (fig. 1) doit avoir apartenu à un indi- vidu de plus de soixante pieds de long ; résultat qui s'ac- corde parfaitement avec celui que M. le professeur Bu- ckland déduit d'un fémur et d'autres os en ma possession. (i) M. Cuvier a donné (tom. v, 2^ partie, pag. 55o , pi. XXI, fig. 28-33) la deseription des échantillons qu'il a reçus dans le temps de M. Mantell. Il n'émet pas , sur le genre de sauriens auquel on peut les rapporter , d'o- pinion plus positive que celle qu'il avait communiquée à M. Mantell dans la lettre citée plus haut. ( R. j ( ^34 ) Les vertèbres , comme dans la plus grande partie des fossiles sauriens, dilTèrent beaucoup de celles des Iguanes et des Crocodiles , etc., actuels. Elles ne sont pas con- caves antérieurement et convexes postérieurement , mais elles ont deux faces légèrement comprimées, ressemblant à cet égard à la colonne vertébrale d'un des Crocodiles fossiles du Havre et de Honfleur. Mais parmi les sau- riens réceus , il en est quel :}ues-uns , tels que les Frô- lées d'Allemagne, les Syrènes de la Caroline, et les Axolots de Mexico , dans lesquels les vertèbres sont pro- fondément excavées aux deux extrémités 5 et puisque les fossiles en question sont clairement des sauriens , ayant la partie annulaire unie au corps des vertèbres par suture , la différence mentionnée ne paraît pas être assez importante pour annuler la vérité des opinions que j'ai essayé d'établir. Comparaison des genres Buttneria et Commersonia j Par M. Auguste de Saint-Hilaiee. La description du Commersonia faite par Forster et celle du Buttneria due à Linnseus sont également er- ronées : ainsi nous n'y pouvons puiser aucune lumière sur les différences de ces genres. Les modernes en ont indiqué deux : 1°. Des pointes ou des soies nues ou pres- que nues dans les Buttneria , et des soies chargées de poils dans le Commersonia j 2**. Un tube anthérifère , à 10 découpures dans le Buttneria , et à plus de 20 dans le Commersonia. Mais il n'est aucun botaniste qui ne sache qu'on n'a jamais distingué des plantes comme genre, imiquement à cause des poils qui couvrent leur capsule. 1 I ( i35 ) Quaut au nombre des divisions du lube slamiuifèie , si nous l'admeuions ici comme caractère générique , il de- viendrait indispensable de séparer les espèces américaines les plus voisines , et presque de faire un genre pour chaque espèce , puisque nous en avons dont le tube est à 5 divisions stériles avec 5 anthères sessiles et alternes , d'autres où il a dix découpures, 5 fertiles et 5 stériles ; quelques-unes qui offrent à leur tube lo crénelures sté- riles et 5 anthères sessiles, d'autres oùl'on voit lo lanières stériles et 5 filets inférieurs fertiles , etc. Il faut donc né- cessairement reconnaître que, s'il n'y avait d'autres dif- férences entre les genres Buttneria et Commersonia que celles qui ont été signalées jusqu'ici, il serait, comme le pensaient plusieurs botanistes , indispensable de réu- nir ces genres. Mais il existe d'autres caractères différentiels qui ont échappé aux auteurs et qui sont très-importans. On a dit que les 5u««eria et les Commersonia avaient leurs pétales terminés par une languette 5 mais lorsqu'on examine d'un côté le Com.mersonia echinata , type du genre , ainsi que le C. platjphylla, qui en est si voisin , et que d'un autre côté on étudie le Buttneria scabra , autre lype, et en général les 5u«nena d'Amérique , on reconnaît bientôt que leur languette est entièrement dif- férente. Dans le Commersonia, la languette, parfaitement continue avec la partie inférieure du pétale, n'en est que l'extrémité supérieure -, les bords du pétale se courbent vers le centre de la fleur et la languette reste droite ou étalée en dehors j au contraire , dans tous mes Buttneria et une foule d'autres que j'ai observés dans les herbiers, j'ai trouvé que les pétales s'inclinaient à leur sommet , ( i36 ) que ce sommet courbé se soudait fortement avec les di- visions du tube anlhérifère en formant la voûte au-dessus de l'anthère , et qu'au-dessous de ce sommet il naissait une languette dorsale (i). Qu'on grossisse par la pensée cette organisation et celle du Commersonia , et l'on ne sera certainement plus tenté de réunir les deux genres. Mais , à ces diflérences très-sensibles , il vient encore s'en joindre d'autres non moins importantes. Les Com- mersonia, comme l'ont dit Gay et Brown , ont dans les loges de leur ovaire 3 à 6 ovules (a) , et les Buttneria n'en ont que deux qui présentent ce caractère singulier, d'être l'un ascendant et l'autre suspendu (3). Jacquin, Cavanilles et moi lious avon. reconnu que la capsule des vrais Buttneria d'Amérique était à cinq coques, ou, si l'on aime mieux, que leur déhiscence était septicide; chez les Commejsonia , au contraire , la déhiscence est locu- licide , comme Gay et Brown l'ont observé , et comme je l'ai reconnu moi-même dans le Commersonia Gau- dicJiaudii (4). Gay et Gœrtuerontti'ouvé dans le C. echi- (i) M. Kunth , qui a si bien vu tout ce qu'il a décrit , a dit des pétales du Buttneria : Petala dorso in ligulum pro- ducta. 11 est, à ma connaissance, le seul auteur qui se soit exprimé avec cette précision. Ses figures du B. mollis re- présentent parfaitement ce caractère. (2) Vojez l'excellent travail de M. Gay sur les Buttne- riacées , pag. 10, i4, 19, ar. — Brown, en disant {Bot. mag., 2igi ) que son Rullingia différait du Commersonia par des ovules au nombre de deux, a prouvé aussi qu'il avait leconnu plus de deux ovules dans le Commersonia. (3) J'ai trouvé ce caractère dans six espèces brasiliennes , etM. Kuntlî l'a également reconnu dans son B. mollis. (4) Je ne dissimulerai point que Gœrtner a décrit {Fruct., t. II, pag. 79) des coques dans le C. echinata, et qu'il a dessiné des coques dans ses figures c et d; mais d'un autre ( i37 ) nata un périsperme charnu et des cotylédons planes. J'ai observé le même caractère dans le C. Gaudichaudii ; et mes Buttneria , au contraire , m'ont offert des cotylé- dons roulés sans périsperme. Voilà donc des différences extrêmement importantes entre les deux genres Cominer- sonia et Buttneria , et si je veux les exprimer en termes techniques, je tracerai comme il suit les caractères essentiels des deux genres : Buttneria. Calyx 5-divisus. Petala 5 apice concavo cuculata , supra cuculum in ligulam producta erectam modo unicam modo triplicem , lateralibus 2 brevissimis; parte anteriore descendente cuculi varié divisa, proxi- mis 2 tubi staminei laciniis arctè coalitâ. Tubus stami- neus varié divisus : antherse 5 petali oppositse. Ovarium S-loculare; loculis 2-spermis : ovula angulo internoaf- fixa^ superius ascendens, inferius suspensum. Capsula elastica 5-cocca. Perispermum o. Cotyledones convo- "lutse, radiculae basin involventes. CoMMERSONiA. Calyx 5-divisus. Petala 5 , marginibus introflexis filamenta fertilia basi amplectentia , in ligu- lam apice attenuata. Tubus stamineus varié divisus : antherse 5 petalis opposilœ. Ovax-ium S-loculare; locu- lis 3-6 ovulatis. Capsula dehiscentià loculicidâ 5-valvis. Perispermum carnosum. Embryo axilis : cotyledones planœ , haud convolutae. Il est bien clair, d'après tout ceci , qu'il faut laisser côté sa figure b montre évidemment une déhiscence locu- licide. — Brown dit (Z. c.) que le Rullingia diffère du Commersonia par sa capsule , dont les valves s'ouvrent par le milieu des cloisons : donc il a vu une déhiscence loculi- cide dans le Commersonia. ( i38 ) pAvnnles Commersouia , les C. dasyphylla , And., et C. hermanniœfolia, Gay, in Kunth Nov. gen., puisque, d'après les excellentes figures de M. Gay et ses descrip- tions plus parfaites encore , les pétales de ces deux es- pèces n'ont point d'appendice dorsal ^ que les loges de' leur ovaire sont à trois ovules, leurs styles au nombre d<3 3 , la déhiscence de leur capsule loculicide , qu'enfin l'embryon du C. dasjphjlla est entouré de périsperme et que ses cotylédons sont elliptiques non roulés. Aiasi nous aurons deux genres parfaitement distincts, parfaitement naturels et dont les espèces se trouveront groupées non-seulement d'après leurs caractères , mais encore d'après leur pays natal , puisque les Buttneria appartiennent à l'Amérique et les Commersonia à l'O- céanie(i). Notice sur les Mammifères et les Oiseaux des îles Timor, Rawak, Boni, Vaigiou , Guam, Rota et Tinian. (Lue à la Société d'Histoire naturelle de Paris , en juillet 1823. ) Par MM. Quoy et Gaimard. Ile Timor. Cette île, située vers la partie la plus méri- dionale de l'Archipel d'Asie, que quelques géographes (i) Il sera intéressant d'examiner très-positivement à quel genre appartient \eB. herbacea, Roxb. Je doute que ce soit un vrai Buttneria. La figuie et la description de Rox- burg ne donnent sur ce point aucune lumière. — M. A. de Jussieu a observé, pour les genres de la famille des Rula- cées , cette coïncidence de caractère et de patrie que je fais observer ici pour les genres Buttneria et Commersonia. C '39 ) nomment atissi Archipel indien , à distances presque égales des îles de- la Sonde et des Moluques , est pauvre en Mammifères, mais assez bien peuplée d'Oiseaux. Le sol de Coupang, madréporique et schisteux, n'offre pas cette brillante végétation que le voyageur devrait s'attendre à rencontrer par le treizième parallèle, et qui se fait remarquer même dans la partie Nord de l'île. A quelques lieues des bords de la mer, les arbres, en général , n'ont pas cet, énorme développement que nous retrouverons bientôt -, leur teinte est blafarde ; elle est même toute blanche là où dominent les Mélaleuca. Les Tourterelles et les Perroquets sont les espèces les plus communes. C'est de là que viennent la jolie Colombe Kurukuru, la Colombe Maugé et le Colombar unicolor. Ou y voit le petit Kakatoès blanc , beaucoup plus gentil et plus susceptible d'éducation que la grosse espèce de la même couleur du Port-Jakson; la belle Perruche éry- throptère; la Perruche à face bleue, qui habite aussi l'extrémité Sud-Est de la Nouvelle-Hollande, et qu'on ne peut conserver long-temps, parce qu'elle succombe facilement aux convulsions. Nous vîmes là , pour la première fois , le Philédon Corbi-calao , nommé Koak à cause de son cri , que nous retrouvâmes plus tard au Port - Jakson. Cet oi- seau , qui a la langue échancrée et les serres excessi- vement fortes , se nourrit de baies. Coupang est la patrie des Langrayens ( Kamého est le nom que donnent les Timoriens au Laugrayen à ventre blanc) , dont le vol est semblable à celui des Hirondelles, et qui out la faculté de planer des journées entièi-es dans les régions élevées i des Choucaris verts 5 des petits Drongos (Kahaja des ( i4<^ ) TimoriensJ , friands de la liqueur qui découle du La - tanier 5 de diverses espèces de MoucheroUes 5 et comme il y a beaucoup d'arbrisseaux et de sous-bois dans les- quels se plaisent les petits Oiseaux , on y trouve le Padda ou CaUat (Emberiza Calfat) , quelques Souïman- gas , diverses espèces de Bengalis, et, dans la baie de Coupang , sur les Casuarina de la petite île Kéra , le Guê- pier à longs brins. Iles des Papous. En laissant Timor et s'élevant vers le Word, après avoir traversé les Moluques et navigué parmi plusieurs îles dépendant de ce nombreux archipel, connu sous le nom d' îles des Papous , on arrive à Vai- giou , directement placée sous l'équateur. A propre- ment parler , notre navire n'était point mouillé sur cette grande île , mais tout auprès , à un demi - quart de lieue, dans la jolie petite baie de l'île Ptawak, d'où nous faisions de fréquentes excursions sur Vaigiou. De tOHsles lieux que nous avons parcourus, aucun ne nous a olïert une végétation plus vigoureuse et plus belle que les îles qui nous occupent ; par-tout , depuis la som- mité des montagnes jusqu'au bord de la mer , dans la- quelle des arbres entiers inclinent leurs rameaux, elle nous rappelait la majesté et la richesse de ces forêts profondes que nous avions admirées au Brésil. Sur beau- coup de points , la plage est ainsi envahie par le règne végétal. Bien plus, nos canots voguaient souvent au tra- vers de forêts marines , dont les grands végétaux croissent au sein des eaux salées. Ailleurs , malgré les plus grands efforts , on ne peut pénétrer dans ces sombres retraites. Arrêté à chaque pas par des Lianes tortueuses , embarrassé dans les débris ( i4i ) des arbres que le temps a détruits, accablé par la cbaleur, on ne tarde pas à préférer des routes plus faciles et plus sûres : mais on ne peut oublier l'impression profonde que font éprouver le calme et la majesté de cette belle nature. Les Oiseaux qui habitent ce séjour semblent, par leurs proportions , participer de sa grandeur : on n'y voit presque point de ces espèces naines au brillant plumage; comme perdues dans ces vastes forêts, qui d'ailleurs manquent de graminées et de petits" Insectes , elles ne sauraient y vivre , et recherchent de préférence les endroits plus découverts et mieux accommodés à leur existence. En revanche , c'est le refuge des Calaos, des grosses Colombes muscadivores ( Ouapine à l'île Guébé, et Manroua aux îles Rawak et Vaigiou), des Pigeons couronnés plus grands encore , des Perroquets verts , de l'Ara noir microglosse ou à trompe ( Sanhiène à Rawak et à Vaigiou , ex. Manifalkoume à l'île Guébé), des Cassicans , de la nombreuse famille des Loris , des gros Martins - chasseurs , et de quelques Oiseaux de proie. Les défians Calaos occupent presque toujours la cîme des arbres élevés, des Muscadiers surtout, dont ils recherchent les fruits, qu'ils avalent tout entiers et qui donnent à leur chair un excellent goût. Quoique leurs ailes soient peu développées, on les entend voler de loin, ainsi que l'a remarqué Dampier ; ce qui tient à ce que leurs longues pennes, écartées à l'extrémité, font vibrer l'air avec force. Cet Oiseau est un exemple de ce que peuvent les localités sur les mœurs des animaux. Ici , environné de fruits , il en fait sa nourriture , tandis (140 que s'il était né dans les déserts de l'Afrique, il se re- paîtrait de la chair des cadavres, comme font les Calaos i d'Abyssinie. Le Calao de Vaigiou (Buceros rujicollis) l est nommé Mandahouène par les Papous de Rawak et de Vaigiou , Massouahou et 5o7'o par les habitans de ■ l'ile Guébé. , Des Tourterelles muscadivores et à tubercule font entendre de sourds roucoulemens , effrayans pour celui qui n'en devinerait pas d'aboid la cause; en même temps que des troupes légères de Loris rouges et tri- colores passent avec rapidité en poussant des cris perçans. Il nous était facile de nous procurer de ces derniers, qui revenaient sans cesse à un grand arbre de la famille des Myrtes dont ils mangeaient les fleurs charnues et très - sucrées. A Rawak et Vaigiou, ou les nomme Magniaourou et Maniauri , et à Guébé , Lori. Nous avons remarqué une singulière particulaiité dans ces animaux : c'est que leurs couleurs sont infinement plus éclatantes après la mort que lorsqu'ils sont vivans. L'existence de ces brillans Oiseaux , que les na- ,» turels façonnent à la domesticité , semble exclusive- ment liée à leur terre natale; car ils mouraient, mal- gré tous nos soins , dès que nous avions perdu les côtes de vue. Il existe une petite espèce de Kakatoès noir, semblable au Kakatoès blanc pour la forme et le cri , et tellement défiant , que nous ne pûmes nous le procurer. Sur la petite île Rawak seulement, on rencontre beaucoup de Cassicans Sonnerat , oiseau vif, agile, rusé, susceptible de vivre familièrement avec l'homme ; pos- sédant une variété de chant qu'il serait difficile de ren ( i43 ) lire ; tantôt criant très-fort , surtout le matin , d'autres fois sifflant d'un ton grave et par coups , ou bien avec rapidité , et imitant avec une rare facilité le chant des autres Oiseaux. Cette espèce est nommée Mankahok et Mangahouhi par les Papous de Rawak et de Vaigiou , et Oufiouakou par les insulaires de Guébé. Les Cassicans fréquentent habituellement les sommités des Cocotiers pour y trouver des insectes ; mais nous n'avons point remarqué qu'ils poursuivissent les petits oiseaux , comme on le pense généralement. C'est aussi sur l'ile Rawak que nous avons découvert la belle Colombe Pinon , que les indigènes nomment Ampahène , et les insulaires de Guébé Bioutine. Une belle espèce de Martin-chasseur, que nous avons dédiée à notre collègue, M. Gaudichaud, chargé de la par- tie Botanique du Voyage de YUranie , se trouve aussi sur celte lie : nous ne l'avons rencontrée que là. Les Papous de Rawak et de Vaigiou la connaissent sous le nom de Mangrogrone et de Mankinetrous , et les insulaires de Guébé la désignent sous celui de Salba. On doit à M. Levaillant la division naturelle de ces oiseaux en chasseurs et pécheurs. Cette distinction, fondée sur des caractères peu sailiaus, tirés de la forme du bec, est bien mieux établie d'après leurs mœurs. Nous l'avions déjà faite pour nous avant de connaître l'opinion de notre compatriote. En effet, les Martins-chasseurs, qui sont tous, en général, très-gros , habitent le milieu des bois, dans les lieux humides, où ils fouillent pour trouver des Insectes et des Vers : aussi ont-ils presque toujours le bec terreux : c'est du moins ce que nous avons vu sur ceux qiie nous avons tués à Rawak , avix Mai'ianncs et ( i44 ) à la Nouvelle-Hollande , où on les trouve fort avant dans les terres loin des ruisseaux. Si quelquefois ils fréquentent les bords de la mer , c'est pour s'emparer des petits Pagures, qu'ils enlèvent avec la coquille. Dans les marécages de l'ile Boni, une des lies des Papous , nous vîmes un Gallinacé qui nous a présenté des caractères suffisans pour en former un genre nou- veau , et que la longueur de ses pieds nous a fait nom- mer Mégapode (Megapodius). Il n'est qu'à demi sau- vage, vole à peine et en effleurant la terre : cette espèce reçut le nom de Mégapode Freycinet. Elle est nommée Manhirio à Vaigiou, et Blévine à l'île Guébé. Le Pigeon couronné ou Colombi-galline Goura vit en domesticité à Vaigiou^ les insulaires lui donnent le nom de Man- brouk , et les habitr.«tis de Guébé le connaissent sous le nom de Manébi. Nous avons trouvé , dans des cabanes abandonnées, des ceintures et des émoucboirs faits de plumes de Casoars, qui semblent indiquer que ces oiseaux habitent aussi l'île Vaigiou. Les Oiseaux de paradis , nommés Manhéfor dans cette partie de Vaigiou , ne sont point rares ; mais il est difficile de se les procurer. Nous en vîmes deux dans l'ai- guadc de d'Endrecasteaux sans pouvoir les atteindre. Ils volent par ondulations à la manière des Promérops à lon- gue queue du Cap de Bonne-Espérance. Alors leurs belles plumes sont réunies en un seul faisceau. Nous terminerons ce que nous avons à dire sur ce pays par les Phalangers , seuls Mammifères que nous ayons pu nous procurer. Ces animaux , que les naturels nous apportaient pour être mangés , semblent remplacer ici les Paresseux ou ( i45 ) Bradypesde l'Amérique. Stupides comme eux, ils passent une partie de leur vie dans l'obscurité; et lorsque trop de lumière les fatigue , ils s'y soustraient en se blottissant la tête entre les jambes. Ils ne sortent de cette position que pour manger , ce qu'ils font avec beaucoup d'avidité. Dans les bois , ils se nourrissent de fruits aromatiques , comme nous l'avons vérifié ; et à défaut , les nôtres dé- voraient de la cliair crue. Leur peau est tellement fine et tendre, qu'en se battant ils s'en arrachaient des lambeaux. La même chose arrivait lorsque , se fixant à l'aide de leurs griffes aiguës , on voulait les enlever de force par leur fourrure. Ordinairement deux de ces animaux habi- tués dans une même cage vivaient en bonne intelligence : en ajoutait-on un troisième , ils se battaient à outrance en grognant et en poussant des cris perçans. Le Pha- langer Quoy et le Phalanger tacheté sont les deux es- pèces que nous avons rapportées : elles sont nommées l'une et l'autre Ramhai^e à Vaigiou et Do à Guébé; la der- nière est celle qui a reçu le nom de Couscous à Amboine. Que de beaux Oiseaux , que de Mammifères encore inconnus habitent ces admirables contrées , et où l'on pourrait se les procurer en y séjournant beaucoup plus long-temps qu'il n'est permis de le faire à des navigateurs, dont la mission se borne à explorer une partie des côtes! L'ile Vaigiou a plus de quatre-vingts lieues de circonfé- rence , et l'on nous donna à entendre que dans l'intérieur se trouvait une nombreuse population, rassemblée dans une sorte de grande ville. Iles Mariannes. Laissant cette terre équatoriale , et continuant notre navigation vers le Nord, nous arrivâmes aux Mariannes , où la quantité de malades que nous VI. 10 ( ,46 ) avions alors nous força de séjourner long-lemps ; de sorte que nous eûmes le loisir de connaître les produc- tions zoologiques de l'île Guam , la plus grande de tou- tes, et qui en esleq même temps la capitale. Cette île n'a que quarante lieues de tour. Son sol est élevé , moutueux , en partie volcanique et en partie formé de calcaire madréporique. Les montagnes , qui ont toutes ,1 subi l'action du feu , sont arides et peu boisées. Les fo- rêts recouvrent le calcaire et forment une demi-ceinture à l'île , en avoisinant les bords de la mer. La végétation naturelle , peu brillante , se ressent de l'influence du sol sur lequel elle se développe ; tandis que les cocotiers et les arbres à pain , produits de la végétation aTtificielle et placés dans un terrain convenable , joignent la magni- ficence à l'utilité. Cet archipel n'a qu'un Mammifère qui ne lui ait pa* été apporté : c'est la Roussette Kéraudren , nommée Fanihi par les Mariannais , et Poé dans quelques-unes des îles Carolines , dont les nombreuses troupes n'occasiônent point de dégâts , parce que les insulaires ne cultivent presque pas d'arbres à fruits. Nous avouons que nous fûmes étrangement surpris lorsque , étant , avec M, Bérard , sur la petite île aux Cocos , nous vîmes ces animaux , bravant l'éclat du so-- leil , voler en plein jour. Jusqu'à cet instant nous avions cru que , fuyant la lumière , ils ne sortaient que pendant les ténèbres (i). Ils planent à la manière des Oiseaux de (i) M. Sait a vu aussi , à Maliavilly, dans le Mysore , des Chauve-souris de quatre pieds d'enverguie , voler en pleia jour. ( Voyage, de Valentia, tom. n, pag. iSg.) ( i47 ) pi'oie , et s'accrochent , dans le repos , aux arbres ou bien sur les rochers. Les Mariaunais en mangent la chair , malgré l'odeur désagréable qu'elle exhale. Le Ghien n'est pas indigène des îles Mariannesj le nom qu'il porte dans cet archipel suffirait pour le prou- Ver : c'est celui de Galagou, des. mots gaga (animal), et lagou (côté de la mer ) , c'est-à-dire , animal venu par la mer. Une petite espèce de Cerf Axis , qui a été apportée des Philippines, a tellement multiplié , que l'on ne connaît pas de lieu qui en contienne proportionnellement da- vantage ^ car il existe à Guam plus de mille de ces ani- maux. On nourrit de leur chair les équipages des navires qui touchent à cette île , et le nôtre n'eut presque pas d'autres vivres pendant le temps que nous y demeurâmes (du 17 mars au 5 juin 18 19). Cela n'empêchait point que les habilans n'en fissent , de leur côté , une assez grande consommation. Ce Cerf a le bois peu développé : dans Taisselle du maître andouiller, on voit une excroissance remarquable. Son pelage est noirâtre et rude. Le faon est fauve, et n'a point de taches comme celui d'Europe , à quelque âge qu'on le prenne. Les femelles doivent mettre bas vers la fin de mars , puisque, dans les premiers jours d'avril , on nous apportait fréquemment de jeunes Cerfs. L'habitude qu'ont ces ces anintaux de se jeter dans la mer lorsqu'ils sont poursuivis , nous donna occasion de remarquer avec quelle vitesse et quelle force extraordi- naires ils nagent, ayant tout le cou jusqu'au poitrail hors de l'eau. Leur frayeur est si grande , qu'ils s'élancent quelquefois dans les brisans qui déferlent sur eux avec ( J/fs ) fureur. Dans les bois , ces pauvres bêles sont sans cesse dévorées par des légions d'Insecles qui , déposant leurs œufs sous leur peau, la couvrent d'ulcères dégoûtans. Le nombre des Hats s'est considérablement accru ; de même qu'à l'Ile-de-France , ils sont le fléau de certai- nes cultures qu'ils ravagent avant que les fruits aient ac- quis leur maturité. Les Oiseaux paisibles sont d'autant plus nombreux dans cette petite île , que , ne redoutant point de guerre, ils multiplient eu toute sécurité. Nous placerons les Co- lombes au premier rang de ces hôtes iunocens , et nous indiquerons comme la plus belle l'espèce Rurukuru , qui se faisait remarquer par son beau plumage verdàlre , mélangé de jaune et par sa calotte purpurine : elle est excessivement commune , et dans nos promenades nous la distinguions, sans lavoir, à ses rouçoulemens si plain- tifs qu'ils ressemblaient à de vrais gémissemens. Les Mariannais la nomment Totot , et les Papous des îles Rawak et Vaigiou , Manobo. Elle fait sa principale nour- riture du fruit rouge d'une orangine épineuse ( Zimo/uVi trifoliata) , qu'elle transporte partout, et contribue par ce moyen à multiplier d'une manière fort incommode. Le mâle et la femelle sont parfaitement semblables. La Colombe Dussumier y est aussi très-nombreuse ; vient ensuite la Colombe érythroptère à gorge blanche , et enfin une nouvelle espèce , la Colombe Pampusan , de couleur rousse , si rare que nous ne pûmes en avoir que deux individus. Le Martin-chasseur à tête rousse infeste les forêts. Les habitans le chassent d'auprès de leurs maisons , parce qu'ils le croient capable de dévorer les petits pou- ( i49 ) Icls , opinion que nous ne parlageons pas. On trouve le Chlorocéphale à Rota , île distante de dix lieues. Le Merle des colombiers , Sali des Mariaunais, con- serve à Guam les mêmes habitudes familières qu'on lui reconnaît à Manille. Aussi agité qu'inquiet , il ne peut demeurer sur un arbre sans en parcourir toutes les bran- ches , autant pour être en action que pour y chercher sa nourriture. Son chant tient de son caractère et a beau- coup de variété ; il siffle , il se plaint , il gazouille , ou bien chante un petit air de courte durée. Des Souïmangas rouge et'noir sans reflets métalliques habitent entre les larges feuilles des palmiers et pompent leur sève sucrée. Le MoucheroHe à queue étalée en éven- tail se tient dans les buissons, et le Tlàle Tiklin(Po«- lalat), qui ne vole pas , dans les fourrés les plus épais. Il y a aussi des Corbeaux noirs. Les bords de la mer sont couverts de Hérons noirs (Tchoutchouhou atoulou) et de Hérons blancs {Tchoutchouhou apaka) , de Cor- lieux , de Tourne-pierres , de Pluviers dorés , de Che- valiers. Dans les marais on chasse les Canards , la Poule d'eau et le petit Héron aux ailes noires : ce dernier est nommé Kahag par les insulaires. La Chouette commune {Strix stridula) appartient aussi à cette île, où elle est connue sous le nom de Monmou ,• mais nous n'y avons rencontré ni aucun autre Oiseau- de proie ni Per-, roquets. L'île Tinian a fourni une nouvelle espèce à notre genre Mégapode , beaucoup plus petite et d'une couleur . différente de celle de Vaigiou : c'est le Mégapode La Pérouse , nommé Sasségniat par les indigènes. La tra- dilion rapporte que , très-répandu autrefois dans l'ar- ( i5o ) chipel , les anciens peuples Mariannais l'élevaient comme on fait à présent des volailles. Enfin , nous pouvons assurer que , sous le rapport de l'Ornithologie (i) comme de toutes les autres parties de l'histoire naturelle , il n'existe pas, dans le Grand-Océan, d'île qui soit maintenant mieux connue que celle de Guam , naguère ignorée ; nous aurons occasion de le prouver, en communiquant à la Société des considérations générales sur chaque classe d'animaux séparément. j IIecherches anatomiques sur les Carabiques et sur plusieurs autres Insectes Coléoptères; Par M. Léon Dufour. (Suite.) CHAPITRE DEUXIÈME. Organes de la génération. Avant d'entreprendre la description particulière des organes génitaux des Carabiques dans les deux sexes (i) M. Temminck, dans le bel ouvrage qui fait suite aux planches enluminées de Buffon , dit que le Calao à casque sillonne' habite les Mariannes. Cette erreur de géographie zoologique est d'autant plus importante à signaler que le nom de M. Temminck est d'un plus grand poids en Orni- thologie , et que ce savant s'appuie du témoignage de M. Dussumier, négociant fiançais, que très - gratuitement il fait voyager dans cet archipel. Nous tenons de M. Dussu- mier lui-même qu'il n'a jamais vu les îles Mariannes , et nous sommes certains , par nos propres observations , que les Ccdaos n'y existent point. ( i5i ) ■ séparément et celle des autres Coléoptères , je ferai une remarque qui a son application générale à toutes les dasses d'insectes. C'est que dans la saison marquée par la nature pour la reproduction de l'espèce , ces organes se présentent sous un aspect fort différent de ce qu'ils étaient avant cette époque. Ainsi dans les mâles , la lui'- gescence spermatique met en évidence des conduits qui demeureraient imperceptibles sans cette condition , et qui parfois donnent à l'abdomen un volume tel qu'on les prendrait pour des femelles pleines. Les ovaires offi-ent également de grandes modifications dans leur forme et leur développement, suivant .l'époque de la gestation. Parmi les différences extérieures qui caractérisent les sexes des Carabiques , les entomologistes n'ont signalé, pour reconnaître les mâles , qu'une plus petite stature et la dilatation des tarses antérieurs. J'ajouterai que dans les femelles , il y a une plaque dorsale de plus à l'abdo- men et deux appendices oblongs , bruns, cornés , situés près de l'anus et rélractiles. Ces appendices , entre les- quels est placée la vulve , sont susceptibles d'écartement et de rapprocbement. Dans Tétat de repos , ils ne sont pas ordinairement saillans -, mais ils le deviennent lorsqu'on exerce sur l'abdomen une compression expulsive, ou lorsque l'extrémité de celui-ci cherche par ses diverses inflexions ou à se prêter à l'acte de la copulation, ou à diriger l'émission de la liqueur excrémentitielle. Je vais exposer successivement les organes généra- teurs du mâle et ceux de la femelle. ( ,5. ) ARTICLE PREMIER. Organes générateurs mâles. Ils se divisent naturellement en ceux qui préparent le jfluide spermatique et en ceux qui émettent ce fluide par la voie de la copulation. § I*^. Organes préparateurs du sperme. Ainsi que dans les animaux des ordres supérieurs , on distingue dans les Carabiques et dans les autres Coléop- tères les testicules et les vésicules séminales. 1°. Testicules. Logés dans la région postérieure de la cavité abdominale au milieu d'un tissu graisseux abon- dant , entrelacé de nerfs et de vaisseaux aéi-iens , et pla- cés au-dessous du tube intestinal , ils consistent en deux corps égaux entre eux , assez gros , d'une certaine mol- lesse , le plus souvent séparés l'un de l'autre et essentiel- lement constitués par les replis agglomérés d un vais- seau spermatique. La longueur de celui-ci jurpasse de plusieurs fois celle de tout le corps de l'insecte , et l'on parvient assez facilement à le dérouler pour peu qu'on ait l'habitude de ces dissections. La forme et la contexture extérieure des testicules pré- sentent dans divers Carabiques des modifications qu'il n'est pas inutile de signaler. Dans le Carabus auratus , ainsi que dans les autres espèces du même genre soumises à mon scalpel , ces organes sont sphéroïdes , revêtus en dehors d'une sorte d'enduit mucoso-graisseux , jaunâtre, membraniforme, où rampent de nombreuses et brillantes ( r53 ) trachées. Cette enveloppe, d'une texture peu cohérente et facile à déchirer, tient lieu de tunique vaginale. Elle est si mince que, sans la rompre , on peut apercevoir les circonvolutions du vaisseau spermatique. Les testicules de Vydptinus , du Scarites , de la Clivina , du Chlœnius sont conoïdes ou pyriformes. La tunique vaginale du premier et du dernier de ces insectes est mince comme dans le Carabus , tandis que celle des deux autres et du Cymindis, qui aies testicules ovalaires, est assez épaisse pour voiler entièrement les replis du vaisseau sperma- tique. Les organes sécréteurs du fluide séminal sont ob- longs dans le Platinus et les Sphodrus. Leur enveloppe muqueuse et si légère que les circonvolutions sont pour ainsi dire à nu et très-làches. L'ensemble de celles-ci ■A une forme mal déterminée et variable. Dans le Ste- ropus et le Pterostichus , ces; organes sont ovalaires et presque dépourvus de tunique vaginale. Ils forment dans le Zahrus deux paquets allongés et courbés semblables à des bourses à mailles. Les entortillemens du vaisseau proliGque n'ont pas de tunique muqueuse appréciable et sont remarquables par leur laxité. Li' Ophonus et le Har- palus rujicornis offrent une structure toute particulière des organes préparateurs du sperme. Il n'y a qu'une ag- glomération unique , ovalaire , pour les deux testicules , et ce qu'il y a de fort singi^lier, c'est que les investiga- tions les plus scrupuleuses m'ont démontré qu'il n'existe qu'un seul vaisseau séminal pour cette agglomération, qui représente les deux organes , quoiqu'il y ajt évidemment deux canaux déférens. Ou serait tenté de croire qu'un des vaisseaux spermatiques avorte constamment. Les or- ganes prolifiques de VElaphnis sont allongés , conoïdes ■, ( ^H ) ceux de YOmophron sont formés de renlorlillement lâche et spiroïde du vaisseau séminifère , et l'exlrémilé libre de celui-ci est renflée en massue oblongue. Le vaisseau spermalique, après avoir percé la tunique vaginale quand celle-ci existe , se continue en uu ca- nal déférent qui , après divers replis, s'insère dans la vésicule séminale correspondante. Avant cette insertion il offre le plus souvent un petit peloton, un véritable épididyme que l'on croirait inextricable , mais qu'avec de la patience on parvient à dévider. Cet épididyme va- rie pour sa forme : ainsi il est obrond , assez petit, mais distinct et constant dans les Carabus auratus et can- cellatus. Je ne le vois pas dans le C. Pyrenœus ; mais j'observe qu'une portion de son canal déférent est un peu plus renflée à l'endroit qui correspondrait à l'épididyme, et que cette portion présente à la loupe des raies trans- versales , comme s'il y avait intérieurement une texture celluleuse. Dans VAptinus et le Séantes, l'épididyme est analogue à celui du Carabus auratus. Il m'a semblé nul dans la Clivina. Celui du ^jmindis et du Platinus ne consiste qu'en un petit nombre de replis assez lâches. Les deux épididyijaes sont confondus dans les Chlœnius en une seule agglomération inextricable. Dans le Spho- drus il est entortillé en un long tire-bourre qui forœ.e au testicule une demi-ceinture adhérente. Il est moins long mais également contourné en spirale dans le 5te- ropus et le Pterostichus, où il semble se confondre avec le paquet testiculaire. Celui du Zabrus obesus est con- tourné en replis lâches. Dans YOphonus et le Harpalus., les deux épididymes sont confondus en une aggloméra- tipn qu'il est impossible de démêler. Les figures que je ( i55 ) fournis de ces diverses configurations compléteront cet aperçu descriptif. 2°. p^ésicules séminales. — Il n'y en a qu'une paire dans les Carabiques, Chacune d'elles est une bourse filiforme, un peu plus longue que l'abdomen , souvent d'une roideur presqu'élastique , diversement coudée ou fléchie , flottante par un bout , remplie d'un sperme plus blanc , plus compacte , mieux élaboré que celui du tes- ticule. Après avoir reçu le canal déférent qui leur correspond, les vésicules séminales se réunissent pour former le con- duit spermatique commun ou éjaculateur. Celui-ci, bien plus court que chaque vésicule et souvent plus mince, traverse , avant de s'enfoncer dans l'organe copiilateur, une masse musculeuse compacte , comme calleuse dans son centre, où viennent se fixef divers faisceaux de muscles. § II. Organes copulateurs mâles. On y distingue les parties accessoires ou V armure de la verge , et l'organe essentiel ou la verge. 1°. Armure de la verge. Sa forme et sa grandeur varient singulièrement selon les genres et les espèces. En général , c'est un étui allongé , brun , d'une consistance cornée , d'une forme invariable , percé à son extrémité , ou avant celle-ci, d'une ouverture qui donne issue à la verge. La plupart des auteurs , trompés par les appa- rences , ont pris et décrit cet étui corné pour le pénis lui-même. Dans l'état d'inaction , lorsque l'armure est retirée dans l'abdomen , elle est revêtue d'une enveloppe fibro- membraneuse, tenace, et sa racine est munie d'un fais-^ C i56 ) ceau considérable de muscles où se fixent diverses pièces cornées , dont les mouvemens servent à son extraction ou à sa rétraction. Dans le Cai^abus auratus , l'armure copulatrice est cylindroide , à peine courbée , et avan«t son extrémité, qui est en pointe crochue très-acérée, il y a en dessous un espace blanchâtre et non corné , qui occupe à-peu-près le tiers de la longueur de l'étui , et où se voit l'orifice d'un conduit charnu destiné au passage du pénis , auquel il semble servir àe. fourreau ou àe pré- puce. L'armui'e du Carabus cancellatus est courbée en hameçon 5 celle du C. Pjrenœus l'est infiniment moins. \i^ Aptinus l'a ovale-oblongue , irrégulière , fort grosse , proportionnellement au corps de l'insecte \ elle se ter- mine par un crochet aigu , incliné sur une apophyse ob- tuse , et sa racine offre un autre crochet dirigé latérale- ment. En pressant fortement cet étui entre les ongles , on se convainc que c'est à l'apophyse obtuse que se trouve l'ouverture par où doit sortir la verge. Du centre du fourreau j'ai vu saillir , ainsi que dans le Scarites , une pièce particulière brune , cornée , déprimée , uni- dentée de chaque côté , mais glabre. Cette pièce me paraît destinée à se glisser dans une rainure pratiquée en dessous du crochet terminal de l'armure , et a sans doute pour fonction , dans l'acte de l'accouplement , soit d'ac- crocher l'organe de la femelle , soit de favoriser, en fai- sant l'office d'un coin dilatatoire , l'introduction dans le vagin d'un pénis peu susceptible peut-être d'une érec- tion complète. Dans le Scarites , l'armure de la verge est cylindroïde, presque droite , et un peu renflée vers son extrémité , (jui est tronquée. Par la compression , on voit saillir de cette ( 1^7 ) dernière une plaque brune , velue comme une brosse. La même configuralion s'observe dans la Clivina. L'ar- mure des Chlœnius est plus arquée que les précédentes , mais également tronquée, et comme écbancrée à sa pointe. Celle du Sphodrus , plus petite proportionnel- lement que dans les autres carabiques , est en forme de languette lancéolée , déprimée; elle est arquée dans le Steropus et le Pterostichus j de cette même forme , mais plus courte et plus grosse dans le Zabrus. ^JOpho- nus et le Harpalus l'ont allongée et courbée en hame- çon. oP. Verge. Cet organe est, pour l'ordinaire, très- difficile à mettre en évidence: cependant je l'ai parfaite- ment vu dans le Carabus auratus et dans quelques au- tres Carabiques. C'est un corps filiforme qui égale en longueur le tiers de tout l'insecte et qui a une contex- lure élastique. Son extrémité m'a paru offrir deux petits mamelons qui tiennent lieu de gland, et qui, vrai- semblablement , se gonflent lors du coït. Nous venons de voir que l'appareil générateur mâle des Carabiques se compose des mêmes parties essen- tielles que celui des mammifères, puisque nous y re- trouvons deux testicules bien organisés , des canaux dé- férens , des épididymes , des vésicules séminales , un conduit éjaculateur , une vei^ge rélractile , et même un vestige de gland. Cette analogie est un fait assez remar- quable. La physiologie de la fonction génératrice de ces insectes n'offre de différence réelle avec celle des grands animaux que dans ce qui concerne l'influence du sys- tème circulatoire. Enveloppés et pénétrés de nombreux ramuscules trachéens et nerveux , les testicules , par un ( i58 ) mode spécial de leur vitalité , par l'efl'et d'une sensibilité élective toute mystérieuse pour nous , puisent dans les tissus ambians les matériaux de leur sécrétion. Ceux-ci , soumis à l'acliou du vaisseau spermatique qu'excite in- cessamment l'aiguillon génératif, acquièrent, par les oscillations successives que ses replis multipliés et ceux de l'épididyme leur impriment, la qualité de liqueur prolifique ; cette dernière, par son séjour dans les vési- cules séminales , s'y perfectionne , et est ensuite éjaculée parla verge dans le vagin de la femelle. Avant de passer à l'étude des organes sexuels de la femelle dans les Carabiques , je vais donner un aperçu de mes recherches zootomiques sur l'appareil générateur mâle des autres Coléoptères. B. ClCIWDÉLÈTES. Cette tribu des Coléoptères carnassieTrs ne m'a pas offert de différence avec celle des Carabiques sous le rapport du nombre, de la forme et de la texture des organes mâles de la génération. Ceux-ci se composent, i*'. d'une paire de testicules ovales , formés de l'entortillement d'un vaisseau spermatique ; iP. de deux canaux déférens ; 3". de deux vésicules séminales filiformes ; 4°- d'un canal éjaculaieur assez court \ 5**. d'une armure copula- trice cylindroïde , légèrement arquée , terminée par une languette acérée , etc. C. Hydrocanthakes. L'appareil générateur mâle des Dytiscus' a la plus grande analogie avec celui des Carabiques. Dans le D. Roeseliiy les testicules sont enveloppés d'une tunique vaginale bien marquée ; l'épididyme est sphéroïde , et son volume égale en grosseur le testicule lui-même , en ( »% ) sorte que l'on pourrait croire au premier aperçu qu'il y a deux paires de ces organes sécréteurs. Les vésicules séminales sont flexueuses , vermiformes et un peu ren- flées à leur extrémité , et le conduit éjaculateur est'beau- coup plus court que ces dernières. L'armure copula- trice est composée de deux pièces principales. L'une, garnie à sa base de cette ma-sse calloso-charnue que tra- verse le conduit éjaculateur , est plus fixe et sert de ré- ceptacle à l'autre. Diverses plaques cornées , séparées par des membranes fibreuses qui permettent son amplia- tion , la constituent. La seconde pièce principale est ré- trac tile , c'est-à-dire, qu'elle rentre au gré de l'insecte dans la précédente. Elle ne devient saillante que dans l'acte de la copulation ou lorsqu'on exerce sur l'armure une compression expulsive. C'est par ce dernier moyen que je l'ai mise en évidence. On y distingue en dessus deux tiges cornées , brunes , un peu arquées , séparées par une membrane fibreuse souple , et rapprochées , con- tiguës à leurs extrémités. Ces deux tiges correspondent en dessous à une plaque cornée , creusée en gouttière et tronquée à son extrémité, qui est trilobée. Elles forment avec cette plaque un étui susceptible d'une grande dilatation pour le passage de la verge et de son fourreau. Elles s'accompagnent latéralement de deux lames lan- céolées , cornéo-membrancuses , garnies en dessous de cils roussàtres assez longs. Le I). Sulcatus a ses organes sécréteurs et conserva- teurs du sperme analogues pour leur texture à ceux àe l'espèce précédente. Les enlorlillemens du vaisseau sé- minal sont agglomérés d'une manière lâche et sans apparence de tunique vaginale. Une belle et grande ( it'o ) irachée épanouit ses branches rayonnantes à la face inférieure de l'organe, et maintient en s'y ramifiani les circonvolutions du conduit prolificpe. L'épidi- dyme , rempli d'un sperme plus blanc que celui du testicule, est variable pour son développement suivant les dispositions génératives. Dans un individu, je l'ai trouvé presque nul d'un côté , et fort grand de l'autre. Les vésicules séminales sont proportionnellement plus longues que dans le D. Roeselii. L'armure delà verge a une conformation et une structure différentes de celles de cette dernière espèce. La masse charnue qui reçoit le canal éjaculateur a trois gros muscles arrondis où viennent s'implanter des faisceaux musculeux destinés aux mouvemens généraux de l'armure. A la face supé- rieure du corps de celle-ci est une pièce brune , cornée , qui en arrière s'élargit en forme de croissant. Deux crochets latéraux , en partie cornés et en partie mem- braneux , terminent l'armure en arrière et flanquent un fourreau intermédiaire bilobé d'où sort la verge. Les testicules du Gjrinus sont tout autremeiU orga- nisés que ceux des autres Coléoptères carnassiers. Au lieu d'être formés par les replis d'un vaisseau spermatique , ils consistent chacun en un sachet oblong , cylindroïde , plus ou moins courbé , obtus par un bout , dégénérant insensiblement par l'autre en un canal déférent où l'on n'observe aucune trace d'épididyme , et qui va s'insérer dans la vésicule séminale correspondante , tout près de l'endroit où celle-ci s'unit à sa congénère pour la for- mation du canal éjaculateur. Les vésicules , au nombre de deux , sont longues , filiformes , diversement re- pliées. L'armure copulatrice se compose de trois lame- ( i6i ) principales, cornées, allongées, droites, comme tron- quées à leur extrémité. Les latérales , qui sont les panneaux de l'intermédiaire j se terminent par des soies blanches , assez roides , longues , épaissies vers leur base. La pièce intermédiaire forme plus particulière- ment l'étui de la verge. Elle est dépourvue de soies , et offre dans son milieu une fente longitudinale desti- née à donner issue à la verije. ' h Famille II. Brachéljtres. L'appareil générateur mâle des insectes de cette famille présente une forme et une texture qui s'éloignent beaucoup de celles des carnassiers. Il se compose, dans les quatre espèces de Staphjlinus soumises à mes dis- sections , i**. de deux testicules en forme de sachets membraneux , ovales ou oblongs 5 2°. d'un canal dé- férent, dépourvu d'épididyme; 3°. de d^ux paires de vésicules séminales ; 4*'- d'uu canal éjaculatôur infiniment plus long qu'elles -, 5°. d'une armure copulatrice cor- née , servant de réceptacle à la verge. Les sachets tesliculaires du Staphjlinus olens sont oblongs , légèrement courbés , déprimés , festonnés au bord interne, qui est concave 5 ils présentent extérieure- ment une ligne médiane enfoncée et des raies transver- sales parallèles , qui sembleraient annoncer une texture interne cclluleuse , que je n'ai point constatée par l'ob- servation -, car , en déchirant avec soin ces sacliets , je n ai su y reconnaitre qu'une pulpe séminale homogène , et je rco suis bien convaincu qu'il n'y a aucun ves;)gc YI. II "^ ( ^62 ) de vaisseau spcrmaliquc;. Le canal déférent est presque capillaire, bien plus court que le testicule, et inséré au bout postérieur de cet organe. Les principales vési- cules séminales , et je désigne par celte épitliète celles qui concourent in)niédiatenient par leur confluence à la formation du conduit éjaculateur , sont courtes et ovoï- des. Les autres, plus oblongues et moins renflées , s'a- lioticlient en dessous et vers le point de réunion des vésicules principales. Le conduit éjaculateur est très- long, fort grêle, flexueux ou replié. L'armure du pé- nis est o])longue , comme étranglée dans son niiiicn. lu la comprimant forterocnt outre les doigts, on voit saillir de son extrémité trois utriculcs conoïdcs. C'est au-dessous de ces dernières qu'est l'oriOce du fourreau de la verge. Dans le St. maxillosus , les testicules sont oblongs , et leur surface a des bosselures plus ou moins prononcées. En étudiantleur texture interne, j'ai reconnu, au milieu delà pulpe !j|>erma tique floconneuse qui remplit le sachet, une grappe peu fournie de capsules spermatiques ovoï- des , remplies d'un sperme plus blanc et brièvement pé- dicellées. Ces capsules , tantôt s'insèrent isolément au tronc médian qui sert d'axe à la grappe , et tantôt sont groupées trois à quatre ensemble. On doit juger qu'elles sont très -petites , et ce n'est etï'ectivement qu'a- vec le secours d'une forte loupe oit du microscope , qu'on peut les mettre en évidence. Le tronc de la grappe se continue en dehors en un canal déférent qui ncice le sachet un peu avant son extrémité , et qui est aussi court que celui du St. olens. Celte organisation inté- rieure du testicule du Si. maxillosus fait présumer ( i63 ) qu'une semblable grappe de capsules spermaliques existe aussi dans les autres espèces , quoique mes recherclies ne me l'y aieut pas encore démontrée. La première paire des vésicules sémiualcs est renflée, ovoïde -oblongue. La seconde est filiforme , flexueuse , infiniment plus longue que celle de l'espèce précédente. Le conduit éja- culateur est fort long et presque capillaire. L'armure de la verge est cornée , brune, oblongue, renflée à sa base , qui est arrondie et gai^nie au-dessous de nom- breux faisceaux de muscles. Par une compression expul- sive, on voit saillir une lame lancéolée , rétractile , et deux petites pièces brunes, oblongues, liérissées comme une brosse. Le St. erythropterus a ses testicules ovales-oblongs , obtus , revêtus d'une longue tunique ,' qui est relevée par quelques bosselures arrondies assez distinctes. Il est permis de présumer , d'après cette contexture externe, que l'intérieur de ce sachet renferme , ainsi que dans le Si. tiiaxillosus , une grappe centrale de capsules sper- maliques. Le canal déférent part de l'extrémité posté- rieure du testicule 5 il est grêle, et va s'aboucher au- dessous et un peu en arrière de la l'éunion des vésicules séminales : celles-ci sont courtes , droites , en forme de massue allongée. Les principales sont un peu plus grandes que les autres. Le conduit éjaculaleur est cinq ou six fois plus long que les vésicules , presque capil- laire , très-flexueux. Il se termine en arrière par une soie brune, arquée, élastique, qui .s'enfonce à la base de l'armure copulatrice , et qui n'est peut-être qu'une continuation de la verge. L'armure est à peine cour- bée , échaiicrée à sou extrémité , garnie en dessous * ( i64 ) d'une lame brune plus dure, et à sa base, près de l'inseï-- lion du conduit t^aculateur , d'un court éperon. En comprimant entre les doigts celle armure , on voit sail- lir par son extrémité un fourreau mou , un sorle de prépuce qui émet la verge par son centre. La figure fidèle que je donne de l'appareil générateur de ce Sta- phjlin exprime ce dernier état. Les sachets sécréteurs du sperme sont, dans le St. punctatissimus , plus courts que dans les Staphjlins précédens , ovales-obtus , remarquables par la couleur rouge de leur enveloppe. Le canal déférent est capil- laire , fort court , et perce cette dernière membrane dans Tin point plus rapproché de l'exti-émilé antérieure du sachet que de la postérieure. La principale paire des vésicules séminales est ovoïde-oblongue , presqu'aussi grosse que les testicules , et très-rétrécie vers le point de leur confluence. La seconde paire est longue , fili- forme comme dans le St. maxillosus , et elle s'amincit beaucoup en approchant du point d'insertion. Le con- duit éjaculaleur est encore plus long , plus replié que dans les autres espèces. L'armure copulatrice a la forme de celle du St. maxillosus. La verge, ou le corps que je prends pour cet organe , et qui fait saillie quand on comprime fortement l'armure, est garnie en dessous de poils ou de soies rebroussées en arrière. Sa base s'ac- compagne de deux pièces ovales chagrinées. Malgré la petitesse et surtout l'étroitesse de l'abdo- mefi du Pœderus riparius , je suis cependant parvenu â reconnaître son appareil générateur mâle. Les testi- cules sont formés chacun par un sachet ovalaire, obtus, lisse, à travers la tunique duquel on aperçoit un sperme ( i65 ) d'une teinte roiissàlre. Le canal déférent est gros com- paralivement à celui des Staphjlins ; il offrait, dans l'individu que j'ai dessiné, deux renflemens distincts. J'ai cru reconnailre trois paires de vésicules séminales. La principale est cylindrique , courbée en avant dans sa position naturelle , étalée dans la figure que j'en donne. Une auti'e paire est courte , renflée , ovoïde , remplie d'un sperme jaunâtre. La troisième est moins développée que les précédentes , cylindrique , presque diapliane , et elle s'insère près du point où le canal dé- férent s' abouche dans la vésicule principale. Le conduit éjaculateur est bien moins long que dans les Staphy- lins. Il s'amincit eu approchant de l'armure copula- trice. Famille III. Serricornes. A. BuPTVESTIDES. J'ai eu peu d'occasions d'étudier l'appareil généra- teur de ces coléoptères , et je sens le besoin de renou- veler mes recherches sur ce point. Dans le Buprestis novem- rnaculata ^ les testicules^ revêtus d'un enduit membraniforme jaunâtre , se composent chacun de sept capsules spermatiques , tubuleuses , renflées à leur base, entortillées et comme agglomérées par leurs extrémités effilées. Le canal déférent n'offre pas d'épididyme. Il y a , ainsi que dans les Staphjlins , deux paires de vésicules séminales, l'une, plus grosse , plus boursouf- flée, est remplie d'un sperme blanc; l'autre, plus fili- forme et flexueuse, est presque diaphane. Le conduit éjaculateur n'est pas fort long. ( 166 ) 6. Elàtérioes. Chaque testicule de VElater sanguineus est formé d'une grappe arrondie, de plus d'une cinquantaine de capsules spermatiques oblongues , non terminées , comme dans le Bupj-estis, en un tube effilé. Le canal déférent est long , flexueux , filiforme , sans épididyme. Les vésicules séminales , au nombre de deux paires , sont contournées en cornes de bélier : les unes , plus an- térieures , sont plus courtes , plus grosses , plus farcies d'un sperme blanc; les autres, dirigées en arrière, sont plus longues et transparentes. Le conduit éjaculaleur a plus de longueur qu'elles. Les teslicules de Y Elater murinus sont assez sembla- bles à ceux de l'espèce précédente. Ils sont bien distincts et séparés l'un de l'aulre , enchevêtrés par un lacis de trachées capillaires et constitués chacun par une agglo- mération arrondie ou subréniforme de capsules sperma- tiques ovalaires ou oblongues , aii nombre d'une quaran- ,. taine. La petitesse et la contiguité de ces capsules ne m'ont point permis de constater leur mode de connexion pourlaformationducanaldeferent.il m'a semblé qu'elles dégénéraient eu un col fort court et qu'elles formaient plusieurs petits groupes 5 mais je n'ai rien de positif sur jj ce point. Le canal dcîj'érent nait brusquement du testi- cule. Il est long et flexueux , d'abord délié comme uu cheveu 5 mais en approchant du conduit éjaculateur sur les côtés duquel il rampe, il devient plus gros, plus re- plié. Il s'insère au-dessous de la vésicule principale , im- médiatement avant l'origine du conduit éjaculateur. Il y a trois paires de vésicules séminales, La première ou la principale est plus grande , plus blanche , plus compacta ( ^67 ) «ue les autres. Elle se conlourne vers son exlrémité, qui est divisée en deux cornes spiroïdales. La naissance de celles-ci est tout-à-fait cachée par le tronc même de cette vésicule. La seconde paire de ces réservoirs du sperme est en forme de massue allongée et courbée. Elle s'im- plante à la face supérieure de la première paire, tout près de Torigine du conduit éjacnlateur. Les vésicules sémi- nales de la troisième paire sout fort courtes , placées au- dessous des autres et d'une configuration singulière , qui les fait paraître doubles. Leurs deux bouts sont renflés en bourses arrondies et libres , et leur insertion a lieu par leur centre. L'inspection et l'explication des figures ci- joiutcs me dispensent d'autres détails. J^e conduit éja- culateur est assez court, cylindrique, courbé sur lui- même ; il s'enfonce dans l'armure copulatrice à la base supérieure de celle-ci. U armure de la verge est formée de trois pièces cornées , brunâtres , soudées à leur base , plus ou moins séparées à leur extrémité. Les pièces la- térales sont deux tiges dont l'extrémité libre est oblique- Tuent tronquée et un peu crochue; l'intermédiaire est une espèce de stylet logé dans uuTourreau membraneux. C.^ Lampyrides. Les deux testicules du Ljcus sont agglomérés en un seul paquet oblong , composés d'un grand nombre de capsules spermatiques, sphériques, pédicellées, envelop- pées par Une tunique vaginale commime. Ces organes séci'éteurs du sperme sont, dans le Tele- phorus fuscus , également composés d'une grappe ovale de capsules ovoïdes, blanchâtres, Irès-serrées entre elles.' Ils sont coniigus, mais non confondus en un seul pa- quet. Le canal déférent est fort long et grêle. Il y a ( 1^8 ) trois paires de vésicules séminales. La principale est contournée en tire-bourre serré: une autre est claviforme et courte; la troisième est filiforme , diaphane, flexueuse, l'enflée à son extrémité. Le conduit éjaculateur est assez long. D, Mélyrides. Dnus le Malachius , les testicules, petits, arrondis, rapprochés l'un de l'autre , mais Lien distincts , m'ont paru aussi formés d'un sachet membraneux. Le canal déféi'ent est fort coui'l, renflé et lavé de rouge à son ori- gine. Il y a deux paires de vésicules séminales. Les prin- cipales sont longues , filiformes , très-flexueuses ; les autres ont la même forme, mais sont beaucoup plus courtes. Le conduit éjaculateur a peu de longueur ; il est renflé dans sa moitié antérieure , puis brusquement capillaire. L'armui'e copulatrice est oblongue , un peu courbée , et se termine par deux petits tuyaux qui s'engainent l'un dans l'autie. Mes propres observations ne m'ont pas misa même de constater la forme et la structure de l'appareil génitale mâle du Drilus ; mais ]M. Victor Audouin, qui, depuis la présentation de mon travail à l'Académie des Sciences , a étudié avec une rare sagacité l'organisation tant externe qu'interne de ce curieux insecte (i) , me meta même de {i) Recherches anatomitjues sur la femelle du Drile jau' ndlre, el sur le mule de cette espèce, Amiales des Se. nat. , t. n, p. 443- Ce travail est aussi remarquable par les faits in- téressans qu'il renferme que par la précision avec laquelle ils sont exposes , et par l'exactitude des figures qui l'accom- pagnent. C'est un excellent modèle dans ce genre. (iVt>/e de l'auteur. ) ( ï69 ) remplir cette lacune. D'après ce savant, les testicules dix Drile jaunâtre sont petits et composés d'une agglomé- ration ovalaire de capsules spermatiques arrondies ; le canal déférent est long et flexueux; les vésicules sémi- nales au nombre de deux paires , dont l'une est courte , grosse, repliée sur elle-même à son sommet; l'autre est filiforme, renflée à son extrémité, qui est contournée. Le conduit éjaculateur est cylindrique , presque droit. Uar- inure copulatrice se compose de crochets , de pinces , de diverses pièces dont l'auteur décrit avec soin et la struc- ture et les usages. Enfin, la verge a une consistance molle , et se glisse dans la gouttière d'une des pièces de l'armure. Famille IF. Clavicornes. A. Clairons. Ils ont un appareil générateur mâle plus compliqué que les coléoptères précédens. On reconnaît extérieu- rement le sexe masculin à la large échancrure du dernier anneau ventral. Les testicules du Clerus alvearius , bien séparés l'un de l'autre , sont des sachets ovoïdes dont la tunique, d'une grande finesse, est d'un rouge vif comme celle de certains Cimex. Leur organisation intérieure consiste en un faisceau de quinze à vingt capsules spermatiques en forme de gaines , renflées à leur base , qui est lavée de rouge , et atténuées du côté opposé en un filet capillaire plus ou moins replié. Le canal déférent a parfois une leinte rougeàlre. 11 est grêle , un peu plus long que le testicule , et il perce la tunique de celui - ci vers son gros bout. liCs vési- ( i7<^ ) «ules séminales sont au nombre de ([ualre paires : deux d'entre elles sont courtes , renflées , ovales - oblongues, obtuses. Les deux autres sont allongées, filiformes; la première simplement flexueuse , la seconde rou- lée en spirale : c'est celle-ci qui reçoit le canal déférent. Le conduit éjaculateur est filiforme; l'armure copula- trice, de forme oblongue , est charnue et arrondie à sa base , cornée dans le reste de son étendue. C'est à la jonction de celte masse charnue avec la portion cornée qu'a lieu l'insertion du conduit éjaculateur. L'armure est profondément bifide à son extrémité , et d'entre les cro- chets de cette bifurcation on fait saillir^ par une coriipres- ^^ sion expulsive, un fourreau tétragone, de consistance par- 9 cheminée, qui renferme la verge. L'organe de la sécrétion prolifique dans le Clerus apiarius ne diffère de celui de l'espèce précédente que par un moindre développement des vésicules séminales. B. Boucliers. Ou trouve dans les Sifpha deux testicules distincts et séparés , ovalaii'es , revêtus d'une tunique vaginale , et formés intérieurement de nombreuses capsules sper- niatiques. Il y a deux paii-es de vésicules séminales longues et filiformes. Je vais décrire plus particuliè- rement cet appareil dans le Silpha obscura. Cha- que testicule est ovale-rënifoi'me , convexe , blanc , dé- bordé à son bord externe par une rangée de capsules permatiques conoides , semi-diaphanes. Si vous dé- chirez avec précaution sa tunique pour en étudier l'in- térieur, vous rencontrerez une pulpe blanche qui , au premier aspect , ne présente aucune organisation bien déterminée; mais en la soumettant à un examen plus ( 171 ) scrupuleux et avec le secours de la loupe ou du micros- cope , vous y découvrez une structure admirable. Pour mettre celle-ci en évidence il faut ménager le canal dé- férent et le disséquer jusque dans l'intérieur du testi- cule. On voit alors que ce canal se continue dans la pulpe prolifique en s'y repliant, et qu'il devient l'axe, le tronc d'où partent des branches brièvement ramifiées , termi- nées par des fascicules de capsules spcrmatiques ovales , blanches, plus ou moins empilées. Celles qui débordent le testicule sont bien plus grandes , distinctes les unes des autres ; mais elles aboutissent par un pédicelle plus que capillaire aux mêmes ramifications internes. Le canal déférent est à peine un peu plus long que le testicule et s'insère vers le milieu du bordéchancré de cet organe. Les vésicules séminales sont irrégulièrement boursoufflées , et l'une paire est plus longue que l'autre. Le conduit éja- culateur est filiforme et se courbe en une anse assez con- sidérable avant de s'enfoncer dans l'armui'e copulatrice. Celle-ci présente à sa base un corps ovoïde-oblong ou en forme de grosse massue , de consistance calleuse , blanchâtre et lisse , surpassant en grandeur le testicule lui-même. Je n'ai encore trouvé, dans aucun des co- léoptères soumis à mes investigations anatomiques , ce corps aussi volumineux. L'armure px'oprement dite est allongée, déprimée , accompagnée de chaque côté d'une lame cornée brune, dont la pointe est légèrement crochue. Entre ces deux lames est le fourreau de la verge. Il est percé avant sou extrémité d'une ouverture qui donne issue au pénis. Celui-ci est en grande partie velu comme une brosse. J ai reconnu la même configuration , la même struc- ( 172 ) turc dans les diverses parties de l'appareil générateur mâle du Silpha littoralis. Dans le Silplia opaca , que je crois n'être que le mâle du S. sinuata , le testicule est ovalaire et offre la même organisation intérieure que dans le S. obscurci , mais il n'est point débordé par des capsules spermatiques particulières. La masse calleuse de la base de l'armure copulatrice n'est point volumi- neuse et ovoïde, comme dans le S. obscura ; elle est petite et courbée en crosse. Les lames cornées qui ac- compagnent le fourreau de la verge ont leur pointe à-peu- près droite. La verge est hérissée de poils rebroussés en arrière. Famille V^. Palpicornes. La conformation et la structure des organes génitaux mâles des Palpicox'nes justifient pleinement la place que M, Latreille leur a assignée dans le cadre entomologique. Ils ont sous ce rapport de nombreux traits de ressem- blance avec les Clavicornes qui les précèdent. Les testicules du grand Hydrophile se présentent sous la forme de deux corps oblongs, cylindroïdes, pla- cés , un de chaque côté , daus la cavité abdominale, au milieu d'une pulpe graisseuse enlacée de trachées ca- pillaires. Ces organes, petits comparativement à ceux des autres Coléoptères , sont revêtus en dehors d'une espèce de tunique adipo-membraneuse qui en masque la structure intérieure. Pour mettre celle-ci en évidence , il faut déchirer le testicule : on voit alors que ce dernier est essentiellement constitué par un épi plutôt que par une grappe de plusieurs* centaines de petites capsules ( 173 ) spermaliques étroitement empilées comme des grains fort pressés qui seraient sessiles autour d'un axe commun. Ces capsules sont allongées , et leur petitesse ne m'a pas encoi'e permis de bien reconnaître leur mode de con- nexion, soit entre elles, soit avec le canal déférent. Suivant M. Marcel de Serres, qui a consigné dans ses Observations sur les Usages du F^aisseau dorsal , pag. 194? une bonne description de l'appareil généra- teur du même hydrophile , ces capsules spcrmatiques se rendraient dans un large canal qui occuperait toute la longueur du testicule. Le canal déférent de celui-ci est grêle, presque capillaire, flexueux , et immédiate- ment avant de s'insérer à la vésicule séminale qui lui correspond , il présente un renflement ovoïde considé- rable. Les vésicules séminales de cet insecte sont fort remarquables et au nombre de trois paii'es; celles de la première paire , que j'appelle les principales parce qu'elles se rencontrent dans tous les Coléoptères et qu'elles constituent esseniiellement par leur confluence le conduit éjaculateur ou spermatique commun , sont les plus grandes et les plus consistâmes ; elles se contour- nent en corne de bélier, renferment un sperme blanc , compacte, bien élaboré, et ont des parois épaisses qui oflrent une certaine leuaciléau tranchant du scalpel. Les vésicules séminales de la seconde paire sont placées tout près de l'extrémité des précédentes et d'une configuration élégante. Jusqu'à ce jour je n'ai rien trouvé d'analogue dans les nombreux insectes dont j'ai fait la dissection • elles doivent avoir quelque fonction spéciale. Chacune d'elles consiste en un réservoir niésentériforme oblong , déprimé, courbé sur lui-même, semi-diaphane, com- ( 174) posé d'un grand nombre de boursoulllines , les unes ovales , plus parliculièremeut marginales : les autres arrondies, granuleuses , centrales. Ces boursoufllures ou lobules paraissent s'ouvrir dans une cavité commune. Ce réservoir singuliei, que je serais tenté d'appeler un or- gane , aboutit à un col ou conduit cylindrique dont la dissection s'accompagne de grandes difficultés. Ce der- nier est strié ou finement plisse eu travers dans une grande partie de son origine. Il ne forme point , comme l'avance M. Marcel de Serres, la terminaison de la vési- cule principale ; mais il longe en dehors la partie anté- rieure de celle-ci à laquelle il adlière , et il s'abouche dans sa cavité par un mode d'inserlion que je n'ai pu encore mettre en évidence. La troisième paire des vési- cules séminales se compose , pour chaque côté, de trois boyaux filiformes ou plus ou moins boursoulïlés , llexueux ou repliés, inégaux en longueur, semi-dia- phanes, d'une texture délicate, flottans par un bout, contluens ensemble par l'autre , pour s'implanter à l'ex- trémité postérieure et inférieure de la vésicule princi- pale , tout à côté de l'insertion du canal déférent. Va coup -d'oeil jeté sur les figures qui accompagnent mou travail fera connaître ce mode de connexion bien mieux qu'une description plus détaillée. Le conduit éjacida- teur de l'Hydrophile est d'une médiocre longueur; cy- lindrique et filiforme à son origine, il se dilate ensuite en uu renflement considérable , puis reprend de nou- veau son premier diamètre pour s'enfoncer dans l'ar- mure copulati'ice 5 ses parois ont une texture fibro-carli- lagineuse. \j armure de la 'verge est un étui assez court , blanc , et fibro-membraueux à sa partie antérieure où ( 175 ) < se fixent de nombreux faisceaux musculaires , composé en arrière de trois pièces coniées brunes , luisantes , mo- biles , dépourvues de poils et de dents ; les pièces laté- rales sont des crochets peu arqués , obtus , divergens ; l'intermédiaire se prolonge en une pointe mousse. Une compression expulsive exercée sur celle-ci fait saillir au-dessous d'elle un fourreau membraneux qui renferme la verge. Famille VI, Lamellicornes . A. ScARABÉIDES. L'appareil génital du sexe masculin a , dans les Sca- rabéides, une forme et une organisation qui les distin- guent des autres Penta mères décrits jusqu'à présent. Leurs testicules consistent en capsules spermatiques assez grosses , bien distinctes , pédicellées , et dont le nombre , constant dans les individus de la même es- pèce , varie suivant les genres. Chacun des testicules , dans les Coprophages que j'ai pu disséquer , se compose de six capsules spermatiques orbiculaires, un peu déprimées , ordinairemejjl agglomé- rées en un paquet par des trachées. Quand on les dégage de celles-ci, on trouve que chacune des capsules a uu pédicelle tubuleux assez long ; les six pédicelles abou- tissent à un canal déférent qui a peu de longueur. 11 n'y a qu'une paire de vésicules séminales : elles sont fi- liformes , très-longues , fort repliées. Swarmmerdam nous a donné, dans sa Biblia Na- turœ , une bonne description et une figure assez cxacîe, quoique grossièrement exécutée, de l'appareiî ( 176) générateur mâle de son Scarabée monocéros , qui est i'O- ryctes nasicoriiis de M. Latreille- Il désigne sous le nom de glandes ce que j'appelle des capsules sperma- liques , et que M. Marcel de Serres considère comme autant de testicules (i); mais j'ai la satisfaction de voir qu'à part cette dissemblance de dénomination , nous sommes parfaitement d'accord sur la manière d'obser- ver et sur celle d'envisager les faits. Malgré le secours du microscope , je n'ai pu apercevoir dans ces capsules , appelées houppes par M. Cuvier, la composition vascu- laire ou canaliculaire que leur assigne notre illustre na- turaliste , et que M. Latreille a reproduite à l'article Ih- SECTEs de la seconde édition àxiNouv. Dictionn. d'Hîst. nat. Ces capsules, sur la texture desquelles M. Marcel de Serres ne s'explique point , sont loin d'être microsco- piques , puisque , dans plusieurs Lamellicornes , elles acquièrent jusqu'à une ligne et demie de diamètre. Elles 3 m'ont paru, ainsi qu'à Swammerdam, membraneuses, remplies d'un sperme plus ou moins élaboré , et bor- dées extcrieui'ement par des ramifications tiachéennes d'une imperceptible ténuité. La distribution de celles-ci a paru à l'auteur de la Biblia Nalurœ analogue à celle des conduits ciliaires de l'œil de l'iiomme. Examinons maintenant l'organe générateur mâle dnns le Melolontha vulgaris. J'ai procédé à sa dissection' dans le mois de mai , c'est-à-dire dans la saison où cet organe est dans toute sa lurgesccHccr.permalique. Chaque testicule consiste en une agglomération de six capsules (1) Observ. sur les Usages du 7 aisseau dorsal, etc. y pay. 193. ( 177 ) sperinadques, orbiculaires , comtne ombiliquées, plus ou moins grandes suivant la quantité de sperme qui les remplit. Ces capsules , assez semblables pour leur forme à certaines graines des plantes malvacées , sont munies chacune d'un conduit propre, tubuleux, assez long, qui s'insère dans leur centre , de la même manière que le pétiole des feuilles désignées en botanique sous la dé- nomination de peltées ou ombiliquées. Ces pédicelles confluent à l'extrémité du canal déférent ; celui-ci est filiforme, flexueux, replié, long de deux pouces environ, et paraît souvent moucheté à cause du sperme floconneux qu'il renferme. Il va s'aboucher dans la vésicule sémi- nale correspondante , à l'endroit où celle-ci s'unit à sa voisine pour la formation du conduit qaculateur. Il n'y a qu'une paire de vésicules séminales. Chacune d'elles est formée par les innombrables replis d'un vaisseau j fort grêle , aggloméré en un ou deux pelotons qui res- I semblent aux testicules des Coléoptères carnassiers. Si Ton parvient à dérouler ce vaisseau comme je l'ai fait, on se convainc que sa longueur surpasse de huit à dix fois celle de tout le corps de l'insecte. Je lui ai trouvé onze pouces de longueur. En s'approchant du conduit éjaculateur , il se renfle d'une manière remarquable et forme une anse cylindroïde remplie d'une pulpe sper- matique blanche et opaque. Le conduit éjaculateur , fort court comparativement aux organes que je viens de dé- crire, est à-peu-près droit, et reçoit presqu'au même point et les vésicules séminales , et les canaux déférens. L'armure copulatrice est fort grosse , d'une dureté cor- née , brune , un peu arquée , lisse , luisante , revêtue en tout ou en partie d'un fourreau fibro-musculaire. Elle VI. 12 ( 178 ) se termine par deux crochets robustes , et présente vers son tiers postérieur une articulation favorable à ses mou- vemens. Dans la Hopliaformosa , les capsules spermaliques ainsi que les vésicules ressemblent, pour leur nombre, leur forme et leur texture à celles du Melolontha : seule- ment toutes ses parties sont proportionnellement moins longues. L'article qui termine l'armure copulatrice se compose de deux pièces principales eu forme de lames glabres dont le bout est spatule, et entre lesquelles est le fourreau du pénis. Les capsules spermatiques de la Cefow m aurata sont au nombre de douze pour chaque testicule. Leurs con- duits propres ou pédicelles ne confluent pas tous en- semble en un mêmepoint pour la formation du canal dé- férent , ils s'abouchent entr'eux de diverses manières \ la figure que je donne de cette disposition me dispense d'autre détails. Les vésicules séminales sont au nombre de trois paires : l'une , paire, analogue à celles du Me- ' lolontha , est repliée en lui peloton qui , dévidé , a douze fois environ la longueur du corps de la Cétoine. Les deux autres paires, qui n'existent point dans le Hanneton, sont des boyaux borgnes, floltans , plus ou moins flexueux , placés en avant de tout l'appareil. Les plus extérieures sont plus longues et un peu plus épaisses. Le conduit éjaculateur , avant de pénétrer dans l'armure copulatrice, se contourne et se renfle beaucoup. Cette armure a une configuration différente de celle du //art/îefort. Je ren- voie , pour les détails , à l'explication de la figure. L'appareil sécréteur du sperme ne présente , dans le Tidchiusfasciatus , que dix capsules spermaliques pour i ' ( '79 ) chaque testicule. Il n'y a qu'une seule paire de vésicules, et elles sont irès-repliées. Le conduit éjaculateur se con- tourne comme dans la Cétoine avant de s'enfoncer dans l'armure de la verge. B. LUCANIDES. Le Lucanus cervus , quoique placé dans la famille des Lamellicornes . s'éloigne he&\xco\n^ à^is Scarahéides par la texture des organes mâles de la génération. D'a- près cette considération anatomique , et d'autres traits entomologiques extérieurs , il conviendrait , je pense, de rétablir les Lucanides dans une famille particulière et distincte de celle des Scarabéides , comme l'avait fait primitivement M. Latreille -, mais cette famille des Luca- nide s àewnii en même temps éprouver une mutation ré- trograde dans le tableau méthodique. Au lieu de termi- ner la section des Perafamere* , il faudrait, vu l'analogie de configuration des antennes du Lucanus avec celles de V Hydrophilus , la colloquer entre les Palpicornes et les Lamellicornes . Il me semble que la filiation naturelle serait assez bien observée. Quoi qu'il en soit, l'organi- sation de l'appareil générateur mâle du Lucanus a bien plus d'analogie avec celle des Coléoptères qui précèdent les L^amellicornes qu'avec ceux-ci. Les testicules sont sphéroïdes , de la grosseur d'un pois ordinaire , et au lieu d'être formés par une agglomération de capsules sper- matiques , ils le sont par les circonvolutions d'mi vais- seau spermalique. Ils sont enveloppés d'une quantité considérable de trachées contiguës , et souvent comme accolées les unes aux autres , de manière à leur former une élégante tunique. Ij'extrémité flottante du vaisseau sémiuifère fait luie saillie en dehors , ainsi que l'exprime ( i8o) la figure. Je ne vois pas d'épididyme : le canal déférent est assez court et à-peu-près droit. Les vésicules sémi- nales , au nombre de deux seulement, sont filiformes, plus longues que tout le corps de l'insecte , et diverse- ment repliées sur elles-mêmes. Le conduit éjaculaleur est Lieu plus long que le canal déférent; il estflexueux, plus renflé vers son origine , et presque capillaire dans le reste de son étendue -, l'armure copulatrice , fixée en avant, à une masse musculaire arrondie où se rendent des cordons nerveux remarquables , est formée par trois pièces cornées contiguës -, son extrémité offre deux cro- cliels susceptibles de diduclion , entre lesquels sort la verge. Celle-ci est un long filet sétacé , de texture élas- tique , et se roulant sur lui-même comme la langue des Lépidoptères. Les testicules du Lucanus parallelipipedus parais- sent, au premier aspect, d'une organisation très-différente'*, de ceux du Lucanus ceivus. On dirait que chacun d'eux consiste en une agglomération de capsules sphéroïdes , petites , innombrables et sessiles -, mais eu cherchant à reconnaître le mode de connexion de celles-ci , il m'a semblé qu'elles n'étaient que des renflemens du vais- seau spermatique, placés à la file l'un de l'autre, monili- formes en un mot. Le canal déférent offre un épidi- dyme bien marqué. Les vésicules séminales sont fili- formes , flexueuses , et il n'y en a qu'une paire. Je sens le besoin de renouveler mes recherches sur la texture des testicules avant de produire les fig\ires qui les représen- tent. I ( i8. ) COLÉOPTÈRES IIÉTÉROMÈRES. Leurs orgaues mâles delà reproduction ont une texture- qui les raproche de celle de quelques familles des Penla- mères , notammeut des Scarabéides et des Clavdcornes. Je n'ai point rencontré, dans les espèces assez nombreu- ses dont j'ai étudié l'anatomie , des testicules qui fussent formés par les replis d'un seul vaisseau spermatique. Ces organes consistent dans tous ou en capsules sperma- tiques ou en sachets. Je vais procéder à l'examen des di- verses modifications de cette structure dans les familles de ces Coléoptères. Famille VII. Mélasomes. L'appareil sécréteur et conservateur du liquide proli- fique consiste en deux testicules distincts , composés chacun d'un groupe de capsules spermatiques plus ou moins nombreuses suivant les genres , et en deux paires de vésicules séminales. A. PiMÉLIAIRES. Les testicules du Blaps gigas sont ovales-réni for- mes , déprimés , assez semblables par leur configuration au rein de l'homme , placés sur les côtés de la cavité abdominale, où ils sont maintenus flottans par des tra- chées fort multipliées et assez làclies 5 ils sont essentiel- lement formés par l'agglomér^ition d'une quantité in- nombrable de petites capsules ovoïdes sessiles , serrées entr'elles à-peu- près comme les grains d'une mûre. Le- canal déférent part de l'échancrure du testicule 5 il a la longueur de la moitié du corps de l'insecte , est fili- ( ^«^ ) forme, mais se rcufle un peu avant de s'aboucher à la vésicule séminale correspondante. Il se trouve en cet endroit intimement adhérent à la paroi inférieure de la naissance du conduit ^jaculateiir. Cette adhérence, fort difficile à détruire sans lésion des organes , a lieu , non par des trachées , mais par un tissu cellulaire impercep- tible. Il y ?. deux paires de vésicules séminales bien dis- tinctes ] l'une tubuleuse , grêle , filiforme , très-fragile , diversement repliée , ayant dans son déroulement complet environ une fois et demie la longueur du corps. Elle est remplie d'un sperme diaphane, ce qui, avec sa fragilité , en rend la dissection fort délicate. C'est vers le milieu de ces vésicules tubuleuses que se fait l'insertion du ca- nal déférent par un conduit fort rétréci. Ce mode de connexion, très-difficile à mettre en évidence, est rare dans les autres Coléoptères, et fidèlement rendu par les figu- res qui accompagnent mon travail. L'autre paire des vési- cules séminales du Blaps est formée de deux réservoirs conoïdes , divergens , effilés à leur pointe , qui est con- tournée en spiroïde. Elles ont inie certaine consistance et renferment un sperme blanc plus compacte. Elles con- fluent à leur base, et c'est au point de leur réunion que chacune d'elles reçoit la vésicule tubuleuse qui lui cor- respond. Le conduit éjaculaleur est filifoi'me , flexueux, deux fois environ plus long que tout le corps de l'in- secte, et rempli d'un sperme très-analogue à celui des vésicules conoïdes. L'armure de la copulation est lan- céolée , déprimée-, elle offre près de sa pointe une articu- lation , et c'est par son extrémité bilabiée que sort la verge. Celle-ci est fort longue , presque capillaire, La même structure générale , la même disposition , le ( i83 ) même nombre de parties s'observent dans la Pimelîa- bipunctata ; mais les capsules spermatiques do ce der- nier insecte sont plus nombreuses encore que dans le Blaps, globuleuses , semblables en petit à des baies de groseillier , et réunies en plusieurs grappes ou lobules pour chaque testicule. C'est en mai 1812, époque de l'accouplement des Pimélies , que j'étudiai et que je dessinai l'appareil génital de ces insectes , qui abondent sur la plage maritime de Valence en Espagne. Les grappes testiculaii^es étaient alors dans un tel état de turgescence séminale qu'elles recouvraient et obstruaient en quelque sorte tous les autres viscères. Le canal déférent est plus ou moins boursouflé. Des deux paires de vésicules sémi- nales, l'une, plus grosse , moins longue et remplie d'un sperme plus élaboré , est contournée en spiroïde ; l'au- tre, plus fragile^ plus diaphane, est irrégulièrement bôur- soufflée. Le conduit éjaculateur est bien moins long que dans leBlfips. L'armure copulatrice est déptim'ée ,' lan- céolée , brune , luisante , longue d'envii'on une ligne et demie , et son extrémité s'ouvre comme un bec d'oiseau pour le passage de la verge. Celle-ci , observée dans l'acte même du coït, a presque la longueur de l'insecte 5 elle est blanchâtre et marquée de traits transversaux ou de cerceaux comme la trachée-artère de l'homme , excepté à sa pointe, qui en est totalement dépourvue, et qxii, sen- siblement renflée et plus charnue , a la forme d'itù gland conoïde. Les capsules spermatiques de V Erodius gihbus sent sphéroïdes et aussi nombreuses que dans la Pimélie ; mais au lieu de former une rosace arrondie et à plusieurs lobes , elles sont agglomérées en une grappe oblongue, ( i84) un peu courbée sur elle-même. J'ai compté de soixante- dix à quatre-vingts de ces capsules pour chaque testicule. Le canal déférent a à-peu-près la longueur du corps. Les principales vésicules séminales , celles qui, dans les Mélasomes précédens, se replient en spirale , ont dans YErodius une longueur plus considérable , puisqu'elle surpasse de cinq à six fois celle du corps ; elles sont flexueuses et un peu renflées à leur bout flottant. Les autres vésicules sont tubuleuses , diaphanes et moins proppncées. Le conduit éjaculateur s'amincit sensible- 1 inent avapt de pénétrer dans l'armure copulairice ; celle- ci se termine par une languette arquée , logée entre deujç plaques ou valves brièvement ciliées. Les testicules des résida gigas et grisea , que j'ai disséqués l'un et l'autre en même temps , et qui m'ont pfTertune grande conformité d'organisation , diffèrent de ceux des Mélasomes déjà mentionnés, principalement parce que les capsules spermatiques sont plus grosses et constamment au nombre de six pour chacun de ces or- ganes sécréteurs. Elle sont disposées en une rondelle orbiculaire ; savoir, une au centre et cinq dans le con- tour. Les principales vésicules séminales sont contour- nées en coxne de bélier , et renflées à leur extrémité libre ; les autres sont flexueuses et en forme de fil. Le conduit éjaculateur est beaucoup moins| long que dans Jes Blaps , et devient brusquement plus grêle à son in- sertion dans l'armure de la verge. B. Ténépriojîîites. L'organe sécréteur du sperme offre aussi dans le Tene^ hrio molitor une rondelle de six capsules spermatiques faQgées coqjme ^ans les Asida. Les principales vésicu-; ( i85 ) les séminales sont remarquables par leur grosseur. Elles sont courtes et presque réniformes. Le conduit éjacula- «eur est encore plus court que dans VAsida. La figure me dispensera d'autres détails. Fumilie FUI. Taxicornes. L'appareil mâle de la génération a dans le Diaperis dans l'analyse que nous devons lui soumettre des nombreux travaux exécutés sur la Coquille , que les espérances de l'autorité et des savans ont été complète- ment réalisées. Itinéraire. La CoçuiZZe appareilla de Toulon le ii août i8a?.. Le 22 du même mois elle mouilla sur la rade de Sainte- Croix de Ténériffe , d'où elle partit le i*''^ septembre , faisant route pour la côte du Brésil. Dans la traversée elle prit connaissance , le 5 octobre , des petits ilols de Martin- V^az et de la Trinité ; le i6 , la Coquille jelR l'ancre au mouillage de l'île Sainte-Catherine ; elle y séjourna jusqu'au 3o. Le i8 novembre, elle atteignit le port Louis des Malouines , situé au fond de la baie Fi'an- çaise ou de la Soledad, d'où elle mit sous voiles le i8 décembre pour doubler le cap Horn 5 elle visita ensuite, sur la côte occidentale d'Amérique , le port de le Concep- tion au Chili ,• celui du Callao au Pérou ; enfin , le port de Payta, situé entre l'équateur magnétique et l'équa- jteur terrestre. L'absence de toute relation diplomatique entre la France et les gouvernemens républicains de l'A- mérique du Sud n'apporta aucun obstacle aux opéra- lions de M. Duperrey : sur la côte du Chili , comme au Pérou , les autorités allèrent avec empressement au-de- vant de ses moindres désirs. ( 208 ) La Coquille appareilla de Payta le 1% mars iS-îS; elle longea dans sa route l'archipel Dangereux et relâ- cha d'abord à Tahiti , le 3 mai , et ensuite à Borabora , qui fait également partie des îles de la Société. En quit- tant ce dernier point , l'expédition se dirigea vers l'ouest, prit successivement connaissance des i\es Salvage , Eoa (dans le groupe des Amis) ^ S'^-Crux , Bougainville , Bouka , el aiteignklA Noui^elle-Irlande, où elle mouilla dans la baie de Prasliii , le 1 1 août. Après une relâche de neuf jours, l'expédition quitta le port Praslin pour se rendre à Waigiou. Nous par- lerons tout-â-l'heure des observations qu'elle fît dans la traversée et durant son séjour dans le havre d'Offak , d'où elle partit le 16 septembre. Le 23 , M. Duperrey jeta l'ancre à Cajeli (ile Bourou) 5 le 4 octobre , il aborda à Amboine , où il reçut de M. Merkus , gouverneur des Moluques , l'accueil le plus empressé et tous les secours dont il avait besoin. Le 27 octobre , la Coquille remit sous voiles, se dirigeant du Nord au Sud; elle prit con- naissance de l'ile du Volcan, traversa le détroit d'Om- bay \ longea les îles situées à l'ouest de Timor , fit la re- connaissance de Savu , de Benjoav , et quitta définiti- vement ces parages pour se rendre au Pon-Jachson. Les vents contraires ne permirent pas à M. Duperrey de langer la côte occidentale de la Nouvelle - Hollande , comme il en avait eu le projet -, ce ne fut que le 10 jan- vier 1824 qu'il doubla la pointe méridionale de la terre de Van - Diemen -, le 17 la corvette était amai-rée dans Srdnej-Cowe. M. le général Brisbane, gouverneur de la Nouvelle-Hollande et correspondant de l'Académie, reçut nos voyageurs avec l'empressement le plus amical ( 209 ) et mit à leur disposition tout ce qui pouvait contribuer au succès des opérations dont ils étaient chargés. En quittant Sydney le 20 mars 1824 , après une re- lâche de deux mois , l'expédition fit voile pour la Nou- velle-Zélande , où elle aborda le 3 avril, dans la Baie des Iles. Les travaux qu'elle devait y exécuter furent termi- nés le 17. Dans les premiers jours de mai, la Coquille parcourait déjà dans tous les sens l'archipel des Caroli- nes 5 la mousson d'Ouest l'obligea d'abandonner ces pa- rages vers la fin de juin 1824 5 elle se dirigea alors sur l'extrémité nord de la Nouvelle-Guinée, fît , durant sa route , la géographie d'un bon nombre d'iles peu cou- nues ou mal placées , et atteignit le havre de Dojy , le 26 juillet. Quinze jours après , la corvette mit de nouveau sous voiles pour se rendre , en traversant les Moluques, à Java ; elle jeta l'ancre dans le port de Sourabaja , le 20) août , en partit le 1 1 septembre , arriva le mois sui- vant à Y Ile-de-France , où ses opérations la retinrent du 3i octobre au 16 novembre; elle séjourna a Bourbon du 17 au 23 du même mois; elle fît voile ensuite pour Sainte-Hélène . La relâche de M. Duperrey dans cette île dura une semaine. Il en partit le 1 1 janvier de l'an- née courante, jeta l'ancre à \ ylscension le 18 , exécuta des observations du pendule et des phénomènes magné- tiques, et quitta définitivement cet établissement anglais 1027, après avoir reçu des commandans et des officiers des deux garnisons tous les secours désirables. Le 24 avril , enfin , M. Duperrey entra dans la rade de Mar- seille. Durant cette campagne de trente - un mois et treize jours , la Coquille a parcouru aSooo lieues. Elle est re- VI. 14 ( 210 ) venue au point de départ sans avoir perdu un seul homme, sans malades et sans avaries. M. Duperrey attri- bue , en grande partie , la bonne santé don* son équipage a constamment joui , à rexcellcnte qualité de l'eau con- servée dans les caisses en fer , et aussi à l'ordre qu'il avait donné d'y laisser puiser à discrétion. Quant au rare bonheur qu'a eu la Coquille d'exécuter un si long voyage sans avaries ni dans ses mâts , ni dans ses vergues , ni même dans ses voiles, s'il a dû tenir à un concours de cir- constances extraordinaires sur lequel il serait impru- dent de toujours compter , on doit aussi reconnaître que de telles chances ne s'offrent qu'à des marins consommés. Ajoutons encore que M. Duperrey et ses collaborateurs avaient eu , en. 1822 , l'avantage de trouver à Toulon , dans la personne de M. Lefébure de Cerizy , un ingé- nieur du plus grand mérite , qui présida au radoub et à l'installation de la corvette avec toute la sollicitude d'un véritable ami. Météorologie. La météorologie se sera enrichie , par l'expédition de la»^ Coquille , d'un journal où, pendant 3 1 mois consécu- tifs et sans qu'il y ait une seule exception , on a noté six fois par jour l'état de l'atmosphère, sa température, sa pression , et la tempéx'ature de la mer. Dans les re- lâches , à Payta , par exemple 5 à Waigiou, sous l'équa- teur terrestre 5 à V Ile-de-France , à Sainte-Hélène , à l'Ascension , entre les tropiques, uos navigateurs ont eu l'incroyable patience d'observer le thermomètre et le baromètre de quart d'heure en quart d'heure, le jour et la nuit pendant des semaines entières. Tant de soins ne (211 ) seront pas perdus ; des observations aussi minutieuse- ment exactes , aussi détaillées , fourniront de précieuses données sur la loi qui lie les températures atmosphéri- ques correspondantes aux différentes heures de la jour- née; sur la valeur de la période barométrique diurne et nocturne ; sur les heures des maxima et des minima^ etc. Grâce à l'extrême complaisance que M. Delcros , ingé- nieur-géographe très-distingué , a bien voulu avoir , à la prière de l'un de nous , d'aller à Toulon comparer les instrumens de la Coquille à un baromètre qui lui ap- partient et dont l'accord avec celui de l'Observatoire se maintient depuis plusieurs années , on pourra décider , ce qui au reste n'est presque plus une question depuis qu'on a reçu en Europe les observations de ]\iM. Bous- singault et Rivero , si la pression moyenne de l'atmo- sphère est la même dans tous les climats. Depuis les célèbres voyages de Cook , personne ne doute plus que l'hémisphère sud ne soit en masse nota- l)lemeiit plus froid que l'hémisphère nord ; mais à quelle distance des régions équinoxiales la différence com- nience-t-elle à être sensible? Suivant quelle loi s'agran- dit-elle à mesure que la latitude augmente? Quand ces questions auront été complètement réso- lues , ou pourx'a soumettre à une discussion exacte les causes diverses auxquelles ce grand phénomène a été at- tribué. La relâche de M. Duperrey auxMalouiues mon- trera déjà, que par 5i<' ip de latitude , la différence du climat est très-grande. Nous voyons, en effet, qu'au mouillage de la Baie Française , du 19 au 3o novembre 1822, les températures moyennes de l'atmosphère et de la mer furent respectivement ; ( 2i2 ) N^ 8®,o et 4- 8'*,2 cenligrades. Le mois suivant , dû 1*' au i8 , on trouva : 4- io<',o et + 9°, 4- On peut donc adopter+9°,o cen- tigrades pour la température moyenne des Malouines , dans les 3o jours qui précèdent le solstice d'été de ces régions. Londres se trouve précisément sous la latitude de la Baie Française : or , la température moyenne des 12 derniers jours de mai et des i8 pi-emiers jours de juin , d'après les tableaux publiés par la Société royale , est d'environ 15"^ centigrades, c'est 6° de plus qu'aux Malouines. La recherche de la direction et de la vitesse des cou- rans mérite, au plus haut degré, de fixer l'attention d€S navigateurs. Les observations météorologiques ne sont pas moint propres à hâter les progrès de cette branche importante de l'art nautique que la méthode générale- ment employée par les marins , et qui consiste à com- parer des latitudes et des longitudes déterminées astro- uomiquement , avec les latitudes et les longitudes cor- respondantes , déduites de l'observation de la boussole et du loch. Les eaux d'une certaine région, quand elles sont trans- portées par un courant dans une région plus ou moins voisine de l'équateur , ne perdent dans le trajet qu'une partie de leur température primitive 5 l'Océan se trouve ainsi sillonné par un grand nombre de rivières d'eau chaude et d'eau froide, dont le thermomètre manifeste l'existence et indique jusqu'à un certain point la direc- tion. Tout le monde connaît les recherches de Franklin, de Blagden , de Williams , de M. de Humboldt sur le courant équinoxial qui , après s'être réfléchi dans le ( 2l3 ) golfe du Mexique , après avoir débouché par le détroit de Bahama , se meut du S. au N. , à une certaine distance de la côte orientale d'Amérique , et va , sous le nom de Gulph Stream , tempérer le climat de l'Irlande , des îles Shetland et de la Norwège. A l'autre extrémité de ce vaste continent , le long des côtes du Chili et du Pérou , un courant rapide dirigé du sud au nord porte au con- traire jusqu'au Callao les eaux froides du cap Horn et du détroit de Magellan. La température anomale de l'Océan , dans le port de Lima , avait déjà été remarquée dans le 16*^ siècle. Acosta dit en effet (liv. 11. , chap. 11, pag. 70) qu'on peut rafraîchir les boissons au Callao en les plongeant dans l'eau de la mer 5 mais c'est M. de Humboldt qui a prouvé le premier , par des expériences exactes , que cette température accidentelle est l'effet , du moins en grande partie , d'un courant méridional , dont la limite est le cap Blanc 5 plus au nord , dans le golf p de Guayaquil , il n'en a point trouvé de traces. Les nom- breuses observations recueillies sur la Coquille^ soit pendant sa navigation le long des côtes du Chili et du Pérou , soit durant son séjour à la Conception , à Lima et à Pajta , fourniront sur ce curieux phénomène d'im- portantes données. A Payta, par exemple, la tempéra- ture de l'air était en général de 5 , de 6 et même quel- quefois de 'j° centigrades supérieure à celle de la mer. La différence moyenne de ces températures , déterminées par 1 3 jours d'observation dans le mois de mars , s'élève à 5°. Pendant la relâche au Callao , on a trouvé aussi une différence dans le même sens j mais elle est plus petite qu'à Pajta, ce qu'on n'aurait peut-être pas prévu. Les journaux tenus dans tous les autres ports , celui de ( 214 ) la Conception du Chili excepté , n'offrent rien de sem- blable. L'eau et l'atmosplièrc, sur une moyenne de dix j ours d'observation, donnent à fort peu près le même degré. La Considération des températures absolues ne four- nirait pas une preuve moins certaine de l'existence de ce courant d'eau froide. Au port du Callao , du a6 février au 4 mars , les températures moyennes de l'air et de la mer furent respectivement ai'*, 3 et 19°^ i centigrades. Au large , à 800 lieues des côtes , sous la même lati- tude , comme aussi sous une latitude plus grande , on trouva, du 7 au 10 avril, 26^*^9 et 25°, 6. APayta , du 10 au 22 mars , les températures moyen- nes de l'air et de l'eau que nous déduisons des journaux de la Coquille, sont 26°, 1 et 20"', o. Ici le courant n'exerce plus , comme on voit , une très-grande in- fluence sur la température de l'atmosphère près de la côte; "mais il est encore de 6 ou 7 degrés plus froid que l'O- céan , à pareille latitude, dans tout autre parage. Nous nous sommes livrés à cette discussion de quel- ques-unes des observations météorologiques rapportées par M. Duperrey , afin de montrer combien il serait désirable qu'elles fussent imprimées en entier : les scien- ces physiques et l'art nautique lui-même en tireraient im grand parti. Qu'il nous soit permis ^ toutefois, eu terminant cet article , d'exprimer le regret que nous avons éprouvé en ne trouvant point dans des journaux si riches , si précieux , quelques observations de la tem- pérature de la mer à de grandes profondeurs. Cette re- cherche , qui se rattache d'mie manière si directe à celle de l'existence des courans sous-marins, n'aurait cepen- dant pas retardé d'un quart d'heure la navigation de la (2i5) Coquille , puisqu'en général il eût suffi d'attacher un tliermomètre à la sonde toutes les fois qu'on la jetait à la mer. Si des expériences aussi intéressantes ont été com- plètement négligées par M. Duperrey et ses collabora- teurs , c'est uniquement , il est presque superflu de le dire, à cause qu'ils manquaient des moyens de les faire avec exactitude. Il n'y avait pas , en effet , à bord de la corvette un seul de ces ingénieux thermomètres qui marquent par des index , les maxima et les minima de température auxquels ils ont été exposés. Rarement une expédition de découvertes quitte nos ports sans que l'Académie soit consultée par l'autorité , même sans qu'on la charge de rédiger des instructions : nous pensons qu'elle ne contribuerait pas d'une manière moins efficace aux progrès des sciences si elle faisait .préparera l'avance , par les plus habiles artistes , quel- ques-uns des instrumeus de physique dont les naviga- teurs peuvent avoir besoin. Si l'Académie, comme nous l'espérons , daigne donner suite à la proposition que nous avons l'honneur de lui faire , non-seulement elle n'aura plus à l'avenir à signaler aucune lacune dans les travaux qu'on lui soumettra , mais elle contribuera à répandre l'esprit de recherche et le goût de la précision parmi cette brillante jeunesse pleine de talents et de zèle qui peuple nos ports. Collection géologique. Cette collection est due aux soins et aux recherches de M. Lesson. Elle n'est composée que de 33o échantillons ; mais ces échantillons ont été recueillis avec discernement, et ils proviennent de tous les pays où la corvette a abordé. (2l6) Ils sont d'ailleurs d'un beau format et parfaitement C£\- ractérisés. Douze de ces échantillons , pris aux environs de S'«.- Calherine, sur la côte du Brésil , nous apprennent que cette partie du continent américain appartient aux ter- rains granitiques ordinaires. Trente-trois éclianlillons provenant des îles Malouines nous confirment que ces îles appartiennent aux plus an- ciens terrains intermédiaires. M. Lesson n'y a trouvé que des phyllades , des grès quartzeux et des grauwackes, of- frant rarement quelques empreintes organiques sembla- bles à celles que nous connaissons ailleurs. Vingt échantillons ont été recueillis aux environs de la Conception , sur la côte duChili. Les uns, venant de la presqu'île deTalcaguana , sont de roches talqueuses phyl- ladiformes , et dépendent par conséquent des derniers terrains primoi'diaux. Les autres, pris sur le continent, offrent des roches granitiques ordinaires , et de plus , de véritable lignite stratiforme qu'on pourrait , au premier aspect , considérer comme de la houille. On exploite ce lignite à Penco 5 son existence peut faire présumer qu'il i existe sur ce point une portion de terrain tertiaire assez étendue. Deux échantillons de phtanile grisâtre ont été ramas- sés près de Lima -, ils attestent la prolongation des ter- rains talqueux phylladiformes dans cette partie de la côte du Pérou. Les environs de Payta , sur la même côte , ont fourni cinquante-deux échantillons très-variés : ce sont : i° des roches talqueuses phylladiformes , qui , au rapport de M. Lesson , constituent toute la contrée , laquelle appa^:- (217) tient par conséquent au sol primordial ; 2° des argiles ," des grès et des calcaires grossiers qui composent un ter- ritoire considérable dans lequel les couches sont horizon- tales. Ce vaste lambeau tertiaire est placé sur les talqueu- ses à i5o pieds au-dessus du niveau de la mer 5 son épais- seur est de 72 pieds dans les escarpemens que M. Lesson a visités. Des argiles sablonneuses entre-coupées de quel- ques vénules de gypse fibreux et des grès quartzeux constituent les assises inférieures ; des variétés nombreu- ses de calcaire grossier forment les assises supérieures. Ces variétés offrent les analogies les plus remarquables avec plusieurs des variétés du calcaire grossier des envi- rons de Paris. Leur découverte est aussi curieuse qu'im- portante. Il a été pris vingt-cinq échantillons dans deux des îles de la Société , savoir , à Tahiti et à Borabora. Tous les échantillons de Tahiti sont des laves basaltiques bien ca- ractérisées et peu anciennes. Il en est de même de la plupart de ceux de Borabora ; les autres présentent une belle variété de dolérite. Les environs du port Praslin à la Nouvelle-Irlande ont fourni sept échantillons d'un calcaire madréporique récent , semblable à celui qui figure dans la constitution de presque toutes les iles de la mer Pacifique. A rile deWaigiou, près de la terre des Papous, M. Les- son a recueilli vingt-une variétés des roches serpenlineu- ses qui abondent sur ce point. Aux Moluques , l'île de Bourou a fourni six échantil- lons detalcite phylladiforme , soit carburé , soit quartzi- fère 5 et l'île d'Amboine a donné quatre échantillons de calcaire madréporique récent. i2l8 ) Les échantillons recueillis tant dans les contrées voi- sines du port Jackson que dans les Montagnes - Bleues , augmentent beaucoup nos connaissances sur ces parties de la Nouvelle-Hollande. Les échantillons , au nombre de soixante-dix , nous ollreut , i" les granités , les syéni- tes quartzifères et les pegmatites , qui constituent le se- cond plan des Montagnes-Bleues ; 2° les grès ferrugineux et renfermant d'abondantes paillettes de fer oligiste , qui couvrent non-seulement une vaste étendue de pays près des côtes, mais encore le premier plan des Montagnes- Bleues 5 et, 3° le lignite stratiforme qu'on exploite au Mont- York , à xooo pieds au-dessus du niveau de la mer, et dont la présence ajoute aux motifs qui portent à penser que les grès ferrugineux de ces contrées appartiennent au système des terrains tertiaires. Vingt-sept échantillons , ramassés à la terre de Van- Diemen , dans les environs du port Dalrymple, et près du capBarren, indiquent, i°des terrains de pegmatite et de serpentine ; 2° des terrains intermédiaires coquilliers , formés de grauw^acke schistoïde et de pierre calcaire ; S*' des terrains très-récens composés d'argile sablonneuse et ferrugineuse avec géodes de fer hydraté et du bois fos- sile à différens états. On distingue en outre de belles topazes blanches ou bleuâtres parmi les galets quartzeux qui ont été recueillis au cap Barren. Huit échantillons, venant de la Nouvelle-Zélande, pré- sentent , 1° une belle variété d'obsidienne , 2° du basalte écailleux passant à la fhonolite ; et , 3° un tuf d'un rouge vif, semblable à celui qui figure d'une manière si pronon- cée dans les montagnes volcaniques du Mézin en France, et de la chaussée des Géans en Irlande. Les naturels s'en ( 219 ) servent pour se peindre le corps ; ils l'emploient aussi à colorer leurs pirogues. Enfin , les autres échantillous sont des produits vol- caniques provenant de l'ile-de-France, de l'île de Ste-Hé- lène et de l'ile de l'Ascension. Les roches de Ste-Hélène consistent en porphyres irachytiijues 5 celles de l'ile de l'Ascension sont basaltiques , à l'exception d'une belje variété d'obsidienne verdàtre qui est chatoyante comme celle du Pérou. On voit par ces détails que les récoltes géologiques de M. Lesson concourent à compléter les données que nous possédions déjà sur plusieurs parties des vastes contrées parcourues par l'expédition , et qu'elles nous fournissent des documens nouveaux et importans sur plusieurs points qui n'avaient point encore été reconnus. Botanique. Dans le partage que les officiers attachés à l'expédition de M. Duperrey avaient fait entre eux des divers sujets de recherche dont ils devaient s'occuper , M. Dumont Durville se trouva naturellement chargé de la botanique. Les riches collections de plantes et d'insectes qu'il avait rapportées , en 1820, de ses campagnes dans l'archipel Grec et dans la mer Noire , montraient déjà tout ce qu'où pouvait attendre de son zèle et de son expérience. Quoi- que M. Durville , en sa qualité de commandant en second de la corvette , se trouvât obligé de veiller dans les ports à tous les minutieux détails relatifs aux approvisionne - mens ; quoique la surveillance de l'équipage formât aussi une partie assujettissante de ses fonctions , cet offi- cier , grâce à la bonne harmonie qui a constamment rc- ( 320 ) gné sur la Coquille, a pu , sans que le service en souffrit ; concilier les devoirs de son grade avec les recherches scientifiques. Les régions humides des Malouines , la Silla brûlante de Payta , les îles de Tahiti et de Bora- bora , les plaines de Bathurst au-delà des Montagnes- Bleues, l'archipel des Carolines, sont successivement de- venus l'objet de ses explorations. L'herbier qu'il a rap- porté se compose de près de 3ooo espèces : sur ce nombre on estime qu'il y en a environ 4o0 nouvelles. Plusieurs au- tres , quoique déjà connues , sont rares et ne se trouvent pas dans les collections du Muséum d'histoire naturelle. M. Durville, au reste , ne s'est pas contenté de recueil- lir les plantes qui s'offraient à ses regards 5 il les a ana- lysées et décrites avec soin. Celles dont les organes trop délicats n'auraient pas pu être conservés , ont été dessi- nées sur les lieux avec beaucoup de succès par M. Les- 6on. Les flores particulières des diverses contrées où la Coquille a relâché feront connaître dans quels rapports numériques les familles , les genres et les espèces s'y trouvent distribués. On ne voit pas , par exemple , sans surprise que dans une étendue de plus de 4ooo lieues , dans toute la zone inter-tropicale , depuis l'île de France jusqu'à Otahiti et beaucoup au-delà , sur les îles comme sur les continens , le règne végétal offre un très-grand nombre d'espèces identiques; tandis que les îles deSte.- Hélène et de l'Ascension , situées aussi sous cette zone dans l'Océan Atlantique , produisent des espèces qui leur sont particulières et qu'on ne retrouve ni au Brésil ni en Afrique , par les mêmes latitudes. M. Durville ayant eu l'attenlion de noter, autant que possible , le degré de fréquence relative de chaque espèce ( 221 ) de plante dans tous les terrains .qu'il a parcourus ^ aura ainsi fourni à ceux qui s'occupent spécialement de la géographie botanique de précieuses données. Les notes dont ses herbiers sont accompagnés , sur l'utilité de cer- taines espèces de plantes dans l'économie domestique , sur la nature et l'élévation du sol où elles croissent, sur les noms qu'elles portent dans les diverses îles , ne sont pas moins curieuses. Ajoutons que durant son voyage M. Durville avait envoyé au Muséum divers pa- quets de graines : les espèces qui en proviennent y sont maintenant cultivées. Les objets nombreux recueillis et observés par cet officier étendront notablement le do- maine des sciences naturelles et lui assurent la recon- naissance de tous ceux qui les cultivent. Conclusions. L'Académie trouvera dans les analyses qui précèdent la preuve que le voyage de la Coquille mérite d'occuper un rang distingué parmi les plus brillantes expéditions scientifiques exécutées soit par la marine française, soit par celles des autres nations. La Commission n'a qu'un vœu à émettre : c'est qu'une publication prompte et dé- taillée mette le monde savant en possession des richesses aussi nombreuses que variées dont ou est redevable au zèle, au talent et à l'infatigable activité de M. Duperrey «t de ses collaborateurs. ( 222 ) Rapport vercal sur la Flore du Brésil méridional de M. Auguste de Saint - Hilaire. ( Fait à l'Académie des Sciences , séance du 19 septembre 1825. ) Par M. Alexandre de Humboldt. L'Académie m'a chargé de lui faire urx rapport verbal sur l'ouvrage de M. Auguste de Saint-Hilaire , ayant pour titre « : Flora Brasiliœ meridionalis j autore Au- guslo de Saint-Hilaire,- accedunt tabulœ delineatœ a TuRPiNio, œrique incisce : Regiœ Majestati conse- cratum. » L'auteur occupe un des premiers rangs parmi les grands botanistes de notre siècle. Il n'avait publié jus- qu'ici que des fragmens épars de l'immense ti'avail au- quel il s'est livré pendant six années de séjour au Bré- sil, sous un climat où le sol, dans sa sauvage fécondité, offre au voyageur à chaque pas les productions les plus bel- les et les plus extraordinaires. L'ouvrage dont je présente l'analyse renfermerai' ensemble des observations de M. de Saint-Hilaire. C'est un des plus grands monumens éle- vés à la botanique , non à la science qui se borne à une nomenclature stérile , mais à celle qui saisit les rapports et les affinités des diverses tribus des végétaux, qui assigne à chaque organe sa valeur , et aux caractères des famil- les , des genres et des espèces les limites entre lesquelles ils peuvent servir de bases aux divisions naturelles. M. Auguste de Saint-Hilaire a rapporté six à sept milles espèces de plantes du Brésil méridional : c'est proba- blement la plus grande récolte déplantes du Brésil qu'ait J ( 223 ) jamais fait un voyageur ; mais il ne s'est pa^ contenté de re- cueillir et d'accumuler des matériaux *, il a étudié les végé- taux sur les lieux mêmes •, il a réuni tousles renseignemens qui pouvaient jeter quelque lumière sur leurs dévelop- ! pemens progressifs , sur leurs stations ou rapports géo- : graphiques , sur leur utilité pour la nourriture de l'homme , pour les arts et la médecine. Les plantes qui seront décrites successivement dans la Flore du Brésil ont été recueillies à des hauteurs et sur des climats très-variés, dans les provinces du Saint-Es- prit, de Rio-Janeiro, de Minas-Geraes , de Goyas, de Saint-Paul , de Sainte-Catherine, de Rio-Grande , de la Cisplatine et des Missions. L'auteur a senti que des descriptions complètes de tous les organes des plantes pouvaient seules mettre son ouvrage en harmonie avec l'état actuel de la science. Les caractères génériques et les descriptions des espèces sont en latin , tandis que les noies , également impor- tantes , qui sont ajoutées aux familles , aux genres et aux espèces , sont rédigées en français. On a cru que par ce moyen une plus grande partie du public des deux con- tinens pourrait jouir d'un travail si utile. M. de Saint-Hilaire ne commence pas la Flore par les Monocotylédonées , mais par les plantes dont l'organisa- tion est la plus compliquée , par les Renonculacées , les Dilléniacées et les Magnoliacées . Les trois fasci- cules qui ont été publiés jusqu'ici renferment dix famil- les et vingt-quatre planches , dont le soin est confié à M. Turpin , qui réunit le double talent de botaniste et de dessinateur. L'cxéculion typographique de ce grand ( 224) ouvrage est digiie du Gouvernement sous lés auspices du- quel il paraît. Lorsqu'on jette un coup-d'œil général sur les voya- ges entrepris depuis un siècle pour les progrès des sciences naturelles , on voit avec douleur que le public a été frustré de la majeure partie des observations qui ont été les résultats de ces expéditions lointaines. Des col- lections de plantes et d'animaux sont restées amoncelées sans être décrites ; le plus souvent ( et c'est encore une des chances les plus heureuses) les gouvernemens se sont bornés à publier un choix des objets récoltés. Après le courage qui fait endurer les privations dans des pays in- habités , il en faut un autre pour ne pas discontinuer des publications qui , parleur nature , absorbent plus de temps que le voyage môme. Ce courage consiste dans une longue patience; nous le retrouverons chez M. Au- guste de Saint-Hilaire ; il n'oublie pas que la gloire na- tionale de la France est intéressée à l'achèvement d'un ouvrage pour lequel il a fait de si nobles et de si grands sacrifices. Développement de la Fécule dans les organes de la fructification des Céréales, et Analyse micros- copique de la Fécule _, suivie d'Expériences propres à en expliquer la conversion en gomme; Par M. Raspail. (Lu à la Société philomatique , le G août i825.) Je diviserai ce Mémoire en deux parties. La première , qui renfermera de nouveaux détails à ajouter à mes ob- ( ^25 ) servations physiologiques sur Yembiyon des Graminées I en général , et les organes des Céréales en particulier , non - seulement a donné lieu aux recherches de la se- conde 5 mais elle est indispensable pour en comprendre , plusieurs faits. Dans la seconde , je donnerai l'analyse de la fécule , et les résultats que j «i obtenus par l'ap- 1 plication des procédés chimiques aux observations du i. microscope. I Je dois avertir d'avance que le microscope dont je me sers est une simple loupe montée , dont la plus forte lentille n'a qu'une ligne de foyer. Cette sorte d'instru- ment, composée d'un miroir, d'un porte-objet et d'un poHe - lentille qu'on peut faire mouvoir d'avant en arrière et de gauche à droite , est plus à l'abri des illu- sions d'optique que les microscopes composés , et abrège beaucoup les observations , par la facilité qu'il offre de changer les grossissemens , et de suivre l'objet dans tous les mouvemens que lui imprime le liquide. PREMIÈRE PARTIE. Dans mon Mémoire 5îtr la formation de l'embryon dans les Graminées , après avoir établi ma théorie sur des faits long-temps vérifiés et à la portée des instru- mens les plus faibles , désirant satisfaire ces esprits difficiles qui n'adoptent un système , même le mieux ap- puyé, quelorsqu'en dernière analyse on peutl'élayer sur les observations des infiniment petits , je voulus péné- trer dans la graine avant sa fécondation, à cette époque où les tissus sont si délicats qu'il est très-facile de Ici altérer et de les confondre , et où les organes sont si mi- croscopiques que l'entreprise a besoin de tout l'cncou- VI. l5 ( 226 ) ragement qu'inspire nne idée fortement conçue et déjà assez solidement appuyée. Il s'agissait de rencontrer à cette époque l'embryon à la place à laquelle l'indiquait ma théorie ; non point qu'il y fût alors formé de toutes pièces , puisque l'ex- périence démontre, au contraire , qu'il continue à se développer jusqu'à la maturité de la graine , mais pourvu qu'il y existât simplement à l'état rudimentaire , et qu'il me fût possible de dire à mes lecteurs : en voilà le rudiment. C'était là le nec plus ultra de la démonstration , et le meilleur moyen de fermer la bouche aux personnes qui pe font aucun cas de cent observations incontestables , si on ne parvient à leur fournir la cent unième qu'ils vous imposent. Or , dans cette sof te de recherches , nul auteur ne pouvait me servir de guide , et deux seules idées se trouvaient dans les livres , ayant quelque rapport à ces faits. M. Mirbel (i) avait désigné comme l'embryon , long- temps après la fécondation , un petit corps de forme turbiuée, quelquefois verdâtre, mais toujours blanc dans les Céréales , qu'on trouve dans les ovaires encore fort jeunes. Palisot de Beau vois (2) démentit celte assertion en as- surant que ce petit corps vert était le périsperme , et que la petite pointe qui le termine était le véritable em- bfyou. L'auteur ajoutait quà l'époque où l'on pouvait (1) Journal de Physique, messidor an g (pi. u , fig. 4)« (a) /igrostographie , p. 44» ( 227 ) observer ce corps, le périsperme j était tout formé; que le tégument qui l'em^eloppait était composé d'une sub-* stance glaireuse et mucilagineuse qui disparaissait en- tièrement lorsque le corps vert remplissait toute la cavité. Je cherchai à vérifier d'abord toutes ces observations après la fécondation , et je constatai, en employant la teinture d'iode , que tout ce qu'ajoutait Palisot à son démenti était faux 5 car ce réactif n'indiquait pas la moindre trace de fécule dans le corps turbiné : le périspei^me n'y était donc pas tout formé à cette époque. Le tégument , au contraire , qu'il disait être rempli d'une substance glaireuse et mucilagineuse , se colorait, même après s'être aminci , d'une belle teinte d'indigo : il était donc infil- tré de fécule. D'un autre côté , j'avais démontré que la graine des Graminées n'était composée que d'un tégument extérieur (péricarpe), d'un tégument intérieur qui s'infiltrait de fécule (périsperme), et de l'embryon. A l'époque des observations précédentes , je trouvais autour du corps turbiné deux couches bien distinctes avant la coloration de l'iode, l'une blanche cl l'autre verte: tout m'autorisait donc à croire que le corps turbiné qu'entouraient ces deux couches était le véritable embryon. La renommée du premier des deux auteurs que j'ai cités, et les erreurs dont fourmille le travail du second , ne pouvaient man- quer d'achever l'ouvrage de ma conviction. En conséquence, je cherchai ce corps turbiné, avant la fécondation de la graine , dans Yhordeum et les bro- mus ; je le trouvai tel que je l'ai dessiné dans ma première planche; et, sous le lapport de l'exactitude , j'ose le dire , la figure ne laisse rien à désirer. ( 328 ) Cependant des doutes s'élevèrent sur ce seul fait , et comme la saison était trop avancée, je me contentai de citer mon autorité , de donner les preuves sur lesquelles j'avais assis mon opinion, et je soumis le tout à la dis- cussion et aux reclierches des physiologistes , en formant de mon côté le projet de ne rien oublier à la saison nouvelle pour parvenir à un résultat quelconque , mais . qui fut à l'abri de toute espèce de causes d'erreur. Je me traçai d'avance un plan de recherches , et je ré- • solus ; 1**. de contracter, par un très- grand nombre d'analyses , l'habitude de disséquer dans tous les sens et sous tous les points de vue imaginables les ovaires non fécondés des Céréales, qui, quoique plus gros que ceux des autres Graminées (excepté 1« Mays), n'atteignent pourtant pas encore le calibre d'une forte tête d'épingle. 2°. D'analyser toujours comparativement plusieurs ovaires de différens âges sur le xa^me porte-objet , afin de mieux saisir le passage d'une forme à une autre dans le progrès de la végétation. 3°. D'employer les mélanges frigorifiques pour empê- cher les tissus d'être défigurés et aplatis par le scalpel ' microscopique. 4°. Enfin , de me servir de l'alcool et de la teinture d'iode , du premier pour donner plus de solidité aux tissus à l'instant de l'observation même , et du second pour peindre en bleu les organes qui renferment de la fécule , et pour me les faire ainsi distinguer à tous les âges, lors même qu'ils auraient perdu leur forme pri- mitive , et qu'ils tendraient à sç confondre avec les cou- ches des légumens adjacens. Dès que la saison commença à devenir favorable à ce ( 329 ) genre de recherches , tous ces procédés ont été mis en usage, à l'exception pourtant des mélanges frigorifiques que la température de notre été , et la grossièreté de mes iustrumeusne m'ont pas permis d'employer avec succès- Du reste, avec le faible grossissement dont je fais usage, ce moyen ne m'eût pas été d'une grande utilité , et j'en renvoie l'application à l'époque où la fortune m'aura gx'atifié d'un plus riche microscope. J'ai analysé con- stamment chaque jour trois à quatre épis de froment dont un non fécondé , et les autres chargés d'ovaires de diffé- rens âges ou de graines. On peut avoir ainsi approxima- tivement la somme des ovaires disséqués pendant cet été. Deux faits principaux commencèrent à déranger l'or- dre de mes idées, i*^. En comparant les ovaires de diffé- rens âges , je m'aperçus que le corps turbiné , en gros- sissant , et quoique l'iode n'y indiquât pas encore la moindre trace de fécule, avait acqviis une dimension bien plus grande que celle qu'offre l'embryon à l'épo- que de la maturité de la graine : ce corps ne pouvait donc plus être l'embryon , puisque , à une certaine épo- que , ce prétendu embyron , au lieu de continuer de se dé- velopper , aurait été forcé de décroître pour en revenir à la dimension ordinaire du véritable embryon, a'*. Ce corps, dans les Bromus^ m'avait d'abord semblé adhérer à. la face antérieure de l'ovaire , ainsi que l'embryon , à un âge très-reconnaissable, adhère, dans le 3Iays, sur la paroi antérieure de la cavité qui tôt ou tard doit être rem- plie par le périsperme qui se développe. Mais cette adhé- rence provenait, dans les ovaii'es du Bromus , de l'inser- tion des styles sur le sommet du corps turbiné ; et après avoir contracté une assez grande habitude d'ouvrir et de ( ^3o) disséquer ces organes , je parvins, dans les Céréales, h découvrir que son -véritable point d'adhérence avant sa fécondation se trouvait sur le vaisseau placé dans le sillou postérieur de l'ovaire , vaisseau sur lequel adhère le pé- risperme à la maturité. Ce corps-là n'était donc plusTembiyon qui, s'il adhère, ne peut adhérer qu'à la face antérieure de l'ovaire , à la base de laquelle on le rencontre invariablement à l'é- poque voisine de la maturité , et à la maturité elle-même. Je ne décrirai point ici la marche progressive de ma conviction ;je donnerai simplement, d'après ces nouvel^ les recherches , l'historique de la graine des céréales , depuis l'époque qui précède la fécondation et l'anthèse, jusqu'à la maturité. En prouvant que, par un hasard assez peu ordinaire à cet auteur , le fait principal de Palisot est vrai , en dépitde la fausseté des circonstances dont il l'entoure, j'aurai doublement à m'applaudir , et de n'avoir pas laissé à d'autres le soin de rectifier une de mes erreurs, et d'ajouter un nouveau poids à la masse des faits sur lesquels s'appuyait ma théorie , en faisant, voir que le point de la démonstration n'est reculé que de quelques fractions de millimètre. Avant la fécondation , l'ovaire du froment imite assez la forme d'un coeur (Gg. 6 ). On remarque sur sa face postérieure un sillon longitudinal dans lequel se trouve (fig. i8) une nervure ou vaisseau bordé de deux lignes verdâlres , vaisseau qui n'aboutit pas jusqu'au sommet. La face antérieure est convexe ffig. 6) , mais marquée de trois sillons flexueux divergens vers leur sommet et réunis à la base (i) ; le sommet est un peu en pyramide, (i) M. Turpia ( Mém, du Mus. , lova, y, p. 44' ) avait avancé qu'il ( 23i ) tiérissé de poils blancs , et surmonté de deux stigmates sessiles, plumeux , blancs , sur la face antérieure des- quels on remarque quelques fibrilles qui s'écartent de l'ordre distique. Ces fibrilles sont hérissées de papilles remplies d'un suc transparent et blanchâtre. Le tégument qui entoure le corps turbiné se com- ipose à cet âge : i**. d'une couche externe blanche (fig. 7 ), très-épaisse au sommet , et que l'iode colore en bleu ; a**, d'une couche intérieui*e verte et homogène sur tous les points , qu'on ne peut séparer de la première sans ob- server des traces de déchirement. Si l'on enlève le corps turbiné , on remarque dans l'intérieur que cette couche verte est coupée sur sa paroi postérieure par la nervure blanche du sillon postérieur (c). C'est â cette nervure blan- che qu'adhère organiquement le corps turbiné- Au-dessus de la nervure blanche paraît un point blanc : c'est la portion qui a donné passage à la base du style (fig.. yii). lie serait pas du tout étonné de voir trois loges dans les ovaires des^ 'Bambusa , qui portent un style trifide ou trois styles distincts. Crainte que l'estimable auteur ne voie une confirmation de son aperçu dans les trois sillons de la face antérieure de Tovaire du froment-, nous consi- gnerons ici que ces trois sillons sont les empreintes des trois étamines qu'on y trouve logées à cette époque ; qu'à mesure que les filamens s'o- blitèrent , ces trois sillons disparaissent , et qu'à une époque avancée , on n'en rencontre plus de traces. Quant au sillon postérieur , il est l'em- preinte de l'axe qui supporte la fleur supérieure ; ensuite le nombre des stigmates est une preuve si faible , que , sur le même individu , j'ai trouvé trois, quatre, cinq, six stigmates , quoique pourtant l'ovaire n'offrît qu'une seule loge. Enfin , des analyses multipliées démon- trent évidemment que l'ovaire des Graminées n'a qu'une seule loge; car, quand l'unité de loge est due à l'avortement des autres, il est toujours possible dans le jeune âge de retrouver les traces de ces det- uières. • C 232 ) qui vient s'insérer sur le sommet du corps turbiné. J'ai très- souvent enlevé ce style dans toute sa longueur , et je me suis convaincu qu'il était unique, et qu'il se divisait avant de sortir de la substance de l'ovaire. Lorsqu'on examine par réfraction un ovaire assez avancé de^romu^, on voit se dessiner longitudinale- ment le vaisseau du sillon postérieur ; il semble faire corps avec les stigmates ; et c'est sans doute à cette illu- sion qu'est due une observation singulière par laquelle M. Mirbel avait prétendu {Ami. du Mus., tom. xiii , pag. 147) in- 8». (2) The birds ofnew south Wcdes , by John Lewin , m-4"', 26 pi. — On a (lu même auteur les Lépidoptères de la Nout^elle- Galles , i vol. in-^" . VI. Novembre i8i5. 16 ( 342 ) que M. Mac Leay est appelé à y faire (i), et l'on doit regretter le départ du dernier gouverneur , le général Brisbane , qui cherchait à favoriser les naturalistes de tout son pouvoir , et qui nous accueillit avec ime bien- veillance dont nous nous plaisons à lui témoigner toute notre gratitude. Les travaux , qui ont pour but les animaux de la Nouvelle-Hollande , so«t consignés dans nos ouvra- ges classiques ou dans des recueils scientifiques ; et chacun connaît en Europe les importantes recherches de MM. Cu- vier , GeolîVoy St.-Hilaire , de Blainville, Labillardière , Pérou , Lesueur , Quoy et Gaimard , en France; et les travaux exécutés en Angleterre par MM. Banks ,White , Phillip , Latham , Knox , Home , Yigors et Swainson ; Blumenbach en Allemagne ; Temminck eu Hollande. Dans cet itinéraire , nous suivrons l'ordre de nos cam- pemens et de notre marche à travers les Montagnes- Bleue. Mais avant d'aller plus loin , nous croyons de- voir dire un mot de la manière dont on a franchi cette barrière , rendue fameuse par ce qu'en a raconté Péron, et parles tentatives que firent plusieurs Anglais pour l'es- calader , notamment le célèbre Bass. L'année i8i3 fut très-sèche; les sources tarirent, riierbe fut brûlée, et le bétail périssait faute de nourri- ture. MM. Lawson , BlaxIandelWentwort se déter- minèrent à tenter le passage des Montagnes -Bleues pour chercher des prairies plus fraîches , afin de réparer les désastres de l'année. Ils Iraversèreut le Nepean , à Emioufoid , montèrent aisément le premier plan des (i) Nommé cette année secrétaire-général de la Nouvelle - Galles du Sud, la place la plus influente après celle de gouverneur. ( 243 ) Montagnes - Bleues ; puis ils s'embarrassèrent dans de nombreux détours , et furent sur le point de renoncer à leur projet. Mais enfin leur opiniâtre persévérance triom- pha , et après avoir destendu le Mont- York , ils décou- vrirent un pays riche et fertile, et revinrent à Port- Jackson annoncer cette importante découverte. J'ai toujours été étonné des difficultés que ceux qui essayèrent de traverser ces montagnes disent avoir éprou- vées , car leur élévation est, dans le point culminant, de aSoo pieds environ , et les deux plans qu'elles for- ment se lient par des ondulations peu marquées , et ne doivent présenter quelque obstacle qu'au Mont -York pour descendre dans le Val de Clwjde. Il faut croire que tous ceux qui tentèrent l'entreprise dans les premiers temps de la colonie , abordèrent les flancs roides et es- carpés de la Glen du prince régent , qui est une vallée profonde , dont les murailles verticales devaient naturel- lement offrir des obstacles insurmontables , tandis qu'à une faible distance , il était facile de franchir les pentes déclives qui unissent les diverses rangées du premier plan des Montagnes-Bleues. Munis d'un chariot et de guides , nous partîmes, M. Durville et moi , le 29 janvier 1824- Je ne décrirai point Sydney^ Paramatta et la ferme à'Emiou Plains, qu'encaisse le Nepean , et que recouvrent aujourdhui , en abondance, les céréales européennes. Cette belle etriche plaine est au pied des Montagnes-Bleues , à vingt milles de Sydney-Cove. Le sol est uniformément de grès ferru- gineux, excepté à Prospect-Hill , où on remarque ce fait curieux d'une colline élevée entièrement de dolérite , dontle pied est enveloppé de grès , qui partout, est uni- ( 244 ) formément de même uature. Dans les eaux fraîches et vives du Nepean , je trouvai une irès-petite Cjclade cpi y habite , ainsi qu'un Unio. Une petite Sarcelle voi- sine de la Soucrouette , ou même identique avec elle , vit par troupes sur cette rivière, quelesOrnithorhynques n'habitent plus , ou du moins en si petit nombre qu'il est très-rare d'en avoir dans cette localité. En revanche les Cakatoès à huppe jaune (Psittacus cristatiis, Latham) font retentir de leurs cris les arbres des alentours , où ils se perchent par bandes nombreuses , et nichent dans les trous on les crevasses que pi-ésentent leurs troncs. C'est en ce lieu que j'eus le regret de ne pouvoir tuer le singulier oiseau nommé vulgairement à Sydney le Fouet- de-postillon, parce que son cri, que j'ai entendu souvent , imite à s'y méprendre le claquement d'un fouet. Est-ce un Philédon , et se trouve-t-il décrit ? Le Chou- cari violet , le Satinsbird ( Graculus ) prédilectionne également les hauts Casuarina qui bordent le Nepean à sa sortie des Montagnes-Bleues. Le 3i nous commençâmes à monter le premier plan. Le chemin jusqu'à Spiing-wood est en pente douce , et des forêts à' Eucalyptus et de Casuarina couvrent la surface entière des montagnes et les ravins qui les divi- sent. Le Mimosa taxifolia , espèce nouvelle de Cun- ningham était en fleurs , et exhalait l'odeur la plus agréable au milieu des buissons de Lambertia speciosa et de Protea. C'est dans ce lieu qu'habitent principalement le Mœnure {Mœnura magnijica-, M.-Novœ- Hollan- diœ , Lalham), dont la queue, remarquable par sa rare beauté , est l'image fidèle , dans les solitudes australes , de la lyre harmonieuse des Grecs. Cet oiseau , nommé I ( 245 ) Faisan des bois par les Anglais du poil Jackson , aime les cantons rocailleux et retirés 5 il sort le soir et le matin , et reste tranquille pendant le jour sur les arbres où il est perché. Il devient de plus en plus rare , et je n'en vis que deux peaux, conservées par M. Lawson , pen- dant toute la durée de mon séjour à la Nouvelle - Galles- du Sud. Nous arrivâmes au soir à Svv^amp , marécage étendu ,. où nous dressâmes notre tente. Nous observâmes dans ce lieu un grand nombre de Corbeaux ( Corvus corone , L.), dont l'espèce ne parait différer en l'ien de celle d'Eu- rope 5 un petit Engoulevent à plumage très-agréablement peint ( Caprimulgus Novœ-Hollandiœ) , et le Scinque rayé (Scincus nigro-luteus, Quoy et Gaimard) (i j. La chaleur pendant le jour avait été très -forte, et un épais, brouillard s'étendit sur les montagnes aux approches de la nuit , qui fut très-froide. Le changMnent de tempéi'a- ture est extrêmement brusque dans ces contrées. Nous franchîmes, le 1**^ février, la chaîne, nommée,: à son point le plus élevé, King^s-tahle-land; son élé- vation est de 2,727 pieds anglais (2). Le grès est presque à nu de toutes parts 5 la végétation y est rapetissée et se compose de quelques espèces de Casuarina et d'Eucalyp- tus , et c'est en ce lieu que croît avec le plus d'abon- dance la jolie Patersonia glabrata (Brow^n). Non loin de King's-table on découvre un riche vallon, encaissé par des murailles verticales , hautes de 676 pieds anglais , formées de couches régulières de grès : c'est la (i) D'après la carte de M. Oxley. (2) Le Phyllura ^ Laceria platuia , White ) y est très-rare. ( 246 ) Glen du Prince régent. De cet endroit , nommé y^rrt-' pliithédtre de Pitt , la vue découvre à une grande dis- tance les diverses ondulations de la chaîne des Montagnes- Bleues 5 des torrens de fumée s'élevaient de divers points des forêts que l'insouciance des Sauvages incendie très- souvent. En nous rendant à Blackheath (Bruyère noire) , je trouvai au milieu du chemin , dans un état d'engour- jj dissement complet, le Scinque jaune et noir du Port- Jackson, figuré dans l'Atlas zoologique de MM. Quoy et Gaimard, Voyage de M. de Freycinet. Ge qu'il y a de remarquable, c'est que j'en trouvai un autre individu, dans le même état, quelques jours après , et que ceux que rapportèrent les naturalistes de VUranie furent ramassés dans des circonstances semblables. Le mont York ou Coxe's pass est élevé de 8292 pieds anglais au-dessus du niveau de la mer: aussi, le sentier qu'il a fallu pratiquer sur le flanc escarpé de ce mont pour descendre dans le charmant val de Cluy^de , est tellement roide , que malgré qu'on lui ait fait décrire quelques détours par vm travail opiniâtre, c'est encore un point difficile à franchir , qui occasione souvent des accidens ; et il n'est par rare que les voitures un peu chargées, ne puissent le monter qu'avec beaucoup d'ef- forts. Au mont York, distant de Sydney de 62 milles, cesse entièrementle terrain de ^/-è^, souvent ferrugineux , accompagné de fer hydraté colorant , et de fer oligiste en écailles brillantes disséminées , et alors commence jusqu'à Balhurst le teiTain primordial , composé de roches granitiques et syénitiques quartzifères. Ges roches sont alternantes dans le lit de Fish river, avec un porphyre ( ^47 ) pétrosiliceux noirâtre quarizifère. Les sommets des montagnes après Covo's-river sont revêtus d'une peginU' tite commune stratifiée (i). C'est dans le mont York qu'habite principalement l'Echidné épineux ( Echidna liistrix, Cuv. ) , que les Anglais élèvent en domesticité pour les vendre fort cher aux naturalistes. Cet animal, dont Thabitude du corps se rapproche du Hérisson , est par cela nommé vulgaire- inent Hedge-hog par les colons de la Nouvelle- Galles^ Il se creuse des terrier? ^ et n'aime point à sortir dans les temps secs r aussi est-il difficile de se le procurer pen- dant plusieurs mois de l'année , suivant ce que me dirent Itis Convicts qui habitent le mont York» Il vit d'insec- tes et de légumes ^ et principalement de fourmis , qu'it çamasse avec sa langue à la manière des fourmiliers; il pousse un petit grognement lorsqu'on l'inquiète , et ses Ij^bitudes à l'état de liberté sont peu connues. Je n'ai pu obtenir aucun autre renseignement des gens du pays. Un Echidné que j'avais fait chercher, et que mon col- lègue Garnol essaya d'apporter en Europe , lui donna l'occasion de publier une note intéressante sur les mœurs de cet animal dans l'état de captivité. (Voy. Ann. des Se. nat. , décembre iSsS). Ce lieu , comme tous les envi- rons de Port-Jackson , surtout les alentours de Botauy- Bay, est infesté de serpens noirs [Black - snake) , le plus redoutable des reptiles de cette contrée . celui dont le venin agit avec le plus de promptitude. On cite un grand nombre d'accidens graves survenus à la suite des mor- (i) Tous ces échantillons ont été reraisan Muséum, et uxaminés par M. Cordier. ( ^48 ) sures de cet Acanthophis , remarquable par îe noîr brillant de la partie supérieure du corps , et par le rose agréable de la partie inférieure. On traverse Coxes-river, formée par la jonction de deux petits ruisseaux , sur des roches éboulées , d'un très-beau granité : cette rivière coule de l'est à l'ouest. Je me procurai en ce lieu les grand et petit phalangers volans ( Pctaurista taguanoïdes et P. sciurea, Desm.) ; à Yorli' s -bridge , nous tuâmes plusieurs espèces de Philédons : ils vivent par troupes dïms lés grands Eu- calyptus. Nous nous en procurâmes une espèce inédite , ainsi que le Ph. tacheté (CertJiia Novœ-Hollandice , Latham), le Ph. à front blanc, le Ph. grivelé, et le Cap nègre [Certhia atricapilla^ Latham). Le 3 février, nous atteignîmes Fish-rwer, où nous campâmes dans l'intention de tuer des Ornithorhynques. Les grandes sécheresses avaient tari le cours de cette petite rivière et diminué la hauteur de ses eaux : elle était guéable dans la plupart des endroits. Les ornytho- rhynques, appelés vulgairement par les colons TVater- mole ou Taupes d'eau, et Mouflengong par les natu- rels , habitent ses bords en assez grande abondance, tandis qu'ils sont devenus très - rares sur les rives du Nepean. Ces animaux sont encore assez nombreux , dans la saison opportune , dans les rivières Campbell et Macquarie , et à New-Gastle. Le Paradoxal (i) , ainsi (i) Voyez PÉHOir , Voyage aux Terres aust. ; Desmarest, Mamm,; Vandebhoetew , Noi'. Act, Acad. cœs, Leop. Carol. , totn. xi ; Kkox , Mémoires de la Société wermérienne ; les Annales des Sciences natur re//e«; EvERARD Home, De Biainvule, etc. , etc. ( M9 ) fut nommé le singulier animal dont Shaw fit son genre Platypus , et Blumenbach le genre Ornythorliynchus. Il semblait légitimer ce nom par ses formes bizarres. M. Knox , lorsqu'il annonça sa belle découverte de la glande crurale , qui communique par un canal avec l'ergot dont sont armés les pieds de derrière , fut atta- qué avec virulence par un médecin du port Jackson , dans la gazette de Sydney. Le docteur Parmeter nia la glande et son conduit , et appuya son opinion de l'ab- sence de tout exemple de blessure dangereuse connu dans le pays. 11 avança que ces ergots , dont les in- dividus femelles sont toujours privés , servaient aux mâles à saisir celles-ci et les rendre immobiles pen- dant l'acte de la génération. Les observations subsé- quentes ont réduit ces assertions à leur juste valeur. La couleur du pelage de l'Ornithorhynque est ordinaire- ment d'un brun noir. Quelques variétés d'âge ou de sexe érigées en espèces ont une couleur fauve - rougeàtre. M. Murdocb , surintendant de la ferme à'Emiou-plains , m'assura avoir trouvé des oeufs d'Ornitborhynques , et qu'ils sont de la grosseur de ceux d'une poule domes- tique. Après avoir attendu pendant plusieurs heures , dans une immobilité parfaite , si je verrais paraître quel- ques-uns de ces animaux, j'abandonnai les rives de Fish- River, et les petits rochers à fleur d'eau sur lescjuels ils vont se placer lorsqu'ils sortent de leurs trous. J'appris depuis , qu'à cette époque de l'année (janvier et février) l'Ornithorhynque restait blotti dans son terrier , et qu'il ne paraissait qu'au temps des grandes pluies , qui, en faisant gonfler les eaux des ri- ( 25o ) vières qu'il habite , l'en chassait et le forçait à se tenir sur la surface de l'eau et dans les joncs qui bordent les rives. M. le docteur Jaraicson , qui habite Régent-Ville , et qui s'occupe à recueillir les productions de la Nou- velle-Galles du Sud , possède un assez grand nombre d'Ornilhorhynques conservés dansl'esprit-de-vin , il eut la complaisance d'en promettre à mon collègue et à moi 5 mais il ne put sans doute effectuer sa promesse. Il est difficile aujourd'hui de se procurer cet animal , et les peaux qu'on achète dans le pays , mal préparées et non enduites de préservatifs , se détériorent aisément. Sur les Eucalyptus des alentours de Fish-Rii^er , j oh~ servai plusieurs gros Martins-Chasseurs ( Dacelo Fui- vus ) qui pi^oduisaient un bruit assourdissant , accru encore par les échos. I^eur cri est aigre et prolongé , et ces oiseaux sont stupides et sans défiance. Quoique les bords de Fish-River soient assez agréa^ blés , ils offrent cependant celte monotonie qu'affecte- partout la végétation de ces terres australes. A part une vingtaine d'espèces d'Eucalyptus dont le faciès est le même, on n'observe guère, et sans nulle variété, que des Mimosa , des Metrosyderos , des Protéa , des Çasua- rina , et à peine quelques genres européens sur le bord des eaux (i). On ne peut se dispenser de remarquer, en traversant les Montagnes-Bleues, la coupe siraillaire que la nature a donnée aux feuilles. Leur forme , ex- cepté peut-être celle de quelques Mimosa à expansions foliacées bipinnées , est généralement simple , plus ou I (i) Il en résulte que les forêts de l'Australasie ont un aspect triste , lugubre et comme embrumé. ( 25i ) moins sèche, roide , glabre. Elle semble les avoir accom- modées à la sécheresse du sol , en leur donnant une direc- tion oblique pour présenter le plus de surface à l'air qui doit fournir leur nourriture principale. La Nouvelle- Hollande a seule offert la singularité de montrer des feuilles entières ou des pétioles foliacés à des arbres qui partout se font remarquer par l'élégance extraordi- naire de leur feuillage découpé. Une autre remarque , qui n'est point neuve, il est vrai , est celte nullité ab- solue de fruits alimentaires dont sont dépourvues les Montagnes - Bleues , comme la surface entière de la Nouvelle- Hollande. A part la Sorose, une ronce voi- sine du Rubus fruticosus , et une petite baie dont les Européens font une très-bonne confiture , et que pro- duit le Leptomeria Billardieri , Brown 5 tous les autres fruits sont ligneux et coriaces (i). Aussi l'homme indi- gène a-t-il été forcé d'habiter les bords des rivières et d'en suivre le cours en tribus nomades , à mesure que les ressources de la chasse ou de la pêche viennent à s'épuiser. De là découle celte absence d'art , cette bar- barie profonde , dans laquelle sont plongés les hommes de race noire qui trainent sur ce sol une existence mi- sérable voisine de celle des brutes. Quelle différence de la demi-civilisation des heureux insulaires de race océa- nienne , dont le sol, riche et fécond en fruits nutritifs , suffît pour assurer l'existence des peuples qui n'ont point à songer à conquérir par de telles fatigues leur subsistance journalière î (i) M. D'Urville , officier du marine aussi instruit (jue naturaliste dis- tingué , a rédigé sur ce point , comme sur toutes nos relâches, des géué-^ ralités d'un haut iutérct. ( 252 ) Les Eucalyptus qui couvrent les éminences avant d'ariver à Sidmouth' s-TValley ont cela de particulier que leur écorce est blanche , satinée , et déchirée par longues lanières , qui pendent aux branches et qui font un bruit particulier. Ils étaient le refuge d'une grande quantité de petites Perruches vertes , à tête rouge, et de la grosseur d'un moineau (Psittacus pusillus , Latham), qui criaient toute ensemble au lever du soleil. En tra- versant Fish-River , à dix milles de la ferme Renneville^ nous trouvâmes , dans les eaux courantes sur des galets de granité » un nombre considérable d'insectes du genre Gyrin, et une espèce de sangsue , dont le corps est brun, et recouvert de deux larges raies jaunes longitudinales. Cette annélide manifeste une grande avidité pour le sang. Bientôt s'ouvrit devant nous la plaine de Bathurst à droite, et celle de Macquarie à gauche. La première , au milieu de laquelle est situé l'établissement qui porte le nom du Ministre actuel des colonies en Angleterre , est vaste , entièrement déboisée. Elle est recouverte de Gnaphalium et du Xeranthemum bracteatuni. Des nuées de Criquets , dont les élytres produisent un cliquetis particulier, s'envolent à chaque pas. La Caille australe (Cotui'uix australis , Temm.) y est fort commune 5 sa chair , blanche et délicate mais sans fumet , y est très- eslimée. Nous vîmes , sans pouvoir les tuer , plusieurs sortes d'Autours et d'Eperviers. Nous séjournâmes à Bathurst pendant deux jt)urs : M. Morisset , qui y com- mandait, nous reçut avec urbanité , et nous facilita de tous ses moyens dans nos recherches. La plaine de Bathurst est arrosée par la rivière Macquarie , qui est la même que Fish-river , ou la rivière de poissons , après. ( 253 ) qu'elle a reçu les eaux du Campbell. Son élévation au- dessus du niveau de la mer est de 1970 pieds anglais. Sa -surface renferme 6000 acres environ de bonnes terres labourables ou de prairies , qui permettent d'élever un nombreux bétail. C'est là surtout qu'on a propagé les Moutons de race espagnole , dont la laine est belle 5 mais n'a pu jusqu'à ce jour être transportée en Angleterre sans être avariée. A cent milles deBathurst, dans l'inté- rieur, on a défriché la vallée de Wellington, et on a éta- bli un poste de Convie ts incoriigibles. Ou a découvei't dans le S. O, bien au-delà du mont iJ/oZ/e, la substance minérale , dont la Nouvelle-Galles semble démunie , le carbonate de chaux {lime stone) , et dont les Anglais éprouvent la plus grande nécessité dans la construction de leurs édifices , puisque la côte ne produit point assez de coquilles pour satisfaire aux besoins. Cet article était vivement désiré, et ce ne fut pas sans la plus vive satis- faction , qu'on trouva la caverne qui git au nord et à seize milles de Bathurst, et dont la voûte est tapissée de stalactites épaisses d'un albâtre calcaire , fournissant une chaux très-estimée. A dix milles de cet établisse- ment , à Pineridge , on exploite une forêt entièrement formée de Cèdres (Crt//i7m spiralis, Brown), dont le bois est excellent pour les constructions. La rivière Macquarie , peu profonde et peu large , a ses rives couvertes de plantes européennes. On y trouve des Potamogetons , des Renoncules aquatiques , la Sa- licaire , la Samole , la Verhena officinalis , le Poljgo- nuni aviculare , ou une espèce très-voisine , etc , etc. J'y trouvai des poissons qui forment deux genres nouveaux : la première espèce, nommée Gijptes Bvishanii, de la I (.54) famille des Percoïdes , et la seconde espèce nommëe Mac quaria Australasia (i). Ils atteignent une grande taille , et leur chair est très-estimée. Le Gryptes a souvent trois | pieds de longueur , et près de soixante livres de^ poids. Une Emyde ( Emja longicollis , SLaw ) , entièrement noire, à carapace très-aplatie , et à long col, habite aussi la rivière Macquarie. Cette espèce ne rentre point sa tête sous la carapace , mais la loge sur un des côtés , entre cette partie et le plastron , qui fournissent ainsi un abri. L.TJolie Rainette dorée de Pérou , wnePhyse (Physa aus- tral is ,) et une Zjm/îee à test très -fragile , enrichirent^ nos collections. J'observai sur les bords de cette rivière une espèce de Vainieau extrêmement déCant , que les Anglais nomment Pluvier à ailes épéronnées , et qui doit être probablement le Pluvier frangé (Charadrius pectoralis , Cuvier). Les colons connaissent sous le nom de Serpent Jil un reptile à corps grêle et délié , dont la morsure est suivie d'une mort rapide , et on m'assura que des chevaux ne vécurent point au -delà de i5 à 20 minutes après un accident de ce genre. Je ne sache point que ce serpent soit mentionné par quelques auteurs , et il serait intéressant de confir- mer son existence. Nous n'avons pas cru nécessaire de nous étendre sur l'aspect du pays et sur ses divers accidens ; ces détails ne seraient point ici à leur place : nous préférons rappeler brièvement quelques-uns des objets de zoologie que nous (l) Par MM. Cuvier et Valenciennes , Catalogue des Collect. que nous avous rapportées au Muséum. — J'ai proposé le nom de Grjptes Brisbanli pour la première en riionucur du gouverneur de la Nouvelle- Galles , qui nous a accueillis avec eniprcssenient. \ ( 255 ) avons eu occasion de voir pendant notre court séjour à Sydney. Nous dirons d'abord un mot de la race hu- ihaine qui habite cette terre. A en juger par sou exté- tieur et par son intelligence , l'homme indigène semble avoir été disgracié de la nature et former un chaînon qui le rapproche de la brute. Quoi qu'il en soit , des vei*- sions qui ont rendu leur histoire assez difficile à tracer, et des écrivains qui ont reconnu de nombreuses dilTérences qui les isoleraient des autres peuples de race noire , après avoir bien pesé nos données , et les avoir envisa- gées sous plusieurs faces , nous émettons le résultat de nos réflexions sans y attacher d'autre importance. Le rameau ne gre- austral ^ qui est propre à la Nou- velle-Galles , ne nous parait différer en rien d'essen- tiel de la race nègre océanienne (i), dont les Papous seuls forment un autre rameau un peu distinct. Il offVe la plus parfaite analogie de formes et de caractères extérieurs avec les habitans de la Nouvelle -Bretagne, de la Nou- velle-Irlande , et très - probablement avec ceux des Hé- brides et.de la Nouvelle-Calédonie. Leur chevelure est laineuse, épaisse, cordonnée en mèches tombantes; leur taille est variable , mais , en général , niédiocre , et de cinq pieds, quatre pouces, terme moyen . Leurs pommettes sont saillantes , le nez épaté , la bouche grande , les lèvres grosses -, leurs extrémités, grêles dans le plus grand nombre des cas , sont souvent fournies et proportionnées avec régu- larité. Séparées en tribus tparses , sans communications , errant pour chercher une nourriture précaire , chaque peuplade ainsi isolée s'est créé un langage ou a tiré parti (t) Espèce mélauieuue {homo melanius) de M. Bory de Saint- Vin- cent. Art. Homme du Dict. class. tTUist. nat. , parM31 Audouin, cic. ( 256 ) de sa position locale pour développer son industrie tou- jours bornée. La pauvi'eté du sol et la rigueur du climat ont dû influer sur la race et l'abâtardir , et c'est de là que découlent les nuances légères qui semblent l'isoler de la race nègre africaine , dont rien ne le distingue après un examen attentif. On conçoit quelle influence doit avoir, à la longue , une terre qui ne produit aucun fruit comes- tible : les liabitans ont dû se livrer à la chasse et à la pèche , devenir nomades 5 ils ont par suite regardé comme inutile la formation de villages permanens , et ils ont dû se borner à des abris temporaires. Ils ont aussi dû choisir les ustensiles les plus indispensables et les plus simples , construire leurs pirogues avec une écorce d'Eu- calyptus liée aux deux extrémités , ou se servir de bûches en forme de radeaux pour aller dans les baies et dans les criques. La race nègre , d'ailleurs , ne se montre nulle part remarquable par son intelligence , et tout annonce qu'elle est statiounaire dans ses idées ; elle a des carac- tères qui lui sont propres , quelque part qu'on en ren- contre des rameaux: ce sont la divergence de langage de chaque peuplade-, leur goût commun pour se pratiquer des éminences coniques sur la peau, qu'on trouve aussi bien au Congo , à Madagascar, à la Nouvelle - Guinée , que dans toutes les parties de la Nouvelle-Hollande , et jamais chez la race océanienne jaune 5 une coutume par- ticulière et générale pour se barioler le visage avec des poudres rouges et blanches , par larges raies , ou de se. couvrir les cheveux d'ocre; l'habitude de ne point cacher les organes générateurs par aucun voile (1)5 celle de se (i) Chez tous ceux qui n'ont point de relations suivies avec les Euro- péens. ( 207 ) passer un bâtonnet dans la cloison du nez , etc. , ces caractères essentiels sont opposés à ceux des deux races des îles de l'Océanie que nous désignons sous les noms de rameaux océanien et mongol. Dans un travail spé- cial , nous développerons nos idées à ce sujet. Piobable- raent que les Nègres de la Nouvelle-Hollande se sont propagés dans le continent austral, par la Nouvelle- Guinée et les îles orientales , et que leur émigration s est faite de la côte d'Afrique par la grande île de Ma- dagascar , qui , plus tard , a reçu elle-même des hommes d'autres races. Quoi qu'il en soit, le nombre des lia- ' bitans du comté de Cumberland diminue rapidement , et ces sauvages stupides , insensibles à tout ce qu'on a tenté pour leur mieux-être , n'ont pris des Européens que des habitudes vicieuses qui hâtent leur perte , telles qu'un goût désordonné pour les liqueurs fortes 5 la sy- philis et- la petite - vérole ont ensuite porté sur eux' leurs ravages. Si le nombre des indigènes diminixe , celui des animaux décroît d'une manière remarquable , et l'époque n'est pas éloignée où toutes les parties civi- lisées seront dépourvues de Kangouroos , d'Ornitho- rhynques,etc.DéjàleCasoar(Caiu«7'tu5au5f7'a/i5,Shaw.) n'habite plus la plaine des Emious , qui ea était remplie. Cet énorme Gallinacé s'est enfui au-delà des Monta- gnes-Bleues, ou en deliors des limites de Cow-Pasture. Ce n'est plus qu'en domesticité qu'on voit le grand Kan- gourou (X. lahiatus , Geoff. ). J'en observai plusieurs paissant en liberté dans le vaste parc de Rase-Hill à Paf^matla , se relevant sur leurs pieds de derrière pour examiner ce qui se passe autour d'eux , et fuyaiit par bonds eu s'élançant sur leurs courtes jambes de devant Vi. jy ( 258 ) lorsqu'ils étaicul inquiétés. Cet animal, dont la chair, dure et coriace , est peu estimée , puisqu'il n'y a que les quartiers de l'arrière qu'on emploie pour faire des potages médiocres , se prive avec une extrême faci- lité. On m'en montra un au port Jackson qu'un soldat de la garnison avait élevé , et qui obéissait ponctuelle- ment aux ordres de son maître ; il savait très-bien boxer. Ce Kangourou montrait un grand courage, ne balançait pas à attaquer un chien , et se servait de ses jambes de derrière ou de sa queue pour frapper ceux qu'il voulait combattre , en s'élançant sur eux par un bond instan- tané et très-élevé. Avec son maître , il se prêtait au ba- dinage , et jouait seulement avec ses deux jambes de de- vant, sans chercher à lui faire de mal. On apporte eu abondance dans les marchés le Kangourou à cou roux , que les naturels nomment Oualahat (K. rujicolhs , Péron etLes.), et parfois le Pofo/'oti de White (Hjp- siprymnus White , Quoy et Gaimard), qui vit dans les lieux rocailleux et peu fréquentés. Cette espèce, qui court avec agilité , avait été tuée par notre maître ca- nonnier Rolland (i)-, mais elle a été perdue dans le naufrage de M. Garnot. Les Peramêles , nommés Ban- dicout, paraissent exister dans les environs à.e Liver- pool, ou du moins on m'en indiqua une espèce dans cet endroit , sans doute le P. nasutus , Geoff. Je n'eus occasion de voir des Dasyures que dans l'é- (i) Homme excellent, très-brave, plein d'ardeur et de zèle, qui nous a été fort utile par son adresse pour la chasse , et qui avait rendu plus d'un service à l'expédition autour du monde , commandée par M. de Freycinet. C 259 ) tat de domesticité: c'était celui de Maugé (Daiyurus Maugei, Geoff.), figuré dans l'Atlas zoologique du Voyage de VUranie. Les naturels détruisent une prodi- gieuse quantité de Phalangers volans {Petaurista tc,- guanoïdes, Desm.), dont ils sèchent les peaux pour en faire de petits manteaux qui leur couvrent les épaules danâ 1 hiver. J'en vis plusieurs à pelage entièrement blanc L'espèce de chien sauvage {Canis australasiœ, Desm ) queWhite a décrit dans son histoire de la Nouvelle-Galles ressemble au chien de berger. Son poil est rude ses oreilles sont droites, et c'est la même espèce qu'on observe chez les Nègres de la Nouvelle-Irlande et des îles Bouka et Bougainville. Ces chiens sont courageux, et vivent le plus ordinairement de crabes, de fruits qui tombent sur le sol, ou de ce que la mer rejette sur le riva<^e MM. Fred. Cuvier et Geoffroy en ont donné une excel- lente figure dans leur bel ouvrage sur les Mammifères. Je n'ai vu qu'une seule peau de Womhat ou Phas- colome, à Sydney {Didelphis ursina , Shaw; Phas- colomys JVombal , Pér. et Les.), et je crois qu'on m assura qu'il ne se trouve point à la Nouvelle-Galles mais seulement à la côte sud et dans les petites iles du détroit de Bass. Une Roussette {Pteropus) a été vue en abondance par M. Cunningham dans la région in- tertropicale de la Nouvelle-Hollande , ainsi qu'une es- pèce de Crocodile. La surface assez uniforme qui s'étend du rivage jus- que ux Montagnes-Bleues, couverte de forêts aujour- dhui éclaircies et en parties abattues , renferme aussi des buissons d'arbustes toujours verts , d'^;,«cm , de ^amhorœa , de Lamhertia , etc. : c'est la demeure ha^ ( 26o ) hiluelle d'une foule de petits oiseaux à plumage vive- ment coloré , tels que le Moineau astrile ou Senegali quinticolor , Vieillot; le Moineau webbung {Loxia bella , Lalli. ) , la Sitelle aux ailes doi'ées (Sitta chry- sopteros, Lalh. ) , les jolies Pardalotes (Pipra puncta- ta , Shaw.) , des Soui-Mangas de plusieurs sortes, la Colombe lumachelle ( C. chalcoptera , Lath.), la belle Perruche omnicolore , Vieill. {Ps. eximius , Shavyr.), nommée Rose - Hill par les Colons , une espèce de Coucou, le Turdus punctatus , Shaw., et plusieurs Muscicapa. Mais un des plus jolis oiseaux , et en même temps un des plus compiuns dans les buissons , est sans contredit le Traquet superbe {Motacilla supërba, Shavv .), , et la Queue gazée (Muscicapa nialachura , Latham). J'eus occasion de voir nager sur les étangs à Botany-Bay le Cygne noir (^Anas plutonia , Shaw. ) qu'on élève en domesticité sous le nom de Black swans des Colons. Le Falco Novœ-Hollandice , à plumage entièrement l)lanc , se tient dans la plaine. On m'en montra un in- ' dividu qui avait des ondes grises-brunes sur le gris clair et cendré de son plumage. Dans les forêts et sur le sol , court la Perruche ingambe , le Ground parrot des An- glais (Ps. terrestris , Shaw.). Cette espèce n'est point commune : cependant j'en vis un individu qu'on m'a dit avoir été tué à Bolany-Bay. Les Philédons habitent les Montagnes - Bleues , c% vivent assez généralement réunis. Le Corbi-Calao est surtout d'une stupidité extrême. Les Cakaloês de Bank& (Psittacusfunereus, Shaw.) ont des mœurs sauvages^ et sont difficiles à approcher. Il n'en est pas de même di* CassicRn ùùieur (Baj-itatibicen , QuoyetGaimard), dont ( ^6i ) les habitudes sont celles de nos Pies, dont il a le plu- mage : comme elles , il apprend à parler et à sif- fler avec facilité. Le Scytrops Novœ - Hollandiœ est plus difficile à se procurer , et j'en tuai un seul indi- vidu; mais en revanche plusieurs espèces de Perruches vivent par troupes dans ces montagnes, surtout le Lourri des Colons, le Tabuan de Latham(P5. Pennantii, Shaw.)> qui a des mœurs sociales et vit par troupes , s'a-- battant par volées dans les lieux où elles trouvent leur nourriture. Il m'arriva d'en tuer un grand nombre sur le grand chemin de Bathurst , et chaque fois celles qui échappaient revenaient encore se poser dans le mcme lieu, où elles cherchaient des graines tombées sur le sol. A Spring ~ TVood abonde l'espèce nom- mée Blue mountain parfot ( Ps. liœmatodus , Gm.), qui ne s'éloigne que par une disposition légère du plumage de la Perruche dite dCAinhoine (Psittacus ornatus , Gm.). Les différences qu'elles présentent consistent en ce que celle de la Nouvelle-Hollande a la poitrine garnie de plumes rouges et jaunes , mais non bordées de noir ; celles du ventre , au lieu d'être vertes et jaunes , sont d'un bleu céleste ; le reste est entière- ment analogue. Le Peri^oquet Geoffroy ou le Bathurst , espèce ainsi nommée par les Colons , a le plumage vert, la tête rose ou rousse ( c'pst le Ps. personnatus , Shaw.). La Perruche ô^ Edwards ( Ps. pulchellus , Shaw. ) est très - commune , surtout dans la plaine, ainsi que celle de Latham {Psittacus discolor^ Shaw.) Parmi quelques oiseaux que nous nous procurâmes à Sydney , nous en mentionnerons quatre principaux qui provenaient de port Macquarie, situé par l^i*^'a4 dclat. S. \ ( 262 ) he King's pntrot (Platycercus scapulatus, Vigors.),ou perroquet de King (i), non-dénommé dans les galeries du Muséum. Ce bel oiseau , de la taille du petit Jaco gris , a la tête , le cou et le ventre de couleur rouge très- vive. Les plumes des ailes , du dos et du dessous de la queue sont d'un vert foncé, plus clair en deux endroits, sur les ailes. Celles qui revêtent le croupion sont d'un très-bel azur. La queue est élagée , aussi longue que le corps 5 les plumes anales sont vertes , bordées de rouge; le demi-bec supérieur est rouge , et noir à la pointe. Le Loriot prince-régent (Oriolus regens , Quoy et Gaimard), dont Lewin avait fait son Meliphaga chiy- socephala , et dont la place est débattue, entre les Phi- lédons et les Loriots , fait le genre Sericulus dd M. Swainson. Le port de cet oiseau en effet est tout-à-fait celui d'un Loriot \ mais sa langue , d'après ce que m'a dit formellement M. Fenton(2), qui en a disséqué plusieurs, est terminée par un pinceau. Cette disposition semble! avoir été donnéeà plusieurs genres d'oiseaux de la Nou-i velle-Hollande, etleur organisation serait ainsi accommo- j dée à la manière de vivre que leur impose la nécessité , celle de sucer les fleurs ou les nectaires des arbres des] forêts. Aussi trouve-t-on cette disposition chez un grandi nombre d'oiseaux de la Nouvelle-Galles, et même chez diverses perruches. Lewin a figuré ce bel oiseau dans saj première planche, sous le nom de Ki/ig's honey sucker, 1 MM, Quoy et Gaimard, dans leur zoologie , M. Tem- (i) Ancien Gouverneur de la Nouvelle-Galles, (a) Chirurgien aide - major au quarante-huitième régiment d'infan- terie. ( 263 ) mink , dans ses planches enluminées , en ont donné d'ex- cellentes figui^es. Ce Loriot, sans être rare à Sydney, s'y vend fort cher , parce qu'il est très-eslimé des An- glais. Nous en avons apporté un superbe individu qui est déposé au Muséum. Le troisième et le plus rare des oiseaux que nous nous procurâmes de port Macquarie , où on en avait tué plu- sieurs quelques mois avant notre arrivée , est l'Epi- maque royal {Epimachus regius , Garnot et Less.). Ce magnifique oiseau , au port des Epimaques , et à la ri- chesse de leur vestiture , ne joint point comme eux et les oiseaux de paradis , dont il a la richesse , les plumes accessoires qui, sous diverses formes, ornent si élégamment le plumage des espèces que naus venojas de mentionner. M. Swainson trouva dans les tarses de cet Epimaque l'organisation de ses Meliphagidœ, et crut devoir propo- ser le geni^e Ptiloris pour cette espèce , qui présente tous les caractères des Epimaques , et surtout ceux du Pro- mefil. C'est à côté de ce dernier oiseau qvi'il a été rangé dans les galeries du Muséum. M. Swainson regarde son genre Ptiloris (i) comme le passage des Promerops et des Paradisiers à ses 3Ieliphagidce. Il a nommé Ptilo- ris paradiseus notre Epimachus regius, qu'on appelait vulgairement à Sydney Rijleman , du nom d'un soldat qui en tua six ou sept individus dans un voyage dans fi) Il est probable que la langue du Ptiloris est terminée par un pin- ceau ; mais on doit croire que cette organisation est également propre aux Epimaques, quoique quelques auteurs indiquent que la pointe de cet organe est cartilagineuse ( Temminck , p. 86 ) ; dans ce cas , le genre Ptiloris serait très-bien établi si la distinction existe réellement. ( ^64 ) l'intérieur de la contrée. Voici la description de notre espèce faite à port Jackson. Ij' Épimaqiie royal a la taille d'un geai. Son bec est noir, courhé , denté sur le rebord de la mandibule su- périeure, mais faiblement, de la longueur de celui du Promefil. Le dessus de la tête est recouvert de plumes écailleuses , d'un vert bleuâtre métallique. Une cravatte triangulaire revêt le cou et la gorge;, en formant un plastron de plumes écailleuses , brillantes , d'un vert émeraude , prenant aux reflets de la lumière diverses teintes cliatoyantes et métalliques. La forme de ces plu- mes est triangulaire 5 elles sont de couleur vert-olive mat et comme frangées sur les bords , tandis que leur portion centrale est éclatante. Les plumes qui revêtent le corps de l'oiseau , sur le dos , les ailes , ont la douceur du ve- lours noir, dont elles affectent la couleur et l'aspect ; mais exposées diversement au jour , elles prennent la teinte la plus riche d'un velours noir-ponceau. Le ventre est également recouvert de plumes écailleuses, à teinte de cuivre de rosette , mais plus ferme que celles du cou et de l'occrput. La queue est courte , carrée , à plumes vertes dorées. Les pieds sont noirs et munis d'ongles crochus. M. Swainson a décrit la femelle , que je ne connais point. Autant la livrée du mâle est splendide et remar- quable par son luxe , autant , à ce qu'il parait , la vesli- lure de celle-ci est simple : elle est de couleur brune roussâlre. Nous en devons un beau dessin sur vélin au pinceau, exercé de M. Prévost, qui a su faire l'evivre l'éclat de ce bel Epimaque, qui fera partie de l'Atlas Zoologiquc de l'expédilion de là Gotjuille. On peut le caractériser ainsi : Coi^pore atto pwpurascente ^ Capite pectoreque smaragdo virescentibus ,• abdomine œri s viride ; hjpo- cho/idrium permis longioribus niillis ; rostro etpedibus ni gris. Nous eûmes occasion de voir chez un officier de la gar- nison , qui les conservait en vie , deux Chouettes (i) , le mâle et la femelle, qu'on avait pris à quarante milles de Sydney , au nouvel établissement de New-Castle , il y avait à peine quatre mois. Voici la description que j'en traçai sur les lieux. Ce Mush-Owl (2) a la taille du moyen duc. La tête est arrondie , sans aigrettes , à collerette cir- culaire , très-fournie sur le rebord , de couleur rougeâtre, noirâtre ou tachée de noir près le bec , qui est blanchâ- tre 5 œil et iris noirs , plumes de la partie supérieure du corps soyeuses , brunes , à flammes blanchâtres , striées ou marquées de points jaunâtres 5 abdomen de couleur jaune très-pâle, avec des taches brunes , arrondies , peu sensibles sur le fond duj plumage 5 queue rayée de noir, avec des lignes sinueuses ou parallèles , jaunes , blan- ches et brunes ; les ongles sont allongés , blanchâtres. Enfin, pour terminer cette rapide esquisse , les envi- rons du port Jackson nous ont fourni en espèces nou- velles , autant qu'un premier examen permet de pronon- cer , un Faucon , une Pie-grièche , un grand Cassican gris des Montagnes-Bleues , deux Muscicapa , un Philé- (i) Peut-être cette espèce est-elle une variété du S trix Jlammea , rap- portée par Pcron de la Nouvelle-Hollande . Je ne puis prononcer, n'ayant point l'individu sous les yeux. (2) Nom anglais des chouettes. ( 266 ) don , un Pouillol et un Coucou très-pelit. Ces oiseaux seront décrits par mon collègue Garnot , qui est chargé particulièrement de publier les Mammifères et les oi- seaux dans la partie Zoologiquc de notre voyage. Remarques sur l'affinité des Papavéracées as>ec les Crucifères; Par M. MiRB£L. Puisqu'il est vrai que, dans une multitude de cas, on ne saurait constater les aflBnités naturelles des plantes que par l'examen et la comparaison approfondis des ca- ractères les plus délicats , l'étude sérieuse de ces ca- ractères est une voie sûre pour conduire la science au plus haut degré de perfection qu'elle puisse atteindre ; mais si l'observateur doit s'appliquer à tout voir , il n'est pas toujours nécessaire qu'il raconte minutieusement tout ce qu'il a vu. Il y a telles modifications organiques si insignifiantes par elles-mêmes , qu'elles ne valent pas la peine d'être citées. D'ailleurs, les longues dissertations sur les moindres détails sont fastidieuses , et dérobent sou- vent à l'attention du lecteur les faits intéressans qu'il faudrait isoler pour les mettre en lumière. Ces réflexions que me suggère ma propre expérience, m'avertissent d'être économe de paroles. Les dessins suppléront pour- plusieurs points à la brièveté du discours. Tous les auteurs admettent que la famille desPapavé- racées a beaucoup d'affinité avec celle des Crucifères. Le fruit du Glaucium leur paraît être une véritable sjlique. Je ne prétends pas combattre leur sentiment ^ je ( 267 ) veux seulement indiquer quelques caractères différen- tiels qui , je crois, u'ont pas encore été aperçus. Le stigmate du Glaucium , et celui de V Erysimum , du Sinapis , du Brassica , etc. sont divisés plus ou moins profondément en deux lobes ^ mais la fente ou le sinus qui forme les lobes n'est pas situé de même dans le Glaucium et les Crucifères. Ici son plan , prolongé perpendiculairement jusqu'à la base de l'ovaire , divise- rait la cloison et les valves par le milieu ; là , il passe- rait par les sutures , et isolerait les valves sans les of- fenser. L'ovaire des Crucifères a essentiellement deux loges. S'il se rencontre des exceptions, elles sont rares, et for- ment une anomalie qui efface un des caractères propres à l'organe femelle de ces végétaux. L'ovaire du Glaucium n'a essentiellement qu'une loge. Je dis l'ovaire des Cru- cifères et l'ovaire du Glaucium , et non le fruit , dont je parlerai tout-à-l'lieure. Les ovules des Crucifères sont disposés en une simple série le long de chacun des côtés des deux bran- ches du placentaire, lequel, comme on sait, représente une espèce de châssis entourant un diaphragme membra- neux 5 et c'est ce diaphragme qui divise la cavité en deux loges. Les ovxiles du Glaucium,, attachés également sur un placentaire à deux branches réunies en châssis , mais sans diaphragme^ ne composent pas de séries régulières j ils sont épars. Les ovules du Bocconia cordata , au nombre de cinq, six ou sept, attachés sur un placentaire sem- blable , par la disposition de ses branches , à celui du Glaucium , offrent deux séries opposées. On a dit que le Bocconia n'avait qu'une graine fixée à la base du ( 268 ) péricarpe ; mais on n'a pas parlé des ovules , faute de les avoir examinés. Quand l'ovaire des Crucifères passe à l'élat de fruit, souvent il arrive que le diaphragme membraneux se déchire ou est rejeté tout d'un côté du péricarpe , en sorte que les deux loges n'en font plus qu'une. Un phénomène contraire se manifeste dans le Glaucium. L'ovaire h'avait qu'une loge , le fruit en a deux. Une cloison cellulaire épaisse , comparable à du liège par sa consistance , s'étend d'une branche du placentaire à l'autre , et ne laisse de place que pour quatre rangs de graines , distribuées , sauf quelques irrégularités qui rappellent la distribution confuse des ovules, comme les quatre séries de graines des Crucifères. Un grand nombre d'ovules , éloufles par le développement de cette cloison accidentelle , avortent 5 d'autres , assez vigou- reux pour se défendre, se logent dans l'épaisseur même de la cloison et y restent cachés. Cette singularité s'ex- plique par le tnode de formation de la cloison. Les deux branches du placentaire produisent chacime à sa superficie une couche de tissu cellulaire qui s'accroît insensiblement \ ce tissu repousse sur les côtés un cer-j tain nombre d'ovules et enveloppe les autres ; et quand les deux couches cellulaires viennent à se rencontrer A elles se soudent et ne forment plus qu'une masse. Alors la cloison est complète , et par conséquent la cavité du péricai'pe est partagée éii deux loges. On remarque qlie les graines du Glaucium ont im périsperme. On affirme que celles des Crucifères en sont privées. Cette différence , si elle était réelle, serait plus considérable que celle que j'aperçois. .Te me bornerai (269) à dire que le périsperme est épais , charnu , opaque dans toutes les Papavéracées , et qu'il n'est qu'une pellicule diaphane , extrêmement mince et à peine visible , dans toutes les Crucifères. « Ce corps , si j'en juge par mes » propres observations , n'a été refusé qu'à vin très-petit M nombre de graines. Quand il existe , il enveloppe » toujours l'embryon. Il se moule pour ainsi dire sur » lui et occupe toute la place qu'il laisse vide ; c'est un )) fourreau tantôt membi^aneux et mince , tantôt épais et » ferme , tantôt mince dans une partie et épais dans une » autre. Par la diversité de sa nature il a souvent mis » en défaut les observateurs les plus attentifs. On le » trouve aujourd'hui dans un grand nombre de familles » dans lesquelles on ne le soupçonnait pas autrefois. » C'est ainsi que je m'exprimais au mois d'octobre 1824, dans la Revue Européenne, et long-temps avant j'a- vais consigné cette opinion , appuyée de preuves nom- breuses ;, dans les annales du Muséum d'Histoire na- turelle. Les anthères du Glaucium ont deux lobes allongés et parallèles , unis , dans toute leur longueur , à tin connectif linéaire très -mince; elles tournent le dos au stigmate. Les anthères de V Argemone ne différent pas sensiblement de celles du Glaucium. Les anthères du Bocconia, peu diÛerentes des précédentes dans leur forme générale, ont cela de particulier qu'elles s'ou-» vrent par les côtés , et qu'il est fort difficile de distinguer leur dos de leur face. Les anthères du Papaver sont courtes , ellipsoïdes , et sans connectif apparent : elles s ouvrent par les côtés. Toutes ces anthères sont fixées aux filets bout à bout. La manière d'être de l'oreane ( 270 ) mâle est moins variable dans les Crucifères -, sa face re- garde toujours le stigmate. Les deux lobes , soudés en- semble au sommet , sont libres à leur base et divergent un peu •, le conneclif , relevé en bosse sur le dos de l'an- llière, reçoit dans une échancrure inférieure la pointe du filet. Après l'émission du pollen , l'antlière prend com- munément la forme d'un fer de flèche , et sa pointe se recourbe en arrière. Cet ensemble de faits , que j'ai tâché de rendre évidens par la représentation des objets , prouve que l'analogie entre les Crucifères et les Papavéracées est plus res- treinte qu'on ne l'avait cru. Je termine cette note par un mot sur le stigmate du Bocconia , du Glaucium , de Y ylrgemone et du Pa- paver. Si, à l'exemple de M. de Jussieu , et sans égard pour l'opinion de quelques botanistes modernes, j'em- ploie ici le mot stigmate au singulier , ce n'est pas par distraction. Pour qu'il y ait plusieurs stigmates , il faut nécessairement que l'appareil stigmatique soit divisé en plusieurs parties distinctes et isolées : or, cet appareil , dans les quatre genres indiqués, forme un cordon si- nueux et continu qui, détaché du stigmatophore, pourrait être déployé en cercle. Le Bocconia, le Glaucium, X Argemone , le Papaver, n'ont donc réellement qu'un seul stigmate. Le cordon stigmatique a un nombre de sixms descendans et ascendans , double de celui des branches du placentaire, et chaque sinus descendant correspond toujours â l'une de ces branches. Il y a deux sinus descendans dans le Bocconia et le Glaucium, quatre à sept dans V Argemone, et un plus grand -nombre dans beaucoup de pavois. Le nombre diffère donc , mais ( 271 ) la disposition est invariable , et quant k la forme , elle n'éprouve que des modifications de peu d'importance. Si l'on fend de haut en bas l'ovaire du Bocconia , du Glaucium et de VArgemone, en faisant pénétrer le tran- chant du scalpel entre les deux côtés de l'un des sinus descendans , on partage par le milieu la branche corres- pondante du placentaire : l'opération est plus délicate dans le Papaver, mais un peu d'adresse la fait réussir. Je suis parvenu souvent à diviser dans leur épaisseur les. lames placentairiennes, et chaque moitié, garnie d'ovules portait à son sommet l'un des côtés du sinus du cordon stigmatique. Ces petites observations font bien compren- dre l'analogie de structure des quatre stigmates. Il semble que, dans le Papaver , le développement en lames des divisions placentairiennes détermine la forme linéaire des sinus descendans. EXPLICATION DE LA PLANCHE XI. ( Nota. Les objets sont très-grossis,) Fig. I. Glaucium luteum. A, étamines et pistil fixés sur le réceptacle. B , les étamines ont été détachées. On voit en a le gamophore sur lequel elles étaient fixées, et les cicatrices qui indiquaient le point d'at- tache de chacune d'elles, et en b une de ces étamines dont l'an- thère c tourne le dos au stigmate. L'ovaire se présente de manière qu'on ne peut apercevoir la suture qui unit le bord des valves ; mais on distingue très-bien le sinus ascendant rf et le sinus descen- dant e. C , pistJ montrant en a la division ou le sinus descendant du stigmate, qui correspond à la suture b des valves. D , le même pistil coupé transversalement pour faire bien voir la cor- respondance du sinus descendant du stigmate avec la suture des ( 272 ) valves a , lesquelles s'attachent par leyrs bqrds sur les deux branclies b du placentaire. /i , portion inférieure de Tovaire : il n'a évidemment qu'une loge. Les ovules sont attachés irrégulièrement sur les deux branches « du placentaire. F, coupe transversale du fruit approchant de la maturité La partie a représente les productions cellulaires des deux, branches b du pla- centaire , qui déjà se sont réunies et forment une cloison épaisse. Plus tard, ces productions cellulaires rempliront la cavité presque entière, ne laissant tout juste que l'espace nécessaire pour loger les graines. Au milieu de h cloison, on aperçoit en c une graine que le scalpel a coupée par la moitié. Cette graine a été saisie et en- veloppée par les productions cellulaires. G , faisceau d'étamines pour montrer qu'elles forment plusieurs séries H, étamine vue de face. /, étamine vue par le dos. Il ne faut pas oublier que le dos regarde le stigmate. K , pollen ; a , grains de pollen secs ; b , grains de pollen observés sûr l'eau. ' Fie. 2. Pistil de VJlrgemone mexicana débarrassé de ses étamines : une seule est représentée en a. Elle est détachée du gamophore; son anthère b tourne le dos au stigmate c , qui offre cinq sinus ascen- dans d , et cinq sinus descendans e. Ces derniers correspondent aux cinq sutures, dont deux paraissent eny. Fig. 3. Papa fer Rœas. A , pistil débarrassé de ses étamines. On voit bien nettement les sinus ascendans a et les sinus descendans b formés par les replis du cor- don stigmatique , et l'on conçoit que , si ce cordon était détaché avec dextérité du large stigmatcphore c qui le porte, rien ne serait plus aisé que de le déployer eu cercle. Les sinus descendans b cor- respondent aux sutures d, et par conséquent aux lames placentai- riennes intérieures. En e sont trois étamines détachées du gamo- phore. B , une étamine isolée ; l'anthère a g' ouvre par les côtés, comme on le voit en b. En cest le pollen observé sur l'eau. Fig. 4* Brassica cheiranthus . A , représente le pistil et les étamines attachés au réceptacle. Les deuv \ ( ^73 ) ctaraines accouplées a sont placées vis-à-vis la suture h qui unit les valves derovaire; les deux étamines latérales et solitaires c sont placées chacune vis-à-vis la face de la valve correspondante. Les anthères d, qui vont bientôt se flétrir, ont la forme d'un fer de flèche ; leur sommet , aigu, est recourbé en arrière. B , pistil débarrassé de ses étamines. Ou voit que la fente a qui divise le stigmate correspond à la face de la valve b , et non aux sutures , comme dans le Glaucium , VArgemone , etc. En c est une des éta- mines solitaires dont l'insertion est indiquée sur le réceptacle par une cicatrice : l'anthère d est vue par le dos. Le connectif e forme un bourrelet qui reçoit à sa base l'extrémité du Clety. La face de l'anthère regarde le stigmate. C, le même pistil coupé transversalement, pour montrer que, si la fente a se prolongeait de haut en bas jusqu'au réceptacle , elle fendrait longitudinalement les deux valves b et la cloison c dans la direction de leurs lignes médianes. La fente du stigmate est beau- coup plus profonde et plus apparente qu'ici dans le Cheirantkus , VErysimuni , etc. D , le pistil , placé de manière à montrer, non plus la face , mais le bord des valves et la suture c qui les unit. Le plan de la fente du stig- mate a, coupant les valves b dans leurs lignes médianes, il s'en suit que la fente n'est pas visible de ce côté. On voit en dune des deux étamines accouplées , détachée du réceptacle sur lequel paraît la cicatrice qui indique le point où l'insertion avait lieu. La lettre e montre l'insertion de deux des quatre pétales ; la lettre^, l'insertion de trois des quatre sépales. Mémoire sur V accroissement des Polypes LiTHOPiiYTES cousidéré géologiquemcnt; Lu à l'Académie des Sciences de l'Institut , le i4 juillet 1823 ; Par MM. Quoy et Gaimaud. Paumi les phénomènes de zoologie qui se rattachent à la théorie de la terre, ceux qui concernent les Zoophytes VI. 18 ( ^74 ) ■ ^ solidee sont encore bien loin d'être éclaircis. Eu appelant l'attention des naturalistes sur ces animalcules , nous espérons démontrer que tout ce tju'on a dit ou cru ob- server jusqu'à ce jour relativement aux immenses tra- vaux qu'ils sont susceptibles d'exécuter, est inexact, toujours excessivement exagéré , et le plus souvent er- roné. 11 nous en coûte beaucoup, sans doute, pour arriver à la démonstration des faits que nous avons examinés avec la plus grande attention , d'êti'e obligés de combattre des assertions généi"alement reçues et de nouveau présen- tées par un naturaliste infatigable , que la mort a trop tôt ravi aux sciences. Pérou , par quelques remarques isolées faites à Timor et à lIle-de-France , seuls lieux où il ait été à çortée d'observer en grand le travail des Litliopbytes, Téron a cru devoir, sur la foi des voyageurs, tirer des conclusions trop générales sur ces' animaux , considérés comme ayant élevé ou élevant encore, des pro- fondeurs de l'Océan , de nombreux arcbipels ou des écueils dangereux. De quoi peuvent servir toutes les ci- tations qu'il accumule , si elles reposent sur des obser- vations mal ou superficiellement faites ? à masquer la vérité et à accréditer l'erreur par l'influence de noms célèbres. Au lieu de croire que les îles de la Société , quelques parties de la Nouvelle -Irlande , la Louisiade , l'ar- chipel de Salomon, les îles basses des Amis, les Ma- riannes, les Palaos , les îles des Navigateurs , celles de Fidgi , les Marquises , etc. , sont en partie ou en totalité l'ouvrage des Zoopbytes , nous pensons au contraire que toutes ces terres ont pour base les mêmes élémens , les ( v'^ ) mêmes minéraux qui concourent à former les îles et tous les conlinens connus. Là , en effet, ce sont des schistes , comme à Timor et à Vaigiou ; du grès , comme sur les cèles de la Nouvelle-Hollande. Ailleurs , le calcaire en couches horizontales forme l'ile de Boni , ou entoure les pitons volcaniques des lies Marianues. Le granité se montre aussi quelquefois ; mais le plus souvent ce sont les volcans qui ont formé les îles répandues dans l'Océan austral. L'ile-de-France , l'ile de Bourbon , quelques- unes des Moluques , les Sandwich , Taïti , et tous ces nombreux archipels découverts parBougainvilleou Cook, doivent en partie leur origine aux feux souterrains , comme le prouvent les échantillons de roches que nous avons rapportés de quelques-uns de ces lieux, et les ré- cits des naturalistes voyageurs pour ceux que nous n'a- vons pas' visités nous-mêmes. Qui donc a pu donner lieu de croire que les Madré- pores encombrent les bassins des mers , et élèvent du fond de leurs abîmes des îles basses , dangereuses pour les navigateurs? Un examen peu approfondi , un coup - d'oeil jeté en passant sur les travaux de ces Zoophytes. Nous nous proposons dans ce Mémoire , 1°. D'examiner comment les Lithophytes élèvent leurs demeures sur des bases d'une nature dqjà connue, et quelles sont les circonstances favorables ou défavorables à leur accroissement. 2". De montrer qu'il n'y a point d'iles un peu consi- dérables , constamment habitées par les hommes , qui soient entièrement formées de Coraux •, et que loin d'éle- ver, des profondeurs de l'Océan , comme on l'a avancé , des murs perpendiculaires , ces animaux ne forment ( ^7G ) ijue des couches ou des eucroûtemens de quelques loises d'épaisseur. Voici comment cel.) A Rola , une des îles Mariannes, M.Gaudichaud, notre collègue , a détaché du roc calcaire , à environ cent toises au-dessus du niveau de la mer , des rameanx de vrais Madrépores parfaitement conservés. Voilà trois localités où ils se trouvent à de grandes hauteurs. Nous les avons observés à des élévations infiniment moindres , dans plusieurs autres lieux , comme à l'Ile-de-France , où ils forment une couche de plus de dix pieds d'épais- seur enire deux coulées de laves; à Wahou , vme des lies Sandwich, où ils n'acquièrent pas plus d'élévation, mais s'étendent à plusieurs centaines de toises sur le sol de l'ile. Dans tous ces cas , il faut avoir le soin de bien distinguer les Lithophytes qui , ayant travaillé en niasses non interrompues , avaient la faculté de s'accroî- tre , de ceux qui, roulés , atténués par les eaux , et mélan- « La baie d'Amphila , clans la mer Rouge , est formée , dit-il , de douze » îles, dont onze sont formées en partie d'alluvions, qui consistent eu » Corallines , en Madrépores, en Ecliinites, et en une grande diversité » de Coquilles communes à cette mer. L'élévation de ces îles estquel- « quefois de trente pieds au-dessus de la haute marée » La petite lie , qui dijffère des onze autres, se compose d'un rocher n solide, de pierre calcaire, dans laquelle on remarque des veines de » calcédoine, « Cette petite île n'indique-t-elle pas qu'une cause quelconque a em- pêché les Madrépores de la recouvrir, tandis qu'ils ont construit leurs demeures aux environs , sur des bases t^ui doivent probablement être de même nature que celles de la petite île ? ( 284 ) gés aux Coquilles marines , contribuent à former ces dé- pôts connus sous le nom de calcaire madrcporique. Ces dépouilles-là ne sont que les débris des premiers. Nous en avons vu aux Mariannes et aux lies des Papous -, on en trouve sur les côtes de France , et dans plusieurs au- tres endroits. C'est donc Timor qui , nous ayant offert davantage de Zoopbyles solides, nous porte à conclure , par analogie , de ce qui a eu lieu autrefois , que les espèces du genre Astrée , seules susceptibles de couvrir des espaces im- menses en superficie , ne commencent pas leurs cons- tructions à plus de vingt-cinq ou trente pieds de profon- deur^ pour les élever jusque près de la surface de la mer. Jamais , soit avec la sonde , soit avec les ancres , nous n'avons amené des fragmens de ces espèces 5 nous n'en avons jamais vu que dans les endroits où il y avait peu d'eau -, tandis que les IMadrépores rameux qui ne forment point de couches épaisses et consistantes, soit sur les lieux élevés que l'Océan a abandonnés , soit sur les | rivages où ils existent encore , vivent à d'assez grandes ; profondeurs. Et c'est même une des propositions hasar- dées du naturaliste que nous citons, d'avoir voulu bor- ner au trente-quatrième degré de latitude Sud la de- meure de ces animaux -, car toul-à-fait sous le Cap ilorn, à près de 56° de latitude , en sondant à cinquante et qua- tre-vingts brasses , nous avons eu de petits Madrépores rameux vivans. Et, dans un précédent voyage par un méri- dien opposé, sur le banc des Aiguilles , par plus de cent brasses de profondeur , nous nous souvenons d'avoir vu des E-étépores. Il est vrai que sous ces parallèles ces animaux n'occupent que peu d'espace; mais ils y ( -^-85 ) vivent , et le premier de ces deux faits prouve qu'ils peuvent supporter une température très-fi^oide , quoique probablement pas aussi basse à rextrcmité Sud de l'A- mérique qu'on le croit communément. Il est bien singulier qu'on ait attribué aux Madrépores de l'Océan austral et de l'archipel Indien seulement, la formation des montagnes sous-marines escarpées , au pieds desquelles on ne trouve pas de fond , et bien plus surprenant encore que l'examen des lieux où le même phénomène s'observe sans la présence de ces Zoopliytes , n'ait pas donné occasion de douter d'un fait si extraordi- naii'e. On sait que les terrains de toutes compositions peu- vent présenter des escarpemens considérables. Pour prouver que cette disposition existe sous les eaux , nous «itérons l'ile Guam, une des Mariannes , située par treize degrés et demi de latitude Nord : dans sa partie qui n'est pas volcanique , cette île est entourée de falaises cal- caires tellement abruptes qu'elles ressemblent parfaite- ment à des murs , disposes dans quelques endroits en plates-formes successives qui , par échelons , vont se per- dre sous les eaux. Si , en jetant la sonde, on rencontre le sommet de ces murs , ou aura fond par liuit ou dix bras- ses, plus ou moins 5 mais, tout à côté, cent brasses ne suf- firont peut-être pas. A présent, supposons que, sur les crêtes les moins profondes et les plus abritées , les Zoophytes viennent à construire , ils s'élèveront jusqu'à ce que leurs progrès soient entravés par leur propre dé- veloppement , qui, opposant un obstacle aux ondulations des flots , les forcera à venir se briser sur eux : ce seront alors des récifs. ( 286 ) Tout à côté de Guam, l'ile Rota est dans le même ras. Bien plus , sui' ses escarpemcns , qui sont beaucoup plus considérables , ou trouve encore fixés au sol des Madrépores proprement dits, de l'espèce nommée Corne- de-cerf, et absolument semblables à ceux qui abondent dans les eaux qui l'entourent. Ainsi , autrefois , ils ont multiplié sur le sol que la mer a depuis abandonné, comme ils croissent tous les jours sur celui qu'elle re- couvre encore. D'autres exemples de ces montagnes perpendiculaires sous-marines se retrouvent par des la- titudes diverses. On lit dans Pallas (deuxième J^ujage, t. III, p. i33 , ibid , p. -i-îo) qu'il a vu en Taucide des montagnes tellement escarpées . qu'elles s'élèvent à plus de mille pieds au-dessus du niveau de la mer , et qu'on ne peut trouver fond à loucher le rivage. Hé bien ! nous le répétons, ce sont les sommets de sembla- bles montagnes sous-marines de la zone torride , quelle que soit d'ailleurs leur nature, que les Zoopbyîes ont pris pour bases ; et tous ces récifs de Taïti , de l'Archipel ;^ dangereux , de celui des Navigateurs , des iles des Amis fî etc. , etc. , ne sont madréporiques qu'à la surface. Ecou- tons Forsler , qui , un des premiers , a accrédité l'opinion que nous combattons , et nous verrons qu'il fournit des armes contre lui-même. « Les îles basses , dit-il , à » l'est de Taii'ti , ainsi que les iles de la Société , les îles )) des Amis, les Nouvelles-Hébrides et la NouvcUe-Ca- » lédonie, avec les iles intermédiaires de Scylli^ Howe, » Palliser, Palmeston^ Sauvage , de la Tortue et celles « del'Espéiance et des Cocos 5 les îles de la Reinc-Char- » lotte , du Capilainc-Carteret , et plusieurs autres, ainsi )) que la Nouvelle-Irlande , la Nouvelle-Bretagne et la C 287 ) » Nouvelle-Guinée, forment aussi, par-dessous l'Océan, » une grande chaîne de montagnes : elles s'étendent dans » un espace immense qui comprend les trois quarts de » toute la mer du Sud. » (Forster père. Observât,, t. V , p. 24. ) Paraissant ensuite oublier ce qu'il vient de dire, et accordant trop aux Madrépores , il ajoute (p. i36) : « Le » récif, premier fondement des îles , est formé par les » animaux qui hubitent les Lilhophyles : ils construisent » leurs habitations jusqu'à peu de distance de la surface » delà mer , etc. Nous dûmes peut-être une fois notre salut à cette dis- position irrégulière des terres situées sous les eaux , lors- que la corvette l'Uranie, entraînée de nuit par les cou- rans dans le passage qui porte son nom , se trouva en- gagée parmi une multitude d'îles et de rochers. Dans cette position difficile, ne trouvant fond nulle part, on ne savait quelle ouverture choisir pour sortir de cet Ar- chipel , quand , au milieu de ce cirque, s'offrit un banc de Madrépore sur lequel on mouilla. D'après ce que nous venons de dire, tout doit faire supposer que ce massif s'était élevé sur une base de nature analogue aux rochers qui nous entouraient. Ainsi nous croyons avoir démontré que les travaux des Zoophytes solides ne sont point susceptibles d'avoir formé les bases immenses sur lesquelles reposent la plu- part des îles du Grand-Océan. Il nous reste à dire comment , par leur réunion , ces animaux peuvent élever de petits îlots. Forster a très- bien décrit la manière doiit cela s'opère. En effet , lors- qu'à l'abri des grandes terres , ces animalcules ont amené ( 288 ) leurs demeures jusqu'à la supcrUcie, et qu'elles restent à découvert peudaut le rellux , les ouragans qui sur- viennent quelquefois , bouleversant le fond de ces eaux peu profondes , entraînent les sables et la vase. Tout ce qui , de ces matières , s'engage dans les anfractuosités des Coraux, s'y iixe , s'y agglomère; et dès que le sommet de cette ile nouvelle peut rester constamment à décou- vert, que les flots ne peuvent plus détruire ce qu'eux- mêmes ont contribué à former, alors sou contour s'a- grandit , ses bords s'élèvent insensiblement par l'addi- tion successive des sables. Suivant la direction des vents et des courans , elle peut demeurer long-temps stérile 5 mais si, par l'action de ces deux causes , les germes des végétaux lui sont apportes des côtes voisines , alors , sous des latitudes qui sont si favorables à leur développement, on la voit bientôt se couvrir de verdure , dont les débris successivement amoncelés forment des couches d'humus qui contribuent à l'exhaussement du sol. Voilà ce que nous avons été à portée de vérifier sur la petite ile Kéra , située dans la baie deCoupang , à Timor. Mais pour que ce phénomène d'accroissement s'ac- complisse , il ne faut pas qu'il se passe trop loin des grandes terres, parce qu'alors les végétaux ne peuvent plus y aborder si aisément , et ces ilôts demeurent pres- que toujours nus et stériles. C'est pourquoi ce que disent les naviijateurs de ces iles madréporiques du Grand- Océan, qui, couvertes de verdure, sont éloignées de toutes autres terres , nous a toujours paru extraordi- naire-, d'autant mieux que, dans ces espaces immenses , la violence des Ilots , que rien ne peut amortir , doit em- pêcher le travail des Zoophytes. Cependant nous ne ( 289 ) nions pas rcxistcnce de ces îles , qu'il serait intéressant de bien examiner do nouveau ; car, dès qu'entre les tro- piques les navigateurs en rencontrent de basses, pré- venus par l'opinion généralement admise, ils n'hésitent pas à dire qu'elles sont madréporiques. Néanmoins que d'iles à Heur d'eau ne reconnaissent pas cette origine I Nous citerons , par exemple , celle de Boni , située sous l'équateur , dont la bi-illante végétation s'élève sur du calcaire. Il en est de même de celle des Cocos, devant Guam , qui est composée de la même substance. En gé- néral , si elles sont liabitées par des hommes , si par conséquent elles ont des sources ou des lacs d'eau douce , on peut presque assurer qu'elles ne sont point , ou ne sont qu'en partie composées de Litliophytes , parce qu'il ne peut point se former de sources dans leur sub- stance poreuse. Quelques-unes des îles Carolines parmi lesquelles nous avons passé , sans pouvoir nous y arrê- ter , sont excessivement peu élevées -, nous les suppo- sons encroûtées de Madrépores 5 et comme elles ont des habitans , il doit se trouver quelque part un sol propice à l'accumulation de l'eau douce (i). En restreignant la puissance de ces animalcules , en indiquant les bornes que la nature leur a prescrites , nous n'avons d'autre but que de foiu'nir des données (i) En jetant un coup-d'œil sur les cartes du Voyage du capitaine Kotzebue , on est frappé de voir plusieurs de ces îles groupées en rond, liées les unes aux autres par des récifs qui paraissent madréporiques et présenter par cet arrangement une petite mer intérieure et profonde , dans laquelle on entre par une ou plusieurs ouvertures. Cette disposi- tion ne serait -elle point due à des cratères sous-marius , sur les Lords desquels les litliophytes auraient travaillé ? VI. 19 ( 2go ) plus exactes aux savans qui s'clèvenl à de grandes con-* sidéralions hypothétiques sur la conformation du globe. En considérant de nouveau ces Zoophytes avec plus d'attention , on ne les verra plus comblant les bassins des mers, élevant des îles , augmentant les continens , menacer les générations futures d'un cercle équatorial solide formé de leurs dépouilles. Leur influence, rela- tive aux rades dans lesquelles ils multiplient , est déjà bien assez grande , sans l'augmenter encore. Mais com- parativement aux masses sur lesquelles ils s'appuient , que sont leurs couches , souvent interrompues et qu'il faut chercher avec soin pour les reconnaître , consi- dérées du haut des énormes pitons volcaniques des Sandwich , de Bourbon , de ceux des Moluques , des Mariannes , des montagnes de Timor , de la Nouvelle- Guinée, etc. , etc.? rien sans doute; et les Zoophytes solides sont bien loin de pouvoir être comparés aux co- quilles, dans les matériaux que les uns et les autres ont fournis et fournissent encore à l'enveloppe terrestre. Sur un nouveau Genre de la famille des GESSNÉmÉES ; Par C. G. Nées d'Esenbeck. Nous cultivons dans le jardin de Bonn une plante introduite par M. Hellcr , inspecteur du jardin Royal à Wurzbourg, qui l'avait reçue du Brésil, sous le nom de Columneœ species. Cette belle espèce ayant fleuri dans nos serres pendant le mois de mai passé , l'examen attentif de sa fleur me ( ^9* ) donna des caractères si bien prononcés , que je n'hésiiô plus à la proposer comme type d'un nouveau genre qui enrichira la famille des Gessnériées de MM. Richard et de Jussieu. Les genres bien connus que l'on a placés dans celte famille sont liés ensemble par la plus grande unifor- mité de port , à tel point qu'au premier coup-d'oeil on ne les prendrait que pour de légères nuances d'un seul genre ; et on retrouve aussi dans les parties de la fructification cette même correspondance , indiquée par le port. Nous répéterons ici les caractères énoncés par M. de Jussieu dans les Annales du Muséum d'TIistoire natu- relle(tom. v, pag. /\^S), et nous en ajouterons quelques- uns déplus pour en compléter l'ensemble : Calice monosépale, à cinq lobes plus ou moins pro- fondément divisés , libre ou adhérent à l'ovaire. Corolle monopétale , irrégulière , presque bilabiée , à cinq lobes , dont deux forment la lèvre supérieure, et trois l'inférieure. Un anneau charnu oudes glandes séparées , au nom- bre de cinq ou de quatre , entourent la base du style ou de l'ovaire, dans le cas où ce dernier est libre (i). Q^\iAti'e étamines fertiles, dont deux sont plus lon- (i) Cette structure s'accorde bien avec le fait établi par M. R. Brown dans son Mémoire sur les Composées ( Transact, of the Lin. Soc. , vol. XI , p. 14 1 ) J savoii', que le disque ou le nectaire annulaire n'étant autre chose que des étamines avortées d'un ordre intérieur , sera trouvé, dans la même famille naturelle , ou complet ou séparé en autant de petits corps glandulaires plus ou moins semblables à des filamens im- parfaits , et don: la situation est alterne par rapport aux étamines fertiles. ( aga ) gués, naissent immédiatement de la basede la corolle ; on trouve en outre dans quelques genres un cinquième pelil filament stérile correspondant soit à la partie supérieure , soit à la partie inférieure du pistil , et alternant comme les autres élamines plus parfaites avec les lobes de la corolle. Ce filament est ordinairement inséré à la base de la corolle; mais dans le Gloxinia , il parait vraiment hypogyne. Les anthères sont à deux loges transversales et ren- flées, intimement soudées entre elles, et persistent dans cet état pendant le temps de la floraison. Uovaire, uniloculaire , libre ou plus ou moins enve- loppé par le calice adhérent, renferme les ovules sur devix trophospermes pariétaux opposés et divisés chacun de haut en bas en deux lamelles aplaties et tronquées au sommet. Yiefniitesl capsulaire ou bacciforme. Les graines , nombreuses et très-petites , dans la plu- part des espèces, ont l'embryon à cotylédons petits etap- platis , situé dans l'axe d'un périsperme mince et cé- réacé. Au milieu de cette grande uniformité des caractères communs à tous les genres qui font partie de la famille des Gessnériées , leur principale difTérence est fondée sur l'ovaire , parfaitement libre dans les uns , plus ou moins adhérent au calice dans les autres. L'adhérence ou la non-adhérence de l'ovaire, relativement au calice, n'est, parmi les caractères de celle famille , que d'une valeur subordonnée , ce que prouve la partie supérieure de l'o- vaire , qui étant découverte dans tous les genres de ce groupe , dépasse plus ou moius la partie adhérente du (293) calice , et finit par conduire par des gradations presque insensibles à l'ovaire entièrement libre. Les genres bien établis parmi les Gcssnériëes à ovaire adhérent sont VAchimenes, le ùessneria, le Gloxiniael VEriphia de R. Brown -, cevix à ovaire libre sont le Bess- leria et le Columnea. Il en reste encore deux , c'est-à-dire le Parianana et Y Orobanchîa de Vandelli , dont les ca- ractères ne sont pas assez approfondis pour qu'on puisse avec sûreté fixer leur place dans la série des ordres naturels. Les genres de la première division , à ovaire adhérent , se distinguent facilement entre eux par leur péricarpe , qui est ou une capsule, comme dans le Gessneria, VAchimenes et le Gloxinia ; ou une baie , comme dans VEriphia de R. Brown. Les genres à ovaire libre diffè- rent également par leur fruit , qui est une baie dans le Bessleria, et une capsule un peu charnue dans le Co- lumnea. C'est d'après ce principal caiactère, déduit du péri- carpe , que l'on a établi les genres cités , auxquels ou a ajouté, pour rendre leur distinction plus complète, celui de la corolle campanulée dans le Gloxinia ; tubuleuse, à limbe plus ou moins étalé dans le Gessneria et le Bessleria ,• infundibuliforme , à tuyau cylindrique dans V Achimenes ; ou renflé dans VEriphia ; enfin parfaite- ment bilabiée dans le Columnea (i). (i) La lèvre supérieure du Columnea est indiquée îi tort, parquai- ques auteurs , comme trifide avec la partie intermédiaire courbée eu voûte et échancrée au sommet. C'est seulement cette partie, un peu courbée en voûte , qu'on doit regarder comme la lèvre supérieure , et ^ (294) Le calice n'a jusqu'ici, dans tous ces genres , présenté aucune différence remarquable , étant partout divisé profondément en cinq lobes , qui , dans les genres à ovaire adhérent, descendent jusqu'au sommet de l'o- vaire, et dans ceux à ovaire libre jusqu'au fond de la fleur. Le nouveau genre que je propose , et qui doit être placé dans la première division des Gessnériées , ou Gessnériées à ovaire adhérent , diffère essentiel- lement de tous les autres par son calice tubuleux , à cinq angles ailés et presque membraneux , qui se pro- longe beaucoup au - delà de l'ovaire , et adhère à sa partie inférieure plus étroite, tandis que son sommet est divisé peu profondément en cinq lobes égaux et trian- gulaires. Cette structure remarquable du calice, jointe à celle de la corolle et du nectaire, rapproche notre genre de YEriphia de R. Brown, genre qui en diffère princi- palement par son fruit en baie , celui du nouveau genre étant capsulaire comme dans le Gessneria. Peut^ être le Gessneria calycina de Swartz devra-t-il se placer à côté de cette nouvelle espèce , qui nous offre plusieurs de ses caractères. Pour faire connaître toutes les différences qui exis- tent entre les genres de la famille des Gessnériées , nous donnons ici leurs caractères abrégés , en commençant par ceux à ovaire libre ; et nous ajouterons à la fin la description et la figure de notre plante nouvelle , par conséquent, la lèvre inférieure devra être alors regardée comnie trilide , avec des lobes prolongés et distans. qui est destinée à conserver la mémoire de M. Guil- laume Sinning , jai^dinier de l'université de Bonn , dont les soins infatigables et l'amour zélé pour la science avancent si bien les progrès de cet établissement , fondé et dirigé sous mes yeux d'après ses dessins (i). Gefierum familiœ Gessneriacearum brevis expositio. DIVISIO I. Ovarium lîberum. 1. CoLUMMEA Plum. Calix quinque-partitus. Co- rolla subringens , tubo superne supra basin gibbo. Cap- sula subbaccans (Nectarium annulare postice tumens). 2. Besleria Plum. Calix quinque-parlilus. Corolla lubulosa , limbô quiuquefido subbilabiato. Fruclu bac- cato. DIVISIO II. Ovarium adhœrens. 3. AcHiMENEs Brown (Cyrilla l'Hérit. Trei^irana Willd. En.) (2) Calix quinque-parlilus. Corolla in- (i) On peut accorder cet honneur aux cultwateurs habiles qui ont contribué à répaudre les plantes dans les pays civilisés. (De Cakdolle , TTiéorie élémentaire de la Botanique , page 263. ) (2) Concedendum est, Achimenis genus, a Browneo constitutum , Columelliam potius adumbrarc quam quidquam aliud , utpote cujus species prrecipua Columnea hirsutahdhenda sit, atque ex eadem geiieris caracterem magis , quam ex Achimene minori , seu nostro pnlcltello^ ( ^96 ) fundîbuliforrais , limbo piano qiiinquefido subsequali. Rudimenlum filamenti quinti corollee basi inferne im- posilum. Ncctariutn annulare , leiiue. Fruclus capsu- laris-, trophospermiorum laminis subsessilibus. 4. Gessweuia Plum. Calix quinque-parlitus. Corolla basi tubulosa , incurva , limbo ina3quali subbilabialo. Rudimenlum filamenti quinti nullum. Neclarium an- nulare , crassum , repaudum. Fructus capsularis. 5. Gloxinia l'Herit. Calix quinque-partitus. Co- rolla tubuloso-campanulata , limbo ina;quali brevi. Rii- dimentum filamenti quinti brève, thalamo superne im- positum. Nectarii glandulaî quatuor , cum filamentis alternâmes. Fruclus capsularis. 6. Eriphia Brown. Calix ventricosus , quiuque-den- tatus. Corolla tubulosa , fauce modice inflata , limbo quinquefido brevi (insequali)? Rudimenlum filamenti quinti nullum. Nectarium... Fructus : Bacca glo- bosa. 7. SiNNîiNGiA. Calix tubulosus , quinquangularis , fo- * liaceo-alatus , ore quinquefido. Corolla fauce inflata, subbilabiata. Rudimenlum filamenti quiuli basi corollai superne insertum. Neclarii glandulse quinque cum fila- mentis alternantes. Fructus capsularis. Capsula sub- carnosa. orturn duxisse. Sed quoniatn illa species, qaœ y4chimenes miijorBrovi- nei , uuuc inter ColumeUias est reposila , priiis ab illo invcntura uoinen , novo generi , ex ejuSitypo immutato residuo, quo minus viodicelur, (lihil obstat. ( 297 ) ' Charactei' generis Sinningi^ pluribus cxpositus. Calix basi ovario adnatus , superne tubulosus , folla- ceo-quinquangularis , limbo quinquefido. Corolla tu- bulosa , superne ampliata , limbo subbilabiato , labio superiori bilobo, iiiferiori trilobo. Glandulœ quinque , dlslinclœ, oblongae , slyli basin cingentes , cum fiîa- meiilis alternantes. Stamina quatuor didynama cum rudimento quinti postici corollse basi inserta. Stigma bilobum. Capsula calyce vestita, subcarnosa, unilo- cularis , indehiscens , vertice intra lubum calycis por- recto -, placentis dviabus parietalibus bilamellatis op- positis carnosulis , cruribus alternis bifidis simplicibus- que se invicem excipientibus. Fructices : foliis oppositis , integris , petiolads ,' pedunculis axillaribus. Species una ceitaque : SinhingiA Helleri. Habitat in Brasilia. SINNINGIA HELLERI. CauUs (plantas triennis) bipedalis, crassitie digiti minimi , erectus , strictus , teres , basi nudus , cicatricibus transversalibus foliorum delap- sorum insculptus et in longitudinem albido-rimoso-striatus ; superne f''scus , nitidus , scaber. Foiia opposita , approximata , patenti- recurva , petiolata , octo pol- lices longa , quatuor poUices cum dimidio lata, elliptica, acutiuscula,!basi oblusa vel subemarginata , crenala , penninervia , supra convexa piloso- scahra pallide viridia , subtus concava , costa veuisque valde prominulis Idciinosa , plabra , iu fundo viridi dense purpurco-punctata ideoque puipurascectia; floralia reliquis duplo minora. Petioli basi connati , sesqui ad bipollicares , crassi , supra plani , subtus couvcxi , minute pu- besceutes , purpurascentes maculisque parvis oblongis albis inspersi. Flores axillares , oppositi, pedunculati, erecti; pedunculo i j — i i ( ^9» ) poUices longa, petiolum adjectum excedente eiclemque basi connato , teretiusculo , tenuissime pubescente , purpurascente , albidisque maciili» insperso. Flos speciosus , a basi calicis ad apicem labii superioris me- tiendo très pollices longus. Cû/tx bipoUicaris, oblongus, tubulosus , quinquefidus , quinquangu- ■, laris , angulis latis , foliaceis , basin versus magis dilatatis ; tribus inferio- ribus integerrimis vel subrepandis ; in fvuctu obsolète serrulatis ; duobus supeiioribus supra médium truncato-unidenlatis : lacinix tubo calycis quadruple breviorcs , sequales ; erectae , Iriangulares , acutae in flore obsoletius ; in fructu distiuctius serrato - dcntalae. Superficies exterior calycis pubescens , purpurea , punctis saturatioribus maculisque oblon- gis albidis inspersa ; interioris color laete viridis. CoroUa infundibuliformis ; tubo pubescente, calyce aliquanto lon- giori, e basi subglobosa contracto, dein obconico-ampliato , obtuse quin- quangulari , angulis inter lacinias limbi in plicas totidem dentiforraes desineutibus ; limbo brevi , obliquo, quinquefido : laciniis subsequalibus rotundatis, duabus superioribus paulo magis approximatis alteraquc alteri msrgine incumbente, lateralibus duabus et inferiorem et duas superiores utroque margine tegentibus. Color limbi pallide lutescens. Tubus iutus viret lineisque quindecim longitudinalibus e punctis pur- pureis confiuentibus ortis , pulchre variatur, Genitalia pallida. Pollen luteum. Glandulœ brèves, elliplicae , laciniarum axibus subjecfae. Rudimen- tura fîlamenti quinti glandulis nectarii duplo triplove longius. Capsula tubo calycis persistentis succulenti colorati et nitentis ad- uata, vertice libero ovato-conico in fundo prominens , polysperma. Placentx crassae , succulentae. Semina minuta , fusca , angulata et ru- gosa. Epidermis pallidior, plicato-squamulosa ; testa fiisca ,duriuscula, cum reliquis membranis connala et non ab illis separanda. Albumen ( perispermum ) subcarnosum , ovatum, médiocre. Embryo centralis., obiongus, radicali extremitate obtusa, Co(yledones apice brevi spatio .déhiscentes. Explication de la Planche xii. Fig. 1. Pars Sinningice Helleri superior. a , calix , a latcre visus. b , corolla iu longitudinem dissecla , ut stamina , basi ejus inserta , Jtt. conspcctuDi veniant. ( 299 ) jc , calix dissectus , cum pistillo glanckilisque nectarii , relicto etiatn Elamento sterili ; uti fieri solet , cum tubus corollae paulo incautius e fundo calycis solvetur. d , pars calicis inferior cum glandulù et filamento flio sterili , demto stylo. e, ovarium, transyersim dissectum. Hxc sola figura aucta magnitudiue delineata est , reliquae omnes naturali magnitudiue exhibentur. f, Fructus maturus , ti-ansversim dissectus. g y Semen ia longitudiuem fissum , cum embryone. Recherches anatomiques sur /'Hippobosque des chevaux; Par M. Léon Dufour; Doct.-Méd., Correspondant de la Soc. philom. de Paris, etc. Notre Réaumur, qui sera pour long-lemps le modèle des bons observateurs , a consacré un de ses iritéressans Mémoires à Y Hippoboscaequina, qu'il appelle ilfouc/te- araignée des chevaux , et il a particulièrement décrit le mode singulier de sa naissance (i). Il manque , pour compléter l'Histoire naturelle de cet insecte, de faire connaître la forme et la structure de ses organes inté- rieurs , son anatomie , en un mot. C'est vers ce but que j'ai dirigé les recherches qui font l'objet de cet écrit. Je ne m'appesantirai point sur la description entomo- logique de Y Hippobosque du Cheval , non plus que sur ses habitudes et son genre de vie. Le Mémoire cité de Réaumur elles divers ouvrages de M. Latreille , ne lais- (i) Hist. des Ins. , mém. xiv , tom. vi , pi. 48. w ( 3oo ) I sani rien à désirer sous ''ce rapport. Ce dernier auteur 1 a (orme deVHippobosque , de VOrnithomje, du Mé- ™ lophage et de XnNjctéribie, la famille des Pupipares (i)^ dénomination qui exprime et le mode et le produit im- médiat de l'accouchement. Déjà Réaumur avant tous avait jugé que ce diptère devait sous ce rapport former une classe particulière qu'il proposait d'appeler Njmphl- pares. Cet insecte est bien figuré dans la Faune de Pan- zer (2). Je remarquerai seulement que la forme et la structure des antennes n'ont pas été rigoureusement déterminées par les divers auteurs qui ont décrit l'Hip- pobosque. Chacun de ces organes est couché dans une fossette ovalaire située de chaque côté en avant des yeux, et constitué par un seul article dont le dos porte non pas une soie unique, mais bien trois, dont l'intermédiaire est plus longue et plus forte que les autres. J'ai exprimé ce trait par une figure qui me dispensera d'autres détails. Je n ai vu nulle part l'Hippobosque aussi commune que dans nos provinces méridionales de l'ouest. Durant tout l'été et une grande partie de l'automne , elle se trouve par milliers sur nos chevaux , particuliè- rement aux régions inguinales , sous la queue et à la ganache. On l'observe bien plus rarementdans leNoi'dei même dans le Midi oriental. Malgré son surnom de Moji- che d'Espagne , je puis certifier qu'il y en a comparative- ment fort peu dans les contrées du centre et de l'est de 1 celte péninsule , que j'ai parcourue et habitée pendant (i) Le Règne animal distribué d'après son organisation , etc. , t, m , p. 65o. (a) Faun. Gerin, , fasc. 7, fig. 23. ( 3oi ) , plusieurs années. Le nom de Mouche de chien, que lui j donne Geoffroy, n'est pas plus convenable que le pré- cédent-, car c'est toujours accidentellement que cet in- j secte se trouve sur les Chiens. La dépression remarquable du corps de l'Hippobos - que , la consistance coriace de ses tégumens et la texture I fragile de ses organes intérieurs la rendent d'une dissec- tion extrêmement difficile. Il y a déjà plusieurs années que, sur la recommandation de M. Latreille , je me livrai à l'étude anatomique de cet insecte , et il m'a fallu en sa- crifier des centaines avant d'être bien fixé sur la structure et les connexions des viscères dont je vais offrir la des- cription. J'exposerai successivement mes recherches sur les organes delà digestion, de la génération dans les deux sexes , de la respiration et sur le tissu adipeux splanchnique. CHAPITRE l". Organes de la digestion. Ils comprennent, indépendamment des parties de la bouche, qu'il n'entre pas dans mon plan de décrire , les glandes salivaires , le tube alimentaire, elles vais- seaux hépatiques. Article \" . Glandes salivaires (i). Elles se présentent de chaque côté de l'origine du tube digestif , sous la forme d'une poche ellipsoïdale qui en (i) Dans tous lesDiptères que j'aidisséquts jusqu'à ce jour, les glandes salivaires existent. C'est un trait anatomique qui me paraît constant (3oO avant se rétrécît en un col ov^ ■ conduit excréteur , et ett arrière se prolonge en un vaisseau sécréteur liliforme, flottant. Le conduit excréteur est fort court et d'une « ténuité capillaire. Une forle lentille du mici'oscope y démontre , ainsi que dans tous les canaux qui , chez les I autres insectes, ont de semblables fonctions, un tube pro- pre inclus , qui paraît strié en travers ou annelé , et | qu'enveloppe une tunique charnue contractile. A son j, entrée dans l'arrière-bouche, il conflue avec celui du I côté opposé , et le tronc commun qui résulte de cette réunion se dégorge à la base du suçoir. Une dissection heureuse m'a mis à même de constater positivement ce mode de connexion. La poche ellipsoïdale est un véri- table réservoir à parois musculeuses assez épaisses , très- analogue pour son organisation à celui des sécrétionsr excrémentitielles des carabiques. Il est élégamment par- couru en dehors par des ramifications trachéennes. Le vaisseau sécréteur qui termine en arrière l'organe sali- vaire pénètre jusque dans la cavité abdominale. Soumis aux mêmes moyens d'exploration microscopique que le conduit excréteur, il ne m'a offert aucune trace du tube» inclus qui caractérise ce dernier. Sa texture m'a paru homogène. Ses parois , perméables sans doute aux maté- dans les insectes dont la bouche est un suçoir ; mais cet organe varie pour sa structure, suivant les genres de Diptères. Dans la Hiiiea Marci, ce sopt deux bourses ovalaires pédicellées ; dans le Tabanus , VEchrno- mia , deux longs vaisseaux ou conduits filiformes simples , plus ou moins repliés en une agglomération particulière ; dans la Musca carnaria , une paire de conduits semblables , mais renflés , avant leur confluence , en une bourse ovoïde; dans la f^olucella , VEristaiis , deux conduits tubu- leux , simples , flottans. p ( 3o3 ) riaux élémentaires de la sécrétion , élaborent ceux-ci , et les versent dans le conduit qu'elles constituent. L'origine de l'appareil salivaire de l'Hippobosque est entourée d'une plus ou moins grande quantité de petites granulations sphéroïdes , qui peuvent en impo- ser pour des grappes glandulaires, mais qui appartien- nent à la pulpe adipeuse, comme nous le verrons à l'ar- ticle de celle-ci. Article IL Tube alimentaire. Cet organe a huit à neuf fois la longueur du corps de l'insecte. Il est reployé en diverses circonvolutions en- tre-croisées, et plus ou moins adhérentes , ce qui , avec l'extrême fragilité de son tissu , rend son déroulement complet presqu'impossible. Il n'offre point h son ori- gine celte panse longuement pédicellée qui s'observe dans la plupart des diptères 5 c'est un de ses traits dis- tinctifs dans ce dernier ordre. \Jœsophage est capillaire; il traverse le corselet sans perdre de sa ténuité. A son entrée dans l'abdomen il présente une dilatation ova- ïaire, gorgée d'un sang rouge ou noir , suivant le séjour que ce liquide y a fait; c'est une sorte de jabot séparé par un étranglement du ventricule chjlijique qui le suit. Celui-ci débute par une dilatation allongée , pla- cée en travers du corps , parfaitement lisse en dehors , et le plus souvent remplie de sang. Il dégénère ensuite en un tube inlestiniforme singulièrement replié sur lui- même , et formant environ les deux tiers de la longueur de tout le canal digestif. Cette portion présente parfois des renflemens irréguliers et inconstans. \u' inlesLin coai- ( 3o4 ) mence brusquement par un renflement en forme de godet plus ou moins étranglé en arrière. II est presque droit et bien plus gros , quand il est plein , que la portion du ventricule chylitique qui le précède. Il est fort court proportionnellement à celui-ci , et renferme souvent une pulpe excrémentitielle blanche. Un cœcum globuleux où la loupe reconnaît quatre tubercules ronds, tantôt bien saillans , et presque hémisphériques , tantôt déprimés ou urcéolés et peu sensible , suit la portion intestinale com- parable à Yintestin grêle des grands animaux, et se ter- mine à l'anus par un rectum fort court. L'organisation du lube alimentaire de l'Hippobosque est adaptée au genre de nourriture de cet insecte. On sait qu'elle suce le sang des animaux dont elle est pa- rasite. Cet aliment, eu quelque sorte, digéré d'avance, n'avait pas besoin dun estomac à parois épaisses et mus- culeuses pour en dissocier les élémens , pour les mou- dre, en un mot. Aussi les tuniques du ventricule chyli- fique sont-elles minces , diaphanes et d'une texture fort délicate dans toute leur étendue. Celles de l'intestin sont plus fournies, et il est présumable que son bourrelet eu forme de godet a une valvule interne. La petitesse de toutes ces parties ne m'a pas permis de la constater par l'observation directe. Article III. Vaisseaux hépatiques. Malgré les tentatives les plus réitérées, les précautions les plus soutenues , je n'ai pu jusqu'à ce jour dérouler dans leur intégrité les tubes fragiles et déliés qui con- stituent l'organe hépatique de l'Hippobosque. J'ignore donc s'ils se terminent par des extrémités floliautcs , ( 3o5 ) comme cela a lieu dans plusieurs diptères , ou s'ils eoii- lluent deux à deux , en ne formant que deux grandes anses diversement repliées , ainsi qu'on le voit dans d'autres genres de ce même ordre. Ce que je sais , c'est qu'ils s'implantent par quatre bouts isolés autour de l'ex- trémité postérieure du ventricule chylifique, en avant du godet de l'inleslin , qu'ils sont semi-diaphanes, entre- lacés d'une manière inextricable autour de l'organe di- gestif, et que chacun d'eux a une longueur qui égale au moins sept à huit fois celle de tout le corps. Dans quelques circonstances ces vaisseaux contenaient une bile blanchâtre. Ramdohr a donné la description et la Cgure de l'or- gane digestif du Melophagus ovinus (Hippobosca ovina, Lin.) Cet organe présente pour ses traits principaux une conformité remarquable avec celui de notre Hippobos- que : seulement il n'y est fait aucune mention de l'exis- tence d'un appareil salivaire , et cet auteur paraît avoir éprouvé le même embarras que moi pour le déioule- ment des vaisseaux hépatiques (i). CHAPITRE II. Organes de la génération. Article I*^*^. Organes génitaux mâles. § I". Organes préparateurs du sperme. Chez les individus qui sont dans les dispositions les plus favorables à la reproduction , cet appareil a un ( i) Abbilduiii^en zur Analoviie der InsecLen , i8io , lab. xsi , Kg. 6. VI. 20 ( 3o6 ) développement, une turgescence qui lui font occuper une grande partie de la capacité abdominale. Il se com- pose , ainsi que dans les insectes en général , de deux testicules et de vésicules séminales. i". Testicules. Ils se présentent de chaque côté de la cavité de l'abdomen, sous la forme d'un paquet conoïde, rétréci en arrière, enveloppé plus ou moins complète- ment par une tunique vaginale le plus souvent d'un rouge briqueté, quelquefois, presque décolorée, où s'ob- servent des granulations adipeuses arrondies. Chaque testicule est constitué par les nombreux replis d'un seul vaisseau sperrnatique qui a quatre ou cin(j fois la lon- gueur du corps. Ces replis, assez lâches pour pouvoir être facilement dévidés , sont enchevêtrés de trachées d'une finesse que le microscope rend à peine sensible. Ils se terminent en arrière de l'organe par une extrémité flottante, renflée en bouton ovoïde, et saillante hors de la tunique vaginale. Le conduit déférent , qui n'est qu'une continuation du vaisseau sperrnatique, est un peu plus gros que ce dernier , flexueux , plus ou moins rougeàtre , tantôt simplement filiforme , tantôt inégale- ment renflé. Il nail de la grosse extrémité du testicule, et va se dégorger dans le canal éjaculateur conjointement avec la vésicule séminale correspondante. 2**. Vésicules séminales. Elles consistent , pour chaque côté, en deux tubes floltans assez gros, llcxueux, réunis dans leur tiers antérieur en un seul tronc. Ainsi l'on pourrait tout aussi bien dire qu'il n'y a qu'une paire de ces vésicules , dont chacune est bifurquée. Leurs parois sont diaphanes , et la liqueur spermatique qu'elles renferment est plus ou moins compacte ou ( 3o7 ) floconneuse, suivant sou degré d'élaboration. Dans quel- ques individus, j'ai trouvé le bout flottant de ces vésicules singulièrement dilaté et comme triangulaire. Dans la plupart , ce bout était arrondi et non renflé. Avant de s'insérer dans le canal éjaculateur avec le conduit défé- rent qui lui correspond , la vésicule séminale s'atténue sensiblement et prend une teinte rougeàtre. § II. Organes t^jaculateurs et copulateurs. Le canal éjaculateur , c'est-à-dire cette portion de l'appareil génital mâle où confluent les organes qui sé- crètent et élaboient le sperme , est remarquable dans l'Hippobosque par son développement. Il est grand et • gros comparativement aux autres parties , en cône ren- versé , de manière que sa grosse extrémité , qui reçoit les vésicules séminales et les canaux déféreus , est an- térieure , tandis qu'en arrière il s'amincit en un tube filiforme qui forme un repli ou un coude avant de pé- nétrer dans l'armure de la verge. Il l'enferme un sperme blanc. L'extrême exiguité de Yarmure copulalrice et les nombreux faisceaux de muscles ou de ligamens qui i'euveloppent et le fixent soit au canal éjaculateur, soit à l'extrémité de l'abdomen, m'ont, pour ainsi dire, dérobé sa forme et sa structure. J'ai pu seulement con- stater qu'elle se terminait par deux pointes cornées, lancéolées , ({ui forment la pince , et qui s'cnlr'ouvrent pour le passage du pénis. ( 3o8 ) Article II. Organes génitaux femetles. Les traits les plus remarquables et les plus dîstinctifs de l'organisation de l'HippoLosque sont, sans contredit, ceux que vont nous offrir et la structure et les produits de l'appareil générateur femelle. Avant de donner la description des divers organes qui constituent ce dernier, je vais exposer en peu de mots les signes extérieurs aux- quels on peut reconnaître les sexes. L'HippoLosque femelle , lorsque son abdomen n'est pas distendu outre mesure par une gestation avancée , ne dlû'èi'edu mâle ni par sa grandeur, ni par sa couleur, ni par sa conformation générale ; mais un examen attentif de la partie postérieure de l'abdomen les distinguera fa- cilement l'un de l'autre. En effet , cette partie offre, dans la femelle seulement, i". de chaque côté deux tuber- cules ovalaires , bruns , luisans , hérissés de longues soies plutôt que de poils. Réaumur n'en a signalé et figuré qu'une seule paire en tout. 2". Dans le milieu , un lobe plus saJllant, comme tronqué et un peu échancré, j pareillement bordé de soies et creusé en gouttière en dessous. Ce lobe intermédiaire , mobile sur une base plus souple , forme la lèvre supérieure d'un autre lobe \ sous-jacent , cilié , comme festonné. C'est dans l'inter- valle de ces deux panneaux que s'ouvre l'anus , tandis que la vulve s'observe tout-à fait au-dessous et en arrière de ce lobe sous-jacent. L'appareil repioducteur de l'Hippobosque femelle a offert à mes investigations, 1". une matrice; 2". des ovaires ; 3°. des glandes sébacées de ïo\'iducte; /[°. un organe coptilateur ; 5*^. \e produit de \a parlurition. i ( 3o9 ) A combien de dissectious réitérées ne me suis-jc pas obstinément livré, à quelles épreuves de patience ne me suis-je pas condamne avant d'avoir pu constater positi- vement la forme et les connexions de ces divers organes ! Ceux-là seuls qui s'adonnent avec un véritable zèle à de semblables recherches pourront apprécier mes ef- forts. , § I*'. De la Matrice. ■ Jusqu'à ce jour je n'avais point trouvé dans les nom- breux insectes soumis à mon scalpel un organe que l'on pût raisonnablement qualifier de matrice. Mais peut-on refuser ce nom à une grande poche musculo-membra- neuse destinée à une véritable gestation et qui a de si grands rapports de forme, de position, de fonctions et presque de structure, non-seulement avec la matrice de quelques mammifères , mais , ce qui est une analogie fort extraordinaire , avec l'utérus de la femme? La matrice de l'Hippobosque , lorsqu'elle n'est point fécondée , est un très-petit corps musculo-membraneux , arrondi , confiné à la partie postérieure de l'abdomen, où il se perd au milieu du tissu adipeux splanchuique, et de la prodigieuse quantité de trachées capillaires qui l'en- veloppent et le pénètrent de toutes parts. Cet organe, par les progrès de la gestation , se dilate énormément , refoule tous les viscères et finit par envahir toute la ca- pacité abdominale , à laquelle il donne une ampleur con- sidérable. C'est à l'époque d'une gestation à terme que j'ai dessiné la figure qui accompagne mo}i texte, et j'ai I négligé à dessein d'y exprimer les innombrables trachées. dont la matrice est hérissée , afin que les organes essea- ( :5.o ) liels fuss(!nt plus vu évidinco. Dans cet état, c'est une poclic ovalo ol)lnso, hlanc-liàlrr , entourer d'une pulpe craisseuseasso/, akondanle, tendue, rénilenleau loucher, entièrement remplie par un corps oviforme lilnc, qui est la nymphe de riIippol)Osquc , reecvanl à son bout antérieur le aires. Au lieu d'oIVrir, comme dans la généralité des in- sectes, deux faisceaux ou grappes de gaines ovigères plus ou moins nombreuses , où les germes des œufs sont séparés les uns des autres par des éljanglem(>ns succes- sifs , les ovaires de l'Hippoboscjue , (pie Uuir conlignra- tion et leur position rapprochent singulièrement de ceux de la femme , sont deux corps ovoïdes , obtus , remplis d'une pulpe blanche, homogène, lil)res et arrondis par un bout, aboutissant par l'autre à un conduit propre. Leur volume varie suivant certaines dispositions géné- ratives , et j'ai toujours trouvé l'un d'eux (le gauche) moins développé cpie raulie : ils ollrent à la pression exercée sur eux une certaine résislauec , une sorte d'é- lasticité-, ce sont, à proprement parler, deux bourses dont les parois , semi-diaphanes et d'une textnre fîbro- membraneuse , sont susceplibhîs de se eoii tracter sur elles - mêmes. La pulpe blanche m'a paru enveloppée d'une nuMiibrane propre, de sorte cpi'il me semble dilïï- eile de ne pas donner le nom d\ruj' à ce corps inclus , et celui d'inuiire à l'organe dans lebservalion directe n'a point encore établi <;e fait à mes yeux. Les deux corps auxquels je donne le nom A'ovairet n'ont pas échappé aux recherche» deRéaumur; mai» ce savant observateur n'a vu que fort incomplètement ce» oiganes , et la figure qu'il nous en a laissée est très-défec- tueuse : toutefois il en a constaté l'existence , et il avait remarqué, ainsi que moi, que l'un d'eux était moins gros que l'autre. Il a trouvé, dans cliacun des ovair«;s, « un corps blanc , oblong , et de la figure d'un cylindre n dont les deux IkhiIs auraient été arrondis. Il y a grande >. m)i>nT(tucp, , conlinue-t-il , que ces deux coips oblongs » doivent venir successivement prendre la place qui » avait été occupée par l'œuf ou pluu!>t par la coque » quand la mouche s'en serait délivrée ; que, par la suite, 1, ils devaient fournir à une seconde et une troisième » ponle. » C'est aussi ma rnnu'sèTe d'fînvisager la eut-èlre, dit Réauniur , • que ces i>etits corps sont de véritables vers , quoique ( 3l2 ) » je ne leur aie vu faire aucun mouvement, et que je » ne sois pas parvenu à leur découvrir une bouclie. »i J'ai déjà dit plus haut que je ne saurais les considérer que comme des œufs. § III. Glandes sébacées de l'ovidiicte. On observe, de chaque côté de l'origine de l'oviducte, une glande que sa texture délicate et fragile rend d'une dissection fort difficile , et qui paraît avoir entièrement éludé les investigations de l'illustre Réaumur : je suis parvenu à la mettre dans une évidence parfaite , et la figure que j'en donne l'exprime avec fidélité. Chacune de ces glandes se présente sous la forme d'un arbuscule blanc, dont le tronc allongé se partage en plusieurs branches principales , divisées elles-mêmes en rameaux et ramuscules inégaux diversement repliés ou contour-^ nés; ceux-ci forment , par leurs entrelacemeus , un pa- quet rendu presqu'inextricable par la pulpe adipeuse et les trachées imperceptibles qui l'enchevêtrent. Ces branches et leurs rameaux consiiluenlles vaisseaux sécré- teurs de l'organe , tandis que le tronc en es! le réservoir. Celui-ci se renfle en approchant du point où il se divise en branches, et, par l'extrémité contraire, il conflue avec celui du côté opposé en un canal commun , d'une excessive brièveté , inséré tout-à-fait à l'origine de l'o- viducte , mais à la face inférieure de ce dernier. Indé- pendamment de ces deux arbuscules , ou trouve encore de chaque colé un vaisseau supplémentaire fort grêle , divisé en quelques rameaux courts , implanté tout auprès du tronc précédent. Daus uu travail assez considérable sur l'austoinic de& (3i3) Coléoptères , imprimé dans ce Recueil et présenté à l'A- cadémie des Sciences , qui a daigné l'accueillir avec quelque bienveillance, j'ai déjà fait la remarque que, dans tous les insectes sans exception que j'ai disséqués, l'oviducte s'accompagnait d'un organe plus ou moins compliqué , que la nature de sa sécrétion et ses fonctions présumées m'ont fait désigner sous le nom de glande sébacée de Voviducte. L'existence de ce même appa- reil , dans l'Hippobosque , me parait justifier la dénomi- nation di! ovaires dont je me suis servi , malgré la posi- tion insolite de ceux-ci. J'ai regardé avec Swammer- dam, et je regarde encore aujourd'hui cet organe glan- duleux comme destiné à sécréter une humeur sébacée propre à lubrifier les œufs à leur passage dans l'oviducte. M. Victor Audouin^ naturaliste, auquel la zoologie doit déjà et devra encore d'importantes découvertes , ne partage point ma manière d'envisager les fonctions de la glande dont je viens de parler. Dans une Lettre sur la génération des Insectes , insérée dans les Annales des Sciences naturelles (juillet 1824)7 il regarde la vési- cule qui, d'ordinaire, accompagne la glande, comme destinée à recevoir la verge du mâle dans l'acte de la co- pulation , et à devenir, par conséquent , le véritable ré- ceptacle de la fécondation. Dans le numéro suivant de ces Annales , ce savant, eu nous donnant une histoire anatomique , toute pleine d'intérêt , du Drilus flaves- cens , dont M. Desmarest nous avait , peu de temps aupa- ravant , dévoilé la curieuse mélaniorphose , désigne ce même réservoir sous le nom de poche copulalrice , et le ligure renfermant encore la verge de l'insecte. Ce n'est point ici le lieu d'accumuler les preuves qui me sem- ( 3i4 ) blenl propres , sinon à renverser , du moins à ébranler fortement cette opinion. Je me bornerai donc à sou- metjje an jugement de M. Victor Audouin les observa- tions suivantes. 1**. Celte glande sébacée présente en général tous les iittributs d'un organe sécréteur, c'est-à-dire qu'elle se compose d'un ou de plusfeurs vaisseaux spécialement chargés d'admettre et d'élaborer les matériaux de la sé- crétion, d'un ou de plusieurs réservoirs destinés à con- server plus ou moins long - temps l'humeur sécrétée , entin , de conduits excréteurs qui doivent transmettre celle ci hors de l'organe. 2". Le réservoir est tellement placé dans la plupart des insectes que son insertion forme un angle très-mar- qué avec l'oviducle ou vagin , de manière qu'il faut né- cessairement supposer que le pénis se iléchit brusque- ment pour y pénétrer. 3°. Dans quelques insectes , la contexlure du réser- voir est telle qu'il paraît presque impossible que 1» verge puisse s'y introduire. C'est ainsi que dans la No- f lonecta , par exemple , il fait plusieurs tours de spire sur lui-même. 4". C'est précisément au moment de la ponte des œufs , c'est-à-dire très-long-temps après l'acte féconda- teur, que le réservoir se trouve rempli de l'iiumeur sé- bacée : ainsi c'est à cette époque que les fonctions de cet organe s'exercent avec le plus d'énergie. 5". Enfin , pour rentrer dans mon sujet, j'observerai que la glande sébacée de l'Hippobosque est double , qu'il y a , par consé(iuenl , deux réservoirs , et que ceux-ci , placés l'un d'un coté, l'autre de l'autre , sont situés fort I (3,5) loin du vagin ei au-delà de la matrice , circonstances qui rendent presque inadmissible la manière de voir de M. Audouin (i). § IV. Organe copulateur femelle . ' J'ai déjà indiqué , en parlant des traits extérieurs qui servent à distinguer l'Hippobosque femelle du mâle , la situation de la vulve et l'existence de deux paires de tu- bercules hérissés , qui ne sont pas sans doute étrangers à l'acte de la copulation 5 jai pareillement dit, dans la; quent dans ses fonctions. Enfin, chez le Congre, le fliinophysal est rappelé à ses fonctions primordiales : il ( 326 ) est entièrement restitué à l'organe olfactif. Cela ne se peut qu'il ne devienne d'abord étranger à l'usage de chaînon articulaire que nous venons de signaler. Comme il n'est plus de vide à combler entre les mâchoires et le crâne proprement dit , un os de jonction cessait d'être né- cessaire. Les mâchoires sont simplifiées an moyen du maxillaire dentaire (l'addental) , que nous savons , par ce qui précède, petit, rudimentairc , cartilagineux et reporté en arrière. Or , le moyen qui a fait ressource dans cette nécessité, c'est encore une anomalie : l'inter- maxillaire vient occuper une gorge sur le flanc du rhi- nosphénal , probablement sur la ligne d'articulation de cet os et des vomers , toutes parties soudées et parfaite- ment résistantes. Ainsi, chez le Congre, chez l'Anguille, chez les antres Murœna , chez les Murénophis , ce sont les vomers, et non plus les maxillaires, qui terminent le museau. Cet arrangement , qui n'impose plus à notre rhino- physal ou cornet inférieur le service d'un anneau de jonction, l'a laissé en pleine liberté de rentrer dans la fonction qu'a cet os chez les mammifères ; car , ramené aussi-bien que l'inler-maxillaire vei's la quille centrale ou le rhinosphénal , il est établi par -dessus à la ma- nière d'un toit-, superposition qui procure vme très-solide muraille d'enceinte à la chambre olfactive , avec d'autant plus d'efficacité qu'en outre ime foït grande pièce arrive aussi , seulement dans le Congre et dans les Murœna , prendre place à côté. Cette seconde pièce, occupant tout le bord extérieur du cornet inférieur , concourt donc aussi pour sa part à compléter en ce lieu une large voûte. Ainsi se trouve circonscrite et formée une chambre ( 3.7 ) nasale très- grande , où eu effet toutes les parties molles de l'appareil olfactif trouveut à se répandie et à s'élablir à l'aise. Quelle est cette grande pièce articulée le long et en dehors du coruet inférieur? c'est une question neuve et , ce me semble , d'une grande importance. Je crois me rappeler que , daus un essai de détermination non encore publié, quelqu'un l'a vue dans le Congre, et l'a prise pour lema\i'.!;iire dentaire. Mais cette détermination est inadmissible ; le maxillaire se trouvant en dessous dans un état rudimentaire et cartilagineux , cette grande pièce n'est autre que l'os déterminé et donné par tous les ana- loraistes sous le nom d'os nasal. Mais ce rapport, qui ne fut jamais réfléchi, qu'on n'a- dopta que sur une simple convenance de position , et qui fut seulement et décidément acquis sur quelque chose de semblable dans la forme , est-il juste au fond ? J'élève aujourd'hui un doute à cet égard. Cependant j'avais jus- qu'à ce moment partagé le sentiment de tous les ana- lomistes. C'est cette opinion que j'ai émise, en donnant le signe T'a la figure 6 de la planche mentionnée dans la note précédente. Je reviens sur cette opinion en me fon- dant sur une nouvelle découverte que je viens de faire : j'ai trouvé le nasal ailleurs. Établissons ce fait , et disons d'abord comment nous: y avons été conduit. L'absence chez les poissons de deux os pour compléter les ceintures de la chambre nasale, l'absence de ces deux os qu'on observe si distinctement chez les mammifères , qui existent pareillement chez les reptiles , m'avait depviis long-temps paru offrir là une anomalie réellement inexplicable. Amené cependant ( 328 ) par çç qu^ je croyais, un lait exact cV observation à croire ■ à cçlle absence , il ne me restait que la ressource de pré- sumer ces os associés à d'autres , et je m'arrêtai , fautQ^ cU:. m.ieq^ , à l'idée que ces os , qui sont les analogues des cornets supérieurs du nez cbez les mammifères, que ces os, que j'ai nommés cliez les reptiles et spécialement dans le Crocodile ef/imop/y^j«ua: , formaient la doublure anté- rieure des lacrymaux : c'est d'après celle idée entière- ment hypothétique que , dans un travail de déterminatioa de la tête osseuse des poissons , publié dans les Mé-. moires du Muséum d'Histoire naturelle , t. xi , p. 44^ » j'ai appelé ethmo-lacrymal les parties du fond de lé^ chambre olfactive, que je croyais doubles et formées dq Velhmophysal et du lacrymal. Ce n'était là qu'iuie hypo- thèse j j'ai dû m^ préparer à de nouvelles recherches. Je fus ramené sur cette question par mes études du Congre. On voit chez celui-ci, en avant des frontaux, une pièce qui fut donnée pour le corps ethmoïdal par Ipus les anatomistes : sou épaisseur et sa grande solidité étaient remarquables 5 recouvrant Içs parties antérieures du cerveau chez les mammifères , elle s'élèverait par conséquent d'une situation profonde pour arriver sur U £içef pour s'interposeï* entre les parties de son plancher extérieur : cela pouvait fournir vme objection assez sé- rieuse contre le principe des connexions , et , à d'autres égards , la chose pouvait epcore paraître d.ifficultueuse : on n'en fut pas frappé. Cependant quand je vis Iç prétepdu ço^-ps ethmoïdal di» Congre , lequel est soudé avec les piècçs du plancher infé- i[ie^, ces difficultés me revinrent à l'esprit. Ce prétendu eççps ethmoïdal n'avait plus ses parties postérieures par- ( 3^9 ) dessous , mais en-dessus des fioutaux : c'était exacte^ ment la position des nasaux , leur mode d'articula- tion^ eux seuls arrivent nécessairement en avant des frontaux pour faire parlie du plancher de la face. J'a- vais là évidemment sous les yeux des parties identiques avec les vrais nasaux, et j'en vins de plus à trouver, par exemple , dans le Sciœiia aquila , vme configuration de ces pièces qui seule eût suffi pour autoriser cette dé- termination. Cependant , dira-t-on, il ne faut pas sortir d'une difficulté pour rentrer dans une autre. Qu'on se rassure 5 une bonne chance ne nous manque pas : car si l'on peut et doit demander qu'on produise un autre corps elhmoïdal , il est l>ientôt trouvé : il l'est dans le seul lieu où les indications de la théorie prescrivaient de l'aller chercher. Il existe en effet en arrière des vérita- bles nasaux , entre les lacrymaux, recouvrant par sa face postérieure la partie antérieure du cerveau , dans la situa-^ lion profonde enfin où se trouve le corps ethmoïdal chez les Mammifères. On l'a négligé enfin parce qu'il est cartilagineux ; mais cette circonstance n'offre en soi rien qui doive surprendre, rien qui s'éloigne d'un ar- rangement ordinaire : cela se Voit chez de certains Mam- mifères , Reptiles et Oiseaux , comme chez les Carnas- siers , le Crocodile, l'Autruche jeune , et généralement chez tous les jeunes Mammifères, Alors on n'aurait mé- i^onnu cette pièce chez les Poissons qu'en raison de ce qu'étant cartilagineuse, elle est déjà délaissée avant qu'on songe à rassembler et à observer toutes les parties d'une lête osseuse (i). (i) Je suis présentement dans l'usage, pour avoir des squelettes ^ç ( 33o ) L'os nasal, ainsi que nous l'avons reconnu plus haut, recevant de ces dernières considérations une sanction in- contestable, est différent par conséquent de la pièce ainsi nommée jusqu'à ce moment. Qu'est-ce alors que cette autre pièce , que la paire d'os- selets qui est en avant du vrai nasal ? c'est le cas pré- sentement de se rappeler cette absence de deux os qui nous avait parue un sujet d'inexplicable anomalie. Je suis certain de ne commettre aucune erreur en les di- sant retrouvés ces cornets supérieurs , ces os que je nomme ethmophysaux , que j'ai vus , dans le Crocodile, intei'venir dans le plancher de la face, et que j'avais cru hypolhéliquement soudés avec les lacrymaux. Tout ce qui motive une détermination exacte , connexions et usages , s'y trouve. Ainsi le corps ethmoïdal (ethmosphénal) a ses ailes, les cornets supérieurs (ethmophysaux) , comme la lame elhmoïdale (rhinosphénal) a les siennes, les cornets inférieurs (rhinophysaux). On aperçoit ces doubles ailes, chez les Poissons , rangées parmi les os de la face , sans qu'on doive voir là un effet de véritable anomalie. La ca- vité nasale, dans ceux des animaux chez lesquels elle sert de premier vestibule à l'organe respiratoire, n'est dans la réalité qu'un fort repli de la face, qu'une partie de celle-ci retournée sur elle-même. Que l'oi'gane res- piratoire (ce qui commence dans quelques reptiles et ce qui esta son dernier ternie chez les poissons) , que l'or- gane respiratoire n'ait plus besoin de ce même vesti- poissons complets , de faire copier en bois les pièces cartilagineuses. Je conserve les modèles dans la liqueur, les tenant à portée du squelette et sur le même socle. ( 33i ) bule, cette portion de la face n'est plus plissée. Les cor- nets , autrefois rentrés en dedans des fosses nasales, sont rétablis dehors et en série : ils ne se sont logés à la suite des os du nez , et ils n'arrivent sur l'extérieur de la face, que parce que la duplicature qui en avait ailleurs disposé autrement, a cessé : par conséquent ces chan- gemens surviennent sans aucune réelle anomalie , sans que des connexions essentielles soient interverties. Mais il y a mieux : car, en ce qui concerne le Congre , les deux paiies de cornets du nez {ethmophjsaux et rhi- nophjsaux) sont rendus à leurs fonctions primordiales, y repai'aissant sous les mêmes conditions que cliez les Mammifères : voilà ce que je crois pouvoir établir , ce qui me parait susceptible de démonstration par l'examen des parties molles. Les anatomisles , les ichthyologîstes ont décrit en dé- tail les doubles entrées (i) des narines \ M. de Blain- ville (2) s'est plus que personne étendu sur ce sujet : on a donc remarqué l'une des entrées toujours béante, et l'autre terminée par un tube plus ou moins long , quel- quefois par un demi-tube , et dans certaines espèces par une simple languette. M. Cuvier rapporte que l'on voit ce tube se redresser dans l'eau , puis , quand le poisson en est retiré , retomber à la manière d'une peau flasque. (i) La Lamproie est dans le cas des Cétacés sous le rapport d'une seule entrée nasale sur la ligne médiane. Toutefois ce n'est plus comme chez ceux-ci une fente transversale ; l'orifice unique est longitudinal et bordé d'un cordonnet cutané qui devient une soupape de fermeture sous le poids et l'action du liquide ambiant. (a) De l'Organisation des Animaux , par M. de Blainville, 1822, pa^. 35o. C 332 ) Ordinairement les deux outrées sont voisines; mais il n'en est point de même dans le Congre. Les fosses na- sales étant allongées , leurs entrées se voient à chaque extrémité : postérieurement est la bouche héante , et tout-à-fait en devant se voit un tube terminal fort long j il l'est davantage dans les Murénophis. On s'en est tenu à ces observations, quand il eût été naturel de conclure* de ces faits que l'ouverture postérieure servait d'entrée- au fluide , et l'ouverture antérieure d'issue pour sa sortie : le petit tube forme soupape; il ne s'ouvre cjue sous le- ressort du fluide introduit dans le canal. Il me parait certain , et une observation faite sur des Anguilles vi-î vantes m'en a déplus convaincu, qu'un filet d'eau coule continuellement dans le canal nasal, entrant par-deri'ière- et sortant par-devant. On a dit et on a rapporté tout récemment que le fond de la poche olfactive était tapissé par une pituitaire. Oa a ainsi supposé chez les Poissons un mécanisme sem- blable à celui des Mammifères , et c'est à tort ; car c'est vraiment mal comprendre la doctrine des analogies or- ganiques que d'admettre qu'elle fait porter les identi- tés sur la somme des effets , quand c'est tout au contraire sur la considération des élémens constituans. Voilà ce que ne savent point certains jeunes-gens qui attaqvient avec humeur et violence une théorie qui envahit aujour- d'hui tout le champ de l'organisation. Il fallait , non présumer , mais observer le caractère du fond de la poche olfactive : on eût remarqué qu'il existait là une véritable branchie formée , comme les branchies respi- ratoires , de deiix rangs de lames saogviines ; celles-ci sont serrées et attachées par les deux extrémités , conimQ ( 333 ) Ves brahcliics fixes des Poissons chohdroptérygiens. Lé nombre et la minceur de ces lames sanguines sont tout- à-fait remarquables. Alexandre Monro et Scarpa ont vu cette brancliie dans une Raie et l'ont figurée , le premier (i) peu exac- tement , mais le second (2) avec un soin et un détail très-minutieux. La Raie possède un organe nasal dans un aussi haut degré de composition que celui du Congre; et le présent travail fut devenu inutile, si Scarpa eut pu, au début des l'ecberclies de ce genre, échapper à 1 influence des idées de son temps. Il admit au con- traire , à quelques détails près, une identité absolue et fondamentale entre l'organe nasal de l'homme et ce- lui de la Raie : ainsi , la môme nomenclature lui servit à exprimer des considérations au fond très-différentes , emploi malheureux d'une langite Commune qui l'é- loiguait de plus en plus du caractère de spécialité et de nouveauté que ses anatomies pleines de sagacité et ses dessins fort exacts , manifestaient cependant à ne point s'y méprendre. Car, où j'aperçois «n appai-eil tflsculaire fort simple et dont je donne les réelles conditions et les formes , en le disant semblable à une branchie fixe , Scarpa ne décrivit qu'une membrane piluilairé pattagée en deux régions par un ligament vers le centre. Par cette manière de direct de faire , la seule praticable alors, les faits recueillis furent places sous les yeUx , mais non réfléchis et jugés par l'esprit. Fixé aujourd'hui sur la structure des lames sanguines («) The Structure and Pkysiologj Fisfics, , in- fol, , ijSS. (2) Anatomicœ disquisitiones de Auditu et Olfacla, in-tbl., 1789. ( 334) et sur le caractère de la branchie du Congre , je n'ai poirit tardé à l'être sur l'usage d'un appareil qui existait ailleurs , sous une même foime et avec une destination connue. Les lames sanguines de la branchie olfactive ne peuvent que faire et ne remplissent véritablement que l'office des lames sanguines d'une branchie respiratoire , c'est-à- dire, qu'elles sont continuellement occupées à agir sur l'air de l'eau. Ainsi se montre en ce lieu une organisation singu- lière dont les Mammifères respirant et odorant l'air élastique n'avaient aucun besoin 5 ainsi se voit là une oi'ganisation pour un travail préparatoire , une organisa- lion qui place enfin sous les nerfs olfactifs des Poissons des conditions pour l'odoi'ation qui correspondent à celles des Mammifères. Ainsi encore disparait l'objection que s'était faite mon célèbre collègue M. Duméril, dans un Mémoire sur V Odorat des Poissons , qu'il a publié en 180^ (i): il n'est point dans les fosses nasales des Poissons de mem- brane pituitaire susceptible d'être irritée et blessée par le contact de l'eau : ce qu'on observe à la surface est un système vasculaire isolé, qui a besoin, au contraire, d'être continuellement baigné et lavé par le milieu am- biant. De cette donnée nouvelle sur la membrane olfactive , il suit qu'aucun anatomiste n'a pu ni bien apercevoir ni comprendre le système nerveux qui s'y rapporte. Je vois que quelques-uns ont vaguement soupçonné ce qui est ; (i) Mémoire sur L'Odorat des Poissons , par M. Duméril; Magasin encyclopédique , année 1807 ou tome lxxi , pag, 99. ( 335 ) mais ils l'ont uniquement déduit d'une observation qu'ils ont mal-à-propos combattue , et qu'ils ont ensuite com- mentée de façon à arriver sur une conclusion supposée probable de faits identiques avec les Mammifères : comme on l'a entendu , il y a eu erreur. En effet , d'an- ciens anatomistes , et Collins entre autres , ont dit que les Carpes , les Gades , les Brochets , et généralement la plu- part des Poissons osseux , montraient deux olfactifs de chaque côté. On a pu croire et on a conclu dans un Com- mentaire à ce sujet , que l'un de ces olfactifs devait êlre et était le rameau nasal de l'ophllialmique 5 qu'il n'y avait alors d'anomalie que dans le volume extrême de ce rameau , et que cette remarque rétablissait et ramenait l'idenlilé de la distribution des nerfs entre les Mammi- fères et les Poissons. Cependant les anciens anatomistes ne s'étaient point mépris ; ils avaient donné une observation à laquelle il ne manquait que d'être exprimée avec plus de rigueur. C'est le pédoncule du bulbe olfactif qui est séparé en deux , quelquefois entièrement , et de manièi'o à simuler deux olfactifs , et d'autres fois vers le tiers ou le quart de sa longueur : il n'y a au fond qu'un olfactif de chaque côté, mais susceptible d'une division plus ou moins pro- fonde. Le rameau nasal de l'ophthalmique ou la branche de la cinquième paire qui concourt à l'odorat, restait à dé- couvrir. Tout est de la plus grande exactitude dans les dissections et dans les dessins de Scarpa , et il a vu cette branche nerveuse : elle porte , dans la figure n" i Ide sa planche première , pour signe le chiffre 18 5 mais ;n' ayant point la clé des modifications survenues dans ( 336 ) l'appai'eil liasal des Poissons , Scarpa n'a point soup- çonné la condition olfactive de celte branche nerveuse, et il ne l'indique dans sa légende que sous le nom de poition antérieure de la cinquième paire. , J'ai dû croire que je trouverais quelque chose d'exact à cet égard dans un ouvrage ad hoc , et récemment pu- blié sous le titre de Système nerveuoa des animaux à veitèbres : j'ai remarqué , dans le chapitre sur l'odorat des Poissons , plus d'assertions que d'observations réelles. L'auteur affirme , page 643 , que les narines des Poissotis ne reçoivent aucun nerf de la cinquième paire; il nie ce que montre cependant assez distinctement une planche de son Atlas , la douzième , représentant les principaux faits analomiques du Congre. Tl sup- pose de plus cjue le nerf olfactif suffira seul à l'odo- l'at chez les poissons : il poursuit ainsi sa chimère des diversités admirables , c'est-à-dire , que sa passion l'ej^- iraine hors de la science. Car , d'une part , la science no s'élève que par des rapports , et de l'autre elle n'admet nullement comme possible l'odoratiou sans le con- cours des nerfs de première et de cinquième paire. J'opposerai à ces assertions des faits dont chacun peut dès ce moment vérifier l'exactitude par l'attention que j'ai eue d'apporter à l'Académie les préparations elles- itiÊmes , préparations dont je suis redevable à la com- plaisance et à l'habileté de M. le docteur Serres. On va connaître un système nerveux fort curieux , par un ca- ractère de persévérance dans l'isolement de ses parties constituantes. 1**. Considérations sur le nerf olfactif . Après un long pédoijcule plus ou moins divisé , on ( 337 ) trouve le bulbe olfactif; hors de ce bulbe sortent deux ou trois branches qi«i gagnent par -derrière le centre d'une membrane ou capsule fibreuse. Les nerfs olfactifs s'y répandent et viennent la pénétrer. Il ne faut point oublier que, par son autre surface, cette membrane fibro- nerveuse fait le fond de la cavité nasale, cavité que nous avons vue plus haut occupée et tapissée par la branchie olfactive. 2**. Considérations sur le rameau nasal de toph- tlialmique. Le départ de ce nerf a lieu comme chez les Mammifères; provenant du même point du nerf ophthalmique , il re- monte assez haut, et il rampe sous la peau, passant auprès et en dedans de la capsule nerveuse , visible au fond de la poche-, il y verse, s'y rendant à angle droit, un petit filet , une branche de communication pour le nerf olfac- tif, et il continue de se prolonger jusqu'à son épanouisse- ment dans les anfractuosités du cornet supérieur. Sui- vant les espèces , c'est tantôt sur la surface extérieure , et tantôt sous l'autre ; mais dans tous les cas , c'est dans une pulpe gélatineuse qui abonde dans les interstices de ces os , comme il en existe dans les canaux semi- circulaires pour l'épanouissement du nerf auditif. 3*^. Considérations sur les usages de ces parties. Je ne me flatte pas de les donner sans laisser à désirer sur bien des points. D'abord il est une question en de- hors de l'anatomie que je laisse entière : c'est de savoir nettement ce que sont des particules odorantes. Ce qu'on a remarqué à l'égard des animaux qui odo- rent dans l'air , c'est que le concours des deux paires de nerfs est nécessaire pour qu'il y ait olfaction. Or , quant VI. • ( 338 ) aux animaux qui odoreiit dans l'eau , j'ai montré les rela- tions de ces parties en insistant sur une branche qui les met en communication. Relativement, au phénomène de l'olfaction , la physio- logie ne fait que le constater , mais ne l'explique pas. Dire que des particules odorantes affectent la njcmLrane pituitaire , et. que l'olfaction s'ensuit à cause d'une réac- tion sur les nerfs , ce sont plusieurs termes qui se ré- duisent à ceci ; ilj a olfaction au niojen des organes de-i V odorat ; mais d'ailleurs personne ne s'est avisé de reclier- j cher ce qui était séparément impressionnable darns la pi- tuitaire , qui , en raison de sa textui^e inextricable , a tou- jours été considérée comme un ensemble, un organe] sui generis. Sans espérer de pouvoir mettre plus d'habileté que ; d'autres à sonder ces mystérieux phénomènes , Je ferai j cependant remarquer que si l'on peut se flatter de l'en- treprendre un jour avec quelques succès , ce sei'a et dirigeant son attention sur l'olfaction des Poissons ; car , ce qui est difficile à l'égard des animaux qui pdorenj dans l'air ne l'est plus autant à l'égard de ceux qui odorent sous l'eau, parce que, dans ceux-ci , les parties mises en jeu sont isolées , et que dès - lors on peut plu^ aisément en suivre l'action que lorsqu'elles sont con- fondues et liées par de nombreuses anastomoses. Dgà la considératiou des parties donne lieu aux aper^^ çus suivans. Je suppose que le nerf olfactif soit tenu plu4 particulièrement de subvenir à l'entretien , d'exciter e\ de régler le mécanisme de la branchie olfactive , et h nerf nasal , de s'employer plus spécialement à la per- ception même des particules odorantes ^ voici nécessaire- C 339 ) ment des phénomènes successifs , et par conséquent des phénomènes que l'on peut suivre dans leur isolement. La branchle olfactive , comme font ailleurs les branchies respiratoires, absorbe l'oxigène de l'air mêlé à l'eau. Si c'est dans l'air qu'étaient dissoutes , ou avec l'air qu'é- taient unies les particules odorantes , on aperçoit ici quel- que chose de plus saisissable pour l'esprit que dans l'an- cienne théorie physiologique; car voilà les particules odorantes ou mises à uu , ou dégagées dans ce premier temps du phénomène. Voilà ces particules vagantes au- tour de la pulpe gélatineuse, vagantes à portée du lieu et peut-être dans le lieu même où le nerf nasal épanouit sa cime terminale. Cette distinction faite , tout porte à admettre que ce nerf consomme par la perception dés odeurs l'opération commencée par l'action sur l'eau de labranchie. Comment? on l'ignore à l'égard de l'homme et des animaux qui vivent dans l'air; je n'en suis pas mieux informé à l'égard des Poissons. Que , plein de confiance dans ces conséquences, vous veniez à considérer l'olfaction des Mammifères, vous pourrez entrevoir quelque chose d'analogue chez eujt dans la conduite du mênle phénomène. Une des parties dominantes de la membrane pituitaire est son système vasculaire ; il n'y a de différences à l'égard des Poissons que dans le mode de distribution du sang^, qui a lieu dans ceux-ci par des filets parallèles et projetés sur des lames , et dans les Mammifères par des cimes rameuses, entre-croisées avec d'autres. Dans un Mémoire qui sui- vra celui-ci , et qui embrassera d'autres faits de l'or- ganisation du Congre , je montrei'wi qu'aux lames san- guines appartient le pouvoir d'agir sur l'air mêlé à l'eau. ( 34o ) et qu'aux cimes rameuses est réservé celui de l'oxigéna- tion dans le milieu atmosphérique. Sur ce pied , le sys- tème vasculaire d'une pituitaire constitue une partie pulmonaire. Cela posé, nous pouvons reproduire et appliquer à l'olfaction des Mammifères (i) nos idées précédentes. L'air élastique donne son oxigène à la partie sanguine de la pituitaire 5 la partie nerveuse olfactive fait fonc- tion de nerf respirateur, et fournit à l'entretien et au lessort du système vasculaire , et la partie nerveuse de la cinquième paire agit sur les particules odorantes mises à nu et en opère la perception. Voilà, je pense, de quelle manière on devra commenter et concevoir la découverte de M. Magendie , qui , après (1) En communiquant à l'Académie royale des Sciences le présent Mémoire , j'y avais promis ( en ce lieu même) de réexaminer les bourses nasales et les évents des Cétacés , les embrassant déjh sous les mêmes considérations que l'appareil olfactif des Poissons. On vient ( aujour- d'hui, 9 novembre) de me procurer un Marsouin , et mes prcssentimens sont pleinement justifiés. Pour concevoir ce qui suit , il faut d'abord écarter de son souvenir l'ancienne explication qu'on a donnée du jeu des évents. L'eau n'est point reçue dans la bouche , acculée sur le pharynx , refoulée sur les arrières-narines , entraînée dans leurs voies , portée dans les poches nasales , et puis éjaculée. 'Voilà pour bien peu de profit une trop grande dépense de moyens ; car, serait-ce pour y subvenir que la tête des Cé- tacés aurait été soumise à un changement autant considérable, aux modi- fications singulières qui la caractérisent ? Non ; la Nature n'a pu vou- loir donner aux Cétacés un simple jouet , un appareil comme sont ces ennuies dont les enfans se servent pour seiinguer les passans. Ces moyens nouveaux d'organisation propres aux Cétacés ont pouf objet leur respiration et leur odoration , telles que les pouvaient possé- der des animaux à sang chaud tenus à un séjour habituel sous l'eau. Ils onf été d'.iilleurs très - heureusement et très - simplement déiivés du ( 34i ) xin heureux emploi de la voie expérimentale , attribue imiquement l'olfaction dans les Mammifères à ce dernier nerf. Une définitive explication , ou plutôt une confir- mation assurée de ces idées théoriques serait aussi donnée par une déduction sans doute possible de ce qui précède , par le cas arrivant, dans lequel la membrane pituitaire serait trouvée respirante , c'est-à-dire susceptible d'ab- sorber l'oxigène. Indiquer cette recherche à l'un de nos plus savans physiologistes, M. Edwards, c'est donner non l'espoir, mais la certitude que ce qui pourra être connu touchant cette question sera promptement com- muniqué au public. Les organes des sens sont homologues , comme s'ex- primerait la Philosophie allemande , c'est-à-dire qu'ils fond commun et général : or, je les vois simples , bien qu'ils soient un parfait et tout merveilleux amalgame des appareils nasaux si difîérens , que j'ai découverts d'abord chez le Crocodile {Mémoiresdu Mus. d'Hist. nat. , t. XII , p. III ) , et en second lieu chez les Poissons. i». C'est la même structure, ce sont les mêmes dispositiou , n>od et composition que dans les Poissons ; car, quant aux parties solides , les os du nez sont de même refoulés eu arrière , et s'y trouvent ramas- sés sur eux-mêmes. Rendez-les , par la pensée, à leur forme ordinaire d'une lame prolongée , ils viendraient de nouveau servir de toit à une cavité dont le plancher est toujouis composé -les inter-maxillaires et des cornets du nez ; réduits à être une grosse tubérosité engagée dans les frontaux, ils permettent que ce plancher lui-même fasse, à l'égard du crâne , partie de la surface extérieure. C'est sur celte surface que deux bourses membraneuses sont répandues ; comme dépendantes de l'appareil olfactif, elles posent sur leur? os propres, les cornets du nez, dont les formes ne sont plus celles des Mammifères , mais se trouvent être en revanche une répétition des formes que ces pièces prennent chez les Poissons. Tout l'intérieur de ces bourses est plissé ; j'y vois là , comme disposition générale , une véritable branchie olfactive , d'autant que les couches intérieures sont formées d'uu tissu vasculaire très- ( 342 ) sont analogues dans leur mode de développement , s'il existe véritablement en eux un même principe de for- mation , une tendance uniforme à se répéter , à se re- produire de la même façon : or , je n'en puis douter ; c'est ce qui se montre dans la construction d'un œil, par exemple, et d'une narine de poisson. En effet , une na- rine de Carpe , en s'en tenant à ce qui est visible, est un globe creux dont le fond est plissé , comme est sou- vent la rétine au fond du globe oculaire. Les deux sphé- roïdes sont diversement ouverts pour leur communica- tion avec les molécules les plus ténues du monde ex- térieur. Le globe nasal est pleinement ouvert au moyen de ses deux orifices , donnant ainsi accès au milieu am- biant , aux particules qui peuvent y être suspendues , abondant ; d'ailleors elles ne sont point rouges en dedans , mais noires, comme est la membrane pituitaire. Même structure , par conséquent mêmes fonctions. L'eau entre par l'évent et vient remplir les poches nasales; elle y est enfermée. Car, d'une part, l'évent se ferme par une action musculaire, et de l'autre, une valvule très-bien décrite par M. Cuvier { Leçons d' Anatom. comp., tom. it , pag. 6i3) empêche l'eau de pénétrer dans le crâne : qu'alors l'animal veuille odorer, une compression , d'autant plus forte que le sphincter de l'évent résistera davantage , s'opère à l'égard des fluid« introduits dans les bourses ; des muscles entourent ces bourses , ils leBJ resserrent et les vivlent , ce qui forme les jets d'eau ; dès-lors il s'exercei une action sur l'air contenu dans l'eau. Il y a nécessairement respiratiom par les feuillets de la branchie , conséquemment dégagement des parti-»j cules odorantes. En arrière des grandes bourses plissées en sont de plus petites à parois charnues, à double cellule fort étroite , et à surface lisse et rougeâtre; un pédoncule charnu les ferme : l'animal y peut donner accès à l'air, mais il n'y en donne sans doute jamais à l'eau. Des nerfs arrivant de la cinquième paire y sont répandus. Des parties aussi multipliées, et déplus, autant variées dans leur forme , loin de faire croire à l'absence de l'olfaction chez les Cétacés , en ( 343 ) alors qu'il se remplil d'un fluide sans cesse renouvelé. Le globe oculaire, au contraire, n'est ni entièrement ouvert , ni absolument fermé. Un opercule mince et dia- phane s'étend stir une large entrée , et la défend de celte manière de l'introduction des fluides de l'extérieur , en même temps que ce couvercle relient les parties aqueuses de l'intérieur, dont le séjour permanent en ce lieu contraste avec l'écoulement d'un filet d'eau fourni par le milieu ambiant, écoulement continuel en dedans des narines de Poissons; mais d'ailleurs l'opercule de l'entrée de l'œil se compose d'une membrane si mince que celle-ci n'est point un obstacle à l'introduction des particules lumineuses répandues dans le fluide aérien. Telles sont de premières analogies 5 mais il en est feraient naître au contraire l'idée; mais il faudrait y voir arriver un uerf olfactif. Ou assure qu'il n'y eu a pas, et l'on pease même qu'il n'y a aucune route praticable à cet effet. Cependant je ne puis croire à cette absence ; et en effet , avant de l'ad- mettre définitivement , j'examinerai si les lobes olfactifs ne devraient pas aux modifications de la face d'être rentrés et confoudus avec le champ olfactif. Quand cette partie , ainsi nommée pur M. Serres , est ailleurs à sa surface concave et petite , je la trouve saillante et considéra- ble chez les autres Cétacés. Sa position en avant de l'eutre-croisement des nerfs optiques , et sa substance , analogue de couleur et de tissu à celle du cervelet , prouvent qu'est là uu réel foyer olfactif : or, ces ma- melons , placés à la suite de chaque lobe cérébral, u'uvaieul encore été remarqués par aucun amttomiste. 1° . Les grandes bourses à branchies me paraissent susceptibles d'un autre usage , celui que j'ai reconnu à des bourses nasales jusqu'alors inobservées, et que j'ai trouvées chez de vieux Crocodiles mâles ; je ne doute pas qu'elles ne se rempUssent également d'air, même qu'elles soient susceptibles d'y en recevoir beaucoup : de semblables moyens pour l'y iutroduire et l'y concentrer existent chez les Cétacés. Les feuillets brauchiqucs se déplissent , d'où les poches nasales prennent uue ( 344 ) (f autx'es encore plus manifestes. D'abord une portion ner-: veuse , émanée du cerveau, entre par- derrière et dans le fond des deux organes , savoir , le nerf olfactif dans le globe nasal , et le nerf optique dans le globe oculaire ^ mais de plus, indépendamment de ces parties nerveuses propres, chaque appareil est complété par un rameau de la cinquième paire. Ainsi l'organe de l'odorat reçoit le nerf nasal et les branches du ganglion sphéno-palatin , et celui de la vue , le nerf ophthalmique. Intervenant à titre de branches accessoires , ces autres nerfs restent chargés d'acquérir et de transmettre au cerveau la sensation. Dans des expériences pleines de sagacité , M. Magen- die a vu que ces eflets étaient réellement et bien distincte-;- ment produits parle nerf nasal, d'où il s'est cru autorisé à conclureque V odorat appartientàla cinquième paire ( i). très-grande extension. Cela posé, et d'amples provisions d'air étant faites , le Cétacé entre dans la profondeur des mers ; il se fait sous l'ean un échange des produits de l'expiration avec ces précieuses ressources si heureusement ménagées. Il y a, pour l'air renfermé , un va et vient du poumon sur l'intérieur des bourses nasales, et des bourses nasales sur le poumon j cela dure jusqu'à ce qu'il faille que l'animal vienne à la surface renouveler ses provisions , c'est-à-dire jusqu'à ce que l'air intro- duit dans les bourses soit totalement vicié. Ainsi on peut par là comprendre comment un animal à sang chaud , que sa double circulation oblige à une respiration très-élevée , parvient , d'une part, à satisfaire à cette exigence de sou organisation, et d'autre part, à demeurer long- temps et impunément sous l'eau sans venir res- pirer à la surface. (i) Le rameau nasal de la cinquième paire n'agit pas plus seul sur le cerveau que les conducteurs d'une batterie électrique, réduits à leur essence métallique, seuls sur une personne à éleclriser. Ce sont, dans les deux cas , des fils conducteurs qui se comportent de même et qui s'ac- eordent dans les résultats ; car, que vous coupiez le nerf nasal , plus de (345) Cependant , ce qui en est une conséquence nécessaire , la proposition inverse , que le nerf olfactif serait sans in- fluence dans l'olfaction, pourait-elle être présentée dans toute cette généralité sans modification ni expli- cation ? Je ne fais qu'à regret cette remarque dans la crainte d'affaiblir par elle le mérite des observations que je viens de rappeler. Car de conséquences en conséquen- ces , on en viendrait à dire que le nerf optique serait à son tour étranger à la vision , si , ce dont je me crois pré- sentement bien certain , si vraiment les analogies que j'ai plus haut présentées sont sévèrement déduites de la considération des deux organes. J'examine enfin le dernier des trois organes des sens sensation d'olfaction , ou que cette personne abandonne le fil de la bat- terie , plus d'impression à son égard. Cependant celte inorpossibilité de transmission n'empêche pas certains phénomènes d'être produits à leur source d'action. En efîèt , le nerf olfactif et son système vasculaire , ou bien le nerf optique et ses dépendances 'oculaires , dégageront toutelois des fluides ambians les particules propres à une perception d'olfaction ou de vision , comme le corps de la machine électrique , mis en jeu , trou- vei a à dégager des iluides ambians les particules impondérables de i'é- lectricité. Pour qu'il y ait événement , soit à l'égard du cerveau, soit à l'égard de la personne se destinant à ressentir la commotion électrique , il faut qu'une chaîne mette en rapport la chose ou l'être prédestiné k la perception avec les particules excitées à leur source d'action et prépa- rées pour être perçues. J'ai voulu, dans cette comparaison, exposer comment je conçois le concours des deux appareils nerveux, des nerfs propres et des nerfs accessoires. Les narines sans le nerf nasal , et l'œil sans le nerf ophthal- mique opèrent sur les odeurs ou sur la lumière , mais probablement sans autre résultat que de produire une concentration des particules dégagées dans le lieu de la production ; qu'au contraire ces organes soient subsé- quemment servis par leurs nerfs de cinquième paire , il y a transmission des particules dégagées, et sensation au cerveau. (346) qui sont en relaliou avec le cerveau ou l'appareil auri- culaire. Il a , comme les deux autres , une partie nerveuse propre , c'est la portion molle ou le Tierf auditif, et une branche accessoire , qui vient aussi de la cinquième paire , ou la branche du limaçon , branche dite encore la corde du tympan. Mais d'ailleurs ces analogies ne s'étendent complète- ment ni a l'organe du goût ni à celui du toucher, soit paree que les perceptions aboutissent , à l'égard du pre- mier , aux ganglions nerveux des viscères abdominaux ; et, quant au second , à ceux de la peau *, soit plutôt parce qu'il n'y avait point de nécessité d'agir sur des particules qui ne sont point suspendues ou engagées dans d'autres. En effet , quant à l'organe du goût , les particules sapides n'ont nullement besoin d'être préparées pour la sensation j il sxiffit qu'elles se détachent des corps dans un état mo- léculaire ou atomique. Ainsi nous voyons l'organe du goût s'en tenir à l'accessoire des systèmes nerveux pour les sens , parce qu'il importe seulement à cet appareil d'être servi par un rameau de la cinquième paire , lequel déifient alors sien et distinct : tel est le nerf lingual. L'organe du loucher ne manque pas non plus d'un nerf accessoire dépendant de la cinquième paire; car c'est dans la peau , tout à l'extérieur du crâne , et prin- cipalement dans de vastes cellules trachéennes que je viens d'étudier , que se répand chez les Poissons sa cime terminale , puissante et abondante en nerfs vraiment très- singuliers. L'analogie des organes du goût et du toucher , sans nerfs propre» et cérébraux , persévère, dans le caractère de ce commun rapport , par une certaine tendance à une ( 347 ) fin de même ordre , laquelle est uu loucher pour leedeux organes; d'ailleurs leurs difi'érences s'établissent selon les lieux où leur fonction éclate et se propage , l'organe du goût étendant son influence sur les surfaces internes ou l'appareil digestif , et l'organe du toucher sur les surfa- ces externes ou l'appareil tégumenlaire. MM. Serres et Magendie m'ont fourni de précieux élémens pour ces idées 5 car le fait anatomique est , dans l'ouvrage du premier, ainsi qu'il suit; il j a deux ordres de nerfs pour chaque appareil sensitif, d'une part un neif propre , qui met directement cha- que organe des sens en coinmunicatioji avec le cer- veau , et de l'autre un nerf accessoire qui provient de la cinquième paire ( voyez Anatomie comparée du cer- veau , etc , tome i , page \oi ) 5 et le fait physiologique, comme on l'a vu plus haut , a été établi par des expé- riences directes qui auront , sans le moindre doute , une grande influence sur la théorie générale des sensations 5 car, dans ses deux Mémoires ( voyez Journal de Physio- logie expérimentale , tome IV ), l'un sur l'olfaction, page i6g , et l'autre sur des phénomènes de vision , page 176 , M. Magendie est arrivé à cette conclusion bien remarquable 5 tous les sens seraient-ils sous t in- fluence de la cinquième paire ? L'accord de ces travaux avec mes nouvelles vues sur l'appareil nasal frappera les physiologistes. La lacune remarquée par M. Magendie , que laisse , a-t-il dit , dans la science , l'ignorance où l'on est du rôle des lobes et des nerfs olfactifs dans l'olfaction , devra-t-elle être regardée comme remplie par les liouvelles considérations de ec Mémoire ? Je ne me flatte pas d'un plein succès 5 maisj'au- ( 348 ) rai du irioins soulevé une partie du voile répandu sur celte importante question. Quoi qu'il en soit de ces explications , il résulte du moins de ce qui précède , qu'un filet d'eau peut couler continuellement dans la poche nasale sans blesser des nerfs qui sont en effet défendus de tout contact extérieur par l'appareil vasculaire. Je ne dois pas prévoir le cas d'insuffisance , et par conséquent il est inutile de re- marquer que la pulpe gélatineuse rassemblée dans les cornets protégerait à son tour les dernières extrémités du nerf nasal . Si le fond de la pocbe nasale se montre d'une insensi- bilité à ne plus redouter \e passage continuel et violent, comme on l'a dit (i), de Veau ; si , disposé à la manière d'une branch ie , il appelle , au contraire , un écoulement continuel du fluide ambiant , c'est là un effet de l'isole- ment des parties. On ne peut pas dire que les Poissons i possèdent une pituitaire , mais ils ne sont privés , comme on le voit , d'aucun de ses élémens. Ces remarques tendent à nous donner de la mem^ brane pituitaire une idée précise , et conséquemmenl bien différente de celle qu'on en avait prise sur la cou-- sidération de son tissu. Car , retrouver dans les Poissons le même organe partagé et pour ainsi dire désassembléj quant à ses élémens , n'est-ce point assister à une dissec lion faite à l'avance par la nature , et aller chercher la des faits partiels , défaisant fort heureusement pot notre esprit un ensemble de choses , débrouillant uni complication , trop difficiles à comprendre ? (i) Leçons d' Anatoime comparée, par M. Cuvier, tom. n , p. 671. ( 349 ) Au surplus , ce n'est ici qu'un fait de jeune âge, qu'un fait (le retardement dans le développement. Cac , que ces parties soient rendues plus voisines et qu'elles con- tinuent de produire de nouveaux ramuscules ou ner- veux ou. vasculaires , les cimes terminales de ces i-a- muscules se croiseront , se distribueront inégalement , et viendront enfin former ce lacis de filets délicats et diffé- rens d'essence , dont la membrane pituitaire se trouve composée. Je reviens à la douzième planche de l'atlas cité plus haut. Le rameau nasal du Congre y est dessiné à droite, et y porte pour signe les lettres a , a ; mais ce nerf n'est pour l'auteur qu'une portion indéterminée de la cin- quième paire, qui va, dit -il, se répandre sur une plaque osseuse particulière. Cet anatomiste , en ne se donnant pas la peine de rechercher ce qu'était une telle plaque , s'est par là privé d'une indication précieuse. J'insiste sur la valeur de cette indication , parce qu'en même temps que la détermination de cet os caractérise à quelques égards le nerf nasal, réciproquement l'afflux de ce nerf dans le cornet est une confirmation pré- cieuse de la détermination du cornet lui-même. Le cornet inférieur , que nous avons vu plus haut se comporter comme un osselet de jonction entre les maxil- laires et les parties nasales, est ramené chez le Congre à ses fonctions primordiales. C'est une lame osseuse étroite, de la longueur même de la narine , située en dedans des cornets supérieurs , et dont toute la bordure est cartila- gineuse. Le bord cartilagineux de cette pièce est remar- quable par une série parallèle de fissures ; celles-ci , en beaucoup moins grand nombre que les lames sanguines. ( 35o ) y correspondent loulefois , et fournissent leurs bords à l'altache de ces lames. Je dois une même attention au cartilage qui se pro- longe en devant et devient le soutien de la dernière partie du museau. Deux petits os pour un côté, quatre pour les deux, se voient les uns au-dessus des autres. Ces quatre osselets, d'une forme ronde, sont des élémens à l'égard du protospliénal , os impair dans le plus grand nombre des Poissons: car le protospbénal' est un os d'axe, un corps médian de vertèbre , un cycléal , comme je me suis , pour ce cas , exprimé dans mon travail sur la F^ertèbre. ( Mém. du Mus. , t. ix. , p. 89. ) En effet , de nou- velles recherches sur les Crustacés m'avaient convaincu que tout cycléal est formé ëlémentairement de quatre par- lies indépendantes , de quatre ostéaux. C'est ainsi que je nommerai ces osselets-principes. Eu voyant chez le Congre un protosphénal partagé en quatre pièces , ce n'est là qu'un fait de premier développement chez les animaux inférieurs , un cas de formation entomologique qui a persévéré chez le Congre. Maintenant , que je me porte sur d'autres conforma- tions du même appareil chez les Poissons , je verrai les choses à tous égards dans les mêmes lapports , mais avec plus ou moins de développement et sous une forme générale différente. Dans le Congre est une chambre na- sale étendue en longueur 5 et dans le pius grand nembre de Poissons , la Carpe , par exemple , est le même ap- pareil , disposé circulaireraent et sous la forme d'mi entonnoir. Nous avons fait pressentir , en commençant ce Mémoire , quels étaient les motifs de ces différences. Le volimie et la forme allongée de l'appareil sont procurés i (35, ) au Congre, à l'Anguille, au genre Murœna , aux Mure- nophis de Lacépède par l'atrophie de l'organe du goùl. Mais comme celui-ci ne manque point dans la Carpe , et que sa présence forme comme l'intervention d'une partie qui impose une limite plus resseri'ée à l'appareil de l'odorat , la chambre nasale est tenue chez la Carpe de s'étendre circulairement et de ne gagner de capacité qu'en profondeur 5 de là la forme d'entonnoir de sa ca- vité ^ de là encore le voisinage de ses deux orifices d'en- trée et de sortie pour le fluide. Eu résumant les faits de ce Mémoire , je crois pouvoir donner comme sa principale déduction que les diffé- rences essentielles de l'appareil olfactif des Mammifères qui odorent dans l'air et des Poissons qui odoreut dans l'eau, proviennent de ce que dans les Poissons les trois élémens principaux de l'appareil , savoir , le système sanguin , le système nerveux de première paire et le système nerveux de cinquième paire, se uiaintienueut isolés, et n'établissent entre eux de relations qu'à de cer- tains points de leur pourtour , quand au contraire ces trois systèmes , par une sorte de mélange et presque de fusion , constituent l'appareil mixte dit pituitaire chez les Mammifères. De ces faits il résulte aussi que l'olfaction des Pois- sons est ramenée à une fonction identique : car les Poissons , étant sous l'eau , odorent véritablement dans l'air, parvenant à extraire celui-ci préparatoirement par un acte de respiration branchiale. On a vu également que je viens de reprendre et dt donner cette fois , ce me semble, d'une manière défini- ( 352 ) tive , la détermination des pièces du bassin osseux qui sert de lit à l'appareil olfactif. Mais ce qui me paraît résulter de plus remarquable de la discussion précédente , c'est moins une confirma- tion surabondante des faits de ce Mémoire en faveur du principe de l'Unité de composition, qu'une preuve manifeste et bien palpable que la doctrine de l'Unité d'organisation porte avec plus d'efficacité sur l'appré- cialion des différences que toute autre voie de recherches qui s'applique à les montrer nombreuses à l'infini. Et eu effet occupez-vous de rapports en comparant , non la somme des effets , mais les élémens constituans qui carac- térisent des organes du même rang , ce qui n'arrive point à identité rejaillit en différences d'autant plus nom- breuses et d'autant mieux exprimées , que la méditation auïa pénétré plus avant dans les rapports saisissables. Ce ne sera pas la dernière fois que je présenterai cette remarque. Le Congre, en me montrant en outre tous les élémens de l'appareil trachéen des insectes , m'en fournira un nouveau sujet : je suis dès ce moment prêt à soumettre cet autre Mémoire à l'Académie. ( 353 ) Explication des Planches. Des. L*on voudra bien donuer attention au procédé par lequel je cir- conscris les os , qui , contournés et repliés , laissent leur pourtour iu- . décis. J'use à l'égard de ces os , qui ne sont point nettement circonscrits, de plusieurs lignes de rapport faites on points et allant converger les unes vers les autres. La lettre indicative est au centre de leur réunion. J'emploie petites lettres \ par un arc de parenthi veloppant la lettre en partie. Je donne aux os impairs , formant le noyau des sept vertèbres crâ- niennes , les désignations suivantes : A ,j>rolosphénal ; B , rhînospliénal ; C, ethmosphénal ; D , efltosphé- nal; £, hyposphénal; î^, otospliénal; G , basispliéual. {L'otosphénal et le basisphénal sont souciés dans les Poissons , et constituent ensemble l'occipital inférieur ou le hasilaire , ainsi annoté F-G. ) Les os pairs delà première vertèbre sont : rliinophysaî , a; etmo- physal , b ; adnasal , c ; addental , d; — de la seconde : nasal , e ; lacry- mal, y, adgustal, g ; voméral , h; — de la troisième : frontal, i; pal • pébral ,j ; 'adorbital , A-; palatal , /; — de la quatrième : ptéréal , m ; in- grassial, n; jugal , o; herisséal p ; — de la cinquième ■■ pariétal, 17; temporal, r ; serrial , 5 ; cotyléàl , £ ; — de la sixième : interpariétal , u ; rupéal, t',- tympanal, w; malléal , a:; 'et de la septième: suroccipi- tal, j"; ejf-occipital , z; stapéal, g ; inccal, ^^ . Planche xiv. Tète osseuse du Mérou ( Serranus gigas , Cnv. ). Remarques spéciales pour la planche xiv et la planche xv , figures i et 2. L'entosphénal jD occupe le centre et n'est visible dans la planche que par sa palette verticale. Le colyléal est en deux pièces , designées et nommées comme il suit : épicotyléal t', hypocotyléal , t" ; le rupéal est aussi formé de deux pièces, in - rupéal \\ et ex -rupéal y", lien est ainsi du serrial, le ie/rta/ proprement dit /, et l'uro - serrial s". Le jugal est partagé en quatre , cinq et six pièces, dont chacune prend les noms de la série numérique, primi-jugal, secundi-jugal, tertii-jugal, et les signes 1-0,2-0, 3-o , etc. Notre Mérou n'a point d'ethmophysal , parce qu'il n'avait point été conservé lors de la formation du squelette. Ou y a suppléé pi. xv, fis. 14 i enfin les chiflres i , 4 et 5 signalent les os extérieurement visi- bles de la mâchoire inférieure. Planche xv. Crâne du Merou vu eu dessus, fig. i ; — idem vu en dessous, fig.2. Remarques spéciales. Le rhinosphénal B est soudé avec les deux vo- méraux hh. On donne généralement ces pièces sous le nom (Tunique ■vomer. VI. 23 ( 354 ) PAnxiEs DU CoNCRE, fig. 3,4,5,6, 7 , 8. Fig. 3. Branchie olfactive ouverte. On s'est borné à fendre la partit supérieure (toj. fig. 4) t'iitre les deux os, l'elmophysal en dehors et le rliinopliysal en dedans, les bords ayant été écartés. Ou voit le ligament lougitudiual ut médian , sur lequel les feuillets branchiques sont attachés par le côté intérieur ; on a écarté quelques feuillets pour permettre à l'œil de remarquer la profondeur de la cavité. En K est le tube fondu; en L les racines de l'orilioe d'entrée: les ouvertures d'à côté sont celles des poches el sinus trachéens. Cette ligure est de grandeur naturelle. Fig. 4- C'est l'extrémité du crâne ; pour montrer l'ordonnance et la distribution des cornets supérieur et inférieur ou de l'ethmophysal et du rhinophysal dans le Congre. Ces os ne sont point l'un au - dessus de l'autre , mais placés côte à côte, et formant le toit pour la cavité nasale subjacente. Le rhinophysal a forme une lame unie , copiée à part fig. 6 \ mais cette lame occupe le centre d'un cartilage très-dense, percé de très - petites fentes près de son bord extérieur ; les lames des branchies s'y insèrent et s'y attachent. L'ethmophysal b est lisse à sa face inté- rieure , et caverneux à celle de dehors : c'est dans les anfractuosités de cette pièce que le nerf nasal se répand , y étant baigné et protégé par un amas de parties muco-gélatiueuses. Fig. 5. On a reporté à part le cartilage terminal A, qui précède et qui se confond avec celui du rbiuophysal , fig. l^. Quatre petits points osseux , que je regarde comme les osselets-principes des cycléaux ou corps vertébral , occupent d'une façon très-régulière le centre de ce car- tilage: je donne à ces osselets le nom ôi'ostéaiix. Quatre ostéaux com- posent un cycléal chez les Crustacés et chez les Insectes. Je ne puis au- jourd'hui donner de développement à cette proposition. Fig. 6. Le rhinophysal a dépouillé de son cartilage. Fig. 7. Cartilage qui tient lieu du lacrymalf et du palatal 1. Fig, 8. Autre cartilage tenant lieu de Vaddental A. Pièces d'après le Fégaro, Sciœna aquila. Fig. 9. Nasal unique e , pris jusqu'à ce jour pour le corps ethmoïdal. Sa position et sa concenti-ation en une masse ramassée reproduisent eu ce lieu un fait que présentent aussi les Cétacés. Deux masses arrondies et lisses , situées antérieurement , montrent que ce sont deux pièces accou- plées et soudées. Fig. I o et 1 1 . Cet C" représentent l'ethmosphénal, C par-devant, et C'p'ar le flanc. Telle est la pièce grande, forte et importante par sa si- tuation, qu'on avait jusqu'à ce jour négligée , à raison de son état carti- lagineux. Les lacrymaux (fig. 12) en occupent les flancs : or, les trois os que forment les lacrymaux et l'entosphénal au centre composent la voûte antérieure de la boîte cérébrale. Fig. I'-!. Le lacrymal de droite^. Fig. i3. Le rhinophysal n. L'une îles deux pièces était soudée à l'aJ- nasal , et sa congénère ne l'était pas dans le sujet de cetie observation. Fig. i4- L'ethmophysal b. Il offre dilïérens replis et anfractuosités. ( 355 ) Nouvelle Analyse de la Dioptase; Par M. Vauquelin. Il paraît que la silice , l'oxide de cuivre et l'eau peu- vent se rencontrer dans la nature sous forme de combi- naisons assez variées. C'est du moins ce que permet de croire la confusion qui existe encore relativement à la détermination des variétés qui constituent le groupe du Silicate de cuivre hjdraté. Le silicate amorphe est attaqué à froid par les acides concentrés , et il existe une analyse de John faite sur un échantillon de cette nature qui va servir à prendre une idée de sa composition. Silice, 28,37=14,27 oxig. Oxide de cuivre, ^'i= 10,00 id. Eau , 17,30= 1 5, 36 id. 95,3o. D'où l'on lire la formule Cu Si + 3 Aq. La proportion de la silice serait pourtant un peu plus grande que dans l'analyse. Le silicate cristallisé, connu sous le nom de Dioptase, test un minéral fort rare. M. Lowiu en a fait une analyse dont voici les résultats. SiUce, 33=iC,6o oxig. Oxide de cuivre , 55 = 1 1 ,09 id. Eau , 1 2 =: 1 0,04 id. ( 35G ) Ici les proportions indiquées par l'analyse et celles qui résulteraient du calcul d'après la foi-mule Cu Si + 2 yiq sont parfaitement les mêmes. D'où il suit que le silicate cristallisé ne diflererait du silicate amorphe que parce qu'il aurait un atonie d'eau de moins. M. Vauquelin, qui avait déjà fait aussi l'analyse de la Dioptase, vient de la reprendre sur une assez grande échelle , vu la rareté de la matière. Il a opéré sur neuf dé- cigrammcs. Elle renferme, d'après ce célèbre chimiste: SiUce, 435"ï8i =21,72 oxig. Oxide de cuivre , 45,4^5= 9,17 id. Eau , 1 1 ,364 ='^509 '^• 100. Oxide de fer, ) j , , > dont on n a pas tenu compte. Chaux, ^ tr f En supposant que l'excès de silice fût employé à sa- turer la chaux et l' oxide de fer , la formule la plus pro- bable se trouverait Cu^ Si^ -^ 6 J[q. Ce serait donc un bi-silicate su lieu d'un sesqui-silicate comme l'avait annoncé M. Lowitz. M. Berzélius avait déjà proposé pour symbole minérnlogiquede cette espèce Cu S' -\-^ ^q , ce qui s'accorde très-bien avec l'analyse de M. VauquelirK, si l'on admet, comme nous l'avons dit, que le petit excès de silice doit être attribué à la présence de la chaux et de l'oxide de fer. ( 357 ) De la Sociabilité des animaux (i); Par M. Frédéric Cuvier. Lorsque Bufïou disait que s'il n'existait point d'ani- maux la nature de l'homme serait encore plus incom- préhensible (2) , il était loin d'apercevoir toute l'éten- due et toute la vérité de cette pensée. L'animal n'était pour lui , ou pour parler , je crois , plus exactement > n'était dans son système qu'une machine organisée , aux mouvemens de laquelle aucune intelligence (3) ne prési- dait d'une manière immédiate. Ce n'était donc que par les organes et leur mécanisne que- l'homme et la brute étaient comparables, et la structure de notre corps pou- vait seule tirer quelque lumière de l'élude détaillée de l'a- nimal. C'était l'idée de Descartes , à quelques exceptions près, plus apparentes que réelles 5 et , à n'en juger que par les faits , il faut convenir que ceux qui lui servent de fondement sont plus importans, et peut-être plus nombreux que ceux sur lesquels se fonde l'idée contraire ; car la nature est bien plus libérale d'instinct que d'intel- (i) Ce Mémoire est extrait d'un travail général sur l'origine ou les causes efficientes des actions des animaux. (2) Disc, sur la IVat. des Anim. , tom. iv, pag. 3. (3) Chaque fois que j'écris sur cette branche de l'histoire naturelle , je me trouve dans l'indispensable nécessité d'employer un langage qui n'a point été fait pour elle , et qui n'a d'exactitude rigoureuse qu'en psychologie. Afin d'éviter ce grave inconvénient , il faudrait, pour cette ' science nouvelle , créer un langage nouveau j mais un tel travail ne s'o- j père qu'avec le temps. Les termes psychologiques dont je fais usage ne 1 doivent donc être pris que dans le sens étroit que je leur donne , et non : {>oint dans celui qu'ils ont communément quand il s'agit de l'homme. VI. — Décembre i8'25. a/J ( 358 ) ligence. Aussi , quoique l'une et l'autre manquent de vé- rité, les disciples de Descartes ont défendu la doctrine de leur maître avec une grande supériorité , comparati- vement aux défenseurs de la doctrine opposée. Buffon , et Condillac , qvùa soutenu contre ce grand naturaliste l'opinion ancienne et commune que les animaux ont les mêmes facultés que l'homme , mais à un moindre degré , sont aujourd'hui chez nous les représentans de ces deux doctrines ; et quoique je n'admette pas plus l'une que l'autre, je ne puis me défendre de reconnaître autant de profondeur et d'exactitude dans ce que dit le premier que de légèreté et d'arbitraire dans ce que dit le second : c'est que l'objet principal de BulTon était la nature, et que le système de Buffon était l'objet principal de Con- dillac. BulTon, dans son Discours sur la Nature des Ani- maux (i) a à peine effleuré la question qui doit nous oc- cuper, et Condillac ne pouvait pas être conduit à la traiter ; elle lui paraissait toute résolue , sans doute ^ dans ce qu'il y avait d'agréable ou d'utile pour les ani- maux à se réunir et à former des troupes plus ou moins nombreuses; et les exemples tirés de faits mal observés ne lui manquaient sûrement pas pour prouver la vérité de ses principes. Ces faits ne devaient pas être moins puis- sans pour Bulïon, qui n'attribuait les sociétés des ani- maux les mieux organisés qu'à des convenances et des rapports physiques (s)*, mais ce qui est à remarquer, comme lémoignatre de l'exactitude des observations de (i) Tome IV. (a) Tortie iv, page gS I ( 359 ) cet homme célèbre , et peut-être même de la justesse de ses idées, sinon de son système, c'est qu'il répartit les animaux sociables dans les trois classes entre lesquelles ils se partagent en effet , quand on les considère relative- ment aux causes de leurs actions , quoique les caractères qu'il donne à chacune d'elles soient inadmissibles. Depuis long-temps on a reconnu que la sociabilité 4e l'homme est l'effet d'un penchant , d'un besoin naturel qui le porte invinciblement à se rapprocher de son sem- blable , indépendamment de toute modification anté- rieure , de toute réflexion , de toute connaissance. C'est une sorte d'instinct qui le maîtrise , et que les peuplades les plus sauvages manifestent avec autant de forte que les nations les plus civilisées. L'idée que l'homme de la nature vit solitaire n'a jamais été le résultat de l'obser- vation ; elle n'a pu naître que des jeux d'une imagination i^tastique ou de quelques hypothèses dont elle a été h conséquence, mais dont de meilleures méthodes scienti- fiques nous délivreront sans doute pour jamais. Ce sentiment instinctif n'est pas moins la cause de la sociabilité des animaux que celle de la sociabilité de l'es- pèce humaine ; il est primitif pour eux comme pour nous. Tout démontre , en effet , qu'il n'est ni un phéno- mène intellectuel ni un produit de l'habitude: nous n'en trouvons pas la moindre trace chez des animaux qui oc- .cupent le même rang dans l'ordre de l'intelligence que ceux qui nous le montrent au plus haut degré. Il semble même que les exemples les plus nombreux et les plus re- .marquables ne se rencontrent que chez les animaux des dernières classes , chez les insectes ; et les preuves qu'il n'est point un fait d'habitude ne sont pas moins démons- ( 36o ) iralives. S'il résultaii de réducation , de rJnfliience de» pavens sur les enfaiis , celle cause agissant de la môme manière chez lous les animaux dont le développement et la durée de l'existence sont semblables, nous verrions les oui's, qui soignent leurs petits pendant tout autant de temps que les chiens, et avec la même tendresse et la même sollicitude, nous le montrer avec la même force que ceux- ci -, et les ours sont cependant des animaux essentiellement solitaires : au reste nous avons des preuves directes que , sur ce point , l'influence des habitudes ne prévaut jamais sur celle de la nature , que l'instinct de la sociabilité sub- siste même quand il n'a point été exercé, et qu'il disparaît^ malgré l'exercice chez ceux qui ne sont point destinés à un état permanent de sociabilité. En effet , on s'attache toujours très-facilement et très-vivement par des soins les mammifères sociables élevés dans l'isolement et loin de toutes les causes qui auraient pu faire naitre en eux le penchant à la sociabilité. C'est une observation que j'ai souvent faite à la ménagerie du Roi sur les animaux sauvages qu'elle reçoit •, et je l'ai constatée à dessein en ji élevant des chiens avec des loups très-féroces et de la même manière qu'eux. Dans ce cas, le penchant à la sociabilité reparaissait chez les chiens, pour ainsi dii"e, dès que l'animal avait l'ecouvré sa liberté. D'un autre côté , les jeunes cerfs, qui , dans les premières années de leur vie , forment de véritables troupes et vivent en so- ciété , se séparent pour ne plus se réunir et pour passer le reste de leurs jours dans la solitude, aussitôt qu'ils ont atteint l'âge delà puberté. C'est-à-dire, que l'ha- bitude, comme l'instinct, se sont également effacés en eux, que l'une n'a pu se conserver sans l'autre ^ ( 36i ) Quelques auteurs n'ayant vu le caractère de la socia- bilité que dans les services que les membres de l'asso- ciation se rendent mutuellement , et même que dans le partage, entre tous ces membres , des différens travaux que demandent les divers besoins de la société , n'ont point voulu regarderies réunions natui'elles d'animaux comme de véritables sociétés. C'était l'idée de l'auteur des lettres du physicien de Nuremberg sur les animaux , de Leroi , qui aurait pu faire faire de si grands progrès à cette branche des sciences, si, au lieu déjuger les faits qu'il observait d'après l'hypothèse de Condillac , il avait jugé cette hypothèse d'après les intéressantes observations que sa longue expérience lui avait procurées. « Il ne » suffit pas, dit-il (i), que des animaux vivent rassem- » blés pour qu'ils aient une société proprement dite et M féconde en progrès. Ceux même qui paraissent se réu- » nir par luie sorte d'attraits et goûter quelque plaisir » à vivre les uns près des autres, n'ont point la condi- » tion essentielle de la société, s'ils ne sont pas orga- » nisés de manière à se servir réciproquement pour les » besoins journaliers de la vie. C'est l'échange de se- » cours qui établit les rapports , qui constitue la société » proprement dite. Il faut que ces rapports soient fondés » sur différentes fonctions qui concourent au bien com- » mun de l'association et dont le partage rende à chacun » des individus la vie plus favorable , aille à l'épargne » du temps , et produise par conséquent du loisir pour. » tous , etc. , etc. « Ainsi c'était dans les sociétés civi- lisées , dans les effets même les plus artificiels et les plus. '"■ (i) Lettre iv. ( 363 ) compliqués , que tel auteur chei'chail le caractère fon- damental de la sociabililé! Que pouvait-il donc penseif de ces peuplades vraiment sauvages , dont tous les tra- vaux , ayant pour objet des besoins naturels , ne pré- sentent rien de ces échanges de secours , de ces partages d'industrie qui lui paraissent essentiels à toute société? Comment n'a-t-il pas vu, par l'histoire de tous les peuples, que ce n'est que progressivement et à mesure que la liai- son éclaire les hommes, que les besoins, différens de ceux qui nous sont immédiatement donnés par la nature , naissent et s'étendent? Mais pour que des services mu- tuels s'établissent il faut que des services par|iculier9 aient été rendus , et pour cela , qu'une cause quelconque ait tenu rapprochés les hommes jusqu'à ce qu'ils ne soient plus étrangers l'un à l'autre 5 ce qui nous lamène au sentiment primitif de la sociabilité. Pour relroviver les traces de ce sentiment dans les so-i ciétés civilisées , il faut eu séparer les caractères nom- breux et variés que nous y avons introduits par l'exer- cice des facultés qui nous appartiennent, à l'exclusion de tous les autres êtres vivans , c'est-à-dire tout, excepté cet instinct originel dont la raison la plus éminerite ne saurait tenir lieu ; car il n'est pas un de nos besoins na- turels , si ce n'est celui qui nous porte à vivre réunis , qui n'ait dû faire quelque sacrifice à cette raison que l'on re- trouve toujours comme le caractère dominant de l'es- pèce hvimaine (i) , parce qu'en effet c'est par elle seule (i) Ce que nous disous dans ce Mémoire des caractères intellecluels qui distinguent l'homme de Tanimal , suppose un travail antérieur où ces caiactèi'es sont établis, et c'est en efiet ce qui a lieu dans l'ouvrage • ( 363 ) que nous nous distinguons essentiellement des animaux: aussi est-ce par elle que nos sociétés se distinguent des leurs. Dans tout ce qui n'y a pas été introduit par la rai- sou nous sommes de véritables animaux, et nous redes- cendons au rang de ces êtres inférieurs toutes les fois que nous voulons nous soustraire à l'empire que la na- ture l'a chargée d'exercer sur nous. Ce serait un sujet de recherche bien curieu^ que celui du degré d'autorité que nous avons laissé prendre à celte faculté dans les nom- breuses espèces de société que forme l'espèce humaine. Mais la sociabilité des animaux est pour nous beau- coup moins importante par sa cause que par ses effets. La cause de ce phénomène est primitive : or, à moins qu'on ne remonte à la source de ces sortes de causes, elles restent pour nous des puissances cachées , des forces occultes qui nous font subir passivement leurs lois ; et malheureusement la plupart d'entre elles ont leur source fort au-delà des limites actuelles de nos connais- sances. Leurs effets , au contraire , se manifestent à l'ob- servation, et se soumettent à l'expérience ; nous pouvons en faire un objet de recherches, et c'est surtout parles effets de l'instinct sociable que la nature de l'homme me paraît pouvoir tirer quelques lumières de la nature des animaux : car ceux-ci nous présentent ces effets dans un état de simplicité qu'ils n'ont pas chez l'homme, d'où ce Mémoire est extrait. Dans l'impossibilité où nous sommes d'en- trer ici, sur ce sujet, dans des développeniens suifisaus , nous nous voyons obligés , pour les suppléer , de renvoyer ceux de nos lecteurs qui en sentiraient le besoin à notre article Instinct du Dictionnaire des Sciences naturelles , où cette matière est Uaitéc du moins d'uuu munièie sommaire. ( ^64 ) où, comme nous l'avons dit, ils sont constamment com^ plîqués de l'influence de sa raison et de sa liberté. Aussi ne faut-il pas s'étonner si plusieurs philosophes n'ont vu dans ces effets que des actes libres de la volonté , et par suite , dans l'association des hommes , que le résul- tat d'un choix raisonné , d'un jugement indépendant. Il est cependant inévitable que les effets immédiats d'une cause nécessaire soient nécessaii^s eux-mêmes 5 et si la sociabilité de l'homme est primitivement instinctive , ses conséquences directes sont indépendantes de loûle autre cause : ce sont donc ces conséquences elles-mêmes que les animaux doivent nous faire connaître. C'est ainsi que l'anatomie comparée tire des faits que lui présentent les organes les moins compliqués l'analyse de ceux qui le sont davantage. Nous voyons dans la conduite d'une foule d'animaux ce que sont les associations fondées sur un besoin purement passager, sur des appétits qui disparaissent dès qu'ils sont satisfaits. Tant que les mâles et les femelles sont portés à se rechercher mutuellement, ils vivent en géné- ral dans une assez grande union. La femelle affectionne cordialement ses petits , et défend leur vie au péril de la sienne dès le moment qu'elle les a mis au monde ^ et cette affection dure aussi long-temps que ses ma- melles peuvent les nourrir , et les petits rendent à leur mère une partie de l'attachement qu'elle leur porte , tant qu'ils ont besoin d'acné pour pourvoir à leurs besoins: mais aussitôt que l*époque du rut est passée , aussitôt que les mamelles cessent de sécréter le lait , que les petits S,e procurent eux-mêmoj; leur nourriture, tout attache- ment s'éleint , toute tendance à l'union cesse ; ces ani- ( 365 ) maux se séparent , s'éloignent peu à peu l'un de l'autre , et finissent par vivre dans l'isolement le plus complet. Alors le peu d'habitudes sociales qui avaient élé contractées s'efface , tout devient individuel , chacun se suffit à soi- même 5 les besoins des uns ne sont plus que des obstacles à ce que les autres satisfassent les leurs 5 et ces obstacles amènent l'inimitié et la guerre , état habituel , vis-à-vis de leurs semblables, de tous les animaux qui vivent so- litaires. Pour ceux-ci , la force est la première loi ; c'est elle qui dans leurs intérêts règle tout : le plus faible s'é- loigne du plus fort, et meurt de besoin s'il ne trouve pas à son tour un plus faible que lui à chasser , ou une nouvelle solitude à habiter. C'est cet ordre de choses que nous présentent toutes les espèces de la famille des chats , toutes celles de la famille des martes , les hyènes , les ours, etc., etc.; et c'est celui que nous présenteront toujours les animaux qui n'ont d'autres besoins que ceux dont l'objet immédiat est la conservation des individus ou des espèces : car ces sortes de besoins sont manifeste- ment ennemis de la sociabilité, bien loin d'en être la cause , comme quelques-uns l'ont prétendu. L'exemple que nous venons de tracer est celui de l'insociabilité la plus complète ; mais la nature ne pîsse pas sans intermédiaires à l'état opposé. Le penchant à la sociabilité peut être plus ou moins puissant, plus ou moins modifié par d'autres. Nous troiyvons en quelque sorte les premières traces de ce sentiment dans l'espèce d'association qui se conserve , même hors du temps des amours , entre le loup et la louve. Ces animaux pa- raissent être attachés l'un à l'autre pendant toute leur vie, sans que cependant leur union soit intime aux épo- ( 366 ) ques de l'année où ils n'ont plus que les besoins de leur conservation individuelle. Alors ils vont seuls, ne s'oc- cupent que d'eux-mêmes , et si quelquefois ou les trouve réunis , agissant de concert , c'est plutôt le hasard que le penchant qui les rassemble. On conçoit que les elïets d'une telle association sont presque nuls : aussi les loups paraissent-ils supporter sans peine l'isolement le plus complet. Les chevreuils nous présentent un exemple différent , où la sociabilité se montre déjà plus forte, mais non pas encore dans toute son étendue. Chez ces animaux, le sentiment qui les rapproche est intime et profond : une fois qu'un mâle et une femelle sont unis , ils ne se sé- pai'ent plus : ils partagent la même retraite , se nour- rissent dans les mÈmes pâturages , courent les mêmes- chances de bonheur ou d'infortune, et si l'un périt, l'autre ne survit guère qu'autant qu'il rencontre un che- vreuil également solitaire et d'un sexe différent du sien. Mais l'affection de ces animaux l'un pour l'autre est exclusive *, ils sont pour leurs petits ce que les animaux solitaires sont pour les leurs : ils s'en séparent dès qu'ils- ne sont plus nécessaires à leur conservation. Dans cette union , l'influence mutuelle des deux indi- vidus est encore extrêmement bornéa : il n'y a entre eux ni rivalité , ni supériorité , ni infériorité ; ils font , si je puis ainsi dire , un tout parfaitement harmonique, et ce n'est que pour les autres qu'ils sont plusieurs. Il n'en est plus de même chez les animaux où la so- ciabilité subsiste , quoique les intérêts individuels dif- fèrent. C'est alors que ce sentiment se montre dans loule sou étendue et avec toute son influence , et qu'il (367) peut être comparé à celui qui détermine les sociétés humaines : il ne se borne plus à rapprocher deux indi- vidus, à maintenir l'union dans une famille; il lient rassemblées des familles nombreuses , et conserve la paix entre des centaines d'individus de tout sexe et de tout âge. C'est au milieu de leur troupe même que ces animaux naissent; c'est au milieu d'elle qu'ils se for- ment, et c'est sous son influence qu'ils prennent, à chaque époque de leur vie , la manière d'être qui peut à la fois satisfaire ses besoins et les leurs. Dès qu'ils ne se nourrissent plus exclusivement de lait , dès qu'ils commencent à marcher et à sortir de la bauge sous la conduite de leur mère, ils apprennent à connaître les lieux qu'ils habitent , ceux où ils trouve- ront de la nourriture et les autres individus de la troupe. Les rapports de ceux-ci entre eux sont déterminés par les circonstances qui ont participé à leur développement, à leur éducation ; et ce sont ces rapports , joints aux causes dont ils dérivent , qui détermineront à leur tour ceux des jeunes dont nous suivons la vie. Or, il ne s'agit pas pour eux de combattre pour établir leur supériorité , ni de fuir pour se soustraire à la force : d'une part ils sont trop faibles, et de l'autre ils sont retenus par l'ins- tinct social. Il faut donc que leur nouvelle existence se mette en harmonie avec les anciennes. Tout ce qui ten- drait à nuire à ces existences établies en troublerait le concert, et les plus faibles seraient sacrifiés par la na- ture des choses. Que peuvent donc faire , dans une telle situation , de jeunes animaux , si ce n'est de céder à la nécessité, ou d'y échapper par la ruse? C'est en effet le spectacle que nous présentent les jeunes mammifères ( 368 ) au milieu de leur troupe; ils ont bientôt appris ce qui leur est permis et ce qui leur est défendu , ou plutôt ce qui est ou non possible pour eux. Si ce sont des carnas- siers , lorsque la horde tombe sur une proie , chaque individu y participe en raison des rapports d'autorité où il se trouve vis-à-vis des autres : aussi nos jeunes animaux ne pourront manger de celte proie que ce qui en sera resté ou que ce qu'ils en auront dérobé par adresse. Ils essaieront d'abord de surprendre quelques morceaux avec lesquels ils pourront fuir, ou de se glisser derrière les autres, sauf à éviter les coups que ceux-ci pourraient leur porter. De la sorte , ils se nourrissent largement si la proie est abondante, ou ils souffrent et périssent même si elle est rare. Par cet exercice de l'au- torité sur la faiblesse , l'obéissance des jeunes s'établit et pénètre jusque dans leur intime conviction , jusque dans l'espèce particulière de conscience que produit l'habitude. Cependant ces animaux avancent en âge et se déve- loppent -, leurs forces s'accroissent : toutes choses égales, ils ne l'emporteraient pas dans un combat sur ceux qui ne les ont précédés que d'une ou de deux années ; mais ils sont plus agiles , plus vigoureux que les individus qui ont passé leur première jeunesse , et si la force de- vait décider des droits , ces derniers seraient obligés de leui céder les leurs. C'est ce qui n'arrive point dans le cours ordinaire de la société : les rapports établis par l'usage se conservent , et si la société est sous la con- duite d'un chef, c'est le plus âgé qui a le plus de pouvoir. L'autorité qu'il a commencé à exercer par la force, il la conserve par l'habitude d'obéissance que les autres ont (369) eu le temps de contracter. Cette autorité est devenue un€ sorte de force morale , où il entre autant de con- fiance que de crainte, et contre laquelle aucun individu ne peut conséquemment être porté à s'élever. La supé- riorité reconnue n'est plus attaquée ; ce ne sont que les supériorités ou les égalités qui tendent à s'établir qui éprouvent des résistances jusqu'à ce qu'elles soient ac- quises , et elles ne tardent point à l'être dans tous les cas où il ne s'agit que de partage ; il suffit pour cela d'une égalité approchante de force, aidée de l'influence de la sociabilité et de l'habitude d'une vie commune; car les animaux sauvages ne combattent que poussés par les plus violentes passions , et excepté le cas où ils au- raient à défendre leur vie ou' la possession de leurs fe- melles , et celles-ci l'existence de leurs petits , ils n'en éprouvent point de semblables. Quant aux supériorités, elles ne s'établissent et ne se reconnaissent que quand le partage n'est plus possible , et que la possession doit être entière ; alors des luttes commencent : ordinaire- ment l'amour les provoque, et c'est presque toujours la femelle, par la préférence qu'elle accorde au plus vi- goureux d'entre les jeunes , qu'elle reconnaît avec une rare perspicacité, qui porte celui-ci à surmonter l'espèce de contrainte et d'obéissance à laquelle le temps l'avait façonné, et à occuper la place à laquelle il a droit. On pourrait donc aisément concevoir une société d'animaux où l'ancienneté seule ferait la force de l'autorité. Pour qu'un tel état de choses s'établit, il suffirait qu'aucun sentiment ne fût porté jusqu'à la passion, et c'est ce qui a lieu peut-être dans ces troupes d'animaux herbivores qui vivent au milieu des riches prairies de ces contrées ( 370 ) sauvages dont l'homme ne s'est point encore rendu le maître. Leur nourriture , toujours abondante , ne de- vient jamais pour eux un sujet de rivalité , et s'ils peu- vent satisfaire les besoins de l'amour comme ceux de la faim, leur vie s'écoule nécessairement dans la plus pro- fonde paix. Le contraire pourrait également avoir lieu si la force des intérêts individuels l'emportait sur l'ins- tinct de la sociabilité : tel est roffet d'une extrême ra- reté d'alimens , et si cet état dure , les sociétés se dis- solvent et s'anéantissent. Jusqu'à présent j'ai supposé tous les individus d'une troupe doués du môme naturel , soumis aux mêmes be- soins, aux mêmes penchans , et mus conséquemment par le même degré de puissance. Cependant tous lés individus d'une même espèce ne se ressemblent pas à ce point : les uns ont des passions plus violentes ou des besoins plus impérieux que les autres; celui-ci est d'un naturel doux et paisible-, celui-là est timide; un troi- sième peut être hardi ou colère , hargneux ou obstiné , et alors l'ordre naturel est interverti : ce n'est plus l'au-' cien exercice du pouvoir qui le légitime ; chacun prend la place que son caractère lui donne : les médians rem- portent sur les bous , ou plutôt les forts sur les faibles ; car chez des êtres dépourvus de liberté , et dont les ac- tions ne peuvent conséquemment avoir aucune moralité, tout ce qui porte à la domination est de la force , et à la soumission, de la faiblesse. Mais une fois que ces causes accidentelles ont produit leurs effets , l'influence de la sociabilité reuait , l'ordre se rétablit. Les nouveaux venus s'habituent à obéir à ceux qu'ils trouvent investis du commandement , jusqu'à ce que leur tour de com- ( 371 ) mander arrive , c'est-à-dire , jusqu'à ce qu'il y en ait de plus nouveaux qu'eux , ou qu'ils soient les plus anciens de l'association. Cet instinct de sociabilité ne se montre pas seulement par les affections qui s'établissent entre les individus dont la société se compose, il se manifeste encore par l'éloignement et par le sentiment de haine qui l'accom- pagne pour tout individu inconnu. Aussi deux troupes ne se rapprochent jamais volontairement, et si elles sont forcées de le faire , il .en résulte de violens combats : les mâles s'en prennent aux mâles , les femelles attaquent les femelles , et si un seul individu étranger, et surtout d'une autre espèce , vient à être jeté par le hasard au milieu de l'une d'elles , il ne peut guère échapper à la mort que par une prompte fuite. De là résulte que le territoire occupé par une troupe sur lequel elle cherche sa pix)ie si elle se compose d'animaux carnassiers , ou -qui lui fournit des pâturages si elle est formée d'herbivores , est en quelque sorte in- violable pour les troupes voisines : il devient comme la propriété de celle qui l'habite; aucune autre , dans les temps ordinaires , n'en franchit les limites, des dangers pressans , une grande famine, en exaltant dans chaque individu le sentiment de sa couservalion , pourraient seuls faire changer cet ordre naturel , fondé lui-même sur cet amour de la vie auquel tous les autres sentimens cèdent chez les êtres dépourvus de raison. Au reste , et pour le dire en passant , celte espèce de droit de pro- priété, ainsi que ses effets , ne se manifestent pas seule- ment dans l'état de sociabilité , on les retrouve aussi chez les animaux solitaires : il n'en est aucun qui ne ( 372 ) regarde comme h soi le lieu où il a établi sa demeure, la retraite qu'il s'est préparée, ainsi que la circonscrip- liou où il cherche et trouve sa nourriture. Le lion ne soulVre point un autre lion dans son voisinage. Jamais deux loups , à moins qu'ils ne soient errans , comme ils le sont pour la plupart dans les pays où on leur fait continuellement une chasse à mort , jamais deux loups , dis-je, ne se rencontrent dans le même canton-, et il en est de même des oiseaux de proie : l'aigle, de son aire , étend sa domination sur l'espace immense qu'embrassent son vol et son regard. L'état de choses que nous venons d'exposer est celui que nous présentera toute société d'animaux, abstraction faite de ses caractères spécifiques , c'est-à-dire des ins- tincts, des penchans, des facultés qui la distinguent des autres ; car chaque troupe nous présentera des carac- tères qui lui appartiendront exclusivement , et qui mo- difieront d'une manière quelconque celui de la socia- bilité. Ainsi, dans toutes les sociétés où l'un des besoins naturels est sujet à s'exalter, les causes de discorde de- viennent fréquentes, et il en naît l'expérience des forces: c'est pourquoi dans les sociétés formées par les animaux carnassiers, chez lesquels les besoins de la faim peuvent être portés au plus haut degré , l'autorité est bien plus sujette à changer que dans les sociétés d'herbivores j il en est de même pour les oiseaux , chez lesquels les be- soins et les rivalités de l'amour sont toujours poussés jusqu'à la fureur. D'un autre côté, des penchans parti- culiers , des instincts- spéciaux, et surtout une grande intelligence, peuvent renforcer et perfectionner l'ins- tinct de la sociabilité. Plusieurs animaux joignent au ( ^73 ) liesoln de se réunir celui de se défendre mutuelleineint : ici ils se creusent de vastes retraites 5 là ils élèvent de solides habitations ; et c'est certainement à rinslinct de la sociabilité , porté au plus haut point, et uni quelque- fois à une intelligence remarquable , que nous devons les animaux domestiques. Toutes ces causes qui donnent à chaque société le cai'aclère qui la dislingue , qui dé- terminent son rôle dans l'économie générale , et qui , tout en la rendant diirérenle des autres sociétés , la mettent en harmonie avec elles , auraient besoin d'être développées 5 mais ce travail me ferait dépasser de beau- coup les limites d'un simple mémoire, et me forcerait même à sortir du sujet où je dois me renfermer. Il me reste actuellement à montrer , par quelques exemples , la vérité des faits généraux que je viens d'exposer. C'est surtout lorsqu'on isole un animal sociable, lorsqu'on le sépare de sa troupe ou de ce qui lui en te- nait lieu , qu'on acquiert la preuve de l'instinct qui le porte à fuir la solitude et à vivre uni à d'autres animaux, et qu'on est à même de se faire quelque idée de la force d'affection qui peut naître de cet instinct. Une vache, une chèvre , une brebis , séparées du troupeau auquel elles appartenaient, éprouvent un malaise qui va quel- quefois jusqu'à exposer leur vie. J'ai vu une femelle de mouflon de Corse tomber dans un état de dépérissement dont on ne put la tirer qu'en la rendant à ses compagnes. El l'on sait combien il est dangereux pour les vovageurs de rencontrer des troupes de chevaux sauvages : à moins des plus grandes précautions, ils courent le risque de perdre les leurs; car, quoique domestiques, ces animaux ne résistent jamais à la puissance de leur instinct, qui les VI. aS ( 374 ) porte à se joindre à celle troupe qui les environne et les appelle. Parmi beaucoup d'exemples remarquables de raflection des animaux , je citerai les deux suivans : Une lionne avait perdu le chien avec lequel elle avait été élevée , et pour oflVir toujours le mêmç spectacle au pu- blic, on lui en donna un autre qu'aussitôt elle adopta. Elle n'avait pas paru souffrir de la perle de son compa- gnon; l'afleclion qu'elle avait pour lui était très-faible : elle le supportait •, elle supporta de même le second. Cette lionne mourut à son tour. Le chien alors nous of- frit un tout autre spectacle : il refusa de quitter la loge qu'il habitait avec elle , quoiqu'il continuât à prendi-e quelque nourriture. Sa tristesse ne commença à af- faiblir ses organes qu'au bout de deux jours; le troi- sième , il ne voulut plus manger , et il mourut le sep- tième. C'est un chevreuil qui m'a offert l'autre exemple. Il était très-jeune, et avait été pris au printemps dans une forêt. Une dame , qui le soigna pendant toute la belle saison , devint pour lui une compagne dont rien ne pou- vait le séparer; il la suivait partout , et était aussi peu craintif quand elle était présente, qu'il était sauvage et farouche quand elle n'était pas près de lui. A la fin de l'automne, on ne voulut pas le laisser dans les lieux où il avait été élevé; il y aurait été mal, et d'ailleurs il n'au- rait plus été facile de le voir : on le ramena donc à la ville, et on eul l'idée de le placer dans un jardin du voisinage, en lui donnant une jeune chèvre pour com- pagne. Le premier jour, il resta debout sans sortir de place et ne mangea rien ; le second , il commença à prendre quelque nourriture : aurait - il continué ? cela (375) (est douteu'x. Quoi qu'il en soit, sa maîtresse le visita îé troisième; il lui rendit toutes les caresses dont elle l'ac- cabla -, mais dès le moment qu'elle l'eut quitté, il se cou- cha et ne se releva plus. On sait que les animaux domestiques nous ont tou- jours donné les exemples les plus frappans de \;iette af- fection exclusive et profonde qui fait mourir de tristesse celui qui ne peut plus s'y livrer, et sans doute parce que tous ceux qui nous sont soumis sont éminemment so- ciables dans leur état de nature : aussi ne rapporterai -je point ces exemples, trop connus pour qu'il soit néces- saire de les rappeler. Mais quoique la domesticité n'ap* partienne pas directement à mon sujet , je ne puis me défendre , à cette occasion , d'en dire quelques mots. Il est difficile de concevoir comment aurait pu com-^ mencer et se maintenir la soumission des animaux sans le penchant à la sociabilité, si l'on considère surtout à quelle époque de la civilisation humaine les animaux domestiques paraissent l'être devenus. Il est vraisem- blable sans doute qu'à force de bons Irailemens exercés avec persévérance sur plusieurs générations successives d'animaux non sociables, on parviendrait à les habituer à vivre plus près de nous •, mais qu'il y a loin de là à u!ie sociabilité véritable! D'ailleurs de tels soins peuvent-ils avoir lieu de la part d'hommes qui commencent seule- ment à se civiliser? Si les hommes , à l'origine de leur existence sociale , se trouvr*ent dans des régions où la f nature est avare, la nécessité de pourvoir à leurs besoins journaliers ne leur laisserait pas le loisir de s'occuper d'autre chose. S'ils se trouvaient au contraire dans ces ( 3^6 ) l'égions heureuses où tout est prodigué , pourquoi se seraient-ils assujettis à une industrie pénibje et conti* nuelle qui aurait été sans but ? En effet , je crois qu'au- cune nation sauvage n'a été trouvée avec des animaux qu'elle-même ait rendus domestiques. D'un autre côté, nous avons , dans le chat, un témoignage manifeste que les animaux non sociables de leur nature ne deviennent pas domestiques : il vit auprès de nous , accepte notre protection , reçoit nos bienfaits , mais ne nous donne point en échange la soumission et la docilité des espèces vraiment domestiques. S'il eût suffi du temps pour le ployer à la servitude^ sa confiance en nous serait égale sans doute à celle du chien , du bœuf ou du cheval ; car la confiance est toujours une des premières conséquences de la force 5 l'une succède à l'autre , comme nous l'a- vons dit, quand aucun instinct particulier ne s'y oppose, et c'est surtout par la première que l'autorité se main- tient. La nature nous en offre mille preuves. Les récits les plus dignes de foi nous ont appris que les che- vaux sauvages ont un chef, le plus courageux de la troupe, qui marche toujours à leur tète , qu'ils suivent avec abandon , et qui leur donne le signal de la fuite ou du combat , suivant qu'il juge de la force des ennemis ou de l'étendue des dangers. Mais si par malheur il vient à périr , la troupe , sans volonté , sans direction , se disperse 5 chaque individu fuit au hasard : les uns cher- chent à s'unir à d'autres troupes, et les autres tombent victimes sans doute de leur irrésolution et de leur éga- rement. Nous trouverions à-peu-près le même exemple chez plusieurs de nos animaux domestiques. Le berger csl-il autre chose pour eux que l'individu du troupeau ( 377 ) qui leur a fait sentir le plus de force et qui leur a inspiré le plus de confiance? Mais un exemple des plus frappans d'autorité exercée sans force et due tout entière à cette confiance amenée par le temps , nous est souvent offert par les animaux de nos ménageries. Lorsque les Bar- baresques prennent un jeune lion, ils sont dans l'usage d'élever avec lui un jeune cliien. Ces deux animaux s'at- tachent l'un à l'autre, mais surtout lecUienau lion. Le premier se développant beaucoup plus vite que le second, arrive beaucoup plus lot à l'état adulte, c'est à-dire à Fépoque de la vie où , chez les animaux carnas- siers , la force succède à la faiblesse, et le courage à la timidité. De cette différence il résulte que le chien prend sur le lion toute l'autorité qu'aurait pu lui acquérir une supériorité de force réelle , et il la con- serve toujours si le lion est d'un naturel facile et doux. Ce n'est au reste pas toujours par la force musculaire que cette autorité s'obtient 5 le courage et la persévérance entrent pour beaucoup dans les moyens de l'obtenir. J'ai eu un bouc de Cachemire qui , réuni à trois aulres boucs du double plus grands et plus forts que lui, s'en rendit maître en peu de temps, quoiqu'en combattant il eût perdu une de ses cornes , et par là l'avantage de frapper égcilementà droite et à gauche, comme pouvaient le faire ses rivaux. Mais sa colère devenait si violente, et son obstination était si grande, qu'il finit par obtenir, à l'aide de ces deux seules puissances, une autorité tout aussi complète que si elle lui avait été acquise par une incontestable supériorité de force physique. Les deux boucs qu'il avaitsoumis le suivaient partout, et n'avaient ( 378) de repos, quand on les en séparait, qu'au moment où iî leur était rendu. Buffon rapporte un fait dont on n'a pas senti toute l'importance, et qui montre bien à quel point l'autorité et la soumission se consacrent par le temps. M. Du- moulier lui écrivait (i) : « La paternité chez les lapins )) est très-respectée : j'en juge ainsi par la grande défé- » rence que tous mes lapins ont eue pour leur premier » père , qu'il m'était aisé de reconnaître à cause de sa » blancheur La famille avait beau s'augmenter, » ceux qui devenaient pères à leur tour lui étaient tou- » jours subordonnés 5 dès qu'ils se battaient, soit pour » des femelles, soit parce qu'ils se disputaient la nour- » riture , le grand-père, qui entendait du bruit, accou- » rait de toute sa force, et dès qu'on l'apercevait, tout » rentrait dans l'ordre, et s'il en attrapait quelques-uns » aux prises, il les séparait sur-le-champ, et en faisait » un exemple de punition. Une autre preuve de sado- » minalion sur toute sa postérité, c'est que les ayant ac- » coutumes à rentrer tous à un coup de sifflet, lorsque » je donnais ce signal , et quelque éloignés qu'ils fus- » sent , je voyais le grand - père se mettre à leur » tête f et quoique arrivé le premier , les laisser » tous défiler devant lui, et ne rentrer que le der- » nier. » On ne pourrait pas dire que cette autorité d'une part, et cette soumission de l'autre, sont instinctives , et ne dépendent pas de causes contingentes et variables : d'a- bord ce sont des individus d'une même espèce qui aur (1) Tome IV, page Sg. ( 379 ) raient ces instincts opposés, ce qui est coulradicloire; ensuite il suffit du plus petit changement dans les appa- rences extérieures des animaux pour que toute liarmonie entre eux soit rompue, qu'ils se méconnaissent, cLquc leurs combats recommencent. Deux béliers qui vivent l'un avec l'autre dans la plus parfaite concorde vienneul- ils à être tondus, aussitôt ils se regardent avec fureur, prennent carrière, se précipitent l'un sur l'autre, et, si on ne les sépare, ils luttent ainsi jusqu'à ce que le plus faible prenne la fuite ou reste sur la place. Un simple change- ment d'habit exposa un jour un des garçons de notre ménagerie à perdi'e la vie. Il avait pris sur un bison de l'Amérique septentrionale une autorité absolue ; il lui suffisait d'ordonner pour que cet animal rentrât ou sor- tit de sa loge, et sa présence seule le faisait fuir et trem- bler. Unjour, ayant mis un habit nouveau et plus difl'é- rent par sa forme que par sa couleur de ceux qu'il portait habituellement, et étant entré dans la loge du bison pour son service , celui-ci , après avoir regardé ce garçon attentivement, se précipita sur lui , et ce jeune homme aurait sûrement été tué s'il n'avait pas eu assez d'agilité pour franchir la grille de la loge où il avait im- prudemment pénétré. Aussitôt qu'il se fut échappé, soupçonnant la cause d''une attaque aussi inattendue, il reprit ses vêtemeus ordinaires , et au moment jnème l'a- nimal le reconnut , et retrouva toute sa crainte et toute sa docilité. On ne peut douter que l'influence de la force ne soit essentielle à toute société d'animaux, puisque nous la voyons s'exercer librement oiî nous aurions pu croire que la nature y mettrait quelque obstacle. Un troupeau. ( 38ï> ) de chèvres a souvent à cet égard fixé mon attention. Lors-«. que ces chèvres avaient des petits, elles en prenaient un soin extrême , et les défendaient courageusement contre tout ce qui était étranger au troupeau. Mais si un des chevreaux recevait des coups du bouc ou des autres chèvres , la mère présente restait indifférente à cette vio- lence , et paraissait ne prendre aucune part aux souf-. frances de son petit, pourvu qu'elles lui vinssent des autres individus de l'association. La ruse est si constamment la conséquence de la fai- blesse , qu'en connaissant la situation de nos jeunes ani- maux au milieu de leur troupe , on pouvait être certain que dans leurs différens besoins ils auraient fréquem- ment recours à elle : aussi m'abstiendrais-je d'en donner un exemple si celui que j'ai à rapporter, outre sa ra- reté, ne nous montrait encore un trait de naturel qu'au- cune analogie ne conduisait à supposer ou à prévoir : il s'agit d'un jeune animal de l'espèce de singe nommée Rhésus et de sa mère. Jamais on ne vit une femelle avoir pour son petit plus de soins et plus de sollicitude 5 elle menaçait avec violence toutes les personnes qu'elle ne connaissait pas et qui l'approchaient, quoique d'ail- leurs elle fût assez douce. Ce petit ne cessait pas un in- stant, ni de la journée, ni de la nuit, de se tenir sus- pendu à sa mamelle, et tous les momens du jour elle les employait à le dépouiller des plus petites impuretés. Tant que cet animal n'eut besoin que de lait , il ne trouva chez sa mère aucune résistance : mais il n'en fut plus de même dès qu'il voulut manger. Alors il n'obtint plus que ce qu'il déroba 5 et quand il ne remplissait pas ses çibajoues avec assez de promptitude , elle venait lui ac- ( 38i ) racher les alimens des mains et même de la bouche. Aussi l'adresse et la dextérité de ce petit singe devinrent- elles singulièrement remarquables : c'était presque au vol qu'il s'emparait d'un morceau , et il saisissait tou- jours , pour faire son coup , le moment où sa mère dé- tournait sa tète ou son regard , ce qu'il savait recon- naître avec tine rare sagacité. Quelquefois il saisissait le morceau qu'il convoitait dans la main de celle-ci , la- quelle , au reste , n'entrait point en colère et ne le frappait jamais 5 il ne mangeait que le dos tourné à sa mère , qui , de celte manière , ne pouvant le voir , n'était pas tentée de lui reprendre ce qu'il avait enlevé. On conçoit sans peine , et sans avoir besoin d'exem- ples , qu'ime troupe affamée se débande , et que chacun des individus qui la composent ne soit plus occupé que de sa conservation. Dans ce cas, il est des espèces où les individus se dévorent : c'est ce qui a lieu pour les rats , et même, à ce qu'on dit, pour les campagnols. Mais la dissolution des troupes a lieu encore quand un des ins- tincts essentiels à l'espèce ne peut plus s'exercer; et c'est ce que nous montrent les castors dans les pays très- populeux : au lieu de se réunir pour construire leurs habitations, ils vivent solitaires dans les excavations du rivage des fleuves ou des lacs. Ces faits, que j'aurais pu multiplier , me semblent ne laisser aucun doute sur l'exactitude du tableau général que j'ai tracé de la société des animaux , et sur les moyens qu'a employés la nature pour que l'instinct dont cette société dépend produisit son effet , et que les besoins individuels ne fussent pas en contradiction avec lui et ( 382 ) ne tendissent pas sans cesse à Ift combatlre. Ils nou» montrent que, de la réunion instinctive de plusieurs individus et de leur développement sous leur influence mutuelle, résulte une dépendance réciproque , qui passe dans les habitudes et devient un besoin elle-même 5 que ! l'autorité naît de la force , et qu'elle se conserve par la confiance, jusqu'à ce que des passions plus puissantes i que cet instinct viennent, dans les troupes qui sont di- rigées par un chef, la ravir à celui qui la possède , pour ' la faire passer à un plus fort ou à un plus courageux ; que c'est dans cette alternative de paix et de guerre que la plupart des sociétés d'animaux voient s'écouler leur existence et qu'elles se détruisent enfin lorsque le senti- ment de la conservation est devenu pour chaque individu un sentiment plus fort que celui de la sociabilité •, lors- que la conscience de la soumission , qui neutralise le& forces et les rend inutiles , a fait place à la conscience du danger , qui rend ces forces nécessaires et les exalte, i Une telle société n'a rien d'intellectuel et rien de moral j j elle est fatale et nécessaire comme sa cause immédiate : et si celte autorité qui se maintient sans le secours de la force , cette harmonie qui se conserve sans l'appui de la raison, ces besoins opposés qui se satisfont sans dis- corde et sans combat , sont bien propices à exciter notre étonnement et notre admiration , nous ne pouvons les. attribuer qu'à la cause première de toutes choses ; les animaux eux-mêmes n'y ont aucune part active ; ils sont, dans cette circonstance, des iiislrumens aveugles qu'une main toute-puissante et cachée dirige et fait agir. Plus les hommes se rapprochent de cet état passif, i plus leur société ressemble à celle des brutes ] et il est " ( 383 ) triste de penser que l'espèce humaine peut supporter tant d'abjection et de misère : cependant, aux récits que nous ont faits les voyageurs les plus dignes de foi, on ne peut douter que les indigènes de la Nouvelle-Hollande , par exemple, ne soient des hommes chez lesquels les qualités qui les distinguent essentiellement des animaux p'ont reçu presque aucun développement. Mais aussitôt que l'activité de l'homme se déploie , qu'il est en possession de sa puissance , qu'il a reconnu qu'il peut vouloir librement parce que sa pensée est in- dépendante , les faits de sociabilité que nous venons d'observer, et la sociabilité elle-même se présentent sous un aspect nouveau : les phénomènes d'habitude deviennent des phénomènes de conscience ; ce qui n'é- tait que dans le vague des penchans , dans l'aveuglement des besoins , s'éclaire et se subordonne aux lumières de la raison ; l'autorité de la force et la soumission de la faiblesse s'ennoblissent de l'idée et du sentiment du de- voir , et cette société, d'abord instinctive et matérielle, se transforme en société intellectuelle et morale. Ce serait ici le lieu de rechercher quelles sont les causes les plus favorables au développement de cette activité de l'esprit , trop souvent abandonnée au hasard , et cependant si nécessaire à notre amélioration. Mais ce n'est pas à moi à m' élever jusqu'à un sujet de cette importance; il n'appartient qu'aux vrais moralistes de le traiter convenablement. Ma tache est remplie si j'ai fixé la limite, sous le rapport social, entre la nature ani- male et la nature humaine. (384) Développement de la Fécule dans les organes de' la fructification des Céréales, et Analyse micros- . copiquc de la Fécule , sui\>ie d'Expériences propres à en expliquer la conversion en gomme;. Par M. Raspail. (Lu à la Société philomatique, le 6 août 1825.) Seconde partie: Depuis notre- lecture à la Société philomatique , ce Mémoire a reçu des améliorations 5 nous les devons eiv partie aux conseils d'un chimiste en qui nous ne sommes- pas les premiers à avoir remarqué l'accord d'un beau- talent et d'un beau caractère. Nous sommes forcés de ne point le nommer encore, crainte d'usurper pour notre Mémoire une garantie que son nom communique à ses propres travaux. Quant à la partie physiologique de nos recherches , nous croyons devoir donner ici un témoin gnagepublicdenotre reconnaissance à M. Ad. de Jussieu, qui , ayant bien voulu la vérifier avec nous , en a fait un- rapport détaillé à la Société philomatique, dans sa der- nière séance du mois d'août. C'est dans le cours des recherches que j'ai exposées dans la première partie, que je fus amené , d'induction en induction , aux résultats qui font le sujet de cette seconde. Je ne pouvais étudier avec fruit la formation du périsperme sans me faire une idée juste de la féculo qui l'encombre \ et si dans ce nouvel ordre de faits , je m'étais contenté d'étudier cette substance en grand et ( 385 ) «ans le secours du microscope, il me parait assez certaiil que je n'aurais rien à ajouter aujourd'hui à ce que les livres en ont dit jusqu'à présent. J'exposerai les résul- tats de mes recherches , sans trop m'astreindre à l'ordre dans lequel je les ai obtenus , mais en ayant toujoui'S soin de les grouper avec méthode. La fécule ne présente au microscope que des gra- nules arrondis, durs, lisses, transparens sur leur champ, se colorant en gris sur les bords , et oflrant l'aspect de belles perles de nacre. Ils sont tous libres dans les cel- lules des végétaux^ et soit avant, soit après leur extrac- lion, ou n'eu trouve jamais deux agglutinés ensemble. Ces granules varient de forme et de diamètre , non- seulement selon les divers végétaux, mais encore dans le même végétal. Les grains de fécule de pomme de terre (pi. i4, fig. 2) affectent toutes les formes , depuis la sphérique , qui convient aux plus petits, jusqu'à la gibbeuse ou trian- gulaire arrondie, qui convient aux plus gros. Les grains de fécule de froment (fig. 3) afleclent plus spécialement la' forme sphérique. Cependant, quand le périsperme est corné , les grains , fortement pressés alors les uns contre les autres, contractent assez souvent des formes, ovoïdes et plissées. La forme sphérique convient aux grains de fécule à' Arum, d'Orchis, et en général de toutes les plante^ sur lesquelles on pei^t eu rencontrer des traces. Quant au diamètre , en prenant pour micromètre un grain de pollen de froment (fig. i), on voit que ce grain pourrait se mouvoir librement dans un des plus gros grains de fécule de pomme de terre, tandis que le plus gros grain ( 386 ) de fécule de froment n'atteint que la moitié du diamètre du grain de pollen. Les plus gros grains de fécule d'y/- 111171, à'Orchis , de Maïs, etc. , n'atteignent pas le dia- mètre des grains moyens de fécule de froment. Non-seulement ces grains varient de diamètre dans le môme végétal , ils en varient encore selon l'âge du vé- gétal. Ainsi , dans le péricarpe des ovaires des cé- réales , avant la fécondation (fig. 8), ces grains sont réduits à leur plus petite dimension, et ils n'acquièrent jamais, dans cet organe , un plus grand diamètre. Dans le périsperme , au contraire, dès que l'iode y révèle l'existence de la fécule , on voit les grains réduits à leur plus petite dimension. Mais bientôt on en trouve de deux diamètres , puis de trois , puis de quatre , puis de six , ce qui est à-peu-près le nombre des diamètres qu'on remarque dans le même organe à la maturité de la graine. Je fus curieux d'observer comment se comportait l'iode à l'égard de chacun de ces grains en particulier , dans l'espèce de combinaison qu'on nomme iodure d'a- mido.n. Lorsqu'on verse de la teinture d'iode sur la fécule placée sur le porte-objet , on voit les grains se colorer en carmin , en violet , en bleu clair et transparent , en bleu foncé opaque , selon que les doses d'iode sont plus ou moins fortes (fig. 4) ; mais , dans aucune de ces cir- constances , ces grains ne subissent le moindre change- ment dans leurs formes ; seulement , au lieu de repré- senter des perles de naci-e , ils s'olTrcnt sous l'aspect de crains de verre colorés. Si l'on verse sur la fécule ainsi colorée , ou de l'ammoniaque ou bien une solution de potasse ou de soude , les grains se décolorent sans subir ( 387 ) la moindre variation dans leur forme ; ils reprennent alors leur première transparence nacrée. On peut les colorer une seconde fois par un excès de teinture , et les décolorer encore par un excès d'alcali , et lecom- mencer l'expérience aussi souvent qu'on le juge con- venable, sans que les mêmes phénomènes cessent d'avoir lieu. L'albumine décolore aussi la fécule, quoique plus lentement , et seulement quand cette substance animale s'altère j mais les grains, même après vm mois de séjour, ne sont point endommagés par son altération. Ce qui se passe dans le contact réciproque de l'amidon et de la teinture d'iode n'est doncplus une combinaison chimique, dans le sens propre du mol; et au lieu d'un iodure, c'est une simple coloration , analogue , quant à sa nature , -à la coloration en jaune que l'iode imprime aux autres tissus végétaux : c'est enfin une simple 8upra- position des molécules de l'iode sur la surface des grains féculens. Il est inutile de parler de la prétendue combinaison en blanc de l'iode avec de l'amidon en excès , idée qui se trouvait pourtant jusqu'à ce jour généralement adop- tée 5 car on sent que si les premiers rangs des grains de fécule absorbent toute la teinture d'iode, les seconds rangs resteront incolores faute de substance colorante 5 ce qui s'observe si clairement au microscope , que je m'abstiendrai de le décrire plus au long. L'existence de ces grains tout formés et libres dans les cellules du végétal (1) , leur forme lisse et arrondie, leur inaltérabilité dans l'eau , leur coloration par l'iode (1) Je ne sache pas de végétaux vivaus dans les cellules desquels on ait rtncoutré des principes ou des sels cristallisés. ( 388 ) et leur décoloration par l'alkali, tout , enfin , me portait déjà à croire que la fécule était loin d'être une cristal- lisation et un principe immédiat , lorsqu'une de ces idées, trop bi-illantes pour qu'on les adopte de prime- abord, se présenta à mon esprit. Je pensai qu'il pour- rait bien se faire que chaque grain de fécule ne fùl autre chose qu'un organe analogue à une foule d'autres oi'- ganes végétaux, et qu'en conséquence il fût composé d'une enveloppe extérieure , laquelle renfermerait , à l'état solide , une substance qui , dissoute dans l'eau , prêterait à la fécule elle-même les propriétés qu'on lui connaît lorsqu'on la soumet à rébuliilion dans l'eau. Voici les expériences que j'entrepris pour poursuivre cette idée 5 et j'ose déclarer d'avance que, plus je les ai variées , et plus elles ont achevé de changer en cer- titude le simple aperçu que je viens d'exposer. Action du calorique à l'air libre. Je plaçai d'abord (au bout de la lame d'un couteau) de la fécule sur des charbons incandescens -, et dès que les premières couches me parurent carbonisées, je jetai des parcelles des secondes , toutes chaudes encoi'e , sur une goutte d'alcool très-étendu , que j'avais eu soin de mettre sur le porte-objet de mon microscope. Tout-à- coup des courans s'établirent , les grains de fécule s'attiraient et se repoussaient avec la rapidité de l'éclair; et c'est à la faveur de celte petite tempête microscopique , et surtout lorsqu'elle se ralentit, que je commençai à découvrir que mon idée n'était pas dénuée de fondement.. J'apercevais de certaines traces gomraeuses qui s'é- lendaient lentement dans le liquide : je voyai's quelque- . ( '^^^ } fuiû CCS iraces soriir d\in de ces grains. Enfui bientôt, à ];i place do grains, il ne resta plus sur \c pnjte-ohjcf que des coqncs pins ou moins plissces, et qui, lorsqu'elles ne se plissaient pas , au lieu de se colorer fortemciit eu gris sur les Lords par réfraction , ainsi que les grains de fé- cule , ne se dessinaient plus c|u'au simple trait. En im- primant tui mouvement de rotation à ces coques , il était facile de se convaincre de leur forme vésiculeuse; quel- (|ues - unes même rpii , se trouvant sans doute dans le voi- sinage de la couche carijonisée , avaient été fendues ou carboniséi;s en partie , se présentaient de nianière à per- mettre à l'œil de pénétrer clans leur intérieur. En faisant couler sur \e porte-ohjefane goultede teinture d'iode , on parvenait à communiquer à ces coques les mêmes va- riétés de couleur qu'aux grains eux-mêmes. Ce sont ces coques (fig. 5) que j-'appellcrai dans le cours de ce Mé- moire les légunicns de la fécule. Si l'on colore la fécule avant de l'exposer à l'action du feu , on voit au microscope le liquide en sortir incolore. Dans l'eau pure, les mêmes pliénomèncs se présentent à la . faveur de cette expérience : seulement on ne voit pas aussi bien le licjiTidc gommcux sortir ou suijiter du tcgii- ment j car l'eau dissout trop vite la-substance solublé. On n'est pas toujours heureux dans rexpériencc par l'alcool Irès-étendu d'eau ; c'est pourquoi on est obligé souvent de la répéter et de la varier pour rencontrer l'instant où la portion liquide de la fécule sort de son enveloppe solide; mais les circonstances principales oiu toujours lieu , c'est-à-dire , qu'après l'évaporalion de l'alcool, on retrouve toujours sur le poi'tc-objft , et une foule de légumrns insolubles , et une subslaneé VI. 26 gommcuse que l'on peut séparer de la première en la dissolvant dans une goulle d'eau. Action du calorique sur les grains de fécule dans Veau. Si au lieu de soumellre la fécule (i) sans véhicule à Taction de la chaleur, on la délaie dans l'eau, on re- trouve au microscope , dans ce liquide , les deux sub- stances dont nous venons de parler , soit qu'on pro- longe l'ébuHition , soit qu'on relire l'eau avant l'ébuUi- lion j pourvu que la température ne soit pas au - dessous de 5o° environ. Il faut avoir soin dans cette expérience de n'employer que fort peu de fécule , afin que les légumens soient bien isolés les uns des autres. S'ils étaient en trop grand nombre , ils se présenteraient sous la forme d une mem- brane plissée. Cependant il serait toujours possible de les séparer en étendant d'eau le liquide. Les légumens s'offrent dans cette circonstance en affectant les mêmes formes que dans la première 5 mais on n'en trouve pas de déchirés comme dans celle-ci. Pour colorer les légu- mens sans colorer la substance soluble de la fécule , il faut avoir soin de ne placer sur le porte-objet qu'une goulle Lien faible de teinture d'iode. Ajoutons à cela que l'alcool de ce réactif, en précipitant la substance amylacée soluble, en envelopperait les tégumens, donton ne pourrait plus distinguer les formes. (i) Je dois avertir que toutes nos expériences ont été faites avec de la fécule de pomme de terre , espèce qui possède des grains très- gros, quoique mêlés à des grains Uès-petits. ( h^ ) ^ Il est facile d'isoler en grand les logumens d'avec 1.1 substance soluble après l'ébiilHtion ; il faut seulement avoir soin d'employer assez d'eau pour que la fécule ne se prenne pas en gelée; on l'abandonne ensuite à elle- même dans un flacon bouché , et en deux jours les tégu- mens sont précipités en flocons blancs. Lé précipité se fait un peu plus lentement dans un vase exposé â l'air; il s'opère même alors en deuîc fois , et le second jour on peut remarquer déjà une couche blanche , Surnageant le liquide, absolument semblable à la couche précipitée, et qui finit par se précipiter aussi. On peut isoler encore les tégumens au moyen de filtrations successives à l'etiii chaude d'abord , et ensuite à l'eau froide. L'eau chaud» facilite le passage d'un grand nombre de tégumens; niait d'un autre côté elle dissout vine plus grande quantité de substance soluble. On ne doit cependant pas se flattef d'obtenir la substance soluble à un tel état de pureté que le microscope n'y indique la présence des tégUmens. Du reste , ce que nous disons ici s'applique à beaucoup d'autres substances végétales et animales. Ainsi, dans le gluten le plus pur, le microscope fait découvrir une foule de grains de fécule ; de même qu'on peut rencontrer du gluten dans la fécule de fi'oment la mieux lavée. J'avais d'abord pensé que l'iode ne colorait que les té- gumens , et que la substance soluble restait incolore , et c'est ce qui me portait à ci'oire que pour qu'on pût être sûr que le liquide filtré ne contenait plus de tégumens, il fallait qu'il ne se colorât plus par l'iode. Un savant , dont les conseils ne serontjamais égalés par ma reconnaissance, ayant attaché un grand prix à la démonstration de ce fait, j'entrepris inutilement , et à plusieurs reprises , de lihii'i -, le liquiJt'filliô so colorai l loujoms. Alors minne que k; microscope ne m'iiKliqnait la présence tout au plus que cVuu tégunicnl par poiue carré , je n'avais qu'à ^erscr de Vioclc , et mon liquide devenait aussi bleu que 'S fécule cllc-mènie. Je poursuivis chez moi la même expérience, et j'oblins les mêmes résultats négatifs. Je persistais pourtant à croire que la couleur que Tiode ■ommuniquait au liquide illtrc était due à la présence Jes tégumcns devenus infiuimcnt transparens, et par- tant comme invisibles, et qui, en se colorant , scmblaieut se coaguler, cl devenaient n percevables -, car cette co- loration et cette coagulation se faisaient avec tanldevitcsse que j'étais bien loin de voir dans ce phénomène l'exis- tence d'un précipité. (Quand je (97 ) i! iiitu ckl.iyoi la Atuîc dans une Ici^crt: (juaiitiic (.rcaii , Il vcibci- clans l'acide concentré eu continuant d'agiter : 11 obtient ainsi une substance sirujeusc que l'iode colore. Si l'on s'est stivi de 1 acide sUiiïuKjuc, on peut saturer < e dernier par de la craie et illuer ; les tégumens restent sur le filtre dans le sulfate de chaux, et la substance so- luble s'obtient isolément comme dans l'expérience par 1 '..'au cliaude. Dans un acide f{ueleon<|ue au contraire f|ui a été étendu d eau loiig-iemps avant l'expérience , et lorsqu'on a at- tendu (jue le refroidissement se soit opéré, les grains de fécule ne s'ahèrent pas plus que dans l'eau fi'oide. Les acides agissent doue sur la fécule par le même nîéeanismc que l'eau à une assez haute température ; c'est-à-dire, qu'ils agissent eu vertu du calorique qui se dégage toutes les fois c|u'on met un corps cjuelconquc en contact avec eux. Or, le calorique qui se dégage ciuand on met la fécule en contact avec un acide concentré , s'é- lève environ à 5o°, selon les doses de fécule qu'on em- ploie. 11 résulte donc de tous ces faits que la substance so- luble de la fécule se trouve renfermée dans des tégu- mens inattaquables par l'eau à la température ordinaire , et par les acides assez étendus d'eau pour ne plus dé- gager de calorique , toutes les fois cju'il ne s'opère plus de combinaison entre eux et le corps étranger qu'on y verse. Celte substance soluble se trouve dans les tégumens à l'état solide, telle cjue se présente la gomme arabique tant que l'eaune la dissout pas. L'action du calorique distend et la substance incluse et le tégument qui la renferme 5 ce dernier ou se déchire, ou, par sa nature élastique , se dis- (398) tend assez pour que la gomme liquéfiée puisse trouver passage à travers ses pores agrandis 5 et le liquide dans lequel on délaie la fécule achève enfin de dissoudre tout- à-fait la substance sortie des tégumens. Cette explication n'est pas une simple théorie , et l'ex- périence suivante peut fournir à l'oeil armé d'une len- tille d'une ligne de foyer, les moyens d'être témoin du phénomène. Qu'on place de la fécule de pomme de terre sur une goutte d'eau , entre deux plaques de verre te- nues un peu écartées par quatre grains de sable pour que la vapeur d'eau puisse se dégager librement -, et au lieu d'un miroir destiné à éclairer l'objectif, qu'on se serve d'une lampe à esprit-de-vin. Cette lampe éclairera les deux plaques en même temps qu'elle les échaufl'era , et à une certaine époqvie , on verra le grain de fécule com- mencer à s'affaisser , s'étendre de plus en plus jusqu'à acquérir un diamètre quatre à cinq fois plus grand que le diamètre qu'il possédait à la température ordinaire ; enfin , quoique l'on continue à échauffer les plaques , ce grain , aplati comme une membrane plissée , cessera de s'allonger , et si on retire l'appareil , qu'on dissolve la substance renfermée entre les deux plaques, on verra les tégumens surnager avec les formes que nous leur avons assignées dans toutes les expériences précédentes ; leur volume même diminuera par l'effet du refroidissement ^ mais ils resteront toujours insolubles. On me deman- dera peut-être si dans cette expérience , on voit la sub- stance gommeuse sortir des tégumens. Je répondrai que si l'on employait de l'alcool étendu suffisamment d'eau ^ on pourrait peut-être voir un liquide oléagineux sortir du tégument, parce que l'eau aiusi saturée d'alcool de- (399) viendrait moins propre à dissoudre la substance gom- meuse. Mais de même qu'il serait impossible à une lentille d'une ligne de foyer de voir dissoudre la gomme arabique dans l'eau , même à la température ordinaire , de même il est impossible d'être témoin , dans l'expé- rience dont je viens de parler, de la dissolution de la substance gommeuse de la fécule , et par conséquent de sa sortie des légumens. Mais enfln il faut qu'elle en soit sortie , puisqu'on la trouve par l'évaporation du litjuide (ju'on filtre , et que sur le filtre on retrouve les tégumens (jui , d'après ces faits , devaient nécessairement la ren- fermer. J'ai à parler d'une autre expérience qui confii'me ce que nous avons dit de l'action du calorique sur la fécule , et qui , d'un autre côté, a fourni l'occasion à des théories diverses et à des explications bien compliquées. Lorsqu'on a coloré la fécule par la teinture d'iode, qu'on l'a décolorée par une solution aqueuse de sous- carbonate de potasse ou de soude , la fécule n'a subi aucune altération, et la décoloration s'est produite sans ellervescence. Si l'on verse un acide quelconque sur ce liquide, il se produit tout-à-coup une vive effervescence ; les couches supérieures se colorent en bleu , et en con- tinuant de verser jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus d'acide carbonique , on parvient à colorer le liquide en- tièrement. Si l'on observe alors la fécule au microscope, on ne retrouvera plus dans le liquide que des tégumens bleus. On ne peut pas admettre ici que l'existence des tégumens soit due à l'action immédiate de l'acide, puisque nous avons vu plus haut que les acides étendus d'eau n'al- lèrent aucunement la fécule , et que dans cette expé- ( 4oo ) licncc l'atidc csl aussi clcjidit <|u(.' possildc. La pitscnci^ tics tcgitn)cns iiVsl tlonc due (ju'au dôgai^cmcnl de calo- itcjac (]ui se produit par ractiou chimique. Quant à la la théorie des phénomènes qui s'ollVcnt dans celle cir- fonslanee , ils s'expliquent nalurollement d'après les principes que uou^ avons exposés Ainsi, lorsqu'on dé- colore l'amidon par le sous-carbonate de polassc, il se forme un iodate et un hydriodalc; l'acide carbonique ne se dégage pas , parce qu'il se combine avec le surplus du .sous-carbonate, qui se change alors on carbonate. 11 est très-possible aussi qu'il se forme de Viodure de car- hoitc à cause de la présence de l'alcool ^ ce qui me por- terait à le penser, c'est que, lors(ju'on verse un acide ([uelconque sur le liquide décoloré par le sous-carbo- nate, le liquide, au lieu de reprendre sa couleur bleue intense, vire au verdàtrc; ce qui provient sans doute de l'existence de l'iodure de carbone, cpii csl jaunc-citrin, couleur qui , se mélangeant avec le bleu de la fécule colorée ;, donne le vert. On peut décolorer encore par un excès d'aikali , et colorer de nouveau par un excès d'acide , et cela allant de fois qu'on le désire : on rcnconlicra toujours les mêmes phénomènes. J'ai observé pourtant qu'après avoir séjourne long- temps , les tégumens de fécule colorés de nouveau par l'addilion de l'acide , contractaient une couleur durable et une forme rigide arrondie , analogue à la forme des grains do fécule non crevés par l'action du calorique , sans doute parce que l'iode a pénétré dans leur intérieur, et qu'il s'y trouve à l'abii des réactifs par le rétrécissc- nicûi des porcs ou des scissures nui avaient d'abord servi ( 4oi ) à donner passage à la substance solublc de îa fécule , et qui oui ensuite permis à l'iode d'y pénétrer. Action des n'actifs sur la substance suhihlc de la fécule. Nous avoHS dc\jà vu c|uc la substance solublc sç co- lorait momentanément par la teinture d'iode, mais qu'une fois qu'on avait fait évaporer à siccité celte sub- stance , elle perdait la faculté de se colorer soit à l'état solide, soit après avoir été dissoute une seconde fois dans l'eau. Or, cette substance, à l'état solide, oOVc le même aspect que la gomme arabique 5 elle est dure , cas- sante , formant un vernis brillant sur les surfaces , et variant du blanc au jaune clair , selon cju'cllc est plus ou moins dépouillée de corps étrangers. Les réactifs agissent sur elle avant et apiès l'évapo- raliou , comme sur la gomme elle-même; le persulfaLe de fer , Yalcool concentré , le nitrate de bismuth et de mercure, etc. (i) , la précipitent de sa solution aqueuse. Nous ferons observer , au sujet de ces précipités, qu'il est nécessaire que le liquide soit entièrement saturéde gomme oudefécule pour que certainrfréactifsexercenlleur action : je parle d'un précipité qui s'opère en vertu, non d'une combinaison du réactif et de la substance précipitée , mais seulement en vertu d'un simple déplacement,. Car , si Ci) Il paraît t[ue rulbumine , à rabri du contact tic l'air, précipite cl la substance insuluble et la substance solublc de la fécule colort'e par la teinture d'iode ; car, par décantation et évaporation, on n'obtiint que des grumeaux d'albumine. Nous avons dit plus haut quVxpo'ée à l'air, cette substance, en s'nltérarit , décolore l,t fécule. ( 4o5 ) les molëcules de ces réaclifs trouvent à se loger entre \ei molécules du liquide sans être obligées de rien déplacer, il n'y aura pas de précipité -, si , au contraire , le liquide est entièrement saturé, alors le réactif, plus avide d'eau que la substance à reconnaître, déplacera cette sub- stance, et le précipité aura lieu. Quand le précipité se fait , au contraire , en vertu d'une combinaison , le li- quide aurait beau ne contenir que de faibles quantités de matière à reconnaître, le précipité se manifestera toujours. Nous faisons ces observations, parce que nous croyons entrevoir dans ces faits la cause de la dissidence d'opi- nions sur l'action des l'éactifs par rapport aux différentes gommes , et quelquefois à la même espèce de gomme. Parmi les auteurs, les uns auront opéré sur des li- quides peu saturés , et les autres sur des liquides entiè- rement saturés ; et les résultats des deux expériences auront été entièrement dillérens ; car ces deux résultais contraires, nous les obtenons à volonté, en étendant d'eau la solution, ou en évaporant jusqu'à une consistance un peu voisine de la sirupeuse. Observons encore (jue , comme plusieurs réactifs n'a- gissent ici qu'en déplfiçant la substance gommeuse, il est plus que probable qu'on trouvera à une foule d'autres substances les propriétés de ces réactifs. Enfin, la fécule chauffée dans l'acide nitrique se change en acide oxalique comme la gomme; et quoi- qu'il ne soit pas constaté encore qu'elle produise comme cette dernière de l'acide saccholactique (i) , (t) Nous avons opéré sur de trop faibles quantités pour tirera droit (4o3) I In substance soluble de la fécule semble n'être que la j gomme elle - même sur laquelle le contact de l'air a j produit lentement des modifications. Nous sommes môme portés à croire que la substance insoluble de la gomme adragante et la substance qui s'y colore par l'iode, ne sont qu'une et même substance exclusivement formée des tégumens qui auront coulé avec la gomme elle-même à travers les crevasses de l'écorce. En conséquence de ces principes, la gomme arabique, ainsi que la substance soluble des autres gommes, ne se coloreraient plus en bleu par l'iode , je le répète, parce que le contact de l'air leur aurait fait subir les mêmes modifications que la simple évaporation a fait subir sous nos yeux à la substance soluble de la fécule ; et cela comme nous l'avons annoncé , en volatilisant une sub- stance étrangère, dont les tégumens étant insolubles ne peuvent plus se dépouiller. Ce fait explique encore pourquoi , après une suffisante ébuUition , les sirops de fécule ne se colorent plus par l'iode. Différences accidentelles entre la fécule de pomme de teire et la fécule de froment. Nous avons dit que l'eau à la température ordinaire ne dissout pas la fécule, et que les grains s'y conservent sans altération de forme, au moins pendant un espace considé- rable de temps. Ceci ne doit s'entendre que des grains d'assurer que les cristaux qui se sont précipités sous forme de poussier» étaient de l'acide mucique. (4o4 ) que la maiiipulalion u'aiivalt pas pudommagos , soit par échûuffomcnt , soit ]nn- broîeinciit. La fécule de pomme de terre extraite , connue elle l'est, de tubercules frais au moyen de l'eau froide , est colle sur laquelle ou observe lemicux le phénomène de rinsolubilité 5 car rarement au microscope y découvi'e t-ou quelques grains endomma- gés. Le contraire s observe sur la fécule de froment : la meule a écrasé une grande partie de ses grains-, au mi - croscope ou voit ces fragmcns de grains laisser dissoudre une partie de leur substance, et bientôt ne plus ollVir que des fragmcns de tégumcns : aussi Tamidon de fro- ment se prend-il toujours par la dessiccation en gru- meaux tenaces , parce que la substance soluble , échap- pée de ces fragmcns nombreux , agglutine les autres grains ; tandis que la fécule de pomme de terre, dessécliée ù l'air, reste sous forme de poudre presque impalpable. M. Th. de Saussure a obtenu une fermentation spontanée avec Tamidou : nous doutons qu'il l'eiit obtenue de même avec la fécule de pomme de terre. C'est en- core la partie soluble; de Tamidon qui fait qu'on s'en sert à froid préférablement pour repasser le linge : ce- pendairt, en imprégnant \c linge à repasser de fécule de pomme de terre, et en h; tenant suffisamment bumeelé, nous avons constaté que l'action du caloi'ique des fois à repasser i^\\. éclater les grains de celle fécule, facilite 1.1 dissolution de la substance soluble de la fécule dans l'eau dont le linge est impré-gné, et prodnil absolnmcnt i effet de Famidon du froment même. Non-seulement la meule a endommagé 1er, grains ite lérule de froment-, mais encore un grand nombre de cc"^ crains se trouvaient endommagés dans le pérîsperme d< ( 4<>5 ) k graîne , et })rincipalcment dans les pcrispermc-s qui sont cornés et cassans, l'ougeàtres et non pas farineux et friables. Au mici'oscope, on observe , parmi les grains extraits de ces périspermes, les mêmes fragmens de té- gumens que dans Famidon extrait de la farine 5 et c'est sans doute la substance solnble dégagée des tégumens ainsi mutilés , jointe à la substance saccharine , qui a fini , en se solidifiant , par produire la nature cornée de ces périspermes. C'est encore à l'existence, dans l'amidon de froment , de ces grains endommagés , qu'on doit attribuer l'origine de l'opinion de ceux qui admettent que l'eau froide dis- sout une faible quantité de fécule. Il serait pourtant très -possible qu'cà la longue l'eau parvint à pénétrer à travers les parois des tégumens et à dissoudre la substance qui y est rcnfernîée. Nous entre- prenons des expériences à ce sujet. J'ajouterai encore que les plus petits grains de fécule passent à travers les filtres les plus fins , et c'est encore une circonstance qui n'aura pas peu porté à croire que la fécule se dissout, quoique en faible quantité , dans l'eau froide. mr Analogie des faits que nous venons de décrire avec les faits publiés sur la fécule par divers auteurs. 1°. Quand ona extrait la fécule d'un végétal quelcon- que par les procédés ordinaires, et que le précipité semble avoir eu lieu de la manière la plus complète , le liquide n'en renferme pas moins une quantité considé- rable de grains entiers et surtout de tégumens , ainsi VI. ^ :27 ( 4o^> ) «[u'ou l'observe clMiicmiMit au microscope sur le liquide le plus limpide. Or, on conçoit qu'eu faisant évaporer ce liquide par la t]iaîeur, les grains entiers laisseront écliapper la sub- stance soluLle qu'ils renferment ^ substance qui , se coagulant avec les tégumens insolubles , se présentera à l'observateur avec tous les caractères de V albumine, et dont la carbonisation fera dégager la même odeur que cette substance, pour peu que le végétal ait contenu des parcelles d'ammoniaque ou de matières animales. Le meilleur moyeu de s'assurer que la prétendue al- hinnine provient de la fécule elle - même, consistera à délayer et à vérifier les grumeaux alhmnineux au mi- croscope. 2^. On conçoit encore que le liquide tenanl toujours en suspension les légumens , l'iode le colorerait encore, même lorsque l'évaporation aurait rendu la substance soluble de la fécule incapable de se colorer désormais. Aussi ne sommes-nous plus surpris aujourd'hui de l'in- décision que manifestait un habile chimiste dans une analyse végétale , au sujet de la coloi'ation par l'iode d'un liquide dont il croyait avoir extrait toute la fécule. i^. Le célèbre M. de Saussure (i) ayant abandonné à l'air, dans un lieu dont la température ne s'élevait pas au-dessus de + 5'>.'^, 20 gr. d'amidon de froment dans 240 gr. d'eau , trouva au bout de deux ans le liquide pris en une pâte grise couverte de moisissures et non acide. L'analyse lui apprit que cette pâle renfermait de la (i) /"oj'e; ailicle I'eiImematio.-ï , Diclio/m, chs Se. iiatur. de Lti- aault. ( 4o7 ) gomme, du sucre et cnri» une sul)slancc susceptible de se colorer par l'iode, insoluble dans l'alcool, qui ne cédait à l'eau froide qu'un dixième de son poids ; mais qui se disolvait en toutes proportions dans l'eau à 61°. Ce dernier liquide, d'après l'auteur, peut être con- centré de manière à contenir le quart de son poids de celte substance , sans qu'il se trouble , ou se prenne en gelée par le refroidissement. Celle substance , M. Th. de Saussure l'a appelée amidine. D'abord la formenlalion spontanée se conçoit très-fa- cilement à l'égard de l'amidon de froment, substance qui renferme inie petite quantité de grains entiers et un grand nombre de grains endommagés , et par conséquent une grande quantité de substance soluble retenant tou- jours une certaine quantité de sucre. La fécule de pomme de terre n'eût pas offert aussi vile, sans doute, de tels phénomènes de fermentation spontanée , toutes choses égales d'ailleurs. Ensuite, la présence de la gomme dans le liquide fer- menté n'a plus rien qui nous surprenne, puisque, par l'élévation de la température de l'eau , on peut obtenir en deux jours la gomme que M. Th. de Saussure a ob- tenue en deux ans. Quant à la formation du sucre , on sait qu'il existe déjà dans la farine , et que l'amidon en retient toujours une certaine quantité. Enfin, quant à la substance que M. Th. de Saussure a nommée amidine, tout le monde la reconnaîtra sans doute dans les tégumens de la fécule. L'eau froide , d'a- près l'auteur, en dissout un dixième , et parce que les té- gumens conservent toujours en se précipitant une cer- ( 4o8 ) t.Vînc quantité de gomme . et parce que l'agitation tlu li- quide tient toujours un certain nombre de tégumens eu suspension. L'eau chaude les dissout en totalité, parce que l'élévation de température les dilate , les rend moins pesans que l'espace d'eau qu'ils occupent, et qu'a- lors ils sont tous tenus en suspension par le liquide écliaufle. Le liquide saturé à'amidine ne se prend plus en gelée par le refroidissement , parce que la substance gommeuse n'est plus là pour agglutiner les uns aux autres les té- gumens -, car voici ce qui se passe dans la formation de la gelée par l'ébuUition de l'amidon. Si l'on emploie une faible quanlilé d'eau, la sub- stance gommeuse ne trouvei^a pas enlièrement à se dis- soudre, les tégumens , distendus par l'élévation de tem- pérature , formeront des couches épaisses et s'agglutine- ront au moyen des grumeaux. Si au contraire on emploie une quantité considérable d'eau , la formation de la gelée n'aura pas lieu, parce que toute la substance gommeuse trouvera de quoi se dissoudre amplement , et que les té- gumens seront plus clair-semés dans le liquide. On observe tous les jours, dans les usages domestiques, que la fécule épaissie par l'ébuUition , et surtout une longue ébullition , devient absolument liquide parle re- froidissement. Ce phénomène tient encore aux mêmes circonstances. Les tégumens fortement distendus par le calorique ont été aussi fortement dépouillés de la sub- stance gommeuse ; en refroidissant ils reprennent de plus petites proportions , et le plus grand nombre se préci- pite ; ou bien encore ils ne forment plus des couches épaisses et continues. ( 4o9 ) I 4"- ^'^' Braconnot (i) a obtenu de la gomme en trai- tant à froid le ligneux par l'acide suKurique concentré, en saturant l'acide par la craie , filtrant et évaporant le liquide. Toutes les circonstances de l'expérience de M, Braconnot se présentent eu traitant la fécule par lu même procédé , ainsi que nous l'avons déjà dit 5 et par l'évaporation on obtient la gomme. Nous avons do\jà établi que , sans employer l'acide sulfurique et par le seul fait de l'élévation de la température de l'eau , on obtient la gorame aussi bien caractérisée que par l'acide sulfu- rique 5 et nous avons dit que les acides n'agissaient en cette circonstance que par le dégagement de calorique , qui a lieu toutes les fois qu'on met un corps quelcoucue en contact avec eux. On sait que M. Braconnot a annoncé qu'on pourrait re- tirer par le pi'océdé de l'acide sulfurique une quantité de gomme supérieure en poids à la quantité de ligneux employée. L'auteur fait mention dans vuie de ses ex- . périences d'un résidu amyliforme , et dans une autre, il n'a obtenu qu'une quantité de gomme bien inférieure au ligneux employé. M. Braconnot pense que la conver- sion du ligneux en gomme a lieu par l'addition d'une quantité d'oxigène au camlnum qui domine dans le li- gneux -, d'où il résulterait que la gomme serait en plus grande quantité que le ligneux employé. Il serait curieux de répéter ces expériences pour examiner si l'excès de poids de la gomme obtenue ne tient pas à de l'eau com- binée qu'elle aurait retenue. Quoi qu'il en soit, s'il de- vient démontré que la fécule contient la gomme formée (0 Voyez Précis des Tra^'aiix de l'Académie de lYancy, i825. C4io) de toutes pièces , il sera , je crois , démontré que le ligneux la contenait aussi , par les considérations sui- vantes. Sur le Camhium. Le Canibiiiin se compose d'une substance blanche fort analogue à la gomme , et d'une foule de grains blancs enlièrement semblables aux petits grains de fécule. Ce Carnbium abonde dans le ligneux. D'un autre côté, les cellules de tous le? végétaux renferment une plus ou moins grande cpianlilé de ces grains blancs. Quand on a pu colorer par Tiode les grains blancs réunis en masse, ou les a appelés fécule. On a cessé de leur donner ce nom quand l'iode n'a pu venir à bout de les colorer, ou lorsqu'on n'a pas pu les isoler et les obtenir en masses amylacées. Or, différentes causes s'opposent souvent à la coloration de ces grains , telles que la présence en excès d'un alkali , et peut-être encore l'absence de cette substance étrangère, dont l'évaporation dépouille la fé- cule ordinaire. Nous pensons, en consécpience, c|ue l'ébullition seule dans l'eau pure serait capable d'opérer la prétendue conversion de la sciure de hois en gomme , de mènif qu'elle suffit pour opérer la convei^sion de V amidon en cette substance. yipplicdtion des découvertes consignées dans ce Mémoire à la physiologie végétale. 1°. Formation du tissu cellulaire. Les cellules des végétaux sont des vésicules appliquées les unes contre les autres par l'adbérence de leurs parois , et qu'on peut (4iO jsoler les unes des autres mécaniquement, surtout clans les plantes grasses-, la substance des parois de ces cel- lules paraît analogue à la substance des tégumens de la lécule elle-même. Ces cellules varient de diamètre selon les divers végétaux, selon les dillérens âges du végélai, et selon les différens organes du même végétal , de môme que les grains de fécule varient de diamètre dans toutes ces circonstances. Ces cellules , quoique ne possédant pas de pores vi- sibles , s'infiltrent pourtant de différentes substances qui les distendent et les colorent. La dessiccation fait perdre à ces substances contenues dans les cellules différentes couleurs telles que la verte et la purpurine; mais, en les humectant d'eau , on parvient à raviver ces deux couleurs dans une foule d'organes de végétaux. Une fois que les cellules sont vidées , elles redeviennent in- colores , ainsi qu'on l'observe sur la moelle. Les graine de fécule se sont formés dans ces cellules , non point par cristallisation, comme tout ce qui précède le prouve, mais par organisation. Ils n'y sont point venus des auti'es organes , puisqu'on n'observe sur les parois des cellules aucun pore capable de leur donner passage, et que d'ailleurs ou les y voit grossir avec l'âge de la plante. D'un autre côté , la substance soluble qui oc- cupait les cellules avant que l'iode et le microscope eussent pu y manifester la présense de la fécule , se rap- proclie infiniment de la substance gommcuse , et nous ne croyons pas impossible de découvrir , tôt ou tard , à un fort grossissement , que la gomme elle-même soit composée de globules d'un diamètre iufiniment plus petit que les globules de fécule. ( 4i2 ) Il paraît toujours évident que c'est aux dépens de la substance gommeusc renfermée dans les cellules que se sont formées les parois des tégumens de la fécule ; ils se seront donc formes , dans le cas de noire dernière supposition sur la gomme , par la juxtà-posilion des molécules de la gomme , dont les interstices formeront des pores capables de livrer passage à des globules plus petits qu'eux , c'est-à-dire , à une substance qui sera liquide par rapport à eux. Le tégument de la fécule de- viendra , en conséquence , une cellule destinée à l'éla- bojation d'une substance qu'elle renferme, cellule qui ne différera de la cellule qui la renferme elle-même, que parce que celle-ci est agglutinée à plusieurs autres , tandis que la cellule-tégument (grain de fécule) reste libre à l'égard de la cellule «jui la renferme et à l'égard de ses congénères, c'est-à-dire, des autres grains de fécule. Je le répète, les globules eux-mêmes dont se forment les parois des tégumens peuvent être consi- dérés comme des cellules à leur tour , jouissant de la môme organisation et de la même propriété que les autres globules que nous nommons cellules , et la seule différence qui existe entre ces derniers globules et les précédens ne provient que des limites que la nature a imposées à nos moyens d'observation : aussi, pour ne pas suivre ces combinaisons jusqu'à cet infini dont tout nous révèle l'existence et dont rien ne peut nous faire approcher , je me tracerai un point de départ purement arbitraire, et je ne remonterai pas plus haut que le grain de fécule lui-même. Nous avons vu que l'élévation de la température tend à distendre et à allonger élastique- ïîient les tégumens de la fécule : or , si le caloiique do ( 4i3 ) la végétation distend les grains de fécule renfermés en certain nombre dans une cellule , que ces grains se pressent en se distendant, se pénètrent, pour ainsi dire, c'est-à-dire, que leurs parois s'agglutinent fortement, on aura un tissu cellulaire dans la cellule même. Ce tissu cellulaire de nouvelle formation s'accroîtra ; les te gumens- cellules prendront de plus grandes dimen- sions ; la cellule qui les renferme ne pourra plus lis contenir , elle crèvera , elle livrera passage à ce tissu cellulaii'e c[ui continuera à croître 5 les grains de fécule des autres cellules présenteront les mêmes pliénomènes-, enfin tous ces grumeaux de cellules se rencontreront, s'agglutineront par leurs dilTérens points de contact , et il arrivera bientôt c]ue le tissu cellulaire de la plante acquerra des proportions étonnamment plus grandes que celles qui le caractérisaient auparavant. Plus la température sera élevée , plus cet accroissement sera rapide et plus les résultats en seront riclies. De là l'ac- croissement prodigieux de certains organes des végétaux exposés à la température de l'été ou des serres. On me demandera ce que deviendront les anciennes cellules qui renfermaient les grains de fécule : je répondrai, ou bien qu'elles se détruiront au profit des organes voisins, ou bien que leurs bords se souderont une seconde fois, et cju'elles s'agglutineront par leur point de contact aux nouvelles cellules qu'elles viendront d'enfanter. On sait que les cellules varient infiniment, sous le rapport de leur diamètre, dans la même partie du végétal , et qu'on en trouve de grandes séparées par une foule de petites. En un mot, a-t-on jamais remarqué les bulles de savoji sortir d'une autre bulle de savon? A-t-on vu ( 4i4 ) les parois do la grande bulle s'ouvrir pour livrer passage aux huiles intérieures , et se refermer aussitôt pour s'agglutiner subitement avec ces dernières? Eh bien! qu'on me passe la trivialité de la comparaison, je ne pourrais en trouver de plus juste : on a là la formation des cellules végétales (i). J'appliquerai bientôt les mêmes principes à la for- mation des grains de pollen , que, dans mon Mémoire sur teiuhryon, j'ai comparés à des cellules isolées. Crainte de dépasser les bornes assignées à ce travail , je ne ferai que rappeler ici que l'iode colore les gi'anules renfermées dans les grains de pollen de la même teinte que la fécule (fig. i) , et que, quoiqu'on ne puisse pas conclure de ce fait que ces granules soient des grains de fécule , il n'en résulte pas moins que Y aura senii- nalis est renfermé dans des tégumens analogues aux té- gumens de la fécule elle-même. 2°. Fécondation. Avant la fécondation , le péricarpe (fig. 8) était rempli de fécule; le périsperme n'en offrait pas une seule trace, {f^oy. i"^^ partie de ce Mémoire.) (i) Quant à la soudure Jes bords déchires des cellules ou des tégu- mens , j'apporterai , je crois, bientôt des faits propres à la démontrer : ce sera lorsque je publierai mes expé»'iences sur le gluten. Je me coritcn- j tarai ici d'un résultat négatif que j'ai obtenu au sujet de celte dernière substance. J'avais cru entrevoir que la présence de Vembryon avait beaucoup del part à la formation du gluten dans la farine de quelques céréales. J'ai dépouillé de leurs embryons les grains d'environ un litre de fro- ment, que j'ai fait broyer, quoique d'une manière grossière, et j'ai ob- tenu un très-beau gl'îten p;ir la malaxation. L'embryon n'eniredonc pas exclusivement dans la formation du gluten , et le gluten se trouve tout formé dans le périsperme. ( 4i5 ) Après la fécondation, le péricarpe perd peu h pou sa fé- cule , el le périspernie s'en infiltre peu à peu. A la ma- turité de la graine, le péricarpe n'eu offre plus une seule trace, le périspernie eu est encombré, l'embryon n'eu possède aucun atome, et la végétation de la graine a cessé. Quand l'acte de la germination commence, le péri- sperme perd peu à peu sa fécule , et son tissu cellulaire finit par s'oblitérer 5 l'embryon s'accroît à ses dépens, et s'enrichit peu à peu de grains visibles. L'embryon était donc , sous ce rapport , à l'égard du périsperme avant la germination , ce que le périsperme était à l'égard du péricarpe avant la fécondation. La germination a enrichi, disons le mot, a nourri l'embryon aux dépens du périsperme qui l'entoure , de même que la fécondation a nourri le périsperme aux dépens du péricai'pe. On voit dans les deux cas que la nutrition s'est opérée de la périphérie au centre 5 mais on verra surtout , sans doute , dans tout ce court exposé , l'ana- logie hardie qui existe entre la nutrition et la fécon- dation. Mais nous voici arrivés à un fait qui se lie plus intimement avec les expériences de cette seconde partie. Dans la germination il se dégage une quantité consi- dérable de calorique. Dans l'acte de la fécondation , il ne s'en dégage pas moins. La chaleur des spadices d'^/- j'iini italicum^ découverte par M. Lamark au simple contact, a été conflrmée par M. Sennebicr au thermo- mètre. M. Hubert; à l'Ile de France, a constaté que, par une température de 19° à l'air libre, Vyiruni cordifo- lium élevait la lempéi'ature à 44" 5 ^^ 1"^ douze spa- dices relevaient à 49°- ^f* Bory-Saint-Vinccnt a reniai- (4i6) que que les étamines de plusieurs ileurs laissent à leur anllièse des empreintes sur le beurre de Cacao. M. Th. de Saussure a confirmé ces expériences pnF des expériences plus mxiltipliées , et cpi'il a variées de la manière la plus ingénieuse. Il a reconnu le dégagement de calorique sur le Ing/ionia radicans ^ sur les fleurs de courge, les fleurs intermédiaires de la tuLéieuse , etc., à l'instant de la fécondation 5 et l'impression de froid que d'autres fleurs ont produite sur le tliermoscope ne doit être attribuée , selon lui, qu'à l'évaporation des liquides que les corolles renferment à leur base. Il faut observer que dans ces expériences le tliermoscope était en contact avec les en- veloppes de la fleur (1). A la suite de la fécondation et à la suite delà germina- tion , la fécule .passe de l'oigane externe dans l'organe interne : elle ne peut y passer de toutes pièces , comme nous l'avons déjà dit , puisque les cellules n'oflVentpoinl de pores visibles j mais à la suite de ces deux actes , les grains éclatent pour laisser échapper la substance gom- meuse qu'ils contiennent , et qui va fournir des maté- riaux à élaborer à l'organe qui doit s'enrichir de fécule. La nature emploie donc pour nourrir ces organes par la fécule , le même agent que nous employons artificielle-, meut pour rendre la fécule nutritive; je veux dire le' calorique qui se dégage dans la fécondation et dans la germination. Nous avons vu dans la première partie de ce Mémoire que la fécule encombrait le péricarpe avant la féconda- (i) Annales de Chimie el de Physique , lom. xxi, p. 3oo , ïtc. (4i7 ) tion , et qu'après la fécondation le périspcrme s'eniMcliit tle celte substance aux dépens du péricarpe, qui s'amincit de plus en plus, et finit par n'être plus qu'un tégument imperméable , destiné à protéger les organes qu'il enve- loppe contre l'action de l'humidité et de l'air (i). Après la germination , l'embryon se nourrit aux dé- pens du périsperme , qui finit par devenir un organe aussi inerte que le péricarpe lui-même. Ce mode de nutrition de l'ovaire et de l'embryon, ce passage de la nutrition de la périphérie au centre, est évidemment l'analogue de ce qui se montre dans la nu- trition du tronc des végétaux. Le cambium existe dans les couches extérieures ; bientôt ces couches extérieures s'en dépouillent au profit des intérieures, et vieillissent comme Xepéricarpe de la graine, pour n'être plus qu'une écorce inerte , dont l'xuiique utilité consiste à protéger et à mettre à couvert. Tous les ans, et peut-être tous les jours , de nouvelles couches viennent grossir l'épaisseur de cette écorce , une fois qu'elles ont sacrifié le cambium qui circulait dans leurs tissus à la nutrition des couches intérieures. La couche intérieure de la graine acquiert toujours des proportions plus grandes que la couche qui la nourrit : ainsi \e périsperme acquiert un volume huit fois plus grand que celui qu'offrait Xe-péricarpe avant la fécondation-, Vembrjon , après la geinnination , dépasse (i) L'eau ne peut pônétrer dans Tiutérieur de la graine que par le liile de ce péricarpe , qui est la base du vaisseau que nous avons dé- crit on parlant du sillon postérieur de la graine , et que nous avons com- paré au placenta des fruits d'un ordre supérieur. Ce hile est le point par lequel ce vaisseau tenait à la sommité de la tige. ( 4'8 ) bionlol toutes les propoilious imaginables à l'égard du péiispcrnic qui l'enveloppe ; parce que la couche inté- rieui'e ne se contente pas de recevoir , mais qu'elle cla- Lore ; qu'elle ne se contente pas de fournir une capacité à la substance des couches extérieures , mais qu'elle la combine avec les agens de l'air. L'accroissement du tronc ne peut, il nous semble, s'expliquer d'une manière plus facile : en même temps qu'à la suite sans doute d'un acte analogue à la féconda- tion de l'ovaire , la couche externe du tronc nourrit la couche interne, une troisième se forme qui, à son tour, sera nourrie par celle-ci , et qui en niènie temps en for- mera une quatrième qui croîtra lot ou tard comme les autres, mais toujours en proportions doubles, ou triples, ou cjuauruples des premières. Je m'arrête ; j'allais anticiper et emprunter à un Mé- moire prochain des faits qui reposent sur des principes d'un au;re ordre, et dont l'intelligence réclame des dé- \cloppemens trop étendus. 3°. Considéralions isolées. Les tégumens de la fécule étant inaltérables dans l'eau , et même dans les acides concentrés , nous avions déjà fait entrevoir à la Société philomali(jue que c'était sans doute à leur présence que le péricarpe de la graine des graminées devait Yiinper- inéabiUté (^[mï le caractérise à la maturité, et lorsqu'il est entièrement dépouillé de fécule. Il est vrai cjue l'iode ne colore plus ce tégument; mais nous avons dijà vu que le phénomène de la coloration est dû à une sul)- stance étrangère à la fécule, et dont l'évaporation , soit à l'air libre , soit à une douce chaleur, peut la dépouil- ler. Tout parait porter à cioire que la végétation dcl'o- (4i9) vaire pont dépouiller les légumens de cette substance volatile, comme révaporatioii en dépouille la substance soluble de la fécule. A ous avons en même temps parlé du parti que les arts pourront tôt ou tard retirer d'une sub- stance pareille , pour vernis et pour autres usages. Plus l'alcool domine dans la teinture d'iode, et plus la coloration de la fécule emploie de temps à se manifes- ter ; parce qu'alors l'alcool peut en même temps se sa- turer d'eau en restant saturé d'iode 5 car la coloration n'a lieu que toutes les fois que l'alcool cède son iode; et l'al- cool ne cède l'iode que parce qu'il est plus avide d'eau que d'iode , et que , d'un autre côté , l'iode a une plus grande affinité pour les tissus végétaux que pour l'eau. Si donc l'alcool domine , la coloration n'aura lieu que lorsque le superflu de cette substance aura achevé de se saturer d'eau. La coloration de la fécule est aussi lente à se mani- fester toutes les fois que la teinture d'iode renferme beaucoup d'acide iodique. Conclusions de cette seconde paitie. 1^. La fécule se compose non de cristallisations , mais d'organes végétaux, sous forme de globules. 2°. Ce n'est point par une combinaison nouvelle, mais par une simple coloration , que la fécule prend avec l'iode une teinte, soit violette^ soit indigo. 3°. Chaque grain de fécule est formé , 1°. d'un tégu- ment lisse, inattaquable par l'eau et par les acides à la température ordinaire , susceptible de se colorer long- temps par l'iode; et, 2°. d'une substance soluble à laquelle l'évaporation fait perdre sa faculté de se colorer ( 420 ) pai' riode , et qui possède toutes les qualités de ]n :romme. 4°. Eu conséquence , les gommes qui découlent des végétaux ne sont que celte substance soluble de la fécule qui a perdu au grand air la faculté de se colorer en Lieu. 5°. La faculté de se colorer par Fiode est due à une substance volatile. 6". Il peut exister dans tous les végétaux des cou- leurs jaunes comme la teinture d'iode , capables , en se superposant sur la surface des granules de fé- cule , de fournir à cette substance la propriété de trausmeltre le rayon bleu plus ou moins combiné. Une expérience bien simple et très -facile à répéter achèvera , sans doute , de mettre dans toute son évidence l'organisation de chaque grain de fécule. Elle consiste à en- dommager avec un instrument tranchant le grain de fécule. Dans le cas où le grain de fécule sera composé , comme je l'ai dit, d'un tégument imperméable et d'une substance gommeuse que ce tégument renferme , on sent qu'en je- tant dans l'eau froide les grains endommagés par l'instru- ment, la suljstance gommeuse mise à nu se dissoudra plus ou moins lentement dans l'eau froide, laquelle alors, au lieu d'ofïrir au microscope des grains entiers , ne présen- tera plus que des tégumens déchirés et en lambeaux. On essaierait en vain de chercher à endommager les grains de fécule , en faisant agir sur eux un tranchant quel- conque , à la manière des couteaux coupe - racines ; ces grains glisseraient sous le tranchant , qui , tout effdé qu'on ^puisse le supposer, n'en serait pas moins encore trop grossier pour atteindre ces corpuscules microscopiques. ( 421 ) Le moyen qui se présenta le plus naturellement à mou esprit fut de faire une pâte de fécule de poniine de terre , qui est la fécule la plus pure et dont les grains sont les plus gros et les moins endommagés par la manipulation, d'eu faire une pâte , dis-je , en la délayant dans une dissolution concentrée de gomme arabique. J'en formai un bâton que je laissai sécher ; dès qu il me parut cassant, j'en raclai un des bouts , en faisant tomber les raclures dans une capsule remplie d'eau distillée froide ; et l'autre bout , je le laissai tremper dans une autre capsule également remplie d'eau. Le lendemain j'examinai au microscope mes deux capsules. La capsule qui contenait les raclures m'offrit une quantité innombrable de tégumens coupés en deux, ou déchirés et flottant avec leurs lambeaux ; quelques grains entiers s'y montraient aussi ; car on doit penser cjue le tranchant avait enlevé plusieurs couches à la fois ; mais la capsule dans la- quelle j'avais laissé dissoudre le bout opposé du bâton ne m'offrit que des grains bien conservés et qui n'avaient pas subi la moindre altération. Cette expérience fournit , je pense, la preuve la plus incontestable de l'organisation du grain de fécule. Notre découverte siu* l'organisation du grain de fécule explique le plus facilement du monde toutes les anoma- lies qu'offrent les analyses végétales au sujet de l'amidon. Nous allons en donner un exemple qui ne paraît pas sans intérêt. On sait combien la farine de mais olfre une nourri- ture saine et bienfaisante ; et cependant Parmentier , par les procédés ordinaires, a trouvé que cette farine ne pos- sédait presque pas d'amidon ( une once par livre ) (i). Nous avons été curieux de vérifier par nos procédés mi- croscopiques cette assertion de l'auteur. N'ayant pas d'a- (i) Mémoire sur le Màii. Bordeaux, 1^85. YI. 28 ( 422 ) boni do faillit: do mais à notre disposition , nous avons cxa- niiiiô la fôculo , quo nous séparions à l'aide d'un cauif de la {jraine niônio ; et, au microscope , nous n'avons aperçu d'autre sul)stance que des grains de fécule, analogues aux grains de fécule de froment , mais froissés , déchirés , quel- tiucfois agglullnés entre eux : à peine eu avons-nous ren- contré quelques-uns d'aussi bien conservés et d'aussi libres que ceux du froment. Nous avons d'abord attribué l'altéra- tion de ces grains à l'effort avec lequel nous les séparions du périspermc de la graine , qui est en général corné sur le pourtour [i), et nous étions porté à ci'oire c[ue l'action de la meule devait moins les endommager que le trau--„ chant du canif. En conséquence, nous avons cherché à nous procurer d^ la farine de maïs de mouture. Nous en avons laissé se journcr une certaine cjuantité dans l'eau pure, et, examiné au microscope , cette farine nous a offert une aussi grande^ quantité d'amidon que les farines do froment , mais sous (i) ParmenLiur dit qu'à la simple vue on aperçoit au ceutre de la ma- tière dure et coruee (périsperme) , comme en dépôt , une poudre blan- clié et farineuse ; mais que , vu au microscope , le grain coupé trans- versalement ne présente , au contraire , qu'une substance transparente , tout-h-falt homogène (/iiV7, p. 66). Cette réflexion prouve qu'un ex- colient chimiste peut être un très- mauvais observateur au microscope. Un microscope un peu fort ne peut porter que sur quelques grains de fécule , et ce n'est pas au moyen de cet instrument qu'on peut analyser des graines d'un centimètre de grosseur. Le périsperme du maïs est corné , cassant, jaunâtre et homogène sur la majeure partie de la surface que présente une coupe transversale ou longitudinale qui intéresse le centre delà graine ; mais dans ce centre on aperçoit une substance fari- neuse , et une cavité plus ou moins légère , sur la paroi antérieure de la- quelle se'montre le dos de l'embryon. Dans la seconde partie de son observation , Parmcniicr, n'r.ura inté- ressé qu'une faible surface du périsperme , i:t sa coupe transversale n'aura pas jwssé par le ceutre de la graine. ( 423 ) xin aspn l l)icn tliPi'ci<.'nt. I-eà grains, en gûiûiaî plus petits, sont tous froissés, plissés , souvent polyèdres comme les cellules; on en voit jusqu'à dix agglutinés les uns contre les autres , et le plus long séjour dans l'eau ne peut pas les séparer. Ces groupes de grains présentent l'iniage la plus conforme aux cellules végétales : il paraît même assez certain c£ue , si l'on ne savait pas d'avance c^u'on observe de la fécule de mais, on prendrait ce c^ue l'on a sous les yeux pour des fragmcns de tissu cellidaire (i). Qu'arrive-t-il donc quand on veut isoler la fécide de maïs par les procédés employés jusqu'à nous pour recon- naître cette sidîstance ? L'eau dissout la substance gom- meuse qui s'échappe des tégumens que la meule ou leur compression mutuelle a altérés ; les tégumens restent , en. consécpencc , suspendus , au moins pendant un certain temps, dans le liquide, ou , s'ils se précipitent, on sent que leur poids ne sera plus le même qu'auparavant ; d'un autre côté , ccnx c{ui sont agglutinés entre eux , et qui offrent une surface très-large et n'apparaissent jamais que sous la forme d'une couclie de cellules , restent suspendus dans le liquide et ne se précipitent pas. Aussi , bien loin d'être étonnés que Parmentler ait trouvé une once d'amidon par livre de farine, nous pensons qu'en laissant séjourner plus long- temps la farine dans l'eau , il en eût trouvé une cpiantité bien inférieure en poids , c[Uoic[ue , par le fait , un grain de maïs en possède proportionnellement autant que tout autre grain de Graminée. (i) Nous avons dit au commencement tlece mémoire qu'on ne trouve jamais deux grains de fécule agglutinés ensemble. Nous n'avons voulu parler que d'uuc agglutination qui n'altérerait poiiit leur forme naturelle et qui pourrait représenter une cristallisation au milieu d'une cellule , et non un dcbii de tissu cellulaire. ( 4^4 ) EXPLICATION DE LA PLANCHE XVI. li^. I. Grain de pollen de fiomeut, à riuslant dcl'anthèse ; les gra- ^ miles sont agyloméixs dans son centre. Fig. I lis. Grain do pollen coloré par Tiode ; les granules agglomérés se peignent en bleu dans le te'gument jaune. Fig. 1 ter. Grain de pollen non encore mûr. Ces trois figures sont vues à une lentille d'une ligne de foyer, et par réfraction. Fig. 3. Grains de fécule de pomme de terre, avec leurs principales formes et leurs principales proportions. On en trouve de bien plus petits encore que ceux que nous représentons ici. Fig. 3. Grains de fécule de froment. Ils afiecteut, en général, la forme sphérique : cependant , quand le périsperme est corné , la com- pression fait contracter la forme ovoïde à une foule d'entre eux On voit , par ces figures , que le grain de pollen de froment pourrait se mou- voir librement dans un des plus gros grains de fécule de pomme de terre , tandis que le plus gros grain de fécule de froment n'atteint pas la moitié du diamètre d'un grain de pollen. F'ig. 4. Grains de fécule de pomme de terre colorés par l'iode. Fig. 5. Tégumens des grains de fécule de pomme de terre , tels quV)n les voit nager dans le liquide à une lentille d'une ligne : on les voit ici ou incolores ou diversement colorés par l'iode; ils sont plus ou moins plissés , selon qu'ils sont plus ou moins vides. Un d'entre eux a été en partie carbonisé sur les charbons incandcscens de la première expé- ri^ence, et, en flottant dans lu liquide, il permettait à l'œil de pénétrer dans .son intéiieur. Fi". 6. Ovaire de froment avant la fécondation. Les stigmates ont , à cette époque , leurs fibrilles unilatérales. Ici nous les avons représentées étalées, pour montrer leur disposition distique, (a) Partie saillante du pcricarpe , produite par la pression qu'exerce le mamelon basilaire des piirispeniies (fig. 10 b). Cette partie saillante et intérieure s'allonge en éperon dans les graines de VEchinaria et de VE/jtrophorus , Palis.; par derrière se trouve le vaisseau qui s'insère sur la tige de la plante. Fi". 7. Coupe longitudinale du même, destinée à ne montrer que le péricarpe composé d'une couche externe blanche très-épaisse , d'une couche interne verte , qui est coupée en blanc, sur sa paroi postérieure, par le vaisseau ou placenta (c) qui s'insère sur la lige, (n) Empreinte du C 4^.^ ) mameron basllaire du pensperme ( fig. lo, b). ((/)Basedu style, qui s« bifurque avant de sortir de la substance du péricarpe. Fig. 8. Coupe longitudinale du même, colorée par l'iode: {a, d, c) dié.signent les mêmes organes que dans- la précédente. On voit que le péricarpe y est coloré en bleu ; il renferme de la fécule, hepérisperme qu'il enveloppe est coloré en jaune, ainsi que le style et les stigmates : la fécule n'y existe pas encore. Fig. 9. Cette figure est destinée à exprimer par des lignes les vaisseaux des difierens organes de l'ovaire, (a, b, c , d) désignent toujours les mêmes organes. Gn voit que l'embryon {b) alterne avec la chalaze , c'est- a-dire avec le point d'insertion du périsperme sur le vaisseau pos- térieur (c) , qui à son tour alterne avec l'étamine médiane de l'appareil mâle ( fig. i3 ). L'ordre d'alternation de tous ces organes est le même que l'ordre d'alternation des feuilles et des bourgeons caulinaiïes. Fig. 10. Ovaire voisin de la maturité. Les deux couches du tégument exlériiur (péricarpe), la blanche et la verte , peuvent alors se séparer , mais comme là drupe d'une pêche se sépare de son noyau, c'est-à-dire en laissant sur la surface de l'intérieur des vaisseaux blancs entrelacés nvecccux de cette dernière. (6) Mamelon basilaire aux dépens duquel se forme l'embryon. A cette époque, on peut en détacher l'embryon sans trace d'adhérence. Cet ovaire est vu avec une trcs-faible loupe. Fig, 1 1 . Embryon encore informe , et dans le premier moment qu'on peut le détacher sans trace d'adhérence du mamelon {b) ; il commence à offrir par réfraction un rudiment de cotylédon ( Hjpoblaste , Ricu. ) , de plumule et de radicule. Fig. 12. Embryon plus avancé en âge, mais encore transparent; il présente un cotylédon , une feuille parinen>iée , dans la sommet de la- quelle apparaît la plumule sous la forme d'une espèce de cœur , cl au dessous de laquelle on voit la radiculode surmontée de Vépiblasle. Fig. i3. Appareil mâle, coloré par l'iode. Les anthères se colorent en bleu verdâtxe , à cause de la couleur jaune du theca mêlée avec la couleur bleue des granules de pollen ; les écailles , très-épaisses dans le jeune âge, ne se colorent en bleu qu'à leur sommet. En avançant en âge , les lobes intérieurs et colorés eu jaune deviennent plus longs que les extérieurs, qui sont colorés en bleu. Fig. 14. Périsperme avant la fécondation , coloré en jaune par l'iode. Le sommet est siu-monté d'un fragment de style , et le mamelon basi- laire s'y montre plissé par des cercles concentriques. Fig. i5. Coupe longitudinale du même non coloré par l'iode. ( 4^6 ) Le somraef. porte l'empreinte du style. La panse olTie une Icgàe dépres- siou. Le mauielou basilaire y est loujoiiis plein, et irotïre jamais la moindre trace de cavité. Fig. 16. Le même, épuisé par l'alcool , offrant un tissu cellulaire, et le mamelon portant une empreinte qui joue li^scutellum de la graine. Ces trois périspermes sont vus à une luntillc d'une ligue de foyer. Fig. 17. Coupe transversale d'un ovaire jeune, destinée à montrer que le vaisseau du sillon posicrieur (c) est le point d'insertion du pcri- sperme. Fig. 18. Graine mîire , ou près de l'être, d'^i^enaiflfiVn , vue par der- rière et dépouillée de son pciicarpe , dont un fragment (e) adhère encore au vaisseau postérieur. (aires. Il y en a deux parfaitement semblables -, ils renferment les germes ou les produits de la fécondation; on y dis- lingue deux parties qui ont des attributions différentes : les gaines ovigères et le calice de Vovaire. 1°. Gaines ovigéres. Elles forment, pour cliaque ovaire , un faisceau pyramidal couché l(î long des côtés delà cavité abdominale, au-dessous du paquet intestinal. Ce faisceau se compose de gaines plus ou moins nom- breuses suivant les genres, le plus souvent enveloppées d'une membrane commune diaphane, d'une finesse im- ( 4^8 ) pei'ceplible. Celle membrane sert de trame , de soulierî à des ramuscules irachéens et à du tissu adipeux. Ces gaines , parfaitement séparées les unes des autres dans le sac qui les renferme^ sont des boyaux conoïdes qui , antérieurement , se terminent d'une manière insensible en un filet capillaire 5 elles sont essentiellement for- mées par une membrane pellucide, et offrent, d'espace en espace , des étranglemens placés à la file les uns des autres, et d'autant plus rapprochés , d'autant moins sensibles qu'ils sont plus antérieurs. Ces étranglemens interceptent, vers la base du faisceau , des réceptacles oblongs destinés à loger les oeufs. Les gaines ovigères sont au nombre de sept pour chaque ovaire dans les Carahus et le Stei'opus , de huit dans le Calathus, le Zabi'us obesus, d'une douzajue en- viron dans W4ptinus , les Chlœnius , les Sphodrus, "Leurs sommets effilés convergent entr'eux à la base de l'abdomen, pour former, par leur réunion , leur sou- dui'e , un ligament propre à chaque ovaire. Ce liga- ment, après avoir traversé la poitrine, pénètre dans le corselet, s'y unit avec celui du côté opposé, et il en- résulte un ligament suspenseuv des ovaires qui se fixe entre les masses musculaires destinées aux mouvemens des pattes antérieures. L'anse que détermine le concours des deux ligamens propres des gaines ovigères embrasse le jabot. Ces dernières s'abouchent isolément par leurs bases dans le calice. 2°. Calice de ï ovaire. C'est un réceptacle destiné au séjour momentané des oeufs à terme , et qui est surtout formé par la base du sac où sont renfermées les gaines ovigères. Sa texture m'a paru musculo -membraneuse. (4^9) Il est évasé à sa partie antérieure, et il dégénère, en ar- rière, en lin tube court qui n'est, à proprement parler, qu'un oviducte particulier à chaque ovaire. Le point d'insertion des gaines ovigères a lieu sur les parois du calice 5 elles s'y implantent par un col bien plus étroit que l'œuf à terme , mais qui , par sa texture , est , sans doute , susceptible de se dilater beaucoup , pour per- mettre le passage des œufs dans la cavité calicinale. § IIj Organes éducateurs. Ils sont destinés , ainsi que l'indique leur nom , à conduire les œufs liors du corps de l'insecte ; ils se com- posent d'un oviducte et de la glande sébacée de ce der- nier canal. i". Oviducte. C'est un conduit musculo-membr.';- neux formé par l'union , la confluence des tubes courts qui terminent, en arrière, les calices des ovaires. Après l'insertion de la glande sébacée , il s'engage dans l'or- gane copulateur et se continue avec le vagin. Il est tantôt droit , tantôt courbé ou fléclii. 2°. Glande sébacée de l'oviducte. L'organe auquel j'assigne cette dénomination se rencontre non-seulement dans tous les coléoptères , mais encore dans tous les in- sectes soumis à mes reclierclies anatomiques. Il est re- marquable , dans le genre Carabus , par sa grandeur et une structure intérieure assez compliquée. On y recon- naît un vaisseau sécréteur et un l'éservoir , en un mot, ce qui constitue essentiellement un organe. \^e vaisseau sécréteur consisle , dans les Carabus, le Steropus , Y Elaphrus , en un simple tube filiforme, flottant et flexueux , implanté au bout antérieur du ré- ( 43o ) servoir. Dans les Sphodrus , le Calathus , quelquQ& Harpalus et le Nebria Lafrenayei, le bout flollant est un renflement ovoïde. Il est en massue courbe dans les Zahrus. Le rcsctvoir, dans le Carahus auratas , est un corps ovalaire assez gros, un peu reLréci en arrière, s'abou- cliant près de l'origine de l'oviducte -, il est assis sur un tissu cellulaire compacte , et maintenu dans sa position par des bandelettes musculaires fortes j une tunique d'une texture fibro-musculeuse et d'une solidité rèni- tente forme son enveloppe extérieure. Si, par une inci- sion longitudinale dirigée avec circonspection, on ouvre le réservoir de manière à mettre en évidence sa cavité, on découvre dans celle-ci un corps particulier Irès-dis- ùnct de la paroi interne, libre dans son contour, ex- cepté à un seul point par lequel il adbère à l'endroit de la grosse extrémité du réservoir où se fait l'insertion du vaisseau sécréteur. Ce corps particulier, sur la structure et les fonctions duquel je ne suis pas encore bien fixé , s'est jusqu'à présent offert à mes yeux sous la forme d'une valve concoïde de couleur blonde, de consistance parcheminée, marquée de stries plus ou moins conccn- iriques qui ne sont que les replis de sa tunique con- tractée ou affaissée. Dans une échancrure de sa base , j'observe une petite pièce noirâtre rbomboïdale , légère- ment creusée en gouttière , et tout près de là se voit une ouverture triangulaire musculo-membraueuse et très- dilatable qui aboutit à l'oviducte, ainsi que j'en ai eu la preuve en y insinuant la tête d'une fme épingle. L'appareil dont je viens d'esquisser la description a , comme je l'ai dtjà dit, toutes les conditions qui consli- (43i ) luenl un organe , et il remplit des fonctions spéciales. Le vaisseau sécréteur, véritable glande déroulée, puise, par imbibition , dans le tissu adipo-cellnlaire ambiant , les matériaux de sa sécix'lion , pour les. transmettre à la capsule particulière du réservoir. J'ai dit que je n'avais point encore des notions très-positives sur la texture de ce corps capsulaire , et c'est ce qui m'empêche de livrer à la gravure les dessins , sans doule incomplets , qui le représcnleuL-, mais j'ai lieu de présumer qu'il est des- tiné à l'élaboration de l'humeur sécrétée. Dans quelques circonstances j'ai trouvé celle dernière substance coagu- lée, blanche , semblable à du suif. N'esl-ii pas vraisem- blable qu'à l'époque où les œufs sont à terme et sur le point d'être pondus , les fondions de cet organe ac- quièrent une énergie toute parliculière ; que la capsule interne se diiate alors par l'abord du fluide sécrété, et que les rides qui le caractériseut dans l'élat de mort n'exislent pas? La bourse ovalaire et réniteule qui l'en- veloppe ne serait cju'un muscle creux uniquement des- tiné à favoriser par sa contractililé l'excrélion de la matière sébacée. Celle-ci ne se coagule vraisemblnî>lc- ment qu'après la mort et par le contact de l'eau froide. En lubrifiant et les œufs et l'intérieur de l'oviducle , elle rend la ponte facile. Peut-être aussi fournit-elle aux œufs un enduit, une sorte de vernis qui, en les mettant à l'abri de rinfluence de l'air et de l'humidité , leur donne la faculté de conserver le germe vital jusqu'au moment où ils doivent éclore. Dans les Sphodrus le réservoir de la glande sébacée semble n'êlre qu'un renflement de l'oviducte, et il oHre au point d'insertion du vaisseau sécréteur une capsule ( 432 ) ovale arronclie dans le terricola , conoïde dans le pla^ nus. Le réservoir dix Calathus n'est qu'une dilatation oblongue de l'oviducte , et le vaisseau sécréteur s'im- plante vers son milieu. Le Steropus présente , sous ce rapport, de l'analogie avec les Carabus. Dans les Za- hrus y la forme et l'étendue du réservoir de la glande sébacée constituent un des traits anatomiques les plus remarquables de ce genre des Carabîques. Il est beau- coup plus long que dans aucun autre insecte de cette famille , courbé sur lui-même , d'une consistance cal- leuse , et le vaisseau sécréteur s'abouche vers son tiers postérieur. Il ne paraît être qu'une continuation de roviducte, ainsi que l'exprime la figure. Ce réservoir m'a paru , dans VjElaphrus , placé en travers sur l'ovi- ducte. Il est bon que je fasse observer que dans sa situation naturelle l'organe générateur femelle des Carabiques n'est point étalé", ainsi que les figures le représentent. L'oviducte et les calices des ovaires sont fléchis , coudés en arrière , et enfoncés sous la glande sébacée ,. qui les recouvre presque entièrement : aussi faut-il exercer un effort assez grand pour les déployer. § in. Organes copulateiirs femelles. On peut y distinguer les crochets vulgaires, la ^'l^Z^>ej et le vagin. Tous les Carabiques femelles ont à l'extrémité de l'abdomen deux crocAeî5, l'un à droite, l'autre à gauche de la vulve. Ces appendices palpiformes et de texture coriacée ou cornée , mobiles et susceptibles de diduc- tion , sont , dans le repos , tout-à-fait cachés sous le ' ( 433 ) •dernier segment dorsal de l'abdomen ; mais ils se mettent à découvert dans les mouvemens variés qui précèdent ou accompagnent l'acte de la copulation. Ils sont ordinairement glabres , déprimés , plus ou moins pointus. Dans les Zabrus ils offrent , de cbaque côté , une soie courte, presque épineuse. La -vulve ou rorifice extérieur du vagin est placée entre les crochets , et ceux-ci paraissent destinés à favo- riser l'intromission de la verge. Le 'vagin est un canal membraneux , qui n'est que la continuation de l'oviducte. § IV. OEufs. Les œufs des Carabiques sont ovales-oblongs , blancs ou à peine jaunâtres. Il est rare qu'on en trouve dans un même ovaire plus de six ou sept parvenus à un degré de développement complet. Us sont remplis d'une pulpe homogène, c'est-à-dire qu'on n'y reconnaît aucune trace de l'existence d'un blanc et d'un jaune. Cette pulpe se délaie facilement dans l'eau, et ses élémens, soumis à une forte lentille du microscope , paraissent globuleux et d'inégale grosseur. La membrane qui les enveloppe est diaphane, et le microscope y dénote une texture ré- liculaire. Les organes générateurs femelles des Coléoptères étrangers à la famille des Carabiques sont bien moins variés dans leur forme et leur texture que l'appareil du sexe masculin de ces mêmes Coléoptères : aussi je me bornerai à une exposition succincte des différences les plus appréciables de ces parties sexuelles. ( 434 ) B. CU'IWDELÈTES. Leurs ovaires ne diffèrent point de ceux des Cara- Liques. Le réservoir de la glande sébacée est arrondi, Lombé, proporlloiiuellcment plus grand que dans ces derniers. Les crochels vxilvaires sont bien plus compli- qués : on y comple rtnq pièces, dont trois supérieures oblongucs , légèrement spatulées, ciliées en dehors; les inférieures sont deux crocbcts longs et acérés, simples en apparence, mais finement bifides à leur points. C. IIVDUOCÀKTHAKES. Les ovaires du Djtiscus consisîcnt en deux faisceaux conoïdes, allongés, composés chacun d'une trentaine de gaines ovigèrCs et d'un calice bien marqué. Le vaisseau sécréteur de la glande sébacée est grêle , filiforme , de peu de longueur. Il s'insère tout j^rès de l'extrémilé d'un réservoir oblong à peine un peu courbé. L'ovi- dncte est cvlindriquc. Au lieu de crochets vulvaiivs , il va un sabre corné, presque droit, composé de doux lames couliguës , eldcsliné , ainsi que dans les O.lhop- tèrcs, à enfouir les oeufs lors de la ponte. Ce snLre est désigné sous le nom d'oviscaple. Les œnfs des Dyiiscus sont oblongs. Chacun des ovaires du Gyrimis est un faisceau d'une vingtaine de grànes ovigères , lesquelles abouiissent à lur calice cupulifornie. Le vaisseau sécrélenr de la glande sébacée est renflé . et ce renllement se leimii'.o par un petit filet tubuleux. Il s'abouche à la partie pos- térieure du réservoir. Celui-ci est ovalaire. Les crochets viilvaires sont bruns et 1res -ciliés. ( 435 ) Famille II. Brachéljtres . Ces Coléoptères out une configuration et une struc- ture toute particulières des organes génitaux femelles. Je vais me livrer plus spécialement à la description de cet appareil dans le Staphyliaus olens , et je l'accom- pagne de figures. Chaque ovaire n'a que trois gaines ovigèrcs. Le calice est variable pour sa forme. Dans Tindividu dont j'ai dessiné l'organe, et dans la plupart de ceux que j'ai disséqut's , il était allongé, semblable à un pédoncule, rempli d'une matière blanclie compacte, et marqué extérieurement de quelques traits linéaires longitudinaux qui semblent dénoter que ce pédoncule est triloculaire. Dans d'autres individus , ce calice était renflé, ovoïde-, j'en ai même trouvé où l'un des deux calices était de celte dernière forme, et l'autre allongé. Cette diflerence tient à des dispositions génératrices qu'il faut encore étiidier. Les calices aboutissent sur les côiés d'un sac intermédiaire fort gros , très-large , plus ou moins bontbc , et destiné au séjour des oeufs. L'ovi- ducte est court, gros, conoïde, et n'est que la conti- nuation du sac précédent. La glande sébacée consiste en un vaisseau sécréteur filiforme flottant, et en vui ré- servoir ovoïde, pédicellé, qui s'insère vers l'extrémité postérieure de Toviducte. Les œufs de ce Staphylùi sont remarquables par leur grosseur. Je ne connais dans les insectes que les Blattes cjui les aient proportionnel- lement plus gros. Ces œufs sont ovales -oblongs, et en fort petit nombre. J'ignore si , par leur séjour dans le ( 436 ) sac intermédiaire , ils acquièrent une coque dure qui se durcit encore après la ponte , comme on en voit un exemple dans \ Hippohosca ; mais ils ont dans les ca- lices une enveloppe d'un blanc mat , épaisse et souple. J'ai consulté les divers auteurs qui nous ont tracé l'histoire des Stap/ijlins, et je n'y trouve aucun rensei- gnement sur leurs œufs ni sur* les lieux où ils les dé- posent. Dans des femelles que, sur la grosseur de leur ventre, j'avais jugées au dernier terme de la gestation , au lieu d'oeufs je n'ai trouvé dans leurs gaines ovigères , ainsi que je l'ai observé dans plusieurs hyménoptères (i), qu'une matière blanche , molle , informe , dépourvue d'enveloppe. Je serais tenté de l'assimiler à une môle ou à un faux germe. Ces gaines étaient alors dispropor- tionnées entr' elles pour leur grosseur, et quelques-unes, tout-à-fait infécondes, étaient diaphanes et grêles. L'appareil de la génération femelle a la même cou- formation générale , la même structure dans le St. Maxillosus ; mais celte dernière espèce a six gaines ovigères, au lieu de trois, pour chaque ovaire. Le St. punctatissimus n'en a , comme VOlens, que trois. Il m'a semblé que dans les Pœdenis il n'y avait que trois ou quatre gaines ovigères à chaque ovaire. Leurs œufs sont ovales, blancs, fort gros. (i) Recherches aaat. sur tes Scolies , etc.; Journal de Physique, septembre 1818. ( 437 ) Famille Ilf. Sert icoines. Elaterides. L'organe générateur femelle des Elatet est bien plus compliqué que celui de la plupart des autres Co- It'oplères. Chacun des ovaires de VElater murinus est composé de deux faisceaux couligus, mais distincts, de fjaînes ovigères. Celles - ci sont au nombre de dix en- viron pour cbaque faisceau, ce qui fait une quaran- taine pour les deux ovaires. Dans la femelle dont j'ai représenté l'appareil générateur, les œufs étaient à terme , et plusieurs di|jà tombés dans les calices. Il y a quatre de ces derniei-s , un pour chaque faisceau. Les gaines ovigères sont courtes, et m'ont paru tout au plus Liloculaires. Elles se terminent par un article charnu, allongé, conoïde, fixé par son extrémité à un filet dont la lénuittï échappe à l'oeil. Tous les filets convergent à un ligament suspenseur. Les conduits propres des ovaires confluent entr'eux tout-à-fait au-dessous de l'origine de l'oviducte. Celui-ci est renflé à sa nais- sance , et semble avoir là des parois plus épaisses, plus charnues. Il se continue ensuite en un conduit cylin- drique , et s'engage avec le rectum dans un fourreau fibro-membraneux. Les œufs sont ovales -obronds. La glande sébacée de l'oviducte est fort compliquée dans cet insecte , et le développement considérable des vaisseaux sécréteurs me fait présumer , par analogie , que XesElatery ainsi que plusieurs autres insectes, no- VI. ^ 29 ( m ) tammftnt la Cassida,^nrïni les Coléoplèms, les Manirs, dans les Orthoptères, presque tous les Lépidoptères, ete., excrèlenl, avant, pendant ou après la ponte des œufs , tihe humeur propre h. former à ceux-ci une cnvelop^fe commune, une sorte de cocon. Il y a encore, sous ce rapport, une lacune dans l'histoire naturelle des TT/c/^er. Quoi qu'il eu soit, les vaisseaux sécréteurs de l'humeur sébacée consistent en un arbuscule à trois branches , dont les rameaux capillaiies et dichotomes offrent à chaque division une dilatation triangulaire dont la ter- minale émet deux filets tubuleux flotlans. Un Cc^ip- d'œil jeté sur les figures qui accompagnent mon texte Suppléera à d'autres détails. J'observerai seulement que les mmeaux de l'arbuscule sécréteur' sont entrelacés d'une manière inextricable. Quand ou soumet à la len- tille du microscope une portion de ces vaisseaux, on se convainc qu'il y a un conduit indus, lequel s'élargit en triangle à l'endroit des dilatations. Le tronc fort court de l'arbuscule sécréteur s'abouche dans un réser- voir arrondi , de peu de capacité. Il y a sur ce réservoir un tubei'cule qui est le point d'insertion d'un conduit spiroïde et élastique dont j'ignore les fonctions. Les crochets vulvaiies sont , comme dans les Carabiques , deux appendices brims , glabres , poiutus , rélractiles et diductiles. ? Ces mêmes organes femelles de la génération sont tout aussi compliqués dans VEl. gih>ellus ^ mais ils offi'ent avec le précédent des diflérences notables. Cha- cun des ovaii'es ne m'a point paru composé de deux faisceaux comme celui de VEl. murinus. Il n'est forrtté que d'une qvu'nznine environ de gaines ovigères. Les ( 439 ) tTcufs sont ovales et blancs. L'oviducle est un tube lou". renflé à son origine. L'appareil sécréteur de la glande sébacée os>t un arbuscule à rameaux capillaires, mais .'■} 'njj-ira Chacun des ovaires du TVymaZus ée cotopo^e d'ine vingtaine de gaines ovigères groupées en > faiBceaftt^ ^ ]{ biloculaires , et dout Farlicle terminal est renflé en massue allongée. Le calice est cupuliforme. Les ' œufs sont ovales, Lianes. L'oviducte, renilé à son ori- gine, est cylindrique, plus ou moins courbé. L'étui i commun à ce dernier et au rectum se termine par deux ' appendices vulvaires palpifornics et velus. Le Aaisseau sécréteur de la glande sébacée est remplacé ici par une sorte de vésicule oblongue , pédicellée, qui s'abouche dans un réservoir un peu plus grand qu'elle, et pareille- ment muni d'un pédicelle lubuleux. Celui-ci s'implatite à l'origine de l'oviducte. i oiulqo f Famille V^. Palpicornes. .ïi-Ji^ ■ ; lua Le grand Hydrophile a deux ovaires formés chacun'^ d'une quarantaine au moins de gaines ovigères , main-'' tenues en fai-ceau par une sorte de canevas composé f de pulpe graisseuse et de trachées plus fines que desl cheveux. Les gaines ovigères sont allongées, M ou tri+ori loculaires , terminées par un article charnu conico-*d. cylindroïde, .aussi long que la gaine elle-même et fixé a ;* un ligament suspenscur bien apparent. Le calice de .'ovaire représente un sac à la périphérie duquel s'im- lanteut les gaines ovigères : sa partie postérieure en ( # ) parait seule dë^OTi^ùe^ 'Le cohSiif commun Aes ovaires est court et enfoncé au-dessous du ré-^ervoir de la glande sébacée , en sorte qu'il faut renverser celui-ci pour le mettre en évidence. Les œufs sont oblongs et gros. La glande sébacée de l'oviducte se compose i". d'un vaisseau sécréleur fort simple et de peu de longueur, filiforme, un peu renflé en massue à son extrémité, qui est flottante^ s**, d'une petite bourse comme ])iIobéè, d'un jaune pâle , où s'insère le vaisseau précédent , et qu'un étranglement bien marqué sépare du réservoir ; à^. de ce réservoir, qui est une grande poche oblongue, cylindroïde , blancliàtre , dont les parois épaisses ont une texture fibro- cartilagineuse. Il est couché longi- tudinalement entre les deux ovaires , et reçoit à son bout antérieur la bourse dont je viens de parler. Les ouvrages qui traitent de l'histoire du grand Hy- drophile nous apprennent que la femelle de ce Coléop- Icre aquatique renferme ses oeufs dans un cocon de soie qui a la forme d'un petit bonnet pointu et qui Hotte sur l'eau. On n'avait point encore de notions anatomiaups sur l'organe destiné à la sécrétion , à l'élaboration de cette matière soyeuse. Je vais tâcher de remplir ce vide. Chacun des ovaires est débordé à sa partie antérieure par un fascicule assez lâche de vaisseaux tubuleux , fili- formes, légèrement renflés à leur extrémité flottante en une ampoule ovoïde , et divisés en un petit nombre de branches simples. Ces vaisseaux, d'un aspect opaloïde, s'insèi'ent par six à sept troncs au bout antérieur du sac calicinal des gaines ovigèies. Ils me paraissent devoir être considérés comme spécialement sécréleùrs de la matière soyeuse du cocon. îudépendarhinejft "de ces' or- ( W^ ) ganes de la sécrélioii , il y a à la base de chaque calit^e, un peu en arrière du point où s'abouclient les gaîrtes ovigères , quatre vaisseaux bien distincts^ pluj. gros que les précédens , flexueux , repliés , simples , à l'exceplion d'un seul , qui est profondément fourcliu à son extré- mité. Ils flottent par un bout , et par l'autre ils s'im- plantent isolément, deux en dessus et deux en dessous, sur la partie du calice que je viens de mentionner. Etu- diés à la lonpe , on reconnaît aux petites rugosités de leur surface qu'ils ont une tunique fort contractile. Je ne saurais regarder ces vaisseaux que comme des réser- \^oirs tubulcux destinés à conserver la matière sécrétée et à la fournir, après une élaboi^ation convenable, pour la fabrication du cocon. La région anale de l'abdomen du grand Hydrophile femelle présente diverses parties propres à remplir le double but de l'acte copulatif et de la fabrication du cocon. On y voit d'abord deux filières principales, grêles , presque sétiformes , droites , acérées , cornées , glabres , brunes , avec des points plus foncés , suscep- tibles d'un mouvement de rétraction dans l'abdomen et d'extraction. Chacune de ces filières se compose de trois pièces articulées bout à bout. La première , qui est bien plus longue, se fixe par une base courbe dans les par- ties molles enviroimantes ^ la seconde, trois ou quati'c fois plus courte que la précédente , n'en est distincte que par une articulation linéaire-, la troisième est une soie terminale noire et roide. Au-dessous de ces parties est un autre plan charnu où l'on distingue deux appen- dices iétacés d'une seule pièce en grande partie bordée par des cils dont les extciues sont bien plus longs. La (447 ) base de ces appendices s'accompagne de chaque c6lé d un lobe obliquement tronqué , couronné de poils tri-» angulaires formant une sorte de peigne. , ; ". "^"r"; '^''".Familte FI. 'an ckOi h iixlji!!'.'' iio.^ ','. . . l'&tli^tfuR^l Lnmeilicornes . ^ >uo^^^)L iv> y.iS'Ai ■ , Les gaines ovigèies du jMelolontha vulgaris ne sont point enveloppées par une membraue commune, comme celles de plusieurs autres Coléoptères : elles sont seulement maintenues en faisceau par de rares tra- chées. Il n'y en a que six pour chaque ovaire , et elles m'ont semblé quadriloculaires ; leur article terminal est allongé, conoïde , surmonté d'un filet suspenseur. La base de ces gaines forme un article distinct que j'ai totijours trouvé rempli d'une matière blanche, et dont la surface extérieure est comme réticulée. Les œufs sont gros , obronds , blancs. Le calice est^tit, arrondi, placé au centre des gaines ovigères. L'oviducte est allongé; il a des parois assez épaisses, plissées lon- gitudinalement à l'intérieur. Le vaisseau sécréteur de la glande sébacée est semi-diaphane, d'une médiocre longueur, et renflé en massue ; il s'insère à la base d'un petit réservoir ovoïde-obloug. Indépendamment de celui- ci il y a un autre réservoir bien plus grand , et dégéné- rant en un col ou pédicule qui s'ouvre dans l'oviducte plus en arrière que le précédent. En disséquant ce sac on lui reconnaît une tunique externe épaisse , asscK ferme , marquée à sa face inléricure de plissures longitudinales , et n'adhérant point à une lîourse on ( 448 ) capsule centrale muuie d'un col, comme son enveloppe, ei d'une tcxlnre plus délicate. Ses parois , diaphanes , offrent des slries suivant sa longueur. La capsule ren- ferme une pulpe Llanchàlre : j'ignore si c'est un organe particulier on s'il est une dépendance de la glande sé- bacée. A l'endroit où l'oviducte s'enfonce dans le der- nier anneau de l'abdomen , ce conduit présente de chaque côté un tubercule ovale , une sorte de glande. En l'ouvrant on se convainc que ses parois ont une cer- taine épaisseur, et on y trouve une cavité remplie d'une humeur d'un gris ardoisé. Je suis loin d'être fixé sur les fonctions de ces espèces de glandes prostatiq«)esl> .'nJi • '•'. )'\ iri .îi ' . B. LuCANIUES. Les ovaires du Lucanus ce/vus sont enveloppés d'une grande abondance de lambeaux adipeux eiitrc- lacés de trachées ; mais quand on pince avec adresse le tronc principal de celles - ci et qu'on l'arrache brusquement , on enlève presque dans son entier cette tunique graisseuse et on laisse à nu les faisceaux des gaines ovigères. Ces dernières sont en nombre double de celui du Melolontha , car on en compte douze pour chaque ovaire , et , ainsi que dans le scarabéide précé- dent , elles ne sont maintenues en faisceaux que par quelques ramuscules trachéens. Ces gaines , assez courtes, sont bi ou iriloculaires 5 leur article terminal est globuleux , et elles s'insèrent au calice par un col fort étroit. Celui-ci acquiert, sans doute par les progrès=s de la gestation , une grande expansibiliié , puisqu'il* donne passage aux œufs, qui sont fotl gros et obronds. Le calice est assez ample, et l'oviducte court; la glande ( 449 ) swil)îijCfiki(a:\Wn«; cwiformalion et une structure particu- lières. I^a partie de cet organe qui', dans les autres Co- léoptères, est spécialement chargée de la sécrétion, coa- siste ici i°.-en une sorte de capsule brune, de consis- tance coriacée , cylindroïde, courbée en fer à cheval,. et étroitement enveloppée d'un tissu adipeux serré qui en masque la présence et dont il est bien vétilleux de la débarrasser. Celle capsule , dont nous retrouverons des exemples dans quelques Tétramères, s'abouche par une de ses extrémités à un conduit blanchâtre fort court; a°. en un vaisseau que je n'ai peut-être pas vu dans aoa entier, et qui est sans doute sécréteur. Il s'unit au con- duit précédent et se continue ensuite en un canal e£ie- rent , flexueux, élastique, qui s'abouche à l'extrémité ^^n réservoir obloug de même texture que lui. COLÉOPTÈRES HÉTÉROxMÈRES. Famille Fil. Mélasomes. • t-n-.î A. PiMÉLIAIRES. Les ovaires de VErodius ont chacun un faisceau ovale-conoïde de douze à quinze gaines ovigères, qui m'ont para à trois ou quatre loges 5 le calice est cu- puliforme , au moins dans les derniers temps de la gestation, et il se termine en airière en un conduit tu- buleux assez long. Les œufs sont oblongs. L'oviducte va s'aboucher au-dessous du réservoir de la glande sé- bacée. Le vaisseau sécréteur de colle-ci est simple , ( 45o ) -^ llexueux, floUant , plus long que I'Ij'vM t'ë'.' Le ri^seli'v'ôh' est courbé en crosse, et renflé à son origine, qui reçoit -le vaisseau sécréteur , puis il s'atténue et s'engage avec le rectum dans un étui scarienx. Les appendiceà dé'là \ulve sont deux pièces brunes , cornées , pointues. ''^''' Les gaines ovigères , le calice , les oeufs et l'oVid'udtÈ de la Pimelia ressemblent eu tout à ceux de VErodius. Le vaisseau sécréteur de la glande sébacée est moins long que dans le Mélasome précédent, et couché contré l'é j'éservoir, auquel il adhère par de fines trachées. Le ré- servoir est beaucoup plus grand que dans VErodius , conoïde, blanchâtre, et d'une texture calleuse; il se compose d'une tunique externe épaisse , musculcuse , ferme, et d'une bourse interne membraneuse -, celle-ci se continue en avant en une portion tubuleuse qui ap- partient au vaisseau sécréteur , et postérieurement en un conduit grêle, bien plus long que la bourse elle- même, fort replié, et s'ouvrant dans l'oviducte L'or- gane copulateur ne diffère point de celui de VErodius. Chacun des ovaires de Vylsida grisea a la forme gé- nérale de celui des Piméliaires dont je viens de pai'ler. Je ne lui ai compté qu'environ douze gaines ovigères :j elles s'implantent au calice par un petit col étroit, et sél terminent , du côté du ligament suspenseur, par un ar-j ticle charnu , ovoïde; elles ne m'ont paru que biloctf*] laires, et je n'y ai jamais trouvé qu'un seul œuf à lermêrtl celni-ci est oblong. Le calice est cupuliforme, et l'oviM ducle ressemble à celui de la Pinielia, Le vaisseau se-' eréteur de l'humeur sébacée est long , filiforme , quel- quefois roulé en spirale. Le réservoir est courbé en crosse: il est très -analogue , ainsi que l'organe co- ( 4^>i ) .pMlaleqr,.,.> celui des aiilics Piméliairos di-jà menlion- y,^Y^Vj4j.3S!Qqu«» dans le mois de juin, plusieurs femelles ilu Plq.ps gigas : e'cst l'époque où la gcslalïon est le plus avancée. Chaque ovaiie se compose d'une trentaine (\il luoius de gaines ovigèi-es réunies en un faisceau et ^i^]j>|:|i^(i$ées en fascicules à l'endroit de leur insertion nu calice, de manière que ce dernier paraît mullilobé. Ces gaines, dépourvues d'enveloppe commune, sont bi- lpculaires,,el.leur article terminal est renllé en massue. Les œufs sont blancs et ovales. Le calice a la forme des précédens, et l'oviducle est un tube allongé. Le vaisseau sécréteur du fluide sébacé est grêle, fort reployé sur lui- même et plus long que tout le corps de l'insecte. Lors- qu'on parvient à le dégager du tissu adipeux et trachéen t|ui souvent en agglomère les replis , on voit qu'avant de se terminer par un filet flexueux et flottant, il émet on il reçoit, dans deux points assez dislans l'un de l'autre, deux branches latérales plusieurs fois fléchies , dont la texture est raide et comme élastique. Quand on soumet à uue forte lentille du microscope ces branches et le filet en question, on leur reconnaît un tube inclus dont on perd la trace au point où s'abouche la seconde des deux branches latérales. Cette circonstance me fait pré- sumer que ces branches et ce filet sont essentiellement sécréteurs , et que le conduit qtii n'oiîre pas la même organisation est un simple canal eiïérent destiné à faire cheminer le liquide sécrété vers le réservoir : ce dernier est conoïde^ son petit bout est antéiieur, et leçoit direc- tement le canal elierent. L'oviducte s'abouche vers le milieu do sa face inférieure. Les appendices on crochets ( 4-^2 ) vulv.iires appt.lt's d'iicaptes par !\1. Marcel-de-Serres , soin jioiiàtrcs, et seiinbl;iL>les par leur forme et leur tex- ture à ceux des autres Mélasomes. 11 m'a fallu fouiller très-scrupuleusement tous lès re- plis de l'appareil générateur femelle du ^/aps similis pour y trouver un trait anatomique distinclif avec celui du Blaps Gigas. Ce trait n'existe que dans le vaisseau sécréteur de l'humeur sébacée. A la place des deux branches latérales qui s'observent dans le Gigas, il y î| dans le similis deux utricules ovoïdes pédiculées ayanl le même mode d'organisation que les branches sécrér trices en question. L'examen comparatif des figures qui représentent ces organes dans les deux espèces rend su- perflus d'autres détails. Famille FIJI. Taxicornes. îj'Jïjyophlœus ne m'a paru avoir pour chaque côté , que trois gaines ovigères ; elles sont biloculaires , e^ l'arlitle charnu qui les termine vers le ligament suspen- seur est allongé, conico-cylindrique. Les oeufs sont oblougs. Le calice est campanule. L'oviducle a peu de, longueur. Le vaisseau sébifère est très-simple , court et courbé ^ comme celui de la Pimélie. Le réservoir est allongé, cyliudroïde; il reçoit à son bout antérieur le vaisseau sécréteur , et en arrière l'oviducte. Celui-ci' s'enfonce avec le rectum dans l'étui copulateur, et les appendices vulvaires de son extrémité postérieure son! biarticulés. 1 ( 453 ) 'x-es oVaires de VHelops sont gros, courts , presque ^tBfciiïénx , blancs , formés par un groupe de vih'^- nn^l'à trente gàînes ovigères, qui m'ont paru lihilocit- îaives, et dont l'article terminal est allongé, conoîde. Les oeufs sont blancs, oblongs. Le calice 'est en forme dé coupe arrondie , munie d'un pédicule court. L'ovi- ducte a une grande brièveté. Le vaisseau sébifère est fort long, flottant, repToyé , "et avant de s'implanter au bout antérieur du réservoir , il offre une dilatation arrondie remarquable. Le réservoir est assez long, et sa partie antérieure renflée reçoit l'oviducle en dessous; il s'amincit en arrière J)our s'enfoncer dans l'étui cop.u- lateur. Ce dernier, de texture fibro-membi;aneuse , est formé de plusieurs pièces qui s'engainenl l'une dans l'autre comme les tuyaux d'une lunette, et se terminé par deux appendices vulvaires palpiformes , biarticulés. Les ovaires de la Cistela ont beaucoup de ressem- bïance avec ceux de Y Helops. j B. OEdémérites. .'.^ Le nombre des gaines ovigères et là corrtfi^iïrflliett de l'/ovaire sont les mêmes dans les OEdemei-â' iqlit; dans Wllehpsj mais leurs oeufs sont plus allongés. Le vais- seau sébifère de YOEd. ccerulea est grêle, filiforme^ flexiteux , et s'implante sur le côté d'iin rëhflement ovoïde qui s'ouvre à l'extrémité du réservoir. Vf. 3o ( «) '"''LcMyctej'us a, commo les antres Sténélytres , les èVaires courts , conico-ovoïdes , composés chncun d'unîê* vingtaine de gaines ovigères. Le calice est cupuliforme.' Les oeufs sont allongés et blancs. L'appareil sébacé 'ài\ xva réservoir ovale-oblong ; mais je n'ai pu reconnaître le vaisseau sécréteur. L'oviducte est filifoi-me. L'étui c(^pulateur est allongé, rétraclile, composé \de plusieurs tubes susceptibles de s'engaîner les uns dans les autres. Les deux appendices vulvaires sont palpiformes, uni- articulés et ciliés. '((Ktfp Famille X. Trachélides. "' Oantharidies. ^ Les ovaires du Mjlabris nielanura ont chacun , ainsi que ceux de la famille précédente , une tren- taine de gaines ovigères 5 elles sont courtes , bilocu- laires, et, leur article terminal est oblong. Les œufe sont ovales et jaunâtres. Le calice est assez ample. La glande sébacée a ici une forme et une structure qui dif- fèrent beaucoup de celles des autres Coléoptères exa- minés jusqu'à ce jour : c'est un trait analomique remar- quable qui parait commun à toutes les Ganlliaridies. L'organe cpie, par analogie, je dois regarder comme spé- cialement s^er-iîteur, se compose i'^. d'une utricule ovoïde, assez grosse, plus ou moins remplie d'uu liquide qui se fige par son séjour dans l'eau froide, et terminée en arrière par un conduit oblong sépai'é d'elle par un léger éti-anglemenl 5 a°. d'une autre utricule eu forme de massue qui dégénère en un col grêle. Ces deux utricules I ( 45n s aboucLenl à rextrémîté antérieure du réséi'voir, et c^est eu dessous de celle-ci que s'ouvre l'ovidncte. Lorsqu'on exerce sur l'alxlonien du 3Tjhihris une compressiou ejc- pLilsive, on voit saiiiir par sou exiréinilé une plaque Liuuàue ciliée, puis de chaque côté uu appendice vul- vaire biarliculé. On ne trouve point dans les Caulha- ridies ce long étui copulateur qui s'observe dans les familles précédentes. Chaque ovaire du Meloe majalis est hérissé d'und quantité innombrable de gaines ovigères fort courtes lét biloculaires. L'utricule principale de l'humeur sébacée a un grand développement, puisqu'elle acquiert jusqu'à huit lignes de longueur sur trois d'épaisseur. La seconde est ovalaire. Le Zonilis a offert à mes recherches environ trente gaines ovigères pour chaque ovaire , et je n'ai point re- connu qu'elles fussent renfermées dans une enveloppe commune. Les œufs sont oblongs et petits. Ce que je viens de désigner sous le nom d'utricule principale du fluide sébacé est une bourse ovale, grande , pédicu- lée , accompagnée d'une autre petite bourse supplémen- taire dont la figure exprime suffisamment la forme et les connexions. La seconde utricule est ici un vaisseau filiforme , et s'abouche à l'endroit même où la précé- dente s'insère au réservoir. Celui-ci est un renflement ftllongé qui finit , ainsi que dans les autres Cantharidies , par se confondre avec l'oviducte. jf^'il. au ibu ( 4>^ ) COLÉOPTÈRES TÉTRAMÈRES. Famille XI. Rhincophores . Char Aw SON iTEs. • > . u„/o,i Le Lixus angustatus est, jus(jirà ce joui'* 'le'UëK Rliiiicophorc dont j'aie pu étudier avec quelque soïtoj l'appareil générateur femelle. Les ovaires sont remai quables par le petit nombre des g-aines'ovigères qui le composent j il n'y en a qu'une paire pour cliacui d'eux. Ceâ gaines sont muhiloculaires; leur article ter'^ minai est allongé , cylindroïde. Les œufs sont ovales et obtus. Le calice est ovale. L'oviducte est allongé ,| cylindrique , et dans sa situation naturelle il forme une anse qui cache la base des calices. La glande sé*j bacée de l'oviducte a une structure particulière qui plusieurs traits d'analogie avec celle que j'ai déjà ^t| connaître dans le Lucamis, et que nous retrouverons ; dans d'autres Télramcres, L'appareil destiné à la sécré-j tion de l'hùrtieur sébacée se compose i". d'une capsule brune, conacée, en forme de crochet arqué muni d'ul éperon obtus à sa base 5 2°. d'une bourse ovale renfer- hunt une liqueur blanchâtre, et au bout antérieur de laquelle s'insèixî la capsule précédente. Celte bourse en dessous un tube eflerent fort petit qui s'aboucheai réservoir. Celui-ci est arrondi , blanchâtre ; ses paroij sont épaisses et charnues : vers sa partie postérieure 01 observe, dechaque côté, un tubercule oblong, plus blanc dont j'ignore et la texture intime et les fonctions. (. 4% ) Famille XII. Xjlophages. Les giiîties ovjgères des Tomicus sont , comme dans le Lixus , au nombre de deux seulement pour chaque ovaire, et n'ont pas d'enveloppe commune-, elles sont inulliloculaires, et l'ailicle charnu qui les termine est conoïdc et remarquable par sa grandeur. Les œufs sont obronds. Mes recherches ne m'ont encore rien appris ^e positif sur la glande sébacée. Famille XIF. Longiconies . oinî-iCs Coléoptères de celle famille ont entr'eux uue grande ressemblance sous le rapport de leurs organes femelles de la génération. Je vais donner plus spéciale- ment la descriplion et les figures de ceux de V Hama- ticherus héros, le plus grand des Longicornes de ce pays. J'exposerai ensuite les différences observées dans les autres espèces. Les gaines ovjgères , au nombre Vie plus de trente pour chaque côté, ne sont point renfer- mées dans un sac commun; mais un treillis de brillantes trachées les maintient en un paquet conoïde, d'un blanc • jaunâtre, très-volumineux quand les œufs sont à terme. iuLes filets capillaires qui les terminent convergent à un «îrtrès-petit bouton charnu contigu à celui du côté opposé, titiCfefixé au ligament suspenseur commun, qiii a, son ippint , nd^àttache dans le corselet. Ces gaines confluent par pe- tits faisceaux avant de s'aboucher au calice, de manière (458) que eelviiffi «5t muliilobé ; elles ni^oiit paru assez, t on- stamraent quadrilociilaîies. La seconde loge, à paillidu calice , était vide dans toutes les gaines de la femelle à terme dont j'ai figuré l'appareil; elle était bien plus longue, plus étroite que les autres, et son bout antérieur était renflé en bourrelet. L'article cliarnu qui termine cliaque gaine estconoide, obloîig. Les oeufs sont ovales, obtus , d'un jaune pâle. Le calice est campanule et formé d'une membrane fine, pellucide, à travers laquelle se dessinent parfaitement les oeufs qu'il l'eufeçme. L o- viducte est assez long, flexueux, un peu renflé vers son. origine. La glande sébacée est peu développée compara- tivement au volume des ovaires. Le vaisseau sécréteur est tellement aggloméré et enveloppé par une bourse adipeuse et trachéenne, qu'il a alors la forme d'un corps ovalaire et déprimé; mais quand on le débarrasse de cette fausse tunique , ce qui n'est point facile, on re- connaît qu'il est bifide vers son extrémité : l'une des deux brandies se présente au microscope sous la forme d'une petite massue crénelée dans son contour^ et à tra- vers ses parois on aperçoit une bourse incluse. Le ré- servoir est ovoïde-oblong , obtus , à parois fermes et comme .élastiques, et rétréci en un pédicule grêle. Celui- ci , immédiatement avant son inserlion sur h poilion renflée de l'oviductc, reçoit le vaisseau sécréteur. L'élui copulateur est menibrano-scaricux , déprimé , aarn; à son extrémité postérieure de longues soies roussâlrcs , et il renferme un autre tuyau terminé par deux appen- dices vulvaires , unîarliculés, claviformes , ciliés. L'appareil générateur femelle n'offre pas de différence très-remarquable dans le Prionus faher : seulement ( 4% ) je n'ai pas aperçu que le second article des gaines ovi- gères eût une conformation distincte de celle des autres , et les œufs sont plus oblongs et un peu plus amincis à un bout, . . ,, , Pans la Lamia textor les gaines ovigeres sont de moitié moins nombreuses que dans les espèces précé- dentes, et biloculaires. Le calice est placé au milieu ° d'elles , arrondi , plus ou moins renflé , et tellement mince que les oeufs qu'il renferme semblent être à nu. C^x-ci sont oblongs, blancs ou avec une teinte blonde quand ils sont à même d'être pondus. Les gaines sont implantées à sa périphérie. L'oviJucie est court. Le Vaisseau sécréteur de la glande sébacée a près d'une fois "et demie la longueur du corps de l'insecte -, il est simple, filiforme , flexueux et replié sous tout l'appareil au mi- lieu du tissu adipeux. Il m'a paru au microscope formé de deux tuniques. Avant de s'aboucher au réservoir par un conduit d'une gracilité presque capillaire, il offre un léger renflement dont l'axe se dévie un peu de celui (au vaisseau qui le précède : ce renflement est jaunâtre et semble d'une texture particulière. Le réservoir de l'humeur sébacée est assez petit, oblong, blanchâtre ou jaunâtre, calloso-musculeux. Avant de s'insérer vers l'origine de l'oviducte , il reçoit à sa face inférieure le vaisseau sécréteur. Je vais entrer dans quelques détails sur la structure de l'étui copulateur ou i-ecio-vaginal , et sur ses con- nexions. Les figures dont je les accompagne aideront à leur intelligence. C'est une pièce en carré long, dépri- mée, d'mie consistance fibro-scarieuse ou parcheminée,, d'une surface lisse et liès-polie , blanchâtre, excepté wm-ù.^ ( 46p)j. vtMs son extrémité postérieure , où ^sc voit imc taclie,- brune; sou bord anlérieui- , qui reçoit et le vagin et la^ rectum, est fort légèrement échancré j le poalérieur est» tronqué et largement ouvert. Si , par une excision pra- , tiquée à la paroi supérieure de l'étui copulateur, comme , ' je l'ai exprimé dans la figure ci-jointe, ou met à décou- . vert l'intérieur de ce fourreau , on voit une soupape coi'néo-membraneuse, bilobée, et susceptible d'un mou- vement d'élévation et d'abaissem'ent. Les extrémités de ces lobes ont un petit article globuleux terminé par une pointe sélacée, et destiné soit à diriger, soit à accro- cher le pénis. En dessous de la soupape est l'ouverture du vagin , et en dessus celle du rectum. Au-dessous de tout l'appareil génital on ti'ouve dans cette Lainîe, ainsi que dans presque tous les Longicornes , une longue lige dure, brune , cornée , élastique , couchée le long de la paroi ventrale : c'est un levier qui sert de point d'at- tache aux muscles forts et nombreux tlestiai es à imprimer à l'étui copulateur les mouvemcns variés dont il est susceptible 5 son extrémité antérieure , dilatée en cure- oreille, est coiflée de six masses musculaires, arrondies en tête , prolongées en autant de cordons tendineux qu'accompagnent des branches trachéennes assez con- sidérables. Ces cordons vont se fixer d'une part aux angles du bord antérieur de l'étui , et de l'autre au mi- lieu des bords latéraux de celui-ci. Vers le miiii'u de la tige cornée se, fixent aussi deux muscles oblongs bien distincts , dont les tendons vont s'attaclier à la masse calloso-musculaire sur laquelle est implantée en arrière cette tige. L'oviducle dans le Callidiam bajulus est beaucoup ( 46i ) plus long que dans les autres Lo?igicorncs. Les oeufs sont allongés. La glande sébacée de l'oviduclc est con- formée à-peu-près comme celle de la Lamie. L'éuû copulateur est formé de trois tuyaux principf^Ux q^ rentrent l'un dans l'autre. Les appendices vulvaires sont Liarliculés. Famille XFL Cycliques. Les ovaires de la Cassida vividis forment chacun lui faisceau obtus et assez gros, d'une vingtaine de gaines ovigères, disposées par fascicules, et dépourvues d'en- veloppe commune; ces gaines m'ont paru quadrilocH- laires. L'article charnu où s'attache le filet suspenseur est grand , conico ovoïde ; le calice est ample , évasé et mul- îilobé; les œufs sont oblongs , jaunâtres ; l'oviduclc est droit, renflé et court. L'organe sécréteur de la glande sébacée est une bourse brune , courbée en arc , d'une consistance parcheminée, arrondie à son bout libi-e, munie, près de l'autre extrémité, d'une apophyse ou talon obtus, insérée à un conduit blanchâtre d'une mé- diocre longueur. Celui-ci , vu à la loupe simple , parait comme tordu \ mais, étudié au microscope, il présente uue tunique externe , diaphane , à peine festonnée , et un tube inclus dont les flexuosités , plus ou moins con- liguës , ont souvent une disposition spiroïde. Le réser- voir est ovale et si immédiatement couché sur l'oviduclc qu'il n'en parait pas distinct au premier coup -d'oeil. L'insertion du vaisseau sécréteur a lieu à son bout an- térieur. ( 462 ) Indépendamment de l'appareil qui prépare et quiicx- crèle l'humeur sébacée, on trouYC encore dans la Casside femelle nn organe spécial destiné à sécréter une matière dont l'insecte se sert pour fabriquer , après la ponte, une coque commune pour les œufs. Cet organe , placé èi l'extrémité de ^'abdomen , derrière la glande sébacée , consiste , pour chaque côté , en trois vaisseaux sécré- teurs , blanchâtres, bien distincts , courbés sur eux- mêmes , flottans par un bout , qui est renflé en massue , confluens par l'autre en un seul conduit excréteur qui s'enfonce entre le rectum et l'oviducte. A l'article? du canal digestif de la Casside , j'ai déjà fait la remarque que Réauraur n'avait rien laissé à faij'e à ses successeurs pour ce qui concerne l'histoire des métamorphoses de ce petit Coléoptère. h Sous la forme de Scarabée , » dit cet excellent observateur, cet insecte mange les » feuilles du chardon comme il les mangeait sous celle » de ver. C'est sur les mêmes feuilles qu'il laisse ses » œufs; ils sont oblongs : il les arrange les uns auprès » des autres , il en forme une petite plaque que j'ai » trouvée quelquefois couverte d'exciémens (i). » C'est presque toujours à la surface inférieure des feuilles du chardon ou de l'artichaut qu'on rencontre les œufs de la Casside. On sait que cette surface est assez abondam- ment fournie d'un duvet très-favorable à recevoir ce pré- cieux dépôt de la génération. La coque qui recouvre ces œufs est tantôt une sorte de calotte en forme de patelle ovalaire, tantôt une simple plaque ayant peu de relief 5 (i) Réaiimuh , SltimoDc septième, tûiû. m , p. a.'îy, pi. &viu.« (463) daus tous les cas , elle n'a guère plus d'une Ijgnc cl 4emie de largeur dans son plus grand diamètre 5 elle est niince, roussâtre , d'une consistance scarieuse et plus ou moins salie en dehors par des excrémens noirâtres. Ceux-ci semblent destinés, par la vigilance maternelle, soit à éloigner par lewr odeur ou leur saveur les insectes qui voudraient attaquer la coque , soit à masquer la pré- seuoc de celle-ci. 11 faut , en effet, une attention toute païticulière pour découvrir sous cette ordure noirâtre le nid d'un insecte. Lorsqu'on renverse la coque, on voit que les oeufs sont intimement adhérons au centre de sa surface inférieure où ils sont empilés et collés entre eux. Celte coque n'est point un tissu , mais bien une humeur étendue et desséchée , sous forme de membrane. La len- tille la plus forte du microscope n'y découvre aucune trace de texture. Dans la Galeruca lusitanica nous trouvons des ovaires plus ou moins arrondis . à chacun desquels ou compte luie vingtaine dcgaities ovigères. Celles-ci sont uniloculaires et terminées par un bec tubuleux , grêle et droit 5 les œufs sont ovales-obronds, blancs. Le calice est assez ample , et l'oviducle fort court. Le vaisseau sé- créteur de la glande sébacée est bien distinct, flexueux, grôle , flottant , et le microscope y découvre le tube in- clus 5 il s'accompagne d'une bourse cornéo - membra- neuse, brunâtre , en forme de massue courbée en arc, analogue à celle que je viens de décrire dans la Casside. Cette bourse est munie d'un col plus pâle et d'une struc- ture différente de la sienne , par lequel elle se fixe au réservoir de la glande. C'est à l'endroit où elle dé- génère en ce col qu'a lieu l'insertion du vaisseau sécré- teur. Le véscivoir csl ovalairc cl se oomiiiuG avec l'ovî- ducle. • ; (La suite dans un prochain numéro.) Explication des Planches. Planche xvii. ;^[- oir^E, f jg. ,. Appareil générateur femelle grossi du Cababds AunàTca. ah , ovaires; b , ^afnej ow^ire* dépouillées de leur enveloppe com- mune ; ce , calicei dis ovaires ; d , ligament suspenseur des ovairesf €, réservoir de la glande sébacée de l'oviducto ; f , vafiseau sécré- teur de cette glande ; gg , «ppareil des sécrétions excrémenliliellcs ; h , cacum et rectum ; i , erocheta vuiuairet et derniers segmens dor- saux de rabdooieu. Fig. a. Appareil générateur Cunclle fort grossi du CniasKitis velcti- KDS. aa, ovaires; h, oviduale; c, glartde sébacée de l'oviducte, incom- plète; d, dernier segment dorsal et crochets vulvaires. Fig. 3. Appareil générateur femelle fort grossi du Sphodrus terricola. aa, ovaires avec leur» calices; b, ovidu^te ; c, glande sébacée de l'oviducte; d, cacum et rectum; e, dernier segment dorsal de l'abdomen et crochets vulvaires. Fig. ^. Appareil générateur femelle fort grossi du Zabeos obesus. aa , ovaires; b , vaisseau sécréteur de la glande sébacée; c, réservoir i de cette glande; d, cœcum et rectum; e, dernier segment dorsal de l'abdomen et crochets vulvaires. Fig. 5. Appareil générateur femelle grossi du Dïtiscus mabgikalis. a , ovaires ; b , gaine ovigère isolée ; c, glande sébacée i}ç l'oyidurte ; j d, oviducte:ee, ap^nrcW des sécrétions excrénifniilielles ; {^vessie] natatoire et rectum ; g, dernier segment dorsal de Tabdomen. ^ ^ Fig. 6. Oviscapte. Fig. 7. Appareil géuérafcur femelle fort grossi du Stapuvlikus olei ^ aa , ovaires ; bb , calices ; c , sac intermédiaire ; d , oviduclc ; e, glande ■ sébacée i\c l'oviducte, f, cœcum et rec£uOT; g , dernier segment de Tabdomen et appendices. Fig. 8. Appareil générateur fi'mellefort grossi âe, I'Elatkr muhikhs. a , un ovaire a terme , composé de deux calicçs et de gaines ovigeies bihculaires; b, portion tronquée du calice de l'autre ovaire^ ( 465 ) cfc, apparéM'sèci''éfeur '<îé là glande sébacée Je Voviduèle ; J , «M-t- Jucte ; e, confunift rectum; J", dernier scsmnit dorsal de Tabdo- mea et crochets vulvaires. Fig. 9. Portion considérabScnaeDt grossie de l'appareil sécréteur de la glande sébacée de Toviducte. Fig. 10. Appareil générateur femelle fort grossi de PElater gh-vellcs. 'a, un des ovaires ; b , appareil sécréteur de la glande sébacée de l'o- viducte , se terminant en arrière par une tige qui va s'insérer au réservoir ; ce , deux vésicules ou réservoirs particuliers ; d , Sci- -«" ■ I I I ' 1 1 ." , duete; e , caecum et rectum;/, plaque brune placée au-dessoUs du dernier segment dorsal de TabdotHen, précédée de deux corps oblongs pédicellés qui ressemblent aux réservoirs de l'appareil des sécrétions excrémentitielles des carnassiers , et de Irms soies cor- Becs élastiques , fixées par des muscles. Planche xvm. A, ,,. .^^ Fig. I. Appareil générateur femelle fort grossi du Lycds RtTFît'ÊSiîis. a, tin des ovaires avec des gaines ovigères uniloculaires ; b , portion tronquée du calice de l'autre ovaire ; c , glande sébacée ; d , ovi- (lucte ; e, portion de Vintestin ;f, étui commun au rectum et à l'ovi- ducte , et appendices palpiformes biarticulés. Fi". 2. Appareil générateur femelle fort grossi du Hister sinuatws. aa , ovaires; b , sac intermédiaire ; c , portion de l'intestin ; d e , der- nière plaque abdominale, fig. 3. Appareil générateur femelle fort grossi du Clercs ALvEARros. a , ovaire ; b , portion tronquée du calice de l'autre ovaire ; c , une gaine ovigcre isolée , biloculaire; d , glande sébacée de l'oviduclc; e oviducte; f, rectum et portion tronquée du cœcum; g, étui commun au rectum et à V oviducte; h, dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 4. Appareil générateur femelle fort grossi du Thymalus umbatcs. a , ovaire avec son calice ; b , portion tronquée du calice de l'autre ovaire ; c , gaine, ovigère isolée, biloculaire; d , glande sébacée de l'oviducte ; e , oviducte ; f , rectum et portion tronquée du cœcum; g, étui commun au rectum et k l'oviducte ; h , dernier segment dor- sal de l'abdomen , et appendices palpiformes. Fig. 5. Appareil générateur femelle fort grossi du grand Hydrophile. aa, ovaires oa faisceaux des gaines ovigères; h, vaisseau sécréteur de la glande sébacée de l'oviducte i c, réservoir de celte glande; (466) ' âAi, fascicules cUs vaisseaux séciêicurs Je la matière propre Ji fa lubricntioii 'j- ducte; f , glande sébacée de l'oviducte; g, rectum et portion tron- quée du cœcum ; h , dernier segment dorsal de l'abdomen : on voit to', saillir , au-dessous de son extrémité , l'anus , la vulve et deux ap- ■■ 'tar- ties : dans la première , l'auteur expose avec celte su- périorité d'un homme habitué à considérer la nature VI. 3l ( 470 ) dans ses phénomènes généraux , la conslitulion phy- sique , le climat et la végétation du théâtre de ses re- cherches ; dans la seconde , il donne l'énumération par ' familles des plantes des Malouines ; il décrit avec autant de précision que d'exactitude vingt-neuf Phanérogames nouvelles, et il place souvent à la suite du nom des es- pèces d(^à décrites une phrase spécifique plus complète ou quelques observations critiques. Comme on devait s'y attendre , MM. d'Urville et Gaudichaud sont souvent d'accord. Nous nous abstieîi- drons de répéter ici ce que nous avons dit dans notre premier rapport; mais il est des observations intéres- sairtes qui appartiennent à M. d'Urville, et nous pen- sons qu'il convient d'en enli'etenir l'Académie. Le climat des Malouines est beaucoup plus tempéré ({ue ne semble l'indiquer la latitude de cet archipel. Les observations de notre voyageiu- , réunies à celles de Bougainville et des Anglais, prouvent que la tempéra- ture ne s'élève guère au-dessus de -|- iS" centigrades, et descend rarement au-dessous de zéro. Selon Bou- gainville, l'hiver est très-doux , et la neige séjovu'ne fort peu de temps sur la terre; et M. d'Urville nous apprend qu'en 1822 , au commencement de décembre, mois qui répond au mois de juin dans nos climats, le maximum de la température fut presque toujours entre -f- 12 et i5 degrés. On ne saurait douter que par la même latitude, dans l'intérieur du continent américain , la distance entre les extrêmes de la chaleur et du froid ne soit plus considérable; mais le climat des Malouines est soumis à l'influence de la température peu variable des mer* qui baignent ses rivages. »" (470 Cet archipel, où l'on chercherait vaiuenieuL un arbrc^ où l'on trouverait diflîcilement un arbrisseau , et dont la plus haute montagne, le Mont- Chatelux,. jtx'fi que trois cents toises au-dessus du niveau de la mer, est battu par de fuiieux ouragans; mais la végétation n'en reçoit aucun dommage. Que peuvent les vents sur des plantes basses, flexibles, pressées les unes contre les autres et fortement cramponnées au sol? , Le lit épais de tourbe qui commence à peu de dis- tance des rivages de la Solidad et la recouvre en grande partie, présente une' singularité que M. d'Urville rap- porte , mais n'explique pas. Les bords de ce sol factice forment, dans une multitude d'endroits , un escarpe- ment de quatre ou cinq pieds de haut, comme s'ils eussent été coupés à pic par la main de l'homme. Le nombx'e des espèces phanérogames ne s'élève jus'^ qu'ici qu'à cent vingt. Toutes à-peu-près se rassemblent sur les côtes , où la variété du sol oflre à chacune d'elles la station qui lui convient le mieux. Il n'en est pas de même dans les plaines de l'intérieur ; la végétation est aussi uniforme que la nature du sol est peu variée : le Fesluca erecta et les Anindo antarclica et pllosa cou- vrent la majeure partie du terrain. Cinq arbustes se mêlent à ces graminées 5 ce sont les Chiliotrichum amel-> loides y V Enipelrum rubrum , le Pernettia empetrifolia, le Baccharis tridentata , et le Mjrtus numinularia. Ces huit espèces composent presqu'à elles seules tout le tapis de verdure. La scène change de nouveau sur le Mont- Çhatelux, qui forme le point culminant de l'île. Eu gravissant cette montagne, M. D'Urville a vu reparaître successivement les espèces qu'il avait observées sur les ( l7-> > fï^ékf'fcltN'sèndl -«kOiiiR haiiies cl mçm» Yijfi»ttv^ui«is . t'é ciui provient peut- ètii- «le la stérilité du s<)l,,t>u flï^'KabftisScmpnt de la température, s a élé remarquée fréquemment danâ^ les Flores insulaires. ' A peine peut-on citer vingt genres des Malouincs "iout-à-fail distincis de ceux de l'Europe. Une mulliludo d'espèces , nolanunent celles qui sont annuelles ; liabi- lèntces'd'étix conll-écs. , et , ce qui ne permet guèfe.cie croire qu elles aient été tianspoi-tées de l'une dau's l'autre, c'est que plusieurs ont d«jà été reeucillies par Commer- son , il y a près de cinquante ans , au détroit de Magcl- ( 47-5 ) IflhftxklftB' navigateurs n'ont jamai» hn- (^t ir. lvà«* courtes relà(;h«R. M. d'UivilIc; n'a ^»as n(:!f;ljgé les Again<;»; il en porte le nombre à f|iialie vinqt rjix-scpt ; IVI. (iau'licliaiid t»'<;ii ctjfnjjtftitcjtiecinqnaiito-ciiifj. Los espèces marines abon- dent snr l(!.s (ulp.f, ; la plupart sont <:oiiiiues. T^es ï-iclH:ns, les Ilépçilifjues cl les Mousses conipo.scîiil uu groupe de ^àaraiilc-liuit C3j)èce»', plus di; la moitié grossissent le C1c»Wlog»e de la l'ioro européeiine. Ce fait n'a rien d'ex- traordinaire; les mêmes Agaraes se luonlrent «ur bean- Cônp de poinis de la terre, et M. d'Urville, qui n pu faire souvent cette observation, incline à croire <(ue la V^'gétaiioii primitive de notre planèto se comjiosail uni- quement de CCS espèces , (jui , par la sijnplioa compressa , L. At^ena redolens , Persoojc. ^. phleoides , d'Uav. LoUum perenne , L. Triticum glaucum , Lami.. FestucH bromoides , L. i^. magellanica , LiKiif.. F. erecta , d'CRV. /^. arenaria , Lamk. Arundo antarclica , d'URV. .^. pdosa , id. Juncus inconspicuus , id . (t) fiyei rénamtrJtioa dej pUntcs de» SUlouines, par M, Gaudlchaaiî , .^ni. •'«' ■^'• ( :fo,e ) EpipaeiU Lessonii , d'UsT. Gqlium trifidum , L. ?. , , :•.•..;• -, t ; M , "i -)r). ..j ^'T '„ "^ ' '-"t-Otr, AlInfO.r. Jfrapetcs riinscoicfat , Lamk. jizoreUa JaucoiJes , J'Ubt^ P/nnttigô monanthos , d'IInV.''"'^ ÙH: rartunculus , jj_ '"''l' i""'' ' LfsUtachia rcpens,\â. ' 'î'''"r^'J*.*cArt>*iftk> ; Piihsoôir.''"^- ^^"'■' ' Calceolària FotJiergiUii , Wn.J5D;- Roftuncuhis ejti/^uus , «FUiiv.' ' Soiichus oleracçiis , L. ? Carjaminehirsuta,lj. Hieraciiim antnrlicum , d'Unv. TlJaspi bursa-pastoris , L. n . ? incerlum, id. O.ralis puinila^ lï'Vt^y.' JfypocJin-ris TiiinimaF'Wli.'Ln. Sagina cr(tssifolia\K\. 7'(»'aaacutn Icei^igatum , de Cahd. »S'. subnlata , id. y. coronopijhlium , d'URV. Alsine mcdia, L. Picris ? macloi'iana , id. Slelluria tiebilis , d'URV. JVassaui'ia serpens , id. Bulliarda moschata, id. G naphalium affine, \à.' Monda linearifolia ,id. ' G. lycopodioidcs , id. TrijoUum ren« , L'." "i'^I'SRftii ■ y'aleriarni seJiJolia , d'Ur-r. Caliuriche verna ,\j'( MiaioiRK sur l'Organisation du Péricarpe j Par M. MiKHKL. ,Jj|Ç péricarpe est la pnrtio du fruit ipu renferme les graines -, avant la fécondation , on lui donne le nom d'o- uaire , et ce n'est pas sans raison rpiou le compare à l{i mslrice des animaux. Sa structure mérite l'attention des Lotanislcs : elle parait très-varice au premier aspect,; mais si l'on prend la peine de l'étudier sérieusement , on reconnaît que , sous une infinie diversité de formes, elle cachje une; pi^ganisalion très-simple. Quelques ano- njalies semblent contredire cette assertion : toutefois j'oserai aOirnier cjue des observations plus profondes lui donneront tous les caractères dv l'évideuce, J'ai dçy,à (477) montré ailleurs (i) , que des péricarpes qtic 1 on croyait essentiellement difierens les uns des autres sont con- struits sur leniême plan. L'expérience m'a prouvé aussi que toute classification de cet organe qui ne serait pas fondée sur l'anatomie comparée , ne pourrait être en par- faite harmonie avec les affinités naturelles. Comme le péricarpe n'est autre chose que l'ovaire ar- rivé au dernier période de développement , et que , du- rant sa croissance, plusieurs caractères s'eflac'ent , tandis que d'autres se marquent davantage; pour prendre une juste idée de sa structure , il faut le suivre depuis sa naissance jusqu'à sa parfaite maturité. En procédant de la sorte , je suis parvenu à rapporter au même type la plupart des péricarpes que j'ai eus sous les j-eux ,et dès- lors je me suis cru en droit de dire que les traits essen- tiels de leur organisation étaient identiques. Mes idées , publiées depuis long-temps dans desjournaux de sciences, réunies ensuite dans ma Physiologie végétale, et re- produites plus lard au mot Fruit du Dictionnaire des Sciences naturelles , vont se présenter ici sous un nou- veau jour. Je ne les modifierai pas; je me contenterai de les développer et de les rendre plus sensibles par le choix des exemples et l'analyse méthodique des faits. Le péricarpe du Haricot , plante de la famille des Lé- gumineuses , est une boite ou coque ( Cocca) allongée, un peu irrégulière , composée de deux panneaux ou valves soudées bord- à-bord. L'une des sutures regarde la circonférence de la fleur, l'autre correspond à son axe, cl c'est le long de celle-ci que se prolonge intérieurement '(l) Voyex Elenitiis de l'/iysi-jlngie rfgt'tale et de Bo;if.f (ï Dans les Colcliicées, le g€nre Colchique abus ^ofirfe trois coques disposées circulairement autour de l'axe de la fleur, comme les coques du Pied-d'Alouetle 5 mais dans celui-ci elles sont entièrement séparées , taudis que dans le Colchique elles sont soudées toutes ensemble par leur angle interne. La Nigelle , qui , de même que le Pied-d' Alouette , rentre dans les Renonculacées , nous offre cinq coques soudées entr'elles presque jusqu'à leurs sommets qui forment cinq cornes, lesquelles dé- montrent clairement l'existence des coques. Le Bulbo- codium, plante très-voisine du Colchique , a comme lui un péricarpe formé de trois coques ; mais ces coques , soudées côte-à-côte dans toute leur longueur , ne de- viennent distinctes que lorsque , par l'elïet de la matu- rité , elles se séparent et s'isolent les unes des autres (i). L'union des coques , suivie d'une semblable rupture , se voit également dans une mullilude de familles Irès-dilTé- renies -, et chaque coque , devenue libre , tantôt se par- tage en deux valves , tantôt s ouvre simplement pai;' l'angle correspondant à l'axe du péricarpe , et tantôt ne s ouvre pas. La diirérence dans la manière de s'ouvrir indique qu'il y a des coques composées de valves fai- (i) C'est ce que quelques botauistes nomment dehiscence fi^t{çidc , façon de s'exprimer trcs-incxacte , cai" la séparation des coques , et l'ou- verture ou dt'liiscence de ces mêmes coques , sont deux faits qu'on fa» Aàtças confondre, 't^ 9Çs, autres grès , ne {jeisl «l'iex.p.lic^ue'r qjifi: par l'abondance du suc lapidiri([uo quaj- , iSGiix (pii a concouru plus abondamment à la forr»nljfti4 ( 4g« do la roclie. Le gisement le plus remarquable des pou- dingues est au moulin du Breil , au sud de la Haié- Fouassière. Ces roclies se présentent dans nn désordre semblable à celui des grès de Remouillé. ' j)n-jaji(, Si de là nous portons nos regards sur la partie septen- trionale du même département, nous retrouvons ces iiiènies grès épars sur le sol primitif et intermédiaire. iîrès de Blain , on en découvre mi recouvrement sur le li^'ascbisle qui forme la bulte sur laquelle est consti'uilc la .chapelle de St.-Rocli. Ici le grès forme un groupe uni (lue , lé seul qui ayant résisté à l'action des eaux, semble dire à l'observateur qu'il n'était pas seul atitre- fois sur ce sol si bouleversé; que partout le pays était x^uiyert de roches semblables dont on ne retrouve plus .frptuellénient que les débris. Peut-être ce grès doit-il son .origine à la destruction des sommets de grès blanc ^ la formation intermédiaire ou quarzites qui ont été «barriécË par les eourans el'dt'posées sur tous les terrains cnvironoans. La croûte extérieure de la portion du globe que nous habitons atteste assez les vicissitudes aux- quelles elle a été soumise. Ceux qui ont parcouru ce pays savent qu'il est recouvert dans toute son étendue de dépôts de sable argilo*ferrifèi:e , de grès ferrifère et d'argiles sablonneuses mélangées de cailloux quarzeux roulés. .:;A «ne demi-lieue à l'est du bourg de Héric, à la mé- -taîçi» -de la Roche-en-Croix , on trouve à quelques poiicés de profondeur^ sous la terre végétale, des masses éparscs de grès mamelonné. Ces masses sont aplaties pour la plupart; elles se présciiteitt en Wblt^s de fermes ^rréguliéres ; leurs surfaces exiérieurcs sont contournées ( 491 ) ùti diverses manières ; elles oflieiit des formes arrondies, «Jes lignes sinueuses dans tous les sens 5 rarement elles ^fgjpQjJipent angles droits; quelques-unes de ces masses présentent de ces sortes de dessins sur toutes les faces. ,j,.,,p,i>,\|:'puve quelquefois sur ces frngmens du sable tin .flu^rzeux; celui-ci y est aggloméré si faiblement que le ^p|us léger frottement l'en détache-, quelquefois il ,{Opcupe les cavités de la roche, et si on y porte un ins- j^rumeutde fer, on s'aperçoit que cette dernière est per- .jj^e départ en part. yrj Indépendamment de ce sable ouy remarque des grains ,.^ui s'y sont agglutinés à une époque postérieure à la jj^ormalion de la roche. Ces grains , qui semblaient indi- quer un passage au poudingue , sont eux-mêmes recou- verts par une couche de grès ferrifère. Celui-ci me pa- ,,f^aît provenir de 1« précipitation du fer qui entrait dans la composition des végétaux , et qui a lié entre eux les grains quarzenx. Cette précipitation est singulièrement favorisée par l'état presque constant d'immersion du sol sur lequel reposent ces grès mamelonnés. Ces masses me paraissent avoir été charriées par des çQurans ; elles occupent la partie la plus basse des ter- _j^*ains environnans , qui sont de première formation : -sans doute qu'autrefois elles ont été enveloppées par les eaux. Celles-ci, après avoir enlevé la portion dont la force d'aggrégation était le moins considérable, arrêtées par les fragmens les plus durs, n'auront pu désunir les diverses parties de la roche ; elles n'auront fait que sé- cher son intérieur : de là ces formes bizarres qui at- testent aujourd'hui leur passage et leur elFort. Ce qui fait penser que ces masses n'ont pu être char- ( 492 ) riêèi 'de fort loin, ce sont leurs bords' Fiactui'és^ (Jifti ôtîrenl l'indice d'une cassure subile -, de plus elles se présentent en tables aplaties, d'un volume très-considë- rable , et où l'on n'aperçoit ni ces angles émoussés'm ces formes circulaires qui dénotent le long tràVhil' des eaux. Ce qui vient à l'appui de cette opinion, c'est le gise- ment même de quelques-uns de ces fragmens , qui , ti- siblement délacliés autrefois d'une massé commune, se trouvent encore aujourd'hui sur le môme sol, quoique sép&irés entre eux. J'ai eu occasion d'observer un mor- ceau de ces grès qui avait celte forme prismatique : J'y reconnus deux fragmens qui s'ajustaient parfaite- ment , quoiqu'ils eussent été trouvés à une assez grande distance l'un de l'autre dans le même champ. L'infé- rieur, B, me parut avoir deux pieds et demi de longueur sur environ dix-huit pouces de hauteur. Le supérieur, y^, avait à-peu-prcs huit pouces de hauteur sur dix-huit pouces de largeiu\ Il paraît que ces grès occupent une étendue assez considérable : j'en ai li^ouvé près de Nort. On en voit également dans les terrains d'alluvion de la commune de St.-Etienne-de-Montluc. On remarque à Grémil, à une demi-lieue de Saffré, au sud de ce bourg , des grès de semblabl»! nature, dont le grain est uu peu moins^ ( 493 ) serré et un peu moins dur , et nui nli'ectent des formes très-Lizarres , entre autres celles de madrépores , de bulbes, etc. Ceux-ci sont enfouis dans une argile jaune- lougeàtre mêlée de sable quarzeux ; ils gisent sur la pente du coteau, et y sont entassés pèle-mèle dans l'ar- gile. \^.,^ans nie de Noirmoulier , on observe au bas du co- teau où se trouvait l'ancien bois de la Chaise , un grès mamelonné qui offre à-peu-près à l'œil la forme des in- t,e3l;in&du corps humain. La mer vient mourir au bas de cette roche, et les flots détruisent actuellement cet ou- vrage que d'autres flots avaient produit taut de siècles auparavant. Observations sur le Dragoruieau d'eau douce; Par M. Pellieux amé. ( Lues à la Société royale des Sciences d'Orléans, le 4 mars i8a5.) Le 23 août 18x3 , un marinier pécheur de Bcaugency m'apporta un ver que sa forme singulière lui avait fait ramasser le jour même sur une grève , au bord de la Loire. Ce ver me parut effectivement l'are , je n'eu avais jamais vu de pareil. Comme il avait été trouvé sur le sable et au bord ue la Loire , je le mis dans une assiette avec du sable et de l'eau de rivière qu'on renouvelait de temps en temps ; c'est ainsi qu'il a vécu. Il se plaisait si bien dans cet état que , malgré qu'il fût presque toujour? en mou- ( ■l'Ji ) vemetil. il 11.1 Jamais clicrclié à sorlirtli: l,f<|i^i(îit(5^|H,^r peut Jonc t'ire rri^arclé tjiu; romiiic un ver' nq:«a- lique , puisqu'il ne pouvait, pas être absolument ..piivé d'eau. ffÉvijbt* Lorsqu'on nvail oublié de lui renouveler celle dans la- quelle il vivait , ce qui arrivail quelquefois , alors celle eau avec laquelle il élail en coniact prenait une teinte bleuâtre, coiiîour produite proba])lement par sa Irans- sudation. Sans doute i! niaiiifesiail de celle n)anière l'éLnl Je malaise et de soullrance dans lequel il se trouvait , peut-être aussi cela venail-il de ce qu'ayant épuisé dans son eau les molécules organiques qui servaient à lei nourrir, il était tourmenté par le besoin ddine i^on-| velle ean pour y retrouver de nouveaux alinaens j dès' que l'eau était cbangée , la teinte qui l'environnait de toutes parts disparaissait à l'instant -, c'est de celle ma- nière qu'on était parvenu à savoir quaiid ce renouvelle- ment lui était nécessaire. Il n'avait pas , ainsi que la plupart des vers dont It corps est nu, c'est-à-dire les Slrongles , les Lombrics, les Sangsues , etc. , un mouvement de dilatation et de contraction pour se porter d'un lieu à un autre -, il se traînait lentement et on rampantà la mauièreidel'anguilU "(et des serpens. ■■• Son corps était lisse , opaque et parfailemenl cyliii^ drique 5 sa couleur était celle de l'écorce du marrQU,„i grosseur celle d'une moyenne corde à violon , égaledanS toute sa lotigueur , av(;e celte différence cependant qui l'extrémité qui se portail toujours en avant, et qui étai sans doute la tête , était un peu plus efiilée que l'autre. ir:| J'tTî'ai pu déc(:«u>rii' à l'une et à l'auln^ do ci s extrémités ( 495 ) même h. l'aide du microscope, aucun organe tlcsliiié à recevoir et à rendre les alimens qui servaieul à sa sub- sistance : mais je n'en suis pas moins persuade qu'il trouvait dans l'eau la nourriture qui lui convenait. Quoi- qu'il n'eût en apparence aucun des organes de la vue , ses mouvemens étaient cependant ceux d'un animal qui voit et qui niarcbe avec assurance. Sa loijguenr , qui était de deux pieds quatre pouces , et l'cxtrcnie ténuité de son corps , qui n'avait pas une demi-ligne d^ diamètre, n'étant point proporlionnces l'une à l'autre , devaient l'exposer sans cesse à des acci- dens graves : aussi élait-il obligé de se tenir continuel- lement à ileur d'eau , aiin d'entretenir la souplesse de sa peau. Le besoin de respirer lui faisait porter aussi très- souvent la têtebors de l'eau : cependant je n'en ai jamais vu sortir aucune bulle d'air, non plus que de tout le corpç. Lorsqu'il était sans mouvement, ce qui lui arrivait quelquefois , il ressemblait parfaitement à ces cordons de soie ou de cbeveux que quelques personnes portent à leur cou. Indépendamment de l'babilude qu'il avait de faire le j'^tourde son assiette, il passait aussi très-souvent sa tète dans les anses ou circonvolutions qu'il fiiisail en se pliant et se repliant siu' lui-même, et malgré cela il ne s'est ja- mais trouvé pris ni serré dans aucun des nœuds qu'il fai- • èait sans cesse, et dont il se dégageait au conlraiie très- ''^hcilcment et au moment où on le croyait le plus em- ^*'î)àrra3sé. Je l'ai conservé ainsi bien portant jusqu'au mois de mai dernier ( iSi\) , c'est- à-dire pcndav.t près de neuf ( 490 ) mois , et après avoir supporte ios rigueurs de l'hiver ; ;"t celte époque, la sécheresse el la chaleur qu'il (it , et aux- quelles on n'était point encore accoutumé , épuisèrent si promptement l'eau dans laquelle il ëlait , qu'on n'eut pas le temps de la lui renouveler, el le lo au malin je le trouvai à sec sur le sable , sans mouvement et sans vie, ramassé sur lui-n\ême , occupant un très-petit espace , et tellement desséché que certains endroits de son corps étaient réduits à la grosseur d'un crin de cheval. Persuadé qu'il était mon, et désirant le conserver dans l'esprit-de-vin , je pensai que , pour lui redonner sa grosseur et sa forme naturelles il fallait auparav<'«it le mettre dans l'eau et l'y laisser quelque temps, el c'est aussi ce que je Cs ; mais j'étais bien éloigné de croi.re.que par ce moyen j'allais lui redonner une nouvelle vie : ef- fectivement , en le visitant quelques heures après , quelle fui ma surprise de le retrouver presque dans l'élat où il était avant l'accident dont je viens de parler , et avec des niouvemens qui annonçaient qu'il existait encore. Mais je m'aperçus bientôt que ses mouvemens étaient moins vifs et moins fréquens qu'à l'ordinaire, et que, loin d'aug- menter, ils allaient toujours en diminuant : il a néanmoins vécu ou végété de la sorte pendant l'espace de soixante et dix jours , et n'a cessé tout-à-fail de donrier signe de vie que le 20 juillet, après avoir existé sous mes y,c*ix peiu dant l'espace de omte mois. , /f.ivl •»< f;f^ -'i :Ne connaissant pas cet animal sous son véritable nom»*! M. Pellieux l'adressa à M. Pellelier, secrétaire-général de la Société des sciences d'Orléans , qui lui écrivit à la date du 21 déremlîre ii^'>.\ la lettre suivante : « Le titre de rol>s<;rvalion qu>' vous m'avez fait le plai: ( 497 ) If sir (le niadresser pour la Sotiélé a pique ma cu- '■■' riosité(i), et je ne peux que m'applaudir de l'avoir ); sntisfaitc. » Quant à la description du ver aquati(|uc que votis Bravez observé long-temps el avec beaucoup d'exacli- » tude , je suis loin de penser comme vous qu'elle pa- » raîira minutieuse. Si volie mémoire devait être réduit , >» ce ne serait pas assurément dans tout ce qui tient à la )) description proprement dite de l'animal ; elle est fort » exacte, et l'est tellement que j'ai reconnu à l'instant » le ver qui vous a été donné. » Ce ver aquatique a toujours frappé par son aspect » ceux qui l'ont remarqué , el il n'y a pas six mois qu'il rf*'in'cn a été apporté un comme un animal extraordi- ))' naire 5 il avait été trouvé chez un tanneur, dans un » baquet qui reçoit habituellemenlles eaux d'une pompe, » du corps de laquelle ou a pensé qu'il était sorti ; ce » baquet était' seulement destiné à recevoir le surplus de »*' 'l'eau dont on avait besoin pour le service domes- » tique. » Ce ver n'a vécu que quelques mois. Deux caractères 11 sembleraient l'éloii^ner un peii du vôtre : cependant je )) suis convaincu qu'il n en diffère pas. 11 n'avait pas » plus de dix pouces de long. » L'autre caractère est relatif à la forme du corps : si )) j'ai bien vu , elle n'était pas exactement cylindrique, » mais un peu comprimée , surtout quand l'animal était » en mouvement. (x") Elle était intitulée : Observations sur un P'er exlraordinaire trouvé sur les bonis Je la Loire. ( 49^ ) )) Cet animal , sur lequel ou a tléLilé des choses ridi- )) cules , est bien connu par ses caractères extérieurs ; il » n'en est pas de même de son organisation intime. •» Vous le trouverez bien caractérisé dans le nouveau 1) Dictionnaire d'histoire naturelle impi'imé chezDeter- » ville, Paris, i8o3 , sous le nom de Dragonneau , » en latin Gordius ». En eOet , l'animal que M. Pellicux a eu occasion d'ob- server est un Dragonneau , et les espèces que Ce genre comprend ont été si peu étudiées que nous avons cru ne devoir rien supprimer à la description de l'auleur et à la relation simple et curieuse de ses expériences. Quant à l'espèce , il est bien probable qu'elle ne dillère pas es- sentiellement du Dragonneau des sources , Gordius aquaticus Z., ainsi que l'individu dont parle M. Pelletier. D'après le petit nombre de naturalistes observateurs , les Dragonncaux ont pour principal caractère un corps filiforme et capillaire avec de légers plis transverses qui en marquent seuls les articulations : du reste , ils n'ont ni pieds , ni branchies, ni tentacules, et leur longueur est ordinairement de quelques pouces ; ils vivent dans les eaux claires , et fuient les eaux troubles et marécageuses. On les voit , disent-ils , nager dans l'été à la manière de* J anguilles et des serpens , en contournant leur corps al-l ternativemciît en sens>conlraires , cl l'on ne peut ima- giner, en les voyant , quels sontlcs moyens que la naturel leur a donnés pour se mouvoir avec tant de vélocité et] pour se diriger vers un but avec tant d'exactitude. Lcsl naturalistes ajoutent que l'histoire de ces vers est encore] peu avancée , qu'on ne sait rien de leur génération , qu'où] u'apcrroit aucun organe à l'exténeur, et qu'une fetttc ( 4!)') ) poiii- laLoutlif, un Uou pour l'anus, (U un '.r.nal inter- médiaire sont les seuls organes cjii'ils po.sstdeal : tncore Çaut-il un microscope pour les apercevoir, i jjfQ'Uoiqu'èn-aildit que les Dragonneaiix causent la mort aux hommes et aux animaux qui par mégardeen avalent dans leur boisson, il est sans dor.te })ii'n [)eu de per- sonnes qui ajoutent une foi entière à ces récits ef- frayansi,RtR3aa «"^ r.'^n Quant à \a propriété qu'ont les Dragonneaux de ressusciter après plusicursjours, plusieurs mois et même plusieurs années de dessiccation , les uns assurent avoir tenté des expériences qui feraient douier de la faculté qu'a cet animal de revivre après une long\ie dessicca- tion , et d'autres allirment positiventent que celte opi- nion n'est fondée que sur une erreur d'oîjservation. L'expérience digne de toute conliance rpie le hasard a fait faire à M. Eellieiix sur un individu qu'il a conservé près d'un an répond à tout ce qu'on peut objecter à cet égard. Nous ajouterons , pour faire sentir la nécessité d'étudier ces animaux curieux , (jue les auteurs sont très-peu d'ac- cord sur la place qu'ils doivent occuper dans la séiie des êtres 5 Linnée , Bruguière et Lamarci; les classent avec les vers, tandis que Cuvier les range parmi les Anuelides , à côté des Sangsues. Plusieurs zoologistes , Rudolphi eu particulier, révoquent même (^ donte l'existence du genre Dragonneau, et ils le réunissent à celui de Filaire, qui appartient évidemment à la classe des vers, et dont les espèces habitent dans le tissu celkihiiie dçs animaux : telle est entre autres une espèce célèbre , la Filaire de Mé(iine, Filaria Mcdiiiensii: , qui, dans les contrées chiiudes de l'Asie, de l'AiViiitie et de l'Anu'ricjue , s'in- ( 5oo ) troduit dans les chairs de l'homme , cl occasione de graves accidens. Rudolphi ne croit même pas devoir distinguer celte espèce du Dragonneaii des sources , qu'il croit identiquement la même. M. de Blaiuville (article Dragonneaa du Dictionnaire des Se. nal. ) semble pa- lager cette opinion. Description ^;/ Moumolyce, nouveau genre d'insecte dans l'ordre des Coléoptères ; Par M. J. J. lÎAGENBACn. La famille des Carnassiers, qui commence l'ordre des Coléoptères, contient une grande quantité de genres, dont plusieurs sont très-nombreux en espèces 5 mais on découvre à travers cette multitude d'êtres plusieurs traits d'organisation qui, aux extrémités les plus éloignées de la série, les lient intimement les uns aux autres. Ce cadre est tellement bien circonscrit, que les espèces nouvelles y trouvent facilement une place , et qu'on est moins embarrassé de les l'approcher de celles qui existent déjà dans nos collections que de les en distinguer bien nettement. Cette similitude, que Tonne peut méconnaître entre tous les insectes dont se compose la famille des Car- nassiers, rendra plus piquante la décoviverle de celui qui est l'objet de celle note. L'auteur, M. Hagenbacli, en a fait un nouveau genre, qu'il se borne à rapporter à la famille des Carabiquès^ il ne précise pas autrement la place qu'on doit lui assigner, et s'en rapporte à cet égard au talent exercé de MM.Bonelli et Dcjean : ce dernier a l)ien voulu nous communiquer la description de M. Hagen- I ( 5oi ) l)ach, et voici ce que M. Latreille nous écrit à ce sujet : « L'individu figuré par M, Hagenbach est une femelle; de sorte que , relativement à la forme des tarses anté- rieurs du mâle, les connaissances restent incomplètes. L'auteur garde aussi le silence sur la forme des crochets qui terminent ces parties, et nous ignorons s'ils sont simples ou dentelés ; mais, d'après l'ensemble des carac- tères, et surtout d'après la longueur extraordinaire du troisième article des antennes^ je pense que ce genre ) , Spectrum signifi- cante. Specîes adliuc nota : MORMOLTCE PHTLLODES. M. Tota picea nitida, elytrorum margine dilutiori. Desc. Antemiœ atrœ , nitidse. Thorax ater, nitidus , lateribus di- lutior, margine laterali quinquies acute inciso; incisnris inaequalibus. ILlytra quo usque corpus circumdant , convexa ; Hueis novem im- pressa ; in linea quinta tubercuhs duobus vel tribus obtusiusculis in- signita. Dilatntio nervulis crebribus arcte altero super alterum dis- currentibus , contesta. Pone sinum denticula fere invisibilis. Alœ albae, nervis ferrugiueis , passim anastomosantibus. ^iffome« subtus in me- dio politum , brunneum , lateribus dilutioribus. Détecta in Insulœ Javœ parte occidentali. Museo Lugduno - Batavo transmissa a viris ctleberrimis Kuhl ei van Hasselt , praematura morte scientae abreptis. EXPLICATION DE LA PLAUCHE XXI. Fig. I. Mormolyce de grandeur naturelle vu en dessus. — Fig. i. Le même en dessous. — Fig. 3. Elytre droite détachée et vue en dessous. — Fig. 4> Aile. — Fig. 5. Abdomen en dessus. — Fig. 6. Labre. — Fig. 7. Les deux mandibules. — Fig. 8. Une des mâchoires ; a, le palpe maxillaire externe; b , la tige de la mâchoire. — Fig. 9. Lèvre infé- rieure avec la languette ; a , palpe labial fixé à la languette ; b , lèvre proprement dite. — Fig. lo. La même pièce retoiu'née. (5o4) Observations sur VÈchidné épineux ; Par M. Pkosi'Er Gahnot, D.-M. L'EchJdné épineux se trouve à la Nouvelle-Hollande dans les bois , où il se pratique auprès des arbres une demeure souterraine (i). Peu de jours avant mon départ du port Jackson , en avril 1824^ j'eus l'occasion d'eu acbeter un vivant , que depuis quelque temps Ton élevait en domesticité. La personne qui me le vendit me dit qu'elle avait cet ani- mal depuis deux mois , lui donnant pour toute nourri- ture des végétaux. A l'inepection de sa langue , il pa- rait néanmoins être organisé pour se nourrir d'insectes, particulièrement de fourmis. On m'a dit qu'il mangeait jusqu'à des souris-, mais j'en doute beaucoup, les or- ganes masticateurs ne paraissant être nullement dispo- sés à cet effet. Au surplus , d'après le conseil du ven- deur, je me munis d'une caisse avec de la terre , et je l'y enfermai -, je lui donnai des légumes : il n'y toucha pas ; je lui présentai de la soupe , de la viande fraîche : il flairait ces alimens sans vouloir s'en nourrir^ il dé- daignait aussi de prendre une infinité de mouches que j'attirais , au moyen de morceaux de pommes de terre et j de pastèques , dans un coin de ma chambre qu'il affec-j tionnait. Ce qu'il recherchait avec plaisir, c'était l'eai que je lui donnais tous les jours: à peine en avais -je versé dans son vase qu'il venait en boire , en tirant sa'j (i) Nul doute que ce sont ses longs ongles qui lui servent à creuser laj terre. ( '<'5 ) langue (t) , longue au uiuins de deux à trois pouces, et en happant ; il avait l'instinct , par la suite , d'aller boire lui-même sans que je lui présentasse le vase. Je pense que l'eau seule l'a conservé vivant pendant trois mois. J'attendais avec impatience mon arrivée à l'Ile-de-France pour lui donner des fourmis. J'en fis ramasser, je les lui présentai 5 mais il ne parut pas s'en soucier, non plus que des vers qui se trouvaient dans la terre où élaient ces fourmis. Il n'en a pas été de même du lait de coco , qu'il semblait aimer beaucoup : je me félicitais d'avoir enfin trouvé quelque chose qui pût lui faire plaisir: je pensai dès-lors que l'ayant conservé vi- vant près de trois mois , après avoir doublé la terre de Van-Diémen , il m'était permis de concevoir l'espérance de le porter jusqu'en Europe; mais trois jours avant mon départ de l'Ile-de-France, je le trouvai mort dans ma chambre , sans savoir au juste à quoi en attribuer la cause. J'ai lieu de croire cependant qu'il s'est empoi- sonné avec de la pâte arsenicale que j'avais en réserve clans ma gibecière, où il s'était fourré toute une nuit. L'autopsie m'eût éclairé à cet égard; mais je préférai le conserver intact dans l'esprit de-vin. Ayant eu constamment sous mes yeux ce petit animal, il m'a été facile d'étudier son genre de vie. Quoique je fusse certain qu'il ne touchait jamais aux légumes que je lui présentais , sans que je l'eusse mis dans une large caisse au fond de laquelle il v avait de la terre, d'après le conseil du vendeur, je n'en continuai pas moins , pen- (i) La langue tle i'Échidné est extcDsible et filiforme , cooinae celle des Pics. ( 5n6 ) (lant quelques jours , à lui jeter dans sa niche divers vé- gétaux , m'imaginaut que leurs sucs , imprégnant la terre qu'il fouillait avec son museau , pourraient de celte ma- nière servir à sa nourriture. Mais au bout de quelque temps , m'apercevant que son gîte ne lui convenait pas , je le tirai de sa prison et le laissai libre. Dès-lors il com- mença ses promenades autour de ma chambre. Il se pro- menait habituellement quatre heures sur vingt-quatre ; lorsqu'il rencontrait un obstacle dans la route qu'il avait adoptée , il faisait tous ses elTorts pour le vaincre , et il ne changeait de direction que lorsqu'il voyait l'im- possibilité de le franchir. Il avait choisi un des coins de la chambre pour faire ses ordures , et un autre dans l'endroit le plus sombre pour dormir (i). Souvent , après avoir fait un tour de chambre , il se promenait ensuite quelques instans le long d'vme cloison , allant et venant , sans dépasser les limites qu'il s'était prescrites. Je mesurai cet espace , et , la montre à la main , je reconnus qu'il faisait en une minute un trajet de 3o à 36 pieds , quoique sa marche parût lourde et qu'elle fût roulante. Les excrémens de cet animal sont noirs , peu consistans et d'une odeur très-forte (2) 5 toutes les fois qu'il faisait ses ordures , il se mettait dans un petit coin , se cachant en quelque ] sorte comme s'il avait honte. Uu jour, ne le voyant pas faire sa promenade ordi- ; (1) Le lieu qu'il avait adopté pour dormir était un étroit réduit j t'ormé par le vide laissé par une de mes caisses et la cloison de ma chambre. (•j) Ce qui est sans doute occasioné par son genre de nourriture àj bord. ( 5o7 ) «aire , je m en élonnai et le relirai de son coin ; je le ïemuai irès-fortemenl pour m'assurer s'il vivait encore. Il fit de si faibles mouvemens que je m'attendais à chaque instant à le voir mourir-, je le portai au soleil, je lui frictionnai le ventre avec un linge chaud , et peu à peu il revint à la vie et reprit enfin son activité habituelle. Quelques jours après , l'Echidué épineux resta sans mou- vemens quarante - huit , soixante-douze , soixante-dix- huit , et même quatre-vingts heures de suite ; mais je ne m'en inquiétai plus , parce que j'étais convaincu qu'il dormait. Quelquefoisje l'ai tiré de son sommeil, et j'ai vu se répéter la scène que j'ai signalée; il ne prend son activité que lorsque le temps du réveil s'effectue naturel- lement. Il s'est souvent réveillé aux mêmes heures , el quelquefois aussi je l'ai surpris se promenant dans la nuit. Je ne me serais jamais aperçu de sa présence , si, lorsque j'étais à mon secrétaire , il n'était venu me flairer les pieds. Son plus grand bonheur était de fourrer son nez dans inon soulier. Il était d'un naturel doux et paisible, et se laissait caresser. Il paraissait craintif-, au moindre bruit, il se roulait en boule (comme le hérisson), et l'on n'apercevait plus le bout de son nez , qu'il allongeait doucement lorsque le bruit cessait ; il m'arrivait souvent de frapper des pieds près de lui pour jouir de ce spectacle. La conque de l'oreille , que l'on apercevait très-bien lorsqu'il écoutait attentivement , ne peut mieux être comparée qu'à l'oreille d'un hibou. Les yeux de l'Echidné sont trés-petiis. Dans sa marche , il est en pctil ce qu est l'éléphant eu grand : son long nci , ([ui a'csl cepcndajit point mobile. ( 5o8 ) est rcssemblantà une pelile trompe (i). Il allait toujours la tête basse et semblait plongé dans de profondes niédi* lations. D'après les recherches des docteurs Hill et Jameson , établis à la Nouvelle-Hollande , l'Échidné serait un ani- mal ovipare , et l'ergot que porte le mâle distillerait un fluide vénéneux. Note sur la Présence de l'Iode dans un certain nombre dEaux minérales. Lors de la découverte de l'iode, on pensa que reite matière était propre aux êtres organisés qui l'avaient fournie. Mais comme jusqu'à présent aucune expé- rience ne prouve que les animaux ou les plantes puissent créer par une action organique les matières qui sont considérées comme des élémens, il devenait probable, en partant de ce principe qui est admis par le plus grand nombre des physiologistes, que les plantes marines em- ployées à la fabrication de la soude où l'on découvrit l'iode , avaient puisé ce corps dans le sol ou dans l'eau de la mer. Cette conjecture a été vérifiée; et la présence de l'iode dans l'eau de la mer, soupçonnée seulement par sir H. Davy, devient incontestable aujourd'hui par suite des expériences de M. Balard , qui a rencontré ce corps dans l'eau-mère des marais salans du midi de la France. (i) Je suis porté à croire que le bout du nez de l'Echidné, qui ne forme pas une extrémité molle , pourrait i>ien «Ire le sens du loucher de Tanimal , puisque, comme je l'ai remarqué , il s'en sert pour recon- naître les corps qui s'oflreut à lui. Ne serait-ce pas à l'aide de cet or- gane qu'il se dirige la nuit ? Il est bon d'observer que le nez de l'E- chidné n'est point un organe prélienseur, comme la trompe de l'éléphant. ( 5<>9 ) M. Augeliui reconnut l'existence de l'iode dans l'eau salée de Voghera , dans l'eau de Sales , dans le Voghe- rais. Quelque temps après , M. Cantu , professeur de Chimie à Turin , découvrit ce corps dans l'eau sulfu- reuse et saline de Castel-novo d'asti , source très-re- nommée pour ses effets contre le goitre. Depuis lors en poursuivant ses expériences , il l'a trouvé dans une source salée , légèrement sulfureuse du même territoire 5 dans une eau simplement salée qui se tiouve dans le même canton; dans une eau salée, légè- rement sulfureuse du territoire de Fignale^ dans l'eau sulfureuse froide, dite du Rav>anasco , cVAcqui; dans l'eau sulfureuse de Saint-Genis ; dans l'eau sulfu- reuse de Calliano ; dans l'eau sulfureuse de Magarone ; dans une eau très-riche en sel, puisqu'elle contient un douzième de son poids de bon sel marin , qui se trouve sur le territoire de Callosao.Vi l'a rencontré enfin dans une source de l'île de Sardaigne qui lui a paru sulfureuse. M. Cantu remarque en outre dans une lettre à M. Alex. Brongniart , à laquelle nous empruntons tous ces rensei- gnemens, que les sources citées jaillissent toutes de terrains tertiaires (i). Il n'a observé d'iode dans aucune source (i) L'observation de M. Cantu, sur l'époque de formation du terrain d'où sortent les sources qui contiennent de l'iode , établit d'une ma- nière positive que celles qu'il a observées ne prennent point naissance dans les terrains primitifs, mais l'auteur n'a pas voulu dire qu'elles fussent originaires du terrain tertiaire. Une source peut prendre nais- sance, comme on le sait, dans un terrain très-inférieur à celui d'où elle sort à la surface de la terre j beaucoup du motifs fout présumer que les sources iodifères du Piémont sortent du tcirain salifère , qui , h en (5io) provenant de terrains primitifs. Il fait observer enfin <}ue toutes les eaux qui contiennent de l'iode renferment du sel marin, et que les plus riches en iode sont celles qui contiennent à la fois du sel marin et de l'acide sulfureux. Note sur la découverte d'un lodure d'argent natij. Par M. Vauquelin. Il paraît , d'après les recherches de M . Cantu , que les chlorures et les iodures se rencontrent fréquemment en- semble dans le règne minéral. La découverte impor- tante de M. Vauquelin vient de fixer ratlenlion des mi- j. néralogistes sur l'iode , en montrant qu'il peut se trouver en combinaison intime avec des métaux autres que ceux des terres ou des alcalis , et dans des terrains probable- ment difïérens de ceux qui le fournissent aux sources salées dont nous venons de parler. juger par analogie de position avec celui du Siennois , n'est pas situé à nue grande profondeur au -dessous des terrains tertiaires, quoiqu'il ap- partienne à une époque de formation beaucoup plus ancienne. Ces terrains salifères sont peut-être du même temps géologique que les ter- rains inférieurs au calcaire concliylieu ( Muschelhalk ) d'Allemagne et de France qui renferment les dépôts de sel marin , ou au moins que celui de l'argile plastique , s'il est vrai que ce terrain soit aussi salifère. On n'a vu jusqu'à préseut aucun corps organisé fossile dans les '. terrains salifères d'Italie , qui puisse donner les moyens d'assigner exactement leur position. On peut présumer seulement que les sources iodilcres prennent naissance dans les mêmes terrains que ceux qui , dans toute l'Italie subapennine, renferment, tant au nord qu'au sud; de celte cbaîne, le bitume , la baryte sulfatée, le gypse alabastrite] de Vollerra , le soufre et le sel marin , et qui donnent naissance au gaï hydrogène que ces terrains dégagent sur un si grand nombre de points! La plupart des lieux que M. Cantu indique s'acrordeut assez bien avefl celle .supposition. Alex. B. (5,1) C'est dans un échanlillon provenant des environs de Mexico et apporté par M. Joseph Tabary, qui le remit à M. Vauquelin sous le nom d'argent vierge de Serpen- tine, que ce célèbre chimiste a observé la présence de l'iode. Ce minéral est de couleur blanchâtre -, sa cassure est lamelleuse , d'un vertjaunâtre , avec quelques parties noires. On y observe des grains d'argent métallique. Il renferme de l'argent , de l'iode, du plomb, du soufre, et un peu de fer. La gangue est du carbonate de chaux. Il est probable, d'après les expériences de M. Vau- quelin , que c'est un mélange d'argent natif , d'iodnre d'ar- gent et de sulfure de plomb. La petite quantité de ma- tière qu'il avait à sa disposition ne lui a pas permis de vérifier complètement ces rapports de combinaison. Mais la quantité d'iode, qui s'élève à 18, 5 pour 100 du mi- néral , témoigne que cette substance n'est pas accidentelle. Note sur le Carbonate de soude natif. Dans le précieux ouvrage de M. Berzelius sur la clas- sification chimique des minéraux , la soude carbouatée ne se trouve pas mentionnée : elle est considérée comme une combinaison semblable au sous-carbonate de soude des laboratoires , dans le Mémoire de ce célèbre chi- miste , que nous avons publié (t. v des Annales, p. '^-^'j)- Il en résulte que cette matière serait représentée par la formule iYa 6'^, et que l'oxigène de la base serait à celui de l'acide : : i : 2. Klaproth avait examiné deux variétés de carbonate de soude natif (Méni. de Chim., t. 11, p. 9./[f\ et suiv.): celle qui se trouve en Egypte lui avait fourni ( 5l-2 ) Carbonate de soude , 52,6; Sulfate de soude , i 30,8; Chlorure de sodium , i5,o; Eau , 3i,6j IOO,0. Mais les détails de son analyse ne permettent pas d'éva- luer la proportion relative de l'acide carbonique et de la soude qui se trouve combinée avec lui. Il n'en est pas de même de son analyse du carbonate de soude d'Afrique : il y a trouvé : Acide carbonique , 38,o =: 27,49 oxig.; Soude, 37,0=3 9,40 l'd. ; Eau, a2,5=2o,o id.; Sulfate de soude , 2,5 ; 100,0. Il est évident que l'acide carbonique contient trois fois l'oxigène de la soude , et l'eau deux fois l'oxigène de la même base ,• d'où on tire la formule No C^ -\-^Aq, for- mule qui représenterait, relativement à l'eau, l'analyse d'une manière plus exacte encore si on tenait compte de l'eau de cristallisation dusulfate de soude. On auraitainsi : Analyse. Calcul. Acide carbonique, 38,o 38, 0; Soude , 37,0 36, ; Eau , i9'4 30,35 ; Sulfate de soude cristallisé , 5,6 5,6; 'oo,o. 99,95. LesdlUérences sont telles qu'on pouvait s'y attendre, eu faisant attention que l'analyse de Klaprotli a été né- ( 5i3 ) cessairement subordonnée à une analyse du sulfate de baryte , qui n'était pas celle que nous admettons aujour- d'hui , etc. Ce sujet vient d'être repris par M, Laugier , dont l'exactitude et l'habileté sout bien connues. Nous don- nons ici la note qu'il a publiée dans le Bull, de la Soc. philom. , août iSaS. L'usage du natron ou carbonate de soude natif, vanté par les anciens, a été tellement abandonné, qu'on n'en trouve plus dans le commerce , et que ce n'est qu'après beaucoup d'instances réitérées que M. Léman a pu ré- cemment se procurer deux échantillons qui font l'objet de ce Mémoire, et qui ont été retrouvés , par hasard , dans un coin de magasin à Marseille. Ces deux variétés de natron difiërent par leur loca- lité et par leur aspect. Celle d'Egypte , apportée jadis d'Alexandrie à Marseille , est en masses solides , rem- plies de cavités tapissées de petits mamelons. L'autre , dite de Barbarie , est sous foi'me de plaques ou concrétions de 3 à 4 lignes d'épaisseur, dont la sur- face supérieure est hérissée de cristaux peu prononcés , et comme lenticulaires. Quelques morceaux moins purs de cette variété sont recouverts à leur surface supé- rieure de sel marin , qui semble s'être déposé après- coup. Le premier natron , provenant d'Egypte , a une saveur salée franche , et seulement avec un arrière - goût de soude carbonatée. La saveur du second, dit de Barbarie, est purement celle de la soude carbonatée. La saveur seule indique donc que le sel marin domine dans le na- tron d'Egypte , et que la soude carbonatée abonde dans ( 5i4 ) le natron de Barbarie. C'est en effet ce que prouve l'ans- lyse des deux natrons , dont voici les résultats : 100 parties de uatron d'Egypte sont formées 1°. De sous- carbonate de soude mêlé d'un peu de bi- carbonate 22,44 2". De sulfate de soude 18,35 3°. De chlorure de sodium 38,64 4°. D'eau i4 5". D'un résidu insoluble dans l'eau » . . . 6 99/4^ loo parties du résidu siliceux fondues avec la potasse, apiès avoir perdu 20 parties de carbonate de chaux par l'acide niti-ique, ont donné 71 parties de silice pure, le reste était de l'oxide de fer et de l'alumine , celte der- nière dans la proportion de deux parties. 100 parties de natron de Barbarie sont composées 1°. De sous-carbonate de soude et de bi- carbonate de la même base dans la proportion exacte de | du pre- mier et d' j du second 65,7b 2". D'eau 24 3". De sulfate de soude 7,65 4°. De chlorure de sodium 2,63 5°. De silice mêlée de carbonate de chaux et d'oxide de fer i , » ioi,o5 Il est probable que la légère augmentation que présente le résultat provient de ce qu'on a indiqué une propor- tion d'eau un peu trop forte : c'est pourtant celle qu'a donnée l'analyse, et qu'on présente telle qu'on l'a ob- tenue. ( 5i5 ) De ces résultats le dernier est le seul qui se prête au calcul. L'aualyse de M. Laugier peut s'exprimer de la manière suivante : Acide carbonique, 29,26 = 21^16 oxig. ; Soude, 36,49= 9?^! ^d. ; Eau, i4j37 = 12,72 ;'rf.; Sulfate de soude crist. , i7,?8; Chlorure de sodium , a, 63 ; Silice, carbonate de chaux 1 et oxide de fer, J En comparant les chiffres de la seconde colonne nous ne retrouvons point ces rapports simples que l'analyse de Klaproth nous avait fournis. L'oxigène de l'acide carbonique est à celui de la soude : : 7 : 3 , à très-peu de chose près 5 mais rien ne peut nous porter à admettre une telle combinaison , qui serait sans liaison avec les lois de composition bien connues des sels. On pourrait demander si le sel analysé était bien du natron authen- tique. Ce sujet exige donc de nouvelles recherches; elles devront surtout être dirigées de manière à déterminer si le natron fossile est véritablement un sesqui-carbonatc ou bien un mélange de carbonate et de bi-carbonate, ou bien encore un mélange des trois sels. Parmi ceux-ci deux sont bien connus-, mais le sesqui-carbonate n'a été remarqué que depuis quelques années. II a été ob- tenu par un chimiste anglais , en mêlant un atome de carbonate de soude et un demi-atome de carbonate d'ani- (5i6) moniaque en dissolution. La dissolution , abandonnée! à elle-même, perd sou ammoniaque, et la soude s'em- pare de tout l'acide carbonique pour former lesesqui- carbonate. On fabrique même en grand ce sel à Londres, probablement par un autre procédé, et on le vend sou^s forme pulvérulente. L'analyse que M. Philips a faite de ce produit coïncide même , pour l'eau de cristallisation , avec celle de Klaprotb. D'un aulie côté, M. Boussingault , dans son voyage relatif au nivellement géognostiquc de la Cordilière orientale des Andes , trouva une exploitation de nalron dans un misérable village indien. Il a fait une analyse de ce sel , et sans entrer dans aucun détail , nous di- rons qu'elle offre une grande analogie avec celle du chimiste de Berlin. Il s'est servi de ce carbonate naturel pour produire des doubles décompositions , et il a formé, de cette manière , du sesqui- carbonate de baryte. L'existence du sesqui-carbonate de soude Na C'^ est donc bien constatée comme produit artificiel par M. Phi- lips , et comme fossile par MM. Klaproth et Boussin- gault. La formule qui exprime sa composition dans l'un et l'autre cas est JSa C^-\-f[y4q. Userait fort à souhaiter que M. Laugier voulût bien examiner de nouveau le sel de Barbarie et celui d'Egypte, en tenant compte de toutes ces circonstances. Qu'on ne cruie point , en effet , qu'il est ici question seulement de conqviérir une espèce minérale de plus : la question présente une toute autre importance. En eHét, sous le point de vue géologi(jue, il est très-essentiel de lixer avec soin la véritable composition du natron . pour qu'on puisse apprécier si le même composé se re- ( ^>i7 ) produit eu divers lieux , et si sa présence dans ces di- verses localités annonce racliou des mêmes causes. Sous le rapport chimique cette discussion olïre encore plus d'intérêt, si , comme on le pense, la formation du uatron provient de la décomposition du sel marin. Il serait d'une haute importance^, pour la théorie et pour les arts, de savoir quelles sont les conditions sous lesquelles cette décomposition s'opère. Un des meilleurs moyens d'ar- river à ce but consiste à prendre d'abord une idée nette du produit , et c'est sur ce point que nous nous permet- tons d'attirer l'attention des chimistes et des minéralo- gistes. On se rappelle que M. BerlhoUet expliquait la for- mation du natron d'Egypte en supposant qu'elle résul- tait de l'action du carbonate de chaux sur le sel marin. D'après sa théorie , un mélange de ces deux sels légère- ment humecté se transformait en carbonate de soude et en chlorure de calcium, en vertu de la tendance du carbonate de soude à la cristallisation grimpante , qui éloignait chacune de ses molécules , à mesure qu'elle s'était produite , du chlorure de calcium formé en même temps. On conçoit, en effet , que le carbonate de soude tend toujours à se porter à la surface du sol , et le chlo- rure de calcium à s'infiltrer dans l'intérieur de la couche terreuse 5 mais toutes ces suppositions ne sont admis- sibles qu'autant que le mélange de Ca O , . Ca Ch^ ,. -,, , devient " -x Na Ch* Na C\ Dès l'instant où l'expérience prouve, au co'.itraire, que VI. 34 ( 5iS ) le natron est du Na C^ , tout l'échafaudage précédent s'écroule , et le phénomène de la production de ce sel reste inexpliqué. La position de M. Boùssingault lui permettra de re- cueillir peut-être quelques lumières sur ce sujet. Nous n'avons pas besoin de faire observer que la découverte d'un moyen propre à transformer le sel marin en car- bonate intéresse l'industrie à un haut degré. Les nom- breuses manufactures de soude artificielle que possède la France suffisent pour démontrer tout le mérite d'une telle découverte. Sur des ossemens fossiles, extrait d'une Lettre de M. Marcel de Serres. Dans le compte que vous avez rendu , dans vos An- nales , de la Notice qiie j'ai adressée à l'Académie, sur les cavernes à ossemens de Lunel -Vieil (Hérault) , vous observez que je n'ai proposé aucune hypothèse pour expliquer la réunion vraiment extraordinaire des ani- maux qui s'y trouvent entassés. Sans prétendre don- ner la solution de cet étrange rassemblement , je vous signalerai quelques faits qui pourront éclaircir les dou- tes que l'on peut se former à cet égard. La manière dont ces ossemens s'y montrent annon- ce, ce semble, qu'ils y sont arrivés séparés des animaux auxquels ils avaient appartenu, et réduits à l'état d'os- semens isolés. Aussi les y voit-on dispersés sur la plus grande partie du sol de la caverne , mélangés sans au- cune espèce d'ordre , montrant parfois des indices d'un ( 5i9 ) irausport plus ou moins violent , et usés comme s'ils avaient été roulés. Jamais réunis par familles , ni rap- prochés en raison des habitudes des animaux qu'ils rap- pellent , les Carnassiers n'y sont pas plus nombreux que les Herbivores j ni diversement situés. Les os des der- niers ne montrent aucun indice qui puisse faire sup- poser qu'ils y ont été entraînés par les premiers qui en auraient fait leur pâture. Ils ne présentent pas non plus , comme les os des Herbivores découverts par M. Buckland en Angleterre , les marques des dents des Carnassiers, ni rien qui indique qu'ils ont été rongés. D'ailleurs , comment les animaux que nous avons déjà signalés auraient-ils pu pénétrer vivans et entiers dans la caverne de Lunel-Vieil , puisque l'on n'y con- naît aucune issue natvtrelle assez large pour que des Lions , des Tigres , des Hjhiies et autres grands Car- nassiers qui s'y trouvent aient pu y entraîner des Bœufs , des Chameaux , des Cerfs ( et enfin tous les grands Her- bivores que nous y avons signalés) , pour les dévorer à leur aise. La difficulté serait toujours la même , en supposant qu'ils y fussent venus naturellement. D'ail- leurs , si les Herbivores avaient servi de pâture aux Car- nassiers , les uns et les autres n'y seraient pas entassés sans ordre ni dispersés pêle-mêle ^ mais on les verrait au contraire réunis par familles et disposés par lits suc- cessifs. Les ossemens des Carnassiers seraient plus en- tiers que ceux des Herbivores , et par la position diverse» des uns et des autres dans le limon , on pourrait recon- naître que les premiers y sont morts naturellement , tandis que les seconds y ont été entraînés pour être dé- vorés. Mais comme ils sont tous dans la même position , ( 520 ) il est iiatuiel den conclure qu'ils y ont été entraînés par une même caxise. Celte cause parait avoir été générale dans nos contrées méridionales , et avoir agi sur une multitude de points, en entraînant soit dans des fentes , soit dans des cavités, une quantité plus ou moins considc'rable d'ossemens de Quadrupèdes Carnassiers et Herbivores, avec un petit nombre d'Oiseaux; car il existe de ces derniers parmi les fossiles de la caverne de Lunel-Vieil. C'est un point de fait que nous croyons avoir établi dans un Mémoire que nous allons vous adresser sur la relation qui existe entre les brèches osseuses du Midi de îa France (et par- ticulièrement entre celles de Vendargues , de Cette , de Villefranche-Lauragais (Haute-Garonne) et de Perpignan ( Pyrénées orientales ) ) et nos cavernes à ossemens. Cette cause a été probablement un cours d'eau , à en juger du moins par la natui'e du limon qui renferme les os , les cailloux roulés qui y sont mélangés , et enfin i'aspect évidemment roulé de certains os. On arrive encore à la même conséquence par l'aspect de la caverne elle-même. En effet , sa partie inférieure , sin-tout vers le Sud , montre un assez grand nombre de sillons longitudinaux légèrement flexueux, comme pr'oduits par le ballotte- ment des eaux , tandis que les points saillans , arrondis , présentent un poli plus ou moins parfait , dû quelquefois à un léger glacis calcaire. La partie supérieure de ces ca- vernes ou leur plafond était recouverte, au moment où l'on y a pénétré la première fois , d'un léger enduit calcaire argileux, extrêmement doux au toucher, et qui, en se desséchant par portions, avait fini par former des espèces de cercles dont le centre laissait le rocher ( 5., ) à nu. Cet enduit ou celle efïloî escence légère d'une cou- leur verdâtre , et qu'au premier aspect un botaniste aurait pu prendre pour une cryptogame, semblait comme une sorte de crasse ou de dépôt des mêmes eaux qui avaient laissé des sables et des graviers principalement aux deux extrémités , c'est-à-dire au Sud et au Nord , points où la caverne se rétrécit insensiblement et finit enfin par s'oblitérer. Il est difficile de supposer que tous ces effets soient dus aux eaux actuelles , quelque peu d'épaisseur qu'ait le rocher qui forme le plafond de nos cavernes , ro- cher qui , dans certaines parties , est traversé par l'ex- trémité des racines des arbres , puisque le travail de ces eaux est si peu considérable qu'il est bien rare d'y rencontrer un fragment osseux incrusté dé sta- lagmites calcaires. En effet, dans le grand nombre d'osse- mens ou de fragmens que j'ai eu l'occasion d'y ob- server, à peine puis-je en citer deux ou trois d'in- crustés; et encore sur ces trois un a été recueilli par M. de Christol. Ces stalagmites ne sont point spa- thiques 5 elles sont blanchâtres, concrétionnées , sans ja- mais occuper la surface entière d'un os quelconque. Il y a plus encore , elles n'incrustent que des os brisés, en sorte qu'il paraîtrait qu'elles se sont déposées sur ces os postérieurement à leur rupture et à leur trans- port. Ces os incrusiés n'ont été trouvés jusqu'à pré- sent qu'à la surface du limon , qui est souvent tellement rempli de fragmens osseux , (ju'il ressemble alors d'une manière frappante aux brèches osseuses molles, à ci- ment rougcâtre , de Cette et de Vendargues. L'on peut se demander si le jjcu d'c^iaisscur au (5.. ) plafond de la plus grande de nos cavernes a été la cause des éboulemens des roches calcaires qui encom- brent sa partie sud : c'est ce qu'il est difficile de dé- cider-, mais ce qui est certain, c'est que ces éboule- mens sont postérieurs au dépôt du limon à ossemens , puisqu'ils les recouvrent d'une manière constante. Il semble donc d'après ces faits que les débris des animaux entassés pêle-mêle dans les cavernes de Lunel- Viel y ont été entraînés par les eaux , déjà réduits avant leur transport à l'état d'ossemens isolés. Cependant il est un fait qui , au premier aperçu , parait con- traire à cette conclusion. C'est la présence des débris d'insectes que j'ai observés sur le sol de la grande ca- vei-ne , débris dont je ne savais pas trop démêler l'o- rigine, avant que M. de Christol n'y eût découvert un excrément qui en était en grande partie composé , ainsi que de vertèbres de poissonsMe petite taille. Autant qiie l'on peut en juger, ces débris d'insectes ont appartenu soit à des Carnassiers, soit à des Herbivores, et proba- ]>lement à des Carabes , des Géotrupes des Chrjso- mèles , des Trichies et peut-être des Cétoines. Toiis ces insectes conservent leur couleur et leur nature , et s'ils ont été dévorés par les animaux qui gissent dans la grande caverne , ri faut nécessairement qu'ils soient de même date que les premiers. Nous aurions donc là im exemple d'insectes fossiles conservant encore leur ]iropre substance , comme ceux qui sont encroûtés par le succin.' Quant à l'excrément , sa longueur était de 4 cen- timètres et sa plus grande ,épde la Lamia textor (fig. 5), de la Cassida viRiDis (fig. 6, 7, 8, g, 10), de la Galleruca lcsita- HICA (fig. II). Pl. ai. M0BH01.TCE Phxllodes de grandeur naturelle. riN UE LA TABLE DES PLAKCHfc». TABLE METHODIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALE, ZOOLOGIE. P"g«i- 1\ APPORT fait à l'Académîe royale des Sciences sur la partie zoolo- gique de l'Expédition Duperrey ; par M. le baron G. Cuvier. 5 Observations sur les Eiphores et les Béroés, faites pendant le voyage autour du Monde Je la corvette l' Uranie , commandée par M. Louis de Frtycinet; par 313/. Quoy et Gaimard. a8 Description de cinq genres de Mollusques, et de quatre genres de Zoophytes, découverts pendant le Voyage autour du Monde commandé par M/ L. de Freycinet ; par 3131. Quoy et Gai- mard. ^4 Distribution géographique de quelques Oiseaux marins , observés dans le Voyage autour du Mondé delà corvette; par R. P. Lesson. 88 Rapport de MM. Cuvier et Duméril sur un Mémoire de M. le doc- teur Barry, miitulé i Recherches su^ ié mouvement du sang dans les veines . Ii3 Note sur l'Iguanodon , reptile fossile nouvellement découvert dans le grès de la forêt de Tilgate , dans le comté de Susses ; par 3T. Gideon 3'Iantell. ia4 Notice sur les Mammifères et les Oiseaux des îles Timor , Tawak , Boni , Vaigiou , Guam , Rota et Tinian ; par 3I3I. Quoy et Gaimard. i38 Rcclicrches anatomiques sur les Garabiques et sur plusieurs autres insectes Coléoptères ; par 31. Léon Diifour. ( Suite. ) i5o et 427 Mémoire sur l'Accroissement des Polypes litopliytes considérés géologiquement ; par A/M. Quoy et Gaimard. 275 Recherches auatomiques sur l'Hippobosque «les Chevaux ; par 3f. Léon Dujour. siQy ( 528) Mémoire sur la Structure et les Usages de l'Appareil olfactif dans les poissous , suivi de considérations sur l'olfaction des animaux qui odorent dans l'air ; par M. Geoffroy Saint-Uilaire. l'i De la Sociabilité des animaux ; par M. Frédéric Cuvier: 3,^7 Observations sur le Dragonneau d'eau douce ; par M. Pellieux aine. ^ç);^ Description du Mormolyce , nouveau genre] d'Insectes dans l'or- dre des Coléoptères. 5oo Observations sur l'Echidné épineux ; par M. Prosper Garnot. 5o4 Sur une Caverne à ossemens fossiles ; /3ar tW. Marcel de Serres, 5i8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE , BOTANIQUE. Structure des Articulations, ou Nœuds vitaux dans les Graminées et les Cypéracées ; par 3/. De la Harpe. ai De la Distribution des Fougères sur la surface du globe terrestre ; par M, Duruille. 5i Comparaison des genres Buttneria et Commersounia ; par M. A. de Saint-Hilaire. i34 Rapport verbal sur la i^/ore du Brésil méridional de M. Aug. de Saiut-Hilaire; par M. Alex, de Humbotdt. aja Développement de la Fécule dans les Organes de la fructification des Céréales , et Analyse microscopique de la Fécule , suivie d'Expériences propres à expliquer sa conversion en gomme ; par M. Raspail. 22^ et 384 Remarque sur l'Affinité des Papavéracées avec les Crucifères ; par M. Mirhel. 266 Sur un nouveau genre de la famille des Gessnériées; par C. G- JYees d'Esenhack. 290 Rapport sur la Flore des Malouines de M. Durville ; par MM. Desfontaines et Mirhel. 469 Mémoire sur l'Organisation du Péricarpe ; par M. Mirhel. 47^ MINÉRALOGIE ET GÉOLOGIE. Anal} se du Séléniure de Plomb natif; par MM. Stromejer et Uaussnian. io3 Observations de M, Delafossc sur la Méthode générale du lév. \V. Wlibwcll ]>our calculer ks angles des cristaux. \i\ (529) P«gst. Note sur l'Analyse du Plomb pbosphaté et du Plomb arséniaté , et sur la présence du Chlore dans ces minéraux ; par M. Wohler. a4o Nouvelle analyse de la Dioptase; par Tkf. Vauquelin. 355 Note sur les dépôts de Grès et de Poudingues ; par M. Du- buisson. ^88 Note sur la présence de l'Iode dans un certain nombre d'Eaux mi- nérales. 5o8 Note sur la Découverte d'un lodure d'argent natif; par M. p^au- quelin. 5lo Note sur le Carbonate de sonde natif. 5i i MÉLANGES. I Extrait du Rapport fait à^ l'Institut sur le Voyage de Décou- vertes, exécuté dans les années 1823, iSaS , i8a4 et iSaS, sous le commandement de M. Duperrey. 206 Observations générales d'Histoire naturelle , faites pendant un Voyage dans les Montagnes Bleues de la Nouvelle Galle du Sud j par R. P. Lesson. a4i Table des Planches relatives aux Mémoires contenus dans ce vo- lume. ^ 52^ FIN DE LA. TABLE DES MATIERES. Errata du sixième volume. Pag. 4oo«i^>K< >*> au lieu de : un iodatej lisez, un iodate et un liy- driodate. — 4"^ t —" • » "" f'^^ '^^ '■ ^'^^'^ l'amidon , nous doutons qu'il l'eût obtenue de même et avec la fécule de pomme de terre ; lisez ; avec l'amidon en empois , nous dou- tons qu'il l'eût obtenue en aussi peu de temps avec la fécule non bouillie , surtout avec celle de pomme de terre. vÈMù